‹ Histoire des ducs de Normandie et des rois d'AngleterreChapitre 5 sur 57 · XXX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXX INTRODUCTION

leur roule, arrivèrent au château de Mount Sorrel ; là ils déeiclèrent d'un commun accord qu'ils se porteraient en toute hdte sur Lincoln , dont Gilbert de Gant , avec les autres barons déjà nommés, avaitfait le siège pendant longtemps, mais en vain. Les barons, à leur passage dans la vallée de Bclvoir, ne laissèrent après eux rien à piller; car les fantassins français , écume impure de leur pays, n'épargnèrent absolument rien. En effet, leur pauvreté et leur misère étaient si grandes qu'ils n'avaient pas même de vêtements pour cacher leur nudité. Enfin, arrivés devant Lincoln , les barons assaillirent vigoureusement le château ; mais les assiégés firent bonne contenance et tinrent en respect leurs adversaires.

Sur ces entrefaites , Guillaume le maréchal, gouverneur du roi et du royaume, d'après l'avis du légat Gualo et de Pierre évêque de Winchester, fit convoquer tous les châtelains du parti royal et les chevaliers qui appartenaient aux garnisons des divers châteaux ;, et leur ordonna de par le roi de se trouver à Newark le lundi de la semaine de la Pentecôte, pour tâcher, de concert avec eux, de faire lever le siège de Lincoln. Ceux-ci, qui brûlaient d'en venir aux mains avec les Français excommuniés et de combattre pour leur pays, se rendirent avec joie au lieu désigné et à l'époque indiquée. Le légat s'y trouva pareillement avec les autres prélats du royaume , suivi de cavaliers et d'hommes de guerre, afin de poursuivre par l'analhème et par le fer ceux qui seraient rebelles au roi et au pape. Tout le monde étant rassemblé, l'on compta dans l'armée quatre cents chevaliers , et presque deux cent cinquante arbalétriers. Quant aux soldats et aux cavaliers, ils étaient si nombreux qu'ils pouvaient au besoin remplir le rôle de chevaliers. Les chefs de cette armée furent Guillaume le

lîSTRODUCTION. xxx,

maréchîil , cl son fils (jiii portait le même nom (|nf lui . Pierre, évècjue de NV inchesler, (]ui était habile au m»''ti(M des armes, Ranulphe, eomle de Chesler, Ouillaume, comte de Salisbury, Guillaume, comte de Ferrers , et Guillauuic de Béthune, comte d'Albemarle. Il s'y trouvait, en fait de barons, Guillaume d'Aubigny, Jean le maréchal, (iuillaume de Chanteloup et son fils, également nommé Guillaume, Fauque de Bréauté , Thomas Basset, Robert de Vieux-Pont, Brian de llsle , GeofFrol de Lucl. Philij>|)c d "Aubigny, avec plusieurs châtelains versés dans Fart militaire. Ceux-ci, pendant une halte de trois jours qu'ils firent à Newark pour laisser respirer les hommes et les chevaux , passèrent leur temps à se confesser et à se fortifier du corps et du sang de Jésus-Christ . afin que Notre-Seigneur les protégeât contre les coups de l'ennemi. Ainsi prêts à tout, ils s excitaient à vaincre ou à mourir pour la cause de la justice.

Enfin vendredi de la Pentecôte • , après la célébration de l'office divin, le légat se levant, prit la parole et démontra à tous combien était injuste la cause de Louis et des barons qui l'appuyaient ; il rappela que c'était la raison qui les avait fait excommunier et retrancher du sein de l'Eglise. Puis, voulant exciter l'armée au combat, il se revêtit de blanc lui et tout le clergé, et il excommunia nominativement Louis avec ses fauteurs et complices , principalement ceux qui faisaient le siège du château de Lincoln contre le roi d'Angleterre , avec toute la ville : c'est-à-dire le contenant et le contenu. A cela il ajouta , pour ceux qui étaient venus en personne à celte expédition , la rémission pleine et entière des péchés dont

' Le ig iiuii.

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ils s'étaient sincèrement confessés , par suite des pouvoirs (ju'il tenait de Dieu et du saint-siége; puis il donna à tous l'absolution et la bénédiction divine. Alors tous volèrent aux armes , les cavaliers se mirent en selle, et on leva le camp avec allégresse. Arrivés à Stow, qui est situé à huit milles de Lincoln, ils y passèrent la nuit. Le lendemain matin, ils se formèrent en sept divisions, toutes considérables, et ils marcbèrent contre l'ennemi, ne craignant qu'une chose, qu'il ne prît la fuite avant leur arrivée. Les arbalétriers les précédaient toujours d'un mille, et les bagages, les vivres et autres accessoires se trouvaient sur les derrières. Les bannières et les écus brillaient de tous côtés, et frappaient d'une terreur profonde ceux qui les apercevaient. Quant aux barons qui étaient dans la ville , et aux Français , ils avaient tant de confiance dans le succès de leur cause , qu'ils ne répondirent que par des brocards et des éclats de rire aux messagers qui leur annonçaient la venue des ennemis, et ne cessèrent de battre en brèche les murs du château. Cependant Robert Fitzwalter et Saher, comte de Winchester, ayant appris que les ennemis approchaient de la ville , en firent baisser le pont et sortirent pour observer leurs mouvements et juger de leur nombre. Après avoir attentivement examiné l'ordre de leur marche, ils rentrèrent dans la ville auprès de leurs compagnons et leur dirent : « Les ennemis s'avancent en bon ordre contre nous, mais ils nous sont inférieurs par le nombre : allons au-devant d'eux jusqu'au pied de la montagne; ainsi, nous les prendrons comme des alouettes. » A cela le comte du Perche et le maréchal répondirent qu'ils voulaient s'assurer par eux-mêmes du nombre des ennemis, et ils sortirent à cet effet; mais ils se trompèrent dans leur estimation, et firent en ronséquence de mauvaises dispositions.

INTRODUCTION. xxxilj

Cependant r.irmée royale s'étant approchée de la ville du côté du cluileau fut reconnue par les châtelains; et ceuxci envoyèrent secrètement à ceux qui la commandaient un messager pour leur faire savoir ce qui se passait au-dedans. Il ajouta qu'ils pouvaient entrer par une poterne qui avait déjà été ouverte pour eux. Les chefs ne voulurent pas entrer tous -, mais ils envoyèrent Fauque avec tout le corps qu'il commandait et avec tous les arbalétriers, pour ouvrir à l'armée au moins une des portes de la ville. Pendant que le reste des troupes s'avançait vers la porte du nord , Fauque eut le temps de la briser. Les barons n'en continuaient pas moins à lancer de lourdes pierres contre le château; mais sur ces entrefaites Fauque y élant entré suivi de son corps d'ai'mée et de tous les arbalétriers , les posta à l'instant même sur les murs des maisons et sur les remparts du château , d où ils lancèrent des traits sur les plus redoutables des barons , et firent rouler dans la poussière les chevaux et ceux qui les montaient, de telle sorte qu'en un clin d'œil ils couchèrent par terre une foule de fantassins, de chevaliers et de seigneurs. Voyant cela , Fauque fit une sortie avec les siens et s'élança résolument au plus épais des ennemis-, mais il fut pris, et on l'entraînait lorsqu'il fut délivré et ramené par ses arbalétriers et ses soldats. Cependant toute l'armée royale, après avoir brisé, quoique avec beaucoup de peine, les portes de la ville, y fit son entrée en masse et chargea l'ennemi avec intrépidité. Alors la mêlée devint horrible-, on eût pu voir, dit Matthieu Paris, des étincelles jaillir du choc des glaives , on eût pu entendre le sol mugir, sous les efforts des combattants, avec le bruit du tonnerre ou d'un tremblement de terre '. Mais

' Vidcres igifui- ex i(iihii<: ^ladionim i^neas prosilire. scintillns .

xxxiv INTRODUCTION.

enfin les soldats du parti du roi, qui avaient eu l'habileté de s'attaquer aux chevaux des barons et de les percer de traits , mirent tout à fait hors de combat une partie de ces seigneurs; car les chevaux tombant sans vie par terre , on prenait ceux qui les montaient, vu qu'il n'y avait personne pour les délivrer. Enfin l'armée royale , après avoir écrasé les barons et leur avoir pris un grand nombre de chevaliers qui tous furent chargés de chaînes, rassembla ses efforts contre le comte du Perche et l'enveloppa de toutes parts , en sorte que ce fut sur lui que tomba le poids de la bataille. Comme il ne pouvait soutenir le choc des assaillants , on l'invita à se rendre, seule chance de salut qui lui restât; mais il déclara avec un serment horrible qu'il ne se rendrait jamais à un Anglais, attendu que les gens de cette nation étaient des traîtres envers leur roi légitime. A ces mots , un soldat de l'armée royale s'élança sur le comte , et , lui perçant la tête par l'ouverture de son heaume, il en fit jaillir la cervelle : ce qui fut d'autant mieux mérité, dit Matthieu Paris ', que le malheureux avait souvent juré et menti par cette partie du corps. Les Français , voyant que le plus grand nombre d'entre eux avait mordu la poussière, prirent la fuite, cavaliers comme fantassins; mais ce ne fut pas sans difficulté et sans perte, car le fléau de la porte du nord par laquelle ils s'échappèrent, fléau placé en travers, gêna beaucoup les fuyards : toutes les fois qu'un survenant, press<i de sorlir, se présentait , il lui fallait descendre de cheval et ouvrir la porte, qui, par suite de la chute du fléau, se refermait immédiatement derrière lui. Après avoir défait les barons, les troupes royales se mirent à les poursuivre;

et ad modurn tonitrus vel terrœmotus totam tcrrani voboare ex congressu con/ligenlium. Page 296, ligae 20. ' Page 296, ligne 5o.

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plusieurs furent pris, mais cette poursuite ne fut pas sérieuse ^ car le sentiment de la communauté d'ori^^ine, ce sentiment qui se manifeste dans les occasions extrêmes, se réveilla alors dans les cœurs ; autrement pas un n'eût échappé. Ceux des barons qui commandaient et qui tombèrent entre les mains de l'ennemi, furent Saher, comte de Winchester, et son fils Robert , Henri de Rohun, comte de Hereford , le comte Gilbert de Gant que Louis venait de faire comte de Lincoln ; quant aux simples barons faits prisonniers , les historiens ' nomment Robert Fitzwalter, Richard de Montfichet , Guillaume de Mowbray, Guillaume de Beauchamp, Guillaume Mandut, Olivier de Harcourt, Roger de Cressi, Guillaume de Coleville, Guillaume de Ros, Robert de Ropesle , Raoul Cheinduit , Guillaume de Dodinfeuille , Gilbert de Clare, et une foule d'autres qu'il serait trop long d'énumérer ici. A ces seigneurs il faut ajouter quatre cents chevaliers, sans compter les soldats à pied ou à cheval, dont il n'est pas facile de déterminer le nombre. Le comte du Perche fut enseveli dans l'enceinte d'un hôpital , hors de la ville. On eut encore à regretter la perte de Réginald surnommé Safran, brave chevalier de la famille de Fauque, qui fut honorablement enterré dans l'abbaye de Cokesden. Le parti des barons perdit aussi dans ce combat un soldat que personne ne connaissait: il fut, comme excommunié, enterré hors de la ville, dans un carrefour. Ce furent les seuls qui périrent dans cette occasion. '

' 3Iatth. Paris, page 296, ligne 49- Voyez aussi notre texte, pageg4, ligne 27.

' Il y a dans VAirhceologia, volume YIIl, page 208, un mémoire curieux du Rév. Samuel Pogge, intitulé a circumsiantial Détail of the Battu of Lincoln, A. D. 1217, Henry III. Dans le volume XXII, page 426-428, de la même collection, on trouve la gravure du sceau de Louis et nue charte latine de ce prince, datée du siège d'Hertford ,

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Après le combat, l'armée royale fit main basse sur les bagages et les ricbesses que les baions et les Français avaient traînés à leur suite j mais ils n'en restèrent pas là : ils pillèrent la ville entière, puis s'attaquant aux églises, ils brisèrent à coups de bâches et de maillets tous les coffres et toutes les armoires qui s'y trouvaient, et s'emparèrent de l'or, de l'argent, des étoffes de diverses couleurs, des vêtements de femme, des anneaux d'or, des coupes et des pierres précieuses qu'ils renfermaient. La cathédrale elle-même ne fut pas à l'abri de ces spoliations 5 car le légat avait recommandé aux soldats de traiter tous les chanoines en excommuniés , et , comme tels , en ennemis de l'Eglise romaine et du roi son vassal depuis le commencement de la guerre. Mais il suffisait pour eux qu'il y eût quelque chose à emporter. Enfin, ayant fait partout place nette, ils revinrent l'un après l'autre chargés de butin auprès de leurs seigneurs, et la paix du roi Henri ayant été proclamée par toute la ville, ils se livrèrent à la joie et aux plaisirs de la table. Ce combat, qu'en dérision de Louis et des barons on appelle le jour </e ma/c7ze (nundinas), eut lieu le 14 ' des calendes de juin, c'est-à-dire le vendredi de la semaine de la Pentecôte ; il commença entre la première et la troisième heure; mais

le i\ novembre 1216, par laquelle il donne à A\ illiam de lluntingfeld, pour son hommage et service, la ville de Grimesby, dans le conilé de Lincoln.

M. Thomas Wright a publié sur la prise de cette ville un petit poème latin foit remarquable , dans son livre intitulé The political Song.i of E ngland , from the Reigii of John to thaï qf Edward II. London : printed for the Canden Society, by John Bowyer Nichols and son, Parliament street. m. dccc. xxxix, in-4°, pages 19-27.

' Matthieu de Westminster dit le 1 5, et c'est la bonne leçon. Voyez page 277, ligne 49. Quaut à notre texte, le ms. 455 porte «la velle de laPentecouste, » et celui du fonds de Saint-Germain k la velle de la Trinité. » Voyez page 194 , ligne 21.

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les choses furent si hieii menées (|ue loul iul Uni avant la neuvième. Après la victoire, Guillaume le mar('chal signifia à tous les châtelains qu'ils eussent à s'en retourner dans leurs foyers avec leurs prisonniers, et à les tenir sous les verroux jusqu'à ce que le roi leur fît connaître sa volonté^ puis le même jour cet ollicier se rendit auprès du roi, et l'informa en présence du légat, de tout ce qui venait de se passer. Ceux-ci, rendirent grâces à Dieu en pleurant, et la joie fit aussitôt place aux larmes.

Quand le matin fut venu, il arriva au roi des messagers qui lui dirent que la garnison de INJount Sorrel avait abandonné ce château et pris la fuite : alors Henri donna au vicomte de Nottingham l'ordre de se rendre en personne au château et de le raser.

Après que le comte du Perche eut été tué , toute l'armée des barons, cavaliers comme fantassins, s'enfuit du côté de Londres, ayant à sa tète le maréchal de France avec le châtelain d'Arras et une foule de Français; mais il en périt un grand nombre, et les fantassins principalement furent tués presque tous avant d'arriver auprès de Louis ', car, à leur approche , les habitants des villages par où ils fuyaient sortaient armés d'épées et de bâtons. Deux cents chevaliei's environ parvinrent jusqu'à Londres et se présentèrent à Louis, auquel ils annoncèrent ces tristes nouvelles ; mais, au lieu de les consoler, le prince leur dit vu les raillant sur leur lâcheté , que leur fuite avait perdu leurs compagnons; car, s'ils n'eussent pas lâché pied, ils eussent pu se sauver eux et ceux qui étaient restés aux mains de l'ennemi.

' Louis se trouvait alors au siège de Douvres, si nous en croyons notre texte, «t il apprit la nouvelle de la bataille de Lincoln le jeudi après la semaine do la Pentecôte. Voyez page icp, ligne i5

xxxviij IISÏRODUCTION.

C'est alors que Louis , désespéré du désastre de Lincoln et crai{jnant de ik' pouvoir mener à fin son entreprise, s'adressa à son père et à sa femme pour avoir du renfort ; mais laissons parler ici une chronique qui contient à ce sujet une anecdote trop belle pour que nous ne penchions pas à la croire vraie.

« Avint que mes sires Loyes ot despendu tout le sien , et li failli argens, et manda à son père que il li aidast et envoiast deniers. Et li rois dist que par la lance saint Jacques il n'en feroit noient, ne jà, por li , ne serolt escumeniés. Quant ma dame Blance le sot , si vint au roy et li dist : « Coument , sire ! lairés-vos dont vostre lîls morir en estranges terres? Sire, pour Dieu 1 il doit estre ireliers après vous : envoiés-li cou que mestiers li est, au moins les issues de son patremoine. — Ciertes , Blance , dist li rois , je n'en ferai noient. —Non, sire? dist la dame. — Non voir, dist li rois. — Et je sai bien, dist la dame, que j'en ferai. — Qu'en ferés-vos dont? dist li rois. — Par la beneoite Mère Dieu, j'ai biaus enfans de mon signour : je les meterai en gages, et bien trouverai qui me prestera sous aus. » A tant se parti dou roi ainsi come dervée ^ et quant li rois la vit ainsi aler, si quida que ele desist vérité : si la fist rapieler et dist : « Blance , je vous donrai de mon trésor tant come vous vorrés, et en faites çou que vous volés et cou que vous quidiés que boin soit. — Sire , dist ma dame Blance, vous dites bien. » Et lors fu délivrés li grans trésors à ma dame Blance , et ele l'envoia à son signour ' . »

' Ce morceau, extrait de la Chronique de Reims, a été publié par mon ami Paulin Paris, dans le Romancero français , Paris, Techener, i855, page 200 ; puis, avec la totalité de l'ouvrage dont il fait partie, par M. Louis Paris. ?\ous le redonnons ici d'après le manuscrit du fonds de Sorbnnno. n" 454-

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Blanche envoya à son époux trois cenls braves chevaliers bien exercés au métier des armes , avoc un grand nombre de soldats. Mais tout cela ne pouvait rester ignoré du roi d'Angleterre, qui, s'étant déjà remis à la tête de ses forces, gardait avec une armée imposante les côtes méridionales de rOcéan , et avait résolu de faire le siège de Londres. En conséquence le roi, d'après le conseil du maréchal, donna ordre à Philippe d'Aubigny et à Jean le maréchal, en même temps qu'aux Cinq-Ports et à un grand nombre de gens armés, de surveiller attentivement les cotes, afin de prévenir l'arrivée des Français.

Le jour de Saint-Barthélémy (le 24 août 1217), la flotte française fut confiée à Eustache le Moine, afin qu'il la conduisît sans malencontre à Londres, et la remît en bon état au prince Louis. Les chevaliers qui la montaient s'étant donc mis en mer eurent un vent arrière qui les poussa violemment vers l'Angleterre 5 mais ils ignoraient complètement les embûches qu'on leur avait dressées. Ils avaient donc parcouru une grande partie de leur route, lorsqu'ils rencontrèrent les corsaires du roi d'Angleterre qui venaient obliquement. Ceux-ci voyant que leurs adversaires avaient quatre grands navires et un nombre plus considérable de petits et de barques armées , redoutèrent d'engager un combat naval avec si peu de forces, car le nombre de leurs vaisseaux et barques , tout bien compté , n'excédait pas quarante 5 mais enfin , animés par le souvenir de ce qui était arrivé à Lincoln, où un petit nombre avait triomphé d'un plus grand , ils s'élancèrent hardiment sur les derrières de l'ennemi. Les Français, à leur aspect, coururent aux armes et résistèrent à leurs adversaires, sinon avec avantage , tout au moins avec valeur. Philippe d'Aubignv et les arbalétriers avec les archers , lançant la moi t dans les rangs des

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Français, (ireiil en peu de temps un grand carnage. Les Anglais avaient en outre des barques armées d'un éperon de fer avec lequel ils perforaient les navires de leurs adversaires 5 de cette manière ils en coulèrent bas un grand nombre. Ils avaient en outre de la chaux vive réduite en poudre fine, qu'ils lançaient en l'air et que le vent portait dans les yeux des Français. La mêlée devint très-chaude 5 mais ceux des Français qui n'avaient point l'habitude de se battre en mer furent bientôt mis hors de combat, car les Anglais, exercés comme ils l'ont toujours été à se battre sur terre et sur mer, les accablaient de traits et de flèches , les transperçaient à coups de lances, les égorgeaient avec leurs poignards et leurs épées , ou crevaient et submergeaient les nefs ennemies. Ces malheureux étaient en outre aveuglés par la chaux et n'avaient ni l'espoir d'être secourus ni la possibilité de fuir. C'est ce qui fit que plusieurs , craignant de tomber vivants entre les mains de leurs ennemis , se précipitèrent de leur propre mouvement dans la mer, aimant mieux mourir que de rester à la merci de leurs vainqueurs. Tous les plus nobles des Français qui survécurent ayant été pris , les Anglais attachèrent les Vaisseaux conquis avec des câbles, et revinrent à Douvres pleins de joie , en chantant les louanges de Dieu. Les soldais du château vinrent à leur rencontre et serrèrent de liens plus étroits les malheureux Français. Après beaucoup de recherches , on trouva à fond de cale et dans la sentine d'un navire, Eustache le Moine que l'on désirait fort trouver. Quand il se vit pris , il offrit une somme énorme pour racheter sa vie et ses membres et promit une fidélité inviolable au roi d'Angleterre ^ mais Richard , bâtard de Jean-Sans-Terre , le saisit et lui dit : « Jamais , traître pervers, tu ne décevras désormais qui que ce oit par tes promesses menteuses. » Après ces mois, il lira

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son glaive et coupa la tête à Eustache le Moine '. Les dépouilles de la flotte tant en or et en argent, qu'en étoffes de soie , lurent recueillies par les gens du roi. Le premier soin de Philippe d'Aubigny fut de mettre les prisonniers en lieu sûr, puis il manda à Henri ce qui venait de se passer. Quant à Louis, il s'affligea de cet événement beaucoup plus que du désastre de Lincoln.

Le maréchal, gouverneur du roi et du royaume , rassembla une nombreuse armée , et se porta en forces sur la ville de Londres, qu'il assiégea à la fois par terre et par mer-, par là coupant les vivres à ceux qui défendaient la place, il voulait les amener à se rendre. C'est alors que Louis, réduit à la dernière extrémité, fit savoir au légat aussi bien qu'au maréchal qu'il était prêt à en passer par tout ce qu'ils lui imposeraient, pour obtenir une paix honorable. Ceux-ci, de qui tout dépendait et qui désiraient vivement la délivrance de Louis en considération de la couronne de France, rédigèrent un projet de paix et le remirent au prince 5 ils lui mandèrent que, s'il consentait à l'adopter, ils s'engageaient à lui faire donner un sauf-conduit, à lui et à tous ses partisans, pour quitter l'Angleterre, bien qu'une foule de personnes s'opposassent ouvertement et de toutes leurs forces à ce qu'on usât de miséricorde à son égard; ils ajoutèrent qu'autrement ils feraient tous leurs efforts pour amener sa ruine et le couvrir de confusion. Louis et ses conseillers, ayant examiné ce projet , approuvèrent fort le parti de quitter l'Angleterre, où toutefois ils eussent trouvé plus

' ]\ous avous eiuprunté la presque totalité de ce récit à la grande Chronique de Matthieu Paris , page 298 , ligne 49 ; mais il existe un grand nombre d'autres relations de cet événement : on peut les lire dans notre Notice sur le Roman d'Eustache le Moine, page xiij-xxij. Voyez aussi notre texte, p. 200-202.

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doux de rester. En conséquence, le prince fit demander au légat et au grand-maréchal de fixer un lieu et une heure pour mettre promptement à exécution les arrangements qui venaient d'être conclus. Les parties s'étant entendues à cet égard, on ménagea une entrevue auprès de Kingston, dans une île de la Tamise, pour y conclure la paix^ d'une part se trouvait le roi Henri avec le légat, le grand-maréchal et beaucoup d'autres personnages^ de l'autre, Louis, accompagné des barons et du reste de ses partisans. Là , le traité de paix fut arrêté le 3 des ides de septembre (le lundi 11), d'après les bases suivantes.

Louis jura , et tous les excommuniés ses adhérents jurèrent avec lui, la main sur les saints Evangiles, qu'ils s'en tiendraient au jugement de l'Eglise et que , du reste , ils seraient fidèles au pape et à l'Église romaine^ il jura encore qu'il viderait incontinent , lui et les siens , le territoire anclais et n'y reviendrait jamais de sa vie avec de mauvaises intentions ; qu'il ferait tous ses efforts pour amener Philippe-Auguste , son père , à rendre au roi Henri tout ce qu'il revendiquait de l'autre côté du détroit , et que, monté lui-même sur le trône, il opérerait cette restitution -, enfin qu'il rendrait sur-le-champ au roi et aux siens tous les châteaux et toutes les terres dont il s'était rendu maître par la force des armes. De son côté, le roi d'Angleterre, également la main sur l'Évangile , jura , avec le légat et le maréchal , de rendre aux barons de l'Angleterre et à tous ceux du royaume tous leurs droits et héritages, avec toutes les libertés précédemment demandées, qui avaient été un sujet de discorde entre le roi Jean et les barons. Personne ne pourrait recevoir ni dommage ni blâme pour avoir appartenu à l'un ou à l'autre des deux partis. En outre, tous les prisonniers qui s'étaient rachetés avant la roncîusion de celle paix,

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ou qui avaient déjà payé une partie de la somme stipulée pour leur rançon , ne devaient pas rentrer dans leur argent; mais s'il leur restait quelque chose à solder, ils étaient tenus quittes. Tous les prisonniers faits à Lincoln ou dans le combat naval de Douvres, soit du côté du roi, soit du côté de Louis , en quelque lieu qu'ils fussent, devaient être mis immédiatement en liberté sans difficulté ni rançon '. Ces choses terminées, Louis et tous ses partisans reçurent l'absolution avec les cérémonies de l'Eglise usitées en pareil cas '' -, et ensuite ils coururent tous se donner le baiser de paix; mais plus d'un couvrait une tristesse réelle sous le semblant d'une joie hypocrite. Puis le prince retourna à Londres, où, vu son dénuement, il reçut des bourgeois, à titre Je prêt, cinq mille livres sterling. De cette ville, il gagna la mer en toute hâte sous la conduite de Guillaume le maréchal, et revint en France couvert de honte ^. On exclut du bénéfice de cette paix et de cette absolution les évêques , les abbés , les prieurs , les chanoines réguliers , les clercs nombreux qui avaient prêté à Louis et aux barons l'appui de leurs conseils et de leur influence , et surtout maître Simon de Langton ainsi que maître Gervais de Hobrugge, qui avaient porté l'obstination au point de faire célébrer les divins mys-

' Mattii. Paris, p. 299, lig. 56; Matth. Westmonast., p. 278, lig. 5. Rymer a donné le texte entier de ce traité, qui est daté de Lambeth, le II septembre i2iy. Voyez son Fœdera, cnnventiones, literœ et cujuscunque generis Acta publica.,.. Tomi 1. Pars I. et II. Hagae Comitis, apud Joannem Neaulme. mdccxlv, in-fol., pag. 74, coi. i et 2.

' Suivant notre texte, cela eut lieu le lendemain du jour du traité, qui aurait été conclu un mardi; voyez page 2o5 , ligne 3. Quant à ^latthieu de Westminster, il rapporte que le traité se fit après l'absolution de Louis.

' El ciiin npjjrnbrio seinpitnnn ad Gallins liansfrr.ln\ni. Mattii. Pakis, page 290, bgnc .\\ .

xllv INTRODUCTION.

tères pour Louis elles barons excommuniés, par des préfres également excommuniés : ils lurent dépouillés par le légat de tous leurs bénéfices, et forcés d'aller à Rome '. Car aussitôt que Louis eut évacué l'Angleterre , le légat envoya dans tous les comtés des commissaires chargés de rechercher tous ceux qui se seraient rendus coupables même de la plus légère adhésion au parti de la révolte, quel que fût leur ordre religieux ou leur rang dans la hiérarchie ecclésiastique-, les inquisiteurs les suspendirent et les envoyèrent au légat, qui les dépouilla de tous leurs bénéfices, et en fit des largesses à ses clercs , enrichissant ainsi les siens des dépouilles des autres. Hugues, évéque de Lincoln , à son arrivée en Angleterre , compta mille marcs au pape pour recouvrer son évèché , et cent marcs à Gualo. Cet exemple fut suivi par un grand nombre de personnes, tant prélats qu'autres gens d'Eglise , qui gagnèrent les bonnes grâces du légat à beaux deniers comptants. La bourse des clercs et des chanoines réguliers fut pareillement mise à sec par son insatiable avidité ; moissonnant ce qu'il n'avait pas semé, il forma une somme énorme d'un grand nombre de petites sommes recueillies çà et là.

C'est ainsi que se termina une expédition que Louis avait commencée sous de si heureux auspices, et qui, conduite avec plus d'habileté, aurait, plus encore que la conquête normande, changé la face de l'Angleterre et, par suite, de l'Europe et du monde entier.

Revenons maintenant à notre chronique. Nous en avons tiré le texte du manuscrit de la Bibliothèque du roi coté supplément français, n" 455, qui est excellent sous le double rapport de la langue et de l'écriture , et dont la description a été donnée par notre ami M. Paulin Paris , dans une

' Vovcz notre texte, page 197, hj^nc 19.

INTRODUCTION. xK

des précédentes publications de la société de l'Histoire de France '. Quant aux variantes, nous les avons relevées dans un manuscrit de la même Bibliothèque, coté 2168-1513 dans le fonds de Saint-Germain, qui se trouve décrit, avec plusieurs autres relatifs à l'histoire de la Normandie, dans la préface des Chroniques que nous avons publiées l'année dernière, à Rouen, en un petit volume in-4°^. La même préface rend un compte détaillé d'un troisième manuscrit de cet ouvrage , qui se conserve dans la Bibliothèque publique de Lille; mais comme il est comparativement moderne, sur papier, et d'un fort mauvais langage , nous n'avons pas cru devoir nous en servir.

Les nombreux détails que donne notre chronique sur la noblesse du nord de la France , nous ont décidé à les compléter par la publication du Roman de Ham , dont la composition remonte à 1278, si l'on en croit M. l'abbé de La Rue , qui en a parlé le premier dans ses Essais historiques sur les bardes j les jongleurs et les trouvères normands et anglo-normands^ . Cet auteur ajoute : « C'est l'histoire d'un tournoi qu'il (l'auteur, Sarrazin) suppose avoir eu lieu dans la ville du Ham en Picardie. Il fait dans son prologue un grand éloge du roi Henri I" ^^ et il est évident qu'en prenant la plume , il n'avait d'autre dessein que de critiquer

' La Conquestc de Conslantinoblc , par Jeoffroi de Yillehardouin et Henri de Valenciennes, page xxxvij de l'Introduction, art. IV-

" Page Ixv.

' Tome III, page 146. M. de La Rue s'est trompé, comme cela lui arrive si souvent. Cette date est, non celle de la composition du poème de Sarrazin, mais l'époque du tournoi auquel assista le roi Philippe le Hardi, et qui eut lieu à Coiiipiegne ou à Creel. Voyez page 216, 217 de ce volume. F. I\I.

■* M. de La Rue veut sans doute parler de Charles d'Anjou, dont en effet Sarrazin fait l'éloge, page 2i5-2i5 de ce volume. Il n'y est nullement question d'un roi Henri. F. M.

xlvj INTRODUCTION.

la conduite d'un roi qu'il ne désigne qu'en disant qu'on le nommait Louis, et que son père portait le même nom '. Alors on voit que c'est saint Louis dont il attaque l'ordonnance contre les tournois ^. Son premier motif est le tort qu'elle

' Il sufllt de renvoyer aux pages 216, 217, de ce volume pour faire apercevoir une nouvelle inexactitude de M. de La Rue. Sarrazin y parle, non de Louis ÏX et de Louis YIII, mais de Philippe le Hardi et de Louis IX son père.

Li rois Plielippes à un jour Vint à Compiegne ou à Creel.

Fix fu le bon roi Looy ; Icil rois dont je vous recort, Ou fust à droit ou fust à tort , Il desfendi le tournoiler.

' GuiUaurae de Nangis écrit que Saint Louis ayant reçu du pape, en l'an 1260, les nouvelles de la défaite des chrétiens dans la Terre- Sainte et dans l'Arménie, par les infidèles, fit faire des prières publiques, défendit les tournois pour deux ans et ne voulut point que l'on s'adonnât à d'autres jeux qu'à l'exercice de l'arc et de l'arbalète. Voyez Gesta S. Ludovici itoni Francoruni régis descripta per Jratrcm Guillelmum de Nangiaco (apud Du Chesne, Historiœ Fraiicoruin Scripiores , vol. V. page jyi, C.}. Cette défense fut renouvelée plusieurs fois par les successeurs de Louis IX. Voyez la sixième dissertation de Du Cange placée à la suite de son Histoire de S. Louys , page 172; et les Ordonnances des Roy s de France, édition du Louvre, vol. I, pages 32g, 420, 421, 454» 5io, SS(^^ 643.

Il paraît que l'ordonnance de Louis IX causa une grande sensation dans le temps, car on y fait souvent allusion. Voici un passage où, si je ne me trompe, il en est question :

Je vos dirai cornent s'avint.

Li chevalier poures devint , Il n'avoit ne vignes ne terres, En tornoienieus et en guerres lert trestoute son ateudance :

Il savoit bien fcrir de lance, Hardis estoit et combataus , Eus grans besoingnes embatans ;

INTRODUCTION. xUîj

fait aux jongleurs , qui gagnaient leur vie en allant amuser les chevaliers par leurs chants ou par leurs récils romanesques, lorsqu'ils étaient blessés dans les tournois; il se plaint ensuite des pertes qu'éprouvaient par cette ordonnance les selliers , les fourbisseurs , les maréchaux et autres marchands et ouvriers qui vivaient par la dépense des seigneurs qui allaient se signaler dans ces combats. Enfin il déplore les suites fâcheuses que la défense du roi devait amener pour les mœurs; il prétend qu'il n'y aura plus ni vaillance ni chevalerie. Il fait tenir par la Courtoisie un discours où elle se plaint de ne plus habiter parmi les nobles et surtout

Mais li tornoi sont deffendu.

Tout a mangié et despCDdu.

( Le Chevalier qui J'aisoit parler, etc. — Fabliaux et Contes des poètes français des xn, xili , xiv et xv" Siècles, éditioa de Barbazan, tome III, page 86. v. 17.)

Si vos dirai com il avint.

Li chevaliers poures devint Ainz que il fust de grant aaige, Por quant se 1' tenoit l'on à saige.

Mais n'avoit ne vignes ne terres.

En tomoiemens et en guerres Estoit trestote s'atendance, Quar bien savoit ferir de lance; Hardis estoit et combatanz , Et en granz estors embatanz.

Adonc avint en cel tempoire , Si com lisant truis en l'estoire, Que les guerres par tôt failloient; Nule gent ne s'entr'assailloient.

Et li tornoi sont défendu.

Si ot le sien tôt despendu.

(Id., V. 23. — Fabliaux et Contes, édition de Méon , tome III, page 410.)

Il y a dans le recueil italien intitulé : Lihro di novelle e di bel pnrlar gentil, nn récit qui roule principalement sur cette suppression tles tournois. Voyez \e Jiomancero francois, pages 121, 122. F. M.

xlviij INTRODUCTION,

parmi les jeunes gens ; elle leur rappelle le temps heureux des chevaliers de la Table-Ronde , et les envoie aux ouvrages de Chrétien de Troyes pour y prendre des leçons d'urbanité et des autres vertus qui conviennent à des chevaliers '.

« C'est d'après ces préliminaires que Tauteur, malgré l'ordonnance, fait indiquer par madame Courtoise un tournoi solennel au château du Ham. Les sires de Longueval

' Voyez page 23o, v. ai. Cet extrait d'une dédicace à la comtesse Blanche, fille de Sanche VI le Sage, et femme de Thibaut III, comte de Champagne ( vers l'an 1200), prouve que tout le monde n'était pas du même avis que Sarrazin , sur le mérite des romans de la Table- Ronde, et sur celui de Perceval en particulier.

Gentis contesse de Cliampaigne, Fille ail bon roy Sanse d'Espaigne, Je n'ai mie eu moi grant science; Et non porquant vostre excellence Qui ne fait pas a corroder.

Me fist ceste œvre commancier.

Par vos encommenci ceste œvre Por fuers de cresticns esmuevre A bien panser et à bien faire Et por eauz de pechié retraire.

Les autres dames de cest mont , Qui plus pensent qu'aval qu'amont , Si font les mençonges rimer Et les paroles alinier Por les cuers miauz curoilUer Et por honesté avillier.

■ Dame, de ce n'avez-vos cure; De menconge qui cuers oscurc Et corrunpeut la clarté d'ame, N'en aiez cure, douce dame; Laissiez Cliges et Perceval, Qui les cuers perce et trait aval , Et les romanz de vanité.

Assez troveroiz vérité.

(Bibliothèque publique de \n ville de Lyon, ins. u» 77J olim, ou 698. ) F. M.

INTRODUCTION. xlix

et de Bazenlin sont chargés de le publier dans toutes les provinces de France et à l'étranger. La reine Genièvre , femme du roi Arthur, vient d'Angleterre avec une suite de sept cents personnes, tant demoiselles que chevaliers , pour présider ce tournoi, qui dure trois jours, et où se distinguent par leur valeur le chevalier au Lion , messire Yvains et plusieurs chevaliers de la Table-Ronde. Mais , par une bizarrerie inconcevable , le poète fait briller avec ces êtres imaginaires plusieurs des grands seigneurs de France, et surtout des chevaliers normands et anglo-normands : les sires de Harcourt, de Montagne, de IN'eville, de Ver, de Bailleul , de Tesson , de Hangest , de Blosseville , de Carbonel , de Ferrières , d'Esneval , de Trie, etc. Il fait principalement l'éloge d'Enguerrand de Bailleul »

Nous avons déjà relevé des inexactitudes dans les lignes que nous venons de rapporter ^ nous craignons bien d'avoir à signaler une autre erreur dans l'une des dernières phrases de ce morceau ^ en effet , quelque obscures que soient les expressions du trouvère ', il semble cependant qu'il ne faut pas les prendre à la lettre et croire qu'il ait prétendu faire figurer dans le tournoi de Ham les véritables héros de la cour d'Arthur. Il veut dire, à notre avis , que des chevaliers et des dames d'Angleterre passèrent le détroit pour se rendre à la fête annoncée, et que, pour la rendre plus piquante, ils prirent les noms, costumes et attributs des personnages des romans du cycle breton. Nous nous arrêtons d'autant plus volontiers à cette idée qu'elle nous reporte à la p. 559 de V Histoire de Charles Tl-Î roj de France, par lean Chorlier, etc., édition de Denys (iodefroy, où il cs{

' Voyez page s«5i, v. ij, de ce volnnie.

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