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Château de Sennecey, au xvi* siècle.
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daus sa lutte contre les confédérés. Un second traité, différent du premier, relatait les projets de mariage entre Jeanne de B., petite-fille d'Eudes IV, lorsqu'elle serait en âge, avec le jeune comte de Savoie alors proche de la puberté, puisqu'il était dans sa quatorzième année.
Ces contrats eurent une certaine solennité par suite du concours de personnages qui prirent part à ces conventions. Les grands officiers et les conseillers du comte de Savoie et de la cour de Bourgogne y assistèrent (1). Muratori (Ànn. (Vital., t. VIII, p. 255) raconte qu'avec les secours envoyés par Eudes IV, le comte de Genevois et le prince de Morée, une expédition fut entreprise au mois de juillet suivant dans la province de Piémont, et que le comte de Savoie mit en déroute les troupes du duc de Milan et du marquis de Montferrat, dont il voulait arrêter les empiétements.
En ce moment, le pape Clément VI, qui n'avait pas cessé, depuis le commencement des hostilités entre la France et l'Angleterre, d'intervenir pour la conclusion d'un traité de paix entre les deux rois, venait d'envoyer deux de ses cardinaux pour arriver à ce résultat. Philippe de Valois désigna pour les accompa-
(4) Parmi les officiers du duc figurent Jean Aubriot, évoque de Cbalon, qui parait ôtre le principal réducteur de ces traités, le chancelier Jacques d'Audefoocourt, Jean, seigneur de Chateauvillain, le connétable Jean de Thil. Guillaume d'Antigny, sire de Sainte-Croix, le maréchal Jean de Frolois, sire de Molinot, Philippe de Vienne, sire de Pimont. Guillaume de .Montagu, sire de Soinbernon, Philippe do Vienne, sire de Pagny, Hugues de Vienne, sire de Saint-Georges, Jacques de Vienne, Jean, sire de Luzy, Henri, seigneur de Montagu, Jeao, seigneur do Lqisi, Girard de Thurey. Vingt-quatre grands officiers assistaient Blanche de Savoie et son tils.
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gner les ducs de Bourgogne, de Bourbon, Louis de Savoie et Jean de Hainaut (1). Les séjours d'Eudes IV nous manquent du 13 juillet au 10 août 1347, mais il ne semble pas que le duc ait accepté cet honneur au milieu des embarras dont il était assailli, et au moment où la duchesse allait rendre le dernier soupir. D'après une lettre du roi d'Angleterre (2), les plénipotentiaires français qui prirent part à la négociation furent les ducs de Bourbon et d'Athènes, le chancelier Guillaume Flotte, sire de Revel, Gui de Nesle et le fameux Géofroi de Chamy.
Les Grandes Chron. de France (t. V, p. 485Ï disent à propos de la mort de la duchesse : « au mois d'aoust détiens les octaves de l'Assomption Notre-Dame trespassa madame Jehanne, duchesse de Bourgoigne ». C'est en ellet vers le milieu d'août qu'eut lieu ce décès, car la nouvelle de la mort était connue en Artois au château de Bellemotte, à la date du 20 (3). Si Ton tient compte des distances et des transmissions de dépêches par les messagers envoyés d'abord à Arras, puis à Hesdin, on ne doit pas se tromper de plus d'un jour ou deux, en rapprochant du 15 août la date de cette mort, qui n'est donnée nulle part d'une manière certaine. Il y avait un an, à pareil mois, que Philippe, comte de Boulogne, était décédé.
Le duc manda au maréchal Jean de Frolois de venir le rejoindre le 12 à Argilly, d'où ils passèrent à Volnay pour se rendre à Montbard, ainsi que Jean Au-
(\) Luce, Froissart, sommaire, p. xxin et p. 5i.
(2) Robert de Ave^bury, Hist. Ed. 111, p. 464.
(3) Arch. du Pas-de-Calais, compte* de l'Artois, A. 656.
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briot, évêque de Chalon. Mile, receveur de Champagne, fut chargé d'acheter à Troyes les « brunettes noires » et les autres draps de deuil ci). Le trésor ducal était tellement à sec que l'on mi trouvait pas les fonds suffisants pour payer les frais de l'enterrement, et que le duc se vit obligé de vendre à Jean Aubriot la terre de Palleau, pour le prix de 1000 I., jointes à des redevances arriérées dont Eudes était débiteur (ti) ,
Le 23, le corps de la duchesse fut relevé à Montbard, et enterré à Pabbaye cistercienne de Fontenay (3) auprès de son fils. Le duc se rendit le lendemain à Villaines-en-Duesmois, et y séjourna plusieurs jours , divers officiers de la duchesse reçurent des récompenses pour les services rendus pendant sa maladie, comme Jean de la Forge, maréchal de son écurie, Richard de Salins, son huissier de salle (4), son confesseur frère Jean de Montbard, de l'ordre des Frères Mineurs, qui fut gratifié d'une rente de vingt livres ; Jacquette de Lantil, une de ses dames de compagnie, qui reçut quarante livres de revenus annuels.
En même temps, Jean de Frolois avait élé envoyé à Oiselet pour passer des trêves avec les belligérants francs- comtois. La suspension d'armes fut mise à profit pour réunir le Parlement de Beaune aux fêtes de la Toussaint. Des ordres furent donnés pour préparer
(!) Arch. de la Côte-d'Or, B. 317.
(2) Bibl. nat., lat. 17.089, p. 385, Acte du 17 août 1317, c'est-à-dire 7 jours après la mort de la duchesse et 6 jours avant l'enterrement.
(3) Ceci ressort de la mention citée plus haut (Arch. de la Cote-d*Or, B. 5303), et c'est ce môme jour 23 août 1347 que l'hôtel do la duchesse fut « rompu ».
(i) Bibl. nat., collect. Bourgogne, t. XXIII, fol. 61 ; Arch. du Doubs, A..2U.
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l'hôtel, aménager la grande salle du conseil et préparer les sièges. Le duc était arrivé le 30 octobre à Beaune; le cardinal Gui de Boulogne, oncle de la duchesse défunte, et, à ce titre, membre du conseil de famille, et intéressé à la tutelle de ses enfants, fit son entrée quelques jours après. La session du Parlement commença le lundi 5 novembre et dura jusqu'au mercredi (1). On y discuta sans doute les droits du jeune Philippe et de sa sœur Jeanne sur le comté d'Artois, que le roi venait de mettre en sa main après la mort de leur mère, et pour lequel Marguerite, comtesse de Flandre, deNevers et de Rethel, et le comte de Flandre, son lils, élevaient des prétentions soumises à l'arbitrage du Parlement de France. Le 16 octobre, Philippe de Valois avait ordonné l'ajournement des causes pendantes à ce sujet (2), et renouvela ces lettres, le 4 décembre, en considération des pertes subies par le duc pendant les guerres précédentes (3).
Les ravages commis dans le comté de B. furent encore suspendus par de nouvelles trêves passées à Etobon, le 7 décembre, pendant lesquelles le duc se rendit à la cour de France, pour soumettre au roi son beaufrère un projet d'arrangement avec les confédérés» dont Philippe de Valois serait l'arbitre. Ce voyage dans l'Ile-de-France fut le dernier qu'Eudes IV entreprit dans cette province, et c'était pour la dernière fois qu'il quittait la reine Jeanne, sa sœur. Il vint attendre à Dijon la décision du roi relativement au traité de paix
(l)Arch. delà Côte-d'Or, B. 317.
(2> Bibl. nat., Parlement 12, fol. 288 r» ; J. Viard, Lettres d'Élat, n- 5<H.
(3) Idem, t. XII, fol. 296 v j J. Viard, Lettres d'Etat, n- 6«3.
ménagé au mois de mars, et dont on a parlé précédemment. L'itinéraire que nous donnons à partir de cette époque permet de le suivre dans ses diverses résidences.
Le jour de la fête de la Pentecôte, 8 j uin 1348, une foule de chevaliers se pressait dans la petite ville de Montréal-en-Auxots, et tenait séance dans cette vaste salle du château, qui, au dire de Courtépée, avait cent pieds de long, pour y célébrer line grande cérémonie. On scellait le contrat de mariage arrêté Tannée précédente entre Jeanne, petite-fille du duc, et Amé, comte de Savoie, qui venait d'atteindre sa quinzième année. Les mêmes personnages, présents au traité de 1347, figurent encore dans celui-ci avec quelques noms en plus, Mile de Noyers, bouteillerde France, Mile, son fils, seigneur de Montcornet, Eudes d'Etaules, grand maître d'hôtel du roi, Geofroi de Blaisy, maître d'hôtel de la reine, Hugues de Montrond, Jean de Saint- Amour. L'épidémie qui sévissait ailleurs en Bourgogne n'avait point encore fait autant de victimes à Montréal, mais il y avait un certain nombre de malades dans des localités dont on évitait le passage. Le mercredi 4 juin, le duc déjeune à Villaines,dineau parcd'Aisey, se rend le lendemain à Etais, et au lieu de prendre gîte le soir à Montbard, où le fléau décimait la population, il coucha à Saint-Remy, petit village voisin. Gagnant ensuite le prieuré de Thisy, dépendantde Moutier-Saint-Jean, il fut hébergé parles religieux le 6, et arriva le samedi à Montréal avec une suite de 362 chevaux. Les comptes qui suivent donnent quelques détails sur les préparatifs considérables que nécessitait une cérémonie de ce genre. Les garnisons de vivres sont de prove-
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nances diverses, et sont expédiées de Troyes, Auxerre, Dijon, Avallon, Chalon. On est obligé de louer deux maisons pour loger les volailles seulement. Le festin le plus important a lieu le dimanche 8 juin, avec accompagnement de musique et de ménétriers. Nous ne savons comment on put ce jour-là installer 450 chevaux dans une petite bourgade peu importante, avec le personnel et les valets à gages recrutés dans tous les villages pour assurer le service. La fête se prolongea le lundi, et on se sépara le mardi, en suivant des directions différentes pour éviter l'encombrement. Le duc gagna Viserny, le comte de Savoie, ne pouvant s'arrêter à Montbard, poursuit sa route jusqu'à Grignon, et tous deux se retrouvèrent à Villaines, pendant que les chevaliers et les personnages invités reprenaient le chemin de leurs demeures respectives.
Dans ce même mois, Philippe de Valois donna pouvoir au receveur d'Arras de vendre les meubles et les biens de la défunte duchesse dans son comté d'Artois, pour payer ses legs, ses pensions à vie et ses dettes (1). Car les grandes dames avaient aussi des dettes comme les grands seigneurs, et il ne pouvait guère en être autrement. Les trésoriers ont toujours leur recette absorbée d'avance, et sont toujours créanciers de leurs maîtres. Dès le commencement du règne d'Eudes IV il en était ainsi, et la duchesse, dans son compte de 1319, doit déjà à son trésorier, pour moitié d'une année, plus de 2.700 1. (v. notre t. VII, p. 89-90).
Lorsque les barons, presque tous obérés, étaient obligés de contracter des emprunts, ils se servaient du
(1) Arch. du Pas-de-Calais, comptes d'Artois, A. 84.
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crédit deceux qui pou vaientoflrir des garanties aux prêteurs. On a déjà, vu le déplorable système d'administration financière de nos ducs, sans cesse à la recherche d'expédients pour se procurer de l'argent. En 1319, Eudes IV se rend à Vienne, et emprunte 5000 florins à des marchands de cette ville; il donne comme caution Guillaume de Mello, sire d'Epoisses et autres (1). Pendant la guerre contre Jean de Chalon, il engage son comté d'Artois pour 40.000 I., emprunte au roi son beau-frère 18.000 1., qu'il ne peut rendre, et dont Philippe de Valois fut obligé de lui faire cadeau (2). Plus tard, il donne pour caution Mile de Noyers, Jean de Frolois et Alexandre de Blaisy pour une somme de 600 1. empruntée à Lancelin d'Angoissoles, de la compagnie des Angoissolesde Plaisance (3).
(J) « Nous Eude9, dux de B., façons savoir à touz que com nôtres amez et feauk chevaliers messiresGuillaumes de Mellou, sires d'Es- « poisse, à notre requeste, avec d'autres certaines persones, se soi1 « obligiez pour nous, et ou non de nous,ploiges et principaux rander. « res, en la main de François Ramuche, de Girarde Francois,et de Jehan <r David, cistiens et marcheanz de Florance, eu la some de cinc mile « florins d'or de Florance petiz, à paier au paiement de Kart pruchain- « nement venant, laquel somo de florins nous havons recehue desd. a marcbeanz pour cause de prest, nous promettons en bone foi et sur i l'obligation de touz noz biens (ed. seignour d'Espoisse garder et def-
« fendre envers lesd. marcheahz à Vyenne, le samedi après la Mag-
« dalene, Fan de grâce mil trois cenz et dix et nuef. »
Orifj., Arch. du château d'Epoisses, communiqué par M. le comtede Chastellux.
(2) Arch. de la Cote-d'Or, B, 399; Arch. du Pas-de-Calais, A. 77.
(3) « Nous Oeudes, duc de B., conto d'Artois et de B., palatins et « sires de Salins, Miles, sires de Noiers, Jehan de Frolois. sires de « Moulinet, et Alexandre, sires de Blaisey, façons assavoir à tous que « nous debvons et sommes loyaulment tenuz et obligiez, chacun pour le u tout, à Lancelin d'Angoissole de Plaisance et à ses compaignons, en « la somme de six cens livres de bons petis tournois fors, pour cause « de pur et vray prest, lesquels led. Lancelin nous a baillés otdoli-
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A la lin de son règne, il était tellement gêné, que n'ayant pas les ressources pour défendre ses châteaux d'Artois et payer les soudoyers qui s'y trouvaient il employait le crédit de Sauvalle de Linton, d'Arras, gouverneur d'Artois, de Jean deFosseux et de Robert de Lugny, trésorier de Chalon, pour faire face à ces dépenses (1). A sa mort, il redevait encore à Liébaut de Bauffremont, « pour restors de chevaulx, gaiges de genz d'armes et droits de mareschaucie » des sommes dues depuis le siège de Ghaussin en 1336, et cette dette ne fut acquittée qu'en 1358, sous Philippe de Rouvre (2). Chaque année et à toute occasion, des emprunts sont contractés, et nous n'en poursuivrons pas l'énumération.
Les seigneurs ne sont pas moins surchargés de dettes, par suite des frais de la guerre et souvent par les lourdes rançons auxquelles ils sont taxés. Robert de Bourgogne, Jean de Chalon-Auxerre, Guichard de Beaujeu vendent leurs terres pour sortir de prison après l'affaire de Varey. Mile de Noyers, bouteiller de France, emprunte pour payer la rançon d'un de ses fils Gautier, sire de Picquigny, et aflranchit diverses chàtellenies pour se procurer de l'argent ; son autre fils Jean, comte de Joigny, et son petit-fils Mile sont
« vrés ànostro grant besoing, dont nous nous tenons pour bien paies, a laquelle somme d'argent nous promettons en bone fov et par nos u loyauls creana rendu et paier, chacun pour le tout, oudit Lancelin, (- a l'un de ses compagnons, ou à leur certain messaige, à la feste de « l'Ascension Nostre Seignour prochain venant...., (Vidiraus, Arch. de « Vau>se). Pour la société des Angoissoles, de Plaisance, voir J. Viard. b'S Journaiu da Trésor de Pti. de Valois, n'* 653. 655. 1542, 3841 .
(<) Arch. du Pas-de-Calais, comptes de l'Artois, A. 664.
(2) Arch. de la Côte-dOr, H. U05, fol. ii\ .
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prisonniers des Anglais à Poitiers. Le sénéchal Henri «le Vergy ne peut remplir ses engagements passés avec les juifs. Robert de Chàtillon-en-Bazois, gardien du comté, doit des sommes énormes aux Lombards et aux Cahorsins. Les sires de Touci multiplient les affranchissements à VermaHton, Bazarne, etc., pour payer leurs dettes, et n'y parviennent qu'en aliénant leurs domaines aux ducs. Jean de SafTres, Pierre de Mailly, Guillaume et Renier d'Aigremont, Jean de Rougemont, seigneur de Tilchàtel, les sires de Choiseul, de Chàteauvillain sont ruinés par les usuriers. La maison de Vienne, si riche un siècle auparavant, a vendu successivement ses principales terres. Hugues de Vienne, momentanément maréchal de B. sous Hugues V, dont il était cousin, car il avait épousé une fille de Pierre de Ghambli et d'Isabeau de B., fille d'Hugues IV, avait rattaché aux intérêts de nos ducs la plupart des membres de cette illustre famille, qui perdit une partie de son indépendance en perdant sa fortune. Il faudrait passer en revue toutes les maisons féodales de l'époque qui nous occupe, pour se rendre compte des crises qu'elles subissent, des transformations qui se produisent, alors que l'on n'a point encore atteint la période la plus aiguë de cette terrible guerre de cent aus, qui dévora tant de familles, comme si elles étaient destinées à disparaître au moment où la France tombait en ruines.
Plus d'un officier profitait de cette gène et abusait de la situation. En 1343, Hélie Bourgeoise, clerc du sceau secret, était accusé d'avoir volé 50.000 I. à la caisse ducale (1).
(î) Arch. municip. <lo la villo «le Dijon, B. 125.
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Au mois de juillet 1348, Eudes IV tomba malade au château de Jully-sur-Sarce, où Ton fit venir les médecins Hugues, de Nogent, et Girard, de Bar-le-Duc, ainsi que des médicaments fournis par les apothicaires de Troyes et de Beaune. Il y fut retenu pendant trois semaines, et y reçut la nouvelle de la mort de sa sœur Blanche, comtesse de Savoie. Ce n'était pas la première fois qu'il était frappé par les alteintes du ma) qui faisait tant de victimes ; l'année précédente, les comptes relatent des dépenses faites à diverses reprises chez Guéniot, épicier de Dijon, et chez sa veuve Marguerite, pour les achats « d'apotecarie et d'électuaires contre l'epedimie » (l); et antérieurement, aux fêtes de la Toussaint 1347, c'est-à-dire peu après la mort de la duchesse, il avait déjà été malade à Jugny.
Le fléau épidémique exerçait alors des ravages dans toutes les localités de la province. Dijon, Beaune, Montbard étaient décimés, et la moitié delà population avait disparu. A Bure, on ne comptait plus que trois ménages, et beaucoup de villages étaient entièrement abandonnés. Partout on se plaint « du grant esclandre de la mortalité ». Les survivants accusaient les juifs d'avoir empoisonné les fontaines, leur faisaient une poursuite acharnée et leur infligeaient des supplices immérités. Les registres de la chàtellenie de Vergy portent contre eux de nombreuses condamnations « pour suspicions de poisons » (2). Dans le comté de Bourgogne la désolation n'était pas moindre. Gui de Vy, chevalier, et Jean de Goublanc, maître de l'écurie
(1) Arch. de la Côte-d'Or, B. 317.
(2) Arch. de la Gùto d'Or, compte de (luilluumc de Sauvoigny, B.
du duc, sur Tordre d' Rudes IV, mettaient la main sur tous les juifs de la province, leur faisaient subir les plus affreux traitements, lorsque ceux-ci «avoient estei a mis en jayne et questionei pour savoir la veritai des « poudres que Ton disoit qu'ils avoient jetei aux poix « et fontainnes & (1).
Le duc était à Lantenay la veille de la Toussaint 1348 et conformément à la coutume de ses prédécesseurs? il hébergea les pauvres qui se présentèrent et y reçut les deux jours suivants Jean de Chalon, comte d'Auxerre, Jean Àubriot, évêque de Chalon, Jean de la Roche, divers chevaliers, châtelains et abbés qui assistèrent à l'office des morts. Le nombre des visiteurs était assez considérable, puisqu'il fallut loger 290 chevaux. Eudes IV passa ensuite près de trois mois dans son château d'Aignay, d'où le chambellan Jean de Musigny envoya un messager Adam de Boux à la cour de France, au duc et à la duchesse de Normandie.
C'est à Lantenay que le duc dicta, le 8 janvier 1349, un second testament rendu nécessaire après le décès de différentes personnes qui figuraient dans le premier. Son petit fils Philippe fut déclaré héritier et successeur universel du duché, sauf l'apanage qui serait réservé à sa sœur Jeanne. Les deux enfants devaient se substituer l'un à l'autre en cas de mort. A leur défaut, Jeanne de B., reine de France, serait proclamée duchesse de B. Si cette dernière éventualité se produisait, on réserverait au comte de Bar et à son frère, neveux d'Eudes IV, les droits auxquels ils avaient droit
(I) Voir Arch. du Doubs, comptes d'Arbois, B. 4 08 ; comptes de Koudremant, B. «21 ; confiscation des juifs de la prévôté de Gray, B. 4 27: tortures inlligéos au* Juifs de ia prévôté de Vesoul, B. Vô\.
60 eudes iv (1349
de prétendre pour cause de succession . Jacques d'Audeloncourt devait garder toute sa vie la chancellerie de B. avec les émoluments attachés à cette charge. 11 est expressément ordonné de poursuivre les constructions commencées à la chapelle de l'abbaye de Citeaux, ainsi que les travaux de la Sainte-Chapelle de Dijon. L'évôque d'Autun, les abbés de Saint-Etienne, d'Ogny, de Fontenay, de Chàtillon-sur-Seine, de Citeaux et le prieur de Saint-Symphorien d'Autun mettent leur sceau à ce testament.
Pendant les premiers mois de 1349, Eudes fit de nombreuses donations à plusieurs des officiers qui se recommandaient par de longs services, à son maître d'hôtel Eudes de Fontaines-en-Duesmois, à Olivier de Jussy qui avait vigoureusement défendu ses intérêts dans la guerre de Franche-Comté, à Jacques d'Etais, châtelain de Villaines, Eudes, fils de Guillaume de Menans, etc.
Le roi Philippe de Valois n'avait point encore rendu son arrêt dans les débats qui s'agitaient depuis longtemps au Parlement, relativement aux réclamations de Marguerite, comtesse de Flandre, avec le duc de B., son beau-frère. D'autre part Jeanne de Boulogne, veuve de Philippe, demandait ses droits, et revendiquait la tutelle de ses enfants mineurs. Jean le Bon, duc de Normandie, mandataire du roi, eut pour mission de mettre les parties d'accord, et proposa un rendez- vous qui fut fixé non à Paris mais à Sens, localité intermédiaire, située en dehors des domaines en litige, et qui permettait à Eudes IV, alors bien fatigué, de s'y transporter plus facilement.
Les personnages convoqués s'y trouvèrent réunis
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pendant la semaine qui précédait lafôte des Rameaux 1349. Faut-il attribuer aux secousses du voyage, aux atteintes de la peste, ou à toute autre cause particulière la mort inattendue et presque subite du duc de Bourgogne ? Aucun document ne nous renseigne sur ce point. Il mourut à Sens, le vendredi 3 avril 1349 (l), alors que les parties intéressées n'avaient point encore approuvé le texte des conventions préparées par les arbitres. Eu tous cas, si Ton était parvenu à s'entendre sur divers articles, cet événement inopiné nécessita des modifications et un accord général, qui fut accepté par les uns et par les autres, le lendemain samedi 4 avril, « pour ce que ce pendent nostre dit oncle est trespassé de cest siècle ». Jean le Bon, chargé de rendre le jugement, au nom du roi son père, attribua à Jeanne, comtesse de Boulogne, la garde et le bail de ses enfants Philippe et Jeanne, ainsi que le comté d'Artois, dont elle devait rendre loi et hommage à la comtesse de Flandre, sa tante. Il est fait droit à cette dernière pour les nombreuses réclamations pé-
0) UArt de vérifier les dates, dont les dates sont rarement exactes pour ce qui regarde la Bourgogne, fait mourir Eudes IV en 4350, suivant en cela Dom Plancher, qui n'a pas suffisamment étudié les documents qu'il avait à sa disposition. Cette date est cependant fournie par de nombreuses pièces originales, obituaires, comptes de châtellenieg, etc. Voici la mention du Nécrologe d'Autun: « Pridie Kal. Aprilis die veneris ante Ramos, obiit Odo, dux B. Senoius, et fuit inhumatus in Cisterciensi ecclesia ». On lit ailleurs : « le trespassement de Mgr le duc fut le venredi devant Pasques Flories l'an XLVII1 darrain passey - ( Arch. de la Côte-d'Or, B. 309, paiements faits par les exécuteurs du duc), etc., etc. Voir encore les documents qui suivem: Les Grandes Ckron., t. V, p. 489, étaient mieux renseignées :« la sepmaine avant
Pasques Flories mourut Heudes, duc de Bourgoigne, frère de la
reyne de France, qui estoil venu à ladite ville de £>ens pour ledit traictié. »
eudes iv (1349)
cuniaires dues par Eudes IV, et dont les sommes ne lui avaient jamais été payées. Il est également statué sur les revendications des domaines provenant soit de la reine, sa mère, fille de Philippe le Long, soit de l'héritage de Hugues de Bourgogne-Comté. Cette longue et importante pièce, faite à Senz en Bourgoigne, « le quart jour d'avril », est scellée des sceaux de Jean le Bon, de la comtesse de Flandre et de la veuve de Philippe de B. (1).
Aussitôt après la mort d'Eudes IV, dont la nouvelle arriva le lendemain à Dijon, les gens du conseil ordonnèrent la garde des châteaux du duché dans la crainte d'une surprise: « Jolïroy dEstlvey vint à Vera gey pour garder le chastel par le commandement a des gens du conseil, pour le trespassement de Mgr « le duc, et y vint le jour de Pasques Flories, et y « demorey par XVII jours » (2). Ensuite, on procéda aux cérémonies des funérailles. Suivant ses dernières volontés, le corps du défunt fut déposé à Citeaux, son cœur dans le chapitre de la chartreuse de Beaune, et ses entrailles à la Sainte-Chapelle de Dijon. Le connétable Jean, sire de Thil et de Marigny, après avoir conduit le cortège, revint au château de Vergy avec les hommes d'armes qui l'avaient accompagné (3).
Eudes IV, mort à l'âge de 55 ans, après un règne de 34 ans qui n'était pas sans éclat, laissait le souvenir
(1) Arch. du Pas-de-Calais, comptes de l'Artois, A. 859. Nous avons copie intégrale de cette longue pièce do 22 grandes pages.
(2) Arch. delà Côte-d'Or, comptes de Vergy, B. 6475.
(3) « Frais de garde do Ver^ey après la mort de Mgr le duc, et « nourriture des chevaulx que nions, de Thil et plu.Meurs genz d'armes « qui l'accompagnoient, en revenant de l'enterrement de Mgr à Cis- « teaux » (B. (5475).
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d'un des brillants chevaliers de l'époque. Actif, entreprenant, courageux dans les combats, habile dans les négociations, heureux dans les tournois, autoritaire, énergique et obstiné, très jaloux de ses droits et peu respectueux de ceux des autres, il avait largement usé de l'influence qu'il avait sur Philippe de Valois et sur la reine Jeanne, sa sœur. Il avait réuni au domaine ducal les comtés de Bourgogne et d'Artois, et était parvenu, par des procédés qui n'étaient pas toujours très recommandables, à donner au duché une importance territoriale qu'il n'avait point encore atteinte. Il disparaissait" assez tôt pour ne pas voir la suite de ces guerres désastreuses qui préparaient la désagrégation féodale, pour ne pas assister à des maux pires encore, à la mort de ses petits-enfants, et à l'agonie de cette maison ducale de la race Capétienne, qui avait préparé la fortune des Grands Ducs d'Occident delà lignée des Valois.