MA T I C O
Iicrba Matico.
Origine botanique, — Piper angustifolàm Ruiz et Pavon ( Artanthe elongata Miq.). C’est un arbuste qui croît dans les terres humides de la Bolivie, du Pérou, du Brésil, de la Nouvelle-Grenade et du Venezuela. On le cultive aussi dans quelques localités (à). On trouve dans les provinces brésiliennes de Bahia, Minas Geraes et Cearâ, ainsi qu’au Pérou et dans les parties nord de l’Amérique du Sud, une forme plus vigoureuse de cette plante, avec des feuilles longues de 18 à 20 centimètres, la var. x cordulatum C. DC.
Historique. — Les propriétés styptiques de cette plante passent pour avoir été découvertes par un soldat espagnol nommé Matico (1), qui, ayant appliqué sur ses plaies quelques feuilles, observa que l’écoulement du sang s’était immédiatement arrêté. La plante reçut pour ce motif le nom d’ Yerba ou Polo del soldado (Herbe ou Arbre du soldat). Cette histoire n’est peut-être pas très-véridique, mais elle est très-répandue dans plusieurs parties de l’Amérique du Sud. La plante dont nous parlons n’est pas du reste la seule à laquelle on applique cette légende.
Les propriétés hémostatiques du Matico sont notées dans les ouvrages de Ruiz et Pavon. Elles furent signalées pour la première fois en Europe, en 1839, par Jeffreys (2)/ médecin de Liverpool, mais elles avaient déjà attiré l’attention dans l’Amérique du Nord, dès 1827 .
Description. — Le Matico, tel qu’il arrive dans le commerce, consiste en une masse comprimée, adhérente et cassante, de tiges et de feuilles colorées en vert clair, et exhalant une odeur herbacée agréable. Examinée de plus près, cette masse se montre formée de tiges articulées,
Le mot Matico est un diminutif de Matco, traduction espagnole de Matthieu.
(2) Remarks on the cfficacy of Matico as a styptic and astringent, cd. 3, Lond.,
ms.
portant des feuilles lancéolées, acuminées, cordées et inégales à la hase, et munies de très-courts pétioles. Les feuilles sont un peu épaisses ; toute leur surface supérieure est parcourue par un système de petites nervures déprimées qui la divisent en petits carrés et lui donnent une apparence marquetée.
Sur la face inférieure, ces carrés forment des séries correspondantes de dépressions couvertes de poils hérissés.
Les feuilles ont de 12 à 13 centimètres de long, et environ 4 centimètres de large. Les épis de fleurs et de fruits ont souvent 10 à 12 centimètres de long; ils sont grêles et cylindriques, portent des fleurs et des fruits très-pressés.
Les feuilles de Matico possèdent une saveur aromatique, et un peu amère.
Composition chimique. — Les feuilles de Matico fournissent une faible proportion d’huile essentielle que nous
/sTi Fig. 241 • Feuille
avons trouvée légèrement dextrogyre (I). La plus grande d e Piper angustifopartie de cette essence distille entre 180° et 200° G., le hum reckutereste devient plus épais. Les deux portions sont plus légères que l’eau ; mais un autre échantillon de cette huile essentielle, que nous avons conservé pendant quelques années, s’enfonce dans l’eau. Nous avons observé que, pendant l’hiver, l’essence de Matico laisse déposer des cristaux extrêmement remarquables d’un camphre, longs de plus de 1 centimètre, fusibles à 103° G., et que nous croyons être un mélange de deux substances.
Le Matico fournit, en outre, d’après les recherches faites par Marcotte, 1864 (2), un acide cristallisable, nommé acide Artanthique , et une certaine quantité de tannin. La présence de ce tannin est décelée par la coloration brun foncé que prend une infusion de Matico quand on y ajoute du chlorure ferrique. Les feuilles contiennent aussi de la résine, mais, ainsi que l’a montré S tell, en 1858, elles ne renferment ni pipérine ni cubébine.
Commerce. — Cette drogue est importée en balles et en sacs par la voie de Panama.
Usages. — Les feuilles de Matico, préalablement ramollies dans l’eau ou à l’état de poudre, sont parfois employées pour arrêter l’écoulement de sang des blessures. On prend aussi leur infusion contre les hémorrhagies internes.
(1) La déviation est seulement de 0°,7 en colonne de 50 millimètres.
(2) üumouHT et Planchon, Ilist. des Drogues, 1869, II, 278.
336 PIPÉRACÉES.
Substitutions. — Plusieurs plantes ont été parfois apportées sur le marché sous le nom de Matico. L’une d’elles est le Piper aduncum L.
( Artanthe adunca Miq.). Une certaine quantité en fut importée à Londres, de l’Amérique Centrale, en 1863, et déterminée par Bentley (1). Par la couleur, l’odeur et la forme de la feuille, elle ressemble beaucoup au Matico ordinaire, mais elle en diffère en ce que ses feuilles sont marquées en dessous d'un plus grand nombre de nervures ascendantes parallèles, entre lesquelles le limbe n'est pas rugueux, mais au contraire relativement lisse et presque glabre. Par leurs caractères chimiques, les feuilles du Piper aduncum paraissent ressembler à celles du Piper anyusti folium. Le Piper aduncum est très-répandu dans l’Amérique tropicale. Sous le nom de Nhandi ou Piper longum, il fut mentionné par Pison, en 1648 (2), à cause de l’action stimulante de ses feuilles et de sa racine. On l’emploie encore pour ce motif au Brésil, mais on ne paraît lui attribuer aucune propriété styptique (3). Dans ce pays, on se sert de ses fruits à la place de ceux du Cubèbe.
D’après Triana, le Piper lanceæfçlium H. B. K. ( Artanthe Miq.) est une autre espèce non déterminée, fournissant, à la Nouvelle-Grenade, du Matico (4). Le Waltherid glomerata Presl, de la tribu des Sterculiées, est nommé, à Panama, Palo del soldaclo, et ses feuilles y sont employées comme vulnéraires (o). ,
Le Piper anguslifolium Ruiz et Pavon ( Flor . peruv., I, 38, f. »7, f. o) est une plante à fleurs hermaphrodites ou unisexuées, à rameaux glabres, à ramuscules plus ou moins velus. Les feuilles sont courtement pétiolées, un peu obliques, lancéolées ou elliptiques-oblongues, longuement acuminées, arrondies et inégales à la base et même un peu cordées, verruqueuses et couvertes de poils rigides sur la face supérieure, revêtues en dessous d’une pubescence molle; elles sont rigides, subcoriaces, munies de ponctuations pellucides, et de nervures saillantes en dessous, la nervure médiane émettant des nervures latérales parmi lesquelles les sept ou huit supérieures remontent vers le sommet de la feuille. Le pétiole est velu et engainant à la base. Les inflorescences sont oppositifoliées et supportées par des pédoncules a peu près deux fois aussi longs que les pétioles et velus. Les bractées sont lisses, peltées au sommet, triangulaires, velues sur les bords. L’androcée est formé de quatre étamines. L’ovaire est surmonté de stigmates sessiles, filiformes. Les baies sont glabres. Les chatons mûrs sont allongés et épais. [Trad.]
(1) Pharm. Journ., 1864, V, 290.
(2) De Medicinâ Brasiliensi , lib. iv, c. 57.
(3) Langgaard, Diccionario de medicinâ domestica e popular, Rio de Janeiro, 1865, II 44.
’(4) Expositioii de 1867, Catalogue de M. José Triana, 14.
(3) Seemann, Botany of the Herald, 1852, 57, 85.
ARISTOLOCHIACÉES.