ECURIE
Dans une cour aussi nomade que celle du duc le service de récurie avait une extrême importance, et dans les voyages incessants hors du duché, le logement èt le soin des chevaux étaient une grosse affaire. Les chevaux prenaient des noms différents suivant remploi auquel ils étaient destinés; les grands chevaux, destriers pour la bataille, coursiers de tournois, palefrois et haquenées pour les dames, roncin et chevaux communs pour les hommes de service, mulets pour les litières et les sommiers. •
On désignait les chevaux par les marques extérieures qui pouvaient les reconnaître, et principalement par la couleur de leur robe, bai, bai-brun, estellé, morel ou noir, roux, roux liart, brun, lauve, pommelé, etc. C'est ainsi du reste que Ton distingue les bêtes à curnes. Voici un marché passé moyennant vingt livres pour l'achat de deux vaches, troix veaux et six bœufs, indiqués de cette manière, un «genellum », un charbonneau, un froroentin, un rouge, un feuillé et un rose rouge (Arch. de la Côte-d'Or, Protocole des notaires, B. 11.232).
Les chevaux communs sont d'un prix qui ne dépasse guère 30 ou 40 livres, mais les destriers et les grands chevaux se vendent cher. Le chiffre maximum que nous ayons relevé est le cheval bai de 300 livres acheté, en 1313, par Hugues V, lors de sa promotion à la chevalerie. Eudes IV, grand amateur de chevaux, était
obligé de les renouveler souvent à la suite de ses chevauchées, sans compter ceux qu'il devait remplacer aux vassaux qui participaient à ces expéditions. A la bataille de Saint-Omer, il eut 403 chevaux tués appartenant à ses féodaux, d'après le compte de Barthélemi du Drac. En 4340, il avait quarante-trois valets pour ses grands chevaux à Arras, et vingt-deux de ces coursiers furent conduits de cette ville devant Angers un peu plus tard. En 1325, Eudes IV était en relation avec Saladin, marchand de Lucques, qui lui faisait venir des chevaux de Milan; en 1345, il achète d'un marchand de Navarre, moyennant 260 1., deux chevaux, l'un gris, l'autre morel, destinés au tournoi de Compiègne; il mande aux échevins de Béthune de payer 200 1. p. pour un autre cheval.
Le jeune et intrépide Philippe, comte de Boulogne, était encore plus entraîné que son père par l'amour des chevaux, et faisait payer à tout prix les plus beaux qui lui étaient signalés. En 1342, il mande au gouverneur d'Artois de verser 400 1. p. à Englebert et à la veuve de Gille Crespin pour prix de deux coursiers qui lui avaient été livrés; une autre fois il fait donner à Jean Annery, bourgeois d'Arras, 220 I. p. pour un cheval « bai brun bausain d'un pié d'arrier ». Le 26 juin 1344, il prête à Laurent de Hardentun un grand cheval morel « pour sir sus au tournoy à Aire » (Arch. du Pas-de-Calais, Artois, A. 639).
Les montures des officiers du duc étaient d'un prix beaucoup plus modéré. Eudes IV fait payer à son dépensier Hélie Bourgeoise 44 1. p. pour le roncin sur lequel il chevauchait pendant la guerre du comté, et qui fut tué à « Grant Fontaigne »; en 1340, il autorise
un de ses baillis à mettre jusqu'à 90 l. pour un palefroi destiné au même Hélie Bourgeoise. Jean d'Andresel, chevalier et chambellan du roi, servant le duc au siège de Chaussin, est remboursé de cent livres pour un cheval qu'il y perdit. Philippe, comte de Boulogne, fait remettre à Dantot, son ménétrier, un roncin de 20 l.; le duc donne à un autre un roncin tout brun de 22 L, etc.
Un beau coursier est le plus agréable présent que Ton puisse faire dans des circonstances solennelles. On a vu le pape Clément VI en offrir deux au duc et un à son fils ; le comte de Flandre en donne un à chacun d'eux; Gautier de Brienne, duc d'Athènes, également; Gui de Montfaucon, le cardinal des Ursins en donnent un au comte de Boulogne, etc.
Les valets d'écurie sont nombreux, car dans certaines solennités, comme au mariage de Jeanne de Bourgogne à Montréal, le jour de la Pentecôte 1348, le comptable accuse la présence de 450 chevaux, et il faut doubler et tripler le personnel de service ordinaire. On exige de ces valets le plus grand soin pour les animaux dont ils ont la garde, et les dépenses portent des achats de miel, de saindoux, d' « oignements », poudres, épiées, et même d'une grande quantité de vin, qui n'était peutêtre pas entièrement utilisé, comme cela est dit, a pour laver les gambes des chevauls ».
Parmi les officiers d'écurie citons Pierre d'Epinay, écuyer de la duchesse, 1327; Henriet d'Argilly, valet de sa litière, 1334; Thibaut de Villerval, maître de l'écurie de Philippe, 1342; Hugues de Chalon, maréchal et garde des chevaux, 13131; Gauterot de Dijon, maréchal du duc, 1338; Jean de Coublanc, maitre de
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récurie, 1338-1340; Jacques de Corbie, maréchal du duc, 1336-1340; Gautier, maréchal des grands chevaux, 1340; Milot Forgeot, Jacques de Saint-Loup, maréchaux de Pécurie, 4347 et 1349.
MÉDECINS BT APOTHICAIRES.
Les habitudes d'une nourriture substantielle, de mets extrêmement épicés, de vins capiteux qu'il était alors malséant de mouiller, déterminaient des attaques de goutte chez les grands seigneurs du xrv* siècle, malgré l'activité d'une vie mouvementée et des exercices violents. C'est ce que nous avons constaté pour Philippe le Hardi, qui fut fréquemment atteint de douleurs occasionnées par cette maladie ; il en mourut, ainsi que sa femme, Marguerite de Flandre. A l'âge de trente-sept ans, Jean sans Peur était déjà arrêté par la même maladie, et fut retenu deux mois à Bruges par « un maul de jambe ».
Antérieurement, Mahaut, comtesse d'Artois, était décédée, en 1329, à la suite d'attaques répétées qui paraissent avoir la goutte pour cause. Eudes IV en était aussi atteint; les blessures reçues au Mont de Cassel. en 1328, à la bataille de Saint-Omer, en 1340, n'avaient fait qu'aggraver la violence des attaques qui se reproduisaient si souvent dans les dernières années de sa vie. Ces fâcheuses prédispositions, jointes au fléau épidémique qui sévissait avec tant de violence, l'emportèrent presque subitement à Sens, le 3 avril 1349.
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Les abondantes saignées que Ton faisait plusieurs fois par an, et qui n'étaient pas pratiquées avec assez de discernement par le barbier, produisaient des effets contraires à ceux que Ton attendait.
La science des médecins n'était guère plus efficace que celle des barbiers. Ce n'est pas le sang de dragon ou l'extrait des peaux de renard, dont le physicien se faisait de belles fourrures et de chaudes couvertures, qui pouvaient avoir de l'action sur le malade. Que penser de la crédulité de cette époque, quand une duchesse envoyait consulter des devins pour savoir qui lui avait dérobé ses joyaux, et croyait à l'efficacité du livre de S1 Vivant de Vergy auprès de son lit pour la bonne réussite de ses couches.
Le duc Hugues V avait pour médecins Jean de Vezelay, en 1311, Lambert de Vitteaux, en 1312, et dans son testament fait des legs aux chirurgiens Gautier, Gui Baudot, Hugues de Nogent, et aux physiciens Guillaume de Champdivers et Martin de Fleurey, « porlour poinesetlour lnbours queilhont sustenu à nos visiter ».
Plusieurs de ces personnages continuèrent leur service à la cour ducale, et eurent une certaine célébrité. Hugues de Nogent est gratifié d'une donation par les dernières volontés de la duchesse douairière, Agnès de France, en 1323, et fut appelé plusieurs fois pendant les dernières maladies d'Eudes IV. Martin de Pâques, qui est peut-être le même que Martin de Fleurey, figure aussi comme physicien de la fille de saint Louis, en 1325. Vers la même époque, Guillaume de Champdivers était passé au service de la duchesse Jeanne. Le physicien Girard, originaire de Bar-le-Duc, nommé parfois le Lorrain, est souvent cité dans nos comptes ;
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il accompagnait le duc Eudes IV dans ses voyages, et ne le quitta guère à la fin de sa vie, alors qu'il était arrêté par des douleurs pendant plusieurs mois dans ses domaines de Bourgogne. Le duc avait la plus grande confiance dans le talent et l'habileté de cet opérateur, et l'envoyait en consultation pour soigner les personnes notables de la famille. En 1340, il lui avait donné le soin de guérir les blessés à Lens après la chevauchée de Saint-Omer. En 1344, il l'avait envoyé auprès du comte de Bar, très gravement malade à Vincennes. L'année suivante, il manda au bailli d'Aire de payer les frais de maladie de son cousin le sire de Châteauvilain, auprès duquel il laissait son physicien Girard de Bar. Eudes IV fit diverses donations à ce fidèle serviteur qui n'était pas encore décédé, en 1354, et lui abandonna une maison et dépendances, le Val- Suzon, etc.
Tous les officiers et les valets de l'hôtel étaient soignés aux frais du duc, et envoyés dans des résidences isolées où l'on pouvait les guérir plus commodément. Parfois, on passait un marché à forfait, témoin ce contrat négocié par le maitre d'hôtel Hugues de Montjeu avec un chirurgien, qui, moyennant cinquante sous, s'oïïrait de guérir le messager Le Piquart, qui du reste ne put être guéri.
La pratique de la médecine n'exigeait pas une grande préparation et de longues études, et ceux qui l'exerçaient ne nous inspirent pas beaucoup de confiance. Voici un contrat d'apprentissage passé par Pierre, de Dijon, médecin, qui, moyennant trois années de service que lui promet Alardet, fils de Jean de Fauverney, aussi médecin, s'engage à le nourrir, à le coucher, à
l'entretenir de chaussures, et à lui apprendre l'art de la médecine (Arch. de la Gôte-d'Or, Protocole des notaires, B. 11,233, acte de 1343). Le même Pierre, physicien, voulant émanciper son dernier fils, se présenta, selon la coutume, devant le lieutenant du chancelier, et le dota d'un florin d'or et d'une émine de froment (Arch. de la Côle-d'O, Protocole des notaires, B. 11,242). Trois ans d'études, c'était peu pour une telle profession, alors que nous avons des contrats d'apprentissage de bien plus longue durée pour des tisserands, cloutiers, chaudronniers, boulangers, bourreliers, etc. (Voir les Protoc. des notaires).
D'autres praticiens paraissent dans nos comptes : Guillaume Goux, chirurgien à Poligny, 1336; Mairet, physicien, 1336; Jean de Vesoul, chirurgien, qui soigne le valet de Guillaume de Vienne, sire de Roulans, « qui avoit brisié la chambe », 1345; Nicolas, physicien de l'hôpital de Tonnerre, 1344; Pierre Bérart, physicien de Troyes, qui guérit Mile de Noyers, bouteiller de France, des blessures reçues à la bataille de Crécy; André de Poiseul, Hugues de Mérey, physiciens à Dijon.
Les apothicaires ne sont pas moins nombreux. Guichard occupait à Dijon, en 1315, une maison rue des Changeurs, sise près de celle de Guillaume Aubriot ; Aimonin Longin, 1316; Jacques de Trocheres, apothicaire à Dijon, 1343 ; Guéniot, épicier et apothicaire à Dijon, auquel succéda sa veuve Marguerite, en 1347 ; c'est chez elle que l'on se servait à l'hôtel ducal, et que l'on prenait des remèdes o contre l'epedimie ».
Quand on avait besoin de produits moins communs et plus difficiles à se procurer, on s'adressait à Paris. Renier Johannin, originaire d'Italie, s'intitule, en 1329,
apothicaire du duc à Paris. Mais l'apothicaire le plus achalandé de cette ville était Pierre Pommier, qui avait une gi'ande réputation et une maison déjà ancienne, car il paraît plus d'une fois dans les comptes de Mahaut d'Artois, et dès 1312, lorsque cette comtesse lui fit cadeau de deux hanaps pour donner à ses deux filles. Pierre Pommier prolongea longtemps son existence, et conservait encore la pratique de l'hôtel d'Eudes IV, en 1344.
Nous ne nous chargeons pas d'indiquer la composition des sirops, poudres, laxatifs, « électuaires, oignemens, tisaignes », et autres ingrédients d*« apoticarerie o.