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VICOMTES D'UZÈS

Robert 1 prit part aux guerres de Gascogne et surtout à la guerre de Flandre. A la tète (Tune bonne troupe de ses vassaux, il combattit valeureusement et contribua au succès de la" bataille de Cassel, remportée sur les Flamands par le roi le 23 août 1328. Aussi en reconnaissance de ses services, comme de ceux que ses ancêtres avaient rendus à la couronne, le roi Philippe Auguste, quelques jours après la bataille, le 4 septembre de la même année érigea la seigneurie d'Uzès en vicomte (1).

Les lettres d'érection de la vicomte d'Uzès portent que les prédécesseurs de Robert d'Uzès étaient appelés comtes à cause de leur naissance illustre et l'étendue de leurs terres, mais qu'ils avaient perdu ce titre, ayant pris part à une révolte du comte de Toulouse contre le roi. Ce qui prouve bien que les prédécesseurs de Robert étaient du nombre des plus grands seigneurs du pays (2).

(1) Uzès (ut la deuxième seigneurie érigée en vicomte par nos rois «Je la troisième race.

La première fut Carmaing, érigée en 1305 par Philippe le bel en faveur de Bertrand, vicomte de Lautrec.

(2) Archives ducales. Inventaire, page 3. Mémoire du duc d'L'zès contre M%r Poncet de la Rivière, évêque, page 51.

Du reste l'ancien marquisat de Gothie qui auparavant était appelé duché deSeptimanie, comprenait entr'autres lieux les comtés d'Agde. deBéziers, deNimesetd'Uzès (1).

Avant l'érection d'Uzès en vicomte, en J'an 1316, Philippe, comte de Poitiers, frère cadet du roi dit le Hutin, et devenu régent du royaume après son décès, nomma pour son lieutenant dans la sénéchaussée de Nimes et Beaucaire, Armand de Poitiers, comte de Valentinois et proche parent de Robert par sa mère. Ce lieutenant fit prêter serment :le fidélité aux consuls et habitants d'Uzès au mois de juillet. Cette cérémonie eut lieu dans Uzès sur la grande place, en présence del'évêque André, de Robert, principal seigneur d'Uzès, et d'autres personnes de distinction. Robert remit le 4 décembre 1320 trois grandes clefs du portail de la cité., aux trois consuls dont la nomination lui était réservée 2 .

Le 1 1 mars 1333 il fut passé une transaction entre le vicomte d'Uzès, l'évèque et Béranger, co-seigneur d'Uzès, d'une part, et les consuls de l'autre, sur la police des grains et denrées et la vente des étoffes et autres marchandises. Les émoluments sont partagés entre le vicomte d'Uzès pour 1/2, Béranger et l'évèque chacun pour 1/4.

On convient qu'on ne pourra vendre qu'à certains poids et mesures, et l'acte porte que les étoffes seront vendues à la canne ou aune, dont l'empreinte fut faite sur la muraille de l'église Saint-Théoclorit, auprès de la porte d'entrée de l'église qui touchait à la maison où se tenait le chapitre (3).

En 1344 l'évèque d'Uzès Hélias fit son entrée solennelle dans la ville. Le procès-verbal porte que les consuls de la ville d'Uzès allèrent prendre l'évèque au lieu

(1) Archives ducales. Inventaire, page 67.

(2) Archives ducales. Inventaire, page lli.

(3) Archives ducales, — Mémoires pour le duc d'Usés contre l'évèque Ponce/ delà Rivière, page 7.

de Saint-Firmin et tenant la bride de son cheval le menèrent jusqu'à la porte Saint Etienne, où l'évêque s'arrêta; qu'il demanda où étaient les autres pairs ou co-seigneurs, afin qu'ils l'introduisissent dans la ville suivant la coutume, et qu'alors apparurent deux gentilshommes, l'un pour Bérenger d'Uzès, l'autre pour Robert (qui était le vicomte), que ce dernier dit à l'évêque qu'il venait pour le vicomte sans être informé de ce qu'il devait faire et qu'il protestait que tout ce qu'il ferait ne serait que pour rendre honneur à l'évêque et non de soumettre le vicomte ni ses successeurs à aucune servitude ou obligation, et après cette protestation les deux gentilshommes prirent la bride du cheval et accompagnèrent ainsi l'évêque jusqu'à sa cathédrale.

« Robert habita souvent son château deBelvezet situé à 15 kilomètres d'Uzès. La proximité de la cité vicomtale où il pouvait se rendre facilement, et les agréments de chasse que lui procuraient les immenses et giboyeuses forêts qui entourent ce village- déterminèrent son séjour dans ce pays. Peut-être un sentiment de fierté ne fût pas étranger à cette décision. Malgré le titre de vicomte qu'il avait obtenu du roi, Robert n'était que le second à Uzès : l'évêque marchait le premier. Qui sait si cette fière nature ne pre'fera pas rester dans la solitude des champs et des bois plutôt que de n'être que le second dans la cité d'Uzès (1). »

Robert I testa le 28 mars 1349 et conformément à son testament, il fut enterré à l'église des frères Mineurs d'Uzès (2).

Il avait épousé en premières noces, par contrat passé à Saint Rémi en Provence, le 11 avril 1306, Dulcine de Sabran, fille d'Elzéard de Sabran, seigneur d'Ansouis,

(1) Note de M. de Laville, archiprètre de la cathédrale d'Uzès. (ï) Archives ducales, Inv. page 93.

qui apporta pour dot quarante mille gros tournois blancs et anciens, et comme elle était cousine de Robert au 4rae degré, ils avaient obtenu dispense du pape Clément V le 17 septembre 1305. Elle est nommée dame d'Uzès dans le testament de S1 Elzéard de Sabran son neveu, l'an 1317.

En secondes noces Robert épousa Guiote de Posquières, veuve de Gui III de la Roche, seigneur de Posquières, qui lui apporta en dot les terres de Bellegarde et de Broussan près de Beaucaire (1).

De ce mariage naquirent quatre garçons et deux filles:

1° Decan III qui suit ;

2° Louis d'Uzès qui apparaît en 1369 (2) ;

3° Raymond, qui hérita de Bellegarde et Broussan par donation de sa mère du 27 mars 1341 (3) ;

4° Jehan d'Uzès, évoque de Ni mes en 1372 (4) ;

5° Guiote d'Uzès, née à la fin de 1332 qui épousa en premières noces, en mars 1346, n'ayant que 13 ans, Louis d'Espagne, prince des Iles Fortunées, comte de Talmon et seigneur de l'île d'Oiéron (5 ; et en dernières

(1) C'est depuis cette époque, c'est-à-dire depuis le xiv° siècle, que le domaine de Broussan a été et est encore dans le patrimoine de la maison d'Uzès.

Il existait des châteaux forts à Bellegarde et à Broussan, voisins l'un de l'autre. Celui de Bellegarde devait être un poste important comme se trouvant sur la route de Nimes à Arles, villes dès longtemps confédérées ensemble. En 508 une grande bataille eut lieu dans la plaine de Bellegarde, entre les Visigoths et les Francs.

En 1215 le château de Bellegarde fut pris par Simon de Montfort.

Le 8 juin 1570, le duc de Montmorency s'en empara sur les huguenots et le fit raser.

(l2) Mènard, tome n, page 290.

(3) Manuscrit d'Aubais, de l'abbé Berthon et Ménard, tome n, page 263.

(4) Menant, tome n, pages ÎOO-319.

(5) Archives ducales, Iuv. page 69.

noces, le 5 avril 1351, Aymard de Poitiers, fils d' Aymard, comte de Valentinois (1);

0° Catherine, qui épousa le 11 juin 1353 Archambaud deBoulbon, seigneur de Boulbon et de Saladrenque 2 .

Oecan III, deuxième vicomte d'Uzès, seigneur d'Aimargues (3), fut émancipé par son père le 27 mars 1341 et reçut en même temps une dotation générale (4).

Le 24 octobre 1352 il prêta au roi serment de fidélité, et le 18 octobre de l'année suivante il prêta le même serment à Hélias, évè jue d'Uzès [Archives ducales, 1. 1, n°62.

Ce fut sous lui qu'on établit, non sans peine, en 1341, l'impôt sur le sel dit gabelle, supprimé seulement par le fait de la révolution.

En 1344, le roi Philippe de Valois passa à Uzès venant d'Avignon, où il était allé visiter le pape. Il coucha dans le château du vicomte. On ne lui lit aucune entrée de crainte de réveiller la contagion de la peste qui sévissait alors à Uzès et dans les environs.

Le 24 octobre 1352, Decan, vicomte d'Uzès. fait serment de fidélité au roi de France pour la vicomte d'Uzès et ses dépendances, entre les mains d'Aymeri de Rochechouart, sire de Mortemart, qui commandait dans le Languedoc avec l'autorité de capitaine souverain pour le roi (5).

Plus tard, en 1355, le fameux prince de Galles, dit

(1) Archives ducales, Inv. page 69.

Ménard, tome vu, notes, page 643. Pièces fugitives SAubais, tome i. Guerre du Comtat, pages 32 1-322 . (i) Archives ducales. Inv. page 09.

(3) Aimai-gues est aujourd'hui une commune du canton de Vauvert. (&) Archives ducales 16, parchemin 992.

(5) Histoire générale du Languedoc, tome vu, pag . 3 ,

Prince noir, pénétra dans le Languedoc, mais il fut repoussé par les milices de la Province.

Cette irruption engagea les villes à réparer et à augmenter leurs fortifications. Celles d'Uzès consistaient alors dans un rempart et un fossé qui entouraient son enceinte et dont on reconnaît encore aisément les vestiges en faisant le tour de la ville, sauf remplacement où sont situés actuellement l'église cathédrale et l'ancien Palais Episcopal. Le rempart partait de ce côté de la porte Saint-Julien à travers ces deux édifices et allait aboutir à la tour Martine, dite le Pavillon Racine, appartenant aujourd'hui au duc d'Uzès, et venait se oindre à la porte dite de l'Evêché, de manière que le cloître du chapitre était comme l'église cathédrale d'alors, enfermé clans l'enceinte.

On comptait quatre principales portes : celle dont je viens de parler; celle de Saint-Etienne, défendue par une tour; celle de la Condamine, ayant également une forte tour, dite la Tour Banastière, où étaient les mesures publiques qui servaient à mesurer les grains les jours où le marché se tenait au dedans de cette porte ; celle dite de Saint-Julien.

Les approches de la ville étaient défendues au nord, par le château ou fort de Saint-Firmin où sont aujourd'hui les enclos de la Perine et de la Bernarde; du même côté, le château-neuf appartenant au vicomte et sur l'emplacement duquel les ducs firent construire une église et un couvent qu'ils donnèrent aux pères capucins avec plusieurs jardins attenant; du côté du couchant, par la forteresse dite la Tour du roi, située à la place appelée aujourd'hui marché aux cochons.

Du côté du midi, par un boulevard dit la Barrière, élevé à l'endroit appelé la Croix-des-Pommiers, et (.'iil'in dumêmecôté parle château de Saint- Ferréol dont les huguenots dépossédèrent les évoques et firenl une vraie citadelle.

De ce côté du midi les remparts étaient an niveau du sol de l'abreuvoir public alimenté par les eaux d'une source dite Fontaine-Marie. Là et vis-à-vis la ruelle devenue cul-de-sac, et qui alors aboutissait à la rue delà Monnaie, se trouvait une autre porte ou plutôt un guichet appelé Lou Pourtalé, par lequel on se rendait comme à l'abri de la ville au château de Saint-Ferréol

En 1361, les routiers se rassemblèrent à côté de Lyon pour de là se rendre en Languedoc. Le roi de France ordonna à Jacques de Bourbon comte de la Marche de les combattre. Jacques mit sur pied un corps d'armée où il y avait divers seigneurs de la province du Languedoc, entr'autres le vicomte d'Uzès. et leur livra bataille près de Lyon, le 2 avril, mais il eut le malheur d'être défait. Le vicomte d'Uzès y demeura prisonnier avec plus de 200 chevaliers, en sorte que les compagnies (ou routiers) eurent la liberté de s'étendre partout où elles voulurent (1).

Après avoir recouvré sa liberté moyennant rançon, Decan vint à Uzèset, quelques années après, il mourut. Conformément à son testament qui datait du 10 février 1360, il fut enterré à l'église des Frères Mineurs d'Uzès 2 .

Il avait épousé Agathe de Baux, fille d'Agoult de Baux, sénéchal de Nimes et Beaucaire, et de ce mariage, il eut huit enfants :

1° Robert ;

2° Bermond;

3" Decan ;

4° Pons, religieux dans l'abbaye de Psalmodi :

5° Raymond vicomte d'Uzès par le décès de son frère aîné ; lui-même n'ayant point laissé d'enfants, ses seigneuries passèrent à :

(1) Histoire du Languedoc, lome vu, page "i'iîG i-> Archives ducales. Inventaire, p. 44.

6° Alzftas on Ausias ou Eleasarti qui continua la postérité ;

7° Alix mariée le 12 février 1363 à Guillaume III, seigneur de Tournon (1) ;

8° Guiote d'Uzès religieuse à Sainte-Praxède d'Avignon.

%!zias, cinquième vicomte d'Uzès par la mort de ses deux frères sans postérité, aima beaucoup la chasse et la guerre. Il reçut à son château vicomtal en 1374, le duc d'Anjou, lieutenant général du roi Charles V qui était venu à Uzès au mois d'avril. Les consuls allèrent au-devant de lui à cheval, accompagnés de leurs conseillers aussi à cheval, jusque vis à vis les ruines de la chapelle Saint-Eugène (2) , escortés par un grand nombre de Pavoisins, commandés par le viguier royal de Grospierre.

Le duc fut harangué par le premier consul, Elzéard de Montaren. On lui offrit pour présent un veau et six salmées d'avoine.

Ce prince alla visiter les châteaux de Collias (3), de Castille (4) et de la Bastide d'Engras (5), accompagné du viguier et escorté par les Pa voisins de la ville, auxquels il voulut bien accorder cet honneur, et qui marchaient précédés de tambours et de fifres, le drapeau de la ville déployé.

(1) Archives ducales, p. 69.

(2) Cette chapelle en ruines, adossée à une maison d'exploitation rurale, près d'Uzès, appartient à M. l'abbé Vidal, aumônier de la Maison d'Uzès.

(3; Le château do Collias qui subsiste encore, ne date que de la fin du xvi° siècle; celui que visita le duc d'Anjou, occupait tout auprès un emplacement qu'on appelle aujourd'hui le Castellas.

Collias est une commune du canton de Remoulins (Gard).

(Voir Dictionnaire topographique du Gard, par Germer Durand).

(4) Commune d'Argilliers (Gard).

(5) Canton de Lussan (Gard,).

A quelques années de là, Alzias qui était d'un caractère aventureux fit partie de l'expédition de Tunis, entreprise en 1390. Elle fut faite à la prière des habitants de 9 Gênes, dont les Tunisiens et autres corsaires africains désolaient le commerce.

Louis II de Bourbon surnommé la fleur des chevaliers, élève et compagnon de Duguesclin, qui passait pour un des plus grands princes de son siècle (1), fut le chef de cette nouvelle croisade. Il fit équiper un grand nombre de bâtiments sur lesquels furent embarqués 500 hommes d'armes, tous chevaliers ou écuyers, et un grand nombre d'arbalétriers Génois, jouissant alors d'une grande réputation.

Dans le nombre des principaux chevaliers on comptait Philippe d'Artois, comte d'Eu, comte d'Harcourt, l'amiral de France, Jean de Vienne, le sire d'Albret, le comte de Derby, fils du duc de Lancastre, et parmi ceux de nos contrées, outre le vicomte d'Uzès, Bermond de Sommières, Hugues de Laudun, Guillaume de Sabran, Astorg du Cailar, Pierre d'Albaron, etc.

Cette armée forma effectivement le siège de Tunis, mais au bout de six semaines elle fut tellement harassée par la chaleur, les travaux, les escarmouches et les maladies, que bien qu'elle eut gagné un grand combat contre les Maures dans lequel le vicomte d'Uzès fut tué, les nouveaux croisés abandonnèrent la partie et se rembarquèrent.

Les ossements d' Alzias, dont on avait fait bouillir et ensuite enterrer les chairs, furent rapportés dans une caisse à LTzès, par Silvestre de Guison, l'un de ses chevaliers, et honorablement ensevelis dans l'église des frères mineurs, alors reconstruite et réparée, suivant son testament du 12 mai 1390 fait à Saze.

(1) Histoire des princes de Coudé, par S. A. R. le duc d'Aumale, tome 1, jki^h 10.

Alzias avait épousé le 11 septembre 1376 T Delphine de la Roche, qui lui apporta en dut la terre de Saint- Privat (2). Devenue veuve, elle se retira dans le monastère des Clarisses d'Alais.

De cette alliance naquirent Robert II qui suit, et Pierre qui prit le titre de seigneur de Vallaurie.

Robert II, sixième vicomte d'Uzès seigneur d'Aimargues, B:*oussan, Bellegarde, Remoulins, Sernhac, Saint-Bonnet, Saze, etc., avait à peine douze ans lorsqu'il succéda à son père. Il fut élevé sous la direction et la tutelle de sa pieuse mère. Il épousa en premières noces, le 28 février 1400, Claire de Joyeuse dont il eut une fille, Delphine, mariée à Lancelot de Poitiers, et en deuxièmes noces Gilette de Pressigny, fille de nobles de Parseval de Pressigny et d'Isabelle de Verneuil (3), à laquelle ses deux oncles, les frères Boucicaut, donnèrent quatre mille livres d'or dans son contrat de mariage du 19 mai 1405.

Cette alliance fut très avantageuse à Robert II par la protection des Boucicaut, dont l'un, Geoffroy le Maingre était gouverneur du Dauphiné, et l'autre, Jean, était maréchal de France et gouverneur du Languedoc. Ils jouissaient l'un et l'autre d'une haute estime et avaient un grand crédit à la cour. Leur renommée était égale à celle des chevaliers les plus illustres de leur époque (4).

La ville d'Uzès se livra, à cette occasion, à des réjouissances publiques et les consuls furent en cérémonie complimenter Gilette et ses deux oncles.

(1) Archives ducales. Inventaire page 69, verso.

(2) Charvet. Première maison d'Uzès, page 70. Saint-Privat-du- Gard, commune de Vers.

Jrchives de Remoulins. Vente du château de Saiut- Privât , en date du 14 mai 1411.

(3) Archives ducales. Inventaire, page 70.

(4) Le Plutarque Français, tome 1, page 47.

En 1412 le maréchal Boucicaut vint prendre le commandement des troupes lovées contre les Armagnac qui ravageaient nos contrées.

Il arriva à Uzès le 11 juin. La ville lui lit présent de six perdrix et d'une salmée d'avoine, n'en pouvant faire plus, disent les registres (1), à cause de sa misère.

Il y retourna au mois de mars de l'année suivante, et après avoir visité les forteresses il fit diviser les habitants en compagnies ou bandes.

La première fut composée des nobles, des avocats, des docteurs bacheliers, licenciés ès-lois et des bourgeois n'exerçant aucune profession manuelle.

La deuxième des notaires, greffiers, clercs, chirurgiens, apothicaires, marchands, etc.

La troisième des menuisiers, serruriers, tisserands, etc.

La quatrième des tailleurs de pierre, des maçons, des travailleurs de terre, etc.

Chacune se choisit une enseigne :

La première mit. sur la sienne Saint-Firmin ; la deuxième Saint-Ferréol ; la troisième Saint-Etienne ; la quatrième Saint-Roman, sans doute à cause de la vénération particulière des Uzétiens pour ces quatre saints. L'enseigne générale portait d'un côté les armes du roi, et de l'autre côté les armoiries anciennes d< ville.

Les consuls, comme gouverneurs, nommèrent les quatre capitaines, et ceux-ci choisirent les chefs d'escouade.

Il fut ordonné qu'en cas d'attaque la première bande se porterait du côté du levant, la deuxième du côté du couchant, la troisième du côté du nord et la quatrième du côté du midi.

Le château de Saint-Ferréol et la tour du roi lestèrent

(1) Registre des délibérations de la ville 'l'Uzès au \vf siècle.

sous le commandement du viguier royal, le château neuf, celui de Saint-Firmin et les tours confiés à ceux des seigneurs à qui ils appartenaient.

Les rondes devaient être faites au moins par quatre hommes armés d'un bouclier, d'un coutelas et d'un bâton ferré et aiguisé.

Les guets devaient durer douze heures, être placés, l'un sur la tour de l'évêque, l'autre sur la tour du roi, et en cas de prochain danger les consuls devaient faire sonner le tocsin et chaque habitant se rendre à son poste.

Heureusement on n'eut pas à mettre en pratique ces dispositions, l'ennemi ne se présenta pas.

Le maréchal venait souvent visiter sa nièce. Aussi il finit par dispenser les consuls et les habitants de lui faire aucune entrée publique, de le haranguer et de lui faire des présents. Il leur dit un jour : & Je ne viens pas comme gouverneur du Languedoc, mais comme un simple chevalier qui vient visiter ses parents ».

Robert profita de l'autorité de ce parent pour augmenter ses droits clans la ville et dans la contrée sur les fiefs qu'il possédait.

En 1422 Charles VII. après son sacre à Poitiers, étant venu passer quelque temps à Espali en Languedoc, y reçut l'hommage et le serment de fidélité des principaux vassaux de la province. Robert II vicomte d'Uzès le lui fit rendre en son nom par Jehan son fils aine.

Robert testa le 3 août 1426 et fut enterré à l'église des Frères mineurs d'Uzès (1) ainsi que sa femme née de Parseval de Pressigny.

Il eut de sa seconde femme six enfants :

1° Jehan qui suit ;.

2° Eleasard qui apparaît en 1437 (2) ;

(1) Archives ducales. Inventaire, page 96. ï) Manuscrit d'Aubais de Nimee, page 334.

3° Arnault, prieur de Prévenchères en 1470(1), au diocèse de Mende ;

4° Guiote qui apparaît de 1459 à 1408 et épouse Michel de Valperga (2) des comtes de Caumont (3) ;

5° Alix ou Hélix épouse le 19 mars 14(54 Tristan de Montlaur (4) ;

6° Alzias ou Eleazard (5).

«Jehan, septième vicomte d'Uzès (6), était le filleul du maréchal Boucicaut, son grand oucle, qui lui avait donné son prénom de Jehan.

En 1437 Bertrand de Cadoëne, évoque d'Uzôs, désirant faire revivre d'anciens usages , chercha à obliger le vicomte d'Uzès et Eleasard, son frère, à lui rendre foi et hommage. A cet effet il leur souleva des difficultés sous le prétexte qu'ils avaient maltraité des religieux et les excommunia. Il envoya son excommunication au concile de Baie qui était alors assemblé et les fit excommunier par le concile à la requête de son procureur fiscal. Mais en même temps il se fit envoyer la commission pour les absoudre clans le cas où ils consentiraient à lui rendre hommage. A cette époque de foi vive, la crainte de l'excommunication l'emporta sur toutes autres considérations. L'évèque parvint à ses fins. A la date du 21 octobre 1437 il intervint une transaction d'après laquelle on fit d'abord déclarer par le vicomte et son frère qu'ils voulaient terminer le procès, afin que, dans cette vallée de larmes et de misère, ils pussent attendre en sûreté le terrible jugement de Dieu, et peu

(1) Archives de Saint-Privat, quittance pour le seigneur de Fournès.

(2) Valperga au diocèse de Turin.

(3) Archives ducales. Inventaire, page 7 1

(4) id. id. page 97,

(5) id. td. page 97.

(6) .)/. d'Aubais de Nimcs, page 334. Archives de Saint-Privat, quittances pour le sieur de Fournès de l'année 1470.

après, acceptant tout ce qu'exigeait d'eux l'évèque, le vicomte d'Uzès et son frère lui rendirent foi et hommage et tous les deux furent relevés de l'excommunication (1).

En 1439 le roi fit un voyage en Languedoc et tint les états au Puy. Parmi les seigneurs qu'il y appela on cite le vicomte d'Uzès, les seigneurs de Montfaucon, Crussol, Tournon, Montlaur, etc.

Ces états du Languedoc ainsi assemblés au Puy, en avril 1439, accordèrent au roi un subside de cent mille livres tournois pour la guerre. Les états lui demandèrent, pour régler plusieurs affaires importantes, de laisser le Dauphin Louis pour commander en Languedoc. Le roi se rendit à leur prière et établit le Dauphin son lieutenant-général dans cette province. L'assemblée pria instamment le roi d'interposer son autorité pour faire cesser le schisme qui désolait l'Eglise ; le pape Eugène IV fut si content de cette démarche qu'il remercia les Etats par une lettre qu'il leur adressa au commencement de juin (2).

Jehan fut un homme doux et pacifique. Les monuments historiques parlent très peu de lui. Des lettres patentes du roi Louis, conservées au duché d'Uzès, constatent toutefois qu'il fut nommé conseiller du roi (3). Les traditions du pays rapportent qu'il fut aimé de ses vassaux, qu'il fit du bien et protégea constamment et surtout les habitants d'Uzès, au milieu desquels il se plaisait à vivre.

Il eut le regret de voir brûler les archives de son château à la suite d'un incendie. Il demanda à faire extraire des dépôts publics des copies authentiques des actes qui les concernaient. Le sénéchal de Beaucaire,

(1) Archives ducales. Mémoire pour le duc d'Uzès contre messire Poncet de la Rivière, page 27. Manuscrit d'Aubais de Nimes, p. 334. (?) Histoire générale du Languedoc, lorae 8, page 01. (.'S) Archives ducales. Inventaire, page 6, verso.

— 4tf —

Raymond de Vilar, accorda L'autorisation par une ordonnance du 26 octobre 1443.

Jehan avait épousé, en 1453 (1), Françoise- Anne de

«Brancas, dont ie père, Barthélémy de Brancas seigneur de Vilhois et d'Oyse, était le fils aîné de Benfile de Brancas ou de Brancacio, seigneur napolitain du parti de la maison d'Anjou (2).

Jehan testa le 9 mars 1472 et mourut le 14 février 1475 (3).

Il fut enterré, comme ses prédécesseurs, dans l'église des Cordeliers avec beaucoup de pompe. Les prêtres i les diverses terres des environs dont il était le seigneur y assistèrent ainsi que ceux de la ville. Les habitants l'escortèrent en armes, enseignes couvertes de deuil. Le corps était porté par ses écuyerSj Eustache deLaudun, chevalier, Pons de Ville, écuyer, viguier royal et les deux consuls Michel de Roche et Michel du Lac tinrent les coins du drap mortuaire (4).

Jehan fut le dernier mâle de la famille des Decan seigneur d'Uzès depuis le xe siècle. II ne laissa en effet qu'une fille, Symone, qui épousa son parent le comte de Crussol, dont le duc d'Uzès actuel est le descendant en ligne directe.

(1) Archives ducales. Inventaire, page 97.

(2) 11 était venu en Franc à la suite de Louis II d'Anjou, quand ce prince fut obligé, par Ladislas de Hongrie, son concurrent au trdne, d'abandonner Naples eu 1399.

Ce Bentilo de Brancas acquil plusieurs terres et seigneuries de Provence. Il s'y fixa et mourut à Avignon en 1416.

(3) Archives ducales. Inventaire, page 97.

(4) M. Siméon Abau/ii.

Voici les vers patois qui furent faits à l'occasion de la mort de Jehan :

L'ou damier das anciens Decan

Seignous d'Uzès despiei tant d'ans

N'èro l'ou vicomte Jean

Et l'on pot dire ua bon enfant.

N'èro coumo sous d'avanciers,

Bon cathouli, grand aumounier.

Nost bon vicomte Jean

Segu sera entre lous sans.

Quelou bonDiu nous conservo Simouno

Ques coumo soun paire pietadouzo et bono

Que n'airao coumo el lous gens d'Uzès

Et n'en fai l'ou ben que savez.

Que la Viergho et toutes lous sans

La fatchous viure jusqu'à cent ans.

Le dernier des anciens Decan

Seigneur d'Uzès depuis tant d'ans

Etait le vicomte Jehan

Et l'on peut dire un bon enfant.

Il était comme ses devanciers,

Bon catholique, grand aumônier.

Notre bon vicomte Jehan

Sera bien sur entre les saints.

Que le bon Dieu nous conserve Simone

Qui est comme son père, pieuse et bonne.

Qui aime comme lui tous les gens d'Uzès

Et qui fait le bien que vous savez .

Que la Vierge et tous les saints

La fassent vivre jusqu'à cent ans.

Jacques de Crussol, huitième vicomte d'Uzès.

Symone, vicomtesse d'Uzès, seule héritière de la vicomte, épousa le 24 juin i486, Jacques, baron de Crussol (1), d'une très ancienne et très noble famille du

(1) Son père, Charles, fut de la première promotion des chevaliers de l'ordre de Saint-Michel, ordre institué en 1469 par Louis XI. (Choix d'anecdotes françaises, page 358).

Son oncle, Louis de Crussol, sénéchal du Poitou, était grand maître de l'artillerie du royaume. Il lit lever le siège de Beauvais à Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, et après avoir été employé dans plusieurs autres affaires importantes de l'Etat, il mourut en Languedoc le 15 août 1473, en allant prendre le commandement de l'armée en Catalogne. (Recherches archéologiques sur Saint-Romain de Serpe, par l'abbé Garnadier, page 69).

Un de ses ancêt-es, Ponce Bastet de Crussol, fut un des chevaliers de la croisade de Philippe Auguste, en 1195. [Id. page 62). Il portait facée d'or et sinople.

Un autre suivit Saint Louis en Palestine (Id. page 62).

(Extrait des Galeries de Versailles, tome vi, 2m« partie, page 489).

Histoire des ducs de Bourgogne, tome ix, page 108.

Vivarais, grand chambellan et grand pannetier de France, gouverneur du Dauphiné, capitaine de 200 archers de la garde dn roi. Il était fils de Loys de Crussol *et de Jeanne de Levis,

Symone lui apporta en dot la vicomte d Uzès à la condition qu'il prendrait désormais le nom el les armes d'Uzès, écartelées avec celles de Crussol (1). Elle lui apporta aussi les baronnies de Lévis et de Florensac, dont le vicomte rendit hommage au roi le 17 mais 1514(2).

Les époux obtinrent de la cour de Rome des dispenses pour se marier, attendu qu'ils étaient cousins au second degré (3). Le contrat de mariage fut reçu par Me André Salvaire, notaire à Uzès.

Les noces se firent au château vicomtal avec une grande pompe et au milieu des fêtes et des plaisirs. Plusieurs nobles seigneurs et chevaliers, parents, alliés ou amis y assistèrent. Les consuls de la ville furent haranguer les nouveaux mariés le lendemain des épousailles. Ces consuls étaient Albert de Montyron et Castor Licon. Ce dernier porta la parole.

Le soir il y eut sur la place publique un feu de joie que les nouveaux mariés allumèrent tout en répandant beaucoup de dragées, depuis leur départ du château jusqu'à leur rentrée.

En 1486 et le 1er septembre, le vicomte d'Uzès rendit hommage de sa vicomte au roi Charles VIII. Ce fut ce même r-i qui, le 30 juin 1493, acheta le 1/4 de la seigneurie d'Uzès à Guilhaumede Laudun, baron de Montfaucon, fils de Blanche d'Uzès, de la branche des Cancelin.

(1) Archives ducales, carton T.

(ï) Histoire générale du Languedoc, tome vin, pag<

(3) Archives ducales. Inventaire, page 72, verso.

En 1504, Jacques de Crussol, vicomte d'Uzès, fut pourvu de la charge de sénéchal, par lettres patentes du roi Louis XK. En même temps le roi lui accorda la charge de capitaine ou châtelain des châteaux royaux de Nimes et de Gallargues [1). Le sénéchal, vicomte d'Uzès, assisté de Jean de Montcalm, son lieutenant, fit publier une sage ordonnance sur un grand nombre d'articles concernant les élections des consuls, conseillers politiques, et sur leur administration.

A quelque temps de là il se rendit à l'armée d'Italie et se trouva au siège de Ravenne, en 1511. L'armée française était dans une position assez critique, abandonnée d'une partie de ses alliés et environnée d'ennemis, sans compter ceux qui étaient assiégés. Un conseil de guerre fut tenu par les chefs de l'armée, sous la présidence du duc de Nemours, général en chef. D'accord avec le chevalier Bayard, Louis de Brézé et quelques autres, Jacques de Crussol, vicomte d'Uzès, fut d'avis de livrer bataille immédiatement. Cet avis fut adopté par le duc de Nemours. Une grande bataille fut livrée sous les murs de Ravenne et gagnée par les Français, qui eurent la douleur d'y perdre leur chef, le duc de Nemours (2).

A son retour d'Italie, sur la supplication des habitants de Nimes, Jacques de Crussol se rendit, dans cette ville pour empêcher les désordres qu'un nombreux corps de troupe, revenu d'Italie, aurait pu commettre. La ville de Nimes lui fit présent à son retour de douze perdrix, de six chapons, d un-demi tonneau de vin, et lui témoigna, par l'organe de ses magistrats, combien tous les habitants étaient reconnaissants de ses bons et loyaux services.

Peu après, par lettres patentes du 8 juillet 1512, don-

(1) Histoire de Nimes, tome iv, page 66.

(2) Vies des hommes illustres de France, par d'Auviguy, page 382, tome ix. — Bibliothèque du Duché,

nées à Blois, par le roi de France, seigneur de Gênes, Jacques de Crussol, vicomte d'Uzès, fut nommé lieutenant-général et gouverneur du pays de Gènes (1).

Lorsqu'il eût terminé sa mission en Italie il revint en Languedoc.

En ce moment la France venait de perdre Louis XII, véritable père de ses sujets. Il était mort à Paris, le 1er janvier 1515. Comme il ne laissa que des filles, ce fut le comte d'Angoulême, son neveu à la mode de Bretagne, qui lui succéda sous le nom de François Ier, âgé de vingt-et-un ans. Aussitôt après son avènement au trône, les états particuliers de la sénéchaussée de Beaucaire s'assemblèrent à Uzès (2), et Jean de Montcalm, juge mage de la sénéchaussée, fut député par cette assemblée pour présenter à François 1èr les hommages de la sénéchaussée, et obtenir de sa bienveillance la confirmation des privilèges des villes de la Province. Ce qui fut accordé.

En 1517, les états de Languedoc furent assemblés à Pont-Saint-Esprit. Jacques de Crussol, vicomte d'Uzès et sénéchal de Beaucaire, y assista. Une question de préséance s'éleva entre lui et le seigneur d'Apchier, baron de la Tour de Gévaudan, et il fut décidé que le seigneur de Crussol le précéderait en qualité de vicomte 3 .

A quelque temps de là, une autre assemblée des états du Languedoc eut lieu extraordinairement à Beaucaire, dans le réfectoire des Cordeliers, le 8 février 1520, au milieu de la peste qui affligeait le pays. Les envoyés des vicomtes de Polignac et d'Uzès se disputèrent la préséance, qui fut adjugée à ces derniers (4).

(1) Archives ducales. Inventaire II.

(2) Archives de Vhôlel-de-ville de Nimes, registre du xvi' siècle, folio 150, verso.

(3) Histoire générale du Languedoc, iome 8, page 231.

(4) Id. tome 8, page 239.

Vers cette époque mourut Symone, vicomtesse d'Uzès, qui avait testé le 30 décembre 1514. Elle avait fait son mari Jacques de Crussol., son héritier universel (1). Elle fut enterrée à l'église des Cordeliers d'Uzès (2).

Son mari mourut en 1525, des suites des blessures qu'il avait reçues à la bataille de Fornoue. Son testament est du 30 mars 1509. Il avait obtenu du général des Cordeliers pour lui, son épouse et sa famille, de se faire enterrer dans l'église des Cordeliers, avec l'habit de Cordelier (3) et c'est dans cette église qu'il fut inhumé.

Il laissa de son mariage avec Symone. sept enfants, deux garçons et cinq filles, savoir :

1° Charles qui suit;

2° André, seigneur de Beaudiné, mort sans lignée de Péronnelle de Lévis-Ventadour ;

3° Marie, épousa Guillaume d'Ancezune, seigneur de Codolet le 4 novembre 1509 (4), et 2° Jean de Pontevès (5, ;

4° Jeanne épousa le 6 juin 1518 Mayfred de Voisins, vicomte de Lautrec ;

5° Anne épousa le 19 novembre 152(5, le baron de Cassillac vicomte de Quernoyen ;

6° Jeanne épousa de Marze, seigneur de Belleroche.

Charles de Crussol, neuvième vicomte d'Uzès. Du vivant de son père il épousa Jeanne de Genouilhac (6), fille de Jacques de Genouilhac dit Galiot, sei-

(1) Archives ducales. — Extrait sommaire des litres de la maison de Crussol.

(2) Archives ducales. Inventaire, page 99.

(3) Id. Inv. page 223.

(4) Archives ducales. Inv. page 73.

(5) Id. Id. page 74.

(G) Jeanne de Genouilhac avait été élevée au château d'Amboise avec Marguerite do Valois, dont elle resta l'amie. Aussi, lorsque plus tard

gneur d'Acier, grand écuyer et grand maître de l'artillerie de France(l). Le contrat de mariage fut passé à l'entrée de la chapelle du château de Charmes (2), par Antoine 'de Couches, notaire à Valence, le 29 juillet 1523 (3).

Sur la démission de son père, Charles fut nommé sénéchal de Nimes et Beaucaire. En cette qualité il passa la revue à Nimes, en février 1523, des bans et arrièrebans des nobles du pays. Ceux-ci reçurent l'ordre de se trouver à Béziers, le 25 juillet de la même année, pour s'opposer au passage d'un grand nombre de gens de guerre qui s'efforçaient de traverser la province pour aller en Espagne au service de l'empereur Charles- Quint et qui commettaient beaucoup de désordres et de dégâts.

cette princesse se rendit dans le Midi, et notamment à Nimes, elle pria Jeanne de Genouilhac de l'accompagner dans cette ville : « Et faisait beau voir, dit un auteur du temps, ces deux grandes dames se promener ensemble parmi les monuments antiques, et en discourir à plaisir comme les plus doctes ».

Voici des vers patois qui furent composés à celte occasion :

Quand per cas se trobo à la Cour,

Qu'à Paris n'en faï un séjour

lé brillo counio lou souléou dou miéjour.

Lou rey, la reyno, las enfants,

Lous grands et lous gens savans

N'en courissoun à sous davans.

La sur d'aou reï, la reino Marguerito

L'aïmo coumo sa favourito.

Aoussi quand à Nimé n'en passé

"Vite à Uzès n'en despatché

E la grande ami^o n'en mandé

Per la veyre et per l'embrassa

E en d'elo n'en devisa.

Quand par cas elle se trouve à la cour,

Qu'à Paris elle fait un séjour

Elle y brille comme le soleil du Midi.

Le îoi, la reine, leurs enfants,

Les grands et les savants

Courent au-devant d'elle.

La sœur du roi, la reine Marguerite

L'aime comme sa favorite.

Aussi quand elle passa à Nimes

"Vite elle dépêcha à Uzes

Et lit venir la grande amie

Pour la voir et l'embrasser

Et avec elle en deviser.

(1) L'armure complète de ce chevalier et de son cheval de bataille est conservée au château de Bonnelles (Seine-et-Oise), résidence habituelle du duc d'Uzès. Galiot porte: d'azur à trois étoiles d'or.

(2] Village en Vivarais.

(3) Archives ducales. Extrait sommaire des titres de la maison de Crussol.

Le roi François Ier étant prisonnier, la reine régente sa mère, Louise de Savoie fit expédier le 9 mars 1525, des lettres adressées au sénéchal de Beaucaire, pour lui ordonner de faire réduire à un certain nombre les ports établis le long du Rhône, de forcer les bateliers ou pêcheurs à renfermer dans les ports tous leurs bateaux dès que la nuit serait venue, et d'être attentifs à la sûreté des places fortes et des villes de la sénéchaussée.

Charles de Crussol se trouvant absent, pour le service du roi, ce fut son père, Jacques, auquel il avait confié l'exercice de sa charge, qui fit exécuter les ordres de la reine.

Quelques contrées s'étant livrées à l'anarchie, surtout dans la partie Nord du diocèse d'Uzès, à Saint-Ambroix et ailleurs, Charles de Crussol envoya sur les lieux noble Louis d'André, seigneur de la Calmette, qui ne tarda pas à éteindre les troubles.

Au mois de novembre 1528. Jeanne de Genouilhac, femme de Charles de Crussol, se rendit à Nimes. Avertis de son arrivée, les consuls et les conseillers de cette ville, avec une compagnie des habitants en armes à l'enseigne de la ville, furent au devant d'elle jusqu'à la descente des vignes sur la route d'Uzès, et firent tirer l'artillerie à son arrivée à Nimes 1 ). Par le nom qu'elle portait et par celui de son père dont elle était la seule héritière, cette noble dame jouissait d'une très grande considération. Aussi, par une déclaration ntyale du 11 novembre 1554, elle obtint le droit qui avait été cédé à son père de faire ouvrir des mines d'or, d'argent, de cuivre, etc., dans la seigneurie de Capdenac (2).

En 15331a reine Eléonore d'Autriche, deuxième femme

(1) Histoire de Nimes, tome iv, page 108.

(2) Etienne Duprat. — Traité pratique de la jurisprudence des mines, tome i, page ?0.

de François Ier, traversa le pays avec le fils du roi pour se rendre à Toulouse, où se trouvait ce prince.

Au retour le roi s'arrêta à Nimes avec toute sa cour. «Le premier et le deuxième consuls d'Uzès furent admis à lui offrir les hommages et les assurances de fidélité i habitants de cette ville. Ces consuls étaient Barthélémy de Roche, docteur es droits et .Jean Abauzit, licencié èsettres (grand-père du bibliothécaire de Genève). Ils furent présentés au roi par Charles de Crussol (1). De retour à Uzès celui-ci fit construire le bel escalier du duché qui ressemble, dit-on, au grand escalier du château de Henri IV à Pau.

Vers la fin de l'année 1544, le maréchal de Montpezat, gouverneur du Languedoc, vint à mourir. Son poste était réservé au comte d'Enghien, mais comme ce prince était fort jeune et avait besoin d'avoir auprès de lui un homme intelligent et expérimenté, le roi, par lettres patentes du 19 décembre 1544, nomma pour son lieutenant en Languedoc, Charles de Crussol, grand pannetier de France et capitaine de 50 hommes d'armes de la garde du roi (2).

Charles de Crussol fit son entrée à Nimes dans les premiers jours de janvier 1545. On le reçut au bruit de l'artillerie à cause de sa nouvelle qualité, à laquelle les registres du temps donnent le titre de vice-roi (3).

Le 26 novembre 1545 il présida en qualité de lieutenant de François de Bourbon, comte d'Enghien, Les états ordinaires du Languedoc tenus à Montpellier.

Il leur permit de traiter des affaires de la province en attendant l'arrivée du comte d'Enghien, nouveau

(1) M. S. Abau/.it, 3« recueil. — Uzès -i les Uzétiens. Ce Jean Abauzit est un des ancêtres de mon collègue et ami Ludovic Abauzit, juge au tribunal de Nimes.

(i) Archives ducales, sommaire u.

(3) Histoire de Nimes, tome iv, page I i

gouverneur du Languedoc, qui devait y présider. Les états délibérèrent d'aller en corps recevoir ce prince à son arrivée. Le comte d'Enghien après avoir passé à Nimes, où on lui fit une entrée solennelle, et reçu des habitants en présent, une coupe de vermeil du poids de six marcs, arriva à Montpellier le dimanche 29 novembre. Le lendemain il se rendit à l'assemblée des états avec le sire de Crussol, son lieutenant. Après avoir délibéré sur diverses affaires, l'assemblée envoya des députés à la Cour, qui obtinrent un édit du roi du 30 avril 1546, suivant lequel ce prince confirmant celui du 18 juin 1545, ordonne « que tous les biens ruraux du Languedoc, en quelques mains qu'ils fussent échus et pussent échoir, fussent gens d'église, nobles, présidents et conseillers de cours souveraines, officiers du roi, docteurs régents des universités, etc., seront contribuables aux tailles, octrois et autres subsides, sans pouvoir s'en exempter par aucun privilège ». François de Bourbon, comte d'Enghien, après avoir assisté aux états de Montpellier se rendit à Toulouse, comme gouverneur de la province, le 15 décembre 1545, mais il ne jouit pas longtemps de ce gouvernement, étant mort le 23 février à l'âge de vingt-six ans et quelques mois (1). Le vicomte de Crussol, son lieutenant, mourut le 11 mars de l'année suivante (2).

(1) Histoire générale du Languedoc, tome vm, page 289.

(2) Voici les vers patois qui furent faits à cette occasion :

D'aquelo grando perto Madamo n'es touto douleuto Me n'aura per cousoulatioun Sous enfans, sous cinq gareous.

Diou vogue le li couserva E sa famillo fa prouspera !

Moussu Antoine n'es l'aina Que n'es saghé e ben arrestat E que noste seigaur sera.

De cette grande perte Madame est très affectée Mais elle aura pour consolation Ses enfants, ses cinq garçons.

Dieu veuille les lui conserver El faire prospérer sa famille î Monsieur Antoine est l'aîné Qui est sage et sérieux El qui sera notre seigneur.

Il laissa une nombreuse famille, savoir :

1° Antoine, devenu duc et pair de France, qui suit ;

3° Jacques, baron d'Acier, qui succéda à son frère ; » 6° Charles,, qui fut tué dans les guerres de religion, le 19 janvier 1563 et inhumé à Orange. (Histoire du Languedoc, tome vin, page 399) ;

4° Galiot, qui périt aux massacres de la Saint-Barthélémy ;

2° Jean, mort, sans avoir été marié, au siège du Havre, en 1562;

5° Louis, tué à Metz d'un coup de pistolet, par accident;

7° Marie, qui épousa 1° en 1564 François de Cardaillac, seigneur de Peyre, tué à la Saint-Barthélémy ; 2° Guy de Combret, en 1574 ;

8° Et cinq autres filles.

Sa veuve, Jeanne de Genouilhac, épousa Jean Philippe Rhingrave palatin. On conserve au château ducal le portrait de Jeanne de Genouiihac, peint en 1523.

Lotis aoutres e lous cadets

Soun Jean, Jacques, Galiot, Charlet

Aquel n'es lou cago nis

E naissegué dedin Paris.

Toutis n'eu soun escarabillas

Ben éducats, ben enseignais

N'en taran hounou à lus raço

Et n'en marcharan sus la traço

De lus braves devanciers

N'en seran bons chivaliers.

la plaïsi de lous veïre saouta

Espadouna et galoupa

Dins la cour d'aou castel

Souto lous iels

De lus mèro e de moussu Caste!

Lus bravé gouvernur.

Les autres et les cadets

Sont Jean, Jacques, Galiot, Charles

Celui-ci est le plus jeune

Et il naquit à Paris.

Tous sont bien éveillés

Bien élevés, bien instruits

Ils feront honneur à leur race

Et marcheront sur les traces

De leurs braves ancêtres

Ils seront bons chevalieis.

C'est un plaisir de les voir sauter

Jouer de l'espadon et galoper

Dans la cour du château

Sous les yeux

De leur mère et de M. Castel

Leur brave gouverneur.

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