‹ Histoire des ducs d'UzèsChapitre 16 sur 29 · DROITS SEIGNEURIAUX · texte numérisé non relu

DROITS SEIGNEURIAUX

Les censives que M. le duc perçoit annuellement sur les maisons et autres possessions de la ville d'Uzès et de son terroir qui sont de sa directe se portent année commune à la somme de 600 livres et les droits de lods à celle de 300 livres dont le cinquième revient à celui qui fait l'exaction.

Le greffe du sénéchal rapporte la somme de 300 livres.

Il est dû ensuite à M. le duc un droit de leude et un droit de i^asoire sur les grains et autres denrées qui se portent et se vendent dans la ville d'Uzès les jours de marché et autres jours de la semaine, lequel droit s'afferme à la somme de 300 livres.

Enfin M. le duc prend les trois-quarts d'un tiers du droit de poids et courtage de la ville d'Uzès, qui est affermé chaque année par MM. les consuls à un prix qui varie chaque année et qui représente pour M. le duc une somme de 100 à 120 livres (1).

Cependant les événements suivaient leur cours. Avec de l'énergie de la part de la royauté et plus de modération de la part des représentants du peuple, on aurait pu arriver à une transformation sociale en évitant tous ces crimes de 1793, notamment la mort du roi, de la reine, de Mmc Elisabeth et de tant d'illustres et innocentes victimes, mais le déchaînement des passions populaires ne connut pas de bornes, et les membres du clergé et de la noblesse ne tardèrent pas à devenir les parias de la société. Bien avant ce moment le comte d'Artois et les princes de Coudé avaient émigré; la plupart des nobles imitèrent leur exemple. On persuada au duc d'Uzès que sa qualité de premier pair de France lui faisait un devoir d'émigrer aussi. Il s'enfuit en Belgique (2) et servit dans l'armée des princes avec le grade de lieutenant-général qu'il avait reçu au moment de la révolution. Il avait emporté des sommes considérables et se crut obligé de tenir un grand état de maison et de donner des secours à tous les gentilshommes qui désertaient la France.

Il parcourut quelque temps l'Allemagne, le Brabant pour y recruter en faveur de la monarchie. La publicité de ses démarches appela sur lui l'attention des gouverneurs généraux qui, voulant alors éviter la guerre, lui signifièrent de cesser ses engagements. Il se retira en Hollande pour y suivre les mêmes opérations, mais les

(1) Archives ducales. Certificat du lieutenant Cassaignade, procureur fiscal du duc d'Uzès, en date du 21 février 1790.

(2) Recueil de Biographies, par A. de Dampmartin,p. 172.

succès de l'armée française dans la Belgique le forcèrent à renoncer à son entreprise (1).

« Pendant ce temps, sa parente, la marquise de Crussol d'Amboise (2) née Angélique de Bersin, restée à Paris, était traînée devant le tribunal révolutionnaire et elle eut L'honneur de faire partie de cette» fournée de vingt -trois aristocrates » que Fouquier Tinville envoya à l'échafaud le môme jour que Mme Elisabeth « pour lui faire une cour digne d'elle et qui put lui rappeler Versailles » .

Faible, timide et délicate, la marquise de Crussol était arrivée à soixante -quatre ans, sans avoir rien connu des misères et des malheurs qui jusqu'alors l'avaient toujours épargnée. L'idée d'un péril même imaginaire la remplissait d'épouvante ; une araignée l'effrayait et elle faisait habituellement coucher deux de ses femmes dans sa chambre. Mais l'exemple de Mme Elisabeth la transforme tout-à-coup ; elle est calme au tribunal, dans la prison et devant la mort. Assise sur la même charrette que la princesse avec la marquise de Senozan, elle s'entretient avec elles, la tète haute et le regard assuré, pendant le trajet de la Conciergerie à la place Louis XVI. Arrivées au terme de cette voie douloureuse, les victimes trouvent au pied de l'échafaud une banquette sur laquelle on les fait asseoir crainte de défaillance devant l'instrument de supplice. Précaution inutile ; encouragée par la présence et le regard de la sœur du roi, chaque condamnée s'est promis de se lever bravement à l'appel de son nom et d'accomplir sa tâche avec fermeté. Le premier nom prononcé est celui de la marquise de Crussol. Elle se lève aussitôt, va

(1) Biographie moderne, par le marquis de la Maisonfort. tome m, pages 306 et 307.

(2) Vie de Marie Thérèse de France, par Alfred Nettement, p. 143,

s'incliner devant M,ue Elisabeth et, témoignant hautement le respect et l'amour que la princesse lui inspire, elle lui demande la permission de l'embrasser. « Bien volontiers et de tout mon cœur », lui dit Mme Elisabeth, et la royale victime, avançant son visage, lui donna le baiser d'adieu, de supplice et de gloire. Toutes les femmes qui suivirent obtinrent le môme témoignage d'affection. Les hommes s'honorèrent aussi de leur respect pour la sœur de Louis XVI en allant, chacun à son tour, courber devant elle la tête qui, une minute après, tombait sous le couperet. La princesse était réservée à périr la dernière. Quand le comte de Loménie, vingt-troisième victime, vint s'incliner devant elle aussi profondément avec autant de calme qu'autrefois dans les salons de Versailles, elle lui dit : « Courage et foi dans la miséricorde de Dieu ! » et elle se leva elle-même pour se tenir prête à l'appel du bourreau (1).

(1) Wideville. Histoire et Description, parle marquis de Galard, pages 72 et 73.

Vie de Mm° Elisabeth, par A. de Beauchêne.

Vie de Marie Tliérèse de France, par Nettement, p. 143.

Extrait du registre des dépôts du greffe du tribunal révolutionnaire :

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