FRUITS DE CARDAMOME
Fructus Cardamomi; Semina Cardamnmi minoris, Cardamomes ; nngl., CardaMoms, Malabar Cardamoms ; nllcm., Cardamomen.
Origine botanique. — Elettaria (I) Cardamomum Maton ( Alpinia Cardamomum Roxb.) — C’est une plante vivace, à port de roseau, haute de 1 m , 80 à 3m,60, avec de grandes feuilles lancéolées, engainantes, et des (leurs portées par des scapes horizontaux, lâches, longs de 15 à 45 centimètres, et poussant près du sol au nombre de trois à quatre. Le fruit est ovoïde, à trois faces, lisse et renflé, muni d’un péricarpe vert et charnu (a).
Le Cardamome croît en grande quantité, soit à l’état sauvage, soit à l’état de culture dans les forêts montagneuses du nord du Canara, du Coorg et du Wynaad, sur la côte de Malabar, à une altitude de 750 à J 500 mètres au-dessus du niveau de la mer. 11 vit tout a fait à 1 état sauvage dans les forêts d’Anamalai, de Cochin et de Travancore. La région au Cardamome offre une température moyenne de 22°C.; il y tombe par année 302 centimètres de pluie.
On trouve à l’état sauvage, dans les forêts des provinces centrales et méridionales de Geylan, une variété de Cardamome qui diffère surtout de la précédente par sa grande taille et la forme allongée de son fruit. On la décrivait autrefois comme une espèce distincte, sous le nom d 'Elettaria major , mais l'observation attentive d échantillons vivants a montré qu’elle ne possède aucun caractère permettant d en faire autre chose qu’une simple variété de la plante typique, et elle est aujouid’hui nommée E. Cardamomum var. (L On ne la connaît qu à Cejlan, où le Cardamome ordinaire du Malabar se trouve seulement à 1 état de culture (2).
Historique. — Le Cardamome du Malabar est mentionné dans les écrits de Susruta; nous pouvons en déduire qu’il est employé dans l’Inde depuis une époque très-reculée. 11 n’est pas improbable qu il soit parvenu en Europe, dès l’époque classique, avec le gingembre et le poivre; mais il n’est pas possible de déterminer, à l’aide des descriptions que nous avons en main, ce qu’étaient le Ivapcdp.ü>p.ov de Théophraste et de Dioscoride, et l”'Ap.ü>p.ov du dernier de ces écrivains. Le même doute existe au sujet de VAmomum, Amomis, ou Cardamomum
(1) De Elettari , nom malais de la plante.
(2) Tiiwaites, Enumeratio ptantarum Zeylaniœ, 18G4, 318.
HISTOIRE DES DROGUES D'ORIGINE VÉGÉTALE. 4 f 5
de Pline. La description qu’il donne de son Cardarnomum est inintelligible si on l’applique aux produits connus aujourd’hui sous ce nom.
Dans la liste des épices de l’Inde soumises à un impôt par la douane romaine d’Alexandrie, vers 176-180 de notre ère, VAmomum et le Cardamomum se trouvent mentionnés ( I). Saint Jérôme cité VAmomum en même temps que le musc, comme parfum en usage parmi les ecclésiastiques sensuels du quatrième siècle (2). Le Cardamome est cité, par Edrisi (3), vers 1 loi, comme production de Ceylan, et comme article du commerce de la Chine avec Aden. A la même époque, il est mentionné avec la cannelle et les clous de girofle, comme objet importé en Palestine par la voie de Saint-Jean d’Acre, qui était alors la ville commerçante du Levant. Le premier écrivain qui détermina exactement le pays d’origine du Cardamome paraît être le navigateur portugais Barbosa (1314) ; il le nomme fréquemment (4) parmi les produits de la côte du Malabar. Garcia d’Orta (3), médecin du vice-roi de Goa, vers 1563, mentionne 1 exportation de la drogue en Europe. Il affirme aussi qu’une variété de taille plus grande est produite par Ceylan. La plante qui fournit le Cardamome du Malabar fut décrite par Rheede sous son nom indigène d 'Elettari (6).
Culture et production. — Quoique la plante au Cardamome croisse a 1 état sauvage dans les forêts du sud de l’Inde, où on la nomme vulgairement Ildchi, les fruits sont en majeure partie produits par des plantes cultivées. Les méthodes de culture varient avec les localités.
I. — Avant le commencement des pluies, les cultivateurs vont chercher sur les flancs des montagnes, et à l’ombre d’arbres toujours verts, des endroits où la plante pousse à l’état sauvage, en certaine quantité. Ils pratiquent dans ces endroits de petites éclaircies pour qu’elle puisse se développer facilement. Les plantes acquièrent pendant la saison suivante une hauteur de 30 à 60 centimètres. On débarrasse alors de nouveau le sol des mauvaises herbes, on l’entoure d’une clôtuie, et on abandonne les plantes à elles-mêmes pendant une année. Deux années environ après le premier nettoyage du sol, les plantes
(1) Meyer, Gesc/iichte der Botanik, 1858, II, 167. - Vincent, Commerce of the Ancicntx , 1807, II, 698.
(2) S. Hieronymi Opéra omnia, éd. Migne, 1845, II, 297.
(3) Géographie d Edrisi, trad. Jaubert, 1836, I, 73, 61. — 11 est douteux que ce soit VEtettaria qui est mentionné à la page 61.
(4) Description of the Coasts of East Africa and Malabar (Ilakluyt Sociol.v), 186G 89.
04, 147, 164, etc.
(5) Dans l'ouvrage cité plus haut, II, 284, note 4.
(6) II or tus malaharicus , 1692, XI, t. 4-6.
AMOMACÉES.
commencent à fleurir, et cinq mois plus tard quelques fruits mûrissent , mais le plus grand nombre n’arrive à maturité qu au bout d une année.
La plante continue à produire pendant six ou sept ans. Un jardin de 484 yards carrés, dont on peut faire quatre dans une acre de forêt, donne, en moyenne, 12 livres et demie, par an, de Cardamomes triés (1). Ludlow, assistant - conservateur des forêts, admet qu’une acre de forêt ne peut pas produire plus de 28 livres de Cardamomes par an. D’après ce qu’il dit, il paraît aussi que les plantes qui poussent dans les clairières des forêts du Goorg sont en majeure partie des sauvageons qui se développent d’une façon à peu près spontanée, comme les plantes des clairières de nos bois d’Europe. 11 dit qu’elles commencent à produire trois ans et demi environ après leur apparition (2). Le mode de culture que nous venons de décrire est celui qu’on emploie dans le=
forêts de Travancore, de Goorg et de Wynaad.
XL Sur les parties inférieures des montagnes de Pulney, près de Dmdio-ul, à une altitude de 1 500 mètres environ au-dessus du niveau de la mer, on cultive la plante au Cardamome à l’ombre. Dans les forets denses et toujours humides, connues sous le nom de sholas, les indigènes brûlent toutes les plantes qui croissent au-dessous des arbre?, et coupent les petits arbres. Les Cardamomes se montrent bientôt a la surface du sol dénudé, et lorsqu’ils ont atteint quelques centimètres de haut, on les transplante soit isolément, soit deux par deux à l’ombre des grands arbres. Ils ne produisent pas de fruits avant cinq ans. « En octobre, dit notre correspondant (3), j’ai vu des plantes en pleine floraison et en fruits, mais ces derniers n’étaient pas mûrs. »
III. — Dans le nord du Canara et dans l’ouest du Mysore, on cultive le Cardamome dans les plantations d’ Aréquiers. Les plantes venues de semence sont disposées entre ces palmiers et les bananiers qui leur fournissent de l’ombre. On dit qu’elles produisent des fruits dès la troisième
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Les Cardamomes commencent à mûrir en octobre, et la récolte dure nendanl les deux ou trois premiers mois de la saison sèche. Tous es fruits d’une même hampe n’arrivent pas en même temps a maturité. Cependant on coupe la hampe entière et on la fait dessécher, au det. t-
Su'rSToïûrKins, directeur du j.rdiu botanique de Calcutta.
ment manifeste de la récolte. On fait cela en partie pour empêcher les fruits d’être mangés par les serpents, les grenouilles et les écureuils, et en partie pour prévenir la déhiscence des capsules qui se produit au moment de la maturité. Dans quelques plantations cependant, 011 fait la récolte d’une façon plus rationnelle. Après avoir cueilli les fruits, on les transporte dans les maisons, où on les abandonne pendant quelques jours sur des nattes. On les sépare alors des hampes, et on achève leur dessiccation à l’aide d’un feu doux. Dans le Coorg, on détache les fruits de la hampe avant la dessiccation, qui est effectuée uniquement par exposition au soleil.
Dans les Etats de Cochin et de Travancore, le Cardamome constitue un monopole du gouvernement du pays. Le rajah de ce dernier Etat exige que toutes les récoltes soient vendues à ses employés, qui les déposent cà Alapalli ou Aleppy, port du Travancore, où réside son agent commercial. Le rajah tient beaucoup à ses droits, et dans les concessions qu’il fait aux planteurs de café européens, désireux de s’établir dans ses Etats, il insère toujours une clause interdisant la culture du Cardamome. A Aleppy, les fruits de Cardamome sont vendus aux enchèies, et achetés surtout par les marchands Moplah qui les transportent dans les différentes parties de l’Indë, et en expédient un tiers environ en Angleterre. Toutes les qualités inférieures sont consommées dans 1 Inde , les plus belles seules sont expédiées en Europe.
Dans les forêts qui appartiennent au Gouvernement Britannique, les Cardamomes sont comptés parmi leurs divers produits secondaires ; mais dans le Coorg, les forêts à Cardamome étaient louées moyennant 3 000 livres par an, par un bail qui expira en -1872 (I). Le docteur Cleghorn, ancien conservateur des forêts de la Présidence de Madras, fait remarquer, dans une lettre adressée à l’un de nous, que la rapide extension de la culture du café sur les flancs des montagnes du Malabar tend à entraîner une diminution dans celle du Cardamome, et empiète sur l’aire occupée par cette plante. Un écrivain sérieux (2) a montré dernièrement par sa propre expérience que la culture du Cardamome constitue une branche d’industrie digne de l’attention des
Européens eux-mêmes, et a donné des détails précieux pour assurer son succès.
Description. - Le fruit du Cardamome du Malabar, tel qu’il se trouve dans le commerce, est une capsule ovoïde ou oblongue, à trois
(1) Rapport cité à la page 446, note 1. '
(2) Elliot, 0)>. cit., ch. xn.
AMOMACÉES.
faces, déhiscente par trois valves, contenant de nombreuses graines disposées dans ses trois loges. 11 est arrondi à la base qui porte souvent un fragment d’un petit pédoncule. 11 est plus ou moins contracté vers le sommet, et s’y termine par un bec court. Le péricarpe est strié dans le sens de la longueur, inodore, insipide, coloré en, jaune verdâtre pale, ou en chamois, ou en brun lorsqu’il est tout à fait mûr; il est mince, parcheminé, et s’ouvre longitudinalement en trois valves. Du milieu de la face interne de chaque valve, part une mince cloison qui s’avance vers le centre. Le fruit est ainsi divisé en trois loges qui contiennent chacune de cinq à sept graines d’un brun foncé, aromatiques, disposées
sur deux rangées et fixées dans 1 angle interne.
Les graines ont à peu près 4 millimètres de long ; elles sont irrégulières, anguleuses, munies de rugosités transversales ; leur hile est déprimé, et leur ra'phé est profondément cannelé. Chaque graine est
enveloppée d'un arille mince et incoloie.
Les Cardamomes varient entaille, en forme, en coloration et en parfum. On désigne, dans le commerce, sous le nom de Cardamomes courts , ceux qui sont courtement ovoïdes ou presque globuleux, et longs de 8 à 1 2 millimètres. Ceux qui sont plus allongés, pointus à chaque extrémité, et longs de 14 à 18 millimètres, sont nommés courts-longs. On distingue aussi, d’après les localités qui les produisent : les Cardamomes du Malabar, de Madras et d’Aleppy. Les Cardamomes du Malabar sont les p u= estimés ; leur coloration est foncée ; ils se présentent sous deux formes . courts et courts-longs. On les apporte en Europe par la voie de Bombay . Les Cardamomes de Madras sont d’ordinaire courts-longs, et ont une coloration plus pâle. On les embarque à Madras et à Pondichéry. Les Cardamomes d'Aleppy sont généralement courts, rendes, lerniini;1|’11 un bec, et d’une teinte verdâtre particulière. On les importe de Calicut
et parfois d’Aleppy et de Mangalore.
Les Cardamomes sont d’autant plus estimés qu’ils sont plus reguhe . et plus lourds, et que les graines qu’ils contiennent sont plus mures. Les bons échantillons donnent, en moyenne, les trois quarts de
^sfru^kieconde forme d ’Ekttaria Cardmmmn (var . S), connus dans le commerce sous le nom de Cariai de Ceylan ont de 3 & 5 centimètres de long, et de 6 à 8 millimètres d epatsseur ,
|'l’r'a.°ot d° MM Allen et llanbur,, à tondre,, M Court, Lombard Sir.).
ils sont nettement triangulaires, souvent arqués, et toujours colorés en brun grisâtre. Les graines sont plus grandes et plus nombreuses que dans la variété du Malabar ; leur odeur et leur saveur sont un peu différentes.
Structure microscopique. — Le tégument des graines de Cardamome présente trois couches distinctes : une extérieure , formée de cellules à parois épaisses et striées en spirale, un peu allongées parallèlement au grand axe de la graine, et offrant, sur une section transversale, une cavité carrée peu considérable; une moyenne, formée d’une seule couche de grandes cellules à parois minces ; une interne, colorée en brun foncé, et formée de cellules disposées radialement, à cavité très-étroite et à parois très-épaisses. L’albumen, en forme de sac, est granuleux, incolore, et renferme un endosperme corné, dans lequel est enfermé un embryon dont la radicule est dirigée vers le hile. Les cellules de l’albumen ont la forme de polyèdres allongés ; elles sont remplies de très-petits grains d’amidon. On trouve, en outre, dans la plupart des cellules, de grosses masses de matière albuminoïde, h forme rhomboïdale, faciles à voir quand on observe de minces tranches de la graine dans l’huile d’amandes douces, à la lumière polarisée. Ces remarquables corps cristalloïdes ressemblent à ceux qu’on trouve dans les graines du cumin (voy. t. I, p. 584).
Composition chimique. — Le parenchyme de l’albumen et de l’embryon est rempli d’huile grasse et d’huile essentielle. La première existe dans les graines dans la proportion de 10 pour 100 environ. L’huile essentielle, dont la proportion est, en moyenne, de 4, G pour 100, possède l’odeur et la saveur des graines. Elle est composée en majeure partie, d’après Dumas et Péligot (1835), d’un liquide correspondant à la formule G'°1P203 (I). L’eau qui passe, quand on distille les Cardamomes, contient de l’acide 'acétique. La cendre des Cardamomes est, comme celle de plusieurs autres plantes de la même famille, particulièrement riche en manganèse (2).
Commerce. • — Nous ne possédons pas de statistiques relatives à la quantité de fruits de Cardamome produite par le sud de l’Inde, ou à la quantité exportée. Les embarquements faits , pendant l’an-
(1) L’essencc brûle de Cardamome est, dextrogyre ; elle laisse déposer à la longue un camphre que je suis porté à croire identique avec le camphre ordinaire, autant que j’ai pu en juger par les propriétés optiques et cristallographiques que j’ai observées dans l’échantillon que j’avais à ma disposition, et qui était du reste trèsminime. [F. A. F.]
(2) Flückigf.u, in Pharm. Journ., 1872, III, 208. [F. A. F.]
AMOMACÉKS.
loi)
née 1 871-1872, à Bombay, port vers lequel on expédie la majeure partie du Cardamome récollé dans la Présidence de Madras, se sont élevés à 1 G50 quintaux, sur lesquels 1 035 quintaux étaient destinés au Royaume-Uni (1). 9 273 livres de Cardamomes, produites par Ceylan, et appartenant, par suite, à la grande variété, ont été exportées de cette île, en 1872, à destination du Royaume-Uni (2).
Usages. — Les fruits de Cardamome constituent un aromate agréable, souvent administré avec d’autres médicaments. On les emploie aussi comme condiments, et ils entrent dans la préparation de la poudre de Curry. La consommation qui s’en fait en Angleterre est faible en comparaison de celle qui se fait en Russie, en Suède, en Norwége, et dans certaines parties de l’Allemagne, où l’on en fait un usage constant comme épice et pour parfumer des gâteaux. On emploie aussi dans ces pays le Cardamome de Ceylan, mais uniquement dans la fabrication des liqueurs. Dans l’Inde, on emploie le Cardamome en médecine, comme condiment, et comme ingrédient des chiques de Bétel.