‹ Histoire des drogues d'origine v©♭g©♭tale [electronic resource]Chapitre 60 sur 124 · p. II · texte numérisé non relu

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(3) Frezier, Voyage to the South Seas, Lond.,.1717, 13. — Turner, dans son Iterbal (1568), attribue à la plante une propriété opposée.

EÜPHORBIACÉIÏS.

sn lace supérieure, qui est un peu cannelée. Les dimensions des feuilles sont très variables. Elles ont souvent, y compris le pétiole, jusqu’à 90 centimètres de long. Les fleurs sont monoïques et disposées en inflorescences terminales ou oppositifoliées;

Fig. 231 .

Rioin. Fruit.

Fig. 232. Ricin. Fig. 233. Ricin Graine entière. Graine coupée ve:

les mâles et les femelles sont réunies sur la même inflorescence. Cette dernière est une longue grappe de cvmes multillores alternes, insérées dans l’aisselle de bractées triangulaires, membraneuses, mareescentes, accompagnées chacune de deux glandes stipulaires.

Les cymes inférieures sont d’ordinaire formées de fleurs

males, et les supérieures do. fleurs femelles, qui parfois deviennent hermaphrodites. Tl existe parfois, au milieu de l’inflorescence, des cymes mixtes, dont la fleur centrale est femelle et les autres mâles. Les pédicelles floraux sont articulés.

Dans la fleur mâle, le calice est formé de cinq sépales, valvaires dans le bouton, réfléchis après l’anthèse, triangulaires, ovales, membraneux. L’androcée se compose d un nombre indéfini et très-considérable d’étamines, dont les filets sont connés en faisceaux plusieurs fois ramifiés, tout à fait semblables à de petits arbres, dont chaque branche se termine par une anthère biloculaire, à loges presque arrondies, fixées au connectif seulement par un point, extrorses, déhiscentes par des fentes longitudinales. Dans la fleur femelle, le calice est semblable à celui de la fleur mâle. Le gynécée est formé d’un ovaire supère, libre, globuleux, à trois loges, dont deux antérieures et une postérieure, surmonté d’un style simple et cylindrique à la base, puis bientôt divisé en trois branches allongées, elles-mêmes bipartites, couvertes de grosses papilles rouges. Chaque loge contient un seul ovule anatrope, inséré dans le haut de l’angle interne, descendant, à micropyle dirigé en haut et en dehors et recouvert d’un obturateur formé par un épaississement du placenta. Le fruit est une capsule lisse ou chargée d’aiguillons mous, un peu flexueux; elle est arrondie, un peu déprimée au sommet, marquée de trois sillons profonds répondant aux interstices des carpelles, et de trois plus superficiels situés au niveau de la ligne médiane dorsale de chaque carpelle. A la maturité, les trois carpelles secs ou coques se séparent, puis chacun s’ouvre en deux valves, et met à découvert une graine descendante à micropyle recouvert d’un arille charnu. Les téguments propres de la graine sont recouverts d’un arille généralisé mince et membraneux. La graiue contient sous ses téguments durs et cassants un albumen huileux abondant et un embryon droit, à cotylédons foliacés, minces et larges.

On a distingué dans cette espèce un grand nombre de variétés, dont quelquesunes ont été décrites comme des espèces distinctes. On s’est appuyé surtout, pour distinguer ces variétés, sur la forme et la grandeur de la capsule et des graines. La coloration de la plante a également servi à distinguer deux formes : le Ricin sanguin et le Grand Ricin ordinaire (voy. Vilmorin, Annuaire des Essais, 1862, 293. — Muller, in DC., Prodr., XV, S. II, 1017). [Trad.]

(b) Les grains d’Àleurone, qui existent en grande abondance dans les graines du Ricin, constituent l’un des objets les plus intéressants à étudier dans ces graines. Les corps qu’on a désignés sous le nom d’Aleurone parce qu’on les a trouvés d’abord dans les graines des Aleurücs , ont une constitution complexe. On trouve l'réqueni-

ment dans chacun, et c’est précisément le cas de ceux dos graines du Ricin : 1° une masse albuminoïde affectant la figure d’un cristal, nommée cristalloïde ; 2° un amas arrondi ou ovoïde de matière calcaire, qui, à cause do sa forme, a été nommé glo~ boïde • 3° ces deux masses sont enveloppées par une couche de matière albuminoïde amorphe, plus ou moins épaisse ; 4° enfin, le tout est enveloppé, d’après M. Rafinesque (I), par une mince membrane amorphe et transparente. Pour bien observer les grains d’Aleurone du Ricin, il est nécessaire de les examiner dans des réactifs différents, destinés à rendre plus visible tel ou tel détail de leur organisation. Quand on examine une coupe mince de l’albumen du Ricin dans la glycérine épaisse, les grains d’Aleurone se présentent dans chaque cellule en nombre assez considérable, sous l’aspect de corps ovoïdes, grisâtres, très-réfringents (fig. 233, a), dans lesquels on ne distingue que deux parties : l’une, formant la masse principale du grain d’Aleurone, correspond au cristalloïde enveloppé par de la matière albuminoïde amorphe qui le voile et le rend tout à fait invisible ; l’autre, située à l’une des extrémités du grain, est le globoïde. En chauffant alors la préparation, on rend visible le cristalloïde et on peut facilement distinguer les trois parties constituantes du grain (fig. 233, b), le globoïde et le cristalloïde, enveloppés par du protoplasma amorphe. En plaçant la coupe mince de l’albumen dans de la glycérine étendue d’eau on obtient un résultat tout à fait différent. Au milieu du protoplasma granuleux qui remplit la cellule, et qui est maintenant bien visible, on voit des espaces vides arrondis ou ovoïdes (fig, 233, c), dans l’intérieur de chacun desquels se trouvent un cristalloïde et un globoïde isolés. L’eau ayant dissous la couche albuminoïde amorphe qui forme le revê- p;g, «34.

tement de chaque grain, les autres parties Cellules de l’albumen du Ricin, contenant constituantes de ce dernier, c’est-à-dire le des graines d’Alemone (d’après J, Saohs). cristalloïde et le globoïde, se trouvent mis à nu et sont facilement observables. Enfin, si l'on traite la coupe de l’albumen d’abord par une solution alcoolique d’iode, puis par l’acide sulfurique, le protoplasma granuleux des cellules, coloré par l’iode, se montre creusé de grandes cavités (fig. 233, d) absolument vides ; les grains d’Aleurone qui remplissaient ces cavités ont été détruits entièrement par l’acide sulfurique. Pour rendre la membrane des grains d’Aleurone visible, M. Rafinesque traite la préparation par l’eau, qui dissout la matière albuminoïde amorphe sans attaquer la membrane ; celle-ci devient alors visible dans les points où elle passe du globoïde sur le cristalloïde, et où elle se montre déprimée. Ces recherches ont été faites sur les cellules de l’albumen des Aleurites. Il reste aies renouveler sur les nombreuses graines qui renferment de l’Aleurone. Les dimensions et la structure des grains d’Aleurone sont très-variables d’une plante à l’autre et môme dans une plante déterminée. Certaines cellules offrent un gros grain (le solitaire de M. Hartig) dont le cristalloïde offre parfois une forme spéciale, entouré de grains plus petits. Les cristalloïdes peuvent aussi manquer, etc. (voy. les mémoires cités page 322, et J. Sachs, Botan., tr. fr., 72). [Trad.].

(1) Bulletin de la Société Linnéenne de Paris, 1874, n° 1 ; Dictionnaire de Botani -*■ que de H. Bâillon, article Aleurone.

EUPHORBIACÉES

KAMALA,

Kamela, Glamhdæ liôttlerse.

Origine botanique. — Echinu sphilippinensis, H. Bâillon (Crotonphtlippense Lamk; Roltlera tincloria Eoxb; Mallotus pMippinensis Müll. Ahg). C’est un grand arbuste ou un petit arbre de G à 9 mètres de haut, dont 1 aii e est très-étendue. On le trouve en Abyssinie et dans le sud de l’Arabie, dans la péninsule indienne, où il croît sur les montagnes jusqu’à 1 500 mètres d’altitude, à Ceylan, dans l’archipel Malais, dans les Philippines, dans l’est de la Chine, dans le nord de l’Australie, à Queensland et dans la Nouvelle-Galles du Sud (a).

Les lruits tricoques d un grand nombre d’Euphorbiacées sont recou- \eits de piquants, de poils étoilés ou de glandes faciles à enlever. Dans plusieurs espèces de Mallotus , les capsules sont couvertes de poils étoilés et de petites glandes. Dans l’espèce dont nous nous occupons ici, la capsule est pourvue de petites glandes rouges, très-nombreuses, qui, enlevées et broyées, constituent la poudre connue sous le nom bengali de Kamala. Ces glandes n’existent pas seulement sur la capsule ; elles recouvrent encore les autres parties de la plante; on les trouve surtout au milieu du tomentum qui tapisse la face inférieure des feuilles.

Historique. — Cette drogue fut mentionnée par quelques médecins arabes (1) dès le dixième siècle, sous le nom de Kanbil ou Wars. Ibn Khurdàdbah, géographe arabe, qui vivait entre 869 et 885, dit qu’il arrive de l’Yémen : de la soie, de l’ambre gris, du wars, et de la gomme (2). Le Wars est décrit comme une poudre rougeâtre, semblable à du sable, qui tombe sur le sol dans les vallées de l’Yémen, et qui constitue un bon remède contre le ver solitaire et les maladies cutanées. Un écrivain le compare à du safran pulvérisé ; un autre parle de deux sortes : l’une abyssinienne, qui est noire (ou violette), et l’autre indienne, qui est rouge. Abul-Abbas el-Nebâti, qui était né en Espagne, fait remarquer que la drogue est connue dans le Hejaz, et apportée de l’Yémen, mais qu’elle est inconnue dans l'Andalousie, et n’y croît pas.

Dans les temps modernes, Niebuhr (3) parle de la même substance sous le nom de Wars. Il dit qu’elle sert comme matière tinctoriale, et

(1) Signalé par Ibn Baytar (voy. tract, de Sontheimer, 1842, II, 326, 585).

(2) Ibn Khurdadbaii, Livre des routes et des provinces, trad. Barbjer de Meynard (in Journ. Asiatique, 1865, V, 295).

(3) Description de l’Arabie, 1774, 133. .

qu’elle est exportée de Molcha à Oman. Celte drogue doit être connue depuis longtemps dans l’Inde, car elle possède plusieurs noms sanskrits : l’un d’eux est Kapila; il est parfois employé, comme le nom lelugu Kâpila-podi , par les Européens ; mais moins fréquemment que Kamala ou Kamela . qui appartient aux idiomes hindustani, bengali et guzratti. Il ne paraît pas que cette drogue ait été employée pour l’usage médical en Europe, jusqu’à une époque très-récente, quoiqu’elle eût été signalée par Ainslie, par Roxburgh, par Royle, et par Buchanan, quia donné des détails intéressants sur sa récolte et son emploi (I). En 1832, des échantillons de cette drogue trouvés dans les bazars d’Aden sous le vieux nom arabe de Wars furent envoyés à l’un de nous par Yaughan, médecin du Port, qui nous informait de son emploi dans la teinture de la soie, et contre les maladies de la peau (2). Son introduction dans la médecine scientifique est due à Mackinnon, médecin de l’hôpital du Rengale, qui l’administra souvent avec succès contre le ver solitaire. Anderson, de Calcutta, C. A. Gordon et Corbyn, dans l’Inde, et Leared à Londres, confirmèrent les observations de Mackinnon, en établissant pleinement les propriétés du Kamala comme ténifuge (3). En 1804, il fut introduit dans la Pharmacopée anglaise.

Production. — Le Kamala est l’un des produits de l’administration des forêts dans la présidence de Madras, mais on le récolte aussi dans plusieurs autres parties de l’Inde. Les détails suivants ont été communiqués à l’un de nous par un correspondant qui habite les provinces du nord-ouest de l'Inde (4). «... On trouve au pied de ces montagnes une énorme quantité de Rottlerci tinctoria , et à chaque saison un grand nombre d’individus, particulièrement des femmes et des enfants, sont employés à la récolte de la poudre, qu’on expédie dans la plaine. Ils récoltent les fruits, les déposent dans un panier, et les y roulent en les frottant entre les mains, de façon à en détacher une poudre qui traverse le fond du panier, et tombe sur des toiles étendues au-dessous. Cette poudre constitue le Kamala du commerce. Elle jouit d’une grande réputation comme anthelminthique, mais on l’emploie surtout comme matière tinctoriale. On la falsifie principalement avec les feuilles pulvérisées de la plante, les pédoncules des fruits, et une petite quantité de matière terreuse, mais dans de faibles proportions. La récolte des

(1) Journey Ihrough Mysore , Cancira, etc., Lond., 1807, 1, 168, 211, II, 313.

(2) Pharm. Jouni., 1833, XII, 386, 389.

(3) Ibid., 1838, XVII, 108.

(4) Mr Matlhews, îi Nainee Tal.

Jd0 EUPBORBIACÉES.

fruits et la préparation de la poudre commencent ici dans les premiers jours do mars, et durent un mois environ... » On recueille la poudre de la même façon dans-le sud de l’Arabie, d’où elle est expédiée vers le golfe Persique et Bombay; on l’apporte aussi, sous le nom de Wars, de Hurrur, ville de l’Afrique orientale, qui constitue une très-importante station commerciale entre les pays de Galba etde Berbera (1).

Description. — Le Kamala est une poudre fine, mobile, consistant en granules cramoisis, dont la couleur brillante est un peu ternie par un mélange de poils étoilés gris, de débris de feuilles, et d’autres substances étrangères. Elle est à peu près dépourvue de saveur et d’odeur, mais sa solution alcoolique, versée dans l’eau, émet une odeur semblable à celle du melon. Le Kamala est à peine attaqué par l’eau, même à la température d ébullition ; 1 alcool, l’éther, le chloroforme et la benzine lui enlèvent une résine d’un beau rouge. Ni l’acide sulfurique, ni l’acide nitrique ne 1 attaquent à froid, et l’essence de térébenthine n'est pas colorée par lui, si ce n’est à chaud. Il flotte sur l’eau, mais s’enfonce dans l’essence de térébenthine. Lorsqu’on le projette dans la flamme, il brûle à la façon de la poudre de lycopode. Chauffé, il émet une odeur aromatique faible. Lorsqu’il est pur, il laisse à l’incinération 1,37 pour 100 de cendres grises.

Structure microscopique. — Les granules de Kamala sont des glandes sphériques, irrégulières, ayant de 30 à 60 millimètres de diamètre. Leur surface est cireuse; elles sont un peu aplaties ou déprimées sur une de leurs faces, et renferment dans leur membrane jaunâtre délicate une masse, sans structure, jaune, dans laquelle sont dispersées de nombreuses cellules simples, claviformes, contenant une substance transparente, rouge, homogène. Ces cellules sont disposés en groupes rayonnants autour du centre de la face aplatie, de sorte que sur la partie située en face de l’observateur on peut en compter aisément de 10 à 30, tandis que la glande entière peut en contenir de -40 à 60. Dans un petit nombre de cas, on voit au centre de la base de la glande un pédicule cellulaire très-court.

Lorsque les glandes ont été épuisées par l’alcool et la potasse, puis brisées par pression entre des plaques de verre minces, les diverses cellules se séparent et se gonflent un peu, tandis que la membrane d’enveloppe se détache complètement, et se présente comme une membrane simple. Après ce traitement, les cellules de la glande, mais non

(1) Burton, Journ. of /?. Gcoyr. Society, 1S55, XXV, 146.

leur membrane d’enveloppe, prennent sous 1 influence de 1 (ici cl c sulfu™ ri (| u o concentre et de 1 ga.ii i*odee une coloration In une ou bleue plus ou moins foncée. Les parois des cellules seules sont donc formées de cellulose. Yogi (1864) suppose que, pour former ces glandes, une cellule de l’épiderme du fruit se soulève et s’allonge, puis, par bipartition, se divise en une cellule jouant le rôle de pédicule, et en une autre cellule superposée qui forme la petite masse cellulane pioductrice de la résine. Au début, le contenu de cette masse cellulaire n’offre rien de particulier, mais il passe peut-être graduellement à l’état de résine, par transformation de la substance cellulaire.

Les glandes du Karnala sont toujours accompagnées par des poils étoilés, incolores ou brunâtres, à parois épaisses, deux ou trois fois aussi longs que les glandes, contenant souvent de l’air, et n’offrant aucun caractère qui permette de les distinguer des poils de beaucoup d’autres plantes, notamment de ceux des Verbascum et des Allhæa.

Composition chimique. — Le Karnala a été analysé par Anderson, de Glasgow (1835), et par Leube (1860). Il abandonne à l’alcool ou à l’éther près de 80 pour 100 de résine, que nous avons trouvée soluble dans l’acide acétique cristallisable et dans le bisulfure de carbone, mais non dans l’éther de pétrole. En traitant la résine extraite par l’éther avec l’alcool froid, Leube l’a dédoublée en deux résines, l’une plus facilement soluble, fondant à 80° C., l’autre fondant à 191° G. Toutes les deux se dissolvent dans les solutions alcalines, et peuvent être précipitées par les acides sans changement apparent. Anderson a trouvé qu’une solution éthérée concentrée de Karnala, abandonnée au repos pendant quelques jours, fournit des cristaux granuleux, qui, par cristallisations répétées dans l’éther, s’obtiennent à l’état de pureté. Cette substance, nommée par Anderson Rottléi'ine, forme de petits cristaux aplatis, jaunes, satinés, facilement solubles dans l’éther, difficilement solubles dans l’alcool froid, plus solubles dans l’alcool chaud, et insolubles dans l’eau. La moyenne de quatre analyses a donné pour la rottlérine la composition G22H506. On ne peut obtenir aucun composé défini de cette substance avec les oxydes métalliques.

Nous pouvons confirmer les observations précédentes, car nous avons obtenu plusieurs fois une certaine quantité de petits cristaux, en abandonnant une solution éthérée de Karnala à une lente évaporation; mais nous n’avons pas toujours bien réussi à les préparer (1).

(1) Je viens (le m’assurer que la Rotllerine fournit de l’acide paraoxybenzoïque quand on la fond avec de la poLasse caustique. [P. A. F.]

332 EUPHORBIACÉES

Usages. — On administre le Kamala pour provoquer l’expulsion du ténia. 11 a aussi été employé, en applications externes, contre l’herpès circiné. Dans l’Inde, on s’en sert pour donner à la soie une belle couleur brun orange.

Falsification. — Le Kamala est souvent falsifié avec des substances terreuses, dont la proportion peut s’élever jusqu’à CO pour 100. On reconnaît aisément cette talsificalion a la couleur grisâtre de la poudre, et à ce qu’elle s'enfonce en partie quand on la verse dans l’eau ; on la décèle encore d’une façon plus certaine, par l’incinération. Le Kamala contient parfois une quantité très-considérable de matières végétales étrangères, telles que des débris de capsules, de feuilles, etc., qu’on peut facilement en séparer à l’aide du tamis.

Substitutions. — Il y a quelques années, une forme remarquable de Kamala a été importée d’Aden pour MM. Allen et Hanbury, droguistes a Londres (1). Elle arrivait enfermée dans des sacs en calicot blanc, oblongs, de trois dimensions, portant des inscriptions en caractères arabes, qui indiquaient le nom du vendeur ou du collecteur, et le poids net, lequel était de 100, 50 et 25 onces turques. La drogue se présentait en particules plus grossières que le Kamala ordinaire; elle était colorée en pourpre foncé, et possédait une odeur manifeste, semblable à celle qu’exhale le Kamala ordinaire quand on le verse dans l’eau. Elle avait été soigneusement recueillie, et était débarrassée de tout mélange terreux, au point de ne laisser que 12 pour 100 de cendres. Sous le microscope, elle présentait des différences plus grandes encore. Chaque granule était cylindrique ou subconique, long de 170 à 200 millièmes de millimètre, large de 70 à 100 millièmes de millimètre, et formé de cellules à résine oblongues, superposées en trois ou quatre couches; les granules étaient mélangés de poils peu nombreux, allongés, simples. Un autre fait digne d’intérêt, c’est que, sous l’influence d’une température de 93 à 100° C., ce Kamala devient tout à fait noir, tandis que le Kamala ordinaire ne change pas de coloration.

On ne put obtenir aucun renseignement sur le lieu de production de cette drogue, et on n’en reçut que deux expéditions, s’élevant en tout à 136 livres. On ne peut guère douter qu’elle ne soit produite par une espèce de Mallotus, mais rien n’indique si c’est une espèce indienne, arabe ou africaine. Grâce à M. Binnendyk, du jardin botanique de Buitenzorg, à Java, nous avons pu examiner les fruits de nombreuses

(1) Ce Kamala a été particulièrement décrit par moi dans le Pharm. Journal, I8GS, IX, 279, avec des dessins sur bois. [F. A. F.]

espèces de Mallotus (. Rottlera ) et ceux des Cœlodepas, Maippa et Chloradenia ; mais aucun de ces fruits ne porte de glandes semblables à celles qui constituent la drogue dont nous venons de parler. Nous avons aussi examiné les échantillons de Rottlera de l’herbier royal de Kew, et consulté le docteur Müller, de Genève, qui a rédigé la Monographie des EuphorSmcées, dans le Prodromus de De Candolle ; malgré toutes ces recherches, il nous a été impossible de découvrir quelle est la plante qui produit cette variété de poudre de Kamala.

[a) Les Echinus (Loureiro, Flor. Cochinch., éd. 1790, 633 ; Mallotus Lour., Roulera Roxb., etc) sont des Euphorbiacées uniovulées, de la série des Jatrophées ; à fleurs monoïques ou plus rarement dioïques, apétales ; à calice valvaire ; à étamines en nombre indéfini, et insérées au centre de la fleur sur un prolongement du réceptacle; à ovaire libre; à fruit capsulaire (vov. H. Bâillon, Histoire des plantes, V, 196).

h' Echinus philippinensis H. Bâillon (in Adasonia, VI, 314; Rottlera tinctoria W. ; Croton philippinensis Lamarck ; Mallotus philippinensis Müll. Arg., etc.) est un arbre à rameaux jeunes, pétioles et inflorescences couverts de poils étoilés courts, couleur de rouille. Les feuilles sont alternes, à pétiole ordinairement deux fois plus court que le limbe, renflé au sommet, et accompagné à la base de deux bractées latérales, larges, triangulaires, ovales, aigues, l.c limbe foliaire est long de 8 à 12 centimètres et large de 6 à 7 centimètres, triplinervié, rhomboïdo-ovale, ou rhomboïdolancéolé, acuminé, aigu, ou plus rarement subcordé à la base, non pelté, muni à la base de deux glandes, entier ou subdenticulé sur les bords, glabre sur la face supérieure, couvert en dessous de poils tomenteux et de glandes pulvérulentes, rougeâtres. Les fleurs sont disposées en épis axillaires et terminaux, et situées dans l’aisselle de petites bractées. Les fleurs mâles sont disposées trois par trois dans l’aisselle de chaque bractée ; leur calice est profondément divisé en trois à cinq lobes valvaires dans la préfloraison, ovales-lancéolés. L’androcée se compose de quinze â vingtcinq étamines insérées au centre de la fleur sur un prolongement du réceptacle un peu dilaté et dépourvu de glandes. Les filets sont allongés et portent chacun une anthère biloculaire, introrse, déhiscente par deux fentes longitudinales. Les loges sont obliques et surmontées par le connectif ovoïde, épaissi et subapiculé. Les fleurs femellec sont solitaires clans l’aisselle de chaque bractée. Leur calice est divisé en cinq lobes réguliers, ovales-lancéolés. Elles sont dépourvues de disque, ainsi que les fleurs mâles. L’ovaire est triloculaire, couvert de petits poils tomenteux étoilés, et de glandes pourprées, et surmonté cl’un style d’abord simple, puis bientôt divisé en trois branches couvertes sur leur face interne de papilles stigmatiques, et six à sept fois plus longues que larges. Chaque loge ovarienne contient un seul ovule anatrope, suspendu, à micropyle dirigé en haut et en dehors. Le fruit est une capsule tricoque, longue de 8 à 9 millimètres et à peu près aussi large, deux ou trois fois plus lougue que son pédoncule, couverte de glandes granuleuses jaunâtres. Chaque coque de l'ovaire s’ouvre en deux valves, et met à découvert une seule graine suspendue, à micropyle recouvert d’un arillc peu développé. Elle renferme sous ses téguments un albumen abondant et un petit embryon à cotylédons foliacés. [Trad.]

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PIPÉRACÉES

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