CHAPITRE XII
Finances.
Section \Te. — Revenu net des comtes de Champagne.
Une charte rédigée en 4233 , pour constater les conventions matrimoniales de Thibaut IV et de Marguerite de Bourbon, nous apprend qu'à cette date le revenu net de Thibaut IV, déduction faite des charges, était évalué à 27,000 livres parisis (2229) (a) qui équivalent à 33,750 liv. tournois. En admettant quela livre tournois eût, au temps de saint Louis, comme M. de Wailly l'a prouvé (6), une valeur intrinsèque de 20 fr. 26 cent. 3,822,188, nous trouvons à ces
(a) Cette observation a été faite déjà par Tillêmont, Vie de saint Louis, II, 110-141 ; seulement, cet auteur se trompe quand il croit que, pour avoir le total des revenus de la Champagne en 1233, il faut ajouter au chiffre que nous venons d'énoncer le revenu du douaire de Marguerite de Bourbon, lequel rapportait 4,000 livres parisis. En effet, le revenu du comté de Champagne est évalué à 27,000 livres parisis, dans l'hypothèse où la nullité du mariage de Thibaut IV et de Marguerite de Bourbon viendrait à être prononcé; or, dans cette hypothèse, Marguerite de Bourbon n'aurait eu aucun droit sur le douaire que Thibaut lui avait constitué.
(6) Nous prenons ici pour base les remarquables dissertations publiées par ce savant sous ce titre : Recherches sur le système
33,750 livres tournois une valeur intrinsèque de 683, 90& fr. dont le pouvoir commercial serait probablement aujourd'hui quintuple et par conséquent atteindrait 3,419,520 fr.
Plus tard, Henri III paya à Philippe le Hardi 30,000 livres tournois à titre de droit de relief ou de rachat pour la succession de Thibaut V (3676). On sait que le droit de relief consistait dans le revenu net d'une année (a), il s'en suit que la partie du comté de Champagne relevant immédiatement du roi de France, et dont Thibaut V jouissait à son décès, rapportait un revenu net de 30,000 livres tournois. Mais Henri III, avant d'hériter de son frère, avait eu dans la succession paternelle 5,000 livres de rente (3326). Enfin, on sait qu'à cette époque nos comtes tenaient de divers seigneurs des fiefs importants : sept ans plus tard, Edmond paya 1,200 livres tournois de droits de rachat àrévêquedeLangrespour la partiedu comté de Champagne qui mouvait de son évêché (3845). En additionnant ces chiffres, nous trouvons un total de 36,200 livres tournois, ou 733,550 fr. au pouvoir de 3,667,750 fr. Dans cette somme n'est pas compris le revenu des fiefs que nos comtes tenaient de l'archevêque de Reims, de l'abbé de Saint-Denis et de quelques autres. L'importance totale de ces fiefs devait égaler à peu près celle des fiefs tenus de l'évôché de Langres. En admettant que
monétaire de saint Louis. — Mémoire sur les variations de la livre tournois, depuis le règne de saint Louis jusqu'à l'établissement de la monnaie décimale.
(a) Beaumanoir, XXVII, 2; édit. Beugnot, II, 379-380.
cette hypothèse soit exacte, il faudra, pour trouver le revenu total du comté de Champagne à l'avènement d'Henri III, ajouter à l'évaluation que nous venons de donner 1,200 livres tournois valant 24,316 fr., au pouvoir de 121,580 fr., ce qui nous permettrait de fixer le revenu net du comté de Champagne, vers 1270 ou 1271, à 37,400 livres tournois valant 757,866 fr. au pouvoir de 3,789,330 fr. Si nous comparons ce revenu à celui de l'année 1233, nous trouverons qu'il s'était produit une augmentation de 3,650 livres tournois valant 73,962 fr., au pouvoir de 369,810 fr.; ainsi, en vingt-huit ans le revenu net de nos comtes s'était accru d'un neuvième.
Les documents contemporains de la réunion à la couronne de France constatent une augmentation nouvelle. A cette époque, l'année financière usitée dans la comptabilité de Champagne était divisée en deux parties inégales : l'unecommençaitle 1er janvier, pour finir le dimanche avant la Madeleine, et durait un peu plus de six mois ; l'autre, un peu moins longue, commençait le dimanche avant la Madeleine pour finir au 1er janvier (a). D'importants extraits du compte de la première partie de l'année 1285 nous ont été conservés dans un manuscrit de Lévêque de La Ravallière, qui se trouve à la bibliothèque impé-
(«) Dans la comptabilité des rois de France, l'année financière, était divisée non en deux parties, mais en trois; les termes adoptés étaient la Chandeleur, l'Ascension et la Toussaint. Voir la Dissertation de M. Wailly sur les dépenses et les recettes ordinaires de saint Louis, (D. Bouquet, t. XXI, p. lui et suiv.); Boutaric, La France sous Philippe le Bel, p. 327 et suivantes.
riale, et nous avons publié ces extraits dans notre second volume, pages lxiii et suivantes. Le compte de la seconde partie de l'année 1287 existe encore en original à la bibliothèque impériale, Mélanges de Clérambault, tome IX. Il est inédit, mais il a été analysé avec beaucoup de soin, de méthode et de talent par M. André Lefèvre, dans son mémoire sur les finances de la Champagne (a). On remarquera que le premier de ces comptes appartient seul à l'époque de l'autonomie de la Champagne, mais le second est de deux années seulement postérieur au terme de celte période ; il est peu probable que dans un espace de temps si court il se soit produit des événements capables de modifier sensiblement la situation financière du pays.
Le compte de la première partie de l'année 1285 donne une recette brute de 36,425 liv. 12 s. 7 d. obole tournois (6). Dans le compte de la seconde partie de l'année 1287, la recette brute est de 23,590 liv. 1 s. 11 d. (c). En additionnant ces deux sommes, nous trouvons un total de 60,015 liv. \U s. 6 d. obole. La livre tournois valait alors, suivant les calculs de M. de Wailly, 20 fr. 10 c. 6,329,789, ce qui donne à 60,015 liv. 14 s. 6 d. obole tournois une valeur intrinsèque de 1,206,696 fr. au pouvoir de 6,033,480 fr. Pour trouver le revenu net, il faut retrancher les dépenses que l'on pourrait qualifier
(a) Ce travail a été publié dans la Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, 4e série, tomes IV et V ; nous le citerons d'après le tirage à part.
(b) Voir notre t. II, p. lxxiii, art. 158.
(c) André Lefèvre, les Finances de la Champagne, p. 67.
d'obligatoires. Ce sera, pour la seconde partie de l'année 1287, la totalité des dépenses portées dans le compte, lesquelles s'élèvent à 10,935 liv. 2 s. 1 d. Pour la première partie de l'année 1285, nous soustrairons de la dépense, qui s'élève à 11,804 liv. 19 s. 3 d., la somme de 451 liv., montant du chapitre intitulé : Dons et deniers bailliez par la cort le roy (a), ce qui réduira les dépenses obligatoires de cette partie de l'année 1285 à 11,353 liv. 19 s. 3 d. En additionnant les dépenses obligatoires de la première partie de l'année 1285 avec celles de la seconde partie de l'année 1287, nous trouverons pour la totalité des dépenses obligatoires d'une année la somme de 22,289 liv. 1 s. 4 d., dont la valeur intrinsèque était de 448,151 fr. au pouvoir de 2,240,755 fr. En retranchant cette somme de la recette brute, il nous restera pour le revenu net37,726 liv. 13s. 2d. valant 758,545 fr. au pouvoir de 3,792,725 fr.
Ce chiffre n'est pas sensiblement différent de celui que nous avons trouvé à l'avénemenl d'Henri III et qui est de 37,400 liv. tournois, valant 757,866 fr. au pouvoir de 3,789,330 fr. Mais il y a deux observations à faire : l'une est que dans les comptes dont nous venons de parler, il n'est fait aucune mention des recettes ni des dépenses du douaire constitué par Henri III à Blanche d'Artois, sa femme, en 1273 (3737); ce douaire devait produire un revenu net analogue à celui de Marguerite de Bourbon, évalué en 1233 à 4,000 livres parisis (2229), qui égalent 5,000 livres tournois valant, en 1285, 100,531 fr. au pouvoir de 502,655 fr.
(a) Voir notre t. II, p. lxxxv.
En second lieu, la première partie de l'année financière 1285, du 1er janvier au dimanche avant la Madeleine, et la seconde partie de l'année 1287, du dimanche avant la Madeleine au 1er janvier suivant, donnent réunies 360 jours seulement, ce qui fait un déficitde5jourssurrannée,c'est-a-direundéficitd'un soixantième-treizième de l'année, et de la soixantedouzième partie du nombre de jours auquel se rapportent les chiffres que nous avons recueillis dans les comptes précités, soit, en recette brute, 833 liv. 11 s., valant 16,760 fr. au pouvoir de 83,800 fr.; en dépense, 309 liv. 11 s. U d. valant 6,224 fr. au pouvoir de 31,120 fr., et en recette nette 523 liv. 49 s. 8 d. valant 10,536 fr. au pouvoir de 52,680 fr.
En résumé, le revenu net du comté de Champagne au moment de la réunion à la couronne s'élevait à
1° ' 37,7261iv. 13 s. 2d.
Total 43,2401iv. 12 s. 10 d.
valant 869,612 fr., au pouvoir de 4,348,060 fr.
De ces chiffres il résulte que, depuis l'avènement d'Henri III jusqu'à la réunion de la Champagne à la couronne, c'est-à-dire en près de quinze ans, les revenus du comté de Champagne se sont accrus de la différence entre 757,866 fr. et 869,612 fr., soit de 111,766 fr. au pouvoir de 558,730 fr., c'est-à-dire de plus d'un septième. Que le revenu net de l'époque de la réunion à la France soit comparé à celui de l'année 1233, il en ressort une augmentation
égale à la différence entre 683,906 fr. et 869,612 fr., c'est-à-dire que l'accroissement de revenu a été dans cette périodede 185,708 fr. au pouvoir de928,560f., soit, en cinquante-deux ans, de plus d'un quart; l'augmentation annuelle qui en résulte s'élève à 3,571 fr. au pouvoir de 17,855 fr.
Pour rendre plus sensible l'importance du revenu des comtes de Champagne au xme siècle, nous mettrons en regard celui de quelques-uns de leurs comtemporains.
En 1270, Hugues, comte de Brienne, un des grands vassaux de Champagne, prit l'engagement de payer à Thibaut V, pour droit de relief, 2,000 liv. tournois (3661). Il s'agissait de la succession de ses deux frères Jean et Hémeric, fils, comme lui, de Gautier IV, comte de Brienne. Ces 2,000 liv. sont l'évaluation du revenu net de Jean et d'Hémeric. Si l'on admet que, conformément à l'ordonnance de 1226, les trois fils de Gautier IV avaient reçu chacun une part égale, il faudra, pour trouver le total du revenu net partagé eutre eux, augmenter cette somme de moitié, et nous reconnaîtrons que la succession de Gautier IV, divisée d'abord entre ses trois fils, puis réunie dans les mains de Hugues, c'est-àdire le comté de Brienne avec ses dépendances, produisait un revenu net de 3,000 liv. tournois valant 60,791 fr. au pouvoir de 303,955 fr. C'est moins que le dixième du revenu de Thibaut IV en 1233 ; ce n'est pas le douzième du revenu d'Henri III ; ce n'est pas le quatorzième du revenu de la Champagne au moment de la réunion à la Couronne.
En 1237, Jeanne, comtesse de Flandre, se remaria, et Thomas de Savoie, son nouvel époux, dut
prendre l'engagement de payer à saint Louis un droit de rachat. Le montant de ce droit, qui représente le revenu net du comté de Flandre proprement dit, mais où ne sont pas compris les revenus des fiefs tenus de l'Empire par les comtes de Flandre, fut fixé à 3,000 liv. parisis (a), soit 37,500 liv tournois, valant 759,893 francs au pouvoir de 3,799,665 fr. Ainsi , le revenu net du comté de Champagne, sous Thibaut IV, en 1233, atteignait les neuf-dixièmes du revenu net du comté de Flandre en 1237. On sait que le comte de Flandre était, comme celui de Champagne, un des six pairs laïcs de France.
D'après les calculs de M. de Wailly le revenu brut du roi de France en 1238 aurait été de 235,286 liv. 7 s. parisis, et en 1268 de 178,530 liv. 12 s. 9 d. parisis, ce qui donne une moyenne de 206,908 liv. 9 s. 10 d. obole parisis.
Pour avoir le revenu net, nous retrancherons les dépenses des bailliages et des prévôtés, soit
en 1238 : 80,909 liv. 17 s. 1 d. parisis
en 1248 : 63,760 18 9
en moyenne 72,335 liv. 7 s. 11 d , et il nous restera 134,573 livres 1 sou 11 deniers obole parisis, ou 168,216 liv. 7 s. 5 d. tournois, valant 3,408,707 fr. au pouvoir de 17,043,535 fr. Ainsi le revenu de saint Louis était quintuple de celui de Thibaut IV.
Il est bien entendu que dans aucun des chiffres
(a) M. de Wailly, dans D. Bouquet, xxi, lxxiv, art. 360-369.
que nous avons donnés, les revenus de la Navarre n'entrent en ligne de compte.
Nous avons donné plus haut une liste des receveurs de Champagne (a). La seule observation que nous ayons à y ajouter est que dès le règne de Thibaut V leur comptabilité était vérifiée par une chambre des comptes (6).
Section 2e. — Recettes.
Les recettes des comtes de Champagne dans la période dont nous nous occupons peuvent, comme sous Henri le Libéral, se distinguer en ordinaires et extraordinaires. Les recettes ordinaires sont celles qui proviennent du domaine corporel et du domaine incorporel. On peut en voir l'énumération dans le tome précédent, p. 263 et suivantes. Nous n'essaierons d'y rien ajouter que sur trois points.
Nous donnerons quelques développements nouveaux sur l'administration forestière, qui prit au xme siècle un caractère tout différent de celui qu'elle avait au xne; nous parlerons des revenus que nos comtes tirèrent au xme siècle des communes, la plupart nouvellement érigées, et de leurs juifs à l'égard desquels les documents connus de nous sont, au xne siècle, tout à fait insuffisants. Quant aux recettes extraordinaires, nous réunirons quelques exemples d'aides, d'emprunts et d'aliénations de domaine. Cette section se divisera en six paragraphes.
(a) Voir plus haut, p. 465.
(b) Voir notre tome II, p. xlix, art. 585.
g 1er. - Forêts.
Au commencement de la période qui nous occupe ici, les bois n'avaient pas encore grande valeur, puisque nous voyons, en 1199, les abbayes de Pontigny (484), de Dilo (488) et de Vauluisant (489), se faire autoriser à brûler sur place les leurs pour en tirer des cendres. D'autres moines, plus industrieux, établissaient des usines métallurgiques (a), des briqueteries (378), des tuileries (1608). Mais il fallait que vers la fin du xne siècle le combustible fût bien bon marché en Champagne pour qu'il y eût, dans certaines parties de cette province, plus d'avantage à faire des cendres que du charbon.
Le bas prix des bois explique aussi la prodigalité dont nos comtes faisaient preuve dans la concession des droits d'usage. Cette prodigalité alla se restreignant avec les années et avec l'augmentation progressive de la valeur du bois; cependant, nous connaissons de 1181 à 1285 dix-huit nouvelles concessions de droits d'usage par nos comtes (6).
(a) Voir notre tome III, p. 240, et Catalogue n° 378.
(b) Ces concessions furent obtenues par la léproserie de Troyes en 1187 (358 bis) et en 1239 (2524), par le prieuré de Foicy en 1188 (370), par les pauvres de l'Hôtel-Dieu de Provins en 1190 (410), par l'abbaye de Chatrices en 1200 (525)lVpar celle de Chezyen 1210(749), par Gaucher de Châtillon en 1215 (937, 1323), par les Templiers de-Verrières en 1216 (1042),. par l'abbaye de Mores en 1223 (1608), par le prieur du Gault en 1229 (1912), par Salet de Jully en 1230 (2065), par Simon, clerc de saint Louis, en 1256 (2500), par les Trinitaires de Troyes en 1260 (3186), par les Cordeliers de Provins en 1264 (3343), par
Plusieurs actes accordent au concessionnaire un droit illimité, et ceux où ce droit est restreint peuvent nous donner une idée de l'épouvantable pillage auquel les forêts étaient livrées. Ainsi, Blanche de Navarre permit à l'abbé de Chezy d'envoyer, deux fois par semaine, deux charriots attelés chacun de deux chevaux, chercher du bois de chauffage dans les forêts domaniales situées au nord de la Marne (769). Elle autorisa les Templiers de Verrières à prendre tous les jours dans la forêt d'Ervy la quantité de bois de chauffage qu'ils pourraient emmener sur un charriot attelé de deux chevaux (1062). Le droit d'usage conféré à la léproserie de Troyes, par Thibaut IV, dans la forêt dite le Commun de Chenegy, fut réglé de la même manière (2526). Celui que les Trinitaires obtinrent de Thibaut V en 1260 était plus étendu, car le charriot envoyé chaque jour par ces religieux à la forêt d'Aumont pouvait être attelé de trois chevaux (3186). En 1238, Thibaut IV voulant être agréable à Simon, clerc de saint Louis, probablement celui qui devint plus tard cardinal et pape (a), lui accorda le droit de faire tous les jours charger de bois de chauffage, dans les bois de Nogent-sur-Seine, pour l'usage de sa maison de Villiers-sur Seine, une barque conduite par deux hommes (2500). Quelquefois il n'était pas permis à l'usager pl'envoyer au bois tous les jours; ainsi, quand l'abbaye de Notre-Dame-des-Prés se
l'Hôtel-Dieu de Biesme en 1265 (3350), par l'abbaye de Montiéramey en 1268 (3525), par celle de Notre-Dame-des-Prés en 1270 (3640), et par Guyot Quatre-Sous en 1274 (3787). (a) Voir plus haut, p. 459.
fit donner par Thibaut V un droit d'usage dans la forêt d'Aumont, le nombre des charriots de bois qu'elle pouvait prendre fut fixé à deux cents seulement chaque année, mais c'étaient des charriots attelés de quatre chevaux (3660). Le même prince régla le nombre de charriots auxquels avaient droit par an les membres du chapitre de Saint-Etienne de Troyes, comme usagers de la forêt d'Aumont, pour faire du feu dans leurs maisons, pour les rebâtir et les réparer (3659); il fixa ce nombre à cinquante-deux pour chacun des chanoines et à cent quatre pour chacun des dignitaires du chapitre : c'étaient des charriots à quatre chevaux. Heureusement, le mauvais état des chemins devait souvent mettre les usagers dans la nécessité de charger sur leurs charriots beaucoup moins de bois qu'on ne le ferait aujourd'hui, autrement les forêts auraient été complètement dépouillées.
Cependant, la dévastation des forêts usagères, le défrichement d'un grand nombre d'autres (a) amenaient peu à peu un renchérissement, et, ce qui est sans exemple au xne siècle, nous voyons au xme nos comtes faire des coupes de bois dont ils tirent de l'argent.
En 4217, Blanche de Navarre vend deux coupes, l'une de 400 arpents pour la somme de 2,000 livres, soit 60,537 fr. 64 c. au pouvoir de 202,638 fr. , ce qui met l'arpent à 5 livres, valant 101 fr. 32 c. au pouvoir de 507 fr. ; l'autre sur le pied de 60 sous
(a) Sur les autorisations de défricher accordées par nos comtes, voir le Catalogue n°s 422, 762, 765, 766, 1054, 1599, 1420, 1472, 1480, 1649, 1693,1745, 1750, 1816, 1848, 1854, 1961, 2029, 2090, 2095, 2164, 3261, 3335, 3626.
l'arpent : les 60 sous valaient 60 fr. 79 c. au pouvoir de 304 fr. (1091). En 1223, Thibaut IV vend la superficie d'un bois sur le pied de 50 sous l'arpent à la perche de 22 pieds (1536) : les 50 sous valaient 50 fr. 61 c. au pouvoir de 253 fr. En 1226, Blanche vend 1,500 arpents pour 6,100 livres (1717), soit 123,609 fr. 31 c. au pouvoir de 618,046 fr., ce qui met l'arpent à 4 livres 1 sou 4 deniers valant 82 fr. 32 c. au pouvoir de 411 fr. Quelle était la contenance de l'arpenl dont il est question ici?
Nous laisserons de côté la vente de l'année 1217, où il est dit, en termes formels, qu'il s'agit des arpents de Provins et de Gôulommiers sur lesquels toute lumière nous manque. Nous nous occuperons seulement des deux actes suivants qui, s'exprimant en des termes plus généraux, paraissent se référer, non à des usages locaux, mais à l'usage commun de la province.
Une charte de l'année 1255 nous apprend que l'arpent de Troyes, c'est-à-dire, pensons-nous, l'arpent de Champagne, était large de six perches et long de trente (3088); ainsi, l'arpent de Troyes avait au xine siècle une contenance de 180 perches carrées, au lieu des 100 dont il se composait dans le dernier état des mesures agraires locales. Mais si ce point est bien établi, il y en a un autre qu'il est moins facile de déterminer, c'est la longueur de la perche qui, au xnie siècle, était principalement usitée en Champagne. 11 est certain qu'on y en connaissait deux : la perche de 20 pieds (2760), et celle de 22 (a).
(a) Voir dans notre Catalogue les n°s 602, 607, 1451, 2007,
Quand les actes disent de laquelle il s'agit, il n'y a pas lieu à hésitation, mais souvent cette indication manque dans les chartes, et si on la trouve dans celle de l'année 1223 elle manque dans celle de l'année 1226 et dans un grand nombre d'autres. Ainsi, nous ignorons avec laquelle des deux perches se mesurait l'arpent de Troyes ; nous ignorons à laquelle des deux perches correspondait cette mesure de Champagne dont il est question dans une charte de 1249 (2880).
Quoi qu'il en soit, si l'on suppose qu'en Champagne la perche vulgaire fut de 20 pieds et chaque pied de 0m,32473, l'arpent de Troyes de 180 perches aurait contenu 75 ares 92 centiares, et dans le cas où la perche aurait été de 22 pieds, la contenance de l'arpent de Troyes se serait élevée à 91 ares 87 centiares : ces deux surfaces sont à peu près dans le rapport de six à sept. Une circonstance nous fait croire que la première contenance serait probablement la vraie. En 1229, Thibaut déclare que, pendant la régence de Blanche, cette princesse et lui ont donné à Berruier de Bourbon 240 arpents à la perche du roi dans les bois de Vernou; mais ne voulant pas que cette perche ait cours en Champagne, il donne à Berruier 280 arpents à la perche du comte (2000) : ces deux chiffres sont précisément dans le rapport de six à sept; il s'en suivrait que la perche de Champagne aurait été celle de 20 pieds, tandisque la perche du roi aurait été celle de 22; on remarquera en effet que dans les derniers temps la perche de Troyesétait de 20 pieds, tandis quedans toute la France les officiers royaux mesuraient les forêts avec la perche de 22. Il nous paraît donc vraisem-
blable qu'au xme siècle l'arpent de Troyes aurait été de 75 ares 92 centiares; par conséquent, toutes les fois que dans nos textes nous rencontrerons le terme d'arpent, sans autre indication, nous admettrons, sauf preuve contraire, qu'il s'agissait de 75 ares 92 centiares j mais lorsque le texte dira formellement qu'on a fait usage de la perche de 22 pieds, nous admettrons que l'arpent dont il sera question aura été de 91 ares 87 centiares.
En partant de ces données, nous arrivons aux résultats suivants : la vente faite par Thibaut IV sur le pied de 50 sous l'arpent, mesuré à la perche de 22 pieds, a eu lieu au taux de 54 sous h deniers l'hectare : 54 sous h deniers valaient 55 fr. 13 c, au pouvoir de 276 fr. La vente faite par Blanche, sur le pied de k livres 1 sou h deniers l'arpent, a eu lieu au taux de 5 livres 7 sous 2 deniers l'hectare : ces 5 livres 7 sous 2 deniers valaient 108 fr. kl c, au pouvoir de 542 fr.
Outre ces coupes de bois vendues par nos comtes, nous en pouvons signaler beaucoup d'autres vendues à la même époque par divers propriétaires de Champagne; ainsi, en 1219, les prieurs de Saint- Quentin de Troyes et d'Isle-Aumont trouvent des acquéreurs pour la superficie de mille arpents de la forêt de Rumilly (1220). L'année, suivante des marchands de bois achètent de l'abbaye de Jouarre la superficie d'un bois (1279). Nous citerons encore la vente par Hugues de Broyés de la superficie de la forêt d'Allemant en 1222 (1361), par Garnier de Traînel de celle de douze cents arpents en 1228 (1835), par Erardde Brienne de celle de trois cent soixante arpents la même année (1871), par Hugues,
comte de Bethel, et par Félicité de Beaufort, sa mère, de celle des bois de Beaufort, aujourd'hui Montmorency, en 1235 (2321).
Les coupes faites ainsi par les vassaux de Champagne étaient souvent pour nos comtes une source de revenus. Quand un seigneur avait droit de gruerie (a) sur un bois, le propriétaire ne pouvait disposer de la superficie qu'avec l'assentiment de ce seigneur, et ordinairement ce dernier n'autorisait une coupe qu'en exigeant une partie du produit. Or, nos comtes avaient droit de gruerie sur un nombre considérable de bois en Champagne.
En 1223, l'abbé de Saint-Denis voulant obtenir de Thibaut IV la permission de couper ceux de l'abbaye, à Nogent-sur-Seine, dut céder à ce prince la moitié du prix (1471) : c'est la circonstance où nous voyons le droit de gruerie s'exercer avec le plus de rigueur (6). Lorsqu'en 1218, l'abbaye de Saint-Martin de Tours voulut couper ses bois de Chalautre, il fut convenu qu'un tiers seulement appartiendrait à Blanche de Navarre, alors comtesse de Champagne (1161). Dans les premiers temps du
(a) Nous avons déjà parlé du droit de gruerie dans notre t. III, p. 287-288.
(b) Deux chartes peuvent nous donner une idée de l'importance du droit de gruerie comparativement au droit de propriété. Elles sont datées l'une de 1239 (2535), l'autre de 1241 (2589). Par ces actes, Thibaut IV renonce à son droit de gruerie sur 156 arpents de la forêt deSourdun, et sur 312 arpents de la forêt d'Othe; les propriétaires lui cèdent, dans le premier cas, 126 arpents, dans le second, 213 jusque-là grevés delà même servitude; c'est un peu plus des trois huitièmes du tout.
gouvernement personnel de Thibaut, Gui de Dampierre, seigneur de Saint-Just, obtint de ce prince, pour une somme de vingt livres, l'autorisation de vendre la superficie de ses bois jusqu'à concurrence de cinq cents livres (1437, 1916). Quelquefois les autorisations de venle conliennent décharge du droit de gruerie(857, 863, 1201, 2369); souvent alors elles n'énoncent pas de conditions pécuniaires, et sans doute l'impétrant avait dû, au préalable, payer une somme doni on n'a pas cru nécessaire de faire mention (582, 803, 1451).
Ce qui atteste l'importance du droit de gruerie, dès la première moitié du xme siècle, c'est le chiffre élevé des sommes que produisait son aliénation, quand elle avait lieu à titre définitif. En 1229, Thibaut IV vendit aux Templiers pour 10,000 livres la gruerie de leurs bois en Champagne : ces dix mille livres valent 202,638 fr. 38 c, au pouvoir de 1,013,192 fr. Plus tard, pour obtenir la renonciation de Thibaut au droit de gruerie qu'il avait sur un bois de 168 arpents à la perche de vingt pieds, l'abbaye de Saint-Denis dut assurer à ce prince une rente de 21 livres, valant 425 fr. 54 c, au pouvoir de 2,127 fr., soit par arpent 2 sous 6 deniers, valant 2 fr. 53 c, au pouvoir de 12 fr. ()6 c. Si l'on admet que ce bois eût 127 hectares de contenance, ce qui résulterait des considérations énoncées plus haut sur la contenance de l'arpent, la rente en question aurait été par hectare de 3 fr. 36 c. au pouvoir de 17 fr. Dans le cas où le bois en question aurait été aménagé et divisé en 30 coupes annuelles de U hectares 23 ares chacune, la part annuelle de produit appartenant au comte, en vertu de son droit
de gruerie, aurait été, par hectare coupé, de 100 fr. 60 c. au pouvoir de 503 fr.
L'importance acquise par la propriété forestière à cette époque résulte aussi des acquisitions d'immeubles boisés faites par Thibaut IV, Thibaut V et Henri 111. Nous en avons relevé treize en trente-etun ans, de 1243 à 1274 (a). Pour une d'entre elles, le prix d'achat s'élève à 334 livres, soit 6,768 fr. 12 c. au pouvoir de 33,841 fr. Le prix par arpent n'est pas toujours considérable, car souvent il s'agit de bois sur lesquels nos comtes avaient déjà droit de gruerie (6). Cependant il atteint dans un cas 50 sous parisis, qui font 3 livres 2 sous 6 deniers de Provins (2831), valant 63 fr. 32 c. au pouvoir de 317 fr. Dans un autre cas, 7 sous 1 denier de rente valant 7 fr. 48 c. au pouvoir de 36 fr. , sont le prix par arpent d'un canton de bois aliéné par Thibaut V.
Cette valeur considérable des bois eut pour conséquence le cantonnement de diverses forêts usagères.
Le plus ancien cantonnement que nous connaissions en Champagne date de l'année 1214 : Blanche de Navarre abandonne aux Templiers la propriété de 300 arpents de la forêt de Traconne, et les Templiers renoncent au droit d'usage qu'ils avaient dans cette forêt pour leurs maisons de Barbonne, Queudes et La Forestière (893). A partir de cette date , nous pouvons citer onze cantonnements
(«) Catalogue n°s 2645, 2651, 2671, 2701, 2815, 2816, 2851, 2838, 2880, 3049, 3153, 3154, 5215, 5788.
(b) Voir par exemple Catalogue n° 2651.
accordés par nos comtes (a). Ainsi, l'évêque de Meaux prétendait avoir droit d'envoyer tous les jours deux charriots attelés de quatre chevaux chercher du bois à brûler dans la forêt de Mant, il soutenait qu'il pouvait sans abus y faire prendre le bois à bâtir et les échalas dont il avait besoin; suivant le comte, l'évêque avait seulement la faculté d'envoyer chaque jour un charriot attelé de quatre chevaux chercher le mort bois nécessaire pour chauffer le palais épiscopal de Meaux. Le prélat renonça à tout droit d'usage moyennant cession de 120 arpents en pleine propriété (1754).
Une pièce énonce un rapport de contenance entre une forêt usagère et le cantonnement accordé aux usagers : c'est un traité entre l'abbaye d'Argensolles et les hommes de Cuis et de Grauves. L'abbaye propriétaire eut les deux tiers de la forêt, et les hommes usagers un tiers (2287).
Une des principales forêts que le cantonnement mit à l'abri des déprédations des usagers fut celle de Mant ou du Mans, près de Meaux. Le cantonnement en était commencé en 1227 (6), et à cette date Thibaut IV avait supprimé l'exercice du droit d'usage dans 1,800 arpents de cette forêt (1765); on continua le travail du cantonnement les années suivantes (1819,2147). Certains droits d'usage furent aussi rachetés à prix d'argent (2534). Moyennant la suppression de tous ceux qui grevaient cette forêt et celle
(a) Catalogne n- 1754, 1819, 2147,2168. 2223, 2278,2280, 2519,2521, 2527, 3642.
(b) Peut-être même en 1221, s mv Catalogue n08 1311, 1312.
de Vassy, ces deux forêts purent être acceptées par Alix, reine de Chypre, pour 2,000 livres de rente, valant 40,527 fr. 64 c. au pouvoir de 202,038 fr. (a).
Les usagers n'acceptaient pas toujours facilement qu'on interdît ou qu'on réglementât l'exercice de leurs droits. Vers 1250, les habitants de Fays (Aube), mécontents des restrictions mises par les Templiers à l'exercice des droits d'usage dont était grevée la forêt du Perchois, se rendirent en armes dans cette forêt, y coupèrent et en emportèrent du bois pour une valeur, dit-on, de 300 livres, soit 6,079 fr. 14 c. au pouvoir de 30,395 fr., et ils poussèrent même la colère jusqu'à détruire parle feu les bâtiments de ferme des Templiers (3073).
Cependant les suppressions de droit d'usage se faisaient quelquefois d'autorité et sans indemnité. C'est ce qui eut lieu par ordre de Gui de Chappes dans la forêt de Foolz, près de Bourguignons (Aube). Mais Gui de Chappes, arrivé à sa dernière heure, eut des remords, et par son testament il prescrivit que les usagers fussent remis en possession de leurs droits (1351 bis). Ce testament a été exécuté, et les usagers en ont si bien profité que depuis des siècles la forêt a disparu.
Une autre grande forêt, où les droits d'usage subsistèrent, fut celle d'Isle-Aumont qui appartenait à nos comtes. Elle existe encore aujourd'hui. Mais l'exercice des droits d'usage paraît y avoir été de bonne heure soumis à certaines règles. Ainsi, dès
(a) Voir plus haut, p. 263-264. Cf. Catalogue nos 1867, 2335, 2344, 2351, 2516, 2517.
1260, les religieux de l'abbaye de Saint-Loup ne pouvaient prendre de bois que dans un canton déterminé. Le même canton fut assigné aux Trinitaires de Troyes (3186).
La conservation de certaines forêts fut encore due au principe qui interdisait le pâturage pendant quelques années après la coupe. Ce principe existait dès 4214 (893); et en 1239, la période pendant laquelle, pour employer l'expression technique, les bois devaientresier en défends était, en Champagne, de cinq ans (2519). La durée de ce délai n'avait pas changé en 1271 (3702) (a).
Mais nous n'avons trouvé nulle part trace d'aménagement régulier, ni de fixation d'époque pour la coupe des bois. Les actes que nous avons vus se bornent à imposer à l'adjudicataire un délai pour la vidange; ce délai est fort long : trois ans (1536), six ans (1091), et jusqu'à onze ans (1717).
Nous ne nous étendrons pas sur le droit de chasse (2302, 2771, 3067), sur les droits de pâturage et de pasnage (1469, 2168, etc.), ni sur divers produits accessoires, tels que les abeilles, la cire, le miel (6), et nous passerons à un autre ordre de revenus.
(a) Notons aussi qu'en 1254 il fut convenu que la forêt du Perchois ne pourrait être pâturée qu'après la sixième feuille (5073).
(6) Catalogue n° 1469, voir aussi notre tome II, p. lxxii, art. 14 t.
g 2e. — Sommes payées par les communes.
Ces revenus se divisent en deux classes : 1° les droits de jurée; 2° les censés ou indemnités annuelles payées au comte par forme d'abonnement pour lui tenir lieu des produits de la justice.
La jurée, qui d'ordinaire se percevait comme impôt de quotité, pouvait être abonnée et se trouver ainsi transformée en impôt de répartition.
Voici un état du produit des jurées perçues comme impôt de quotité en 1275 :
Troyes. . 1,100 livres.
Château-Thierry 400
Châtillon s. -Marne etDormans. 256
Jouy 240
Bar-sur-Aube 220
Vassy 220
Coulommiers 200
Méry , 200
Sézanne 200
Isle-Aumont 197
Bar-sur-Seine 180
Nogent 120
Villemaur 110
La Ferté-sur-Aube 85
Total 3,728 livres (a).
(a) A. Le Fêvre, Les finances de la Champagne, p. 52, d'après YExtenta.
Cette liste ne parait pas complète, et d'autres documents paraissent nous autoriser à y ajouter :
Vitry 366 livres'
Saint-Florentin 491
Barbonne et Chantemerle. . . 120
Larzicourt ^9
Bray -ll^ti
Toial 822 livres (6).
Total général 4,550 livres, valant 92,200 fr. au pouvoir de 461,000 fr.
La plus importante des communes à jurée abonnée fut Provins qui, de 1252 à 1268, paya à ce titre une rente de 1,600 livres (3064, 3495) valant 32,422 fr. 1 2 c. au pouvoir de 162,1 10 fr., non compris les 250 livres qu'elle devait de censé. Voici quelques chiffres de censés :
Troyes 3001.(2062).
Chàullon-s.-MarneetDormans.. 286 (2143).
Provins 250 (2061)-
Barbonne et Chantemerle. ... 184 (o)
Fismes 18" (,7S6)-
Villemaur 1™ (2132>-
Conlommiers 169 (2130).
Meanx. . • 140 W-
(a) A. Le Fèvre, Les finances de la Champagne, d'après le compte de 1287. Dans cet état n'est pas compris Rosnay qui, en 1310, rapportait 54 livres 13 sous de jurée. Quant à Vaucouleurs dont la jurée figure aussi dans le compte de 1340, sa réunion au domaine de Champagne est postérieure à la période qui nous occupe.
(6) A. Le Fèvre, Les finances de la Champagne, p. 51.
Bar-sur-Seine 117 (2131).
Cys-la-Commune 100 (a)
Herbisse 81 (&)
La Ferté-sur-Aube 80 (2169).
Ecueil 80 (1930),
Saint-Florentin 72 (2125).
Total 1,909 livres, valant 38,683 fr. 63 c. au pouvoir de 193,418 fr. (c).
Les censés étaient fixes et invariables, tandis que la jurée étant proportionnelle au capital des contribuables, son rendement variait avec ce capital. Ce qui présenterait un haut intérêt serait, de comparer le produit de la jurée à différentes époques dans les mêmes localités; rien n'établirait plus catégoriquement quelle progression suivait le développement de la prospérité publique. Malheureusement, l'insuffisance des documents nous met dans l'impossibilité d'entreprendre cette étude pour la période qui nous
(a) Compte de 1340; cf. Melleville, Dictionnaire historique du département de l'Aisne, 2e édition, t. I, p. 332.
(b) Compte de 1340. Voir aussi notre tome III, p. 224. En 1188, Henri II donna, à titre provisoire, cent sous de rente sur la censé d'Herbisse (369). En 1236, Jean de Thourotte reçut de Thibaut IV 12 livres de rente sur la même redevance (2415), et Thibaut IV donna au prieuré du Meix 62 livres de rente également assises sur la censé d'Herbisse (2423).
(c) La censé de Troyes et des communes analogues, c'est-à-dire Châtillon, Provins, Barbonne, Villemaur, Coulommiers, Bar-sur- Seine, La Ferté, Saint-Florentin, se payait à la Pentecôte. La censé de Meaux et des communes analogues, c'est-à-dire de Fismes, de Cys et d'Ecucil, se payait le lendemain de Noël. Celle d'Herbisse à deux termes, la Toussaint et Pâques.
occupe. Tout ce que nous savons, c'est que Provins et les dépendances devaient, aux termes d'une charte de l'année 1190, payer 600 livres de taille annuelle (398), et qu'une charte de l'année 1252 y éleva le chiffre de la tailje ou jurée à 1,600 livres. On pourrait conclure de là que, dans un espace de soixantedeux ans, la fortune privée à Provins se serait augmentée dans la proportion de 3 à 8. Cette conséquence serait en harmonie avec ce que nous savons de la prospérité croissante des foires et de l'élévation graduelle du prix des bois.
I 3e. - Juifs.
La population juive était nombreuse en Champagne, au xme siècle. Nous n'en avons pas de recensement complet ; nous possédons seulement quelques recensements partiels et des noms isolés.
Les recensements partiels sont au nombre de quatre : deux sont datés du 30 avril 1247; ils contiennent l'état desjuifs qui, depuis dix-neuf ans, habitaientMontereau(2792) etBray (2793), et qui depuis cette époque payaient les tailles et autres redevances dues à Thibaut IV.
Ces juifs étaient à Montereau : Viveut, Cortoise, Creissant, beau-frère de Flammin; le gendre de Creissant, son fils, Vivaut de l'Ecole et Reine, sa femme; Jocum, leur fils; Salenin, fils de feu Creissant, de Montereau; Justice et Dayot, son fils; Mosse, gendre de Samoë.
Voici les noms des juifs de Bray : Dieudonné, fils de Léon; Benoit, son fils; Haquin, gendre de
feu Benoit; Donce, de Dijon; Bonée, veuve d'Haquin; Céron, Aaron, son beau-frère; Boce, Bofillon et Morel, fils de feu Sanson.
La date des deux autres états nous manque, mais nous supposons qu'elle est à peu près la même que celle des précédents. Le premier consiste en une liste de juifs qui, depuis plus de dix-sept ans suivant certains témoins, depuis plus de dix-neuf ans suivant d'autres, habitaient Troyes et reconnaissaient Thibaut IV pour seigneur. C'étaient : Jacob de Dampierre, son fils, Léon l'Ecrivain, Donce l'Evêque, Hequelot de Marri, le fils de feu Dieu-lo-Saut, Joce, la femme de Sansin, Turquoise, Pucelot et Fantinet (2796).
La dernière pièce constate que depuis cinq ans il y avait à Villemaur une juive nommée Pastoralle, fille d'un juif de Thibaut IV, et que le juif Haquin, mari de cette femme, habitant Villemaur depuis le même temps qu'elle, appartenait comme elle à notre comte (2795).
Ainsi ces quatre documents constatent l'existence dans quatre villes seulement de trente-trois ménages juifs.
Quelques-uns des noms qu'ils nous donnent sont connus déjà par d'autres textes.
Nous disons seulement en passant qu'une charte de l'année 1243 mentionne la maison du juif Flammin à Montereau (2653), et nous arrivons tout de suite à Jacob de Dampierre, juif de Troyes. Jacob de Dampierre était, en 1225, créancier de l'abbaye de Saint-Loup de Troyes et lui donna une quittance générale, tant en son nom qu'au nom de ses frères; il posséda quelque temps à Pont-
Sainte-Marie et à Sainte-Maure des prés dont Thibaut IV fit plus tard donation à Itier de la Brosse (26/49). On se rappelle qu'Itier de la Brosse a été quelque temps gouverneur de Champagne (a). Jacob de Dampierre était le même que le juif Jacob, maître des juifs de Troyes en 1222, et père du juif Haquin. Thibaut IV fixa à 160 livres, soit 3,242 fr. 21 c. au pouvoir de 16,211 fr., la part de Jacob et d'Haquin, fils de ce dernier, dans l'aide que les juifs de Champagne s'étaient engagés à payer cette année. Jacob était fils de Vaalin et avait trois frères, Bandin, Sonet et Haquin qui, avec lui, déclarèrent, en 1220, l'abbaye de Saint-Loup libérée de toute dette envers eux, soit de leur chef, soit du chef de leur père (b). Jacob et Sonet, son frère, possédaient dans la juiverie de Troyes un terrain qu'ils vendirent à Itier de la Brosse et où Hier se bâtit une maison (2264). Bandin et Jacob appartenaient au comte de Champagne, Sonet et Haquin, leurs frères, au comte de Tonnerre, ce qui donna lieu à l'intervention des deux seigneurs quand il fut question de terminer par un partage l'état d'indivision où ces quatre frères avaient d'abord vécu (1288). Cependant, Vaalin, leur père, habitait Troyes (c) ; du chef de leur père, ils devaient être juifs du comte de Champagne, mais sans doute leur mère était sujette du comte de Tonnerre : de là l'attribution de deux des quatre frères à ce comte.
(a) Voir plus haut, p. 458.
(b) Cartulaire de saint Loup, appartenant à M. De la Porte, folio 86 v°.
(c) Cartulaire de saint Loup, loco citato.
Vaalin, père de Jacob, de Bandin, de Sonet et d'Haquin, était, dans son temps, un des grands banquiers de Troyes; en 1204, il prêta 300 livres, valant 6,079 fr. 14 c., au pouvoir de 30,395 fr., à Eudes, duc de Bourgogne qui, pour lui assurer un remboursement prochain, lui abandonna la jouissance immédiate d'une rente sur les foires de Champagne (610). L'abbaye de Saint-Benigne de Dijon était vers la même époque dans un grand embarras, elle avait, en 1196, emprunté à Vaalin une somme de 1,700 livres, valant 34,448 fr. 50 c, au pouvoir de 172,242 fr. : le taux de l'intérêt stipulé était de trois deniers pour livre par semaine, c'est-à-dire de 65 fr. 62 c. pour cent par an. L'abbaye resta onze ans sans payer, en sorte que la dette primitive, accrue des intérêts, atteignit, sans anatocisme, le chiffre énorme de 9,825 livres 11 sous 10 deniers, valant 199,103 fr. 95 c, au pouvoir de 995,519 fr. 75 c, tout près d'un million (a). Pour se libérer, les moines furent obligés de vendre leur terre de de Morains (677). Il paraît qu'en 1210 Vaalin était mort, car à cette date Bandin, son fils, voulant se libérer des dettes paternelles, entrait en arrangement avec la comtesse Blanche (743).
A côté de ces notabilités financières, Troyes peut placer une des célébrités littéraires du judaïsme. Le fameux Salomon Jarchi, 1040-1105, était né dans cette ville (6).
(a) Etudes sur l'état intérieur des Abbayes cisterciennes, p. 229-501.
(6) Voir sur lui une savante notice de M. Clément-Mullet, Mém. de la Soc. d'Agr. de l'Aube, 2« série, VI, 143.
Nos comtes ne possédaient pas seulement des juifs à Montereau, à Bray, à Troyes et à Villemaur, il est question des juifs de Provins dès 1211 (775); et, sous Thibaut V, ces juifs étaient assez nombreux pour avoir un cimetière (3526). Les juifs d'Ervy sont mentionnés en 12 14 (886). En 1220, nous trouvons à Villenauxe le juif Vivet Herbouth qui a pour associé Bandit, son gendre; l'abbaye de Saint- Loup de Troyes leur doit 400 livres valant 8,105 fr. 53 c, au pouvoir de 40,528 fr. (1269). La môme année, Abraham Lonet, de Rosnay, juif de la comtesse de Champagne, était aussi créancier de cette abbaye (a). Vers la môme époque, les juifs d'Epernay avaient une synagogue, et neuf d'entre eux, Salomon, Morel, son fils; Salomin-le-Petit, gendre de ce dernier; Semilin, fils de Salomin-le-Petit; Saari et ses quatre filles, étaient créanciers de l'abbaye du lieu pour des sommes qui formaient un total de 1,476 livres 15 sous (6), valant 29,924 fr. 60 c, au pouvoir de 149,623 fr. Trente ans plus tard,Dieudonné, deBar-sur-Aube,juif deThibautIV, s'établit à Moulins pour douze ans avec le consentement de ce prince (2929). Vitry-en-Perthois avait donné le jour à Simcha , qui fut un des disciples de Salomon Jarchi.
Nous citerons encore quelques juifs qui appartenaient à nos comtes, mais dont nous ne savons pas les résidences. Tels sont : Cresselin, dont lajouis-
(a) Cart. de saint Loup, f° 79.
(6) Ms. de Montgérard à la bibliothèque d'Epernay, communication de M. Parigot fils.
sance fit l'objet d'un traité entre Philippe-Auguste et Blanche de Navarre (601), et à qui, en 1220, Garnier de Traînel devait 110 livres valant 2,229 fr. 02 c., au pouvoir de 11,165 fr. (1294), Manassès Nigo, à qui la dame de Broyés devait, en 1205, 1,400 livres valant 28,369 fr. 35 c., au pouvoir de 141,847 fr. (631); Pinon, qui ayant frappé un clerc du diocèse de Soissons fut, par jugement arbitral, chassé de ce diocèse (1299); Crescence, qui vint s'établir en Champagne, en 1223, et qui s'engagea à payer à Thibaut IV, la première année, 10 livres, valant 202 fr. 64 c, au pouvoir de 1,013 fr.; les années suivantes le double (1618).
En Champagne, nos comtes n'étaient pas seuls propriétaires de juifs : leurs vassaux en possédaient aussi. Tel était, par exemple, Erard de Brienne, seigneur de Ramerupt, à qui appartenaient Jacob de Chezy et Aara, sa femme, et qui prit l'engagement de ne pas les mettre en prison (1851). Tel était Clarambaud, seigneur de Chappes, dont un juif, nommé Sanson, donna une quittance générale à l'abbaye de Saint-Loup de Troyes et aux hommes de cette abbaye en 1221 (a).
Le principal propriétaire de juifs en Champagne, après le comte, paraît avoir été le seigneur de Dampierre. En 1203, le comte de Rethel devait aux juifs de Gui de Dampierre 400 livres, valant 8,105 fr. 53 c, au pouvoir de 40,527 fr. (597). En 1206, leur importance motiva l'intervention de Gui de Dampierre dans l'ordonnance de Philippe-Auguste
(a) Cart. de saint Loup, f° 81.
sur le taux de l'intérêt (658). Six ans plus tard, l'abbé de Saint-Loup de Troyes leur paya 120 livres valant 2,633 fr. 66 c, au pouvoir de 12,168 fr., que leur devait Clarin de Chauderey (a). En 1216 (953) et en 1218 (1163), ils étaient l'objet de traités entre Blanche de Navarre et les fils de Gui de Dampierre. Nous connaissons les noms de quelques-uns d'entre eux : en 1210, Sanson Le Roux de Dampierre, Hély de Saint-Just, Sachin de Dampierre, Sonin, Samuel, frère de ce dernier; Cochin de Saint-Dizier, et Salamin, frère de Sanson Le Roux; tous sept cautions de Bandin, fils de Vaalin de Troyes, juif de la comtesse Blanche (743) ; en 1220, Jacob, fils de Sanson Le Roux, et créancier de l'abbaye de Saint-Loup qui s'engage à lui payer 650 livres valant 9,118 fr. 72 c, au pouvoir de 45,596 fr.; ce Jacob est sans doute le même que Jacot, créancier de Gautier de Chappes en 1242 (2603). Dampierre avait une synagogue : il s'en trouvait aussi à Ramerupt, à Plancy, à Lhuître (6).
Le prêt à usure était pour les juifs une source d'immenses bénéfices. Aujourd'hui, l'année ou*au moins le trimestre est la période qui sert de base au calcul du taux de l'intérêt. Les banquiers chrétiens de Champagne faisaient usage d'unepériode pîuscourte, l'intervalle qui séparait les termes de payement dechacune des six foires (c), elle durait donc en moyenne
(a) Cart. de saint Loup, f°34.
(6) Voir l'article de M. Clément-Mullet, cité plus haut.
(c) Voir par exemple dans notre Catalogue n° 1269 un exemple de prêt fait sur le pied de 1 2 deniers par livre et par foire, soit 30 pour 100 par an.
deux mois; pour les banquiers juifs la période légale était la semaine (a). Après avoir exigé trois. deniers par semaine, ils furent contraints à se contenter de deux, c'est-à-dire de 43 fr. 75 c. pour cent par an, les intérêts des intérêts non compris. Celte réforme fut due à une ordonnance rendue de concert par Philippe-Auguste, Blanche de Navarre et Gui de Dampierre en 1206 (658).
Les juifs étaient serfs, c'est-à-dire taillables à merci; leur seigneur pouvait exiger d'eux, à titre de taille, telle somme qu'il lui plaisait; ainsi, au fond, c'était le seigneur qui profilait des actes d'usures commis par les juifs, tandis qu'aux yeux des populations, les juifs en supportaient tout l'odieux. Aussi les barons du moyen-âge tenaient-ils beaucoup à conserver la propriété de leurs juifs et à empêcher leurs voisins de s'en emparer. Nous avons plusieurs traités conclus entre nos comtes, les rois de France et divers seigneurs, et où les deux parties s'engagent à ne pas retenir les juifs l'une de l'autre (6).
'Être propriétaire de juifs, constituait pour les seigneurs un moyen indirect, mais très-légal, de s'emparer du bien des débiteurs de ces juifs. On distinguait cependant deux cas : les débiteurs étaient sujets du seigneur des juifs ou ils étaient
(a) Plusieurs actes de nos comtes interdisent à des banquiers chrétiens le prêta la semaine, voir par exemple Ca/<i/o</«e,nos1499, 2008, 2058. Il s'agit dans un cas d'un banquier de Cabors, dans les deux autres de banquiers italiens.
(6) Voir Catalogue n'JS 457, 458, 550, 739, 750, 953, 1165, 1277, 1575, 1824, 2075, 2526.
sujets d'un autre seigneur. Dans îe premier cas, le droit du seigneur paraissait incontestable et des plus naturels; dans l'autre cas, on le trovait un peu rigoureux. Aussi, en 1198, Thibaut IV et Philippe- Auguste convinrent-ils que les juifs du roi ne prêteraient pas aux sujets du comte, ni les juifs du comte aux sujets du roi (A 57, 658).
Quelque absolu que fût le droit des seigneurs sur les biens des juifs, il avait fallu cependant, et l'intérêt du seigneur lui-même l'exigeait, assurer à ces malheureux un peu de sécurité, en réglant d'avance le montant de la taille que le seigneur exigerait chaque année. Thibaut III l'avait fait (550). Cet usage fut maintenu sous Thibaut IV (1618). La somme payée annuellement par les juifs portait le nom de censé (550). Mais cet abonnement n'empêchait pas nos comtes d'exiger en sus des impôts extraordinaires. Thibaut III en avait donné l'exemple (a); Thibaut IV, à son avènement, se fit payer par les juifs de Champagne 70,000 livres, soit 1,418,471 fr., au pouvoir de 7,092,355 fr. Il leur accorda pour verser cette somme un délai de cinq ans (1422). En 1285, à l'occasion de l'avènement de Philippe le Bel, les juifs de Champagne durent payer en une seule année 25,000 livres (6), soit 502,658 fr. 24 c, au pouvoir de 2,513,291 fr. Enfin, nous avons vu comment, en 1268, Thibaut V, de concert avec saint Louis, confisqua tous les biens des juifs (c).
(a) Voir plus haut, p. 86.
(b) Brussel, p. 607.
(c) Voir plus haut, p. 412-413.
D'ailleurs, les juifs ne pouvaient obtenir la constatation légale de leurs créances qu'en faisant sceller leurs titres d'un sceau spécial et par conséquent en payant un droit de sceau (658, 1422). Quand lecomte avait besoin de leurs chevaux et même des matelas de leurs lits, il avait le droit de les emprunter, droit si bien reconnu, qu'en 1222 les juifs obtinrent que Thibaut IV cesserait de l'exercer pendant cinq ans. A la mort d'un juif, tous ses biens appartenaient au comte, si, au moment du décès, il n'y avait pas d'héritier direct vivant avec le défunt. Lorsqu'un juif allait s'établir hors de Champagne sans le consentement du comte, les biens qu'il laissait en Champagne devenaient la propriété de ce dernier (1422).
§ 4e. — Aides extraordinaires.
Le droit pour le comte de faire sur tous ses sujets des levées extraordinaires d'argent est constaté par plusieurs chartes, qui, ne déterminant pas les conditions de ces levées, semblent en consacrer l'arbitraire (a). Cependant, il résulte des termes de quelques autres actes, qu'au moins dans certaines grandes villes, qu'à Provins et à Troyes par exemple, avant d'exiger le paiement d'une imposilion exceptionnelle, lecomte cherchait préalablement à obtenir l'assentiment des habitants, et que môme cet assentiment
(a) Catalogue nos 2294, 2562. On pourrait peut-être en dire autant de l'aide levée sur les habitants de Lagny en 1210 (729). Voir plus haut, p. 109.
était pour la perception une condition indispensable de validité (3495), 3649. Enfin, la plupart des levées d'aides que nous allons signaler ont eu lieu dans des cas consacrés par la coutume (a).
Les levées d'aides dont nous trouvons le plus fréquemment la mention, sont celles qui ont pour objet de subvenir aux frais d'une croisade. En 1190, Henri II se fit donner, à ce titre, 300 livres par les hommes de Chablis (401 bis). A l'époque de la croisade deThibaut V, l'abbé de Molesme invita les prieurs les hommes de son abbaye en Champagne à donner une aide à ce prince (3464); les habitants de Provins et de Troyes accordèrent au même Thibaut des jurées supplémentaires (3495, 3649); le nombre des jurées promises par les habitants de Provins fut de cinq : dans le cas où les habitants de Troyes se seraient engagés à en payer le même nombre, la somme qu'ils auraient du verser se serait élevée à 5,500 livres, valant 111,451 fr., au pouvoir de 557,255 fr. On peut rattacher à la quatrième croisade et au droit d'aide les spoliations dont les juifs furent victimes sous Thibaut III ; et les mesures rigoureuses qui les atteinrent sous Thibaut V, à l'époque de la croisade où ce prince devait périr, se rattachent au même principe (6).
De la charte des habitants de La Neuville-aux- Larris, il résulte qu'ils devaient une aide au comte de Champagne, quand ce prince ou son fils étaient
(a) Sur les aides extraordinaires, voir Du Gange, au mot Auxilium.
(b) Voir aussi notre Catalogue n° 2481 .
prisonniers (670 bis) ; cette obligation était de droit commun . Ce fut sans doute en vertu de cette maxime, qu'en 4214 Blanche de Navarre se fit verser, avec le consentement des moines de Montiéramey, 600 livres par les habitants de Chaource (868); un acte porte que cet argent fut payé pour la délivrance du jeune comte ; alors en effet, Blanche, pour obtenir que Thibaut TV fût remis entre ses mains, donna une somme considérable à Philippe-Auguste (a).
Les 460 livres que Thibaut V reçut des habitants de Chaource, en 1255, (3086 bis) furent également une aide, et cette aide avait sans doute pour cause la chevalerie du jeune comte : nous ne savons pas d'une manière précise quand Thibaut V fut armé chevalier, mais il y a lieu de croire que cette cérémonie aura été célébrée à l'époque de son mariage, qui eut lieu en 1255. On peut rapporter aussi à la chevalerie de Thibaut IV l'aide que ce dernier exigea des juifs en 1222 (1422).
§ 5e. — Emprunts.
Les comtes de Champagne avaient deux sortes de dettes. Pour les distinguer, nous emploierons des expressions alors inusitées, mais qui nous permettront d'énoncer en termes clairs pour tous une idée sans doute aussi ancienne que la civilisation : ils avaient une dette flottante et une dette consolidée. Nous ne parlerons ici que de la première; il sera question de la seconde dans la section suivante qui traitera des dépenses.
(a) Voir plus haut, p. 123.
Il a déjà été fait mention de la dette flottante d'Henri Ier, mais nous ne sachons pas qu'elle ait eu grande importance (a).
Le premier de nos comtes qui, à notre connaissance, ait eu l'embarras d'une dette flottante considérable, est Henri II ; les revenus de ce prince n'égalaient pas les charges que lui imposait la gloire de régner sur les chrétiens de Palestine (6). Nous ne savons pas le montant des sommes qu'il emprunta, mais on nous a conservé les noms de dix banquiers qui lui avaient prêté de l'argent et qui ne furent désintéressés qu'après sa mort par Thibaut III (c).
Blanche de Navarre, malgré de lourdes charges, paraît avoir su éviter d'aussi grandes difficultés financiers. Le seul créancier que nous lui connaissions est Gaillard de Lart. De la foire de Bar-sur- Aube, 1218, à celle de mai de la même année, elle lui dut 5,737 livres, pour lesquelles elle lui paya 230 livres d'intérêt. De la foire de Saint-Jean à celle de Saint-Ayoul, cette dette se maintint à peu près au même chiffre, c'est-à-dire à 5,700 livres, dont l'intérêt fut de 228 livres (d); et de la foire de
(a) Voir notre t. III, p. 305-306.
(b) Voir plus haut, p. 70.
(c) Bertrand de Lambes, Bernard de Conches, Bernard Aufredi (461, 493,496). Guillaume Giraud (461, 496), Guillaume de Conches (493), Bernard l'Ecrivain (491, 495), Pierre Etienne, Arnaud Cap-de-Mall, Raimond Raimondi (495), Pierre Esprouvez (541).
(d) Bourqueiot, Fragments de comptes du xine siècle, dans la Bibl. de l'Ec. des Chartes, 5e série, IV, 58.
Saint-Ayoul à celle de Saint-Remy, la sommme due par la comtesse s'éleva à 7,562 livres dont l'intérêt atteignit 302 livres (a). Ces 7,562 livres valaient 153,235 fr. 02 c, au pouvoir de 766,175 fr.
Blanche n'éteignit pas cette dette, elle la laissa à son fils qui ne se hâta pas de se libérer, car en 1247, Thibaut IV, comme représentant de sa mère, devait encore à Gaillard et à ses associés 1,810 livres 15 sous (2813), soit 36,677 fr. 52 c, au pouvoir de 183,388 fr.
Gaillard de Lart ou de Laro qui avait pour principaux associés Bertrand de Lart, son frère, et Bertrand Jean, de Cahors, était, comme ce dernier, originaire de Cahors. Son association avec Bertrand Jean paraît remonter au moins à l'année 1219, où Blanche, en récompense des services de ces deux financiers, leur donna deux maisonsà Provins(1245). Ce fut probablement au nom de cette société qu'en 1228 Bertrand de Lart prêta 2,905 livres ik sous à Thibaut IV (1872). De 1247 à 1251, Gaillard de Lart fut changeur aux foires de Champagne (2813, 2850, 2998) (6).
Thibaut IV ne se contenta pas d'emprunter près de cette société de banquiers. Le début de son règne se signala par ces prodigalités si fréquentes chez les
(a) Ibid., p. 60.
[b) Voici quelques autres noms de changeurs des foires : de 1245 à 1247, Jean de Nivelle, chambellan de Thibaut IV (2722, 2801, voir plus haut, p. 510); Jacques Philippe en 1246 (2724), Pierre Guillaume avant 1265 (3378), Tuche de la Roque et Mathieu Daguenet en 1282 (Bouta rie, Actes iu Parlement, n° 2460).
jeunes gens possesseurs d'une grande fortune, et pour subvenir à ces dépenses exagérées il s'endetta.
Ses principaux créanciers furent d'abord deux juifs du roi de France : Moxé-Dieudonné et Hélie de Bray, dont le premier eut bientôt pour successeur Haquin, son fils. Thibaut, l'année même de sa majorité, 1222, reconnaissait devoir à cette société 720 livres (1652). Peu après, le chiffre atteignait 5,500 livres (1503), et au mois de février 1224, 10,500 livres, valant 212,770 fr. 13 c, au pouvoir de 1,063,850 fr. (1584).
Ce ne fut pas tout. Au mois de mai 1223, Thibaut IV se fit livrer la table d'or de l'autel et la grande croix d'or de Saint-Etienne de Troyes (1533). Puis, il les donna en gage aux moines de l'abbaye de Saint-Denis qui lui prêtèrent 2,000 livres parisis (1712), soit 2,500 livres tournois, valant 50,659 fr. 56 c, au pouvoir de 253,298 fr. Il remboursa 500 livres parisis en 1227 (1782), autant en 1228(1829); puis il paraît avoir longtemps négligé cette dette, car il était encore débiteur de l'abbaye au mois de février 1252, où par le paiement d'un nouvel àcompte il réduisit cette créance à 600 livres (2993).
Nous sommes loin de connaître tous les emprunts de Thibaut IV, mais nous avons encore un étal de ceux qu'il contracta du 15 octobre au 16 décembre 1228. Leur montant s'élève à 16,779 livres 11 sous, savoir :
-1° A Bonencontre Rugeri, Paganello Fortiori et leurs
associés , banquiers de Sienne 1,2161 (1857).
2° Aux mômes 800 (1858).
3° A Hoguenillo Gentili, de Sienne. . 300 (1864).
4° A Bonencontre Rugeri 180 (1865).
5° AAlemannoHugonis, àAlebrandino Magnittini et à leurs associés, banquiers de Sienne 5,10011 7* (t 866).
6° A Chacheviaut Espinelli et à Barthélémy Gardouille, de Sienne 627 (-1868).
7° A Bertrand de Lart, de Cahors. . . 2,905! 448(1872).
8° A Aimeri de Toulouse 240 (1873).
9° AHuguenind'Aunay, delaCharité. . 1,075 (1876).
10° A Ami de Luzy et à Dreux de la Parité 45290 (1877).
11° A Bonencontre Rugeri 1,200 (1878).
12° A Etienne, Hugues et Barthélémy Le Blanc, de Lyon 345 (1879).
13° A Evrard de Besançon 1,500 (1880).
A la fin de décembre 1229, Thibaut IV devait en outre une partie des sommes qu'il avait empruntées les années précédentes. II devait :
Aux juifs Haquin et Hélie 3,500^.
A l'abbé de Saint-Denis, 1,000 livres parisis,
valant 1, 2501 1.
A Gaillard de Lart et à ses associés, au moins 1,810! 138
Total 6,5601 13*
qui additionnés avec 46,779! Il8
donnent une somme de. . , 23,3401 4"
valant 472,957 fr. 61 c, au pouvoir de 2,364,788 fr.
C'était plus des deux tiers du revenu net du comté de Champagne. Plusd'un tiers decettesomme, soit 8,146 livres, devait être remboursé à de trèscourtes échéances, dont la plus éloignée était la foire de Saint-Jean de l'année suivante.
Aussi les embarras financiers de Thibaut IV se prolongèrent longtemps. En 1229, il empruntait 1,200 livres à son chancelier (2012). En 1233, il était débiteur du marquis de Montferrat : ce dernier, ne
pouvant obtenir paiement , menaçait de faire jeter en prison les voyageurs français qui se rendaient en Italie (2284). A la même date, Thibaut, au lieu de rembourser ce qu'il devait aux frères Pierre, Ange et B., fils de Jean llpérini, banquiers romains, fît enchaîner un d'entre eux, et, à force de menaces et de mauvais traitements, il lui arracha 1,200 livres; le pape crut devoir intervenir et menaça le comte des foudres de l'Eglise : cette affaire dura au moins trois ans (a). En même temps, une dette du même prince envers trois autres banquiers : Pierre Parent, G. Alexis et Jean-le-Juif, et un refus obstiné de payer, faisaient frapper Thibaut d'excommunication et mettre la Champagne en interdit (2428).
Le chansonnier-roi avait alors dans la guerre de succession de Champagne, dans sa guerre avec le roi saint Louis, une causede dépenses multipliées ; de là un déficit énorme que ne put couvrir la dot apportée par Marguerite de Bourbon; pourtant celte dot dépassait d'un tiers le revenu net du comté de Champagne, elle était de 36,000 livres parisis ou de 45,000 livres tournois, valant 911,871 tr. 99 c, au pouvoir de 4,559,360 fr. (2202), et sur ces 36,000 livres parisis, plus des trois cinquièmes, soit 21,000 livres, étaient payés dès 1233 (2269). Plus lard, les finances de Thibaut se rétablirent. En 1238, 4,800 livres étaient remboursées en son nom à des banquiers de Sienneet de Rome (2457). Cependant, nous avons vu que, dans les dernières années de sa vie, il devait encore 1810 livres 45 sous à Gaillard de Lart, et 600 à l'abbé de Saint-Denis.
(a) Voir plus haut, p. 600.
Nous ignorons si ses fils contractèrent des emprunts, nous n'en avons trouvé aucune trace.
§ 6e. — Aliénations de domaines.
Nous n'allons pas donner ici rénumération de toutes les aliénations de domaines faites par nos comtes dans la période qui nous occupe. Ce serait un travail aussi fastidieux qu'impossible à exécuter d'une manière exacte. D'ailleurs, la question des aliénations de domaines, en tant que ces aliénations ont modifié sérieusement la constitution topographique du comté de Champagne, sera traitée dans le chapitre consacré à la géographie. Nous voulons ici parler des aliénations de domaines en tant qu'elles ont été une ressource financière.
Thibaut III, par la vente de la terre de Meixéricourt, se procura 1,700 livres valant 34, 428 fr. 50 c,, au pouvoir de 172,142 fr. (479). Blanche de Navarre céda à plusieurs monastères, moyennant une rente de blé, son moulin neuf de Provins. Cette princesse et Thibaut IV, ayant assuré une rente de 1,200 livres à Philippine, dame de Ramerupt, lui donnèrent des immeubles en paiement (1403, 1779). Le règne de Thibaut IV fut celui des aliénations importantes : Thibaut IV vendit aux Templiers, moyennant 10,000 livres, la gruerie de leurs bois de Champagne (1950), à l'abbaye de Clairvaux des dîmes qu'il se fit payer 520 livres (2137); au roi de France, la mouvance de Chartres, Blois, Sancerre et Châteaudun, pour la somme de 40,000 livres (2313); à l'abbaye de Montiérender, son droit de pariage sur les seigneuries de cette abbaye, pour lequel il reçut comme
prix 5,000 livres (2594). Si nous ajoutons la cession des bois de Mant et de Vassy à la reine de Chypre Alix, pour lui tenir lieu de 2,000 livres de rente (2311, 2351), nous trouvons que Thibaut IV se procura par des aliénations : l°un capital de 55^520 livres, valant 1,125,047 fr. 40 c, au pouvoir de 5,625,237 fr. 40 c. ; 2° une rente de 3,200 livres, valant 64,844 fr. 33 c, au pouvoir de 324,222 fr. Ces chiffres peuvent se mettre en regard de ce que nous savons de ses emprunts et complètent le tableau du déplorable état de ses finances pendant les premières années de son administration.
Thibaut V vendit sa maison d'Orient pour 1,300 livres (3340). Mais ni lui ni son frère ne paraissent avoir été entraînés par le besoin d'argent à ces aliénations considérables qui furent un des malheurs du règne de Thibaut IV.
Section 3e. — Dépenses.
g 1er. — Dépenses ordinaires.
Les dépenses ordinaires des rois de France se distinguaient en deux classes : 1° les dépenses qu'on peut appeler obligatoires, et qu'il faut déduire du revenu brut pour obtenir le revenu net, c'est-à-dire celles des bailliages et des prévôtés ; 2° les dépenses qu'on peut qualifier de facultatives, c'est-à-dire celles de l'hôtel (a). Les dépenses ordinaires des comtes de Champagne peuvent donner lieu à la même distinction.
(a) Voir la dissertation de M. de Wailly sur les dépenses et les recettes ordinaires de saint Louis. D. Bouquet, t. XXI.
Grâce aux comptes du premier semestre de l'année 1285 et du second semestre de l'année 1287, nous pouvons nous faire une idée assez complète de ce en quoi consistaient les dépenses des bailliages et des prévôtés de Champagne à l'époque de la réunion à la couronne. Nous avons déjà dit à quel chiffre elles se montaient (a); reste à donner quelques détails.
Les dépenses des bailliages et des prévôtés peuvent se diviser en quatre «chapitres : 1° entretien des bâtiments et des étangs; 2° gages d'employés; 3° frais de justice et de levée d'impôts; U° fiefs et aumônes, pensions et rentes viagères.
Bâtiments et Etangs.
L'entretien des bâtiments coûta, dans le premier semestre de l'année 4285, 2,985 livres 13 sous 2 deniers; dans le second semestre de 1287, 1,319 livres. L'empoissonnement des étangs coûta 115 livres 9 sous dans le premier semestre de 1285.
Gages.
Les gages étaient en très-grand nombre. Nous en citerons quelques-uns. Les plus élevés, en 1285, étaient ceux des deux gouverneurs. Le premier, Jean de Joinville, recevait par jour UO sous, soit UO fr. 21 c, au pouvoir de 201 fr., ce qui donne par an 730 livres valant 14,617 fr. 66 c, au pouvoir de 73,088 fr. Le second gouverneur, Gautier
(a) Voir plus haut, p. 807.
de Chambly, n'avait que 20 sous par jour, soit 20 fr. 10 c, au pouvoir de 100 fr. 50 c; ce qui fait par an 365 livres valant 7,308 fr. 83 c., au pouvoir de 36,544 fr.
Les baillis paraissent avoir touché, en 1285 comme en 1287, 250 livres par an, soit 5,026 fr. 58 c, au pouvoir de 25,133 fr.
Les avocats du comte de Champagne près l'ofiicialité de Troyes se contentaient de 20 livres de gages, soit 402 fr. 13 c, au pouvoir de 2,011 fr.
Les gardes des foires avaient-ils des gages fixes avant la réunion à la France? Nous l'ignorons. Tout ce que nous savons, c'est qu'ils recevaient, ou pour toute chose ou en sus de leurs gages, une indemnité variable et sans doute payée sur mémoires. Pendant le premier semestre de l'année 1285, l'un d'eux fut occupé 110 jours, l'autre 424, et par jour ils touchèrent de 12 sous 8 deniers obole à 18 sous 11 deniers. L'indemnité totale des deux gardes pendant ce semestre, s'éleva à 199 livres 5 sous 8 deniers, ce qui donnerait pour l'année 398 livres 11 sous 4 deniers valant 8,013 fr. 63 c, au pouvoir de 40,068 fr., dont chacun d'eux recevait environ moitié. Après la réunion à la France, ils touchèrent des appointements réguliers fixés à 200 livres par an , 50 livres de moins que ceux des baillis.
Les clercs des gardes des foires avaient un salaire fixe et une indemnité supplémentaire. Le salaire était pour l'un de 5 livres par foire, ce qui pour six foires fait 30 livres valant 603 fr. 20 c, au pouvoir de 3,160 fr. ; pour l'autre, de 2 livres seulement par foire, soit pour les six de 18 livres valant
361 fr. 91 c, au pouvoir de 1,896 fr.; on leur donnait à chacun en sus une indemnité d'un sou par jour de travail, ce qui fit, pour le premier semestre de 4285, 105 sous, et probablement pour les deux semestres, 10 livres 10 sous valant 211 fr. 12 c. j au pouvoir de 1,055 fr.
Les sergents à cheval, auxquels était confiée la garde des chemins pendant les foires, recevaient par jour 3 sous valant 3 fr., au pouvoir de 15; les sergents à pied, chargés du même service, 1 sou valant 1 fr., au pouvoir de 5. Mais les sergents payés à l'année pour garder les bois, touchaient beaucoup moins : quand ils étaient à pied, k à 5 livres, soit 80 à 100 fr., au pouvoir de 400 à 500; quand ils étaient à cheval, le double.
La garde des châteaux, des maisons et des parcs du comte coûta, dans le premier semestre de 1285, 549 livres 9 sous 9 deniers.
Frais de justice et d'impôts.
lîn compte de l'année 1219 mentionne une dépense de k livres k sous 6 deniers pour des assises tenues à Provins (a). Les grands jours de la quinzaine de Pâques, 1285, coûtèrent vingt-quatre fois autant, soit 101 livres 17 sous valant 2,047 fr. 83 c, au pouvoir de 10,236 fr. (6).
Une partie des dépenses occasionnées par la levée des impôts consistaient en salaires, payés aux agents
(a) Bourquelot, Fragments de comptes du xme siècle, dans la Bibl. de l'Ec. des chartes, 5e série, IV, 66-67.
(b) Voir notre t. II, p. lxxiii, lxxiv.
chargés de la perception; ainsi, la perception des tailles de Provins en 1219 coûta 2A livres G sous (a). D'autres dépenses relatives à cet objet ne figuraient que pour ordre, c'étaient les non-valeurs; en 1219, les non-valeurs de la taille atteignirent à Sézanne 110 sous, à Pont-sur-Seine 12 livres 7 sous (6); dans le premier semestre de l'année 1285, les nonvaleurs des tailles et des jurées s'élevèrent à 118 livres 5 sous (c).
Fiefs et aumônes. — Pensions et rentes viagères.
On appelait fiefs les rentes assurées héréditairement à divers personnages, aumônes les rentes données à des églises : les fiefs et aumônes constituaient la dette consolidée. Le montant total des fiefs et aumônes payées dans le premier semestre de l'année 1285 s'éleva à 3,662 livres, et dans le second semestre de l'année 1287 à 5,922, ce qui donne un total de 9,584 livres valant 192 599 fr au pouvoir de 962,995 fr., près d'un million, environ le sixième du revenu brut du comté. La rente que l'empire français paye aux porteurs des titres de la dette consolidée est aussi le sixième environ de la recette totale portée au budget.
Une partie de la dette consolidée de nos comtes au moment de la réunion de la Champagne à la
(a) Bourquelot, Fragments de comptes du xme siècle, dans la Bél. de l'Ec. des chartes, 5e série, IV, 68.
(b) Bourquelot, îèid.,p. 62, 63.
(c) Voir notre t. II, p. lxxvji, art. 248.
f rance, remontait au règne d'Henri F (a), et même peut-être plus haut (580).
Voici un état des rentes tenues en fiefs de nos comtes dans la période qui nous occupe :
MaisondeChamplitte 400i (640,2722) (6).
Choiseul 20 (755).
- Beaumont-sur-Oise. . . 20 (898).
Coucy 20 (945).
Passavant-en-Vosges. . 60 (4052,2965)(c).
- Darney 45 ^°33)-
Touquin 30 (4055).
Thoult 20 (4 093).
La Fauche 20 (4423,4442)(d).
Le légiste Anselme *°
Maison de Vienne et Màcon. ... 590 (/).
Thil-Châtel 30 (4490).
- Vaudemont 60 (4 492,3586).
Clefmont 3316' 8^494,2659).
- Villehardouin 55 (44 98,4428).
- Mont-Saint-Jean. ... 70 (4206,4450).
- Sombernon 20 (4207).
Montréal 30 (4247).
- Antigny 20 (4248).
(a) Voir notre t. III, p. 305.
(6) Voir notre t. II, p. lxxix, art. 238.
(c) En 1285, 60 livres, voir notre t. II, p. lxxix, j art. 237 L'acte catalogué sous le n« 1052, et qui est date de 1217, parle de 30 livres seulement. Cette somme avait été doublée en 1^51 (2965).
{d) Voir notre t. II, p. lxxix, art. 245.
(e) Bourquelot, Fragments de comptes du xme siècle, dans la Bibl. de l'Ec. des chartes, 5e série, IV, 59.
(f) Voir Catalogue n°9 1169, 1178, 1182, 1183, 1348, 1517, 1788, 1801, 2158, 2370, 2512, 2664, 2821, 2936.
— Apremont
Aude, demoiselle de Blanche de
Girard de Ver aire
Maison des Barres
lieofroi de Bar
Maison Ulani
— Beaujeu
— Chalon-sur-Saône.. . .
Cr,™™
— Châtres
Etienne de Provins
/On 1 r. \ (4014).
— Bar-le-Duc
— Montmorency-Marly. .
Renaud Mareschar
Maison de Deuilly .