‹ Histoire des ducs de Bourgogne de la race CapétienneChapitre 17 sur 39 · COSTUMES DE GUERRE · texte numérisé non relu

COSTUMES DE GUERRE

Les exercices du corps, l'équitation et le maniement des armes étaient la préoccupation constante de ceux qui, par leur naissance et leur situation, aspiraient à la chevalerie. Aussi, dès leur plus tendre jeunesse, on habituait les enfants aux pratiques de l'art militaire et au métier qui devait être celui de toute leur vie.

Sous ce rapport, il est fort intéressant de lire le détail de l'équipement donné, en 1327, par Mahaut d'Artois, bisaïeule de Philippe Monsieur, fils d'Eudes IV, alors âgé de quatre ans. Cet équipement de guerre comprend le costume, l'armure, le harnachement du cheval, et même le petit palefroi que Mahaut avait elle-même reçu en don de Girard de Vienne.

« A Estene Chevalier pour les joyaus que furent donnez au « Pilzle duc de Bourgogne, premiers, pour VI aunes et I quarc tier de velua à faire une cote hardie, I m an tel et, la garnis- « sure de l'espée, la fourure du chapeau de feutre et la selle. « LX s. l'aune, XVIII 1. XV s.

« A li pour la broudure de la cote hardie, du chaperon, du « mantelet et du chapeau de feutre, pour soie et pour fachon c et pour I petit chendal vermeil pour ousier la broudure, • XXII 1.

« A li pour III trecons d orfrois à pelles mis a us dis gurnec mens, VII 1. X s., une douzaine de boutons mis dans la cote a hardie, XII s., font eu somme VIII 1. II s.

« A Gelleberl Lescot pour CCCXXII ventres de menus vairs « à fourrer le cote hardie, le manlelet et le chaperon, XI III d. t pour ventre, vallent XVIII I. XV s. VIII d.

« Au dit Estene pour une gibesere à camp d'or ouvrée à « pelles et une sourchainte, VI I. X s.

« A li pour un esprevier de broudure, XVI I.

« A li pour un chapel de bièvre, XII s., pour les las du cha- « pel, pour les boutons et les quoquerilles faites de pelles XX s. , « font en somme XXXII s.

û A li pour une espée, VIII s., pour ouvrage de broudure

• fait sur la gaine et la renge de l'espée, pour or et pour soie, < 1 1 1 X l. X s., pour 1 marc et demi XI estellinsetob. d'argent à « faire la garniture de l'espée, VI lb. 111 s. Il d., pour la fachon « de la garniture, pour la esmaillier et dorer, III lb. VI s., font « en somme XV 1. VII s. II d.

« A li pour II aunes et demy d'escallate à faire la couver- « ture du cheval, LIIII s. l'aune, valent VI lb. XV s., une « aune de drap blanc et de jaune pour armoiier la dicte couc verture, XXVIII s., pour la tonture XV d., pour la façon, (i pour, soie et pour la destaindre, XIII pour III aunes de

• toilleynde à la fourer IX s., font en somme XXI I. XIII s. « 111 d.

<( A Renier du Tré, pour une selle, frain et lorrain que fut « donnés audit enfant aveuc un petit palefroi que Girart de « Viane avoit donné à madame, XXXII I. »

(Arch. du Pas-de-Calais, Artois, A. 458 ; Voir Richard, Mahaut d'Artois, p. 208.

C'est avec ce costume que Jean de Saint-Georges, précepteur de Philippe, devait donner à son élève les premières leçons d'équitation et de maniement des armes.

La plusancienne mention, datant du commencement du règne d'Eudes IV, relate l'achat de bacinets « à visière et à ventaille, d'une gorgière et d'un haubergeon » . En 1315, Mile de Noyers reçoit en présent une selle de palefroi à ses armes « de lormerie (maroquinerie)

et de vermel soie ». En 1331, Jacqueraard, de Dijon, « armoiieur de Mgr. le duc de Bourgoigne », donne reçu des armures et « harnois » qui se trouvent chez les armuriers d'Arras, et dont le receveur de cette ville avait payé les frais.

Les accessoires de l'équipement s'achetaient aussi à Troyes, a frais de sandaulx, veluauz, soie, fil, bouqueranz ardans et blanz, des paupiers d'or, frainges et autres choses nécessaires pour faire armure pour Mgr. achetés à Troies » (en 1336, Arch. de la Côted'Or, B. 3849). Jean de Savoie, armurier et bourgeois de Paris, fournit un hoqueton brodé et une couverture de palefroi. Sauvale de Linton, receveur d'Artois, paie pour Philippe un heaume, un bacinet d'acier, une selle, trois pavillons, deux coffres et un sac de cuir jaune. Tous ces « harnois » furent ramenés d'Arras en Bourgogne, au mois d'avril 1338.

Les chevauchées de Flandre qui ont lieu cette môme année et les suivantes donnent lieu à de grands achats, Gadifer de Harmaville, d'Arras, confectionne pour le duc « un harnois d'armoierie, trois timbres, deux cotes à armes de bature et deux targes ». A Paris, on achète trois paires d'éperons dorés et une épée; à Arras, on prend du drap « pour couvrir le chapeau de fer Mgr. » Barthelemi, armurier, se procure à Cambrai des soies rouges et des ornements destinés aux costumes de guerre. On commande à Jacot, autre armurier, « doues paires de harnois, VI bannières, 1111 penunceaulx, I pourpoint, une garnison d'argent pour le bacinet, et un cent de petiz penunceaulx ». Jean de Goublanc, maître de l'écurie, conduit tous ces équipements d'Arras à Béthune, en 1340.

Les dépenses faites par le comte de Boulogne ne sont pas moindres. Brabant, heaumier d'Arras, lui fournit « un harnois garny » ; Carpentier, a le lormier », une selle dorée pour son grand cheval; Gaudifer, un timbre ; d'autres marchands, des harnais, une épée, etc. En 1342, Philippe charge les gouverneurs d'Artois de solder 400 1. p. pour deux chevaux, de payer la somme due à Jean de Drenart « pour uns pans, unes manches, un bacinet et un camail ». Jacques, de Dijon, armurier, donne quittance de quatre bannières aux armes du duc et de son fils, de panonceaux pour lances et pour trompes.

En 1343, les équipements de guerre sont conduits à Rennes, mais l'armurier Gaudifer d'Arras étant décédé, sa veuve Catherine livra « piusiours ouvraiges de brodure et de bature ». A Paris, on fit blanchir le harnais de Mgr, on c apparoille » l'épée de Philippe et on lui remet un fourreau, on achète des boucles d'éperons, des selles de palefroi ; d'autres boucles en laiton. En 1345, Jacquemard, de Dijon, fournit des draps de velours, de soie, des éperons et brides dorés, jambières, lances, bannières. Carpentier livre deux selles dorées pour les grands chevaux, des brides dorées, des brides blanches et d'autres selles. On paie à Jean le sellier « une sele de corduan vermeil, unes brides tertoise ».

Nous renvoyons à nos documents pour les achats répétés d'éperons dorés, selles de palefroi, selles de cuir, selles de soie, selles en bois, armures, bacinets, gantelets, courroies, boucles d'or, lances, aiguillettes, etc.

Le transport de ces équipements exigeait un nom-

breux personnel. Déjà au xiii* siècle on a des indications exactes sur la quantité prodigieuse de bagages dont se faisait suivre un chevalier d'importance partant pour une expédition. On a l'inventaire entier fort curieux des costumes, armes, bijoux, hanaps, vaisselle, draps, linge et provisions de toute nature qui accompagnaient Eudes de Bourgogne, fils du duc Hugues IV, partant pour le voyage d'Outremer, où il mourut en 1266 (Voir Chazaud, Mc'm. de la Soc. des Antiqaires de Fr.t t. XXXII, p. 64 et suiv.).

A la fin du règne d'Eudes IV, on ne trouve plus de dépenses somptuaires pour les équipements et les armures de luxe. La mort de la duchesse et de son fils a jeté le deuil dans cette cour ducale jadis si animée, et le duc, frappé au cœur, passe dans l'isolement et dans la tristesse les dernières années de sa vie.

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