‹ Histoire des ducs de Bourgogne de la race CapétienneChapitre 10 sur 39 · JARDINS ET VERGERS · texte numérisé non relu

JARDINS ET VERGERS

Des jardins potagers et des vergers plus ou moins importants entourent les résidences ducales. Dans les jardins on cultive des cives, pourottes, oignons, laitues, fèves, bourrache, pousselaine ou pourpier, choux blancs et rouges, aulx, raves, oisillette, percin, espinaces, blettes. Le cresson, le thym, la chicorée et la mâche n'étaient pas inconnus, mais ne se cultivaient pasdans

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les jardins ; les pois se semaient dans les champs à la charrue.

On ne voit pas encore figurer les carottes, le céleri, le cerfeuil, le radis, le salsifis, les artichauds et les asperges.

Un compte d'Hesdin, en 1331, donne le détail d'achats de graines achetées à Paris, « betes, arraches, colete, espinarde, pressin, oignonnate, bourrache, porete, cyboule ». (Arch. Pas-de-Calais, A, 513). Des plantes et des graines sont achetées, en 1342, poursemer«ès curtilsde Varnoul » (Arch. Côte-d'Or, B. 6080). Cette même année on fait des dépenses pour les « préauls, vergers et courtilz » de Rouvre (B. 5742). En -1349, on remanie les vergers du grand jardin de Villiers, les jardins delà Colombe et du Sauveur (id., B. G595).

Parmi les fleurs, il faut citer la violette, le lys, la lavande, la sauge, l'hysope, la pervenche, les rosiers blancs et rouges dont on fait une grande culture, par suite de l'usage que l'on a de se couronner de fleurs dans les festins d'apparat. Les roses sont en outre utilisées pour fabriquer feau rose, rouge ou blanche ; l'extrait des fleurs de lys est conservé dans les flacons, et la lavande est mise en tonneaux à l'état de fleurs.

On servait sur la table ducale des cerises, fraises, framboises, groseilles, pommes, poires, prunes, noix, châtaignes, nèfles, raisins. On trouve les noms des pommes de blandureau et de Girondot, des poires de Rousset, d'Angoisses, de Saint-Rieule et de Vierville, des prunes de Damas. En 1359, Jacques Poissenot, de Saulon-la-Chapelle, vend pour dix florins quatre mille pommes de blandureau et Girondot (Protocole

des notoires, B. 11229). En 1348, le vierg d'Autun achète trois mille poires de Roussot par ordre d'Eudes IV (B. 318). En 1334, les comptes de l'hôpital de Tonnerre indiquent un cadeau de deux mille poires d'Angoisse à la comtesse de Tonnerre.

Les jardins potagers les plus hâtifs se trouvent dans les résidences situées en plaine, Rouvre, Aisey, Jugny, Villaines, Vernot, etc., elles produitsen sont envoyés dans les châteaux d'origine féodale placés sur les hautes montagnes, et entourés seulement de vergers. A Montbard on porte de Rouvre des fraises, des framboises, des cerises ; en 1328, un messager y apporte les poires d'Aise y (B. 2074) ; en 1346, la duchesse se fait amener les cerises de son verger de Sarry, les cerises et les noix de Conflans, près Paris.

On connaissait l'art du greffage et l'on savait enter, car, dès 1319, on achetait un cent de pots de terre pour pendre aux entes des vergers.

Les jardins laissent un peu à désirer, et ne sont pas toujours bien entretenus. Quand les maîtres viennent, quand « il y avoit trop maul chemin », il fallait arracher les mauvaises herbes des allées, et des femmes à la journée, chargées de ce soin, y répandaient du sable et de la grève.

Le principal ornement des jardins d'agrément consiste en tonnelles de vignes, sous lesquelles on pouvait se promener à l'ombre, et où parfois il plaisait au duc de dîner. Les fruits des vergers et les raisins de ces tonnelles arrivaient rarement à maturité dans les résidences les plus fréquentées, car, malgré les palissades et les barrières, les officiers de la cour et les enfants s'y introduisaient, « et tout estoit gastez tant par les

gens de l'ostel de mgr et de madame comme d'autres >» (B. 5742). Pour sauver les raisins de Rouvre, on était obligé de les cueillir presque verts pour en faire du verjus (1).

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