BULBE DE COLCHIQUE
Connus Colchici, Tuber vel Bitlbus vel Radix Colchici ; angl., Meudow Sa/fron Root ;
nllem., Zeitlosenknollen.
Origine botanique. — Colchicum autumnale L. Cette plante croît dans les prairies et les pâturages de la plus grande partie de 1 Europe moyenne et méridionale ; elle est abondante aussi dans plusieurs localités d’Angleterre et d’Irlande. Dans les Alpes du Valais, en Suisse, elle s’élève jusqu’à une hauteur de 1 600 mètres au-dessus du niveau de la mer (a).
Historique. — Dioscorides attira l’attention sur les propriétés toxiques de cette plante, qu’il nomme KoXyy/.bv, et à laquelle il attribue pour patrie la Messenie et le Golchis(l). Le caractère toxique du Colchique paraît avoir empêché son emploi pendant la période classique, et pendant le
fil Sa description est exacte, sauf en ce qu’il déclare que le bulbe a une saveur douce, ce qui est faux pour le bulbe du Colchicum autumnale, mais peut être vrai pour quelque autre espèce.
moyen âge. Ainsi, Tragus, en 1552, prémunit ses lecteurs contre son usage qui se répandait sur la recommandation des médecins arabes. Jacques Grévin, médecin de Paris, auteur de Deux Livres des Venins , dédiés à la reine Elisabeth d’Angleterre, imprimés cà Anvers en 1568, fait remarquer que « ce poison est ennemy de la nature de l’homme en lout et partout » (1). Dodoens le nomme perniciosum Culchicum ; et, Lyte, dans sa traduction de cet auteur, publiée en 1588, dit : « Le Safran sauvage est corrupteur et vénéneux, et par suite, n’est pas employé en médecine. » Gerarde déclare que les racines du « Safran des prés » sont « très-nuisibles à l’estomac »..
Wedel publia, en 1718, un essai De Colchico veneno et alexipharmaco (2), dans lequel, pour montrer la grande défaveur qui atteignait alors cette plante, il dit : «Hactenus... velut infâme habitum et damnation fuit Colchicum, indignum habitum inter herbas medicas vel officinales. .. » Il ajoute qu’au dix-septième siècle ses bulbes étaient employés dans quelques parties de l’Allemagne comme charme contre la peste.
En présence de ces sévères appréciations, il est étrange de trouver dans la Pharmacopée de Londres de 1618 (seconde édition) la « Radix Colchici » et Y Hermodactylus énumérés parmi les drogues simples. Elle est omise dans celle de 1650, et ne. reparaît plus dans les éditions suivantes jusqu’en 1788 ; vers cette époque, les recherches de Stôrck (1763), de Kratochwill (1764), de De Berge (1765), d’Ehrmann (1772) et d’autres avaient démontré la possibilité de l’employer avec succès dans la pratique médicale.
Développement du bulbe. — A l’époque de la floraison, le bulbe est entouré d une double membrane ou tunique close, brune, qui se prolonge vers le haut en une gaine entourant la tige florifère ; à la base du bulbe, se trouve une touffe de racines simples. En écartant ces membranes on découvre un gros corps charnu ovoïde (bulbe n" 1), marqué à son sommet d’une cicatrice déprimée représentant le point d’attache de la tige florale de l’année précédente; ce bulbe est aplati sur une de ses faces et parcouru par un sillon longitudinal peu profond de la partie supérieure duquel s’élève un bulbe beaucoup plus petit, rudimentaire (bulbe n° 2), portant une tige florale. Après la production de la fleur, en automne, le bulbe n° 2 augmente de taille, émettant, à mesure que le printemps avance, sa tige fructifère et ses feuilles, et acquérant son en-
M) Anvers, in-4”, 228.
(2) Jéna, in-4°.
«30 COLCHICAGÉES.
lier développement après que ccs dernières sont parvenues à l’âge adulte. D’autre part, le bulbe n" I ayant accompli toutes ses fonctions se vide, et diminue de volume à mesure que le bulbe n'1 2 avance vers sa maturité; enfin, il se détruit en laissant une cicatrice arrondie qui indique son point d’union avec son successeur.
Récolte. — En Angleterre, on arrache d’ordinaire les bulbes et on les apporte sur le marché, pendant le mois de juillet, aune époque intermédiaire entre la destruction du feuillage et la production de la fleur, ou même après que cette dernière s’est déjà montrée. Pour quelques préparations, on emploie les bulbes à l’état frais. Lorsqu’on veut les faire sécher on a l’habitude de les couper avec un couteau en tranches transversales égales, qu’on fait sécher dans une étuve à une douce chaleur; on enlève ensuite les membranes en les tamisant et en les vanant.
Schroff a établi, comme résultat de ses expériences (1), que les bulbes jouissent de leur plus grande activité médicinale quand on les récolté en automne, pendant ou après l’inflorescence; qu’on doit les faire sécher entiers par exposition au soleil et à l’air, et que, préparés de la sorte, on peut les conserver pendant plusieurs années sans qu’ils perdent de leur activité.
Description. — Le bulbe frais est conique et en forme de poire renversée ; il est long de 5 centimètres environ et large de 2 à 3 centimètres, arrondi sur une de ses faces, aplati sur l’autre, couvert d’une tunique membraneuse colorée en brun clair, et doublée en dedans d une seconde enveloppe plus pâle. Lorsqu’on le coupe en travers, il se montre blanc, ferme, charnu et homogène, riche en un suc amer et en amidon. Son odeur est désagréable. Les tranches sèches sont inodores, et possèdent une saveur un peu amère. Elles doivent être d’un beau blanc, crispées et cassantes, sans moisissures ni taches.
Structure microscopique. — La membrane extérieure est formée de cellules allongées tangentiellement, à parois épaisses et brunes. Le corps même du bulbe est formé de grandes cellules a parois minces, plus ou moins régulièrement sphériques, remplies d amidon, et entremêlées de faisceaux vasculaires qui contiennent des trachées. La forme primitive des grains d’amidon est globuleuse ou ovoïde ; mais, par pression réciproque et agglutination ils deviennent plus ou moins anguleux ou tronqués ; un grand nombre sont plus ou moins composés et formés de plusieurs granules unis en un seul. Dans tous, le hile est très-distinct ,
(1) OEsterreichische Zeitschri/t fur praktische Êeilkunde , 1S5G, n"s 22-24 ; Jahrcsbericht der Pharm. de Wiggers, 185G, 15.
il affecte clans quelques-uns la forme d’un simple point, mais dans la plupart il a la forme d’une ligne ou d’une étoile.
Composition chimique. — Le bulbe du Colchique contient : delà Colchicine (voyez l’article suivant); environ 10 pour 100 d’amidon;, du sucre, de la gomme, delà résine, du tannin et un corps gras. Lorsqu’il est coupé en tranches et desséché, il perd environ 70 pour 100 d’eau (I). Par la dessiccation, le corps, probablement volatil, auquel il doit son odeur, se dissipe.
Usages. — On prescrit beaucoup le Colchique contre la goutte, le rhumatisme, l’hydropisie et les maladies cutanées.