MARIE -FRANÇOIS -EMMANUEL DE CRUSSOL
PREMIER ÙUG ET PAIE. ÛE FRANCE
DIXIEME DUC DUZES
Marie-François-Emmanuel de Crussol, né le 30 décembre 1750, épousa en 1777 sa cousine, Aimable-Emilie de Chatillon, unique héritière et dernier rejeton de sa famille (1). Elle était très belle. Ses traits nobles et réguliers firent dire un jour à une paysanne, en la voyant passer : Que plan poulido (Qu'elle est jolie). Son esprit était naturellement vif et gai, jusqu'au moment où les événements politiques lui donnèrent une teinte de mélancolie qui n'excluait ni la douceur, ni la bienveillance (2).
Le duc, son mari, était maréchal des camps et armées du roi, lorsque la révolution éclata. Il émigra en même temps que son père et alla rejoindre le corps d'armée
(!) A cette occasion, une fête qui dura plusieurs jours, eut lieu à Wideville, appartenant à la duchesse de La Vallière.
Le parc fut ouvert à tout le voisinage; le mail, jadis rendez-vous des joueurs de boules, sous Louis XIII, fut illuminé, et des tables servies à profusion, furent dressées sous les tilleuls du Boulingrin.
(Voir Wideville, page 63).
La sœur d'Emilie de Chastillon, épousa peu après, Cliarles-Bretagne- Marie-Joseph, duc de la Trémoïlle, prince de Tarante, pair de France.
(2) Wideville, par le marquis de Gaîard, page 85.
commandé par le duc de Bourbon. Lorsque ces troupes furent licenciées il parcourut l'Allemagne, la Hollande, l'Angleterre et surtout la Russie, auprès de sa bellesœur, la princesse de Tarente, devint aide de camp de Paul Ier (1) et rentra en France en 1801. Il ne retrouva piusses anciens foyers. Durant plusieurs années, il supporta la perte d'un haut rang et d'une immense fortune, avec une résignation à la fois modeste et noble, qui honorèrent son caractère et lui méritèrent la considération publique (2).
Un an après son arrivée à Paris, il vint voir le berceau de ses ancêtres, et reçut des habitants d'Uzès un touchant et aimable accueil. Aussi après la chute de l'Empire, c'est lui qu'ils prièrent de remettre à Monsieur, frère du roi, une adresse de félicitations, à l'occasion de l'avènement de Louis XVIII au trône.
Voici la lettre que le duc d'Uzès écrivit au Maire de la ville à ce sujet :
Paris, 20 mai 1814.
Je suis infiniment sensible, Monsieur le Maire, à la commission flatteuse dont vous m'avez prié de me charger au nom des habitants de la ville d'Uzès, auprès de Monsieur, frère du roi, lieutenant général duroyaume.
Aussitôt après la réception de votre paquet je me suis occupé de remplir vos intentions. Monsieur ayant fixé le jour de son audience à dimanche dernier, nous avons été. le comte de Crussol et moi. lui présenter votre délibération en lui demandant de vouloir bien La mettre sous Les yeux du roi.
Monsieur nous a fait l'accueil le plus favorable ; il m'a chargé de vous assurer qu'il la mettrait sous les yeux du
(1) Wideville, pages 77 et 180.
(2) Biographies du manuscrit Dampmartin, page 174.
roi, et a ajouté qu'il pourrait me répondre d'avance que le roi verrait avec plaisir l'expression des sentiments de ses bons et fidèles sujets les habitants d'Uzès.
Je profite avec une véritable satisfaction de cette circonstance, Monsieur le Maire, pour vous prier de vouloir bien être l'interprète de mes sentiments auprès des habitants de cette ville qui doivent être bien persuadés , j'espère, de l'étendue de mon attachement pour eux. Répétez bien, je vous prie, que je n'oublierai jamais l'accueil aussi aimable que flatteur qu'ils voulurent bien nous faire à mon fils et à moi, lorsque j'eus le bonheur, il y a dix ans, de voir pour la première fois le berceau de mes ancêtres et qu'une des plus douces jouissances que j'éprouve en ce moment est celle de prévoir que les circonstances heureuses dont toute la France se réjouit maintenant, pourront j'espère, me mettre à portée d'aller moi même quelquefois visiter des lieux qui me sont bien chers, et assurer tous les bons Uzétiens de l'attachement bien sincère que j'ai pour eux et qui malgré toutes les circonstances critiques où nous nous sommes trouvés réciproquement, n'a jamais souffert aucune altération.
Je ne veux point finir ma lettre. Monsieur le Maire, sans vous dire que j'ai communiqué à différentes personnes de ma connaissance votre délibération dont j'avais fait faire une copie avant de la présenter à Monsieur; tous ceux qui l'ont lue ont été enchantés du ton de noblesse, de franchise et de loyauté qui y règne; aussi je conserve précieusement cette pièce comme un monument de l'amour, de la fidélité et du dévouement des habitants d'Uzès pour leur souverain légitime.
Recevez, je vous prie, Monsieur le Maire, les assurances du sincère et inviolable attachement avec lequel j'ai l'honneur d'être votre très humble et très obéissant serviteur.
Le duc d'Uzès, signé (1).
( \) Voir registre des délibérations de la commune d'Uzès.
Dans le courant du mois suivant, le conseil municipal vota une adresse au roi pour le rétablissement de l'ancien évêché d'Uzès et nomma pour porter cette adresse une commission composée de :
MM. Le duc d'Uzès, président.
Le comte de Crussol son fils.
Le comte de Castries.
Mayfredy de Robernier.
Trinquelague, avocat-général à la cour royale
de Ni mes .
De Saint-Laurent de la Bastide.
D'Amoreux St Félix .
Le baron de Rossei de Fontarêches. (Ernest). Voici une autre lettre que le duc d'Uzès écrivit à cette occasion au Maire d'Uzès :
J'ai bien des excuses à vous faire. Monsieur le Maire, de n'avoir pu m'acquitter plus promptement de la commission flatteuse dont la ville " d'Uzès a bien voulu me charger et dont vous m'avez donné avis par votre lettre du 16 juin, en m' envoyant la délibération que le conseil municipal avait prise le 12 de ce mois. Le retard de l'arrivée à Paris de plusieurs membres de cette députation et quelques légères incommodités qui ont empêché le roi de recevoir du monde pendant plusieurs jours, ont été cause que je n'ai pu obtenir audience de Sa Majesté aussitôt que je l'aurais désiré.
C'est enfin vendredi dernier 22 de ce mois que votre députation a été admise et que j'ai présenté au roi l'adresse de la ville d'Uzès. Sa Majesté l'a accueillie avec sa bonté ordinaire. Comme vous le verrez par la réponse qu'il m'a faite et dont je vous envoie copie ci-joinle. ainsi que des discours que je lui ai adressés en lui remettanl l'adresse dont j'étais porteur,
Avant de présenter cette adresse j'avais été obligé de la communiquer au ministre de l'intérieur, ce qui, d'après la conversation que nous avons eue ensemble, m'a mis
dans la nécessité de profiter de l'autorisation que vous m'aviez donnée par votre lettre de faire un simple extrait de l'adresse en conservant seulement les articles les plus essentiels à mettre sous les yeux du roi. Vous en jugerez par mon discours. Vous verrez aussi par la réponse du roi que Sa Majesté s'est refusée à accepter de son vivant l'hommage que la ville d'Uzès désirait lui faire d'une colonne en ma ri ire surmontée de son buste et que quant au rétablissement de l'évèché (dont on ne m'a permis d'exprimer le voeu qu'indirectement!. Sa Majesté m'a dit qu'elle examinerait cette demande. Le roi en effet ne pouvait répondre autrement jusqu'à ce que les affaires du clergé aient été arrangées avec le pape et l'ancien ordre du diocèse rétabli. J'imagine, Monsieur, que vous devez être de mon avis.
J'ai demandé ensuite au roi de vouloir bien accorder la décoration du lys aux différentes personnes dont voici la liste :
MM. les Membres de la députation.
le Sous-Préfet.
le Maire, les Adjoints et le Conseil municipal (i).
les Membres du Tribunal de première instance.
le Juge de paix.
les Officiers et Sous-Officiers de la garde nationale. Le roi ayant bien voulu m'accorder cette demande, je
(t) Les membres du Conseil municipal étaient : MM. d'Albiousse; propriétaire-rentier.
d'Amoreux Saint-Ange, ancien officier au régiment de Bourgogne.
d'Amoreux, conseiller à la Cour royale de Nimes.
Bouschon, docteur médecin.
Carmes de La Bruguière, chevalier de Saint-Louis.
Chalmeton, lieutenant-colonel en retraite.
Chambon-Latour.
Coulomb.
Danger.
Dufour, avocat, notaire royal.
Folcliery, ancien officier d'artillerie.
Gandin, secrétaire de la sous-préfecture d'Uzès.
m'occupe avec le grand maître des cérémonies de France de faire expédier toutes les lettres d'autorisation pour chacun de ces messieurs.
Le duc de Crussol, mon fils, (car maintenant il porte ce titre, le roi ayant bien voulu lui accorder les honneurs du Louvre), me charge de vous faire ses remerciements de votre souvenir, et de vous dire qu'il partage bien sincèrement avec moi tous les sentiments d'intérêt et d'attachement que je porte aux habitants de la ville d'Uzès. Je vous prie, Monsieur, de vouloir bien leur en renouveler fassurance de ma part, et d'agréer avec mes remerciements de tous les témoignages d'obligeance la plus aimable que vous voulez bien me donner perpétuellement, celle du sincère et inviolable attachement, avec lequel j'ai l'honneur d'être, M. le Maire, votre très humble et très obéissant serviteur.
Le duc d'Uzès, rue de VerncuiL n°43.
Le vendredi, 22 juillet, la députation delà ville d'Uzès ayant eu l'honneur d'être admise à l'audience de S. M., M. le duc d'Uzès, en remettant au roi l'adresse dont il avait été chargé, a dit à S. M. : « Sire. — Interprète des
MM. Gibert, ancien receveur du diocèse d'Uzès. Goirand de La Baume, piocureur du roi.
Larnac.
Lanfant, avocat et notaire royal.
Maiffredy de Robernier, ancien capitaine au régiment de Soisso-
nais, maire de !a ville.
Pujolas.
De Rafin des Alluguins, maréchal de camp, chevalier de Saiui-
Louis.
De Rossel baron do Fontarèche, chevalier de Saint-Louis, ancien
officier d'infanterie et lieutenant des maréchaux. Saleil de Roche, chevalier de Saint-Louis, ancien capitaine du
vaisseau du roi.
de Trinquelague, juge au Tribunal.
Verdier de Flaux.
Vincent,
sentiments de respect, de vénération et de fidélité, dont la ville d'Uzès est pénétrée pour votre auguste personne, je suis chargé par elle de déposer cette adresse aux pieds de V. M.
La ville d'Uzès, Sire, désirant conserver le souvenir de la part qu'elle prend au nouvel ordre de choses dans lequel la France retrouve la liberté et le bonheur, ose prier humblement V. M. de lui permettre qu'elle vous fasse hommage d'une colonne de marbre surmontée de votre buste, qui sera élevé sur la principale place, avec cette inscription :
Au retour de Louis le désiré Et de son auguste famille , Les fidèles habitants d'Uzès.
Eu accordant cette faveur à vos fidèles sujets les habitants d'Uzès, leur bonheur serait complet, Sire, s'ils pouvaient espérer de voir assister à l'inauguration de ce monument, à la possession duquel ils attachent le plus grand prix, le vénérable évèque qui occupait le siège de cette ancienne cité, dont l'origine antérieure à l'épiscopat de Constantin, en l'an 451, se cache dans la nuit des temps. Cette ville, fidèle aux principes de religion dont elle n'a cessé d'être animée, malgré les orages de la révolution, a toujours entretenu le désir et formé le vœu le plus constant de revoir dans son sein le digne et vertueux prélat (1) qui, en la quittant, a laissé de pieux souvenirs à son église, et en a emporté l'amour et les regrets.
Puissiez-vous, Sire, en réalisant les espérances de la ville, ajouter ce nouveau bienfait à ceux que votre cœur paternel prend plaisir à répandre sur la France, avec tant de générosité.
Sa Majesté a répondu :
Je suis sensible aux sentiments que vous m'exprimez de la part de la ville d'Uzès. Quant au monument qu'elle se
(1) M8r de Béthisy,
propose de m'ériger, je me suis constamment refusé à toute espèce de demande de cette nature. Si l'amour de mes , sujets les porte un jour à désirer de conserver mes traits, et de consacrer mon image par un monument public, je veux que ce ne soit qu'après ma mort. A l'égard des autres demandes, je les examinerai.
Lorsque le roi Louis XVIII rétablit la pairie, le duc d'Uzès en souvenir de son duché, premier duché pairie de France, fut nommé le premier sur la liste des pairs (1). A quelque temps de là son fils Je duc de Crussol, devint député d'Uzès et tous les deux l'un à la chambre des pairs, l'autre à la chambre des députés apportèrent à la royauté un concours indépendant mais dévoué.
Le roi chargea le duc d'Uzès des fonctions de grand maître de la maison royale. Il ne pouvait trouver un plus fidèle serviteur. Le duc avait suivi les princes clans l'émigration et n'avait jamais voulu se rallier à l'Empire. Dans deux circonstances mémorables il eut à exercer les hautes fonctions qui lui avaient été confiées, aux obsèques de Louis XVIII et au sacre de Charles X.
Relativement aux obsèques de Louis XVIII, voici ce qu'on lit au tome vu, p. 80 et 5 de Y Histoire des deux Restaurations, par Vaulabelle :
« Sept jours après le décès du roi le 23 septembre 1824, le cercueil royal fut transporté du château des Tuileries à l'église St Denis et demeura exposé au milieu d'une chapelle ardente jusqu'au 24 octobre, jour fixé pour les funérailles. L'affluence fut énorme.
» Après que les ducs de Mortemart, de Luxembourg,
(1) Histoire des deux restaurations, par Vaulabelle, tome i,page
Biographie moderne, par le marquis de la Maisonlort, tome 3, page 307.
du Gramont, de Mouchy et d'Havre eurent apporté l'étendard de la compagnie dont ils avaient la charge, on y déposa aussi les honneurs du défunt c'est-à dire la couronne, le sceptre, la main de justice, l'étendard. Puis ce dernier hommage rendu, le duc d'Uzès faisant fonction de grand maître de la maison royale, baissa son bâton de commandement, en plaça le bout dans l'ouverture du caveau et cria : Le roi est mort.
» Le roi est mort, répéta par trois fois le roi d'armes qui après le troisième cri ajouta : Prions Dieu pour le repos de son âme.
» Le plus profond silence s'établit, le clergé tous les assistants s'inclinèrent et firent une courte prière mentale.
» Le duc d'Uzès relevant bientôt son bâton poussa alors le cri de vive le roi !
» Le roi d'armes répète encore ce cri trois fois et ajoute :
» Vive le roi Charles dixième du nom par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre. Criez tous : Vive le roi! Ce cri sort aussitôt de mille bouches, les trompettes sonnent, les tambours battent, les musiques militaires jouent pendant qu'au dehors du pieux exercice., des salves d'artillerie et de mousqueterie annoncent à la population que toute douleur doit cesser pour faire place à l'allégresse et que si Louis XVIII vient de disparaître, son frère Charles X est roi. »
Le duc d'Uzès assista aussi au sacre de Charles X, en qualité de grand-maître de France, et voici dans quel ordre le cortège pénétra dans l'église de Reims, suivant une relation officielle :
Le chapitre de la métropole.
Les gardes à pied ordinaires du roi, marchant sur deux files, en tête.
La musique.
Les hérauts d'armes.
Le roi d'armes.
Les aides de cérémonies.
Le grand-maître des cérémonies (M. le marquis de Dreux-Brézé, pair de France).
Les quatre chevaliers du Saint-Esprit, destinés à porter les offrandes.
Le duc de la Vauguyon, le vin dans un vase d'or.
Le duc de La Rochefoucauld, le pain d'or.
Le duc de Luxembourg, le pain d'or.
Le duc de Gramont, l'aiguière d'or remplie de médailles.
Les pages du roi, sur les ailes.
Le maréchal Moncey, duc de Conégliano, faisant fonction de connétable, tenant à la main son épée nue, et ayant à ses côtés deux huissiers de la chambre du roi portant leurs masses.
En arrière du connétable, sur le côté à droite, le duc de Mortemart, capitaine colonel des gardes à pied ordinaires du roi, le duc de Bellune, major général de la garde royale ; sur le côté, à gauche, le maréchal marquis de Lauriston, le duc de Cossé, le duc de Polignac, nommés par Sa Majesté pour porter la queue du manteau royal.
Le Roi.
A sa droite, le cardinal de Clermont-Tonnerre.
A sa gauche, le cardinal de La Fare.
Sur les ailes, à la hauteur du roi, six gardes de la manche, trois de chaque côté.
Derrière le roi, à droite et à gauche, le marquis de Rivière, le duc d'Havre de Croï, capitaine des gardes du corps.
Le major des gardes du corps.
Le chancelier de France.
Le duc d'Uzès, représentant le grand-maître de France , portant le bâton de grand'maître à la main, haut levé.
A sa droite, le prince <]e Talleyrand, grand chambellan.
A sa gauche, le duc d'Aumont, premier gentilhomme de la chambre.
Adroite, un peu en arrière, le marquis d'Avray, remplissant les fonctions de grand-maître de la garde robe, a la place du comte Cariol.
Les deux gentilshommes de la chambre.
L'officier des gardes du corps de service, suivi d'un détachement des gardes du corps (1).
Le 30 mai suivant, on procéda à la cérémonie de l'ordre du Saint-Esprit (2).
Le roi nomma vingt-et-un chevaliers commandeurs, ou cordons bleus.
Ce furent MM. les dues d'Uzès, de Chevreuse, de Brissac, de Mortemart, de Fitz-Jaines, de Lorges, de Polignac, de Maillé, deCastries, de Narbonne, le maréchal comte Jourdan, les maréchaux ducs de Dalmatie et de Trévise; les marquis de La Suze, de Brézé, de Pastoret; le comte de la Ferronays, le vicomte d'Agoult, le marquis d'Antichamp, M. Rivez et le comte Juste de Noailles (3).
Un an après cet événement, le duc d'Uzès vint dans notre ville, pour s'occuper d'une cérémonie funèbre, concernant les membres de sa famille.
Pendant les orages révolutionnaires de 1793, les cendres de son bisaïeul et de son grand-père, Jean-Charles
(t) Histoire du sacre de Charles X, par Miel, pages 200-201.
(2) Le costume des chevaliers du Saint-Esprit était d'une grande r'.chesse. Chaque chevalier était revêtu du manteau avec le Saint- Esprit en paillettes d'argent sur l'épaule gauche, du grand collier et de la toque couverte de plumes blanches. Les revers du manteau retroussés par devant, étaient de velours vert semé de ilammes d'or.
(3) Histoire du sacre de Charles X, par Miel, page 307.
et Louis-Emmanuel de Crussol, ducs d'Uzès, qui reposaient dans l'ancienne église des capucins d'Uzès, avaient été outragées, il les fit transporter avec beaucoup de solennité dans la chapelle du duché. Le poë'e d'honneur était porté par MM. du Koure, sous-préfet de l'arrondissement d'Uzès, Carré, chef de bataillon du 40e régiment de ligne, Champanhet, juge au tribunal, et Saint- Ange d'Amoreux, maire d'Uzès (1).
Mais le duc d'Uzès ne pouvait oublier que les dépouilles mortelles de sa mère, la duchesse née d'Antin, reposaient sur la terre étrangère (2), d'un autre côté, son père et sa belle-fille, la duchesse de Crussol née de Mortemart- Rochechouart, étaient morts à Paris, et il désirait les faire inhumer à Uzès, dans le château ducal, antique berceau de sa famille. Aussi il donna des ordres pour faire construire, sous la chapelle du château, un caveau devant servir de lieu de sépulture, mais en attendant il fit transporter à Uzès ces trois corps, qui furent religieusement et provisoirement placés dans cette chapelle.
Quelques années après, le duc d'Uzès eut la douleur de perdre son fils, le duc de Crussol, décédé le lev avril 1837, à Marseille, à son retour d'Hyères, où il avait accompagné la duchesse de Tourzel, sa fille. Retenu à Bonnelles par son grand âge, le duc d'Uzès fut remplacé à cette cérémonie par son petit-fils, le duc de Crussol, et le duc de Tourzel, beau-frère de ce dernier.
Un service solennel fut célébré à la cathédrale et immédiatement après, on se rendit dans la chapelle du château où se trouvaient réunies les dépouilles mortelles des six personnages ci-dessus mentionnés, et on les
(1) Procès-verbal dressé par M. Saint-Auge d'Amoreux, déposé aux Archives du duché.
(2) Elle avait été inhumée dans un caveau appartenant au sieur François Deschamps, de la paro'sse Hornsey, dans le comté de Middlesex, près Londres, le 18 septembre 1799.
transporta dans le caveau, après que le clergé eut fait une dernière absoute. Portaient le poêle d'honneur, MM. le vicomte de Dampmartin, Chambon, président du tribunal civil d'Uzès, Goirand de Labaume, avocat général, près la cour royale de Nimes, Bouschon, docteur-médecin (1).
Enfin, après s'être occupé delà sépulture de ses chers défunts, le duc d'Uzès mourut à son tour au château de Bonnelles (Seine-et-Oise), le 8 août 184:2, laissant un testament olographe en date du 29 septembre 1837, dans lequel il exprimait le désir d'être inhumé dans le caveau qu'il avait fait construire pour sa famille sous la chapelle du château ducal d'Uzès.
Son petit-fils, le duc de Crussol, son petit-gendre, le duc de Toursel et le vicomte de Rougé, son autre petitfils, ainsi que M, Bataille, curé de Bonnelles, accompagnèrent jusqu'à Uzès ses restes mortels, qui furent déposés dans la chapelle du château en attendant la cérémonie du lendemain, 24 août 1843. L'église, ancienne cathédrale d'Uzès, fut toute tendue de noir, avec les armes du défunt, et an milieu s'éleva un magnifique catafalque surmonté de la couronne ducale. Le clergé des deux paroisses, accompagné de toutes les congrégations d'hommes et de femmes, se rendit au duché où stationnait dans la cour un détachement du 53e de ligne en garnison à Uzès. De là on se dirigea vers la cathédrale suivi d'une foule immense en passant par le boulevard longeant la caserne et la rue Saint- Julien. Puis, la cérémonie religieuse terminée, le convoi reprit sa marche vers le château en suivant le Portalet, la rue de la Barière, la rue Pelisserie, la Grand'Place, la rue Massargues et le boulevard du Nord.
(1) Voir Archives ducales. Procès-verbal de M. Malzac, premier vicaire de la cathédrale, en date du l8r octobre 183S.
Des poêles étaient portés par toutes les congrégations d'hommes et de femmes.
Les deux poêles d'honneur étaient tenus : le premier, par le sous-préfet d'Uzès, le maire, le commandant de la garnison et le vicomte de Dampmartin, et le second, par MM. Chambon, président du tribunal de Nimes, Chalmeton, lieutenant-colonel en retraite, Bouschon, docteur en médecine et Saint-Ange d'Amoreux, ancien magistrat (1).
De son mariage avec Aimable-Emilie de Chàtillon il eut un fils, Adrien- Emmanuel qui suit.
(!) Voir procès- verbal de M. Bonnet, curé d'Uzès, en date du 3 août 1843, dans la gran.l'armoire des Archives du château ducal.
Adrien-Emmanuel DE CRUSSOL