FRUITS DU GENÉVRIER
Fructus Juniperi, Jdaccæ vel Ga.lbu.li Juniperi; Haies <ln Genicom; nng-1 . , Juniper Bernes , allcm., Wachholderbeeren, Éaddigbeeren.
Origine botanique. — Juniperus communis L. C’est un arbuste ou un petit arbre dioïque, toujours vert, répandu en Europe depuis la
M ‘l 2 3 4 5 CONIFÈRES.
Méditerranée jusqu’aux régions arctiques, et dans la Russie d'Asie. On le trouve aussi bien dans les hautes régions de l’IIiraalaya que dans 1 Amérique du Nord. Dispersé sur une aire aussi considérable, le Genévrier commun présente plusieurs variétés. Dans la plus grande partie de l’Europe, il forme un arbuste buissonneux de GO centimètres à tm,80 de haut, mais dans l’intérieur de la Norwégc il devient un petit arbre de lorét, haut de 9 à 12 mètres, et vivant une centaine d’années (1). Dans les hautes régions montagneuses de l’Europe tempérée, et dans les contrées arctiques, il est décombant ( Juniperus nana Willd.), et ne s’élève que de quelques pouces au-dessus du sol (a).
Historique. — Les fruits du Genévrier, mais peut-être pas exclusivement ceux du Genévrier commun, étaient employés en médecine par les Grecs et les Romains, ainsi que par les Arabes. Ils sont mentionnés dans les plus anciens traités de botanique imprimés. Leur essence était distillée par Schnellenberg (2) dès 1546. On se servait autrefois de ces fruits dans diverses parties de l’Europe pour la médecine populaire. Ils étaient employés comme épices (3), et l’on en retirait, par fermentation et distillation, une boisson alcoolique dans la composition de laquelle entrait l’absinthe. Cette boisson, nommée en France Genièvre, était connue en Angleterre sous le nom de Geneva, qui plus tard par contraction est devenu le mot Gin (4).
Description. — Les fleurs du Genévrier forment de petits chatons axillaires. Celles de la plante femelle sont formées de trois à cinq verticilles de bractées imbriquées. Les trois plus élevées de ces bractées deviennent bientôt charnues et écailleuses, et alternent avec trois ovaires ayant au sommet un petit pore (5). Après que les feuilles se sont fanées, les trois bractées charnues s’accroissent en même temps de façon à former un fruit semblable à une baie, nommé galbulus , enfermant trois achaines. Le jeune fruit offre dans le haut les trois pointes et les sutures des écailles, mais à la maturité les sutures seules restent visibles, et forment au sommet du fruit une petite dépression. La base du fruit est
(1) Schübeler, Culturpflanzen Norwagens, Christiania, 1875, 143.
(2) Artzneybucli , Kônigsberg, 1556, 35.
(3) Valmont de Bomare, Dict. d’Hist. nat., 1775, II, 45.
(4) Le Gin distillé en Hollande est parfumé avec les baies de Genièvre, mais seulement en très-petite quantité ; d’après ce que nous avons entendu dire, on n’en emploie que 2 livres pour 100 gallons.
(5) Gôppert a signalé en Allemagne une variété du Jimipenis communis dont le fruit se compose de six bractées et de six ovaires au lieu de trois. Le même nombre se rencontre très-souvent dans les baies du Juniperus Oxycedrus qui habite les régions méditerranéennes. [F. A. F.]
HISTOIRE DES DltOGUES D'ORIGINE VÉGÉTALE. 415
indiquée pur une petite cicatrice qu entourent deux ou tiois gioupcs de trois bractées chacun. Ce fruit, ou pseudo-baie, reste ovale et vert pendant la première année, et n’arrive à maturité que pendant le second automne. 11 est alors sphérique ; il a de 6 à 8 millimètres de diamètre ; il est coloré en pourpre foncé, et recouvert dunepiuine d un gris bleuâtre. Au-dessous d’un épiderme mince, existe un tissu coloré en brun jaunâtre, formé d’un parenchyme lâche qui renferme de grandes cavités à huile. Les trois carpelles durs, et très-étroitement pressés l’un contre l’autre, sont triangulaires et anguleux au sommet, attachés au sarcocarpe par leur face externe, et seulement au niveau de leur moitié inférieure, La moitié supérieure est libre et recouverte d’une mince membrane. Dans le sillon longitudinal qui parcourt leur tégument, vers la moitié inférieure du carpelle, sont de petits sacs proéminents. Chaque carpelle porte sur sa face interne un ou deux, et sur la face externe, quatre ou huit de ces sacs, qui dans les vieux fruits sont remplis d’une huile résinifiée, amorphe, incolore.
Les fruits du Genévrier exhalent, lorsqu’on les écrase, une odeur aromatique ; leur saveur est térébeuthineuse, épicée et un peu sucrée.
Structure microscopique. — ■. La couche extérieure du fruit est formée d’une cuticule transparente et incolore, qui recouvre un petit nombre de couches de grandes cellules cubiques, ou des cellules tabulaires à parois épaisses et ponctuées. Ces cellules contiennent une substance granuleuse de coloration foncée, et une grande quantité de résine. La portion molle est formée à la maturité de grandes cellules elliptiques, à parois minces, peu cohérentes, contenant de la chlorophylle, des gouttes d’huile, et une substance cristalline soluble dans l’alcool, qui est sans doute un stéaroptène. Avant la maturité, cette partie contient aussi des granules d’amidon et de larges réservoirs à huile. Elle est traversée par de très-petits faisceaux fibrovasculaires, contenant des vaisseaux annelés et ponctués.
Composition chimique. — Le principe le plus important des fruits du Genévrier est l’huile essentielle, qu’on peut obtenir dans la proportion de 1 à 2 pour 100 (1). Elle est constituée par un mélange de deux essences lévogyres, dont l’une a la composition C10H16 et bout à 155° G., tandis que l’autre, qui prédomine dans le fruit mûr, a pour formule G-°H32 et boutà20o° G. L’essence brute, distillée par l’un de nous, dévie lalumière
(1) Le produit est quelquefois très-faible; 245 livres, distillées par MM. Allen et Hanbury, de Londres, Plough Court, Lombard Street, en 18G8, ne donnèrent que 17 onces et demie d’huile essentielle, c’est-à-dire 0,44 pour 100.
CONIFERES.
polarisée de 3°,o à gauche, en colonne de 50 millimètres de long. Ces fruits sont riches en sucre : 33 pour 100 d’après Trommsdorff (1822), 23 pour 100 d’après Donath (1873). Ils contiennent aussi, d’après Donath, de petites quantités d’acides prussique, acétique etmalique, une résine et une substance nommée Junipérine. Cette dernière n’existe qu’en très-faible proportion ; elle est soluble dans l’eau chaude, mais n’est pas cristallisablc.
Récolte et Commerce. — On recueille une grande quantité de fruits de Genévrier en Savoie, et dans les départements français du Doubs et du Jura. On lés expédie aux droguistes de Genève. On en recueille aussi en Autriche, dans le sud de la France et en Italie. Dans les prix courants de Hamburg ils sont désignés sous les épithètes d 'allemands et italiens.
Usages. — Les fruits du Genévrier, et l’huile essentielle qu’on en retire, passent pour être diurétiques. On ne les prescrit guère en Angleterre.
(a) Les Genévriers ( Juniperus L., Généra, n. 1134) sont des Conifères, de la tribu des Cupressées, à fleurs unisexuées, portées par des pieds différents ou réunies sur le même pied, mais portées par des rameaux distincts ; à chatons femelles munis d écailles opposées et déclassées ou ternées, cohérentes en un fruit composé, charnu.
Le Genévrier commun ( Juniperus communis L., Species, 1 470) est uu arbuste ou
un arbre dioïque, pouvant atteindre jusqu’à 12 ou lo mètres de hauteur, mais ordinairement beaucoup moins élevé et parfois même nain et presque couché sur le soL Les rameaux sont étalés ou pendants ; les minuscules sont courts, dressés et étalés, triquetr.es, à angles saillants, obtus. Son port est extrêmement variable. Il forme parfois un cône très -régulier couvert de rameaux et de feuilles depuis la base ; d’autres fois, le tronc est nu dans sa partie inférieure, et porto plus haut des branches
Fig. 2S1. Juniperus communie.
Mùle.
Fig. ïoî. Juniperus communie.
Femelle.
très-irrégulières, inclinées vers le sol; plus souvent,, il -affecte la forme d’un buisson irrégulier. Les feuilles sont ternées, assez rapprochées, plus ou moins étalées, rigides, colorées en vert cendré ; elles sont linéaires, acuminées et très-aiguës au sommet, légèrement canaliculées au niveau de la face supérieure, et marquées d’une bandelette blanche à peu près continue ; elles sont munies en dessous d’une carène légèrement sillonnée ; leurs bords sont entiers, obtus, dépourvus de glandes'. Les chatons sont petits, axillaires,, deux à quatre fois plus courts que la feuille, ovales, globuleux ou ovales-oblongs, subsessiles, munis de larges bractées ovales, acuminées, entières, opposées, décussées ou ternées, lâchement imbriquées ; chaque bractée porte sur sa face inférieure de trois à six anthères sessiles, à peu près globuleuses ou plus ou moins anguleuses, uniloculaires, déhiscentes par une fente longitudinale. Le pollen est sphérique et lisse. Les chatons femelles sont solitaires dans l’aisselle des feuilles. Ils offrent à la base un petit nombre de bractées striées, étroitement pressées contre l’axe, et se terminant par trois ou plus rarement six écailles ternées épaisses et charnues. Les fleurs se composent de pistils géminés, et collatéraux à la base des écailles^ dressés. L’ovaire est à peu près orbiculaire et comprimé ; il est surmonté d’un style très-court,, cylindrique, épais, terminé par un stigmate à peu près orbiculaire et perforé. Le fruit n’arrive â maturité que la seconde année. Il est constitué par les écailles connées, épaissies, charnues, terminées au sommet par une petite pointe saillante et recourbée en dehors ; elles enveloppent trois, ou seulement deux, et même parfois un seul fruit sec, indéhiscent, véritable acharne, dressé, ovale-oblong, triangulaire. La graine est formée d’un embryon à deux cotylédons et d’un albumen charnu. [Trad.]