SABINE
fferba Sabinæ ; Cacumina vel Summitatcs Sabinæ ; angl., Savin or Savine; allem., Sevenkraut.
Origine botanique. — Junipérus Sabina L. C’est un arbuste ligneux toujours vert, de petite taille, et ayant une grande tendance à s’étaler sur le sol, mais, dans quelques localités, dressé et arborescent. On le tiouve dans les Alpes du sud de l’Autriche et de la Suisse, et sur les montagnes adjacentes de la France et du Piémont, jusqu’à une altitude de I 200 à I 500 mètres. On le rencontre aussi dans les Pyrénées, dans le centie de 1 Espagne, en Italie et en Crimée, ainsi que dans le Caucase, ou il s’élève jusqu’à 3 600 mètres au-dessus du niveau de la mer. Vers 1 Est, il s étend jusque sur la chaîne d’Elburs, au sud de la mer Caspienne, et dans le sud de la Sibérie. Dans l’Amérique du Nord, on l’a trouvé sur les bords de la rivière Saskatchewan, du lac Huron, et dans le Newfoundland (a).
Historique. La Sabine est mentionnée parmi les drogues employées dans la médecine vétérinaire par Marcus Porcius Calo (•!),
(I) Cap. lxx ( Hu/jus rnedicamenturn).
histoire des drogues, t. ii.
CONIFÈRES
écrivain romain qui vivait au second siècle avant Jésus-Christ, et a publié des ouvrages sur l’agriculture. Elle était bien connue de Dioscoridc et de Pline. Elle est fréquemment nommée dans les anciens traités de médecine vétérinaire anglais écrits avant la conquête des Normands (1), et avait probablement été introduite dans la Grande- Bretagne par les Romains. Charlemagne ordonna sa culture dans les fermes impériales du centre de l’Europe. Son action excitante sur les plaies et les ulcères est notée dans les vers de Macer Floridus (2) composés au dixième siècle.
Description. — La partie médicinale de la Sabine est représentée par les bourgeons verts, jeunes et tendres, séparés des branches plus ligneuses. Ces bourgeons sont recouverts de petites feuilles rhomboïdes en forme d’écailles, disposées par paires alternantes. Sur les jeunes pousses, elles sont étroitement appliquées les unes contre les autres, épaisses, concaves, arrondies dans le dos, au milieu duquel se voit une glande à huile, déprimée. Lorsque les rameaux vieillissent, les feuilles deviennent plus pointues et s’écartent de l’axe qui les porte. La Sabine émet, quand on la froisse entre les doigts, ou quand on 1 écrase, une odeur forte, qui n’est pas désagréable. Le cône ou galbulus ressemble à une petite baie; il est de la taille dun pois, poite pai un court pédoncule recourbé, et recouvert d une pruine bleue. 11 est globuleux, sec, mais riche en huile essentielle, et contient de un à quatre
petits achaines.
Composition chimique . — L’odeur de la Sabine est due à une huile essentielle que les bourgeons frais fournissent dans la proportion de 2 à 2 3/4 pour 100, et les baies environ 10 pour 100. Examinée en colonne de 50 millimètres de long, elle dévie la lumière polarisée de 27» à droite. L’essence observée avait été distillée pari un de nous à Londres, d’une plante fraîche cultivée à Mitcham. Le même résultat nous a été offert par une huile essentielle préparée dix ans auparavant à 1 aide d’une Sabine recueillie à l’état sauvage dans les Alpes du canton de Vaud, en Suisse. Nous avons observé que, sous 1 influence de 1 action prolongée de l’air, l’essence, conservée dans un vase mal fermé, perd au bout de quelques années une grande partie de son pouvoir rotatoire. L’essence de Sabine a la même composition que celle de térébenthine. Nous n’avons pas pu en retirer de composé chlorhydrique cristallisé. Les bourgeons de Sabine contiennent des traces de matière tanmque.
caVNë. Leechdoms, etc., of Early England, 1865, II, xn. u Lan t, Macer Floridus , De l'iribas herbarum, Lipsiæ, 1832, 48.
Usages. — La Sabine est un stimulant énergique de l’utérus ; à haute dose, elle produit des effets très-graves. On l’administre rarement à l’intérieur. On emploie pour faire suppurer les vésicatoires un onguent préparé avec la Sabine, auquel la chlorophylle donne une belle coloration verte.
Substitutions. — Plusieurs espèces de Genévriers ont une grande ressemblance avec la Sabine. L’un d’eux, qui croît communément dans les jardins et bosquets, est souvent pris pour elle. C’est le Juniperus virginiana L. ( Red Cedar ou Savin de l’Amérique du Nord). Dans son pays d’origine, c’est un arbre qui atteint 15 mètres et davantage de haut, mais dans la Grande-Bretagne il reste à l’état de grand arbuste, étalé, très-différent par son port de la Sabine, qui reste basse et compacte (1). Son feuillage se présente sous deux formes. Dans l’une, il consiste en petites feuilles rhomboïdes, spinifonnes, semblables à celles de la Sabine ; dans l’autre, qui est plus rare, les feuilles sont allongées, aiguës, divergentes, longues de 6 millimètres, semblables à celles du Genévrier commun. Cette plante est beaucoup moins riche en huile essentielle que la Sabine véritable (2), à laquelle on la substitue parfois aux Etats-Unis.
Les pousses feuillées du Juniperus phæniceci L., espèce méditerranéenne, offrent une certaine ressemblance avec celles de la Sabine, auxquelles on les substitue parfois (3), mais elles sont tout à fait dépourvues de l’odeur particulière de cette dernière.
(a) Le Juniperus Sabina L. ( Species , 1472) est un arbuste ou un petit arbre monoïque, souvent bas et presque couché sur le sol, particulièrement dans les régions alpines ou subalpines. Les rameaux sont cylindriques, tantôt dressés, tantôt au contraire étalés sur le sol, et couvrant parfois une très-large surface. Les feuilles sont ti ès-pressées les unes contre les autres ', celles des rameaux sont opposées ou ternées, en grande partie adnées, libres et étalées au niveau de l’extrémité, lancéolées, linéaires, aiguës, mucronées, piquantes ; celles des minuscules sont op-
(1) Nous avons examine dans les [herbiers de nombreux échantillons de J. virginiana et de J. Sabina ; sauf la différence de stature et de port, on ne peut guère trouver aucun caractère permettant de distinguer les deux espèces. Le pédoncule du fruit est, dans le J. virginiana, souvent pendant comme dans le /. Sabina. Chacune des deux plantes a deux formes, l’une arborescente, l’autre frutescente.
(2) Nous nous en sommes assurés en distillant, dans des conditions identiques,
G livres, G onces de bourgeons frais de chacune des deux plantes. Le ./. Sabina nous
onua J drachmes d’huile essentielle, et le J. virginiana un demi-drachme seulement.
L huile essentielle de ce dernier possédait une odeur moins prononcée et un pouvoir dextrogyre différent.
(3) Donplanrlia, 18G2, X, SiL
CONIFÈRES
posées, imbriquées, rhomboïdales, plus ou moins aiguës, mucronulées, convexes au niveau de la face dorsale et munies dans la partie médiane d'une glande
ovale. Elles sont tantôt étroitement appliquées contre le rameau, courtes et imbriquées, comme dans la figure 2!>3 ; tantôt apprimées seulement à la base, libres et étalées dans le reste de leur étendue, plus longues, linéaires, aiguës et mucronées, à peu près planes et glauques en dessus, convexes en dessous et munies d’une glandé linéaire-oblongue. Les chatons môles sont situés à l’extrémité des rameaux latéraux ; ils sont dressés, formés de bractées suborbiculaires, planes dans le dos, entières et munies dans le milieu d’une petite glande arrondie. Les chatons femelles sont également situés à l’extrémité de petits rameaux latéraux ; ils sont incurvés. Les cônes sont solitaires, pendants, portés par un minuscule plus court que le cône et recourbé ; ils sont ovales ou Fig. 253, Jumpents Sabma. peu près globuleux, colorés en pourpre bleuâtre, et revêtus d’une pruine bleue ; ils sont constitués par quatre à six écailles opposées, étroitement connées, courtement apiculées au-dessous du sommet, et enveloppant à la maturité un ou deux, plus rarement trois ou quatre achaines blanchâtres, convexes sur les deux faces, à bords et à sommet obtus. [Trad.]