ALOÈS
Aloë ; Aloès (1) ou Suc d’ Alocs ; nngl., Aloes; allem., Aloë.
Origine botanique. — Plusieurs espèces d'Aloe fournissent un suc amer qui, après épaississement, constitue la drogue désignée sous le nom d 'Aloès. Ces plantes sont pour la plupart originaires des parties
(1) Le mot Aloès dérive du syriaque Alwai. Il est important de rappeler que le mot Aloès ou bois d’ Aloès, en latin Lignum Aloès, employé dans la Bible et dans un grand nombre d’ouvrages anciens, désigne une substance tout à fait différente de Y Aloès moderne; c’est le bois résineux de YAquilaria Agallocha Roxb., drogue autrefois très-employée comme parfum, mais qui n’est plus usitée aujourd’hui qu’en Orient.
Diverses espèces d 'Agave, notamment VA. americana L., sont désignées vulgairement sous le nom d 'Aloès. Toutes ces plantes sont originaires du Mexique, tandis que le véritable Aloès est originaire de l’ancien monde. Au point de vue botanique, le genre Agave diffère du genre /1/oe par son ovaire infère, taudis que celui des Aloc est supère.
arides et chaudes de l’Afrique méridionale et orientale, d’où un petit nombre d’espèces ont été introduites dans le nord de l’Afrique, en Espagne, et dans les Indes orientales et occidentales (a).
Les Aloès sont des plantes succulentes, à port de Liliacées, avec des feuilles persistantes, charnues, ordinairement épineuses - sur les bords, et des fleurs jaunes ou rouges, disposées en épis. Un grand nombre * d’espèces sont dépourvues de tige aérienne ; d’autres produisent des tiges de quelques pieds de haut, ligneuses et ramifiées. Dans les districts éloignés du pays de Namaquaet de Damara, dans le sud-ouest de l’Afrique, au nord de la rivière Kei et dans le nord du Natal, on a découvert des Aloès hauts de 9 mètres, avec des tiges ayant jusqu’à 9 mètres 1/2 de circonférence (1). Les espèces suivantes peuvent être indiquées avec plus ou moins de certitude comme produisant la drogue :
1° Aloe socotrina Lamarck (A. vera Miller). — 11 est originaire des rivages méridionaux de la mer Rouge et de l’océan Indien, de Socotra et de Zanzibar (?). Il produit Y Aloès socotrin et l' Aloès de Moka. L 'Aloe officinalis Forsk., et l’A. rubescens DG., sont considérés comme des variétés de cette espèce. L’A. abyssinica Lamarck contribue probablement à fournir l’Aloès qui est expédié de la mer Rouge.
2° Aloe vulgaris Lamarck (A. per foliota, var. tu, vera L. ; A. barbadensis Miller). Cette plante appartient à l’Inde et à l’Afrique orientale et septentrionale ; on la trouve aussi sur les côtes du sud de l’Espagne, de la Sicile, de la Grèce et des Canaries ; elle existe dans les Indes occidentales, soit qu’elle y ait été introduite, soit, comme nous le supposons, qu'elle y soit indigène. L’A. vulgaris fournit V Aloès de Barbados et Y Aloès de Curaçao. L’A. indica Royle (2), plante indigène des provinces situées dans le nord-ouest de l’Inde, commune dans les jardins indiens, paraît être une simple variété de l’A. vulgaris Lamarck. L’A . littoralis Konig passe pour croître en abondance au cap Comorin ; il nous est inconnu. Le docteur Bidie pense qu’il constitue une simple forme de l’espèce précédente, atténuée par un sol pauvre et salin, et par l’exposition aux vents de mer. L’A. indica et VA . littoralis sont l’un et l’autre cités dans la Pharmacopée de l’Inde.
2° Aloe feroxL. — Celte espèce, et les hybrides obtenus en la croisant avec l’A. africana Mill. et les A. spica Tiicnb., A. perfoliata L. [quoad
(1) Dyur, in Gardencrs’ Chronicle, 2 mai 1874, avec figures.
(2) Le docteur Bidie, de Madras, a eu la bonté de nous envoyer un échantillon vivant de cette plante.
Roxb.), et A. linguæformis , sont considérés comme fournissant le meilleur Alo'es du Cap.
4° A. africana Miller. — Cette espèce et ses variétés, ainsi que l’A. plicatüis Miller fournissent un extrait qui, d’après Pappe (1), est considéré comme moins énergique.
5° A. arborescens Mill.; A. Commelini Willd.; A .purpurescem Haw. — Ces espèces sont considérées comme fournissant une partie de VAloès du Cap du commerce (2).
Historique. — L’Aloès était connu des Grecs, comme produit de l’île de Socotra, dès le quatrième siècle avant notre ère, si du moins nous pouvons ajouter foi au récit suivant , fait par le géographe arabe Edrisi (3) : Après qu’Alexandre eut conquis le royaume de Perse, que sa flotte se fut emparée des îles de l’Inde, et qu’il eut tué Porus, roi des Indes, son maître Aristote lui recommanda de chercher l’île qui produisait l’Aloès. Lorsqu’il eut achevé les conquêtes de l’Inde, il revint, en conséquence, par la voie de la mer des Indes, dans la mer d'Oman , s’empara des îles de cette mer, et arriva enfin à Socotra, dont il admira la fertilité et le climat. D’après l’avis d’Aristote, il se détermina à en éloigner les habitants primitifs et à la peupler de Grecs, enjoignant à ces derniers de conserver avec soin la plante qui fournit l’Aloès, à cause de son utilité, et parce que sans elle on ne pouvait composer certains médicaments souverains. Il pensait que le commerce et l’usage de cette drogue devaient constituer un avantage pour tous les peuples. Il enleva la population indigène de l’île de Socotra, et mit à sa place une colonie d’ioniens qui restèrent sous sa protection et celle de ses successeurs, et acquirent de grandes richesses jusqu a l’époque où la religion du Messie se répandit jusque dans leur île. Ils se firent alors chrétiens, et leurs descendants ont conservé cette religion jusqu à nos jours (vers 1154).
Ce curieux récit, qui, d’après Yule (4), doit être considéré sans aucun doute comme une fable, mais qui a été inventé pour rendre compte des faits, est mentionné par les voyageurs mahométans du
il) Floræ Capensis Medicæ Prodromus , éd. 2, 1857, 41.
(2) Pour donner celte liste des espèces médicales du genre Aloe, nous avons fait de nombreux emprunts aux récentes observations de M. Bâillon sur ce sujet, consignées dans le Dictionnaire des sciences médicales, III, et dans le Journal de pharmacie, 1867, V 40G Nous avons aussi consulté avec profit W. Wilson Saunders, Esq., F. R. S., dont l’opinion est prépondérante par suite des connaissances qu’il possède sur la culture
de ces plantes. .
l3) Géographie d’Edrisi , traduite par P. A. Jaubert, Paris, 183G, I, 47.
(4) Marco Polo, II, 343.
HISTOIllE DES DROGUES D’ORIGINE VÉGÉTALE. 503
neuvième siècle (1). Au dixième siècle, Masudi (2) dit que i’Aloès est produit uniquement, à son époque, par 1 de Socotra, ou sa préparation a été améliorée par les Grecs envoyés dans 1 île par Alexandre. .
L’Aloès n’est pas mentionné par Théophraste ; mais il paraît avoir ôté bien connu de Celse, de Dioscoride, de Pline, de l’auteur du Periplus de la mer Erythrée, et des médecins grecs et arabes. D'après les indications qu’on trouve dans les traités de médecine vétérinaire anglosaxons, et ce fait qu’il figure parmi les drogues recommandées à Alfred le Grand par le Patriarche de Jérusalem, nous pouvons admettre que son usage n’était pas inconnu en Angleterre dès le dixième siècle (3).
A cette époque, et longtemps plus tard, la drogue était introduite en Europe par la voie de la mer Rouge et d’Alexandrie. Après la découverte du cap de Bonne-Espérance, l’ancienne voie suivie par ce commerce ne fut sans doute plus employée.
Thomé Pyres, apothicaire à Gochin, dans une lettre sur les drogues orientales (4) adressée à Manuel, roi de Portugal, en 1516, l’apporte que l’Aloès croît dans l’île de Çacotora, à Aden, à Cambaya, à Valencia d’Aragon, et dans d’autres pays; que la sorte la plus estimée est celle de Çacotora, et après elle celle d’Espagne, tandis que la drogue d’Aden et celle de Cambaya sont de si mauvaise qualité, qu’on ne leur attribue aucune valeur.
Pendant la première moitié du dix-septième siècle, l’Aloès était expédié directement de Socotra en Angleterre. Dans les Mémoires de la Compagnie des Indes orientales, il est plusieurs fois fait mention de la drogue achetée au « roi de Socotra». Fréquemment, il est indiqué que le stock entier d’Aloès du roi a été acheté (5). Wellstead, qui visita Socotra en 1833 (6), dit qu’ autrefois l’Aloès y était cultivé en beaucoup plus grande quantité qu’aujourd’hui, et qu'on peut voir encore les vallées dans lesquelles se trouvaient les plantations. Il ajoute que le produit constituait un monopole entre les mains du sultan de l’île. Aujourd’hui, la petite quantité d’Aloès qui est expoi’tée de Socotra est transportée par les bâtiments arabes côtiers qui vont chaque année
(1) Anciennes relations des Indes et de la Chine de deux voyageurs mahométans, qui y allèrent dans le neuvième siècle , trad. de l’arabe, Paris, 1718, 113.
(2) III, 30, voyez t. II, page 256, note 3.
(3) Voyez t. II, page 107, note 1.
(4) Joum. de Soc. Pliurm. Lusit., 1838, 2, 30.
(5) Calendar of State Papers, Colonial Sériés, Easi Indies, China and Japan, 1513- 1010, Lond. 1802.
(0) Joum. ofthe Roy. Geograph. Soc., 1835, V, 129-229.
du golfe Persique il Z'anzibar. Dans cê dernier port, on transborde l’Aloès à destination de l’Inde et d’autres ports. Le docteur Kirk, qui a résidé» à Zanzibar de 1866. à 1873, nous informe que I Aloès de Socotra arrive dans un état de très-grande mollesse, emballé dans des peaux de chèvre. On le transvase dans des caisses en bois, dans lesquelles il se concrète, et qui servent à l’expédier en Europe ou en Amérique. Pour nettoyer les peaux, on les lave et on fait évaporer l’eau de lavage qui renferme de l’Aloès.
Ligon(I), qui visita l’île de Barbados en 1047-50, c’est-à-dire une vingtaine d’années après l’arrivée des premiers colons, parle do l’Aloès comme d’une plante indigène, et mentionne aussi les plantes utiles qui avaient ôté introduites. A cette époque, les colons savaient préparer le suc d’Aloès pour les usages médicinaux, mais ils n’avaient pas encore commencé à l’exporter. L’Aloès de Barbados figurait dans les drogueries de Londres en 1693 (2).
La fabrication de l’Aloès dans la colonie du Gap, dans le sud de l’Afrique, fut observée par Thunberg, en 1773, dans la fabrique d’un colon nommé Peter de Wctt, qui le premier prépara la drogue dans ce pays (3). L’Aloès du Gap est énuméré, en 1780, parmi les marchandises d’un droguiste de Londres ; son prix était fixé à 10 livres sterling le quintal.
Une sorte nouvelle et distincte d’Aloès, fabriquée dans la colonie de Natal, s’est montrée sur le marché de Londres en 1870. Nous la décrirons plus loin.
Structure de la feuille, — Les feuilles fortes et charnues de 1 Aloès possèdent une cuticule résistante et un épiderme à parois épaisses. Le tissu intérieur est formé d’un parenchyme très-lâche, mou, à grandes cellules incolores, représentant dix fois au moins l’épaisseur du parenchyme coloré par la chlorophylle qui le sépare de l’épiderme. La couche corticale interne contient, au niveau de son point de contact a\ce le parenchyme pulpeux, un grand nombre de faisceaux fibrovasculaires qui, sur une section transversale, paraissent disposés à égale distance les uns des autres autour de la pulpe centrale. La portion interne de chaque faisceau est formée d’un tissu à éléments délicats, allongés, et de plusieurs couches de cellules à parois minces, limitées par une couche remarquable de cellules plus petites, prismatiques, tronquées. Ges cel-
(1) History of Barbadoes , Lond. 1673, 98.
(2) Dale, Pliarmacologia, 1693, 361.
(3) Thunberg, Travels in Europe, Asia and Africa, II, -cJ, ;»0.
Iules sont simplement disposées l’une au-dessus do l’autre et côte à côte, et n’ont, par suite, aucune ressemblance avec le système des vaisseaux qu’on trouve dans les plantes à laLicifères. Ces cellules, examinées pendant l’été dans la feuille de Y Aloe socotrina , se montrent remplies d’une substance visqueuse, transparente, jaune, qui cristallise lorsqu’on abandonne dans la glycérine, pendant quelques jours, une coupe mince de la feuille. Trécul (I) a également trouvé ces cellules particulières, remplies d’un suc amer, dans la feuille d’un Aloe mitræf orrais cultivé à Paris. Il a observé que leurs parois transversales disparaissent quelquefois, et qu’il peut se former ainsi des conduits considérables, remplis du suc préalablement sécrété par les cellules. Dans les régions chaudes, ce phénomène se produit sans doute fréquemment, ce qui explique qu’on puisse obtenir sans pression une quantité considérable de suc. Le reste du tissu cortical est rempli de granules de chlorophylle, et offre, entre les cellules, des groupes d’aiguilles d’oxalate de calcium. On trouve aussi des cristaux de même nature, en petite quantité, dans le parenchyme pulpeux. Ce dernier est rempli d’un mucilage insipide, visqueux, incolore, qui, après dilution dans l’eau, est précipité par l’acétate neutre de plomb, mais n’est pas coagulé par l’ébullition, même après addition d’acide nitrique (2). Il réduit en partie, sous l’influence de la chaleur, la solution alcaline detartrate cuprique. 11 ne se colore pas quand on le laisse exposé à l’air. Les groupes de cellules qui entourent les vaisseaux contiennent, en grande quantité dans les Aloe socotrina et spicala, en moindre abondance dans les A. vulyaris et arborescens, un suc incolore qui, lorsqu’on l’expose à l’air, prend, surtout sous l’influence de la chaleur, une coloration violette foncée. On voit bien que ces groupes de cellules sont le siège de cette substance chromogène quand on expose aux vapeurs de l’ammoniaque une coupe mince d’une feuille d 'Aloe socotrina.
La proportion de principes amers contenus dans la feuille varie sans doute avec l’âge de cette dernière et avec la saison de l’année. Haaxman signale que dans l’Aloès de Curaçao la proportion maximum de ces principes se montre au moment où les feuilles passent de la couleur verte à la coloration brune.
Culture et Fabrication. — Barbados (3), où V Aloe vulgaris est eu 1-
(1) Ann. SC. nat., Dot., 1872, 85.
(2) Ce tissu pulpeux central est tout à fait insipide; on l’emploie actuellement comme aliment dans quelques parties de l’Inde, pendant les années de disette (Stewart, Punjab Plants, 1869, 232).
(3) Pour les détails que nous donnons sur l’Aloés do Barbados, nous devons des
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tivô d’uno façon systématique pour la production de la drogue, les plantes sont disposées, à 15 centimètres l’une de l’autre, dans des sillons espacés de 30 à 48 centimètres, le sol ayant été soigneusement préparé et fumé. Pour les préserver des graminées et autres mauvaises herbes, on cultive souvent entre les pieds d’Aloès des légumes ou des pois. Les plantes restent toujours petites et dépourvues de toute tige aérienne ; presque toutes produisent au bout d’un an de belles fleurs d’un jaune brillant. Les feuilles ont de 30 à 40 centimètres de long ; on les coupe chaque année, mais cela n’entraîne pas la perte de la plante qui, avec une bonne culture, vit pendant plusieurs années. La coupe des feuilles se fait en mars ou en avril et pendant la chaleur de la journée. On coupe les feuilles près du pied de la plante et on les place très-rapidement, avec la surface de section en bas, dans une auge en bois, en forme de Y, longue de lm,20 environ et profonde dé 30 à 43 centimètres. Cette auge est disposée sur un plan incliné, de façon que le suc qui s’écoule immédiatement des feuilles glisse le long de ses bords et s’échappe par un orifice pratiqué à son extrémité inférieure pour tomber dans un vase placé au-dessous. On n’exerce sur les feuilles aucune espèce de pression. 11 faut à peu près un quart d’heure pour couper la quantité de feuilles nécessaires pour remplir une auge; celle-ci est disposée de façon à être facilement accessible aux ouvriers. Le nombre des auges est ordinairement de cinq ; lorsque la cinquième est remplie, les coupeurs reviennent à la première, dont ils enlèvent les feuilles qu’ils considèrent comme épuisées. On ne fait ni infuser ni bouillir les feuilles, et on n’en fait plus tard aucun usage, si ce n’est comme engrais.
Lorsque les vases qui reçoivent le suc sont pleins, on les verse dans une cuve, où l’on conserve le suc pour le faire évaporer. Cette dernière opération peut se faire en une seule fois, ou être prolongée pendant des semaines ou même des mois, le suc passant pour ne subir aucune fermentation ni aucune perte. L’évaporation se fait d’ordinaire dans un vase en cuivre, dans le fond duquel est une large cuillère qui leçoit les impuretés, et sert à les rejeter de temps à autre pendant l’ébullition. Dès que l’épaississement du liquide a atteint le point voulu, déterminé à simple vue par l’ouvrier qui a l’expérience de l’opération, on verse le suc épaissi dans de larges gourdes ou dans des caisses, et on le laisse
durcir.
remercîments à Sir R. Bowcher Clarke, Chicf Justice de Barbados, et au major général Munro, qui commande actuellement (1874) les troupes de cette île.
La drogue n’est pas toujours facile à vendre dans l’île même, mais elle est achetée par des spéculateurs qui la conservent jusqu a ce qu’on en fasse la demande en Angleterre. Les cultivateurs sont de petits propriétaires, peu capables parleurs connaissances et leur fortune de faire des expériences pour améliorer la fabrication de la drogue. On dit cependant qu’on prépare pour des besoins particuliers une petite quantité d’Aloès de qualité très-supérieure. On expose pour cela le suc au soleil dans des vases plats, et on le laisse évaporer jusqu’à siccilé complète; mais la préparation de cette drogue est considérée comme demandant trop de temps et de soins pour être de quelque profit (1). La préparation de l’Aloès dans l’île hollandaise de Curaçao, des Indes occidentales, est effectuée par le même procédé (“2).
Dans la colonie du Cap, la préparation de l’Aloès a été décrite de la façon suivante, dans une lettre (3) adressée à l’un de nous par M. Peter Mac Owan, du Gill College, Somerset East : L’ouvrier creuse dans le sol, qui est très-sec, une cavité peu profonde, hémisphérique, dans laquelle il étend une peau de chèvre ; il étale alors sur les bords de cette dernière une rangée de feuilles disposées en rayonnant, avec la surface de section tournée en dedans ; au-dessus de cette première couche de feuilles, il en dispose une seconde, puis une troisième, en ayant soin de faire dépasser suffisamment les extrémités sectionnées de chaque rangée pour que le suc s’écoule dans le centre de la cavité. Lorsque ces préparatifs sont faits, l’ouvrier va recueillir du miel sauvage, ou plutôt se livre au sommeil. Lorsque la peau de chèvre est à peu près pleine, quatre ouvriers la prennent par ses quatre angles, l’enlèvent de la cavité creusée dans le sol, et versent son contenu dans une chaudière en fer où l’on fait bouillir le liquide en conduisant l’opération avec la plus grande incurie; on ajoute du suc frais à celui qui a déjà acquis à peu près la consistance voulue ; on ralentit le feu ou on l’active sans aucun motif, et souvent même on interrompt l’ébullition pendant plusieurs heures, suivant les dispositions des ouvriers. En réalité, l’opération est tout à fait primitive et conduite sans intelligence. Elle est faite surtout par les Bastaards et les Hottentots et non par les Gafres. ('Le seul Aloès que j’ai vu employer, dit M. Mac Owan, est celui qui possède une grande inflorescence di- ou tri-chotome, l’A. ferox, je crois. » Back-
(1) Un très-bel Aloès de Bnrbados, qui s’est montré sur le marché de Londres, en 1842, était présenté comme ayant été préparé dans le vide.
(2) Oudemans, Handleiding tôt de Pharmacognosie, 1805, 316.
(3) Sous la date du 16 mai 1871, cl adressée à moi-même. [D. H.]
LILIACÉRS.
nos
house (1) cite aussi l 'Aloe ferox comme une espèce qu’il a vu employer près de Port-Elizabeth, on 1838.
Nous apprenons par un autre correspondant que, dans la colonie du Cap, la fabrication de l’Aloès ne constitue pas un travail spécial, mats qu’on s’y livre seulement lorsqu’on ne trouve pas à faire de travail plus profitable. La drogue est vendue par les fermiers aux marchands des villes de la côte, dont quelques-uns ont fait des efforts dans ces derniers temps pour obtenir une marchandise meilleure, et ont fait venir des plantes vivantes de Barbados.
Nous ne possédons aucun renseignement sur le procédé employé dans la fabrication de l’ Alocs socotrin et nous ignorons même d’une façon précise dans quelles localités on le prépare.
Description générale. — Les différences qui existent entre les nombreuses sortes d’Aloès du commerce sont dues à des causes diverses, notamment à l’espèce d 'Aloe employée, et à la méthode d’extraction du suc. L’aspect de la drogue varie beaucoup. Elle est parfois parfaitement transparente et amorphe, avec une cassure conchoïdale et luisante; d’autres fois, opaque et foncée, avec une cassure terne et cireuse, ou opaque et pâle; parfois très-cristalline et colorée en brun orange clair. Elle peut offrir tous les degrés de consistance, depuis celle d’une pâte jusqu’à celle d’une substance sèche et cassante ; elle peut même être entièrement fluide et sirupeuse.
Ces divers états sont facilement expliqués par l’examen d’un Aloès très-fluide qui est importé depuis quelques années de Bombay. Si l’on abandonne au repos une certaine quantité de cet Aloès, il se divise peu à peu en deux parties: une supérieure, transparente, noire, liquide; une inférieure, sédimenteuse, cristalline, colorée enbrun orangé. Si l on abandonne la masse entière à l’évaporation spontanée, on retrouve dans le résidu les deux sortes d’Aloès superposées; celui delà partie supérieure est foncé, transparent et amorphe, tandis que l’autre est plus opaque et très-cristallin. Quand on mélange les deux couches de la drogue on obtient une forme intermédiaire.
V Aloès hépatique des anciens écrivains (2) était sans doute la forme opaque de l’Aloès socotrin; mais cette dénomination a ensuite été appli-
(1) Visit to Mauritius and South Africa, 184L 157, 121.
(2) Notamment Macer Floridus, qui, au dixième siècle, écrit .
« Sunt Aloes spceies geminæ, quaj. subrubet est que Intus sicuthepar cum frangitur, hæc cpatite Dicitur et magnas liabet in medicaminc vires,
Utilior picco quæ fracta colore videtur. »
quée à toute espèce d’Aloès ayant la coloration du foie, et elle ne paraît pas devoir être conservée. Une grande partie de l’Aloès opaque dit Aloès hépatique , ne doit pas cependant son opacité il des cristaux, mais à une matière féculente dont la nature est encore douteuse. Les marchands attachent une grande importance à l’odeur de l’Aloès et s’en servent pour distinguer les diverses variétés, mais ce caractère 11e peut être apprécié que par les hommes expérimentés, et on ne peut pas le décrire (1).
Variétés. — Les principales variétés d’ Aloès qu’on trouve dans le commerce anglais sont les suivantes :
•1° Aloès socotrin. — On le nomme aussi Aloès de Bombay , des Indes orientales ou de Zanzibar , et, lorsqu’il est opaque et offre la coloration du foie : Aloès hépatique. On l’importe dans des barils et des caisses doublées d’étain, de Bombay, où il est apporté ; il nous vient par les bâtiments arabes, des côtes d’Afrique, des ports de la mer Rouge et de Socotra, par la voie de Zanzibar. Lorsqu’il est de bonne qualité, il est coloré en brun rougeâtre foncé, et possède une odeur particulière, agréable, comparable à celle de la myrrhe et du safran. En fragments minces, il paraît d’un brun orange ; sa poudre est colorée en brun rougeâtre fauve. Lorsqu’on l’humecte avec de l’alcool, et qu’on l’examine en couches minces sous le microscope, il présente, s’il est de bonne qualité, une grande quantité de cristaux. Il est ordinairement importé à l’état mou, du moins dans l’intérieur delà masse, mais il se dessèche rapidement, et ne tarde pas à durcir (2). Il est parfois importé à l’état tout à fait fluide ( Aloès socotrin liquide , suc d’Aloès)', assez fréquemment, il est un peu acide et plus ou moins détérioré.
Une certaine quantité de bel Aloès provenant de Zanzibar, qui fut mis en vente en 1867, était renfermée dans une peau, et composée de deux couches, l’une amorphe, l’autre granuleuse, translucide, claire; cette dernière examinée à l’aide d’une loupe, se montra formée d’une masse de cristaux.
On a apporté de l’intérieur à Aden une sorte très-mauvaise, noire,
(1) Ainsi, l’Aloès pâle, à coloration hépatique, de Natal, est invariablement associé avec l' Aloès transparent du Cap, simplement parce que les deux drogues possèdent la meme odeur. On reconnaît aussi l’Aloès de Curaçao à son odeur, qu’un droguiste expérimenté déclare être tout h fait différente de celle de l’Aloès produit par Barbados.
(2) La moyenne do la perte subie pendant la dessiccation, par 560 livres, a été, dans diverses circonstances, de 14 environ pour 100. (Stàtistiques'de laboratoire, communiquées par MM. Allen et Ilanbury, de Londres.)
fétide, d’Alocs, qui paraît être l’/l lobs de Moka de quelques écrivains.
La quantité d’Aloès importée à Bombay, en 1871-72, a été de 8U2 quintaux, sur lesquels 736 quintaux étaient expédiés des ports de la mer Rouge et d’Aden (1).
2° Aloès de Barbados. — D’après des échantillons caractéristiques, cet Aloès est une substance sèche et dure, colorée en brun chocolat foncé, avec une cassure nette, cireuse. En petits fragments, il est translucide et coloré en brun orange. Lorsqu’on le broie, il exhale une odeur analogue à celle de l’Aloès socotrin, mais cependant facile à distinguer. Les gourdes dans lesquelles il a été versé par un trou carré qu’on ferme ensuite avec un morceau de calicot, contiennent de 10 à 40 livres ou davantage. Pendant ces dernières années, on a importé un Aloès de Barbados à cassure lisse et luisante. Il est connu des droguistes de Londres sous le nom de Capey- Barbados. Au bout d’un certain temps, il prend les caractères de la sorte habituelle, et sa cassure devient mate. Les exportations d’Aloès faites par Barbados, en 1871 , se sont élevées, d’après le Livre Bleu de la colonie, à 1046 quintaux, sur lesquels 954 quintaux furent expédiés vers le Royaume-Uni.
3° Alo'es de Curaçao.— U est fabriqué dans les îles de Curaçao, Bonaire et Aruba, qui font partie des Indes orientales hollandaises. 11 est importé en Angleterre par la voie de la Hollande, emballé dans des caisses qui en contiennent chacune de 1 5 à 28 litres. Il ressemble par son aspect à l’Aloès de Barbados, mais possède une odeur caractéristique.
4° Aloès du Cap. — Les caractères distinctifs de cette sorte d’Aloès sont sa cassure conchoïdale brillante et son odeur spéciale. De petits fragments vus dans la lumière transmise paraissent très-transparents et d’une coloration ambrée ; la poudre est colorée en jaune fauve pâle. Humecté d’alcool, et examiné sous le microscope en couche mince, il ne présente pas de cristaux, même au bout de quelques jours.
L’Aloès du Cap possède Codeur des autres sortes d’Aloès, mélangée d’une certaine odeur de souris qui le fait reconnaître aisément. On en distingue plusieurs qualités, caractérisées surtout par le plus ou moins d’éclat de la cassure et par la coloration de la poudre.
D’après le Livre bleu delà colonie du cap de Bonne-Espérance, publié à Cape-Town, en 1873, la quantité d’Aloès exportée en 1872 fut de 484532 livres; sa valeur moyenne sur le marché fut pendant la même année de 3 deniers trois quarts; le prix le plus bas, 1 denier et demi,
( i) Statemcnt of the Trade and Navigation of tlie Presidency of Bombay for 1871-72, P. II, 19.
fut celui de Riversdal et de Mossel-Bay, et le plus élevé, I l deniers, fut atteint à Swcllendam. La drogue est embarquée à Gape-Town, à Mossel-Bay et à Algoa-Bay.
5° Alo'es de Natal. — On importe aussi de l’Aloès de Natal, et depuis 1870, en quantité considérable (I). La majeure partie de cet Aloès offre la coloration hépatique, et diffère complètement de l’Aloès ordinaire du Cap en ce qu’il est d’un brun grisâtre et très-opaque. Il contient en outre un principe cristallin qui n’a été trouvé dans aucune autre sorte d’Aloès. La drogue est fabriquée dans les districts supérieurs de Natal, entre Pietermaritzburg et les montagnes de Quathlamba, surtout dans les districts d’Umvoti et de Mooi River, à une altitude de 600 à 1200 mètres au-dessus du niveau de la mer. La plante employée est une grande espèce d’Aloès qui n’a pas encore été déterminée (2). La drogue est préparée par des colons anglais et hollandais qui emploient des ouvriers cafres. Le procédé n’est pas très-différent de celui qu’on suit pour préparer l’Aloès du Gap, mais il est mis en pratique avec plus d’intelligence. On coupe les feuilles obliquement en tranches, et on laisse exsuder leur suc pendant la plus forte chaleur et en plein soleil. On fait ensuite bouillir le suc dans des chaudières en fer ; on l’empêche de brûler en le remuant à mesure qu’il s’épaissit. Tandis que la drogue est encore chaude on la verse dans des caisses en bois qui servent à 1 expédier en Europe (3). Les chiffres d’exportation de la colonie sont les suivants (4) : en 1868, 0; en 1869, 38 quintaux; en 1870, 646 quintaux; en 1871, 372 quintaux; en 1872, SOI quintaux.
Composition chimique. — Toutes les sortes d’Aloès possèdent une odeur analogue, et une saveur amère, désagréable. L’odeur est souvent assez agréable, surtout dans l’Aloès socotrin. Elle est due à une huile volatile qui n’existe qu en très-faible proportion dans la drogue. T* et H- Smith, d Edinburgh, nous informent qu’en soumettant à la distillation avec de 1 eau 181 kilogrammes d’Aloès, ils ont obtenu environ 28 grammes de cette essence. D’après les communications que nous a/sons reçues de ces chimistes, cette essence est un liquide mobile, coloré en jaune pâle, ayant pour poids spécifique 0,863, et bouillant entre 266 et 271° G.
(1) On doit le rejeter de l’usage médicinal. [F. A. F.]
(2) Nous en possédons un petit pied venu de graines envoyées par un fabricant de a drogue a un marchand de Natal, il Londres, qui m’en a fait présent. [D. I-I ]
3) Nous devons remercier J. W. Akerman, Esq., de Pietermaritzburg, pour les informations que nous donnons au sujet de cette drogue.
(i) B lue Books for t/ie Colony of Natal for 18G8, 18G9, 1870, 1871, 1872.
LIL1ACÉES.
L’Aloès pur sc dissout facilement dans l’alcool, à l’exception de quelques flocons. 11 ept insoluble dans le chloroforme et le bisullure de carbone, ainsi que dans l’éther de pétrole, c’est-à-dire la portion la plus volatile du pétrole américain. D’après les recherches do 1 un de nous (F.), le poids spécifique de beaux fragments d’Aloès desséchés à 100° C., et pesés dans l’éther de pétrole a 16° C. est de 1,334. LAloès est donc beaucoup plus pesant que la plupart des résines, dont le poids spécifique dépasse rarement 1,00 ou 1,10. L’Aloès se dissout complètement dans l’eau, mais seulement à chaud. En se refroidissant, la solution aqueuse, qu’elle soit concentrée ou diluée, devient trouble, par suite de la séparation de gouttes résineuses qui se réunissent en un masse brune, désignée sous le nom très-impropre de Résine d’Aloès (1). La solution, devenue limpide après la séparation de cette substance, possède une réaction acide faible. Elle est colorée en brun foncé par les alcalis, en noir par le chlorure ferrique, et donne un précipité gris verdâtre quand onia traite par l’acétate neutre de plomb. L eau dissout enviiou la moitié de son poids d’Aloès, en formant un liquide acide qui présente des réactions semblables aux précédentes. La solution d’Aloès dans la potasse ou l’ammoniaque est précipitée par les acides, mais non par l’eau.
Les principes constituants les plus intéressants de lAloès sont la substance qui a reçu le nom d ’Aloine. Ce nom fut d’abord donné à une aloïne qui paraissant ne se trouver que dans i’Aloès de Barbados est aujourd’hui nommée Barbaloine , afin de la distinguer des substances analogues qui existent dans l’Aloès de Natal et dans 1 Aloès socotrin.
La barbaloïne fut découverte par T. et H. Smith, dEdinburgh, en 1851 (2); elle fut décrite peu de temps après par Stenhouse (3). On peut la retirer, d’après Tilden (4), des bonnes qualités de la drogue, sous la forme d’une substance cristalline, dans la proportion de 20 à 23 pour 100 ; mais dans les qualités inférieures elle paraît exister en partie à l’état amorphe ou plus ou moins altérée chimiquement. La barbaloïne est une substance neutre, cristallisant en toutles de petits
(O l 'analyse de cinq expériences portant sur 179 livres d’extrait aqueux d’Aloès préparé suivant les indications de la Pharmacopée, et contenant U pour 0°deaunous a donné une moyenne de résine d’Aloès de 62.7 pour 100. L’Aloès de Barbados a
donné une moyenne de SO pour 100. .6<J CL,S
(2) De très-beaux échantillons de cette substance nous ont etc présentés par cts chimistes.
(3) Phil. Marj., 1831, XXXVII, 4SI .
(4) Pharm. Journ., 20 avril 1872, 845; b nov. 1870, 3/5.
prismes jaunes, qui paraissent doublement réfringents dans la lumière polarisée. Ces cristaux représentent l’aloïne hydratée, et perdent un équivalent d’eau (2,69 pour 100) par la dessiccation dans le vide ou par l’action prolongée de la chaleur dans une étuve. La barbaloïne, G34H36Ou -f- TPO, est peu soluble à froid dans l’eau et l’alcool, mais elle se dissout bien dans l’un et l’autre de ces liquides quand on chauffe légèrement ; elle est insoluble dans l’éther. Ses solutions s’altèrent rapidement si on les rend un peu alcalines, mais si elles sont neutres ou légèrement acides, elles ne sont pas très-promptes à se décomposer. La barbaloïne oxydée par l’acide nitrique donne, ainsi que Tilden l’a montré, un tiers environ de son poids d 'acide C hrysammique , et des acides Alaétique , Oxalique et Picrique. Elle se combine facilement avec le brome pour former une substance neutre, qui cristallise en aiguilles jaunes, et qui a reçu le nom de Bromaloine, C3tH30BrGOu. On a obtenu un dérivé chloré analogue, la Chloraloïne, qui cristallise en prismes, et a pour formule C1 * 3 *’*H30C1U + G H20 (1).
En examinant, en 187-1, l’Aloès de Natal, nous avons trouvé qu’il contient un corps cristallin, beaucoup plus soluble que l’aloïnc ordinaire de l’Aloès de Barbados. Un examen plus complet nous a montré qu’il diffère complètement de cette aloïne, et nous lui avons donné le nom de Nalaloine. La nataloïne existe naturellement dans l’Aloès de Natal, dont on peut facilement la séparer à l’état brut, en triturant la drogue avec un poids égal d’alcool tà une température qui ne doit pas dépasser 48° G. L’alcool dissout la partie amorphe, dont on peut séparer des cristaux en filtrant et lavant avec une petite quantité d’alcool froid. On peut obtenir ainsi de 16 à 25 pour 100 de nataloïne brute en cristaux jaunes. Purifiée par cristallisation dans l’alcool méthylique ou l’alcool chauds, elle forme des écailles rectangulaires minces, cassantes, qui ont souvent un ou plusieurs de leurs angles tronqués. La formule assignée à la nataloïne par Tilden (2), indiquée par la composition d’un dérivé acélyl qu’il a pu obtenir, est C2sIP6Ou.
A 15°5 G., une partie de nataloïne est dissoute par 60 parties d’alcool éthylique, par 35 parties d’alcool inéthylique (3), par 50 d’éther acétique, par 1 236 d’éther et par 230 d’alcool absolu. Elle est un peu plus soluble dans l’alcool chaud que dans l’alcool froid, de sorte que pour obtenir des cristaux il est préférable d’abandonner la solution à l’éva-
(1) Tii.den, in Jùurn. ofChem. Soc., 1872, X, 204.
(2j Chemical News, 17 mai 1872, 229 ; P/iarm. Journ., 23 mai 1872, 931.
(3) Les plus beaux cristaux sont donnés par ce dissolvant.
H1ST. DES DUOGUES, T. II. ü j
L1LIÀCÉES.
poralion spontanée. L'eau, soit chaude, soit froide, ne la dissout que fort peu. La nataloïne n’abandonne pas d eau lorsqu on 1 expose audessus de l’acide sulfurique, ni lorsqu’on la chauffe à 1G0°C. Sous l’action de l’acide nitrique, elle donne des acides oxalique et picrique, mais pas d’acide chrysammique. Elle ne peut pas se combiner avec le chlore et le brome et nous n’avons pu préparer avec elle aucun corps
analogue à la bromaloïne.
Un Aloès socotrin liquide, importé à Londres vers 1852, fut signalé par Pereira comme riche en petits cristaux qu’il nomma Aloïne de ï Aloès socotrin, et qu’il regarda comme probablement identique avec l’aloïne de l’ Aloès de Barbados. Groves, en 1856, la retira de l’Aloès socotrin du commerce, qui se montre facilement très-cristallin lorsqu'il est coloré en orange brunâtre, qu’il est opaque et mou, comme il l’est souvent quand il arrive en Europe. Une certaine quantité de bel Aloès provenant de Zanzibar, à coloration très-pâle, que nous avons en notre possession, est en réalité une masse parfaitement ciistalline.
Histed, qui, à la 'requête de l’un de nous, a entrepris l’examen de quelques échantillons d’ Aloès, est le premier qui ait affirmé que la substance cristalline contenue dans l’Aloès socotrin ou de Zanzibar est un corps particulier, différent de la nataloïne et de la barbaloïne. Cette observation fut entièrement confirmée par nos propres recherches (l), faites en majeure partie sur l’Aloès de Zanzibar, et nous appellerons cette substance Socaloïne. Dans cette drogue, les cristaux sont piismatiques et ont une taille considérable qu’on n’observe jamais dans l’Aloès de Natal. Ils ne sont pas aussi faciles à isoler que la nataloïne, parce qu’ils ne sont guère plus solubles que la matière amorphe qui les entoure. Histed, qui nous en a remis de beaux échantillons, recommande de traiter la drogue brute pulvérisée par un peu d alcool à 0,96, et de presser fortement la masse pâteuse entre plusieuis doubles de calicot; on dissout ensuite la masse cristalline jaune dans de l’alcool dilué chaud, et on recueille les cristaux qui se forment au repos pendant le refroidissement. La socaloïne se présente en touffes de prismes aciculaires qui, lorsqu’ils se sont formés dans une solution d alcool méthylique, peuvent atteindre 2 ou 3 millimètres de long. Elle est beaucoup plus soluble que la nataloïne. A la température ordinaire, une partie de socaloïne se dissout dans 30 parties d’alcool dilué, dans 9 parties d’éther acétique, dans 380 parties d’éther, dans 90 parties
(1) Flückiger, Crystalline bre 1871, 195.
Principles
in Aloes, in Phv'in. Journ., ï septem-
d’eau; elle est soluble en plus grande quantité dans l’alcool méthylique. La socaloïne est un hydrate; elle perd, lorsqu’on la dessèche audessus de l’acide sulfurique, 11 à 12 pour 100 d’eau, mais elle les reprend lentement dans l’air. Sa composition élémentaire répond, d’après les analyses de l’un de nous (F.), à la formule C34H380,s + 5IPO. Nous n avons pas pu réussir a obtenir avec la socaloïne de composé bromé bien défini.
Les trois espèces d’aloïne, Barbaloïne , Nataloïne et Socaloïne, sont faciles a reconnaître à l’aide de la réaction suivante, qui a été signalée par Histed . une goutte d acide nitrique deposee sur une soucoupe en porcelaine donne, avec quelques particules de barbaloïne ou de nataloïne, une coloration rouge cramoisi vif (I), mais ne produit que peu d’effet avec la socaloïne. Pour distinguer la barbaloïne de la nataloïne, on ajoute aune petite quantité de chacun de ces corps une goutte ou deux d’acide sulfurique, et on fait passer à la surface du mélange la vapeur qui se dégage d’une baguette de verre trempée dans l’acide nitrique ; la barbaloïne et la socaloïne ne changent pas, tandis que la nataloïne prend une belle coloration bleue (2).
Les dernières recherches faites sur l’aloïne sont celles d’E. von Sommaruga et d Egger, dans le laboratoire du professeur Rochleder, de Vienne, en 1874. Elles ont été dirigées particulièrement sur l’aloïne de l’Aloès socotrin. Le point de fusion de cette aloïne se trouve, d’après ces chimistes, entre 118 et 120° G., celui de la barbaloïne étant beaucoup plus élevé. En comparant les analyses de ces deux sortes d’aloïne qui ont été publiées, avec celles de la socaloïne faite par eux-mêmes, les
auteurs supposent que les trois sortes d’aloïne forment la série homologue suivante :
Barbaloïne Cl7H2<>07
Nataloïne C'°Hl807
Socaloïne Cl5H1607
La partie de l’Aloès insoluble dans l’eau froide ôtait autrefois désignée sous le nom de Résine d'Aloès et distinguée de la portion soluble qui portait le nom à! Amer d’Aloès ou Aloétine. D’après les recherches ai es pai Kosrnann, en 1863, la portion soluble traitée par l’acide SU urique fournirait des acides Aloërésique et A hérétique, tous les deux
avec if nltSTt mS™' ^ d° ,a barbaloïne> mais est permanente
talome, à moins qu on no lasse intervenir l’action de la chaleur
(-1 i peut quelqueiois obtenir ces réactions avec la drogue impure elle-même.
rilG LILIACÊES.
cristal lisablcs, et une substance indifférente, VAloërilme. Ces observa-
lions n’ont pas été confirmées depuis. . .
Tilden et Rammell (I) ont montré que la Résine d Aloes (p. SU) peut être divisée, à l’aide de l’ébullition prolongée dans l’eau en deux corps, qu’ils ont nommés Résine Ml e A et Résine insoluble B. On peut format avec le premier un composé bromé qui n’est pas cristallin, mais parait
cependant constituer un composé défini. #
D’après la manière de voir de ces chimistes, la résine d Aloès serai une sorte d’anhydride de barbaloïne, 4(C“H»W) - H«0 = Résine d Aloès A C“H,aO". La résine d’Aloès bouillie avec l'acide nitrique donne une forte proportion d’acide chrysammiqne, des acides picrique et oxalique, et de l’anhydride carbonique. La Résine insoluble B parait avoir la même composition que la Résine soluble A.
L’Aloès traité par divers réactifs donne un certain nombre de produits remarquables. Ainsi, d’après Rochleder et Czurapelick (ISOI), il donne quand on le fait bouillir dans une lessive sodiqne, des cristaux i, .colon» L 45 millimètres de long, qui paraissent être constitués pa. un s d ’ acide Paracumarique, de petites quantités d'huiles essentielles o rantes d’acides gras volatils, et une base volatile. Lorsqu on le fait bouillir avec de l’acide sulfurique, il donne de l’acide paracumarique faisant fondre soit eo dernier acide, soit l’Aloès lui-meme avec de là potasse caustique, Hlasiwetz (1865) a obtenu de Vacide Pam- ZlLque. WelsesK, a montré, en 1814-13, que ces deux derniers corps sont accompagnés d’un acide particulier qu’il a nomme am ,
A En Mant de l’ Aloès avec de la chaux vive, E. Robiquet a obtenu.
en 1846, VAloüol, huile jaunâtre,
en 1866, a montré être un mélange de / y eno ,
n vpn ri pg hvdrocarbones.
' L.,cide nitrique forme avec l’ Aloès de Barbades, et surtout, comn e Lucide mil | ^ ^ barMoIne , dc X acide Modique ,
«"» C/unjsa, «nique, C"H‘(AzO-)‘0', et enta de Vacide
P^riquel de Vacide Oxalique (3). Les deux premiers acides se d,»-
(1) Hiarm . Jouvn., 21 septembre 1872, 235.
(» Mm- Je»™., 20 avril 1818 SIS. (oornU point d’acide clirysammiquc.
rü* rca crislnllisablc, t’Alacwllèine, OIB-Ü., que la
loi ne no fournit pus. [F. A. F -1
tinguent parles magnifiques colorations de leurs sels, qui peuvent être utilisés dans la teinture.
Le chlore, en passant dans une solution d’Aloès, forme un grand nombre de produits variés de substitution, et enfin du Chloranil (quinine tétracldorée) G6CP02.
Quand on chauffe un peu fortement l’Aloôs, il se gonfle beaucoup, puis entre en ignition, en laissant un charbon brillant, peu combustible, presque entièrement dépourvu de principes inorganiques. L'Aloès ordinaire du Cap, par exemple, desséché à 100° C. ne laisse que 1 pour 100 de cendres.
Commerce. - Pendant l’année 1S70, il a ôté importé dans le Royaume- Uni, 6264 quintaux d’Aloès ; sur cette quantité, le sud de l’Afrique en a' expédié 481 1 quintaux, et 1 île de Barbados 970 quintaux. Le reste était probablement fourni par l’Afrique orientale.
La valeur commerciale des diverses sortes d’Aloès est très-différente. En ce moment (juin 1874), ['Aloès de Barbados est coté, dans les prix courants, de 3 livres sterling 5 shellings, h 9 liv. 5 sh. le quintal; l 'Aloès socotrin, de 5 à 13 livres sterling, tandis que V Aloès du Cap est offert à 1 livre 5 sh. ou 2 livres sterling. En Angleterre, les deux premières sortes seules sont destinées aux usages pharmaceutiques.
L Aloes du Cap est estimé sur le continent, où il est surtout consommé.
Csases. — L’Aloès est un bon purgatif, très-communément employé. On l’administre généralement associé avec d’autres drogues.
Falsification. — Les caractères physiques de l’Aloès, notamment son odeur, la coloration de sa poudre, sa consistance et l’absence de matières étrangères, associées à sa solubilité dans l’alcool faible, suffisent ordinairement pour indiquer sa bonne qualité.
Les Aloès ( Alon Touhnefout, lnstit., t. 190) sont des Liliacées de la tribu des Asphodélées, a périanthe tubuleux, droit, nectarifère dans le fond, hexamère • à anclrocee formé de six étamines ; à capsule triloculaire, membraneuse, contenant dans chaque ogc de nombreuses graines disposées sur deux rangées verticales, parfois ai ées albuminées ; à embryon axile ; à scape florifère ramifié ; à tige arborescente ou trutescente, parfois nulle.
frmèttirC°r1>!a, LAMARCK (Enc'Jd°Pédie> L 8b ; A. vera Mill.) est une plante . ,l. '^e 'nncuse) cylindrique, souvent ramifiée dichotomiquement, haute
, Cfin ameties environ ou davantage, nue dans sa partie inférieure qui est rnarqm e p.u i cicatrices de feuilles trôs-rapprochées les unes des autres, et terminée par un bouquet de feuilles amplexicaules, uniformes, graduellement atténuées de h et terminées Par une llointc ; elles sont ascendantes, com- ■; h ',CC ,cxternc 011 inférieure convexe et la face interne plane ou légèremeD “”C™ ^ •"« »loré« « « glauque, et Mquemmcn! p.Z^, d.
r;i8 LILIACfcES.
quelques taches blanchâtres ; leurs bords sont cartila gin eux
aiguës, dures, blanches, un peu iit /feuille. s’élève, au
épaisse, charnue et très-succulente. ■ heaucoup p]us grêle que la tige
moment de la llora^ couvert de bractées rosées, dentées sur
florifère, non ramifie et tics-allonge » 1 , . , 1 ,ase pius pâles vers
les bords, et se termine par une grappe de fleurs éclate rai,
le milieu do loue „ ,,t
selle d'une ^"^^“^fejlindrique'wdllre. U fleur est régulière et her-
P°Tlf f" "1° èrim he est tubuleux, droit, » peu près cylindrique, mum dons le maphrodite. Le penant i;mi,p est divisé en six lobes tnnerviés dont
fond de glandes nectovifères, *. S» ^ ^ ^ ‘ „ bouton les trois 'es 1^ extérieurs, un peu gon[ pl„s mi„ces c. à peu près
de même longueur. Dans le bouton, les six folioles sont rapprochées en un cône allongé; dans la fleur épanouie ils s’écartent sans se réfléchir en dehors. L’androcée est formé de six étamines hypogynes, connées avec le pénanthe dans la moitié inférieure du tube, inégalés, trois étant à peu près de la même longueur que le calice et trois un peu plus longues. Les anthères sont allongées, fixées sur le sommet du filet par le milieu de leur longueur, bifides dans le bas et versatiles, biloculaires, introrses, ( ehiscentes par deux fentes longitudinales. Le o=Ynécée est formé d'un ovaire supere, sessile, triloculaire, surmonté d’un style terminal, grêle, parcouru par trois sillons longitudinaux et terminé par un stigmate légèrement trilobé, papilleux. Chaque loge ovarienne contient un
grand nombre d’ovules anatropes, ™ ^ SSaiw.Uïil
gle interne, et se touchant pai les îaphe . milieu de leur face interne
eide, se divisant en entier en trois valves qui portent sur
deux rangées de graines ; ces dernières sont eempnmees, •„
laires, noires, munies d’un ar.lle membraneux, ’ ’ embTïoo cvHndrique, droit, les bords ; elles renferment un albumen abondant, et vu .
axile, un peu plus court que l’aibumen qui l’enveioppt^ [Tr.^ v] précédent
(b) VAloe vulgaris Lahabck (Encycloped e 86).^S^^étaléesP puis asque par sa tige suffrutescente, non 1 ami m » ^ ^ dents droites, perpendiculaires
(vendantes et lancéolées, munies sui . • ramifié- ses fleurs jaunes.
à la surface qui les porte ; son ave d’in oresMnc * ^ par sa tige arborescente,
(c) VAloe ferox Miller (Dict., ed. 8, n’ 2.^ ® , • S P abondantes sur la face simple ; ses feuilles ovales-oblongues muni ■ fél,ieure hurles bords ; ses étamines
supérieure, mais très-nombreuses sur a ■ ^ le haut de lignes pourprées.
longuement exsertes ; ses sepa es ‘ rosc-’ u 4 . ed [, n. 30) a des feuilles laite/) VAloe africana Miller [Dict., ed . ^ ’d^te au.dessus de la partie mé-
d’épines rouges au sommet ; «n ép, terminal très-long, des fleurs pendantes et imbriquées.
Fig. 264. Aloe socotrina.
Fig. 2G5. Fouille à'Aloe socotrina, Coupe transversale d'une moitié.
(e) L'Aloe plicatilis Miller ( Dict ed. 8,n. 7) sc distingue par ses feuilles nettement distiques, linguiformes, obtuses, à peu près entières sur les bords, lisses sur les deux faces, très-molles ; sa tige frutescente, dichotome, renflée à la base.
(f) L'Aloe arborescent Miller (Dict., ed. 8, n. 3) a une tige frutescente; des feuilles agrégées, uniformes, réfléchies au sommet, munies de dents marginales verdâtres; ses fleurs sont coccinées, striées de vert, les extérieures verdâtres au sommet, les intérieures jaunes au sommet.
(g) L ’Aloe Commelyni Willdenow (in Berl. Mag., V, 282) n’a qu’une tige peu développée, débile ; des feuilles ovales-oblongues, atténuées, étalées, glaucescentes, lisses en dessus, carénée en dessous et munie vers le sommet au niveau de la carène et des bords de dents épineuses, blanchâtres.
(h) L’Aloe purpurescens Haworth (in Linn. Trans., VJI, 20) se distingue par sa teinte pourprée ; sa tige épaisse, dichotome, ses feuilles uniformes, atténuées, allongées, dressées-incurvées , glauces-
rentes, tachées de blanc, cartilagineuses et sinueuses-serretées sur les bords ; sa grappe simple, munie de bractées pourpres, entières ; ses folioles calicinales rouges, jaunâtres au sommet et parcourues par une ligne verte.
(î) Ainsique le montrent les figures 265 et 266, la feuille d’Aloès offre, sur une coupe transversale :
1° une couche épidermique a, formée de petites cellules â peu près quadrangulaires , revêtues d’une couche épaisse de cuticule et offrant de distance en distance des stomates ; 2° une couche sous-épidermique b, formée de cellules irrégulièrement polygonales, ne laissant entre elles qu’un petit nombre de méats intercellulaires. Celles de la couche situées au-dessous de l’épiderme sont fréquemment, comme dans la figure 266, allongées radialement. De distance en distance, on trouve dans cette couche des cellules remplies
de faisceaux de cristaux aciculaires Fig. soc. Feuille dvUoe socotrina.
OU l'aphides d’oxalate de calcium. Coupe transversale au niveau d’un faisceau.
Les cellules qui les contiennent se montrent d’habitude, sur une coupe longitudinale de la feuille, disposées bout à bout, en rangées parallèles au grand axe de la feudle, mais elles restent séparées les unes des autres par des cloisons transversales. Le grand axe de ces cellules est parallèle â celui de la feuille et il en est de même
fi20 LILIACÊES.
des faisceaux do cristaux. Les autres cellules de la couche b sont riches eu chlorophylle. Au niveau de la limite interne de cette couche, on trouve les faisceaux fibrovasculaire d disposés comme le montre la figure 260. route la partie médiane de la feuille est formée de grandes cellules incolores, à parois très-minces, c.^
La limite extérieure de chaque faisceau est formée par un arc de cellules allongées, teintées dans la figure 266, qui contiennent l’aloès. Eu dedans de cet arc, c, de cellules à Aloès très-remarquable par l’allongement tangentiel de ses cellules et la coloration de ces dernières, se trouvent deux ou trois couches d’éléments très-larges en dehors plus étroits en dedans, dont l’ensemble a été désigné sous le nom de tiSSU chromogène (voyez p. SOo). Immédiatement en dedans de ces éléments se trouve le tissu libérien ou piilocoine du faisceau, très-facile à distinguer sur la coupe transversale de la figure 266 par l’étroitesse de ses éléments, qui sont polygonaux, allongés et munis de parois minces et claires. Le bois ou xylème est situé plus en dedans • il est représenté par deux ou trois vaisseaux plus ou moins larges, a parois épaisses’, entourés d’un grand nombre d’éléments allongés, polygonaux, à parois non lignifiées. [Trad.]