TÉRÉBENTHINE D’ALSACE
Terebenthina Argentoratensis ; Térébenthine d'Alsace ou de Strasbourg, Térébenthine du Sapin ; angl., Strassburg Turpentine; allcm., Strassburger Terpenthin.
Origine botanique. — Pinus Picea L. (Abies pectinatci DC.). Le Sapin ( Silver Fir des Anglais, Weisslanne ou Edeltanne des Allemands) est un bel arbre des parties montagneuses du centre et du sud de l’Europe, depuis les Pyrénées jusqu’au Caucase, et sous une forme un peu différente (var. fi eephalonicci ) dans la Grèce continentale et les îles d’Eubée et de Géphalonie («).
Historique. — Belon, dans son traité De arboribus coniferis (1553), a décrit cette térébenthine. Elle a été soigneusement indiquée par Samuel Dale (1), savant apothicaire de Londres, et 'aussi par Sloane et Ray. Elle eut sa place dans la Pharmacopée de Londres jusqu’en 1788.
Extraction. — La résine du Pinus Picea , comme celle du Pinus balsamea, est contenue dans de petits réservoirs de l’écorce des jeunes tiges. On l’extrait en ponctionnant ces cavités, et recueillant dans un vase approprié les deux ou trois gouttes qui s’en écoulent. On la recueille encore (1873) près de Barr, dans les Vosges, en très-petite quantité (2).
Description. — Un échantillon authentique, recueilli pour l’un de nous par un surveillant des forêts dans le Jura bernois, ressemble beaucoup au Baume du Canada, mais il ne manifeste aucune fluorescence. Il est jaune clair; son odeur est plus agréable (3) que celle du Baume du Canada, et il n’en a pas la saveur âcre et un peu amère. Notre échantillon possède le poids spécifique de l’eau distillée. Il dévie la lumière polarisée de 3° à gauche, soit à l’état de pureté, soit mélangé avec quatre fois son poids de benzine. Il est soluble dans les mêmes
(1) Pharmacologia, Lond., 1693, 395.
(2) J’ai vu récemment, (sept. 1877), dans les environs de Schwarzburg, en Tlmringe, des troncs de Pinus Picea desquels on extrait de la térébenthine à l’aide de plaies longues de 10 à 50 centimètres et larges de 4 à 5 centimètres, traversant l’écorce et les couches jeunes de bois. Les lèvres de ces plaies étaient couvertes do résine. Les pieds de Pinus Aines étaient traités de la même façon'. [TiiAb.]
(3) A cause de son odeur, on la nomme parfois, eu France, Térébenthine au citron.
CONIFÈRES
liquides que le Baume du Canada, mais il se mélange avec l’acide acétique cristallisable, l’alcool absolu et l’acétone, sans laisser de résidu floconneux notable. Il est même soluble dans l’alcool sans trouble manifeste. Ses solutions possèdent une réaction acide.
Composition chimique. - Une petite quantité de celte substance, complètement desséchée, laissa 7:2, 4 pour 400 d’une résine cassante, tiansparente, soluble dans 1 acide acétique cristallisable, mais incomplètement soluble dans 1 alcool absolu et dans l’acétone. En soumettant I demi-li\ ie de cette térébenthine à la distillation avec de l’eau, nous obtînmes 24 pour 400 d huile essentielle ; la résine qui resta était, à froid, paifaitement friable. L essence récente, purifiée par le sodium, dévie la lumière polarisée à gauche, tandis que la résine, dissoute dans la moitié de son poids de benzine, manifeste un faible pouvoir rotatoire a dioite. L essence bout à 463° G. Après l’avoir conservée pendant deux ans et demi dans un flacon bien bouché, nous la trouvâmes considérablement épaissie, et déviant la lumière à droite. Saturée d’acide chlorhydrique sec, l’essence ne donne pas de composé solide. Elle possède à peu près la même odeur que l’oléo-résine naturelle, mais l'huile essentielle fournie par les cônes du même arbre est encore beaucoup plus odorante. Cette dernière constitue l’une des essences possédant le pouvoir rotatoire le plus considérable; elle dévie en effet la lumière polarisée de 51 degrés à gauche, et diffère par suite beaucoup de l’essence retirée de la térébenthine produite par la tige, quoique sa composition soit représentée par la même formule, C10H16.
Ilochleder (1868) a découvert dans les feuilles du Sapin un sucre particulier nommé abiétile , très-yoisin de la mannite, mais ayant la composition C,2Hl6Os (4).
Usages. — La térébenthine de Strasbourg possède les propriétés de la térébenthine commune, mais offre sur elle l’avantage de son parfum très-agréable.. On la tenait autrefois en grande estime, mais aujourd hui elle est à peu près complètement tombée dans l’oubli.