SEMENCES D’AREC
Semen Arecæ ; Nuces Areas vel Betel ; Semences d’Arec , Noix d'Arec ; angl., Areca nuis, Betel nuts ; allem., Arekanüsse, Betelnüsse.
Origine botanique. — Areca Catechu L. C’est un Palmier élégant, à tronc lisse et droit, haut de 12 à 15 mètres, et ayant 50 centimètres environ de circonférence. L’inflorescence est disposée en un spadice ramifié, dont les fleurs mâles occupent le sommet et les fleurs femelles la base. On cultive cet arbre dans l’archipel Malais, dans les parties les plus chaudes de la péninsule indienne et de l’Indo-Chine, à Ceylan et dans les Philippines. Il est probablement originaire de la première de ces régions (a).
Historique. — L’Arec est mentionné dans les ouvrages sanskrits sous le nom de Guvâca. Il se nomme en chinois Pin-lang, nom apparemment dérivé de Pinang, désignation de l’arbre dans les îles Malaises d’où les Chinois tiraient leurs provisions de graines d’Arec. Le plus ancien ouvrage chinois qui mentionne le Pin-lang est le San-fu-huang-tu , description de Chang-an, la capitale de l’empereur Hiav-Wou-tii, do 140 à 80 avant notre ère. Il y est dit qu’après la conquête du Yunnan, en 111 avant Jésus-Christ, des arbres remarquables et des plantes du Sud furent apportés dans la capitale, et parmi eux plus de 100 Pinlang qui furent plantés dans les jardins impériaux. Bretschneider (1), aux recherches duquel nous devons ces détails, cite plusieurs autres
G) On the Study of C/rinesc Bolaniccil Works, Foofliow, 1870, 27.
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ouvrages chinois datant du premier siècle et indiquant que les noix d’Arec étaient apportées des provinces, alors indépendantes, du sud de la Chine, de l’archipel Malais et de l’Inde. La coutume de présenter la noix d’Arec aux hôtes est mentionnée dans un ouvrage du quatrième siècle.
Les anciens écrivains arabes connaissaient bien la noix d’Arec, qu’ils nommaient Fôfal , et l’habitude qu'avaient les Indiens de la mastiquer avec de la chaux (1).
La noix d’Arec est trôs-estimée des Asiatiques comme masticatoire, et considérée par eux comme fortifiant les gencives, adoucissant l’haleine, et favorisant la digestion, mais, jusqu’à ces derniers temps, elle n’était pas considérée comme jouissant de propriétés médicinales particulières, si ce n’est une légère astringence. On l’a souvent administrée aux chiens comme vermifuge, et dans l’Inde et la Chine on la donne également à l’homme au même titre. Quelques essais suivis de succès dans le traitement du tænia ont déterminé son introduction dans les Additions to tlie British Pharmacopœia de 1867, publiées en 1874.
Description. — L’Aréquier produit un fruit ovoïde, lisse, du volume d’un petit œuf de poule, légèrement pointu au niveau de son extrémité supérieure, et couronné par les restes des stigmates. Il est formé extérieurement d’un péricarpe épais, d’abord charnu, mais composé, à la maturité, de fines et fortes fibres disposées dans le sens de sa longueur, les plus internes étant plus fortes que les autres. Cette enveloppe fibreuse est consolidée en dedans par une mince enveloppe crustacée ou endocarpe, qui contient une graine solitaire. Cette dernière a la forme d un cône très-court et arrondi ; elle est à peine longue de 2 centimètres et demi, déprimée au centre de la base, et fréquemment munie, sur l’un des côtés de cette dépression, d’une touffe de fibres qui indiquent son point d’attache sur le péricarpe. Les téguments semblent adhérer partiellement à l’endocarpe ; ils sont mal délimités et inséparables de l’amande. Leur surface est marquée d'un réseau très-visible de nervures qui partent en majeure partie du hile. Lorsqu’on fend la graine, on voit que ces nervures s’enfoncent dans l’albumen qui forme la grande masse de la graine, et pénètrent jusqu’au centre en donnant a la graine une ressemblance très-grande avec celle de la muscade. L’embryon est petit et conique ; il est situé au niveau de la base de la graine. Les graines d’Arec sont denses et pesantes ; elles sont difficiles a couper ou
(1) Dans l’ouvrage de Berlu, The treasury of drugs unlock’d, e n 1724, les Noix d’Arec sont mentionnées sous le nom de Nuces indicæ et comparées, quant a leur apparence, aux noix muscades. [P. A. F.]
à briser; lorsqu’elles sont fraîchement brisées, elles exhalent une odeur faible de fromage ; leur saveur est légèrement astringente.
Structure microscopique. — L’albumen blanc et corné de la graine d'Àrec est formé de grandes cellules à parois épaisses, remplies d’une matière albuminoïde quisous l’influence de l’iode sc colore en brun. Les parois des cellules sont munies de larges pores dont la disposition devient très-visible quand on les examine dans la lumière polarisée après les avoir fait bouillir dans la potasse caustique. Le tissu brun qui entoure l’albumen offre une texture lâche, et ressemble à celui qui occupe le même siège dans la muscade. Les parois minces de ses cellules sont munies de fines stries spiralées, et dans son épaisseur, comme dans la surface brune de la graine, sont dispersés des vaisseaux spiralés. Toutes les cellules brunes de la graine prennent une belle coloration rouge lorsqu’on les humecte avec de la potasse caustique, et sont colorées en vert foncé par le chlorure ferrique.
Composition chimique. — En épuisant avec de l’éther la poudre de ces graines, préalablement desséchées à 100° G., nous avons obtenu une solution incolore, qui, après évaporation, nous a laissé un liquide huileux, se concrétant en se refroidissant. Cette matière grasse représente 14 pour 1 00 delà graine; elle est cristalline, et fond à 39° G. En la saponifiant, nous avons obtenu un acide gras cristallin, fondant à 41° G. qui peut être considéré comme un mélange des acides laurique et myristique. Nous fîmes bouillir dans l’eau un peu de la matière grasse ; l’eau en s’évaporant nous donna une très-petite quantité de tannin, mais nous n’obtînmes pas les cristaux qui auraient dû se former • s’il y avait eu de la catéchine.
Les graines pulvérisées, qui avaient été traitées par l’éther, furent alors épuisées par de l’alcool (à 0,732) et nous obtînmes 14,77 pour 100 du poids primitif des graines, d’une matière tannique rouge, amorphe, qui, après dessiccation, se montra peu soluble dans l’eau, soit froide, soit bouillante. Soumise à la distillation destructive, elle donna de la Pyrocatéchine. Sa solution aqueuse n’est pas altérée par le sulfate ferreux, à moins qu’on n’ajoute un alcali; elle prend alors une coloration violette, et il se sépare un précipité abondant, noir pourpré. En ajoutant un sel ferrique à une petite quantité de la solution aqueuse de cette matière tannique, on obtient une belle coloration verte, qui tourne au brun quand on ajoute un excès du réactif, et au violet sous l’influence d un alcali. Il se forme en même temps un abondant précipité noirâtre.
Les graines, après avoir été épuisées successivement par l’éther et par
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l’alcool, furent traitées par l’eau, qui enleva surtout un mucilage précipitable par l’alcool. La liqueur alcoolique filtrée donna des traces d’un acide dont l’examen ne fut pas poursuivi. Après avoir épuisé les graines par l’éther, l’alcool et l’eau, nous obtînmes, en les faisant digérer dans l’ammoniaque, une solution d’un brun foncé. Dans cette solution, il se forma un précipité acide, abondant, insoluble même dans l’alcool bouillant. Nous n’avons pu retirer de cristaux ni d’une décoction aqueuse des graines ni en les épuisant directement par l’alcool. Nous devons en conclure que la catéchine n’entre pas dans la constitution des graines d’Arec, et que l’extrait préparé avec ces graines est essentiellement différent de celui du Cachou de Y Acacia Catechu et du Nauclea, et doit plutôt être considéré comme une matière tannique analogue au Rouge de Ratanhia et au Rouge de Cinchona.
En incinérant les graines d’Arec pulvérisées, nous avons obtenu 2, 20 pour 100 de cendres, qui contiennent du peroxyde de fer et du phosphate de magnésium.
Commerce. — Les graines d’Arec se vendent, dans l’Inde, avec ou sans le péricarpe qui les enveloppe. Les deux sortes sont énumérées dans les Rapports des douanes sous des titres différents. La consommation considérable qùi s’en fait en Orient donne lieu à un commerce énorme, dont on peut avoir une idée par les quelques statistiques qu’il est possible de consulter. Ceylan en a exporté, en 1871, 66 543 quintaux, valant 62 593 livres sterling; en 1872, 71 715 quintaux, cette dernière quantité entièrement destinée à l’Inde (1). La Présidence deMadras en fait également un grand commerce. Pendant l’année 1872-73, il en a été embarqué pour Bombay 43 958 quintaux, indépendamment de 2 millions environ de fruits entiers (2). Il se fait encore un très-grand commerce de graines d’Arec à Singapore, et surtout à Sumatra.
Usages. — On peut administrer la graine d’Arec contre le tænia à la dose de 4 à 6 drachmes dans du lait. Il faut prendre le médicament après une abstinence de douze heures environ ; quelques médecins recommandent de le faire précéder d’un purgatif. Il passe pour être aussi efficace contre les lombrics que contre le tænia. On vend comme poudre dentifrice le charbon des graines d’Arec brûlées dans un vase clos ; mais, à part sa plus grande densité, ce charbon ne possède aucun avantage sur le charbon de bois ordinaire.
(1) Ceylon Blue Books for 1871 et 1872.
(2) D’aprés les rapports cités à la page 302, note 2.
HISTOIRE DES DROGUES D'ORIGINE VÉGÉTALE. m
Quand la graine d’Arec est employée comme masticatoire, on lui ajoute un peu de chaux et une feuille de Poivre Bétel (Piper Dette L.). Qn emploie pour cela la graine jeune et encore tendre, ou préalablement bouillie dans l’eau (b). On y ajoute parfois des substances aromatiques, notamment du camphre et du cardamome.
(a) Les Areca L. ( Généra , n. 1225) sont des Palmiers de la tribu des Arécinées, à fleurs uuiSexuées, réunies sur le même spadice; à périanthe double, trimère; à androcée formé de trois à douze étamines ; à ovaire triloculaire, surmonté do trois stigmates sessiles; à fruit drupacé, fibreux, monosperme; à albumen ordinairement ruminé ; à feuilles pennées.
V Areca Catechu L. ( Species pi, ed. Willd., IV, 594 ; Pinanga Rumpii. ; Belelnut Knox) est un Palmier à tronc dressé, terminé par une belle cyme de grandes feuilles, ordinairement peu nombreuses, étalées, engainantes à la base, munies d’un pétiole principal creusé en gouttière au niveau de sa face supérieure, et portant des folioles dressées, étroites, linéaires ou oblongues, les plus inférieures et les médianes acuminées, longues de 90 centimètres à 1 m ,20, et larges de 10 centimètres environ, les supérieures beaucoup plus courtes. Les fleurs sont unisexuées, et réunies sur le même spadice ; les femelles occupent la portion inférieure du spadice et y sont accompagnées chacune de deux fleurs mâles, tandis que la partie supérieure n’offre que des fleurs mâles. Les spadices sont très-ramifiés et accompagnés de deux bractées oblongues, l’extérieure très-caduque. Chaque fleur mâle est accompagnée d’une bractée peu développée et plus ou moins connée avec l’axe floral. Les fleurs mâles sont petites, lisses, glabres ; leur calice est peu développé, divisé en trois folioles aiguës et carénées, blanches. La corolle est formée de trois pétales d’un hlanc jaunâtre, oblongs, rigides, striés, volvaires dans la préfloraison. L’androcée se compose de six à neuf étamines, à filets courts, aplatis, plus ou moins cohérents à la base ; à anthères biloculaires, introrses, déhiscentes par deux fentes longitudinales. Au centre de la fleur mâle, existe un rudiment de pistil plus long que les étamines et divisé en stigmates très-courts et obtus. Les fleurs femelles sont solitaires sur un rainuscule dilaté, et entourées «d’une bractée coriace, large, triangulaire, carénée au niveau de la ligne médiane ; elles sont trois ou quatre fois plus grandes que les fleurs mâles qui les accompagnent. Leur calice est formé de trois folioles cordées, rigides, un peu charnues à la base. La corolle est formée de trois pétales alternes avec les sépales, mais semblables à eux. L’androcée est représenté par une cupule membraneuse entourant la base du pistil, découpée en six dents subulées qui représentent autant de staminodes réduits cà des filets sans anthères. Le gynécée se compose d’un ovaire triloculaire, surmonté par un style très-court, à peine distinct même, divisé en trois stigmates triangulaires. Chaque loge contient un seul ovule anatrope, dressé, inséré dans l’angle interne. Le fruit est une drupe uniloculaire et monosperme par avortement de deux des trois carpelles primitifs. Il est ovale, de la grosseur d’un œuf de poule ou de pigeon, glabre, d’abord vert, puis rougeâtre ou orangé. Il contient une seule graine à albumen abondant, ruminé, corné, renfermant un petit embryon basilaire. [Trad.]
(b) Pour conserver les graines destinées à être chiquées avec le bétel, on les dépouille du péricarpe encore vert et tendre qui les enveloppe, on les coupe en quartiers et on les fait sécher au soleil ; elles prennent ainsi une coloration d’un brun rougeâtre plus ou moins foncé.
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