TÉRÉBENTHINE DU CANADA
Terebenthina Canadensis, Balsamum Canadense ; Térébenthine ou Baume de Canada; angl., Canada Balsam, Canadian Turpentine; allem., Canada Balsam.
Origine botanique. — Pinus balsamea L. ( Abies balsamea Marshall). Le Pin qui produit le Baume du Canada (. Balsam Fir ou Gilead Fir des Anglais) est un bel arbre, haut de 6 à 12 mètres, dont le tronc a de 15 à 30 centimètres de diamètre, et parfois davantage. Il croît en abondance dans le nord et l’ouest des Etats-Unis d’Amérique, delà Nouvelle-Ecosse et du Canada ; mais on ne l’observe pas au-delà du 62e degré de latitude nord. Il ressemble au Pinus Picea L. d’Europe, mais
scs bractées sont munies d’une pointe courte, et ses cônes sont plus aigus aux deux extrémités (a).
Une certaine quantité de Baume du Canada est également produite par le Pînus Fraseri Pursii ( Small fruited ou Double Balsarn Fir), arbre des montagnes de la Pcnsylvanie, de la Virginie, et, vers le sud, des parties les plus élevées des Alleghanies (1).
Le Pînus ccinadensis L. {A Lies canadensis Michaux) ( Hemlock Spruce ou P émusse) , grand arbre abondant dans les pays où croît le Pînus balsamea, et s’étendant dans toute l’Amérique anglaise jusqu’à Alaska, passe pour fournir une térébenthine semblable, qui n’a pas encore été suffisamment étudiée. Cet arbre est d’une grande utilité par la résine recueillie sur son tronc et l’huile essentielle qu’on distille de ses feuilles. Celte dernière opération s’effectue sur une grande échelle dans le comté de Madison, dans le New-York. L’écorce interne du même arbre est très-bonne pour le tannage.
Historique. — Nous avons trouvé la première mention du Baumede Canada dans le Tarif des pharmacies de Strasbourg, publié en 1759 par le magistrat de cette ville (2). Le Baume du Canada fut introduit pour la première fois dans la Pharmacopée de Londres en 1788. D’après les livres d’un droguiste de Londres, J. Gurney Bevan, son prix, dans les ventes en gros, était, en 1776, de 4 shillings, et en 1788, de 5 shillings, la livre.
Description. — Le Baume du Canada est une résine transparente, ayant la consistance du miel, et une coloration jaune-paille un peu verdâtre. Quand on le conserve, il devient peu à peu plus épais, et sa teinte se fonce, mais il garde toujours sa transparence. Examiné avec soin à la lumière directe du soleil, il offre une teinte légèrement verdâtre, comme les autres térébenthines, et comme le baume de Copahu. Cette fluorescence paraît croître quand on l’expose à une température d’environ 200° C. Il possède une odeur aromatique, agréable, et une saveur un peu amère et légèrement âcre, qui, cependant, n’est pas désagréable. On le nomme parfois, à cause de son odeur, Baume de Gilead, dénomination erronée, car ce dernier provient d’un arbre appartenant au genre Balsa?nodendron, qui croît en Arabie. Un baume du Canada commercial, de bonne qualité, nous a offert comme poids spécifique 0,998 a 14°, 5 G., celui de l’eau à la même température étant 1,000 ; 4 parties
(1) Asa Gray, Botany of the Northern United States , New-York, 1866, 422.
(2) Prückiger, Documente zur Geschichtc der P/iarm., 1876, 92.
CONIFÈRES
tic co baume, mélangées avec 1 partie de benzine, et observées en colonne de 50 millimètres de long, dévient la lumière polarisée de 2 degrés à droite. Le Baume du Canada est parfaitement soluble en toutes proportions dans le chloroforme, la benzine, l’éther et l’alcool amylique chauds. Ces solutions rougissent le tournesol. 11 se mélange facilement avec le sulfure de carbone, mais le mélange est un peu trouble. L’acide acétique cristallisable, l’acétone et l'alcool absolu le dissolvent en partie, en abandonnant, après ébullition et refroidissement, un abondant résidu amorphe. La colophane et la térébenthine de Venise sont, au contraire, complètement dissoutes par ces liquides, ainsi que par l’alcool contenant 70 à 75 pour 100 d’alcool absolu.
Composition chimique. — Comme toutes les exsudations analogues des Conifères, le Baume du Canada est un mélange de résines avec une huile essentielle. Lorsqu’on fait évaporer celte dernière, les résines restent sous forme d’une masse transparente, un peu molle et élastique. La proportion des deux sortes de substances varie, dans de certaines limites, avec les échantillons. L’échantillon dont nous avons parlé plus haut, abandonna, après exposition pendant plusieurs jours dans une étuve, jusqu’à 20 pour 100 d’huile volatile, et même 24 pour 100 lorsque l’expérience était faite avec une petite quantité, 20 grammes ou moins, de baume étalé en couche mince. Par distillation avec l’eau, il n’est pas facile d’obtenir plus de 17 pour 100 d’huile essentielle. Dans ce cas la résine est molle, élastique, non transparente ; elle retient une grande quantité d’eau qu’on ne peut lui enlever qu’en la maintenant pendant quelque temps à une température de 100° à 176° C.
L’huile essentielle, obtenue par distillation avec l’eau, est incolore et possède l’odeur de l’essence commune de térébenthine plutôt que le parfum agréable du baume. Elle est formée d’une essence C10H16, mélangée avec une proportion insignifiante d’une huile essentielle oxygénée, dont la présence peut être démontrée par le léger dégagement d’hydrogène qui se produit lorsqu’on ajoute du sodium métallique, après avoir débarrassé l’essence de son eau à l’aide du chlorure de calcium fondu. Après ce traitement, une petite quantité commence à distiller vers 160° C., mais la plus grande partie passe à 167° C., et une petite proportion seulement distille à 170° C. et au-dessus L essence obtenue à 167°, examinée dans les conditions déjà mentionnées, nous offrit un poids spécifique de 0,863 et dévia la lumière polarisée de 5°, 6 à gauche. La partie qui distille à 160° présente le même caractère; mais celle qui
distille au-dessus de 170° dévie la lumière de 7°, 2 à gauche. L’essence dissout facilement une grande quantité d’acide acétique; un poids égal des deux corps se mélange facilement à 54° C., mais un peu d acide acétique se sépare pendant le refroidissement.
L’huile essentielle du Baume du Canada, saturée d’acide chlorhydrique sec, ne donne pas de composé solide cristallisable ; mais on l’obtient facilement en ajoutant de l’acide nitrique fumant et chauffant doucement; les parois internes de la cornue se couvrent bientôt de cristaux sublimés, ayant la composition C10H1B+HC1.
Cette essence offre ainsi, dans ses caractères généraux, une étroite ressemblance avec l’huile essentielle des cônes du Pinus Picea L. et des feuilles du Pinus Pumilio Hanke, ainsi qu’avec celle de la plupart des variétés françaises de térébenthine, plutôt qu’avec les essences de térébenthine américaines, qui dévient la lumière polarisée à droite, et se combinent immédiatement avec l’acide chlorhydrique pour former un composé cristallin. Mais, par contre, la résine du Baume du Canada est dextrogyre. Deux parties de résine privée de son huile essentielle, dissoutes dans une partie de benzine, dévient le rayon de lumière polarisée de 8°, 5 vers la droite. Les propriétés optiques des deux principes constituants du Baume, résine et essence, sont clone complètement opposées.
La résine du Baume du Canada est formée de deux corps différents. 78,7 pour -100 de cette résine sont solubles dans l’alcool absolu bouillant, tandis que 21 ,3 pour 100 (dans notre échantillon) restaient sous forme d’une masse amorphe, facilement soluble dans l’éther. Ni la solution alcoolique, ni la solution éthérée, ne donnent de résidu cristallin quand on les fait évaporer. Elles rougissent le tournesol, mais nous n’avons pu réussir à obtenir aucun acide résineux cristallisé, tel que l’acide abiétique, dont les cristaux se forment si facilement quand on fait digérer la térébenthine ordinaire ou la colophane dans l’alcool étendu. L’acide acétique cristallisable agit sur la résine comme 1 alcool absolu. Les alcalis caustiques ne dissolvent ni le Baume ni la résine; le premier s’épaissit considérablement quand on lui ajoute un cinquième de son poids de magnésie récemment calcinée. Lorsqu’on conserve ce mélange humecté d’alcool absolu à 93° C. pendant quelques jours, eu l’agitant fréquemment, il se forme une masse dure, finalement translucide. L’ammoniaque caustique, chauffée dans un tube fermé avec du Baume du Canada, forme avec lui une gelée laiteuse, épaisse, et ne s’en sépare pas ultérieurement.
39S CONIFÈRES
O après nos recherches, 100 parties de Baume du Canada contiennent:
Iluilo essentielle, C10ll16, avec une très-petite proportion d’huile oxygénée. 24
Résine soluble dans l’alcool bouillant C.O
Résine soluble seulement dans l’éther IG
Les résultats obtenus par Wirzcn (1) dans l’analyse du Baume du Canada ne concordent pas tout à fait avec les nôtres. Il a trouvé 16 pour 100 d’huile essentielle, et trois résines amorphes différentes, dont l’une a la composition de l 'acide Abiétique.
l’roduction et Commerce. — On obtient le Baume du Canada soit en ponctionnant les vésicules qui se forment sous l’écorce du tronc et des branches, et recueillant dans une bouteille le liquide qui s’en écoule, soit en pratiquant des incisions sur l’arbre. On le récolte surtout dans le bas Canada, et on l’expédie de Montréal et de Québec dans des caques ou larges barils. Dans les environs de Québec, on en récolte annuellement 2 000 gallons environ ; mais, en 1868, par suite des besoins des fermiers, la récolte fut inusitée, et on estime que près de 7000 gallons furent exportés en Angleterre et aux Etats-Unis (2). Dans ces derniers temps, (1872-1873), le Baume du Canada étant devenu rare, on lui a substitué, sur le marché américain, une sorte de baume provenant de l'Orégon (3).
Usages — Les propriétés médicinales du Baume du Canada ressemblent à celles du copahu et des autres oléo-résines térébenthineuses ; mais il est aujourd’hui rarement employé comme médicament. Il est très-estimé pour la conservation des objets microscopiques, parce qu'il conserve indéfiniment sa transparence, et ne cristallise pas. On l'emploie aussi dans la fabrication des vernis.
(a) Le IHnus balsamea L. ( Species , 1421; Abies balsamea Miller; Abies balsamifera Michaux ; Picea balsamea Lond.) est un arbre de 10 à 15 mètres de haut, à cyme pyramidale, à rameaux subverticillés, horizontaux ou étalés, à minuscules subdistiques. Les feuilles sont longues de 15 à 22 millimètres, solitaires, rigides, courtes, ne dépassant pas 25 millimètres de long, droites ou un peu courbées, à base large, orbiculaire, parcourues sur leur face supérieure par un sillon longitudinal, tordues au-dessus de la base, linéaires, planes, obtuses, carénées dans le dos et munies de chaque côté de la carène d’une bandelette blanche. Les chatons mâles sont axillaires, ovales-oblongs, obtus, pendants, plus courts que la feuille axillante. Les chatons
(1) De Balsamis et præsertivi de Balsamo Canadensc, Helsingforsiæ, 1849, analysé dans le Jahresbericht de Wiggers et Husemann, 1849, 38.
(2) D’après des renseignements qui nous ont été obligeamment communiqués par M. N. Mercer, de Montréal, et M. IL Sugden Evans, de Londres.
(3) Proceed. of tlie Amer. Pharm. Assoc., Philadelphia, 1873, 119; 1874, 433.
femelles arrivent à maturité pendant la première année. Ils sont solitaires, dressés, subscssiles. Les écailles florifères sont suborbiculaires, fimbriées-denticulées, munies au sommet d’une longue pointe droite. Les bractées sont plus courtes que les écailles, un peu épaisses, suborbiculaires, denticulées et ciliées sur les bords. Le cône mûr est oblong-cvlindrique, obtus ; ses écailles sont onguiculées, dilatées, à bord supérieur arrondi. [Trad.]