‹ Histoire des drogues d'origine v©♭g©♭tale [electronic resource]Chapitre 89 sur 124 · GRAINES DE PARADIS · texte numérisé non relu

GRAINES DE PARADIS

Grana Paradisi ; Scmina Cardamomi majoris ; Piper Melcgueta; Graines de Paradis, Maniguctte; nngl.. Grains of Paradise ; Guinea Grains, Male guet a Pcpper (t); nllcm., Paradiesl, -orner.

Origine botanique. — Amomum Melcgueta Roscoe. C’est une plante herbacée, à port de roseau, haute de 90 centimètres à Im,50, produisant,

(I) Le mot Meleguetta a été écrit do diverses façons: Mclcgcttc, Melligctta, Mallaguetta, Manigete, Maniguctte ; c’est le nom africain dés Graines de Paradis II est cependant rapporté par Humboldt au mot indien Molaga, poivre (Examen critique de l’histoire de la géographie, 1, 1836, 257). [F. A. F.]

sur un scape qui s’élève à peine à 3 centimètres au-dessus du sol, une fleur délicate, à aspect cireux, à laquelle succède un fruit ovoïde, lisse, écarlate, long de 8 à 10 centimètres, sortant do bractées imbriquées. Les dimensions des diverses parties de la plante varient beaucoup suivant les conditions plus ou moins favorables du soi et du climat. Dans le Demcrara, où la plante réussit très-bien sous l’influence de la culture, le fruit devient aussi gros qu’une belle poire ; il mesure, avec sa partie tubuleuse, jusqu’à 13 centimètres de long 'et o centimètres de large. Dans quelques parties de l’Afrique occidentale, au contraire, ses dimensions dépassent à peine celles d’une grosse aveline. Son péricarpe est épais et charnu ; il renferme une pulpe incolore, acide, d’un goût agréable, dans laquelle sont nichées des graines nombreuses (a).

L’A. Melegueta est très-répandu dans l’Afrique occidentale tropicale. On le trouve sur la côte, depuis Sierra Leone jusqu’au Congo. Nous ne possédons aucune information exacte au sujet de sa distribution dans l’intérieur des terres. La région du littoral qui, à cause de la production des Graines de Paradis, a été nommée Côte des graines , est située entre Liberia et le cap Palmas. La Côte d’Or, d’où les graines sont aujourd’hui particulièrementexpédiées, est située plus à l’est, dans le golfe de Guinée.

Historique. — Il ne paraît guère probable que les anciens aient eu connaissance des Graines de Paradis. Nous n’avons pu trouver aucune mention de ces graines antérieurement à la description d’une fête remarquable donnée à Treviso, en 1214(1), dans laquelle leur nom africain se trouve accidentellement cité. C’était une sorte de tournoi dans lequel un simulacre de forteresse, gardé par douze nobles dames et leur suite, était attaqué par des assaillants armés de fleurs, de fruits, de bonbons, de parfums et d’épices, parmi lesquels se trouvaient Melegetæ ! Après cette époque, on trouve plusieurs indications qui montrent que ces graines étaient d’un usage commun. Nicolas Myrepsus (2), médecin de la cour de l’empereur Jean III, à Nicée, au treizième siècle, prescrivait les Msvsvévai ; et son contemporain, Simon de Gênes (3), à Rome, désigne la même drogue sous le nom de Melegete ou Melegelte. Les Graines de Paradis sont énumérées parmi les épices qui se vendaient à Lyon (4) en 1215; elles sont citées, sous le nom de Greyn Paradijs, dans un tarif

( I) Rolandini Patavini Chronica, Peutz, Monumenta Gerinaniæ historien ; scriptores, 1860, XIX, 45-46.

(2) De Compositione Mendicamentorum ; de Antidotis,. c. xxir.

(3) Clavis Sanationis, Vcnet., la 10, 19, 12.

(1) Bihliothek d. lit. Vereins, Stdtlgai-t, XVI, xxm.

AMOMACÉES.

des impôts levés à Dordrecht, en Hollande (1), en 1358. On les trouve parmi les épices employées par Jean, roi de France, pendant sa captivité en Angleterre, 1359-60 ; elles sont citées, à plusieurs reprises, sous le nom de Grainne de Paradis (2) .

Dans les temps les plus reculés, la drogue était transportée, parterre, de l’Afrique tropicale à la côte de Tripoli (3), comme elle l’est encore aujourd'hui, mais en petite quantité. Gomme elle était produite par une région inconnue et tenue en grande estime, on lui donna le nom de Graine de Paradis. Vers le milieu du quatorzième siècle, des relations commerciales directes commencèrent à s’établir entre l’Europe et l’Afrique occidentale tropicale. Margry (4) raconte que des bâtiments furent expédiés de Dieppe, en 1364, et rapportèrent des cargaisons d’ivoire et de Malaguette, prises vers l’embouchure de la rivière Gestos. Un siècle plus tard, la côte fut visitée par les Portugais, qui lui donnèrent le nom de Terra de Malaguet. Colomb, qui fit aussi des voyages commerciaux sur la côte de Guinée, la nomme Costa de Maniguetta. Bientôt après cette époque, les Graines de Paradis devinrent un monopole entre les mains des rois de Portugal.

Des voyageurs anglais visitèrent aussi la Côte d’Or, au seizième siècle, et rapportèrent, en échange des marchandises européennes, de 1 or, de l’ivoire, du poivre et des Graines de Paradis (5). Le poivre était sans doute celui du Piper Clusii (voy. page 353).

Les Graines de Paradis, souvent nommées par abréviation Graines , étaient autrefois employées comme condiment, de la même façon que le poivre. On les employait aussi avec la cannelle et le gingembre pour préparer le vin épicé nommé hippocras , qui était en vogue pendant le quatorzième et le quinzième siècle.

La plante qui produit cette drogue a été l’objet, de la part des botanistes modernes, d’une série d’erreurs qu’il est inutile de rappeler. 11 suffit de dire que YAmomum Granum Paradisi de Linné ne peut être identifié avec aucune plante; qu’en 1817, Afzelius, botaniste suédois qui résida pendant plusieurs années à Sierra Leone, publia une description de YAmomum Granum Paradisi Linn. (6), et que l’échantillon qu d a en-

(L) Sartorius et Lappenberg, Geschichte der Deutschen Hansa, U, 4 . .

(2) Douet d’Arcq, Compt. de l’Argent, des rois de France, 2 19, 2GG.

(3) G. di Barros, Asia, Venet., 1561, 33 (65). il,) Ouvrage cité plus haut, h la page 246, note 2.

(5) Hakluyt, Principal Navigations, II, P. II, First Voyage of the Pr.merose and Liou to Guinea and Bénin, A. D. 1553.

(6) Remedia Guineensia, Upsaliæ, 71.

voyé, et qui est actuellement conservé dans l’herbier de sir J. E. Smith, appartient à une autre espèce. Dans ces conditions, le nom Amomum M de g ue ta, donné par Roscoe à la plante qui produit les Graines de Paradis, a été accepté sans contestation (I).

Description. — Les Graines de Paradis ont environ 2 millimètres de diamètre ; leur forme est variable ; elles sont tantôt arrondies, avec des angles mousses, tantôt un peu pyramidales. Elles sont dures ; leur surface est luisante, colorée en brun rougeâtre et chagrinée. Le hile est en forme de bec et d’une couleur plus pâle. Les graines broyées sont fort peu aromatiques, mais elles possèdent une saveur très-piquante et brûlante.

Structure microscopique. — Les Graines de Paradis ressemblent, à beaucoup d’égards, par la structure, à celles du Cardamome; mais dans les premières, les cellules de l’albumen sont très-minces, leurs parois sont délicates, et elles sont beaucoup plus allongées. La couche interne du tégument seule ressemble à la couche correspondante de la graine de Cardamome. Les cellules de la couche moyenne ont deux parois tellement épaissies, qu’il reste à peine une cavité. La couche extérieure du tégument est formée de cellules à parois épaisses, dont les cavités paraissent, sur une section transversale, allongées radialement. L’albumen est rempli de grains d’amidon, qui ont de 2 à 5 millièmes de millimètre de diamètre, et sont, dans chaque cellule, agglutinés les uns aux autres de façon à former une masse cohérente.

Composition chimique. — LesGraines deParadis contiennentune petite quantité d’huile essentielle ; 53 livres nous en ont donné seulement 2 onces et demie, c’est-à-dire 0,30 pour 100 environ (2). Cette essence est jaunâtre, neutre; elle possède une odeuEagréable, qui rappelle celle des graines, et une saveur aromatique, dépourvue d’âcreté. Son poids spécifique, à 15°, 5 C. est 0,825. Elle est peu soluble dans l’alcool absolu ou étendu, mais elle se mélange avec le bisulfure de carbone en un liquide clair, elle dissout l’iode sans explosion. Lorsqu’on la sature avec du gaz chlorhydrique sec, il ne se forme aucun composé solide. Elle commence à bouillir vers 236° C., et la plus grande quantité distille entre 257° et 258° C.; le résidu est constitué par un liquide épais et brunâtre.

(1) J’ai plusieurs fois fait germer les graines de Paradis du commerce, j’ai cultivé la plante pendant plusieurs années, et j’ai obtenu non-seulement des fleurs, mais des fruits arrivant à complète maturité, et contenant des graines fertiles. [D. H.]

(2) Cette essence fut distillée et employée en médecine des le commencement du dix-septième siècle (Porta, De DistiUatione, Romæ, JG08, lib . iv, c. 4).

AMOMACÉES.

Examinée en colonne de 50 millimètres, l’huile essentielle brute dévie la lumière polarisée de 1°,9 à gauche. La portion qui distille audessus, à 2370-258u, la dévie de 1°, 2 ; le résidu la dévie de 2 degrés à gauche. Les propriétés optiques tendent à faire admettre que celte huile essentielle est homogène. Cette opinion est corroborée par les résultats de trois analyses élémentaires qui nous ont conduit à la formule C20H32O ou G,0H‘6+G10H,6O.

Dans le but de nous assurer si les Graines contiennent une huile grasse, dix grammes furent pulvérisés avec du quartz, et épuisés avec de l’éther bouillant. Nous obtînmes, par évaporation de l’éther, 0gr,583 d’un résidu brun visqueux, à peu près dépourvu d’odeur, mais doué d’une saveur piquante très-forte. Comme il se montra entièrement soluble daus l’acide acétique cristallisable et dans l’alcool étendu, on peut le considérer comme une résine , et admettre que les Graines de Paradis ne contiennent pas d’huile grasse.

Desséchées à 100° G., les Graines de Paradis nous ont donné 2,13 pour 100 de cendres, qui, par suite de la présence du manganèse, avaient une coloration verte.

Commerce. — Les Graines de Paradis sont expédiées surtout des établissements de la Côte d'Or, dont les plus importants sont Cape Coast Castle et Accra. Les rapports officiels (1) indiquent, pour les exportations de ces localités, en 1871 , les chiffres suivants : pour la Grande- Bretagne, 85502 livres; pour les Etats-Unis, 35G301ivres; pour l’Allemagne, 28501 livres ; pour la France, 27 125 livres ; pour la Hollande, 14 250 livres. Total : 86000 kilog.

Usages. — Les Graines de Paradis sont employées dans la médecine vétérinaire ; on s’en sert aussi comme condiment, mais surtout, paraîtil, pour donner une saveur piquante aux cordiaux.

(a) L ' Amomurn Meleguela Roscoe (A ton. PL of the orJer Scilam., t. 98) se distingue des espèces à’ Amomurn décrites plus haut (voyez page 455) par ses feuilles lancéolées, acuminées, étroites, subsessiles ; par son scape radical ne s’élevant que fort peu au-dessus du sol, et muni de bractées distiques au nombre de cinq h sept seulement. Ses fleurs sont grandes et très-belles. Le calice est vert, tubuleux, cylindrique, fendu d’un côté. La corole est tubuleuse, avec un limbe blanc, très développé, divisé en trois lobes très-inégaux, les deux latéraux étroits, le médiane trèslargo, concave et dressé. Lelabelloou staminode pétaloïde est très-grand, orguiculé, arrondi en entier, coloré en rouge cramoisi dans le haut et jaune dans le bas. Les deux lames du disque qui surmontent 1 ovaire ont 25 millimètres de long. Le finit est une capsule de 15 centimètres de long, coriace, jaune, cylindrique. [Trad.]

(I) Mue Pool: for the colonij of the Gold Coast in 1871.

ORGHIDAGÉES

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