POIVRE LONG
Fructus Pipéri Longis; Piper longum; angl., Long Pepper ; allem., Langer P fc/fer.
Origine botanique. — Piper officimrum C. DG. ( Chavica (I) officinarum Min.). C’est une plante frutescente, clioïque, à feuilles ovales oblongues, acuminées, atténuées à la base, et munies de nervures pennées. Elle est originaire de l’archipel Indien, notamment de Java, de Sumatra, des Célèbes et de Timor. Le poivre long est constitué par l’épi de fruits cueilli un peu avant la maturité complète, et desséché (a).
Le Piper longum , L. ( Chavica Roxburghii , Miq.), arbuste indigène de Malabar, de Ceylan, du Bengale oriental, de Timor et des Philippines fournit aussi du Poivre long. On le cultive dans ce but le long des côtes orientales et occidentales de l’Inde. Il se distingue de l’espèce précédente par ses feuilles munies de cinq nervures et cordées à la base (2) (b).
Historique. — Les anciens Grecs et Romains connaissaient une drogue nommée IléTïcpi p.az.pcv, Piper longum , qui pourrait bien être la même que le Poivre long des temps modernes. Dans les poésies latines qui portent le nom de Macer Floridus (3), et qui probablement furent écrites au dixième siècle, il est fait mention du poivre noir, du poivre blanc et du poivre long. Cette dernière épice, Macropiper , est signalée par Simon, de Gênes (4), qui fut médecin du pape Nicolas IV, et chape-
(1) Le genre Chavica, séparé du genre Piper par Miquel, a été réuni de nouveau îi ce dernier par C. de Candolle ( Prodr ., XVI, S. I). Le genre Piper est aujourd’hui composé d’environ 620 espèces.
(2) Pour de bonnes ligures des deux plantes, voyez : Hayne, Arzney-GewÜchse.XlY ,
(3) Croulant, Macer Floridus de Viribus Hcrbarum, Leip's., 1832, 114.
(4) C lavis Sanationis, Venet., 1510.
Fig. 239. Poivre noir.
Tégument séminal.
PIPÉRACÉES.
lainde Boniface YIÏI (1288-1303), el qui voyagea en Orient pour étudier les plantes. Saladinus au milieu du quinzième siècle, énumère le Poivre long parmi les drogues que les apothicaires doivent posséder. 11 a disparu des pharmacopées modernes.
Production. — Au Bengale, le Poivre long est cultivé par les producteurs de cannes à sucre. Il exige un sol riche, élevé et sec. On doit placer les plantes à cinq pieds environ les unes des autres. Une acre anglaise peut donner pendant la première année 3 maunds (1 maund vaut près de 29 kilogrammes) de poivre; la seconde année 12, et la troisième 80 maunds. La plante produit ensuite de moins en moins. On arrache alors les racines, on les fait sécher, et on les vend sous le nom de Piplimul. Les Indiens emploient beaucoup ces racines comme médicament. On cueille le poivre au mois de janvier, en pleine croissance, et on l’expose au soleil jusqu’à ce qu’il soit entièrement sec. Après que les fruits ont été récoltés, la tige et les branches de la plante meurent jusqu’au niveau du sol (1).
Description. — Le Poivre long est formé d’un grand nombre de petites baies étroitement serrées sur un axe commun, et constituant un épi long de 4 centimètres environ, et large d’un peu plus de 1 centimètre, supporté par un pédoncule de \ centimètre de long environ. Cet épi est arrondi aux deux extrémités, et un peu effilé au niveau de son extrémité supérieure. Les fruits sont ovoïdes, longs de 2 millimètres, couronnés par une petite pointe mamelonnée qui représente les restes du stigmate; ils sont disposés sur l’axe suivant une ligne spirale, et accompagnés chacun d’une petite bractée peltée. Une section transversale de l’épi offre huit à dix fruits disposés radialement, avec leur extrémité la plus étroite dirigée vers l’axe. Au-dessous du péricarpe, se trouve le tégument mince de la graine, qui enveloppe un albumen incolore, dont la petite extrémité est occupée par un embryon de petite taille.
Le Poivre long des boutiques est d’un blanc grisâtre, et semble avoir été roulé dans une poussière terreuse. Le lavage rend aux épis leur coloration naturelle, qui est d’un brun rougeâtre foncé. La drogue possède une saveur aromatique, brûlante, et une odeur agréable mais peu
prononcée.
Cette description s’applique au Poivre long du commerce anglais, qui vient maintenant en majeure partie de Java, où le Piper officinarum constitue l’espèce la plus commune. Les fruits de cette espece qui nous
(1) Roxburgii, Flora indica, 1832, I, 153.
HISTOIRE DES DROGUES D'ORIGINE VÉGÉTALE. m
ont été envoyés par M. Binnendijk, du Jardin botanique de Buitenzorg, près de Batavia, ne diffèrent pas de ceux qu’on trouve dans les boutiques de Londres. Les fruits du Piper Belle, L. var. y. densmn leur ressemblent beaucoup, mais nous ignorons si on les recueille pour les utiliser.
Structure microscopique. — La structure du Poivre long ressemble à celle du poivre noir, mais elle présente cependant quelques différences caractéristiques. L’épicarpe offre, sur sa faceexterne, des cellules étroites à parois épaisses, allongées tangentiellement, et contenant de la gomme. La couche moyenne est formée de cellules parenchymateuses plus larges, à parois minces et ponctuées, contenant des grains d’amidon et des gouttes d’huile. Dans les couches externes et moyennes du fruit sont répandues de nombreuses cellules larges, à parois épaisses, semblables à celles qu’on trouve dans l’épicarpe du poivre noir ; mais dans le Poivre long elles ne forment pas une couche régulière. La partie interne du péricarpe est formée par une couche de grandes cellules cubiques, ou allongées radialement, remplies d’huile volatile. Une couche de cellules plus petites, allongées tangentiellement, sépare ces cellules à huile du tégument de la graine, qui est coloré en rouge brun, et formé de cellules pressées, lignifiées, semblables à celles qui forment la couche interne du tégument de la graine du poivre noir, mais on n’y trouve pas les cellules à parois épaisses particulières à ce dernier. L’albumen du Poivre long se distingue de celui du poivre noir par l’absence d’huile volatile.
Composition chimique. — Les principes constituants du Poivre long paraissent être les mêmes que ceux du poivre noir. Nous n’en possédons aucune analyse récente, et nous ignorons si les proportions de la pipérine et de l’huile volatile ont été déterminées. La résine et l’essence résident exclusivement dans le péricarpe.
Commerce — Le Poivre long est aujourd’hui exporté de Singapore, où il est apporté en majeure partie de Java et, dans une proportion moindre, de Rhio. La quantité exportée de Singapore en 1871 s’est élevée à 3 366 quintaux, sur lesquels 447 seulement furent expédiés pour le Royaume-Uni, le reste étant destiné surtout à l’Inde anglaise (1). Il se fait aussi une exportation considérable de Poivre long à Calcutta.
Usages. — Lq Poivre long est à peine employé en médecine, le poivre noir lui ayant été substitué dans le petit nombre de préparations dont il faisait autrefois partie. On l’emploie dans la médecine vétérinaire, et comme épice.
( 1 ) tWae Book of l/ie Straiis Settlements for 1871.
PIPÉKACÊES.
La racine aromatique du Poivre long, nommée en sanskrit Pippaliinula (d’où le nom moderne de piph-mul ), constitue un médicament favori des Hindous, également connu des Arabes et des Persans.
(а) Le Piper officinarum C. DC. ( Prodr ., XVI, S. I., 336) est une plante dioïque, à rameaux glabres, à feuilles très-courtement pétiolées, oblongues-elliptiques, atténuées au sommet et subacuminées, aiguës, plus ou moins inégales et atténuées à la base, ou un peu cordées, coriaces, glabres sur les deux faces, penninerviées ; sur les pieds mâles, elles ont de 80 à 83 millimètres de long et 33 millimètres de large; sur les pieds femelles elles ont de 14 à 13 millimètres de long et 3 millimètres de large. La nervure médiane émet de chaque côté, vers les deux tiers de sa longueur, trois nervures secondaires ascendantes. Le pétiole est glabre. Les chatons mâles sont aussi longs que les feuilles, cylindriques, à fleurs serrées. La bractée de chaque fleur est glabre, coriace. Les étamines sont au nombre de deux ou trois et formées d’anthères sessiles. Les chatons femelles sont beaucoup plus courts que les feuilles. Les bractées sont arrondies, lixées par le centre, sessiles. L’ovaire qui constitue la fleur femelle est niché, à l’aisselle de la bractée, dans une dépression de l’axe, et surmonté de trois stigmates. Les baies sont subglobuleuses, très-pressées les unes contre les autres en un cylindre serré, et prennent ainsi une forme pyramidale. (Voy. H. Bâillon, Hist. des Plantes, III, 470, lig. 307.) [Trad.]
(б) Le Piper longum L. ( Species , 41) est une plante dioïque comme la précédente, à rameaux glabres. Les feuilles sont longues de 6 centimètres et larges de 63 millimètres, le pétiole est plus long dans le bas des rameaux, et les supérieures sont même à peu près sessiles. Les feuilles inférieures sont ovales-arrondies, couitemeut acuminées, aiguës, largement cordées à la base ; les supérieures sont oblongues-ovales, atténuées au sommet, cordées à la base. Toutes sont membraneuses, subpellucides, glabres sur les deux faces, pubérulentes en dessous au niveau des nervures, 3-7 nciviées, à nervures un peu proéminentes en dessous, les trois nervures centrales se dirigeant vers le sommet. Le pétiole est puhérulent. Les chatons males sont au>si longs que les feuilles et filiformes. Leurs bractées sont oblongues-arrondies, peltées au centre, courtement pédicellées, glabres. L’androcée est formé de deux étamines à anthères à peu près sessiles. Les chatons femelles sont plus courts et plus épab , leurs bractées sont oblongues-arrondies, un peu atténuées au sommet, à peu prè» sessiles au centre, glabres. L’ovaire est surmonté de trois à quatre stigmates lancéolés. Les baies sont étroitement appliquées contre les bractées et contre Taxe, et pressées les unes contre les autres, leur sommet demeurant seul libre, et leur masse affectant la forme d’une pyramide allongée. [Trad.]
POIVRE CUBÈBE.
Cubebæ ; Fructus vel Baccæ vel Piper Cubcbx (1) ; angl., Cubebs ; allem., Cubeben.
Origine botanique. - Piper Cubeba L. F. [Cubeba offtcinalis Miq.) C’est un arbuste grimpant, ligneux, dioïque, indigène de Java, du sud de Bornéo et de Sumatra, tl) Le nom de Cubèbe vient de l’arabe Kababah.
Historique. Le Cubèbe paraît avoir été introduit dans la médecine
par Jes médecins arabes du moyen âge, qui le décrivent comme ayant la forme, la couleur et les propriétés du Poivre. Masudi (1), au dixième siècle, le regarde comme une production de Java. Le géographe Edrisi (2), en 1153, l’énumère parmi les importations d’Aden. Parmi les écrivains européens, Lonstantinus Afncanus, de baleine, connaissait cette drogue des le onzième siecle, et, au commencement du treizième, ses verttis furent signalées dans les écrits de l’Abbesse Hildegarde, en Allemagne, et même dans ceux d’ Henri kHarpestreng, du Danemark (3). Le Cubèbe est mentionné comme un produit de la « grant isle de Java », par Marco Polo et par Odoric, moine italien, qui visita cette île une cinquantaine d’années plus tard. On levait à Barcelone, en 1271 (4), un impôt sur le Cubèbe, sous le nom de Cubebas silvestres. Le Cubèbe est mentionné, vers la même époque, comme vendu dans les foires de la Champagne, en France. Son prix était de 4 sous la livre (5) ; on le vendait aussi en Angleterre. Dans des documents datés de 1284, il est énuméré parmi les amandes, le safran, les raisins de Corinthe, le poivre blanc, les graines de paradis, le macis, le galanga et le pain d’épice, et indiqué comme coûtant 2 shellings la livre. En 1285, il coûtait 3 shellings la livre; en 1307, une livre achetée pour la garde-robe du roi coûta 9 shellings (6). D’après le journal des dépenses de Jean, roi de France, pendant son séjour en Angleterre, de 1359 à 1360, le Cubèbe paraît avoir constitué, à cette époque, une épice très-habituellement employée. Ceux qui pouvaient se procurer ce luxe se servaient de Cubèbe en poudre, mélangé aux aliments, ou en grains entiers et confits. La patente délivrée en 1305, par Edouard Ier, pour aider à réparer le pont de Londres, et autorisant la vente, sur ce pont, de divers objets, mentionne, parmi diverses épices, le Çubebs comme soumis à un impôt (7). Le poivre Cubèbe est mentionné dans 1 eConfectbuch deHansFolcz, de Nuremberg (8),
(1) Les Prairies d’or, l, 341.
(2) Géographie, trad. J aubert, I, 51, 89.
(3) Meyer, Gcschichte der Botanik, III, 537.
(4) Capmany, Memorias sobre la Marina , etc., de Barcelona, I, 44.
(5) Bourquelot, Etudes sur les foires de la Champagne (in Mém . de l’Institut, 1865, V, 288).
(0) Rogers, Hist. of Agricult. and Priées in England, I, 627, 028 ; II, 544. — Pour avoir une idée de la valeur comparée des marchandises ù. cette époque et h la nôtre, il faut multiplier les prix anciens par 8.
(7) Liber niger Scaccarii, Lond., 1771, I, 478.,— On en trouvera une traduction dans les Chronicles of London Bridge, 1827, 155.
(8) Croulant, Macer Floridus, etc., Lips., 1832, 188.
PIPÉRACÉES.
vers 1480. Cependant le Gubèbe était , cette époque, beaucoup moins usité comme épice que le Poivre ou le Gingembre, et surtout que les grains de Paradis et le Galanga. Garcia d’Orta, en 1563, en parle comme étant rarement employé en Europe. Le Gubèbe est cependant cité, par Saladinus, parmi les drogues qui doivent exister dans chaque apotheca (I). Dans une liste des drogues qui doivent être vendues dans toutes les boutiques d’apothicaires do la cité d’Ulm, en 1596, le Gubèbe est mentionné sous le *norn de Fructus carpesiorum vel cubebarum, et le prix d’une demi-once est fixé à 8 kreuzers, ainsi que l’opium, la meilleure manne et l’ambre, tandis que le Poivre noir et le Poivre blanc sont évalués à 2 kreuzers (2). L’action spécifique du Gubèbe sur les organes génito-urinaires n’est connue que depuis une époque très-récente. Les écrivains de matière médicale du commencement de ce siècle ne mentionnent eux-mêmes le Cubèbe que comme un aromatique stimulant, semblable au Poivre, mais inférieur à lui, et rarement employé (3). Il était même, à cette époque, tombé dans une désuétude telle, qu’il ne figure pas dans la Pharmacopée de Londres de 1809. D’après Crawfurd, son importation en Europe, pendant longtemps interrompue, recommença à se faire en 1815, après que ses propriétés médicinales eurent été signalées aux médecins anglais de Java par leurs serviteurs hindous (4).
Culture et Production (5). — Le Cubèbe est cultivé dans de petites plantations spéciales, et aussi dans les plantations de café, à Banjoemas, dans le sud de Java. Les fruits sont achetés par les Chinois, qui les apportent à Batavia. On en produit dans l’est de Java, et près de Bantam, dans le nord-ouest. Sa culture est très-répandue dans le district de Lampong, à Sumatra. On a fait récemment une grande distribution de cette plante aux planteurs de café européens. La culture du Gubèbe est aisée. Dans les plantations de café, certains arbres sont cultivés pour produire de l’ombre. On plante le Cubèbe au pied de ces
(1) Compendium aromatariorum, Bonon., 1488.
(2) Reichard, Beitrcige zur Geschichte der Apotheken, 4825, 424.
(3) Dans VEdinburgh jiciv Dispensatory , de Duncan, ed. 2, 1804, le Piper Cubeba est très-brièvement décrit, mais sans qu’il soit fait allusion aux propriétés médicinales qu il possède. Dans la sixième édition du même ouvrage, de 4811, il est tout îi fait laissé de côté — Voyez aussi Murray, System of Mat. Med. and Pharm , 4810, 1, 266.
(4) Dictionary ofthe lndian Islands, 4856, 117. -M. Crawfurd a communiqué lui- „ même ti VEdinburgh Medical and Surgical Journal, de 4818, XIV, 32, un mémoire faisant connaître le « succès remarquable » avec lequel lo Cubèbe est employé contre la
gonorrhée. . T ,
(5) Nous devons une partie des détails qui suivent il M. Binnendijk, du Jardin botanique de Buitenzorg, près Batavia. [D. H.]
arbres, sur lesquels il grimpe jusqu’à une hauteur de 5à6 mètres, en formant de larges buissons.
Description. — Le Cubèbe du commerce est fourni par les fruits globuleux, secs, cueillis en plein développement, mais un peu avant qu’ils soient arrivés à une maturité complète. Le fruit a environ 4 millimètres de diamètre; lorsqu’il est très-jeune, il est sessile, mais il est ensuite graduellement soulevé par un pédicule droit et mince, un peu plus long ou même deux fois plus long que lui-même. Les fruits sont attaches . par ces pédicules, en grand nombre, parfois plus de cinquante sur un rachis commun, épais, long d’environ 4 centimètres. Les fruits de Cubèbe du commerce sont sphériques, parfois déprimés à la base, un peu pointus au sommet, fortement ridés par suite de la contraction du péricarpe charnu. Ils sont d’un brun grisâtre ou noirâtre, fréquemment couverts d’une poussière d’un gris cendré. Le pédicule est formé par la base prolongée du fruit, et persiste indéfiniment. L’axe commun ou rachis est presque dépourvu d’huile essentielle ; on le trouve aussi fréquemment mélangé à la drogue. Le tégument du fruit recouvre un noyau qui contient la g'raine. Cette dernière est sphérique, un peu comprimée ; sa surface est lisse; elle n’adhère au péricarpe que par sa base. Son sommet est tantôt légèrement prolongé, tantôt, au contraire, un peu déprimé. L’albumen est forme, blanchâtre, huileux; il renferme un petit embryon situé au-dessous du sommet. Dans le Cubèbe des boutiques, la graine est le plus souvent incomplètement développée et ridée, et le péricarpe est presque vide.
Le Cubèbe possède une saveur forte, aromatique, persistante, accompagnée d’un peu d’amertume et d’âcreté. Son odeur est légèrement aromatique et n’est pas désagréable.
Structure microscopique. — La structure microscopique du Cubèbe offre quelques particularités. Le péricarpe est formé, au-dessous de l’épiderme, par de petites cellules cubiques, à parois épaisses, disposées en une couche interrompue, et n’ayant que la moitié de la largeur de celle qu’on trouve dans le Poivre noir. La couche moyenne, large, est formée de petites cellules contenant des gouttes d’huile, des granules d’amidon et des groupes cristallins de cubébine, probablement aussi de la graisse. Cette couche moyenne est interrompue par de larges cellules à huile, qui contiennent fréquemment des cristaux de cubébine en forme d’aiguilles, unis en groupes concentriques. La zone interne, beaucoup plus mince, est formée d’environ quatre couches de cellules un peu plus larges, allongées tangentiellement, molles et contenant de
PIPÉRACÉES.
l'huile essentielle. En dedans de cette zone, se trouve le noyau cassant, coloré en jaune clair, et formé d’une couche de cellules très-pressées, à parois épaisses, allongées radialement. Enfin, l’embryon est recouvert d’une membrane brune, mince, offrant la structure et le contenu de celle qu’on trouve dans le Poivre noir, mais différant de cette dernière en ce que, dans le Cubèbe, les cellules sont plus arrondies, et contiennent des cristaux de cubébine et non de pipérine.
Composition chimique. — Le principe constituant le plus abondant du Cubèbe est l’huile volatile. La proportion fournie par la drogue varie entre 6 à 15 pour 100. La cause de cette grande variation peut être trouvée dans la constitution même de la drogue, dans la grande altérabilité de l’huile, et dans ce fait que son point d’ébullition est très-élevé. Cette essence est la source de l’arome du fruit ; elle est polymérique de l’essence de térébenthine, et dévie fortement à gauche les rayons de la lumière polarisée. Dans les temps froids, l’essence de Cubèbe vieillie laisse déposer de larges octaèdres rhombiques, d une substance qui a été désignée sous le nom de Camphre de Cubèbe ou Hydrate de Cubébine , ayant pour formule G30Ht82IPO. En la conservant longtemps, nous l’avons vu prendre parfois l’aspect d’un liquide visqueux, assez semblable, par sa consistance, à l’anéthol. La portion dominante de l’essence nommée Cubébine , a pour composition CloH2i. Elle bout à 264° C. Elle est accompagnée d’une petite quantité d’une essence C10H16 bouillant à 160° d’après Oglialoro (1875).
Un autre principe constituant du Cubèbe est la Cubébine , dont on peut parfois voir les cristaux dans le péricarpe, à l'aide d’une loupe ordinaire. Elle fut découverte, en 1839, par Soubeiran et Capitaine. Elle est inodore, insipide, neutre; elle cristallise en petites aiguilles ou eu écailles; elle est presque insoluble dans l'eau froide, mais un peu soluble dans l’eau chaude; se dissout facilement dans l’alcool bouillant, mais se dépose en majeure partie sous l’influence du refroidissement. Elle exige 30 parties d’éther froid pour se dissoudre. Bernatzik a retiré du Cubèbe 0,40 pour 100 de cubébine (1); Schmidt en a retiré 2,5 pour 100(2). Les cristaux qui se déposent dans 1 extrait alcoolique ou éthéré de Cubèbe sont formés de cubébine à 1 état impur. La cubébine est dépourvue de toute action thérapeutique remarquable ; sa composition répond à la formule G33HHOl0, ou peut-être C H Ü (3).
(1) Bernatzik, in J ahresbericlit über die Fortschritte in der Pharmacie de Canstatt, 1866, XIV, I, 15.
(2) Wiggers et IIusemann, J ahresbericlit , 1870, 52. ... ,
(3) La cubébine dissoute dans 26 parties de chloroforme dévie à gauche le plan de
La résine extraite du Gubehc est constituée par une partie indifférente, près de 3 pour 100, et par l’acte cubébique , qui s’élève à la proportion de 1 pour 100 environ de la drogue. Ges deux corps sont amorphes ; il en est de même, d’après Schmidt, des sels de l’acide cubébique. Bernatzik, cependant, a trouvé que certains d’entre eux, notamment celui de barium, sont cristallisables. Schulze a préparé, en 1873, 1 acide cubébique, en le retirant de son sel cristallisé de sodium, mais il n’a pu l’avoir qu’à l’état amorphe.
Schmidt a signalé, en outre, dans le Gubèbe, la présence de la gomme, dans la proportion de 8 pour 100, d’huile grasse, et celle des malates de magnésium et de calcium.
Commerce. — Il a été importé à Singapore, en 1872, 3062 quintaux, sur lesquels 2348 quintaux provenaient des îles hollandaises. Pendant la même année, il fut réexpédié de Singapore 2 766 quintaux de la drogue. La quantité exportée pour le Royaume-Uni fut de 1 180 quintaux; 1 244 quintaux furent dirigés vers les Etats-Unis d’Amérique, et 104 quintaux envoyés dans l’Inde anglaise (1). Pendant l’année précédente, il eu avait été expédié une quantité plus grande dans l’Inde qu’en Angleterre.
Usages. — Le Gubèbe est très-employé dans le traitement de la blennorrhagie. On l’administre ordinairement en poudre, et moins fréquemment sous la forme d’extrait alcoolique ou éthéré, ou d’huile essentielle.
Bernatzik et Schmidt ont montré que l’efficacité du Gubèbe est due à la résine indifférente et à l’acide cubébique, et qu’on doit préférer les préparations qui contiennent ces corps en plus forte proportion, à l’exclusion des autres principes, lis rejettent l’huile essentielle, dont l’administration est accompagnée d’une action thérapeutique différente. Les préparations qui doivent être recommandées sont les baies dépourvues de leur huile essentielle et de leurs principes solubles dans l’eau, puis desséchées et pulvérisées; ou bien l’extrait alcoolique préparé avec ces baies, ou bien, enfin, la résine purifiée.
Falsification. — Le Gubèbe est très-peu sujet à être falsifié, mais la drogue importée en Europe contient toujours une proportion indue de pédoncules inertes, qu’on doit enlever avant de pulvériser les
polarisation; chauffée avec du pentoxyde de phosphore, elle prend une teinte bleue persistante. L’essence de Cubèbe agitée avec un peu de pentoxyde acquiert la même coloration. [P. A. F.] ■ .
(1) straits Settlements Dlue Boolc for 1872, 294, 338.
352 PIPÉRACÉES.
baies (l). L’acheteur juge de la qualité du Cubèbe, d’après son état plus ou moinshuileux, et l’odeur qu’exhalent les baies après avoir étébroyées. Les échantillons qui contiennent une grande proportion de baies pâles, lisses, tout à fait mûres, qui paraissent secs apres avoir été broyés, doivent être rejetés.
Nous avons accidentellement trouvé dans le commerce un petit fruit lisse, bil oculaire, de la taille, de la forme et de la couleur du Cubèbe, mais dépourvu du long pédicclle de ce dernier. Un examen superficiel suffisait pour reconnaître que ces fruits n’étaient pas des fruits de Cubèbe. Nous avons aussi trouvé certains échantillons de Cubèbe formés de fruits plus volumineux que ceux de la sorte ordinaire, très-ridés, munis d’un pédicelle aplati et plus gros, une fois et demie ou deux fois plus long que la baie. Cette drogue avait une odeur agréable, différente de celle du Cubèbe ordinaire, et une saveur très-amère. En comparant ces fruits avec ceux d’échantillons d’herbier, nous nous sommes arrêtés à l’opinion qu’ils pouvaient provenir du Piper crassipes Konthals ( Cubeba crassipes Miq.), espèce qui habite Sumatra.
Les fruits du Piper Loivong Blume ( Cubeba Loivong Miq.), espèce originaire de Java, et ceux du Piper ribesioicles Wall. ( Cubeba Wallichii Miq.) sont extrêmement semblables à ceux du Cubèbe. Les fruits du Piper caninum A. Djetr. ( Cubeba canina Miq.), plante très-répandue dans l’archipel Malais, sont, d’après un échantillon que nous devons àM. Binnendijk, de Buitenzorg, plus petits que ceux du véritable Cubèbe, et leurs pédoncules n’ont que la moitié du diamètre de la baie.
Dans le sud de la Chine, les fruits du Laurus Cubeba Lour. ont été fréquemment confondus, par les Européens, avec ceux du Cubèbe. L’arbre qui les produit est inconnu des botanistes modernes. Meissner le rapporte, avec doute, au genre Tetranthera (2).