‹ Histoire des drogues d'origine v©♭g©♭tale [electronic resource]Chapitre 90 sur 124 · SALEP · texte numérisé non relu

SALEP

ltadi.c Salcp ; Tlailix Satyrii ; nngl., Salep; allom., Salepknollen.

Origine boJaniqne. — La plupart, sinon toutes les espèces cl 'Orchis qu’on trouve en Europe et dans le nord de l’Asie (a), sont pourvues de tubercules qui, convenablement préparés, sont susceptibles de fournir du Salep. Parmi celles qui sont actuellement employées, les plus importantes sont : Y Orchis mascula , L. , YO. Mario L. , YO. militûris L., 1 ’O. iistulata L.; l’O. pyramidalis L., l’O. coriophora L. et YO. loncjicruns Link. Ces espèces, dont les tubercules sont entiers, sont originaires de la plus grande partie de l’Europe centrale et méridionale, de la Turquie, du Caucase et de l’Asie Mineure (I).

Les espèces suivantes, pourvues de tubercules palmés ou lobés, ont une aire de distribution non moins étendue : 0. maculata L., O. saccifera Bro.ngn., O. conopsea L. et 0. latifoha L. La dernière s’étend jusque dans le nord-est de 1 Inde et dans le Thibet, et l’O. conopsea se trouve dans les régions arrosées par l’Amur, dans l’extrême est de l’Asie.

Le Salep des Bazars Indiens, connu sous le nom de Sali b misri, est acheté par les Orientaux à des prix extravagants à cause de son excellente qualité ; il est produit par certaines espèces d 'Eulophia(V), notamment par VE. campestris Lihdl., YE. herbacea Lindl., et probablement par d’autres espèces.

Historique. — Sous l’influence des superstitions attribuant aux plantes des propriétés en rapport avec ta forme de certains de leurs organes, le Salep (3) jouit depuis longtemps en Orient de la réputation de stimulant des fonctions génésiques; beaucoup d’Européens de l’Inde, peu disposés à admettre les vertus extravagantes qui lui sont attribuées Par ^es Hindous et les Mahometans, le regardent cependant comme un excellent aliment dans la convalescence.

(1) Tchihatcheff énumère trente-six espèces d ’ Orchis en Asie Mineure (Asie Mineure

Bot. , II, 1860). ’

(2) Les espèces indiennes d’Eulophia ont 616 révisées par Liiidlcv in Journ of Linn

Soc, Bot., 1859, III, 23. ‘

(3) Le mot Salcp est le nom arabe du renard, et la drogue est nommée dans cette langue A hus yatu’s sulah, c’est-à-dire testicule de renard, ou Khus yatu'l kalb testicule de chien. Le mot Orchis, et les vieux noms populaires dans les diverses langues de 1 Europe ont, de même, été donnés par allusion à la forme des tubercules.

462 ORCHIDACÉES.

Colle drogue était connue de Dioscoride cl des Arabes, ainsi que des herboristes et des médecins du moyen âge, qui la prescrivaient souvent à l’état frais. Gerarde, en 4 G3G , a donné d’excellentes ligures des divers Orchis dont les tubercules étaient employés à son époque.

Geoffroy (1), ayant reconnu que le Salep importé de l’Orient était fourni par les tubercules d’un Orchis, indiqua, en 1740, comment on pouvait le préparer à l’aide des espèces indigènes de la France.

Récolte. — On arrache les tubercules après la floraison de la plante, on enlève ceux qui sont ridés et flétris, on lave ceux qui sont renflés, on les enfile à l’aide d’une corde, et on les échaudé pour détruire leur vitalité, puis on les fait dessécher au soleil ou devant un feu doux.

A l’état frais, ils sont blancs et succulents, mais en se desséchant ils deviennent durs et cornés, et perdent leur saveur un peu amère et leur odeur particulière. La drogue qu’on trouve dans le commerce anglais est importée en majeure partie de Smyrne. Celle qui se vend en Allemagne provient en partie de plantes croissant à l’etat sauvage dans les montagnes de Taunus, dans le Westerwald, le Rhôn, i’Odenwald et la France. On récolte aussi du Salep en Grèce, et on l’emploie dans ce pays, ainsi qu’en Turquie, sous forme de décoction qu’on édulcore avec du miel, et qu’on prend comme boisson matinale (2). Le Salep de l’Inde est récolté sur les montagnes de l’Afghanistan, du Beluchistan, de Kabul et de Bokhara (3). Les montagnes du Neilgherry dans le sud, et même Ceylan, passent aussi pour en produire une certaine quantité.

Description. - Le Salep du Levant, tel qu’on le trouve sur le marché anglais, consiste en tubercules longs de 1 à 3 centimètres. environ, ovoïdes ou oblongs, souvent pointus à l’extrémité inférieure, et arrondis dans le haut, où ils offrent une cicatrice déprimée laissée par la tige , ils sont assez fréquemment palmés. Ils sont généralement contractés et contournés, couverts d’un tégument granuleux et rugueux, colorés en brun pâle, translucides, très-durs et cornés ; ils n’ont que peu d’odeur et une saveur légère qui n’est pas déplaisante. Après macération dans l’eau pendant plusieurs jours, ils reprennent leur forme et leur volume primitifs. Le Salep d’Allemagne est plus translucide, et comme gommeux, il

semble avoir été préparé avec plus de soin.

structure microscopique. - Les tubercules frais offrent, sur une

(1) Mém. del’Ac. des Sc., 1740, 99.

(2) HiiLDREicn, Nutzpflanzen Gnechenlands, Alhen, 1862 9.

(3) Powell, Economie Products of the Punjab, Rooikec, 1868, I, 2bl. Punjab Plants , Lahore, 1869, 236.

— Stewart,

section transversale, un petit nombre de couches de cellules à parois minces, riches en amidon. En dedans se trouve un parenchyme formé de cellules incolores, allongées, contenant aussi de l’amidon et des faisceaux isolés de cristaux aciculaires d’oxalate de calcium. Dans ce parenchyme se trouvent un grand nombre de grandes cellules remplies d’un mucilage homogène. De petits faisceaux fibrovasculaires sont irrégulièrement dispersés dans le tubercule. Dans l’O. mascula et YO. lalif.olia, les grains d’amidon sont presque globuleux, et ont 23 millièmes de millimètre environ de diamètre. Dans le Salep sec, les cellules sont défigurées, et les grains d’amidon sont agglomérés.

Composition chimique. — Le principe le plus important du Salep est une sorte de mucilage dont la proportion s’élève, d'après Dragendorff (1869), à 48 pour 100, mais est, sans aucun doute, sujette à de grandes variations. Le Salep abandonne ce mucilage à l’eau froide, en formant une solution que l’iode colore en bleu, et qui donne, avec l’acétate neutre de plomb, un mélange limpide comme la gomme arabique. Quand on ajoute de l’ammoniaque, il se forme un précipité abondant. Le mucilage de Salep précipité par l’alcool, puis desséché, se colore en violet ou en bleu quand on l’humecte avec une solution d’iode ou d iodure de potassium. Le mucilage sec se dissout facilement dans une solution ammoniacale d’oxyde de cuivre. Lorsqu’on le fait bouillir avec de 1 acide nitrique, il se produit de l’acide oxalique, mais non de l’acide mimique. Sous ces rapports, le mucilage de Salep ressemble à la cellulose plutôt qu’à la gomme arabique. Il n’offre, dans les grandes cellules qui le contiennent, aucune trace de stratification, de sorte que sa formation ne paraît pas due à une métamorphose de la paroi cellulaire elle-même. Le mucilage de Salep contient de l’azote, et une matière inorganique dont on ne le sépare que difficilement, par précipitations répétées, à l’aide de l’alcool. C’est à ce mucilage que le Salep doit la propriété de former, même avec quarante parties d’eau, une gelée épaisse, qui s’épaissit encore davantage quand on y ajoute de la magnésie ou du borax. On trouve, dans cette gelée, une certaine quantité d amidon, mais sa proportion est faible ou même nulle dans les tubercules qui portent la tige florifère, tandis qu’elle est considérable dans les jeune» tubercules latéraux. L’amidon est évidemment consommé dans la période suivante de végétation, ce qui explique qu’on trouve des tubercules dont la décoction n’est pas colorée en bleu par la teinture d’iode. Le Salep contient aussi du sucre et de l’albumine, et, à I état frais, des traces d’huile volatile. Desséché à 100° C., il donne

m OIlCHIDACÉES.

2 pour 100 de cendres, qui consistent surtout en phosphate et en chlorure de potassium et de calcium (Dragendorfi).

Usages. — Le Salep ne possède pas de propriétés médicinales, mais à cause de la gelée abondante qu’il forme dans l'eau, on le considère comme très-nutritif. Il nous est impossible d’admettre cette opinion populaire. Sa décoction édulcorée et aromatisée avec des épices ou du vin constitue, pour les malades, une boisson agréable, mais qui n’est pas employée en Angleterre (1).

(a) Los Orchis L. ( Généra , n. 1009) sont des Orchidacées, de la tribu des Ophrydées, à ovaire tordu, à périgone ouvert en forme de gueule bilabiée ; à Libelle trilobé, muni d’un éperon ordinairement plus court que l’ovaire; à anthère unique, à peu près terminale, biloculaire ; à rostellum prolongé entre les loges ; à pollinies formant deux masses stipitées, fixées à deux rétinaclcs, libres et logés dans une seule

bursicule biloculaire. ,

L' Orchis militari* L. (Specics, 333) parvenu à son développement complet se compose d’une tige aérienne herbacée, annuelle, haute de 20 à 30 centimètres, portant un petit nombre de feuilles disposées en rosette colorées en vert o-ai glabres et lisses, oblongues, aiguës, assez, larges, longues de io a 20 centimètres, parcourues de nervures longitudinales parallèles. La tige se termine par

une grappe simple de fleurs courtement pédonculées, insérées chacune dans l’aisselle d’une bractée très-coui te. La portion inférieure et souterraine de la tige offte pendant la préfloraison ordinairement deux tubercules ovoïdes de grosseur inégale, le plus volumineux ayant a peu près les dimensions d’une noisette, 1 autre plus jeune eu voie de formation (ainsi qu’on le voit dans la figure 261). Le plus volumineux de ces tubercules se continue manifestement avec la tige aérienne ; le plus inférieur est constitué par un bourgeon né au-dessous du sol dans l’aisselle d’une feuille inférieure ordinairement réduite i\ l’état d’écaille membraneuse jaune. Lorsque ce bourgeon a atteint une certaine dimension, il produit audessous de son sommet une racine adventive qui grandit rapidement, se renfle, presse sur la feuille dans 1 aisselle de laquelle se trouve le bourgeon, finit par la déchirer et fait saillie au dehors, comme on le voit dans la figure 261. Cette racine augmente alors graduellement FiK -et. Or chia militari*, de volume et devient tuberculeuse, tandis que sou boni-

(I) comme le Solep pul.Msé »« se m«.nBe

saut bouillir le mélangé.

HISTOIRE DES DROGUES D’ORIGINE VÉGÉTALE. 4Go

sauce à une racine adventive destinée à former un nouveau bulbe, et il en sera de même chaque année. II est facile de voir que ce bulbe se détruit à mesure que les organes reproducteurs se développent, les matériaux nutritifs qu’il renferme étant consommés pendant cette formation (I). La base de la tige produit également un nombre ordinairement considérable de racines adventives fibreuses, cylindriques simples, destinées à la nutrition de la plante.

La fleur de YOrdiis militaris est irrégulière et bilabiée, ouverte en forme de gueule. Le périgone est formé de six folioles disposées sur deux verticilles concentriques et alternes. Dans la fleur adulte, les trois folioles extérieures ou sépales sont à peu près de même taille, ovales, pointus, membraneux ; ils sont disposés l’un en arrière ou en haut et les deux autres sur les côtés. Les trois pièces de la corolle sont très-inégales ; les deux postérieures sont étroites et trôs-rapprochées des trois pièces du calice pour former la lèvre supérieure, concave, en forme de casque, du périgone ; la troisième foliole, située en avant et en bas est beaucoup plus développée, et constitue seule la lèvre inférieure du périgone ou labelle ; elle a la forme d’une lame réfléchie en dehors et en bas, étalée, tripartite, à lobes latéraux linéaires, le médian rétréci à la base et au niveau de son point d’union avec les latéraux, puis dilaté et arrondi vers son extrémité, qui est échancrée sur la ligne médiane, et munie dans le fond de l’échancrure d’une petite dent. Ce périgone°est blanchâtre ou légèrement rosé avec des taches pourpres parsemées sur le labelle. La base du labelle se prolonge en un éperon conique, creux, deux fois plus court que l’ovaire. L’androcée est formé par une seule étamine fertile, connée avec le style en une colonne ou gynostème un peu aplatie, connée dans le bas avec la base du labelle, et portant à son extrémité une anthère unique, biloculaire, déhiscente par deux fentes longitudinales. Chaque loge de l’anthère contient une masse pollimque, ou pollinie, ovoïde, rattachée par un pédicule à une petite glande ou rétinacle qui est logée sous la face inférieure du stigmate, dans une des loges d’une petite poche ou bursicule biloculaire (2). L’ovaire est infère, allongé, tordu à l’âge adulte, uniloculaire, à trois placentas pariétaux portant un très-grand nombre d’ovules anatropes, extrêmement petits. Le stigmate qui termine la colonne est prolongé en une petite pointe ou rostellum, qui se prolonge entre les loges de 1 anthère. Le fruit est une capsule triloculaire, contenant de nombreuses graines très-petites, sans albumen ; il s’ouvre à la maturité en trois valves qui portent les graines au niveau de leur ligne médiane.

L ’Orclus mascula L. [Species, 1333) se distingue de l’espèce précédeute par ses ieuilles lanceolees ; ses bractées florales aussi longues que l’ovaire ; les folioles de son périgone aigues, les trois supérieures conniventes en casque, les deux latérales étalées, puis réfléchies ; son labelle profondément trilobé, à lobes larges dentés e médian émarginé ou échancré ; son éperon ascendant, à peu près aussi 'long que 1 ovaire. Les fleurs sont disposées en épi lâche, allongé; elles sont colorées en rouge plus ou moins foncé, ou rarement presque blanches.

L Orchis maculata L. ( Species , 183b), se distingue nettement des espèces precedentes par : ses bulbes aplatis et divisés au sommet en deux ou trois branches ce qui leur a fait donner l’épithète de palmés; ses feuilles oblongues, lancéolées’ tachées de noir; ses bractées florales plus courtes que les fleurs qui sont blanches et tachées de pourpre ou de violet, plus rarement de rose ou de lilas. [Trad.]

(1) Pour le développement des bulbes des Orchidées, voyez : Tiiilo und Morphologie de. s* Orchidccn, 1853.

(2) Pour le mode de fécondation, voyez : Darwin, les Orchidées.

Irmiscii, Biologie

ORCHIDACÉES.

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