‹ Histoire des drogues d'origine v©♭g©♭tale [electronic resource]Chapitre 67 sur 124 · ÉCORCE DE CHÊNE · texte numérisé non relu

ÉCORCE DE CHÊNE

Cortex Quercus; nngl., Gale Bark; nllcm., Eichenrinde.

Origine botanique. — Quercus robur L. C’est un arbre indigène de presque toute l’Europe, partant du Portugal et de la péninsule Grecque, pour atteindre le 58e de latitude nord en Ecosse, le 62° en Norwége, et le 5ôe dans les montagnes de l’Oural («).

Il existe deux formes remarquables de cet arbre, regardées par plusieurs botanistes comme des espèces distinctes, mais considérées par De Candolle (1) comme des sous-espèces :

1° pedunculata , à feuilles sessiles ou courtement pétiolées, à fruits portés par un long pédoncule ;

2° sessiliflora, à pétioles plus ou moins allongés, et à fruits sessiles ou portés par un pédoncule court.

Ces deux formes existent dans la Grande-Bretagne. La première est le Chêne commun de la plus grande partie de l’Angleterre et des parties inférieures de l’Ecosse. La seconde se rencontre fréquemment dans les bois, où domine la première, et elle forme la plus grande partie des forêts du sud de l’Angleterre. Dans la Galles du Nord, sur les collines élevées du nord de l’Angleterre, et en Ecosse, elle est plus commune que l’autre forme (Bentham).

Historique. — Les propriétés astringentes de toutes les parties du Chêne (2) étaient bien connues de Dioscoride, qui recommande la décoction de la partie interne de l’écorce contre la diarrhée, la dysenterie et les crachements de sang. Cependant, l’écorce de Chêne paraît n’avoir jamais été tenue en grande estime comme médicament, probablement parce qu’elle est très-commune. Elle est aujourd’hui à peu près complètement remplacée par les autres astringents. Elle a toujours été beaucoup employée dans le tannage des peaux.

Description. — Pour l’usage médicinal, on recueille l’écorce des

(1) Prodromus, 1804, XVI, S. IL faso. 1.

(2) Probablement, pas du Quercus robur L.

jeunes tiges et clés branches, au début du printemps. Son aspect varie avec l’âge du bois sur lequel elle a été prise. Celle qu’on trouve d’ordinaire chez les droguistes anglais est en morceaux plats ou en forme de gouttières, de longueur variable, et épais de 2 millimètres au moins, lisses, colorés en gris argenté, luisants, avec des taches brunes et de petites écailles. La surface interne est colorée en brun de rouille clair, et munie de stries longitudinales. La cassure est courte et fibreuse. Sur une section transversale, on voit une couche subéreuse mince, grisâtre, en dedans de laquelle se trouve un parenchyme brun, traversé par de nombreuses zones de taches translucides et incolores. L’écorce sèche de Chêne ne possède qu’une odeur très-faible ; mais lorsqu’on la mouille, elle dégage une odeur de tan manifeste. Sa saveur est astringente et un peu amère dans les vieilles écorces.

structure microscopique. — La couche extérieure des jeunes écorces de Chêne est formée de petites cellules subéreuses aplaties. La couche moyenne présente des cellules plus larges, à parois épaisses, un peu allongées tangentiellement, contenant de la chlorophylle et des granulations de matière colorante brune. De ce tissu, on passe graduellement au parenchyme plus mou et plus étroit de l’écorce interne, qui est régulièrement traversé par des rayons médullaires étroits. Il offre, en outre, une couche un peu interrompue de cellules à parois épaisses (sclérenchyiue), et des faisceaux isolés de fibres libériennes. Des groupes de cristaux d’oxalate de calcium se rencontrent fréquemment dans l’écorce moyenne et interne, mais le contenu le plus important des cellules consiste en granules bruns de matière colorante et en tannin. A mesure que l’épaisseur de l’écorce s’accroît, le liber devient de plus en plus superficiel, la couche moyenne de l’écorce étant en partie détruite par une formation de liège secondaire (rhytidome). Il en résulte que les écorces les plus jeunes, qui seules sont médicinales, ont une structure et un aspect très-différents de ceux des vieilles écorces (b).

Composition chimique. — Le principe constituant le plus important de l’écorce de Chêne est une sorte particulière de tannin. Stenhouse indiqua, en 1843, que l’acide tannique de l’écorce de Chêne n’est pas identique à celui de la noix de galle. Ces observations ont été plus tard confirmées. La première de ces deux substances, nommée aujourd hui acide Querci-Lannique, donne, par distillation sèche, de la pyrocatéchinc et non du pyrogallol. Il ne fournit pas par oxydation d’acide gallique. Une solution de gélatine est précipitée par l’acide querci-t'annique de même que par l’acide gallo-lannique ; cependant, le composé

CASTANÉACÉES.

formé avec co dernier se décompose très-facilement, tandis que le tannin de l’écorce de Chêne, qui est cependant accompagné par une grande quantité de matière extractive, fournit un composé stable, et est capable de produire un bon cuir.

Comme l’acide querci-tanniquc n’a pas encore été isolé à l’état de pureté, l’estimation exacte de l’énergie du principe tannant de l’écorce de Chêne n’a pu être encore obtenue, ce qui aurait, cependant, une grande importance, aussi bien au point de vue économique qu’au point de vue scientifique. La meilleure méthode employée pour cela est celle de Ncubauer (1873). Elle repose sur la proportion de permanganate de potassium que peut décomposer l’extrait d’un poids déterminé d’écorce de Chêne. Neubauer a trouvé, dans l’écorce de jeunes tiges cultivées pour le tannage, de 7 à 10 pour 100 d’acide querci-tannique soluble dans l’eau froide. En 1843, Gerbe r retira de l’écorce de Chêne une substance neutre, incolore, cristallisable, amère, soluble dans l’eau, insoluble dans l’alcool absolu et dans l’éther. Il la nomma Quercine. Elle exige de nouvelles recherches. G. Eckert (1) n’a pas pu la découvrir dans l’écorce du Chêne jeune.

Usages. — L’écorce de Chêne n’est que rarement employée en qualité d’astringent, et'l’on n’en fait guère usage qu’à l’extérieur.

(a) Les Chênes ( Quercus L. Généra, 725) sont des Castanéacées à fleurs monoïques ; les mâles disposées en chatons et formées de huit étamines ou davantage ; les femelles formées d’un périanthe à six divisions, et d’un ovaire infère, globuleux, à trois loges biovulées ; à fruit uniloculaire et monosperme par avortement, sec, entouré à la base par une cupule écailleuse ou tuberculeuse.

Le Quercus robur L. ( Species , 1414) est un grand arbre à tronc ordinairement droit et court, très-ramiûé, à rameaux étalés et très-feuillus, les plus gros recouverts, comme le tronc, d’une écorce subéreuse épaisse, crevassée, les plus jeunes lisses et colorés en brun grisâtre. Les feuilles sont alternes, caduques, portées par des pétioles plus ou moins allongés, sessiles même dans la variété qui a tiré son nom de ce caractère. Leur limbe est mince, mais résistant, coloré en vert foncé et luisant en dessus, plus pâle et parfois laineux en dessous, obovale-oblong, sinueux ou même divisé sur les bords en lobes arrondis et pourvus chacun d une nervure saillante en dessous, qui part de la nervure principale, et fournit elle-même des nervures latérales fines et anastomosées. Les feuilles sont accompagnées de deux stipules caduques. Les fleurs males sont sessiles sur 1 axe du pédoncule commun allongé, distantes les unes des autres, et situées à l’aisselle de bractées membraneuses. Chaque fleur se compose d’un périanthe simple, à divisions libres, variables en nombre, et d’étamines en même nombre que les folioles du périanthe auxquelles elles sont superposées, ou quelquefois plus nombreuses. Chaque filet supporte une anthère biloculaire, extrorse, déhiscente par deux fentes longitudinales. Les

(1) Wittstiîin, Vierteljahrcssehv. für pmkt. Phctrm., 1864, XIII, 494.

fleurs femelles sont également disposées, mais en nombre moindre, le long d’un pédoncule commun, à l’aisselle de bractées qui restent membraneuses. Chaque fleur se compose d’un périanthe <\ trois divisions, et d un ovaire infère, triloculairc, surmonté d’un style divisé en trois branches stiginatiques situées en face des folioles du périanthe. Chaque loge ovarienne contient deux ovules anatropes, insérés dans l’angle interne, suspendus, à micropyle dirigé en haut et en dehors. L’ovaire est entouré d'une cupule formée par une dilatation du pédoncule floral revêtu d appendices en forme de bractées ou de tubercules plus ou moins développés (1). Deux des loges de.l’ovaire avortent normalement, ainsi que l’un des ovules de la loge unique qui persiste, et le fruit est un akène uniloculaire, renfermant une seule graine dépourvue d’albumen et contenant un gros embryon à cotylédons épais et allongés. Le fruit est entouré, à la base, de la cupule accrue et devenu ligneuse. On a donné n son ensemble le nom de gland. [Trad.]

(b) L’écorce de Chêne offre, comme l’indique la coupe transversale représentée dans la figure 242 pratiquée sur une écorce de jeune chêne, épaisse de 7 à 8 millimètres :

1° une couche subéreuse a, a' qui forme la limite de l’écorce, l’épiderme ayant été détaché ainsi que le parenchyme cortical situé au-dessous de lui par un procédé que nous indiquerons plus bas. La zone a, a' se décompose nettement en deux couches trèsdistinctes : l’une externe a, formée de cellules quadrangulaires à parois brunes, sèches, à cavité dépourvue de protoplasma, et ayant par suite perdu toute vitalité ; l'autre intérieure, a' formée également de cellules quadrangulaires comme la première, mais très-différente par la présence dans ses cellules d’un protoplasma abondant et par la coloration blanche, claire, des parois cellulaires. Les cellules de cette couche constituent le phellogène, ou couche génératrice, qui a produit d’une part les cellules brunes situées en dehors d’elle, et d’autre part la zone de parenchyme cortical sous-jacente b.

Celle-ci est formée de cellules polygonales, sans méats intercellulaires, à parois minces et claires.

Elle a été produite par la couche phellogénique de la zone a. Au milieu des cellules parenchymateuses minces qui la composent en majeure partie, sont dispersés de petits groupes irréguliers de cellules sclérenchymateuses à parois épaisses, lignifiées et fortement ponctuées, et d’autres groupesplus petits de cellules prosenchvmateuses, allongées, fusiformes, h parois claires, très-épaisses et à cavité capillaire. En dedans du parenchyme b, se trouve, en c, c\ une nouvelle zone subéreuse formée également, dans toute sou épaisseur, de cellules rectangulaires très-régulières, et décomposable comme la plus externe en deux couches, l’une extérieure c dont les cellules commencent à brunir et à perdre leur protoplasma. Lorsque leur vitalité sera entièrement supprimée, elles intercepteront les communications duparenchyme situé en dehors d’elle, et la portion interne de

(1) Voyez pour le développement de l’organe analogue des Châtaigniers : H. Bâillon, Bull, de l’Assoc. pour l’avanc. des sc., 187B, 145.

3G1 CASTAN ÉACÉES.

l’écorce ainsi que le parenchyme se mortifieront, puis se détacheront en entraînant les couches a et a', qui elles-mêmes ont déjà déterminé de la sorte la chute du parenchyme cortical et de l’épiderme qui formaient clans le jeune rameau la périphérie de l’écorce. La couche interne c' joue également le même rôle que la couche a', et offre les mêmes caractères. Elle constitue comme elle une couche génératrice qui produit en dehors les cellules de la couche c et en dedans les cellules du parenchyme d. Ce dernier offre les mêmes caractères et la même structure que celui de la zone b. Eu dedans de lui se trouve, en c, e' une troisième zone de phellogène également décoinposable en une couche e, en voie de mortification et en une couche e génératrice de la couche e, et donnant naissance en même temps <\ un nouveau parenchyme qui comme le montre la figure, n’est encore représenté que par une ou deux rangées de cellules, situées entre la couche e'et le liber g. Lorsque ce parenchyme aura acquis une certaine épaisseur, les cellules situées dans sa région interne, au voisinage du liber, se transformeront à leur tour en une couche phellogénique nouvelle, produisant en dehors du liège et en dedans un nouveau parenchyme.

Par suite de ces formations successives dont la figure 212 peut donner une bonne idée, la portion de l’écorce du Chêne située en dehors du liber subit sans cesse un accroissement en épaisseur, mais en môme temps elle s’exfolie au niveau de sa superficie par suite de la mortification qu’entraînent les zones de cellules subéreuses qui se produisent dans son épaisseur. Le liber g offre une épaisseur assez considérable. Il est formé de faisceaux assez étroits, séparés les uns des autres par des rayons médullaires formés, d’ordinaire, d’une seule rangée de cellules allongées radialement. Chaque faisceau se compose de bandes alternantes d éléments à parois minces, polygonaux, et de fibres libériennes à parois épaisses, blanches et claires, et à cavité capillaire. Ces fibres ont une très-grande solidité, mais elles n atteignent qu’une longueur peu considérable, ce qui explique la cassure fibreuse de 1 écorce de Chêne. [Trad.]

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