FEMME CRUSSOL D'AMBOISE
Est comparu le citoyen Richard, lequel a déposé une tabatière d'agathe, fond vert à cercle d'or, octogone; une tabatière de cristal avec un cercle et gorge d'or ; un petit cœur de verre garni en or, dans lequel un petit crucilix ; un étui à dés en or avec dé d'or; un étui de nacre à gorge d'or dans sa boîte de chagrin ; un lire-bouchon à queue d'or; un chapelet avec médaille d'argent ; un cachet d'argent ;
Et soixante-dix-huit livres en écus qu'il a déclaré appartenir à la femme Crussol d'Amboise, condamnée à mort ; plus un peignoir, une petite boite de sapin, une chemise, sept mouchoirs blancs, trois mouchoirs de mousseline, un fichu de linon, une paire de bas de soie blancs, une paire de poche, un sac ouvrage.
Le marquis de Crussol d'Amboise fut aussi condamné a mort comme conspirateur par les terroristes et exécuté à Paris le 26 juillet 1794 (1).
Au milieu de tous ces événements, les ressources que le duc d'Uzès avait apportées de France furent bientôt épuisées et la famille d'Uzès se trouva dans une grande gène.
Heureusement elle obtint un établissement en Russie, par la haute intervention de la princesse de Tarente, qui résidait à Naples, auprès de la reine, devenue son amie, et qui consentit, à cause de la famille d'Uzès, à aller habiter la Russie. Voici, en effet, ce qu'on lit dans ses lettres, que M. le duc de la Trémoïlle, prince de Tarente, a bien voulu me communiquer :
J'essaie, par un grand sacrifice, de donner quelque prix à mon existence, en me servant de la bonté et de la sensibilité de l'Empereur et de l'Impératrice de Russie, pour assurer un sort favorable à lalamille d'Uzès (2). Je vais moi-même
(1) Vie de Mm° Elisabeth, par de Beauchêne.
Le marquis de Crussol d'Amboise E.vait été capitaine-lieutenant de la compagnie des chevau-légers de Berry, puis brigadier d'infanterie, et enfin colonel-lieutenant du régiment de la reine.
(ï) Voici les véritables mots de S. M. l'Impératrice :
« Votre bonheur fait l'objet de nos sollicitudes, aussi suis-je chargée par l'Empereur, de vous offrir un asile et un petit établissement dans l'une des provinces de son empire, où vous et votre famille trouverez la paix dont vous avez été si longtemps privés. »
Cette lettre était accompagnée d'une lettre du comte de Choiseul- Gouffier, qui disait à la princesse de Tarente que si l'Impératrice n'avait voulu lui apprendre les bontés de l'Empereur, il aurait écrit de sa part et par son ordre à M. le duc d'Uzès. (Lettre de la princesse de Tarente, écrite de Londres, le 14 mars 1797.
Archives du duc de La Trémoïlle.
Wideville. — Histoire et description, page 70.
Le Czar, quand il visitait la France sous le titre de comte du Nord, avait vu souvent la princesse de Tarente, chez son père, le duc de Chas-
en Russie, nous y sommes tous appelés, moi en étant le motif et toute l'espérance. Je suis décidée de partir dans quelques semaines. Ce nouvel éloignement m'afflige, mais il n'aura qu'une courte durée, et si c'est maintenant un sacrifice, j'en serai bien récompensée, si je réussis à sauver cette bonne et vertueuse famille, des malheurs attachés à une émigration sans terme.
Le duc et la duchesse d'Uzès ne parent se rendre en Russie, mais d'autres membres de leur famille s'y établirent, notamment le comte de Crussol qui devint aide de camp de Paul Ier (1).
Le duc d'Uzès se retira en Angleterre. Il resta plusieurs années à Londres, où il perdit sa femme, qui supportait courageusement la perte de la vue et les tristesses de l'exil.
En 1801, il profita d'un jour favorable pour rentrer en France. Banni d'un hôtel somptueux, il loua une modeste chambre garnie de la rue du Bac, se montrant un modèle de résignation. Souffrant cruellement d'une hydropisie de poitrine, ayant perdu toutes ses richesses, il vit venir la
tillon, et chez sa grand'mère, la duchesse de La Vallière. Paul Ier écrivit de sa main, avec une affabilité bien rare chez ce prince, les lignes suivantes, en réponse à une lettre où l'exilée lui annonçait son intention de se fixer en Russie :
Madame la princesse de Tarente, j'ai vu avec plaisir dans votre lettre l'expression des sentiments que vous me témoignez. J'ai cru devoir mettre en évidence ceux que je porte à une famille qui a donné à ses souverains tant de preuves de fidélité et de dévouement ; aussi peutelle compter sur l'intérêt qu'elle m'inspire et dont je me plais à vous renouveler l'assurance, priant Dieu qu'il vous air, Mm" la princesse de Tarente, en sa sainte et digne garde.
Paul.
Gatschina ce 22 septembre 1797.
(1) Wideville, page 77.
mort d'un air calme et résigné. Il mourut le 22 mars 1802, laissant :
1° llaric François Tin manuel qui suit; 2° Théodorit de Crussol, aide de camp d'Alexandre I"r, empereur de Russie, décédé en émigration à Okouniel, près Varsovie, le 3 février 1813, à 31 ans, sans postérité. C'était le neveu chéri de la princesse de Tarente (l). 3° Timarette d'Uzès, épouse d'Alexis, marquis de
Rougé, pair de France, dont cinq enfants : Le marquis Théodorit de Rougé, marié à MIIe de
Sainte-Maure, avec postérité.
Le marquis H. du Plessis-Bellière, marié à Mlle de
Pastoret, sans postérité.
Le comte Louis de Rougé, marié à M"e de Franque-
ville, avec postérité.
La comtesse de Lostanges, dont une petite fille. Une enfant, morte jeune, Marie-Thérèse, filleule de Mme la duchesse d'Angoulêrae.
La révolution de 1789 ayant mis fin à l'ancien régime, il ne m'est plus possible de rattacher, aussi intimement que je l'ai fait jusqu'ici, l'histoire des ducs d'Uzès à l'histoire de France. Aussi n'écrirai-je qu'une simple notice sur chacun des ducs d'Uzès que j'ai à faire connaître. On verra, toutefois, qu'en perdant le pouvoir et les privilèges que leurs ancêtres tenaient de leur naissance, ils n'en ont pas moins conservé leur grande situation dans le monde et rendu d'importants services à leur pays.
(1) Une inscription placée au château de Wideville rappelle le souvenir de ce lils, qui par sa mort précoce, fit verser à sa mère bien des larmes .
(Voir Wideville. VIT le marquis de Galard, page 85).