‹ Histoire des drogues d'origine v©♭g©♭tale [electronic resource]Chapitre 66 sur 124 · RACINE DE SERPENTAIRE · texte numérisé non relu

RACINE DE SERPENTAIRE

Jiadix Serpentcirix; Radix Serpentarix Virginianx; Serpentaire de Virginie; angl., Virginian Snake-Root ; Serpentary Root; allem., Schlangemvurzel.

Origine botanique. — Aristolochia Serpentaria L. C’est une herbe vivace, atteignant à peine d’ordinaire 30 centimètres de haut, avec des tiges aériennes flexueuses, simples ou peu ramifiées, qui portent des fleurs petites, solitaires, colorées en pourpre foncé. Elle croît dans les bois ombreux des Etats-Unis, depuis le Missouri et l’Indiana jusqu’à la Floride et la Virginie. Elle est abondante dans les Alleghanies et dans les montagnes du Cumberland; on la trouve en moindre quantité dans le New-York, le Michigan et les autres Etats du Nord. La forme des feuilles est extrêmement variable (a).

Historique. — Les plus auciens renseignements que nous possédions sur la racine de Serpentaire sont dus à Thomas Johnson, apothicaire de Londres, qui publia une édition de Gerarde en 1636. Il est évident, cependant, que Johnson confondit une espèce d 'Aristolochia de Crète avec celle qu'il nomme « la Serpentaire , qui est apportée de Virginie, et qui a été cultivée par M. John Tradescant, à Lambeth sud, en 1632 » . Elle fut aussi brièvement indiquée par Cornuti, dans sa Canadensium Platitarum B tsloria { 1633), et d’une façon plus scientifique par Parkinson, en -1640. Ces auteurs, ainsi que Dale (1693) et Geoffroy (1741), exaltent les vertus de la racine contre les morsures des serpents, et contre la rage. La Serpentaire fut introduite dans la Pharmacopée de Londres en 1650.

Description. — La Serpentaire du commerce est formée, en partie, par le rhizome, qui est noueux, contourné, long de moins de 3 centimètres et épais de 3 millimètres environ ; il porte sur sa face supérieure les hases courtes des tiges des années précédentes, et sur sa face inférieure de nombreuses racines grêles, ramifiées, longues de 5 à 10 centimètres. Le rhizome est souvent encore fixé à une portion de tige herbacée qui, parfois, porte des fruits, et plus rarement des fleurs et des feuilles. La drogue est colorée en brun foncé ; elle possède une odeur aromatique analogue à celle de la Valériane, mais moins désagréable, et une saveur aromatique, un peu amère, rappelant celles du camphre, de la térébenthine et de la Valériane.

388 ARISTOLOGHIACÉES.

Structure microscopique. — Dans le rhizome, la couche extérieure de l’écorce est formée d’une couche simple de cellules cuboïdes. La portion corticale moyenne (mésophlœum) se compose d environ six couches de grandes cellules. Le liber est constitué par de nombreuses couches de cellules plus petites; celles des rayons médullaires sont presque cubiques et pourvues de parois ponctuées; celles des faisceaux libériens sont plus petites, et disposées en forme de croissant. Dans les faisceaux ligneux, des groupes de vaisseaux courts, réticulés et ponctués, alternent avec des fibres ligneuses, ponctuées, qui, dans le voisinage de la moelle, ont des parois épaisses. Les cellules les plus larges sont celles qui composent la moelle. Cette dernière, vue sur une section transversale, n’occupe pas tout à fait le centre de la souche, mais est plus rapprochée de sa face supérieure. Les racines offrent un faisceau fibrovasculaire central, entoure par une gaine. Dans le mésophlœum delà souche et des racines, on trouve un petit nombie de cellules qui contiennent une huile essentielle jaune. Les autres cellules sont remplies d’amidon.

Composition chimique. — L’huile essentielle existe dans la drogue dans la proportion d’environ \ demi pour 100. La résine y est à peu près dans la même proportion. La couche corticale externe, et la zone de la gaine, contiennent une petite quantité de tannin, et l’infusion aqueuse de la drogue se colore en vert sous l’influence du perchlorure de fer. L’acétate neutre de plomb précipite un peu de mucilage et un principe amer qui est peut-être Y Aristolochùie de Chevallier. On peut aussi obtenir ce dernier à l’aide de l’acide tannique. C’est une substance amorphe, amère ; elle demande de nouvelles investigations. La solution de tartrate alcalin de cuivre rend évidente, dans la Serpentaire, la présence du sucre •

Commerce. — La Serpentaire de Virginie est importée de New-Yoïk

et de Boston, en balles, en sacs et en caisses.

Usages. — La Serpentaire est employée sous forme d infusion et de teinture, comme tonique stimulant et diaphorétique. On la présent plus souvent combinée à l’écorce de Quinquina que seule. Son ancienne réputation dans le traitement des plaies produites par les morsures

de serpent est aujourd’hui perdue.

Falsification et substitution.- La Serpentaire de Virginie passe pour

être parfois falsifiée avec la racine de Spigelia manlandxca L., qui n a ni son odeur ni sa saveur, ou avec celle du Cypripedium pubescens L qui lui ressemble à peine. Il n’est pas rare de trouver, çà et la, dans a

Serpentaire du commerce, la racine du Panax 'qüinquef olium L., recueillie par accident, mais non ajoutée dans un but de falsification.

La racine de Y Aristolochia reticulata Nutt., plante de la Louisiane et de l’Arkansas, a été introduite dans le commerce en quantité considérable, sous le nom de Serpentaire du Texas ou Serpentaire de la Rivière-Rouge (1). Nous avons sous les yeux un échantillon authentique provenant du pays de Gherokee, et dû à M. Merrell, grand marchand herboriste de Saint-Louis, Missouri. Il nous informe que toute la Serpentaire recueillie dans le sud-ouest des montagnes Rocheuses est produite par cette espèce. Le professeur Parrish, de Philadelphie, nous a envoyé la même drogue, et de bons échantillons de la véritable Serpentaire de Virginie ou Middle States Snake-root.

La Serpentaire du Texas est un peu plus épaisse et moins aplatie que celle qui provient de VA. Serpentaria. Elle en possède la saveur et l’odeur, mais elle est un peu moins aromatique. La plante, dont quelques parties sont souvent mélangées auxrhizomes, se distingue facilement par ses feuilles coriaces , sessiles et fortement réticulées sur leur face inférieure.

(a) Les Aristoloches ( Aristolochia Tournefort, Inslit ., 162, t. 71) sont des AristolochicRcées à calice coloré, tubuleux, permanent, souvent indivis ; à anthères unies dans toute leur longueur avec le style ; à ovaire infère, divisé en six loges pluriovulées ; à capsule déhiscente en six valves.

L’Aristolochia Serpentaria L. (, Species , 1363) est une plante à souche vivace, ascendante, courte, émettant un assez grand nombre de rameaux aériens articulés, flexueux, grêles, souvent teintés de rouge, simples ou peu ramifiés, feuillés dans le haut, nus dans le bas où naissent les fleurs. Les feuilles sont alternes, courtement pétiolées, entières, acuminées, ordinairement ovales-cordées et trinerviées à la base, plus rarement hastées-cordées ou ohlongues. Les feuilles les plus grandes sont polymorphes, longues de 9 centimètres environ et larges de 5 centimètres. Les fleurs sont portées chacune par un rameau floral qui s’élève de la partie inférieure de la tige, et produit d abord quatre à six bractées, puis se termine par une fleur. Les fleurs sont hermaphrodites, irrégulières. Le calice est coloré en pourpre brunâtre, sombre ; il est gamosépale et constitué par un long tube recourbé en S, renflé â ses deux extrémités, limité au niveau de son ouverture par un bord dilaté et réfléchi en dehors, formant deux lèvres, l’une supérieure, l’autre inférieure, qui dans le bouton se réunissent en triangle. L’androcée est formé de six anthères biloculaires, extrorses, déhiscentes par des fentes longitunales, connées avec les six faces du style qui est situé entre elles et surmonté d’un stigmate convoluté, étalé au-dessus des anthères, de façon <i rendre la fécondation directe il peu près impossible. Le gynécée se compose d un ovaire tout â fait infère, allongé, ohlong, hexagonal, divisé en six loges qui contiennent chacune un grand nombre d’ovules anatropes, insérés dans leur angle interne sur deux rangées verticales et se touchant par leurs raphés. Le fruit

(I) Wiegand, in American Journal of Pharm., 1845, X; Pt'occedinrjs ofthe amcrican pharmaceutical Association, 4 873, XXI, 441.

CASTANÉACÉES.

est une capsule oliovnle, ii six angles, divisée en six loges contenant de nombreuses petites graines triangulaires, aplaties, horizontales, couchées les unes au-dessus des autres. La déhiscence est scpticide. Les graines contiennent un albumen corné, à la base duquel se trouve un petit embryon. [Tiud.]

CASTANÉACÉES.

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