‹ Histoire des ducs de Normandie et des rois d'AngleterreChapitre 4 sur 57 · XX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XX INTRODUCTION

Il n'y a aucune vraisemblance qu'un projet aussi déloyal ait été conçu lorsque la révolution était encore à son début, et en présence de seize témoins. C'était un conte absurde \ il n'en obtint que plus de créance ^ on se le confia à l'oreille, et il déposa un levain funeste dans l'esprit des barons. Le prince avait déjà distribué des terres et des châteaux aux étraupcrs^ il en était résulté des murmures, et l'on crut y voir le commencement de la mise à exécution de ses vues secrètes. D'ailleurs la destruction de leurs châteaux , le ravage de leurs terres , la misère et la dispersion de leurs familles , la ruine absolue dont pouvait les accabler leur souverain furieux et encore debout , la sentence d'excommunication qui pesait sur leur conscience , tout conspirait pour jeter de l'incertitude parmi les confédérés. Quelques uns penchaient pour se soumettre à Jean ; d'autres , eu proie à une cruelle perplexité , suspendaient toute détermination ^ la plupart inclinaient à attendre l'issue des événements. Mais tous connaissaient le caractère cruel et vindicatif du roi, auquel il était impossible de se fier, et dont la colère ne reculerait devant aucun excès.

De son coté, Jean continuait sa course, plein de fureur, d'inquiétude et de défiance à l'égard de ceux qu'il appelait ses amis. Il avait atteint les frontières du pays de Galles, saccageant en chemin tout le pays et s'altachant spécialement à détruire les propriétés de la noblesse^ retournant vers l'est, il traversa les comtés de Worcester et de Northamplon. A la tète d'une armée qui ne rêvait que sang et que rapine, il menait avec lui sur un grand nombre de charrettes et de chevaux ses trésors , une argenterie précieuse et les ornements royaux, auxquels il attachait un prix tout particulier^ c'était (Micore un indice de son esprit étroit. Il avait

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peut-être rinleution de mettre toutes ces richesses eu lieu de sûreté. Il entra ])ar Peterborough dans le district de Croyland, fameux pour son monastère, qui fut pillé ; l'incendie se promena tout autour, Jean se dirigea alors vers Lynn , où il fut très bien reçu:, il voulut, pour gagner la partie nord du Lincolnshire, traverser le Wasli, qui est guéable à marée basse. Au moment où l'armée et les bagages étaient en train de passer, la marée commença à monter avec rapidité; il en résulta beaucoup de désordre et de péril -, les soldats se hâtèrent de gagner la rive ; moins agiles dans leurs mouvements, les chevaux qui portaient ou traînaient les bagages furent atteints et ballottés par les flots qui ne lardèrent pas à les engloutir. Plein de regret et d'une colère impuissante, Jean continua sa marche, et s'arrêta, pour y passer la nuit, à Swineshead, couvent de l'ordre de Cîteaux. Tant d'agitation et de tracas minait sa santé : une fièvre ardente commença à se déclarer. Il l'augmenta par rintempérance à laquelle il se livrait d'habitude , et souffrit beaucoup toute la nuit. Le matin il monta à cheval, soit pour cacher son mal, soit pour le dissiper au moyen de l'exercice, mais il fut bientôt obligé de se faire mettre dans une litière ; on le porta au château de Sleaford , et le lendemain , quoi- ([ue son état se fiit aggravé , à Newark. C'est là qu'il devait mourir.

L'abbé de Croxton l'assista à ses derniers moments, Jean fit reconnaître son fils aîné Henri pour son successeur, et expédier des ordres en conséquence -, il rendit le dernier soupir le 1 8 octobre , à l'âge de quarante- neuf ans, et fut, selon ses désirs , enseveli à Worcester dans l'église de Saint-Wulstan ' . Il avait de sa femme Isabelle d'Angoulême deux fils

' Matth. Paris, page ^88; Mattii, W rstmonast., pag. s^H, ligne 4<>:-

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et trois filles. L'Angleterre n'eut pas de plus mauvais roi; dénué de toute vertu , il était en proie aux vices les plus odieux, et ce lurent ces vices qui attirèrent sur lui et sur ses peuples le plus de calamités.

Aussitôt que la mort de Jean eut été connue , les prélats et les barons de son parti s'assemblèrent à Gloucester en la présence du légat , la veille de la fête de SS. Simon et Jude , pour installer sur le trône Henri , son fils aîné 5 il lut couronné le lendemain par les évéques de Winchester et de Bath , après avoir fait hommage à l'Eglise romaine et au pape Innocent des royaumes d'Angleterre et d'Irlande, et juré, entre autres choses, de payer fidèlement le tribut de mille marcs auquel son père s'était engagé vis-à-vis du saint-siége , pendant tout le temps qu'il serait en possession de ces deux couronnes. Henri avait alors dix ans. Après son couronnement, qui eut lieu le 28 octobre 1216, le jeune prince resta confié à la garde de Guillaume , comte de Pembroke , grand -maréchal d'Angleterre, qui s'empressa d'adresser des lettres à tous les vicomtes et châtelains du royaume pour les inviter individuellement à se ranger du parti du nouveau roi , leur promettant des terres et force présents s'ils lui demeuraient fidèles. En conséquence, tous les nobles et les châtelains qui avaient servi Jean , s'attachèrent à Henri plus étroitement qu'à son prédécesseur, car leur avis à tous était que l'iniquité du père ne devait pas être imputée au fils ; et tous ils commencèrent à mettre leurs châteaux en état de défense. En outre , ce qui animait les partisans de la cause royale , c'était de voir excommunier tous les dimanches et fêtes , Louis , ses complices et fauteurs. '

• Maïtii. Pahis, page 289, ligne 48; Mattii. Wr.stmonast., p. 277, ligne |T; voyez aussi notre texte, page 181.

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Louis el les barons qui laisaient alors le siq';c de Douvres , avaiil appris la morl de Jean de manière à n'en pouvoir douter , furent transportés d'une folle joie , et se croyaient déjà maîtres de l'Angleterre. Le prince , ayant demandé à Hubert de 13urgli, connétable du château de Douvres, de se rendre, sous prétexte que le roi son maître étant mort, il n'avait plus de défenseur , celui-ci, dit-on , lui répondit : « Si mon maître est mort, il a des fils et des filles qui doivent lui succéder. Quant à vous rendre le château , je veux en conférer avec les chevaliers mes compagnons. » Le résultat de cette conférence fut que l'on repousserait la demande de Louis pour éviter le reproche de trahison, qui ne manquerait pas d'être adressé aux défenseurs du château s'ils se rendaient honteusement. Ceci ayant été communiqué aux assiégeants, ils décidèrent de soumettre les châteaux les moins importants de l'Angleterre pour en venir ensuite à ceux qui l'étaient plus, et ils levèrent le siège.

De Douvres , Louis alla se présenter devant Hertford , dont le château avait pour gouverneur un chevalier nommé Gautier de Godardville , qui se défendit longtemps contre le prince , et fit un grand carnage des Français -, mais à la fin il se rendit à la condition que lui et les siens pourraient se retirer avec armes et bagages. La ville rendue , Robert Fitzwalter la demanda , disant que la garde d'Hertford avait lait de tout temps partie de ses privilèges. Louis consulta, a ce sujet, les Français qui se trouvaient à sa suite, el ceux-ci lui répondirent que les Anglais ayant trahi leur propre seigneur, n'étaient pas dignes d'avoir de semblables gouvernements. Alors , le prince répondit à Robert de prendre patience jusqu'à l'entière soumission du royaume, qu'alors il rendrait à chacun ce qui lui était dû '. Vers le

' iVFATTii. PAr.is . page 9.90 , lij;nc 20. ^olrc clironiijiK.' , au contraire,

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même temps, Guillaume d'Aubigny sortit de prison, après avoir compté pour sa rançon une somme de six mille marcs ; il fit hommage à Henri III , et ce roi lui confia la garde du château de Ledford, qu'il défendit avec une grande valeur.

Après la prise de Hertford , Louis se porta sur le château de Berkhampstead , et y mit le siège. Cette place était défendue par un brave chevalier, originaire d'Allemagne , nommé Waleran , qui résista pendant longtemps 5 mais enfin il se rendit, par l'ordre du roi, le 13 des calendes de janvier (20 décembre), à la condition qu'il pourrait se retirer, lui et ses compagnons , avec leurs armes et leurs chevaux. Louis remit le château de Berkhampstead entre les mains de Raoul Ploket % et vint le lendemain , qui était la fête de saint Thomas l'apôtre , à Saint - Alban , dont il voulut contraindre l'abbé à lui rendre hommage ; celui-ci s'y étant refusé, Louis, enflammé de colère, le menaça de réduire en cendres et l'abbaye et la ville. A la fin, l'abbé, grâce à l'intervention de Saher, comte de Winchester, se racheta, lui et la ville entière, au prix d'une somme de quatre-vingts marcs , qui lui valurent de Louis une trêve jusqu'à la Purification de la sainte Vierge. Cette affaire terminée, le prince revint à Londres. "

L'an 1217, Henri III passa les fêtes de Noël à Bristol , en la compagnie du légat Gualo et de Guillaume le maréchal , qui était tout à la fois gouverneur du roi et du royaume. Il y avait à cette époque une grande indécision parmi les membres de la noblesse d'Angleterre , qui ne savaient à

porte que Louis « assist le castiel de Herefort, si le prist et le rendi à Robert le fill Gautier cui drois che fu. » Page 182, ligne 8. ' Voyez notre texte, page 182, ligne 11. Matth. Paris, page 291, ligne 6. Notre clironiqiiein- cite plusieurs .uilres villes et rhâtcaux que Louis aurail piis après celui de Herkliampslead. \ ove/, plus loin, page 182.

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quel roi s'attacher, au jeune Henri ou à Louis. Ils étaient en effet traités avec tant de mépris par les Français , que plusieurs d'entre eux n'en purent prendre leur parti. Ce qui ne contribua pas peu à augmenter le mécontentement, c'est que Louis, au mépris de son serment, s'était emparé des terres , propriétés et châteaux de ces mêmes nobles , après les avoir conquis avec leur secours, et qu'il y avait placé ses chevaliers et des étrangers. Au reste, il leur paraissait honteux de revenir au roi, dont ils s'étaient éloignés, et de ressembler par là, comme dit Matthieu Paris, à des chiens qui retournent à leur vomissement \ Un pareil état de perplexité les empêcha de se concerter et de prendre un parti décisif. Cependant la guerre et les calamités qui l'accompagnent ne se ralentissaient pas; le 13 des calendes de février ( 20 janvier) des chevaliers et des soldats de la garnison du château de Mount Sorrel firent une sortie pour se mettre en quête de butin. Les chevaliers de Nottingham en ayant été informés par leurs éclaireurs, vinrent à la rencontre des pillards ; et, après un combat où trois de ceux-ci perdirent la vie, ils s'en retournèrent pleins de joie , emmenant avec eux trente-quatre prisonniers , dont dix chevaliers et vingt-quatre soldats. »

Dans le même temps, un brigand, nommé Fauque de Bréauté^, suivi d'une grande multitude de chevaliers et de

' Cette expression proverbiale, qui semble particulière à l'Angleterre, se retrouve dans la chronique de Lanercost (Edinburgh, M. Dccc. XXXIX, page 177, ligne 16), et dans Sliakspeare. {Henri F, acte III , scène vu. )

' Matth. Paris, page 292, ligne i5.

' Voyez dans riOtrc texte , page 170, ligne i, quelques détails sur ce Fouke ou Fauque, que Matthieu Paris nomme Falcasius. Matthieu de Westminster Tappellc Fulcoiicm de Brcancc. nationc Nonnaniiiitm. Voyez page 270, ligne 25.

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routiers j)ris daiib les {^aniisoiis d'Oxford, de NorlIiamj)loii, de Bediord et de Windsor, vint à la ville de Saint- Alban le 1 1 des ealendes de lévrier, vers le soir, qui se trouvait être la nuit lie la Saint-Vincent, et l'ayant attaquée à l'improviste , il la pilla, fit prisonniers les hommes et les enfants, et les char- };ea de fers. Il ne respecta pas davantage l'abbaye, car il lua à la porte de l'église un valet qui cherchait à s'y réfugier, et signifia à l'abbé Guillaume qu'il eut à lui envoyer sur-le-champ cent livres d'argent, ou que, autrement, il réduirait en cendres la ville entière avec le monastère luimême et les bâtiments qui en dépendaient. L'abbé, après s'être plusieurs fois refusé à remplir ces conditions , se vit enfin obligé d'en passer par là , et remit la somme demandée. Cette affaire terminée, Fauque se hâta de gagner le château de Bedford avec ses compagnons chargés d'excommunications et de dépouilles sacrilèges , et avec ses prisonniers honteusement garrottés. Puis , toujours suivi de toute cette multitude, et tournant ses pas vers la forêt de Walberg, il y prit Roger de Colbeville , et, avec lui, plus de soixante clercs et laïcs de ce pays, qui s'y cachaient pour échapper aux pillards. Plus tard, le même Fauque ayant vu en songe tomber de la tour de Saint-Alban en forme de foudre une pierre énorme qui le réduisait en poussière, en fit part à son réveil, à Marguerite, comtesse de l'Isle , sa iemme. Celle-ci l'exhorta à se réconcilier avec le saint qu'il avait si grièvement offensé, et à lui offrir une satisfaction convenable , car elle pensait que cette vision était un présage de la vengeance destinée au forfait dont il était coupable. Pour complaire à sa femme, Fauque vint a SainI -Alban cl se présenta dans la salle du chapitre; la. df'poMillé de ses vêtements ri tenant une verge à la main . il dcniHnda cl nblijil l'absolution , cl baisa tous 1rs

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moines les uns après les autres ; mais , comme si cela eût suffi pour les apaiser, il ne rendit rien de ce qu'il avait enlevé, et ne répara en aucune manière le tort qu'il avait fait à ses victimes. Les pauvres gens eurent beau se tenir à la porte de la salle capitulaire, dans l'espérance de ravoir quelque chose de ce qui leur avait été pris , Fauque passa au milieu d'eux en leur lançant un regard méprisant'. Cette anecdote n'a trait sans doute que fort indirectement à mon sujets mais j'ai cru devoir la rapporter, parce que, plus que toute autre, elle peint, d'un côté, l'état de désorganisation sociale dans lequel était tombée l'Angleterre, et, de l'autre, la grossièreté superstitieuse des hommes de guerre de l'époque. Vers le même temps, les agents de Louis qui plaidaient sa cause en cour de Rome , lui firent savoir que , s'il n'évacuait pas l'Angleterre, la sentence d'excommunication, prononcée contre lui par le légat Gualo , serait confirmée par le pape le jour de la Cène. En conséquence une trêve fut conclue entre Louis et le roi Henri ^ elle devait durer jusqu'au mois de Pâques , et tout , dans les châteaux et ailleurs, devait rester dans le même état qu'au moment de la conclusion de la trêve , et cela jusqu'au terme marqué. Louis passa le détroit vers la Quadragésime , et c'est à partir de ce moment qu'il perdit sans retour les bonnes grâces des barons anglais ; car, Guillaume , comte de Salisbury, Guillaume, comte d'Arundel , Guillaume , comte de Warennes , et plusieurs autres seigneurs, firent au roi serment de fidélité et l'observèrent par la suite. Mais ce qui porta le plus grand coup au parti de Louis, c'est que le grand-maréchal d'Angleterre rappela son fils aîné au service du roi. *

' Matth. Pakis, page 292, ligne 45; pa^e 848, ligne ?>4 ; !\L\ttii. Westmonast., pagr 27^, ligne 47.

' Matth. Paris, p. 292, lig. 57. Voyez aussi noUc lexlc, p. 187, iig. 26.

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A la même époque, après les fêtes de Pâques, Ranulphe, comte de Chester, Guillaume, comte d'Albemarle, Guillaume, comte de Ferrers , Robert de Vieux-Pont, Brian de risle , Guillaume de Chanteloup , Philippe Marc, Robert de (jaugi , Fauque de Bréauté avec ses châtelains et plusieurs autres hommes de guerre appartenant à la garnison des châteaux, se rassemblèrent par les soins de Guillaume le maréchal, gouverneur du roi et du royaume, dans le but d'assiéger le château de Mount Sorrel, défendu par Henri de Braibroc, dix chevaliers d'une valeur éprouvée et un grand nombre de soldats. Les assiégeants, ayant placé leurs machines dans des endroits favorables, commencèrent vigoureusement l'attaque dudit château -, mais on leur répondit du dedans avec la même ardeur. Enfin les assiégés , après avoir tenu plusieurs jours, craignant de se voir épuisés par un long siège, envoyèrent auprès de Saher, comte de Winchester, qui se trouvait alors à Londres, le priant de venir sans retard à leur secours. Saher, auquel ce château appartenait, se rendit auprès de Louis , qui venait d'arriver du continent à Londres, et, appuyé de ses amis, il lui demanda un secours de troupes pour faire lever le siège. On tint conseil, et il fut décidé à l'unanimité que l'on ferait marcher un corps d'armée , pour repousser les assiégeants et pour soumettre toute la province à Louis. En conséquence, il sortit de Londres six cents chevaliers, et, avec eux, plus de vingt mille hommes armés, qui tous n'aspiraient qu'au butin ^ ils étaient commandés par le comte du Perche , maréchal de France , Saher, comte de Winchester, Robert Fitzwalter, et beaucoup d'autres que l'on jugeait propres à celte expédition. Ils laissèrent leur camp la veille des calendes de mai , r'est-à-dlre le lundi avant l'Ascension , et se mirent en marche pour Sainl-Alban , pillant tout ce qui se trouvait

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sur leur route. Les routiers et les pillards qui foisonnaient dans cette multitude armée, fouillaient les villes en tout sens, n'épargnant ni les églises ni les cimetières, prenaient et dépouillaient des gens de toute classe et les forçaient par des tortures calculées à payer de très fortes rançons. L'abbaye de Saint-Alban , qui , peu de temps auparavant, avait satisfait aux exigences de Louis, ne put entièrement échapper aux mains des pillards; Fayant trouvée pleine de vivres de toute espèce, ils la laissèrent complètement dénuée de provisions \

De Saint-Alban , le détacbement dont nous venons de parler se mit eu marcbe le lendemain pour Dunstaple, el s'arrêta dans la ville de Redburn (comté de Herts), où il dépouilla jusqu'aux braies {usque ad fœnioralia) les moines du prieuré de Saint-Ampbibalus. Non contents de ces violences, ils portèrent des mains sacrilèges sur les reliques des saints , qu'ils enlevèrent des autels. A cette occasion aurait eu lieu un miracle , rapporté par Mattbieu Paris % et qui, comme toutes les anecdotes de ce genre , n'est pas inutile pour la connaissance des faits et des idées de l'époque.

Arrivée à Dunstaple , l'armée de Louis et des barons anglais y passa la nuit. Le lendemain matin , elle se porta vers le nord pour essayer de faire lever le siège de Mount Sorrel ; maisRanulpbe, comte de Cbester, et les autres qui campaient devant le cbâteau , ayant été prévenus par leurs éclaireurs , opérèrent leur retraite vers Nottingham , et résolurent à l'unanimité d'observer la marcbe des ennemis qui survenaient. Cependant les barons, après avoir, suivant leur coutume, dépouillé tous les cimetières et toutes les églises sur

' Mattit. Paris, page 294, ligne 5.

' Page 294, ligne 29.

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