VANILLE
Vanilla [l)‘. angl., Vanilla ; ullcm.. Vanille.
Origine botanique. — Vanilla plant 'folia Andrews. — C’est une plante succulente, indigène de la région chaude ( tierra caliente) de l’est du Mexique, cultivée maintenant dans d’autres pays tropicaux. Elle se plaît dans les forêts humides et ombreuses, où elle grimpe sur les arbres et s’y fixe à l’aide de ses racines aériennes. La Vanille porte de grandes fleurs vertes dépourvues de parfum (a).
Historique. — Les Espagnols trouvèrent la Vanille en usage au Mexique comme condiment du chocolat, et l’apportèrent en Europe, mais elle resta longtemps très-rare , car Clusius , qui en reçut, en 1602, un échantillon de Morgan, apothicaire de la reine Elisabeth, la décrit sous le nom de Lobus oblongus ar orna ticus, sans avoir connaissance de son pays d’origine ni de son emploi (2). Dans le Thésaurus d’Hernandez, la plante est figurée et décrite sous le nom à'Araco aromatico (3). A l’époque de Pomet (1604), la Vanille était importée par la voie d’Espagne, et très-employée en France pour parfumer le chocolat et le tabac. Elle eut sa place dans la Pharmacopée de Londres de 1721 , et était bien connue des droguistes de la première moitié du dixhuitième siècle ; elle paraît avoir ensuite disparu graduellement des boutiques. Dans ces derniers temps, elle a été importée en grande abondance, et on en fait aujourd’hui grand usage, non-seulement dans la fabrication du chocolat, mais aussi dans la cuisine et la confection des
gâteaux, des bonbons et des liqueurs.
Culture. — La culture de la Vanille est très-simple. Lorsque les pousses ont 90 centimètres environ de haut, on les attache aux arbres de façon à ce qu’elles touchent à peine le sol. Elles émettent bientôt des racines qui s’appliquent sur l’écorce de l’arbre et y fixent la plante; au bout de trois ans, elles commencent à porter des fruits, et en produisent ensuite pendant trente ou quarante années. La fertilisation des fleurs est effectuée par les insectes. Morrcn (4) a montré, en 1837, quelle
(1) Diminutif de l’espagnol vaina, gousse ou capsule.
(21 Exotica , 1605, lib. ni, c. 18, 72. T j •
3) Rerum Mcdicarum Novæ Hispaniæ Thésaurus, Romæ, 1651,88. - Le dessin ginal fait partie d’une série de 1 200 dessins exécutés à grands frais, au Mexique, pai ordre du roi d’Espagne pendant le siècle précédent.
(4) Ann. of Nat. Hist., 1839, III, 1.
pouvait être faite artificiellement par l’homme (I). Depuis celte époque, la fécondation et la production des gousses ont été déterminées dans tous les pays tropicaux sans l’aide des insectes. En Europe même, la Vanille vient bien dans les serres, et elle y donne des fruits de grande taille qui ne le cèdent pas pour le parfum à ceux du Mexique. Dans les plantations de Vanille, on ne laisse pas arriver les gousses à complète maturité ; on les cueille lorsque leur coloration verte commence à changer. D’après de Vriese (2), on les fait sécher à l’aide d’un procédé spécial; on les expose à l’air en les laissant alternativement découvertes et couvertes de toiles en coton ; elles mûrissent ainsi artificiellement, et acquièrent peu cà peu leur arôme et leur coloration foncée. On les lie alors en petits faisceaux.
Description. — Lorsque le fruit est mûr, il est de la grosseur du petit doigt, imparfaitement triangulaire, et déhiscent dans le. sens de la longueur en deux valves inégales. Il est ferme, charnu, lisse ; lorsqu’on le coupe en travers, il laisse exsuder un suc inodore, visqueux, qui contient une grande quantité de spiculés d’oxalate de calcium (3). Il est uniloculaire avec une cavité triangulaire ; chaque face porte un placenta divisé en deux lames, qui se subdivisent elles-mêmes en deux lobes recourbés en dehors. Il existe ainsi en tout douze lames chargées de graines, et parcourant la cavité du fruit dans toute sa longueur. Des poils fins, semblables à des papilles, garnissent les trois angles de la cavité du fiuit, et sécrètent une matière inodore qui, après la dessiccation, se trouve répandue dans toute la gousse. Ces papilles contiennent aussi des gouttes d huile qui sont absorbées par le papier dans lequel on enveloppe les gousses. Nous nous sommes assurés que la matière odorante n’est pas contenue dans la partie extérieure et charnue du fruit; en coupant le fruit frais en tranches minces que nous faisions séchei séparément, nous avons constaté que celles qui provenaient de la partie interne étaient seules odorantes.
La V anille du commerce se présente sous la forme de gousses charnues, flexibles, semblables à de petites baguettes, longues de 8 à 20 centimètres et épaisses de 6 à 8 millimètres, cylindriques, atténuées et courbées en crochet au niveau de l’extrémité qui porte le pédoncule.
(1) Cette observation avait été faite déjà par Edmond, créole de l’ile de la Réunion un peu après 1817. ’
(-1) De Vanielje, Leyden, 1856, 22.
(.!) Ce suc possède comme celui de la scille une action irritante sur la peau, l'ait ciuc les cultivateurs de Maurice connaissent bien.
ORCUIDACÉES.
La surface est finement sillonnée dans le sens de la longueur, luisante, onctueuse, et souvent recouverte d’une efflorescence formée de petits cristaux incolores. La gousse s’ouvre dans sa longueur en deux valves inégales, qui portent une multitude de petites graines lenticulaires, luisantes, dures, noires, imprégnées d’un suc visqueux et aromatique.
La plus belle Vanille est celle du Mexique. La Vanille de Bourbon, qui est la plus abondante, est généralement plus courte, et douée d'une odeur moins forte ; elle atteint un prix moins élevé.
structure microscopique. — La moitié interne du péricarpe renferme une vingtaine de faisceaux flbro-vasculaires disposés en cercle, et assez distants les uns des autres. L’épiderme est formé d’une couche de cellules tabulaires à parois épaisses contenant une substance granuleuse, brune. La couche moyenne du péricarpe est constituée par de grandes cellules à parois minces, les plus extérieures allongées dans le sens de 1 axe, tandis que les plus centrales sont cubiques ou à peu près sphériques. Toutes contiennent des gouttes d’huile grasse et des masses granuleuses, brunes, qui n’offrent pas d une façon manifeste la réaction du tannin. Ce tissu renferme en outre des cristaux aciculaires d oxalate de calcium et des prismes de vanilline. Les cellules des couches extérieures du péricarpe (1) offrent sur leurs parois des épaississements spiralés, qui sont plus visibles encore dans les racines aériennes et dans le parenchyme des feuilles des autres Orchidées. Les placentas sont revêtus d’une couche de cellules à parois minces.
Composition chimique. — La Vanille ne contient pas d’huile essentielle. Elle doit le parfum qui la fait rechercher à une substance qui se trouve à l’état cristallin dans l’intérieur ou à la surface du fruit, ou h l’état de dissolution dans le liquide huileux et visqueux qui entoure les graines. Cette substance était autrefois considérée comme de l’acide cinnamique ou benzoïque, mais Gobley a démontré qu’elle était d’une nature spéciale, et lui a donné le nom de Vanilline (2). Pour la préparer, on épuise la drogue par l’éther, puis on soumet le liquide fi la distillation, afin d’éliminer la plus grande partie de l’éther. Le liquide qui reste est agité avec une solution saturée de bisulfite sodique qui s'empare de la vanilline. Cette dernière est mise en liberté par 1 addition d une
m La Vanille qui croit en Europe est dépourvue de ces cellules. Nous pouvons conflrr-n fnit simialé d’abord par Berg, d’après les observations que nous avons fades sur
avons du reste cherché vainement ces cellules remarquables dans la Vanille du commerce actuel (1876).
Journ. de Pharm., 1868, XXXIV, 401.
quantité convenable cTacide sulfurique étendu. On la retire alors à l’aide de l’éther.
La vanilline forme des cristaux aciculaires qui fondent à 81° ; ils so dissolvent dans l’éther et l’alcool, moins bien dans l’eau chaude, trèspeu dans l’eau froide. Leur solution aqueuse prend une teinte violette avec le chlorure ferrique. La meilleure Vanille fournit en moyenne 2 3/4 pour 100 de vanilline.
Tiemann et Haarmann ont démontré, par d’admirables recherches commencées à Berlin en 1874, que la vanilline peut être préparée artificiellement. Dans l’aubier des Pins, on trouve une substance nommée Conifêrine , C16H2208 + 2H30, observée d’abord en 1861 par Hartig, et étudiée en 1866 par Kubel. Sous l’influence de l’é-* mulsine, la conifêrine prend H20 et se dédouble en sucre, et en une autre substance cristallisable, comme l’indique l’équation suivante : Cl6H22O8+H2O = G6Hl2O6 + G10H12O3. La seconde substance ainsi produite, peut être recueillie au moyen de l’éther qui ne dissout ni la conifêrine ni le sucre. En l’oxydant, ou en oxydant la conifêrine ellemême à l’aide du bichromate de potassium et de l’acide sulfurique, on obtient de la Vanilline. En la faisant fondre avec de la potasse on détermine la production d’acide prolocatéchique, G7H°Ov. En réalité, d’après ces recherches, la vanilline C8H803 est l’éther méthylique de l’aldéhyde protocatéchique, et doit être représentée par la formule CGH30(GH3)0H . GOH (I).
Cette manière devoir est confirmée par la décomposition que subit la vanilline lorsqu’on la chauffe dans un tube fermé avec de l’acide chlorhydrique ; il se forme du chlorure méthylique CH3C1. Tiemann a trouvé de plus (1876) dans la, Vanille de V acide Vanillique, CTEOHO (CH3) GOOH.
Leutner a trouvé aussi dans la Vanille : H, 8 pour 100 de matières grasses et cireuses, 4 pour 100 de résine, et 16,5 pour 100 de sucre et dégommé ; il a obtenu, par incinération de la drogue, 4,6 pour 100 de cendres.
Production et Commerce. — Les principales localités du Mexique qui produisent de la Vanille sont les parties du littoral de l’Etat de Vera-Cruz. Le centre de cette culture est Jicaltepec, dans le voisinage de Nautla (2). On cultive aussi la Vanille sur les pentes occidentales des Cordillères, dans l’Etat d’Oaxaca, et en moindre quantité dans les
(O Voir Dictionnaire de Chimie , Wurvrz, art. Vanilline.
(2) Culture du Vanillier au Mexique, in Revue Coloniale , 1849, H, 383-390.
OHCIIIDÀCÉJïS.
Etals do Tabasco, de Chiapas et d’Yuoatan. Les parties orientales du Mexique ont exporté en 1864, par la voie de la Vera-Cruz et de Tampico, environ 20000 kilogrammes de Vanille, expédiée en majeure partie à Bordeaux. Depuis cette époque, la production paraît avoir beaucoup diminué; les importations de la France n’ont atteint, en effet, en 1871, que 6809 kilogrammes, et, en 1872, 1 938 kilogrammes seulement (1).
La culture de la Vanille fut introduite dans la colonie française de la Réunion ou Bourbon par Marchant qui, en 1817, y transporta des rejetons pris à lile Maurice. Cette culture a si bien réussi, malgré les cyclones périodiques qui ravagent cette colonie, qu’en 1871 elle exporta 39200 livres de gousses (2). L’ile Maurice, située près de la Réunion, produit aussi de la Vanille. Elle en a exporté, en 1872, 7 139 livres (3). On cultive également la Vanille sur une grande échelle à Java.
La Vanille parvient sur le marché européen en majeure partie par la voie de la France. D'après les statistiques officielles signalées plus haut, ce pays en a importé, en 1871, 29914 kilogrammes et, en 1872, 26587 kilogrammes. La moitié à peine de cette quantité a été retenue en France pour la consommation du pays.
Tiemann a établi à Minden (Prusse) une fabrique qui fournit déjà des quantités considérables de vanilline artificielle préparée à 1 aide de la coniférine.
Usages La Vanille n’est plus depuis longtemps employée en mé-
decine, du moins en Angleterre, mais elle est souvent vendue par les droguistes pour parfumer le chocolat, les glaces, les crèmes, les pâtisseries, les bonbons, etc.
(a) Les Vanilles ( Vanilla Swartz, Flor. ind. occid III, 1318) sont des Orcliidaeées de la tribu des Aréthusées, à labelle adossé à la colonne, convoluté, à périgone connu à la base, étalé, dressé ; à colonne nue ; a pollinies au nomlne de deux ; à tige grimpante se fixant à l'aide de racines adventives ; a feuilles articulées à la base ; à ileurs disposées en grappes axillaires ; à capsule pulpeuse en ‘dedans.
Le Vanilla plant folia Andrews {Bot. Beposit., t. 338) est une belle plante à tige cylindrique, charnue, verte, émettant au niveau de ses nœuds des racines adventives à l’aide desquelles elle se fixe sur les plantes ou les corps voisins qui lui servent de point d’appui. Les feuilles sont alternes, charnues, oblongues ou ovales-
(1) Documents statistiques réunis par l'administration des Douanes sur le commerce de la France, 1872, 64.
(2) Consul Segrave, de la Réunion, in Consular Reports, présentes au Parlement en août 1872.
(3) Mauritius, Bitte Book for the ye.ar 1872.
oblongues, pointues, contractées à la base, parcourues par liuit à quinze nervures longitudinales, longues de 12 il 15 centimètres et larges de b à 7 centimètres ; elles sont portées par un petiole court, articule sur la tige, qui est un peuienflee au niveau de leur point d’insertion. Les fleurs sont disposées en grappes axillaires, pauciflores, à l'aisselle de bractées foliacées ; elles ont b centimètres de large environ, et sont colorées à peu près uniformément en vert pâle. Les folioles du périgone sont vertes, lancéolées, oblongues, connées à la base, dressées et étalées. Lelabelle est conné à la base de la colonne ; il a la forme d’une lame épaisse, repliée en gouttière, étroite à la base, dilatée à l’extrémité dont le bord est serreté et calleux ; il est couvert dans sa partie médiane de petits appendices écailleux et recourbés. La, colonne est nue, longuement stipitée, marginée au sommet ; elle porte une anthère unique, terminale, hiloculaire, 'déhiscente par deux fentes longitudinales, et contenant un pollen granuleux. L’ovaire est infère, uniloculaire avec trois placentas pariétaux portant un très-grand nombre d’ovules anatropes, très-petits. Le fruit est une gousse contenant un trèsgrand nombre de petites graines immergées dans une pulpe molle. [Trad.]
IRIDAGÉES
RHIZOME D’IRIS.
Rhizoma Iridis ; Radix Iridis Florentins; ; angl., Omis Root; allem., Vei Iclienwurzel.
Origine botanique. — Cette drogue est fournie par trois espèces d’iris (a) :
•1° 1ns (/ermamca L. — C’est une plante vivace à grandes et belles fleurs d’un bleu foncé, commune dans les environs de Florence et de Lucca, et remontant jusqu’à la région des Châtaigniers. On la trouve aussi çà et là dans le centre et le sud de l’Europe, dans le nord de l'Inde et dans le Maroc. C’est une des plantes le plus communément cultivées dans les jardins de l’Europe tempérée.
2° Iris palhda Lamk. — Cette plante ressemble à la précédente, mais ses fleurs sont d’un bleu plus pâle ; elle croît à l’état sauvage dans les terrains calcaires de l’Istric. Elle est abondante dans les environs de Flo-
472 1RIDACÉES.
venco et de Lucca, dans la région do l’olivier, mais il est douteux- qu’elle y soit indigène.
3° Iris florentina L. — Cette espèce porte de grandes fleurs blanches. Elle est indigène du littoral de la Macédoine, et des bords sud-ouest de la mer Noire ; elle vit aussi à l’état indigène à Hersek dans le golfe d’ïsmid, et dans les environs d’Adalia en Asie Mineure. On la trouve encore dans les environs do Florence et de Lucca, mais nous pensons qu’elle y a été simplement acclimatée (I).
Ces trois espèces, mais surtout Y Iris germanica et Y Iris pallida, sont cultivées dans les environs de Florence pour la production du rhizome d’iris. On les plante sur les bords des terrasses et sur les lisières incultes et pierreuses des champs cultivés. On ne trouve guère V Iris Florentina en dehors des enceintes des villas, et il est beaucoup moins cultivé que les deux autres espèces.
Historique. — Dans l’ancienne Grèce et l’ancienne Rome, le Rhizome d’iris était beaucoup employé pour la parfumerie. La Macédoine, Elis et Corinthe étaient célèbres pour leurs onguents parfumés à l’Iris (2). Théophraste et Dioscoride connaissaient bien le rhizome d’iris. Ce dernier, de même que Pline, fait remarquer que les meilleurs viennent d’Illyricum, d’autres de la Macédoine, qu’une sorte inférieure est fournie par la Libye, et que ce rhizome est employé dans la parfumerie et la médecine. Visiani (3) pense que Y Iris germanica est l’Iris Illyrien des anciens, ce qui est très-probable si l’on considère que cette espèce est très-abondante dans la Dalmatie, l’ancien Illyricum, tandis que les Iris florentina et pallida ne s’y trouvent pas. Nous ignorons à quelle époque ces deux dernières espèces furent introduites dans le nord de 1 Italie, mais il est probable que c’est vers le commencement du moyen âge. Les anciennes armes de Florence, un lis ou un Iris blanc sur champ rouge (4),
. (i) D’après des observations faites il Florence, pendant le printemps de 1872, je suis porté à considérer ces trois espèces comme tout à fait distinctes. Les caractères comparatifs suivants permettent de les reconnaître :
Iris germanica: Hampe florale â peine une fois et demie aussi longue que les feuilles ; fleurs plus pressées que dans Y Iris pallida, variant beaucoup comme intensité de coloris, mais n’étant jamais colorées en bleu pâle.
Iris pallida : Bractées brunes et scarieuses ; hampe florale deux fois aussi haute que
les feuilles.
Iris florentina : Bractées vertes et charnues ; hampe florale de la meme longueur relativement aux feuilles que dans 17m germanica ; organes végétatifs plus délicats que dans les autres espèces, et floraison plus tardive. [D. VI.]
(2) Pour plus de détails, consultez: Blümner, Die gewerbliche Thütigkeit der Voilier des klassischen Alterthums, 1869, 57, 76, 83.
(3) Flora Dalmatica, 1842, I, 116.
(4) Dante, Divina Commedia, canl. xvi.
semblent indiquer que cette ville était célèbre pour la culture de ces plantes. Petrus de Crescontiis (I), de Bologne, qui vivait au treizième siècle, mentionne la culture de l’Iris blanc et celle de l’Iris pourpre, et indique la saison pendant laquelle il faut recueillir le rhizome pour l’usage médicinal. Cependant, la drogue d’illyrie était considérée comme la meilleure, et Yalerius Cordus (2), mort en 1544, se plaint qu’elle ait été remplacée par celle de Florence, quoiqu’on puisse se la procurer par l’intermédiaire des Vénitiens. Le rhizome d’iris mélangé avec l’anis était employé en Angleterre dès 1480 pour parfumer le linge (voir h I, p. 551). Il est mentionné à cette date dans les Wardrobe Accounts d’Edouard IV.
Toutes les espèces d’iris que nous avons nommées étaient cultivées en Angleterre àl’époque de Gerarde, c’est-à-dire vers la fin du seizième siècle. L’amidon du rhizome était autrefois considéré comme médicinal, et l’on trouve des indications pour sa préparation dans le Traicté de la Chymie , de Le Fèbvre, publié en 1660.
Production. — Les espèces d’iris mentionnées plus haut sont connues des paysans toscans sous le nom de Giaggiolo. On en recueille les rhizomes indistinctement, mais la majeure partie est évidemment fournie parles Iris germanica et pallida qui sont les espèces les plus répandues. On les arrache au mois d’août; on les décortique, on les nettoie, et on les laisse sécher au soleil, en réservant les plus gros morceaux pour les replanter. Dans l’établissement du comte Strozzi, fondé, en 1 806, à Pontasieve, près de Florence, au centre de la culture des Iris, les rhizomes, achetés aux paysans par des marchands ambulants, sont divisés en plusieurs qualités, notamment en scelti (choisis) et in sorte (en sorte). On les apporte dans le commerce, soit entiers, soit en petits fragments ( frantumi ), en rognures (raspature) , en poudre ( polvere di Giaggiolo o d’Ireos), ou préparés en pois d’iris.
La culture de l’Iris est une très-faible branche d’industrie, et la récolte ne constitue qu’un produit accessoire, mais néanmoins elle est partagée entre le propriétaire et le cultivateur, suivant la coutume adoptée dans l’agriculture toscane (3).
(t) De omnibus agricultures partibus, Basil., 1548, 219.
(2) Dispensatorium, Norimb., 1529, 288.
(3) Gkoves, in Pharm, Journ., 21 septembre 1872, 229. — Nous lui devons aussi des remcrciments pour les renseignements qu’il nous a donnés directement. La ville de Vérone produit aussi un peu de rhizome d'iris. D’après les renseignements que j’ai pu recueillir le 5 seplembrc 1870, c’est très-probablement l’Iris germanica qui fournit l’Iris de Vérone. On l’v apporte de Valdonega et d’autres villages des montagnes situés aux environs de la ville; la plante ne paraît pas être cultivée, [P. A. F.]
IRIDACÉES.
Description. — Le rhizome est charnu, articulé, ramifié, et rampe horizontalement au-dessous de la surface du sol. 11 est formé, dans les plantes âgées, par l’articulation des souches de cinq à six années successives, dont les plus vieilles sont dans un état manifeste de dépérissement. Ces articles sont pour la plupart dichotomes en apparence, à peu près cylindriques, un peu comprimés verticalement, devenant peu à peu obconiquos, et atteignant le maximum de leur taille au bout de trois années environ. Ils ont de 8 à 10 centimètres de long, et parfois plus de 5 centimètres d’épaisseur. Ceux de l’année courante seuls émettent des feuilles au niveau de leur extrémité. Le rhizqme est coloré à l’extérieur en brun jaunâtre ; en dedans il est succulent et blanc ; il possède une odeur terreuse et une saveur âcre. Sous l’influence de la dessiccation. il acquiert graduellement une odeur agréable de violette, mais il n’atteint son maximum de parfum qu’au bout de deux années. Nous avons soigneusement comparé les uns avec les autres les rhizomes des trois espèces que nous avons citées plus haut, sans pouvoir découvrir un seul caractère qui permît de les distinguer.
Le rhizome d’iris,. tel qu’il se trouve dans les boutiques, se présente en morceaux longs de 5 à 10 centimètres et souvent épais de 3 centimètres. Les fragments volumineux paraissent formés d’une portion allongée, irrégulièrement subconique, émettant, au niveau de sa grosse extrémité, une ou deux, rarement trois branches qui ODt été coupées pendant l’opération de l’émondage, et ne forment plus que des cônes courts et larges, attachés par leur sommet au rhizome qui leur a donné naissance. La souche est aplatie, un peu arquée, souvent contournée, ridée et sillonnée. La face inférieure est marquée de petites cicatrices circulaires indiquant les points d’insertion des racines. La couche corticale brune a d’ordinaire été enlevée pendant le nettoyage, et le rhizome sec est coloré en blanc foncé, opaque. Il est lourd, ferme et compacte ; il possède une odeur agréable et douce de violette, et une saveur un peu amère, aromatique, accompagnée d’une certaine âcreté.
On trouve dans les bazars indiens une sorte de rhizome d’iris qui a été desséchée sans qu’on ait enlevé l’écorce, et qu’on apporte aujourd’hui sur le marché de Londres. Nous pensons qu’il est produit par 1 fris germanica L. ( Iris nepalensis Wall.), qui, d’après Hooker, est cultivé dans le Kashmir. On exporte actuellement un rhizome d’iris de qualité inférieure, récolté au Maroc; nous croyons qu’il est produit exclusivement par Y Iris germamca.
structure microscopique. — L écorce blanche de 1 Iris pi e>cnU ,
sur une coupc transversale, une épaisseur de 2 millimètres environ; elle est séparée par une fine ligne ])runo d un tissu cential jaunâtre* Celui-ci est parcouru par de nombreux faisceaux fibrovasculaires, disposés en cercle irrégulier et épars, et contient ça et la de petits ciistaux brillants d’oxalate de calcium. Ce tissu est formé uniformément de cellulles sphériques, à parois épaisses et ponctuées, remplies de granules d’amidon ovales, volumineux et très-nombreux. Des prismes d’oxalate de calcium y sont aussi très-visibles. Les vaisseaux spiralés sont petits, et occupent différentes positions. Cette description s’applique indistinctement aux trois espèces mentionnées plus haut.
Composition chimique. — Quand on distille le rhizome d’iris avec de l’eau, on trouve, flottant à la surface du liquide aqueux distillé, une substance solide, cristalline qui a reçu le nom de Camphre d'iris. Cette substance que nous nous sommes procurés dans le laboratoire de MM. Herrings et C°, de Londres, est produite, d’après les renseignements que nous a donnés M. Umney, dans la proportion de 0,12 pour 100; 175 kilogrammes de rhizome en fournirent 226 grammes (1). Nous avons purifié cette substance à l’aide du charbon, et, par recristallisations répétées dans l’alcool absolu, nous l’avons obtenue en trèsgrosses écailles brillantes qui fondent à 51°, 5 C., mais ne se volatilisent pas en proportion considérable, même à 150° C. D’après une moyenne de trois analyses, ces cristaux contiennent 73,96 pour 100 de carbone et 12,26 pour 100 d’hydrogène ; cette composition conduit à la formule CuH280'1 2, qui est celle de l'acide Myristique (voir t. I, p. 219). Ces cristaux ont une réaction acide, ils se dissolvent facilement dans l’ammoniaque, et en sont de nouveau séparés par un acide. Ils sont simplement formés d’acide myristique imprégné d’une petite quantité d’huile essentielle qu’ils retiennent avec énergie. Les résultats obtenus par Dumas en 1835, ne s’accordent pas avec les nôtres.
En épuisant le rhizome d’iris avec de l’alcool, on obtient une résine molle et brunâtre, et un peu de matière tannique. La résine possède une saveur un peu âcre. La matière tannique se colore en vert sous l’influence des persels de fer.
Commerce. — Les rhizomes d’iris sont exportés de Livourne, de Trieste et de Mogador. Ce dernier port en a expédié, en 1872, 456 quintaux (2). Nous ne possédons aucune statistique relative aux
(1) Le produit de quelques opérations antérieures, dans lesquelles 23 quintaux d’iris avaient été distillés, ne s’élevait guère à plus de 0,10 pour 100.
(2) Consulat • Reports, août 1873, 917.
476 IRIDACfcES.
importations de la Grande-Bretagne. La France en a importé, en 1870, cinquante tonnes environ.
Usages. — Le rhizome d’iris pulvérisé entre dans la préparation des poudres dentifrices, et sert en Franco à la confection des pois à cautères, ou pois d’iris. Mais il est plus particulièrement employé dans la parfumerie.
(a) Les Iris L. ( Gcnera , n. 59) sont des Iridacées, à fleurs hermaphrodites et régulières ; à périanthe tubuleux; à sépales recourbés en dehors et en bas, tandis que les pétales sont dressés et convergents ; à androcée formé de trois étamines cachées sous les trois lobes du style qui sont très-développés, pétaloïdes, réfléchis en dehors ; à capsule triloculaire, déhiscente en trois valves.
L. Iris germanica L. ( Species , 55) est une magnifique plante vivace, à rhizome charnu, horizontal, ramifié en sympode, c’est-à-dire terminé par un bourgeon qui se développe en une tige aérienne destinée à mourir au bout d’un certain temps , après avoir produit au niveau de sa base un bourgeon destiné n se comporter de la même façon. Le rhizome porte des écailles épaisses et blanchâtres. Les feuilles aériennes portées par les rameaux dont nous venons de parler sont alternes, engainantes, ensiformes, hautes de 30 à 40 centimètres, pliées et emboîtées les unes dans les auti’es , équitantes , c’est-à-dire que les deux feuilles les plus extérieures étant pliées dans leur longueur sont disposées de tello sorte, qu’elles sont pour ainsi dire à cheval l’une sur 1 autre, la moitié gauche de l’une étant recouverte par la moitié droite de celle qui est située visà-vis, et sa moitié droite recouvrant la moitié gauche de cette dernière, entre les deux moitiés ainsi disposées des deux feuilles extérieures sont placées toutes les feuilles plus jeunes, s’embrassant deux par deux de la même -façon.
La tige est aplatie sur l’une de ses faces et arrondie au niveau de l’autre ; elle est haute de 50 à 80 centimètres environ, et terminée par un petit nombre de fleurs portées chacune par un pédoncule très-court, inséré dans l’aisselle d une bractée scarieuse en forme de spathe. Le périanthe est tubuleux et divisé en six folioles colorées en bleu foncé. Les trois folioles extérieures sont réfléchies en dehors et en bas; elles sont membraneuses, larges, ovales-lancéolées, minces sur les bords, qui sont plus ou moins ondulés. Les trois folioles internes, également membraneuses et larges, allongées, sont dressées et rapprochées par leurs extrémités; leur coloration est fréquemment un peu plus pâle que celle des folioles extérieures. L androcée se compose de trois étamines à filets allongés et à anthères biloculaires, extioises, déhiscentes par deux fentes longitudinales. Les étamines alternent avec les lobes internes du périanthe et sont entièrement recouvertes par les lobes du style. Le gynécée se compose d’un ovaire infère, allongé, ovoïde, a peu près triangulaire, surmonté d’un style divisé jusqu’au voisinage de sa base en trois grands lobes membraneux, pétaloïdes, couverts de longues papilles stigmatiques au niveau de la ligne médiane de leur face supérieure, réfléchis en dehors en passant entre les folioles dressées du périgone interne et recouvrant les étamines. Chaque loge de l’ovaire contient un nombre considérable d’ovules anatropes, insérés dans l'angle interne sur deux rangées verticales, disposés horizontalement et se touchant par leurs repliées. Le fruit est une capsule allongée, triloculaire, s’ouvrant par déhiscence lolicide en trois valves. Chaque loge contient de nombreuses graines aplaties, a bon aminci, albuminées, à embryon axile, à radicule dirigée vers le mieropylc. [1 nAD.J