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PEINTURE ET SCULPTURE

Pierre de Semur, chanoine de Langres, et chancelier du duc Hugues V, avait donné par testament au chapitre de Langres, en 1320, une somme de 100 florins, et un tableau du Jugement dernier qui était réputé un chef-d'œuvre (Arch. de la Haute-Marne, Rég. des insinuât., voir Roussel, Hist. du dioc. de Langres, t. IV, p. 81).

Les travaux qu'entreprit Eudes IV au château de Jugny, en 1335, et notamment la chapelle castrale, étaient en partie achevés, en 1340, lorsqu'on posa les verrières. C'est alors que l'on fit « poindre et refaire les Evangelistres par la main Coustan filz, et maistre Simon Estienne, son cosin », qui furent également

chargés « d'appareiller » les panneaux de la salle (Comptes de Salmaise, de Mathieu Bedey,B. 6037).

Les comptes de la châtellenie de Montbard nous fournissent des renseignements plus intéressants et plus détaillés. Le gros œuvre de la chapelle du château étant achevé en 1341, on posa les verrières, puis on livra l'édifice aux peintres qui devaient contribuer à l'ornementation. Tous les travaux étaient surveillés et les dépenses ordonnancées par Renaud de Gerland, chapelain du duc. Le peintre Jean de Granson se mit à l'œuvre, le 17 octobre 1343, avec son frère Nicholier et un valet qui préparait leurs couleurs. Ils se firent aider par des peintres de la localité Berthelot Grenier, de Montbard, et sou fils Jacot (1). Mais ces premiers artistes n'eurent sans doute à faire que la partie de décoration la moins difficile. Au moment où Jean de Granson et son frère Nicholier terminaient le travail qu'ils avaient entrepris, un autre artiste s'installa le

(1) « Despaus faiz à Montbar pour maistre Jehan de Granson, « pointre et pour Nicholier, son frère, ensemble ung autre vallet avec « aulz.qui hont demoré à Mombar en poignant la chapelle doudit lieu « doiz (e vendredi avant la Saint-Luc M.CCC.XLM (17 octobre 1313; « que li diz maistres Jehanz vint à Mombar, jusques au jeudi après la « Nativité Nostre-Seigneur XLV (30 juin <3'io), ouquel terme li « dessus diz ont demoré oudit Mombar mil et XVIII jomées, l'un par- « mi l'autre, et y sont comptées festes et diemoinges, esquelx li chasu tellains ay nministrez despans par le dit terme, c'est a savoir pour • chars, potaige, saul, eî.pices, eaulz, oignons, mostarde, oille, olz, « fromaigo, poison, limèresde chandoilles, napos, draps de# lit, covertes a et autres nécessitez pour eux, senz pain et senz vin, dequoy ils hont « heu des garnisons de Mgr.

Autres travaux faits à la chapelle par ■ Berthelot Grenier, de Mombar, et Jacot. son fi'z, dou temps que M<* Jehan de Granson, pointresi ouvroit ». (Arch. de la Côte-d'Or, Comptes de Perreau de BoisThierry, châtelain de Montbar, B. 5302).

13 juin 1345, pour y mettre la dernière main, et très probablement pour peindre les personnages figurant dans rorneraentation de la chapelle. Cet artiste, dont le nom parait pour la première fois dans nos comptes, est maître Thierry, peintre de Mgr. le duc, qui était accompagné de « Gellequin de Brucelles, de Enry Larlemant » et d'un valet. Ils passèrent trois hivers à Montbard, et ne terminèrent leur travail que le 11 mai 1347 (1).

Nous insisterons sur la situation de ces artistes que Ton traitait avec soin et déférence, et pour lesquels le duc et la duchesse avaient probablement recommandé les plus grands égards. D'après les ordres Formels qu'il avait reçus, le châtelain leur fournissait abondamment tout ce qui leur était nécessaire, non seulement la nourriture, le vin pour eux et leurs valets, l'avoine pour leurs chevaux, mais des marbres polis pour broyer leurs couleurs, des huiles prises à Rougemont, * des doux de quoy les pointres cloient lorsfoilles de papier d'our pour mestre sechier », des toiles pour leur faire des tabliers, des œufs, du verjus, de la cire « pour la

(I) « Despanz fuiz à Mombar pour maistre Tliierri, pointre Mgr. le

* duc, de Gellequin de Brucelles, de Enry Larlemant, ensemble ung « valletavec eux. qui hont demoré à Mombar en poignant la chapelle « doudit lieu, doiz le lundi après la Saint-Barnabe mil CCC.XLV (13 « juiu 4345) au mercredi après l'octave de la Chandeleur XLV1 (février

* 1347), soit M.CCC.LIX journées l'un parmy l'autre, et sont comptées « festes et diemoinges, e^quelx li chastellains ay aministrez despans « par ledit terme, c'est à savoir, pour chars, potaige, saul, espices.

* eaulx, oignons, moutarde, oille, oeU, froraaige, poisson, limieres de « chandoilles, napes, draps de lil, covertes et autres nécessitez pour « eux, senz pain et senz vin, qu'ils ont heu des garnisons Mgr... la « journée XII d., vaillent LXVII1 1. XVII s. • (môme compte, li. « 5302).

nécessité de lovre », du charbon « pour sechier les colours pour 3 yvers, » etc.

Chaque jour on leur servait largement du vin pris dans les approvisionnements du château ; on leur donnait 4 pintes, dont 8 faisaient le setier, et 16 setiers le muid, de sorte que la consommation totale pour Jean de Granson et ses compagnons monta à 21 muids,et celle de Thierry et de ses hommes à plus de 25. Depuis la Chandeleur 1347 jusqu'au 11 mai de la même année le peintre du duc resta seul avec un valet pour terminer le travail (1). Ces peintres entourés d'une considération particulière étaient traités comme des grands seigneurs; il est à croire que, comme beaucoup d'artistes, ils ne mettaient pas trop d'empressement à terminer leur œuvre. Le châtelain Perreau de Bois Thierry, que ce séjour prolongé fatiguait sans doute, en laisse percer une pointe discrète de mécontentement, et, à la suite de la longue énumération, il ajoute: « ne « compte riens li diz chastellain des colours achetées « pour la chapelle, quar Mes. Jehanz et mes. Thierriz « les hont achetées et distribuées; auxi ne compte riens « dou charbon, que hon hay délivrés ès pointres pour « la nécessité de la chapelle, quar encor lor en délivre « on touz les jours, ne ne compte riens de la chambe- « Hère qui hay servi les diz pointres, quar encor les « faut chascun jour servir » (Idem, B. 5302).

(1) « Despans faiz à Monbar pour maistre Thiery, pointre Mgr. le duc, de son valet, qui hout deinoré audit Monbar en poignant la chapelle doudit leu, doiz le mercredi après l'octave de la Chandeleur M.CCC.XLV! (février 1317) au vendredi après la S.-Nico!m d'été M.CCC.XLVll (M mai 1347), soit UU»XIV jours... » (Comptes de Montbar. B. 5303).

Pl. XXVIII.

Restes du château ducal à Beaune (1830)

Après 1 347 nous ne trouvons plus mention de Thierry, soit que les travaux soient achevés, soit que la mort de Philippe, celle de la duchesse, le désastre de Créey, et les fléaux épidémiques qui affligèrent la fin du règne, aient fait suspendre tout ouvrage d'art (1).

Un autre peintre, qualifié aussi de maître, paraît dans les comptes de Saulx-le-Duc (1342-1346), mais nous n'oserions lui donner la qualité d'artiste.-bien qu'à cette époque les peintres de talent n'aient montré aucune répugnance pour appliquer leur art et leur industrie à des ouvrages d'un ordre moins relevé, écussons pour obsèques, écussons pour cérémonies, bannières, girouettes, épis. Maître Jean, « pointurier » de Marey, est sans doute marchand en même temps que peintre, car si on lui paie « la façon de VI grans pevaizarmoiés * des armes Mgr. le duc pour mettre ou chasteaul de « Saulx » (Arch. de la Côte-d'Or, B. 6081 ), on lui achète une lanterne de « voire » pour la chapelle {Idem, B. 0080). Il est aussi chargé de placer « les 11 espin- « gaules... de visiter et netoier les arbalestes et em- « penner plusieurs garroz, faire 11° garroz pour les « espingueles, IIP fers de querriaux et P de garroz »

i\) Arrivé à Montbard, en juin 1345, en qualité de peintre du duc. Thierry devait être depuis un certain temps au service d Eudes IV, et avant 1342, époque à laquelle Jean le Bon se rendit à Avignon au sacre de Clément VI, il fut reçu à Rouvre, où les maîtres d'hôtel Eudes de Fontaines et Dreux d'Aisey avaient fait de grands préparatifs pour le recevoir (Comptes de Rouvre, 1312, B. 57i2). Dans le tableau de la Sainte-Chapelle do Paris, reproduit dans notre l. VII, Eudes IV présentant un diptyque au pape, est le seul personnage agissant, en présence de Jean le Bon assis. On doit supposer que ce tableau a clé fait par un peintre delà cour de Bourgogne. En l'absence de toute preuve certaine, si un nom d'auteur pouvait être mis en avant, c'est celui de malfre Thierrv, peintre dn duc, qui pnral'rut !o plus vraisomb.able.

Un KUDES IV

(Idem, B. 0081). Ainsi, à Saulx-le-Duc. le maître des engins était un peintre comme les Boulogne à Hesdin.

En Artois, Eudes IV est servi par des peintres de talent qui ont été employés par Mahaut d'Artois. Laurent de Boulogne et son fils Vincent appartiennent à une lignée d'artistes qui se succèdent de père en fils, et qui pendant deux siècles sont attachés au château de Hesdin, prouvantainsi cette stabilité professionnelle dont nous avons déjà trouvé de remarquables exemples parmi les écrivains et les enlumineurs. Laurent et Vincent de Boulogne travaillent pour Eudes IV, pour Philippe, son fils, pour Philippe de Rouvre et pour Philippe le Hardi. Leurs œuvres sont longuement décrites dans le livre de M. Richard sur Mahaut d'Artois. Nous n'y reviendrons pas dans ce rapide exposé, ni sur les travaux entrepris dans d'autres châteaux de l'Artois par Roussel de Harmaville,Colardde Closcamp, Eloy de Clokemacre,Jean etGuillaume Acart (l),etc. Les travaux de css artistes ne sont pas arrivés jusqu'à nous, et n'ont pu résistera l'action du temps, mais quels inté • ressants spécimens n'aurions-nous pas de cette époque, alors que les murailles des châteaux, des églises, les statues, les images de saints étaient couverts de peintures, alors que les retables des autels étaient de véritables tableaux sur bois à fond d'or.

Eudes IV employa non seulement les peintres qui avaient servi Mahaut, mais ses imagiers et sculpteurs, comme Jean Pépin de Huy ou de Wit, installé à Paris,

(!) On a une dernière mention de Guillaume Acart, peintre, fils luimôme de Jean Acart, également peintre, par un mandement de Philippe de B., comte de Boulogne, qui ordonne de lui payer U I P (Arch. du Pas-de-Calais Comptes de l'Artois. A. 646K

qui avait fait le tombeau de Robert l'Enfant, aujourd'hui déposé à Saint-Denis, le mausolée d'Olhon, comte de Bourgogne, et d'autres monuments qui ne sont pas arrivés jusqu a nous (Voir Richard, Mahaut d'Artois, p. 312 et suiv.). L'année même de la mort de la comtesse d'Artois, on payait ce qui était dû à Jean de Huy, « entailleur d'albâtre », pour une « ymàige de Notre- Dame » et une de Saint-Jacques (Arch. du Pas-de- Calais, A. 496).

On peut encore signaler pendant le règne de Philippe de Rouvre plusieurs peintres exerçant leur art à Dijon, mais sur lesquels on a peu de renseignements: Jean dit Le Boceux, de Langres, Iohannin Le Paveur, Jean de Melun, Jean de Paris. (Voir Bernard Prost, Inventaires mobiliers et extraits des comptes des ducs de B. delà maison de Valois, t. I, p. 154, note 4.)

Sous le duc Hugues V, Geofroi, imagier, résidait en sa maison deMussy-sur-Seine, et était décédé en 1319, époque à laquelle son neveu du même nom Geofroi, également imagier, eut des difficultés avec Sibille, fille de Geofroi I, mariée à Nivot de Gyé (notre n° 6796).

En 1334, maître Pierre d'Auxonne faisait placer sur le grand autel de l'hôpital de Dijon « une ymaige de Notre-Dame de Pitié » (Calmelet, Hist. ms. de l'hôpital de Dijon).

En 1345, le duc Eudes IV manda de payer à Régnier, épicier de Paris, 100 1. p. « pour cause de 11 pierres « d'alebastre que nos genz prirent de li, lesquelles « nous avons fait ovrer et mettre en notre chapelle de « Dyjon » (Arch. du Pas-de-Calais, Artois, A. 646). La destination de ces pierres n'est pas indiquée ; il

IMi EUDES IV

s'agit sans doute de tombeaux qui procuraient les plus nombreuses occupations aux artistes de l epoque. On possède la reproduction d'un assez grand nombre de monuments de ce genre; les croquis de pierres tombales qui nous ont été conservés par Palliot donnent une idée de la variété de facture. Les tombes avec simples traits ne coûtaient pas cber. Huguenin de Bellenot entreprend par marcbé ferme de tailler une sépulture à Guyot, de Fleurey, pour la somme de 17 sous (Arch. mun. de la ville de Dijon, B. 129).

Après la mort de Gui Baudet, évôque de Langres et chancelier de France, en 1338, Philippe de Valois voulant remplir les clauses testamentaires du défunt, lit exécuter en albâtre une statue de la sainte Vierge, d'abord fixée à un pilier de la nef de Saint- Mammès. puis transférée dans la chapelle de Notrc-Dame-la Blanche, et que l'on conserve encore sur l'autel de la Vierge à la cathédrale de Langres. Aux pieds de la statue on voyait jadis le mausolée de Gui Baudet, représenté à genoux, revêtu de ses habits pontificaux. L'ouvrage exécuté par ordre de Philippe VI avait coûté 140 I. On ne doit pas confondre cette statue avec celle de Notre-Dame de Confort, qui se rapproche de la même époque, mais dont la tête est séparée du tronc, et qui est reléguée dans les bâtiments 'de Tévêché (1).

Le 4 août 1353, Jean le Bon donna ordre au gouverneur et au receveur de Bourgogne de faire venir à Paris les pierres de marbre et d'albâtre qu'il avait fait acheter pour élever un mausolée à Philippe de Valois

(\) Voir Palustre, Gazette archéologique, n°« 7 et 8 : l'abbé Louis, Sotre-Dame-la-Blanche, Mêm. hist. et archèol. de Langres, «887. p. 231-256, bonne reproduction oV la statue de la Vierge.

et à la reine Jeanne de Bourgogne, ses parents (Bibl. nat., Gollecl. Bourg., t. XXI, fol. 2). Ces ordres furent exécutés, car dans le compte de Dimanche de Vitel de la même année on trouve mention de pierres d'albâtre, colonnes, colonnettes, amenées de Chalon à Cravan avec d'autres pierres prises à Vitteaux, formant un total de 74 pierres de petite dimension sans comptér les grosses pour faire les sépultures du roi et de la reine. La tombe représentant Philippe Vi est la seule qui subsiste encore à Saint-Denis; mais le monument devait être considérable, d'après le nombre et l'importance des matériaux qui servirent à son érection :

« A Mathé et Iluguenin Bouyers, frères, de Semur, pour « mener dès Chalon à Gravant suzleport d'Yonne, XX pierres c d'alabastre, des pierres qui illec estoient pour la sepoulture « dou roy Philippe et de la royne Jehan ne de Bourgoigne dar- «< rierement Irespassez, que Dieux absoille, par marchié fait à « lasche à eux, si comme il appert par plusieurs lettres sous 4 le scel des causes de Chalon, LXII florins.

« Pour Benoîte, de Vileauen Auxois, et Thiebaut et G-iille- « min de Semur, pour mener XXXIX pierres desdites pierres, • XVJ pièces de colonnes, VII tronçons de coloneles et deux « petites pierres, tout pesant IIIIm VIIe et XXXV 1., par marchié « fait en tasche à eux, et lours lettres sous ledit scel, en tout « XVI florins.

« Audit Perrin Benoile, Perrenot Moissonier, de Viteau, et « Nicolas Jobcrl de S1 Thiebaut, pour mener audit lieu trois « grosses pierres, dont chacune pezoit 111 tonneaux de vin, et « pluz, par exlimation, par marchié fait à eux comme dessus, « et par lettres souz le dit sceel, XLVII florins, faiz dou coin- « mandement dou roy, par ses lettres, données le III'* jour « d'aoust CCCLIII, contenant que l'on face mener yeelles <•■ pierres à Paris, pour ce XLVII flor.

« Pour osier LXXIUI desdiles pierres d'une maison sur la < rivière, ou elles furent mises, pour ccqu'elles estoient petites,

« et que legierement les peust en embler, si elles feussent « demorées sur la rivière avec les grosses, et pour icelles peier « et mettre en place, et chargier, et pour estrain acheté pour « en farde 1er les colonetes pour double de | les] brisier, pour « tout XXV s. t.

« Pour desterrer une lable tl'alabastre pour un autel sur « laquelle on avoit gitté terre, fians et ordures, plus de 1111 piez c de haut, 1111 s. t.

a Pour les despens de Jehan de Boneslat et de son cheval, « en aient de Montbar à Chalon, dou commandement doti c< receveur, pour panre dou chacun venant à la foire chaulde, « pour marchander à eux de charroier les dites pierres, et « demoura illec I II I jours en attendant ledit charroy, et depuis « convoia les harnois jusques à Cravant, ou il fit deschargier « les grosses pierres sur le port, ou plus près qu'il pot pour « mettre sur l'Yonne, et les petites fit deschargier en une « maison fermant sur le pont, et demora en ce faisant XII jours « entiers, dont il fu par lesdits 1111 jours dessusdils aux des- *< pens de la loige a Chalon, pour le demoura ut VIII jours, « XII s. t. par jour, pour tout 1 III 1. XVI s. t. »

(Arch. de la Côte-d'Or, B. 1394, fol. 46).

Les officiers de la Chambre des Comptes, installés sous Philippe de Rouvre dans une partie de l'hôtel ducal à Dijon, avaient sur l'autel de leur oratoire « une ymaige de Notre-Dame d'alabastre », plusieurs fois citée (B. 1402, fol. Ci). La remarquable statue de saint Jean-Baptiste, en pierre blanche, de plus de 2 mètres de haut, que l'on vient de trouver dans une maçonnerie de l'église de Rouvre, parait dater de cette époque, ainsi que la statue de saint Jean-Baptiste de Mussy- TEvéque (V. Mém. de la commission des antiq. de la Côte-d'Or, art. de M. Chabeuf, t. XIII, p. ex et clv). Une remarque mérite d'être signalée aux érudits. La duchesse Agnès, fille de saint Louis, était bienfaitrice des prieurés de Rouvre et de Mussy, et lègue dans son

EUI»tS IV lî)î)

testament, en 1323, une somme pour l'œuvre de ces deux monastères, et tous deux possèdent des statues de saint Jean-Baptiste qui paraissent contemporaines de ces donations.

Les statues d'Eudes IV et de la duchesse Jeanne existaient jadis dans l'église Notre-Dame de Dijon qu'ils avaient contribué à ériger. Elles furent détruites à la révolution.

Dans un terrier de 1519, fournissant une description sommaire du château d'Argilly, on trouve cette mention: « environ le milieu dud. chastel y a une belle « chappelle, faicte de carrons plombés pour la plus- « part, deans laquelle sont les douze appostres eslevez « et plusieurs aultres imaiges et painctures bien « somptueuses, ensemble deux oratoires qui sont fort « ruyneuses tant en painctures que aultrement...» (Voir Bernard Prost, Inventaires mobiliers, t. I, p. 22, note 4.)

Le 18 septembre 1358, Jean de Baubigny et Dimanche île Vitel, sur l'ordre de la reine Jeanne de Boulogne, passèrent un marché avec Jean de Soignolles, « maçon et ymageurde Paris », pour la façon d'un tombeau en marbre noir de Dinant, à ériger dans la Sainte-Chapelle de Dijon, devant représenter « les deux ymaiges ou ressemblances » de la reine et de Philippe de Bourgogne, la tête appuyée sur 2 oreillers, avec 2 tabernacles, 1 lion et 2 chiens, le tout pour le prix de 350 florins et une robe de 20 florins (Arch. Côte-d'Or, Protocole de Guillaume, dit Gigonier, B. 11.255). Le 28 décembre 1358. Hennequin Arion, de Bruxelles, apprenti de Jean de Soignoles, désirant revoir son pays, fit un arrangement avec son maître qui l'autorisa à

partir, en lui faisant signerun engagement de 6 années de service, une reconnaissance de 60 florins qui lui étaient dus, et la promesse de revenir travailler avec lui à Dijon (Voir Revue des soc. savantes, 1864-, Ie sem., p. 23, et 2e sern., p. 433-453), communication de M. d'Arbaumont).

VE IREHIE

Nous avons donné dans dans notre t. VI des fragments de verrières de l'hôpital de Tonnerre, représentant assez grossièrement Charles I d'Anjou et la reine Marguerite de Bourgogne, reine de Jérusalem et de Sicile, qui les avait fait poser à la fin du xme s., après la construction de la célèbre maison hospitalière fondée par elle.

Les travaux qu'Eudes IV entreprit au château d'Aisey, sous la direction du curé d'Etalante, furent complétés, en 1328, par la pose de verrières: « à Gamier, le verrier, pour faire xxxv piez de verrières mises ès fenestres des chambres Mgr., lou pié III s. vaillent 1 1 II lb. XV s. » Les réfections se continuent l'année suivante à Aisey et à la chapelle, où les verrières furent « aflaitiées » par Enfer, de Chàteauvillain (Comptes de Guyot de Gy, châtelain d'Aisey 1347-8, B. 2077). Les verrières de la chapelle de Jugny sont posées en 1340 (Compte de Mathieu Bedey, châtelain de Salmaise, IL G037).

L'année suivante, les verrières du château de Mont-

bard,de la chapelle et de diverses pièces furent entreprises en tâche a ès enfans maistre Symon, le voirrier de Dijon », pour le prix de 25 1. On entreprit aux mêmes 29 pieds de verrières destinées aux fenêtres de la grande salle et du retrait de la duchesse (Comptes de Perreau de Bois-Thierry, B. 5301).

L'an 1342, lors de la venue en Bourgogne de Jean le Bon, qui devait se rendre avec Eudes IV au sacre de Clément VI à Avignon, on mit en état les châteaux du duché qu'il devait honorer de sa visite. Le château de Rouvre était de ce nombre ; on fit « aftaitier » les verrières de la chapelle et de l'oratoire du duc, dans lequel on plaça une ymaige de Saint-Pierre », qui était assurément une œuvre d'art (Compte de Philippe de Penetex, B. 5742). En 1345, le lundi avant Saint-Simon et Saint-Jude,on envoya quérir à Chàteauvillaiu « maistre Enfer, voirrier doudit lieu », dont on a parlé plus haut,pour venir à Aignay poser les verrières des fenêtres du château, comprenant celles de la chapelle, de la chambre du duc et de la grande salle (Compte d'André Fourque, châtelain d'Aignay et de . Duesme 1344-G, B.2056).

Le château de Dijon, assez mal entretenu sous Eudes IV, fut l'objet de modifications sous Philippe de Rouvre. En 1352, on y posa des verrières d'après les indications qui suivent: « à Constantin, le voirrier de « Dijon, pour VI piezde voirro neufès deux verrières « de Toratoirdou duc, delez la chappelle don chastel,

en laquelle Jehan de Hangestet maistre Pierre d'Or- « gemont, commissaires sur le fait desdebtes de Bour- « goigne tenoient leur siège » (Côte-d'Or, B, 131H, fol. 35 v°). L'année suivante, Jean Boursé, verrier de Dijon,

refait les verrières de la garde-robe et de la chambre ducale, ainsi que celles de l'hôtel de Jean de Rouyre, annexé au château, o lesquelles estoient despeciées et gastées » (Côte-d'Or, B. 1397, fol. 37). Jean Boursé fit encore, en 1356, des verrières « pour donner clairté à l'entrée de la Chambre des Comptes » daus cette partie d'hôtel qui avait été assignée pour demeure aux officiers (Côte-d'Or, B. 1402, fol. 43).

Les menus comptes du château de Montjustin fournissent les dépenses des ouvrages laits dans cette résidence ducale et notamment les verrières de deux fenêtres, en 1343 (Arch. du Doubs, B. 133). On fait venir de la Brie, en 1347, un verrier nommé Regnault, pour refaire les verrières du château d'Avallon, celles de la salle et de la « chambre Mgr », au prix de 5 sols le pied, et le tout coûta 6 liv. (Comptes de Jean des Granges, B. 5400).

Les artistes verriers qui ont travaillé pour la comtesse Mahaut dans les châteaux de l'Artois sont également employés par Eudes IV. A Hesdin, on trouve le nom de Jean le Sauvage jusqu'en 1333, puis celui de son frère Jacques, qui avaient leur atelier à Arras (Voir Richard, Mahaut d'Artois, p. 299-305). Jean Coispel y pose de nouvelles verrières, en 1338 (Arch. du Pas-de Calais, A. 578;, et Oudart refait les verrières de la chambre aux Heurs de lys, en 1342 (Idem, A. 610). Un verrier de Saint-Omer, nommé Jean, exécute divers travaux à Eperlecques en 1338, et à Saint-Omer, en 1343. Par un marché passé avec « Jehan as Coquelés» verrier de Bélhune, on refait, par ordre d'Eudes IV, d'importants travaux aux châteaux d'Aire, en 1344 « toutes les verrières de la grant salle, de la cappelle

de la cambre Mgr le duc, et celles de la cambre Mgr de Bouloigne... » (Idem, A. 636). Au château de Bellemotte qui était moins bien entretenu, on se contentait, en 1343, « de toille et ruban vert et petis clous à faire verrière pour oster le vent es fenestres de l'hostel Mgr le gouverneur » (Idem, A. 625). C'est là que séjournait Berart, chargé de blanchie les murs, que le v comptable qualifie de « tueur d'araignes et de mouches ».

En 1327, le duc fait monter les verrières de son hôtel de Sainte-Geneviève à Paris (Arch. Côte-d'Or, B. 314) : en 1344, Guillaume Donex pose les verrières de sa chambre à Fontenay-sous-Bois (Idem, B. 316), et Ton voit qu'à Conflans, les fenêtres des chambres et de la garde-robe sont munies de verre blanc, celles de la chapelle de « voirre vigneté » et de panneaux de « voirre d'ymagerie » (Arch. du Pas-de-Calais, A. 372).

ARTIf.LEKIE

La plupart des châteaux de quelque importance possédaient une chambre de l'artillerie, contenant des engins de nature peu variée que Ton rencontre partout. Il paraît intéressant de savoir à quelle époque le duc Eudes IV avait utilisé les armes à feu et la poudre. Pendant toute la chevauchée du comté de Bourgogne contre Jean de Chalon, en 1336, il n'en est pas une fois fait mention, mais la lutte contre le roi Edouard III sur les frontières de Flandre devait donner lieu à de

nouvelles inventions et à l'emploi de machines plus meurtrières qui nous sont connues par les comptes d'Artois.

On a pour la première fois l'indication d'armes à feu, le 12 mai 1341, peu de temps après la bataille de Saint- Omer, où le duc avait couru de si grands dangers, et / dont il était sorti victorieux. Eudes IV avait prisa gages pour son château de Rihout Jean de Hesdin et son frère Pierre « maistres traieursde garoz à feu » (Arch. du Pas-de-Calais, A. 604). Nous ne savons si ces artilleurs avaient été occupés auparavant, n'ayant que nos documents comme source d'information. Il est probable que les premières machines ne devaient pas être d'un usage facile, et que des modifications permirent d'en généraliser l'emploi, car cinq ans plus tard, nous trouvons des canons dans la plupart des places fortes du comté d'Artois. Le duc fait acheter de la poudra pour les canons du château de Hesdin, en 134G, fait transporter à Calais un engin nommé « teste de sanglier », que l'on avait probablement fait prendre à Hesdin (Arch. du Pas-de-Calais, A. 648 et 650).

En 1347, « trois canons à traire fu et trois livres de pourre » sont achetés pour le château de la Montoire (Idem, A. 654). On constate à Saint-Omer « IIII boistes de canon prisiées XXV s. t. » {Idem, A. 84). Trois engins neufs, dits « bricoles», sont destinés à défendre la ville de Béthune, fort endettée et éprouvée par les ravages de la guerre précédente (Idem, A. 85).

Les engins à feu n'apparaissent en Bourgogne que la dernière année du règne d'Eudes IV. Le compte de Renaud de Verrey, châtelain de Cuisery, relate, en 1350, une dépense de 5 florins. « pour V poz à gîter

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feu qui sont en garnison oud. chastel (Arch. de la Côted'Or, B. 4390). Ces premières machines d'un maniement dangereux furent construites dans un plus grand format, lors de l'invasion anglaise, en 1359. Jean Bélier fabriqua plusieurs engins pour le château de Rouvre, dont l'un était nommé « perdrix » et l'autre « sanglier » (Compte de Girard de Longchamp, B. 5744). Le château de Lantenay était muni de six canons et de poudre « pour faire gelier garroz » (B. 5042), et la ville de Dijon possédait treize canons, dont neuf de cuivre (Garnier, F Artillerie des ducs de B., p. 7).

Vers la même époque, on construisait à Montréalen-Auxoisdeux énormes engins « à getier », d'inégale grandeur, dont le plus petit était appelé « Couillart » Le travail avait été entrepris à tâche, mais le charpentier qui passa le marché ne put dresser que l une des pièces. Les gens du conseil ducal donnèrent ordre d'en faire monter une autre, pour laquelle il fallut 78 pièces d'arbres, 3000 clous et que 20 hommes mirent <leux jours à « dressier ». On fit tailler un demi-cent de pierres « à getier ». Il ne semble pas que ces machines aient été mues par la poudre, puisque les dépenses relatent « la façon des frondes des dits engins » 'Comptes de Jean de Mussy, châtelain de Montréal, B. 5W3).

En somme, les armes à feu ne furent pas employées en Bourgogne d'une manière sérieuse sous le règne •l'Eudes IV. L'usage ne s'en généralisa que sous le règne de Philippe le Hardi, ainsi que l'a établi M. Garnier dans son curieux livre : L'Artillerie en Bourgogne.

Dans la première moitié du xive s. on ne trouve mention dans les comptes que des engins qui serviront

longtemps encore, les arbalètes faites avec des cornes de bouc (Arch. Côte-d'Or, B. 11.837), les arbalètes à pied, avec affût, à tour où « à cauques », les espingales, garrots, carreaux, perriers, mangeonneaux, flèches, « floichons enpennés d'airain », etc.

Nous trouvons les noms de divers artilleurs du duc. Jean Espiard, de Jussey, prend part à la campagne de 1336 en Franche-Comté, et livre « plusieurs ouvraiges qu'il hay fait de son mestier » pour le siège de Château Lambert, en 1347. Jean de Porrentrui est artilleur du duc à Vesoul, en 1338. Dimanche de Vitel, receveur du duché, passe marché avec Jean de Hainaut, artilleur, pour la fabrication d'arbalètes à raison de 6 fr. la douzaine (Protoc. des notaires, B. 11255). En 1347, Jacques, arbalétrier de Chalency, vient à Vernol pour réparer les espingoles et les transporter à Saulx-le- Duc, on lui fait aussi nettoyer les arbalètes, « empenner les garroz », il livre « IIe fers de quarriaus et l' de garroz » (Comptes de Saulx-le-Duc, B. 6081). Au moment de l'invasion anglaise, on met en ordre l'artillerie de Pontailler. comprenant 18 arbalètes, 300 garrots, « mille floichons et les empennes » ; on y ajoute 5000 autres floichons et 3000 fers de floichons (Comptes de Pontailler, B. 5616). Perrot, arbalétrier de Volnay, répare les arcs et arbalètes de Saint-Romain-les-Beaune (B. 5906). Jean, arbalétrier de Quingey, travaille avec ses enfants à La Perrière pour mettre enétat34 grosses arbalètes, 3 espingoles et une poulie pour les monter (B. 5055). Pierre de Chassenay, châtelain de Villaines et de Lucenay, achète à Dijon « VIII arbalètes, III « baudrez, III1 carcois, IIm IIe viretons et les fers pour « y mettre, XXXVI fuiz de lances et les fers pour y

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« mettre... VI targes et II pavas de Lombardie, cou- « verts de cuir » (B. 0550), etc. (1).

(4) Au moment ou nous corrigeons cette feuille, M. Bernard Prost fait paraître le premier fascicule des Inventaires mobiliers et extraits des comptes des ducs de Bourgogne de la maison de Valois, Pans, Ernest Leroux. On trouvera dans ces curieux documents, si savamment annotés par l'auteur, bien d'autres renseignements du plus haut intérêt pour la période qui suit celle dont nous nous occupons.

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