CHAPITRE XIII
Observations diverses sur les diplômes des successeurs d'Henri le Libéral. — Chancellerie. — Archives.
g 1er. — Titres pris par les comtes et les comtesses de Champagne.
Henri II et Thibaut III, dans leurs diplômes, se qualifient toujours de comtes palatins de Troyes, Trecensium cornes palatinus (a); le plus souvent, le mot Trecensium, dans les originaux, est écrit en abrégé Trec. ou Trecen.; les copistes ont presque toujours traduit cette abréviation par l'épithète de Trecensis, mais à tort ; Henri II et Thibaut III suivirent donc exactement les errements de la chancellerie d'Henri Ier, leur père.
Mais leur mère, introduisit une modification. En effet, Marie de France supprima l'adjectif palalina, et prit simplement le titre de comtesse de Troyes, Trecensium (327) ou Trecensis (426) comitissa. Dans quelques originaux, le premier mot a été écrit en abrégé Trecen. (347, 643, UUk).
Blanche de Navarre rétablit l'adjectif palatina et, pour éviter une consonnance désagréable, les rédacteurs de &es diplômes, au lieu de calquer servile-
(a) Nous signalerons comme exceptionnelle la forme Dei gratia Trecensium cornes palatinus (499).
ment la formule Trecensium palatinus cornes, changèrent l'ordre des mots et dirent comitissa Trecensium palatina. L'abréviation Trecen. continua d'être employée, mais l'adjectif Trecensis tomba en désuétude.
Thibaut IV substitua dans son titre le nom de la Champagne et de la Brie à celui de la ville de Troyes. Le titre de comte de Champagne avait été quelquefois porté par Hugues ; Blanche de Navarre, qui se qualifie de comtesse de Troyes dans tous ses diplômes latins, se dit comtesse de Champagne dans le seul diplôme français que nous ayons d'elle (812); mais jamais, ni Hugues, ni Blanche n'avaient, dans leur titre, joint le nom de la Brie à celui de la Champagne. L'acte de l'hommage fait à Philippe- Auguste par Thibaut IV en 1214 nous semble être le point de départ du titre de comte de Champagne et de Brie, auquel le respect pour un vieil usage fil ajouter l'adjectif palatin, d'où la formule consacrée de comte palatin de Champagne et de Brie, cornes Campante et Brie palatinus. Dans cet ac!e d'hommage, Philippe-Auguste déclare qu'il reçoit Thibaut, son cher neveu, comme homme lige pour tout le comté de Champagne et de Brie, de loto comiiatu Campante et Brie (869). Ces termes sont reproduits textuellement dans la charte de Blanche de Navarre relative au même hommage (870). Toutefois, Thibaut, dans la charte qu'il a donnée à cette occasion, ne se qualifie pas encore de comte de Brie; il supprime déjà le titre de comte de Troyes, mais celui de comte de Champagne est le seul qu'il prenne, sauf l'épithète traditionnelle de palatin qu'il conserve et qu'il y joint : cornes Campante palatinus (881).
Pendant les années suivantes, les actes émanés de ce prince sont peu nombreux, et des premiers, nous n'avons que la copie dans des cartulaires où les formules initiales n'ont pas été transcrites (973, 1021). C'est en 1217 que nous trouvons pour la première fois juxtaposée au nom de Thibaut IV la formule diplomatique depuis si célèbre : comte palatin de Champagne et de Brie, cornes Campante et Briepalatinus, où, pour suivre l'ordre des mots consacré par un usage invariable dès la majorité de Thibaut IV : Campanie et Brie cornes palatinus, en français : « de Champaigne et de Brie cuens pala- » zins » (1083) (a). Dans le même acte, Blanche se dit comtesse de Troyes, et, jusqu'à sa mort, elle ne cessa pas de le faire (6), bien que ses contemporains lui donnassent souvent le titre de comtesse de Champagne, et que Philippe-Auguste lui-même, en parlant d'elle, se soit d'ordinaire exprimé ainsi (c).
A partir de l'avènement de Thibaut IV au trône de Navarre, tous nos comtes, sauf Edmond, joignirent le titre de roi de Navare à celui de comte de Cham-
(o) Dans un acte de la même date, Thibaut IV se dit simplement comte de Champagne (1085).
(b) Nous pourrions citer d'autres exemples de chartes où Blanche, se qualifiant de comtesse de Troyes, Thibaut se dit comte de Champagne et de Brie. Voir par exemple dans notre Catalogue les n*8 1125, 1408, 1409.
(c) Catalogue nos 823, 870, 978, 995, 1022, 1058. Dans d'autres actes, Philippe-Auguste se sert de l'expression de comtesse de Troyes ; ces actes sont des lettres missives adressées à Blanche (573, 962, 963, 1022).
pagne et de Brie en plaçant ce dernier le second : Dei gratia rex Navarre, Campanie et Brie cornes palatinus, « par la grâce de Deu rois de Navarre, de » Champaigne et de Brie cuens palazins. »
De ces faits , il reste à tirer quelques conséquences :
Toute charte qui commence ainsi : Ego Theobaldus, Campanie et Brie cornes palatinus, est de Thibaut IV; elle ne peut se confondre ni avec celles de Thibaut V, puisque le titre de roi de Navarre ne s'y trouve pas, ni avec celles de Thibaut III, ou de ses prédécesseurs de même nom, car ceux-ci ne se sont jamais qualifiés de comtes de Champagne et de Brie, ni même seulement de comtes de Champagne (a).
Toute charte qui débute par ces mots : Ego Theobaldus, Trecensium comespalatinus, est de Thibaut III, car, des cinq comtes de Champagne qui ont porté le nom de Thibaut, ni Thibaut Ier (b), ni Thibaut IV, ni Thibaut V n'ont pris le titre de comte palatin de Troyes; quant à Thibaut H, il écrivait son nom Teobaudus et son titre ordinaire est Blesensis cornes : si nous avons trouvé un exemple où il se donne le titre de Trecensium cornes palatinus, nous n'en avons trouvé qu'un, et c'est dans un cartulaire qui, malgré sa valeur, ne mérite pas entière confiance (c).
Nous ne connaissons pas de différence entre les suscriptions des chartes d'Henri Ier et celles des
(a) Voir notre 1. 1, p. 422, et notre t. II, p. 409. (6) Voir notre I, p. 422.
(c) Deuxième Cartulaire de Molesme, voir notre t. II, p. 409, 410, 418, 419.
chartes d'Henri II ; pour distinguer ces deux princes, il faut recourir aux formules finales, c'est-àdire aux noms des chanceliers, des notaires et des témoins; et encore ces noms étant souvent les mêmes sous les deux régnes (a), ce moyen est d'ordinaire insuffisant. Mais Henri III qui prit le titre de roi de Navarre ne peut être confondu ni avec Henri Ier, ni avec Henri II.
Les deux comtesses du nom de Blanche, Blanche de Navarre, femme de Thibaut III3 et Blanche d'Artois, femme d'Henri III, se reconnaissent facilement, puisque la seconde seule était reine de Navarre et en prenait le titre.
On est en droit de déclarer antidaté ou faux tout acte où un personnage du nom de Thibaut ou d'Henri se donne, avant l'année 1214, la qualité de comte de Champagne et de Brie.
§ 2e. — Chartes françaises.
Avant l'année 1230, nous n'avons rencontré que deux actes français parmi les chartes émanées de la chancellerie de nos comtes : ce sont le règlement de Blanche de Navarre pour l'administration de l'Hôtel-Dieu-le Comte de Troyes en 1213 (812), et la confirmation, par Thibaut IV, des privilèges de la commune de Meaux en 1222 (1421); nous ne possédons que des copies de ces deux chartes ; tandis que, pour l'année 1230, nous avons une charte française originale, celle de la commune de Troyes (20G2), sans compter la copie de la charte semblable
(a) Voir plus haut, p. 525, 533, 500-508.
obtenue à la même date par la commune de Provins (2061). Toutefois, ces deux chartes constituent une exception, car Thibaut IV a daté de la même année soixante-deux chartes latines qui nous sont conservées. Les concessions de la charte de Troyes à différentes villes de Champagne en 1231 et en 1232 ont été, comme la charte primitive, rédigées en français (a). Ce fut en français qu'en 1231 Thibaut IV confirma la charte de la ville de Neufchàteau (2139). 11 fit écrire en français, la même année, une charte qui énonce ses droits sur cette ville (2182). En résumé, du mois de septembre 1230 au mois de janvier 1232, nous connaissons douze chartes françaises de Thibaut IV. Mais de celte date au mois d'avril 1241, il s'écoule un intervalle de neuf ans dans lequel nous n'en avons trouvé aucune. Puis elles reparaissent, et leur nombre s'accroît graduellement, surtout sous les successeurs de Thibaut IV. Déjà, pendant les dernières années du règne de ce prince, non-seulement les affaires communales sont d'ordinaire traitées en français (2561, 2626, 2739, 3044), mais le français devient peu à peu, à la chancellerie de Champagne, la langue des affaires féodales (2624, 2769, 2819, 2914, 3037) et même quelquefois des affaires ecclésiastiques (2680, 2709, 2743, 2948, 2992, 3035, 3039) ; cependant, sous son règne, comme sous le règne de son successeur,lescharles latines restèrent les plus nombreuses, si l'on en juge d'après celles que nous avons conservées. Ainsi, durant l'année 1270, qui est celle pour
(n) Catalogue nos 2125, 2126, 2130-2132, 2143, 2169.
laquelle nous avons réuni la plus grande quantité d'actes émanés de Thibaut V, nous avons compté quarante-six pièces écrites en latin (a) et vingt-et-une seulement en français (b), c'est-à dire moins de moitié. Mais, sous Henri III, la supériorité du nombre passe du côté des chartes françaises ; nous en avons recueilli vingt-et-une (c), et nous ne pouvons mettre en regard que onze chartes latines (d). Pendant la régence de Blanche d'Artois, celles-ci reprennent la majorité, quatre (e) contre une (3807); et elles la conservent sous la régence d'Edmond, onze (f ) contre huit (g). On ne doit pas tirer des conséquences trop absolues de recherches que des travaux ultérieurs pourront compléter, en donnant sur quelques points de détail des résultats différents. Mais ce qui nous paraît incontestable, c'est que la langue française après avoir fait son apparition à la chancellerie de
(a) Cataloguent 3577, 3585, 3587-3592, 3595, 5596,5600- 3603, 3605-3608,3615-3617, 3619-3627, 5629, 3631, 3632, 5635-3640, 3643-5646, 3657,3659, 3664.
(b) Catalogue n03 5599, 5604, 3609, 3618, 5628, 5650, 3641, 5647-5651, 5658, 3662, 3666, 3667, 3670-5674.
(c) Catalogue n°s 5678, 3689. 5697, 5754, 5757, 5759. 5741, 5755, 5757, 3764-3769, 3771, 5779, 5781,5783,3787, 3790, 5792. 1
(d) Catalogue n°s 5676, 5677, 3679, 5687, 5747, 5761, 5775, 5774, 5776, 5780, 3786.
(g) Catalogue n°s 5805, 5806, 5820, 5822.
(f) Catalogue n°s 5829, 5831, 5852, 5856, 5857, 5859, 5845, 5846, 5847, 5855,3854.
(g) Catalogue n°« 3828, 3834, 5858, 5840, 5841, 3842, 3852, 5855.
Champagne, au commencement du xni° siècle, y a successivement pris une place de plus en plus grande, et semble y avoir élé à peu près sur pied d'égalité avec le latin dans les derniers temps de l'autonomie de la province.
§ 3e. — Sceaux (a).
Pendant la période qui nous occupe ici, 1181- 1285, nos comtes et nos comtesses se sont servis de quatorze types qui nous sont conservés, sans parler de plusieurs dont nous n'avons pas trouvé de traces et qui cependant ont certainement existé (6); Marie de France, Henri II, Thibaut III, Blanche de Navarre, Marguerite de Bourbon, Henri III, Blanche d'Artois, Edmond, n'ont chacun employé qu'un sceau ; mais Thibaut IV et Thibaut V en ont eu trois chacun. Nous allons faire la description de ces types.
Marie de France.
Sceau ovale, 77 mill. sur 47 ; cire rouge, sur lacs de soie 1° rouge, 2° verte, 3° jaune et verte ; légende : Sigil[um] Marie reg[is] Francorum filik , Trecens[hjm] comitisse. La comtesse, vêtue d'une robe à manches pendantes, tenant une fleur de lis de la main droite et un oiseau sur le poing gauche, se montre de face et debout.
Point de contre-sceau.
(a) Voir à ce sujet le mémoire intitulé : Essai sur les sceaux des comtes de Champagne; Douet d'Arcq, Collection de sceaux; et les sceaux réunis dans les vitrines des Archives de l'Aube.
(b) Par exemple ceux de Gertrude de Dabo et d'Agnès de Beaujeu.
Henri II {a).
Sceau rond, diamètre 75 mill.; cire blanche, rouge ou verte, sur lacs de soie 1° rouge, 2° rouge et verte; légende : Sigillum Henrici Trecensiu[m] comitis palatini, figure équestre, l'écu non armorié.
Contre-sceau ovale, 45 mill. sur 37 ; légende : Sigill[um] Henrici Trecensium palatini ; dans le champ une pierre antique gravée. ■
Thibaut III.
Sceau rond, 77 mill. ; cire blanche ou verte, sur lacs de soie 1° rouge, 2° rouge et verte, 3° jaune et rouge, U° jaune et verte ; légende : Sigill[cm] Theobaldi Trec[e]n[sium] comitis palatini, figure équestre, l'écu chargé d'une bande que deux cotices accompagnent.
Contre-sceau rond, 26 mill.; légende : Secretu [m] meu[m] michi. Ecu comme sur le sceau.
Blanche de Navarre.
Sceau ovale, 86 mill. sur 50 ; cire rouge, jaune ou verte, sur double queue ou sur lacs de soie 1° verle, 2° jaune, 3° rouge et verte, U° blanche et rouge, 5° blanche et verte, 6° blanche et bleue, 7° verte blanche et jaune ; légende : Sigillum Blanche comitisse Trecensium palatine. La comtesse debout,
(a) Nous tenons pour non avenu, jusqu'à plus ample informe, le sceau auquel M. Douet d'Arcq a donné le n° 568.
vue de face, une fleur de la main droite, à sénestre un arbuste.
Contre-sceau rond, 30 mill.j légende : Passavant le meillor; un écu à une bande.
Thibaut IV.
1er type, jusqu'en 1232.
Sceau rond, 84 mill., cire jaune ou verte sur double queue et sur lacs de soie : 1° verte, 2° blanche, 3° jaune, li° rouge et verte, 5° jaune et rouge, 6° bleue et rouge, 7" blanche et verte, 8° violette et verte; légende : Sigill[um] Teobaldi comitis Campanie et Brie palatini. Figure équestre, sur l'écu une bande entre deux cotices, au-dessous du cheval une pierre gravée.
Contre-sceau ovale, 45 mill. sur 35; légende: Pass'avant le meillor. Pierre gravée représentant une femme ailée à qui un enfant ailé offre un trophée.
^ Ce type, encore en usage à la chancellerie de Champagne en septembre 1232, était remplacé par le suivant au mois de décembre de la même année (2218, cf. 2232, 2233).
2e type, 1232-1234.
Sceau rond, 80 mill., cire jaune ou verte sur double queue ou sur soie rouge ; légende : S[igillum] Theobaldi [comitis campanie et] Briepalatini. Figure équestre, sur l'écu une bande entre deux cotices, le cheval caparaçonné aux mêmes armes.
Contre-sceau trilobé; légende : Pass'avant la Tebaut. Dans le champ trois pierres gravées.
Ce type fut employé à la chancellerie de Champagne depuis le mois de décembre 1232 jusqu'à l'avènement de Thibaut IV au trône de Navarre (1234). Il se trouve même appendu à quelques chartes postérieures à cet avènement, parce que Thibaut IV, partant pour son nouveau royaume sans avoir le temps de faire graver son troisième type, laissa en Champagne, à la disposition de son conseil, sous la garde de l'abbé de Prully, des parchemins blancs scellés du second type : huit de ces parchemins servirent à constater le traité conclu avec la reine de Chypre ou à le faire exécuter (2314) (a).
3e type, 1234-1253.
Sceau rond, 90 mill., cire jaune ou verte, sur soie : 1° rouge et verte, 2° rouge, jaune, violette et verte; légende : S[igillum] Theobaldi, Dei gra[cia] régis Navarre, Campanie et Brie comitis palatini. Figure équestre, le cheval caparaçonné, l'écu aux armes de Navarre.
Contre-sceau rond, 43 mill. ; légende : Passe avant la Teibaut, un écu à une bande sans cotices, deux pierres gravées.
Marguerite de Bourbon.
Sceau ovale, 102 mill. sur 64, cire jaune ou
(a) L'usage de faire sceller des parchemins d'avance existait précédemment à la cour de Champagne. Voir Catalogue n03 1774, 1798, 1 807 ; cf. n°s 1783, 1857, 1858,1864-1866,1868,1872, 1874, 1876-1880. Le clerc Gui avait en 1227 et en 1228 la garde des parchemins scellés en blanc. Sur ce clerc, qui devint plus tard chancelier, voir plus haut, p. 528, 537. — Cf. p. 879.
verte, sur double queue et sur lacs de soie : 1° rouge, 2° verte; légende : Sig[illum] Margarite,
DEI GRACIA REGINE NAVARRE, CaMPANIE ET BRIE
comitisse palatine. La comtesse debout vue de face, une fleur dans la main droite.
Contre-sceau rond, 31 mil*.; légende : Passe avant le meillor ; un écu à une bande entre deux cotices.
TnoiUT V.
1* type, 1253-1256.
Sceau rond, 92 mill., cire jaune ou verte sur lacs de soie violette et jaune; légende : S[igillum] Theobaldi, Dei gracia régis Navarre, Campanie et Brie comitis palatini. Figure équestre, l'écuaux armes de Navarre, le cheval caparaçonné aux mômes armes.
Contre-sceau rond, UU mill.; légende : Passe avant la Thiébaut; un écu chargé d'une bande entre deux cotices.
2e type, 1256-1270.
Sceau rond, 100 mill., cire rouge sur double queue et sur lacs de soie : 1° rouge, 2° verte, 3° blanche, A0 jaune, 5° violette, 6° jaune et rouge, 7° blanche et rouge, 8° violette et jaune, 9° rouge, jaune et verte, 10° rouge, jaune, blanche et bleue, 11° rouge, jaune, violette et verte; légende : Sigillum Theobaldi, Dei gracia régis Navarre. Figure équestre couronnée, l'écu aux armes de Navarre, le cheval caparaçonné aux mômes armes.
Contre-sceau rond, 100 mill.; légende : Cam-
panie et Brie comitis palatini; un écu à une bande quadrillée entre deux cotices ornées de rinceaux; deux lions pour supports.
3e type. — Petit sceau, 1270.
Sceau rond, 55 mill., cire rouge sur simple queue; figure équestre.
Henri ïïï.
Sceau rond, 92 mill., cire jaune, rouge ou verte sur lacs de soie : 1° rouge, 2° verte, 3° violette et verte; légende : S[igillum] Herrici, Dei gracia régis Navarre, Campanie et Brie comitis palatini; figure équestre couronnée, l'écu aux armes de Navarre, le cheval caparaçonné aux mêmes armes.
Contre-sceau rond, 59 mill.; légende : S[igillum] secrettjm Herrici, Dei gracia régis Navarre, Campanie et Brie comitis palatini; un écu parti
(a) Avant son avènement, Henri fit usage des deux sceaux dont la description suit :
1er Type, 1268.
Sceau rond, 40 mill. De la légende du seul exemplaire connu on ne lit plus que ces lettres : e Chanpaigne. Dans le champ l'écu de Champagne brisé d'un lambel de cinq pendants.
2e Type, 1269.
Sceau rond,80mill., légende: s. iienrici.filh [reg]isna[varre], comitis de ronasco; sceau équestre, l'écu aux armes de Champagne brisées d'un lambel de cinq pendants.
Contre-sceau s[ecretum] henrici, filii régis navarr[e].
Collection de sceaux, par M. Douet d'Arcq, p. 356.
1° de Navarre, 2° de Champagne (une bande entre deux cotices).
Blanche d'Artois (a).
Sceau ovale, 82 mill. sur 52, cire verte, sur lacs de soie rouge et verte; légende : S[igillum] Bla|n]che D[e]i gra[cia] regine Navarre Ca[m]panie et Brie comitisse palat[inë]. Sous une arcade gothique, figure de femme couronnée, vêtue d'une robe aux armes d'Angleterre, portant un manteau fleurdelisé, tenant de la main droite une bannière aux armes de Navarre, de la main gauche une bannière aux armes d'Artois.
Contre-sceau rond, 38 mill.; légende : S[ecretum] Blanche, D[e]i gra[cia] regi[n]e Navarre Ca[m]païs[ie] et Brie com[itisse] pala[tine]. Champ quadrilobé, quatre écus opposés par la pointe et portant : celui d'haut d'Angleterre, celui de droite d'Artois, celui d'en bas de Navarre, celui de gauche de Champagne. Les armes d'Angleterre témoignent que ce sceau et ce contre-sceau sont postérieurs au mariage de Blanche avecEdmond d'Angleterre.
(a) Avant de monter sur le trône de Navarre, elle fit usage d'un sceau ovale dont le grand axe est de 55 mill., légende s[igillum] blanche comitisse de ronasco; la comtesse debout, vêtue d'un manteau vairé, à dextre l'écu de Champagne brisé d'un lambel qui est de Rosnay, à sénestro écu semé de France au lambel chargé de trois châteaux qui est d'Artois, au bas un écu au lion rampant. Douet d'Arcq, Collection de sceaux, 1, 356.
Edmond.
Sceau rond, 56 mill., cire verte sur double queue et sur simple queue; légende brisée, figure équestre, l'écu et le caparaçon du cheval aux armes d'Angleterre brisées d'un lambel de trois pendants.
Deux contre-sceaux :
4° Sigillum Edmundi filii régis Anglie; trois léopards se joignant par la tête et formant triangle. C'est le sceau dont se servait Edmond avant son mariage (a).
2° Contre-sceau rond, 36 mill. j légende : S[ecretum] Edm[un]di fil[ii] reg[is] Angl[ie] Camf{anie] et Brie com[itis] pal[atini], écu parti au 1er d'Angleterre, au lambel de trois pendants, au 2e de Champagne qui est à la bande accompagnée de quatre cotices potencées et contre-potencées.
On remarquera que nous n'avons pas trouvé trace d'armoiries sur les sceaux de nos comtes avant le règne de Thibaut III. Les armoiries de Champagne consistaient d'abord en une bande accompagnée de deux cotices. C'est seulement sous Blanche d'Artois et sous Edmond que, chaque cotice se dédoublant, leur nombre s'élève à quatre et on voit apparaître les potences qui figurent plus tard invariablement sur les armes de la province : seulement, sous Edmond et Blanche, ces potences sont moins nombreuses qu'elles ne le devinrent plus tard.
L'émail des armoiries de Champagne éiait au
(a) 11 n'avait pas encore d'autre sceau en janvier 1276 (5829).
xme siècle le môme que postérieurement : d'azur à la bande d'argent accompagnée de cotices d'or.
Les sceaux que nous venons de décrire nous donnent, comme on l'a vu, deux leçons de la célèbre devise de nos comtes : 1° Pass'avant ou Passe avant le meillor (sceau de Blanche de Navarre, 1er type de Thibaut IV, et sceau de Marguerite de Bourbon); 2° Pass'avant ou Passe avant laTebaut, la Teibaut ou la Thiebaut (2e et 3e types de Thibaut IV, 1er type de Thibaut V). Cette devise ou ce cri de guerre nous semble être, dans sa première forme, l'invitation adressée à chaque guerrier en particulier de ne se laisser précéder par aucun de ses compagnons, fût-ce parle plus brave. Pour entendre la seconde forme, il faut suppléer entre l'article la et le nom du comte, le substantif banne ou bannière, et alors on comprendra que ce cri doit se traduire ainsi : Que chacun de vous passe devant la bannière de Thibaut.
La cire qui servait à sceller les chartes était un des articles de la dépense de nos comtes. En 4217 et en 1219, Blanche de Navarre tint pendant quelque temps sa cour à Rosnay ; il fallut y envoyer la première année 420 livres de cire, la seconde 310 (a). La première fois le prix de la cire s'éleva à 38 livres 10 sous valant 780 f. 56 c, au pouvoir de 3,903 f. La seconde fois, le transport de la cire coûta 20 sous valant 20 f. 26 c, au pouvoir de 101 f.
Mais cette dépense était lucrative ; ceux qui obte-
(a) Bourquelot, Fragments de comptes du xme siècle, dans la BiU. de l'Ec. des Chartes, 5e série, IV, 60, 67.
naient une charte payaient un droit de sceau. Thibaut V accorda plusieurs fois, à des ordres religieux ou à des monaslèresj l'exemption de ce droit; il conféra ce privilège, en 1263, au prieuré de la chapelle des comtes à igny-le-Jard (a); en 1266, au prieur et au couvent de Roncevaux (6), et à l'ordre de la Sainte-Trinité pour la rédemption des captifs (3396); en 1267, à l'abbaye de Clairvaux (3433), et aux Sœurs Mineures de Provins (3436).
Le sceau de nos comtes voyageait ordinairement avec eux : lorsqu'ils se trouvaient en Navarre et qu'on désirait avoir une charte scellée de leur sceau, il fallait ordinairement ou aller la chercher dans ce pays lointain, ou attendre leur retour (2698). Thibaut IV, il est vrai, à son second voyage en Navarre, c'est-à-dire à l'époque de son avènement, avait eu recours à un expédient, c'était de laisser en dépôt à l'abbaye de Prully des chartes scellées en blanc (2314). Mais peu satisfait de l'usage qu'en avaient fait ses mandataires (c), il ne paraît pas avoir renouvelé cette expérience.
I 4e. — Archives.
On peut distinguer, dans les archives des comtes de Champagne, cinq espèces de documents : 1° les originaux des chartes remises entre leurs mains par les personnes qui traitaient avec eux ; 2° les cartu-
(a) Ms. de Montgérard à la bibliothèque de la ville d'Epcmay (communication de M. Parigot fils).
(b) Los annales de Navurra, 111, 102.
(c) Voir plus haut, p. 271; — cf. p. 873.
îaires où ces chartes étaient copiées tant pour en assurer la conservation que pour faciliter les recherches; 3° les cartulajres où les clercs de la chancellerie transcrivaient celles des chartes de nos comtes dont ils croyaient u\ile de garder copie; 4° des états, les uns sous forme de registre, les autres sous forme de rouleau, contenant la nomenclature des vassaux et des biens domaniaux de Champagne; 5° les comptes, rendus par les receveurs de Champagne et par certains agents secondaires.
Ce qui existe encore des documents de la première catégorie est conservé aux archives de l'Empire, fonds du trésor des chartes.
A la seconde catégorie appartiennent : l°lecartulaire dit de la comtesse Blanche, parce qu'il contient à peu près exclusivement des chartes reçues par cette priricesse pendant sa régence, Bibliothèque Impériale, ms. iat. 5993; 2° une partie du cartulaire dit de Thou, qui contient la copie de la plupart des actes renfermés dans le précédent, et de plus un travail analogue sur les premières années du règne de Thibaut IV jusqu'en 1229, Bibliothèque Impériale, ms. Iat. 5992 ; 3° une partie du cartulaire qui porte aux archives de l'Empire la cote RR 1064, ce n'est guère que la copie du n° précédent ou le n° précédent est la copie de celui-ci; 4° le manuscrit de la reine de Suède, autrefois coté 1620; il se rattache à la même famille; il a été en grande partie copié dans le manuscrit de Saint-Germain, latin 442, f° 134- 169 qui se trouve à la Bibliothèque Impériale (a) ;
(a) Delisle, Catalogue des actes de Philippe- Auguste, p. 532.
5° les deux volumes connus sous le nom de Liber
Ponli/icum ou m\eu\ Prœlatorum,el de Liber Principum, contenant dans un ordre méthodique, qui manque aux cartulaires précédents, les principales chartes reçues par les comtes de Champagne depuis l'avènement de Thibaut III jusqu'à la mort d'Henri III. Le premier se trouve à la Bibliothèque Impériale, latin 5993 A; le second a péri dans l'incendie de la chambre des comptes, mais une copie en existe encore à la Bibliothèque Impériale, 500 de Golbert 56- 58 (a).
Des registres formant la troisième catégorie, il ne reste que quelques cahiers contenant la copie d'actes émanés de Thibaut IV pendant les années 1222, 1223, 1229 et 1230. Ces cahiers constituent une partie importante des deux cartulaires déjà mentionnés, qui sont cotés à la Bibliothèque Impériale, latin 5992, et aux archives de l'Empire KK 1066 (6).
Quant aux états de fiefs et de domaines qui constituaient la quatrième catégorie, on se rappelle ces Feoda Campanie en forme de registres, aujourd'hui détruits, mais dont notre second volume contient
(a) Voir la description de ces deux cartulaires dans Brussel,
p. XXXVlII-XLII.
(b) On peut aussi indiquer dans les cartulaires de Champagne quelques copies de pièces émanées antérieurement de nos comtes; mais c'est une exception. La plus ancienne de ces pièces porte la suscription du comte Hugues, voir noire t. 1, p. 509, notre t. Il, p. 67, etteulet, Lmjelles du trésor des Chartes, I, 50-51. L'original de cette charte, conservé aux archives du prieuré de Sermaize, fut, le 29 mai 1258, remis par un moine de ce prieuré à Jean d'Epernay, bailli de Thibaut IV. Mais le sceau était en si mauvais état, qu'il se détacha de la charte entre les mains du
des extraits (a), et la nomenclature de vassaux contenue dans le registre P lllà des archives de l'Empire (6); nous pouvons citer aussi des rôles contenus au trésorde chartes. Enfin, YExlenta Campanie(\rch. de l'Empire, K115A) peut être, en certaines parties, la copie de documents plus anciens (c).
Les comptes de l'administration de la Champagne pendant l'autonomie de cette province ont complètement disparu , sauf les fragments publiés par M. Bourquelot et qui se réfèrent aux années 1217, 1218, 1219, 1258 et 1259 (d), et les fragments du compte de l'année 1285 que nous avons donnés dans notre second volume.
Les quatre catégories de documents dont nous venons de faire l'énumération, paraissent avoir été, au xme siècle, conservées en totalité ou en grande partie dans le trésor de l'Eglise Saint-Etienne de Troyes (<?).
bailli (2456). La copie, conservée aux archives de l'empire, J 201 , n° Gl, date peut-être de cette époque. Dans tous les cas, cette charte Fut insérée dans le Liber principum (500 de Colbert, 50, fos 117 ro.i |8 y», et 57, fus 243 v°-244 r°). 1! nous semble, par conséquent, difficile de contester son authenticité. Les raisons par lesquelles notre savant confrère, M. Teulet, la déclare suspecte, ne nous paraissent pas suffisantes. Il dit, par exemple, que le comte Hugues n'a pris nulle part le titre de comte de Champagne qu'il porte dans cet acte : on peut consulter à ce sujet notre tome II, p. 164, note 2.
(a) Voir notre t. II, p. 9-13 et i-lv. {b} Voir notre t. II, p. 14-18.
(c) Voir notre t. II, p. 19-24.
(d) Bill, de l'Ec. des Chartes, 5e série, t. IV, p. 51-79.
(e) Suivant M. Teulet, Laijelles du trésor des Chartes, I, Vil, elles n'en seraient sorties qu'en 1561.
Dès le règne d'Henri II, le registre du Feoda Campanie, dressé sous Henri Ier, avait été déposé dans cette église (732 bis), et, en 1299, le chapitre délivrait encore un extrait d'un des cartulaires de Champagne (a). Mais ce que nous ne savons pas, c'est dans quel ordre était tenu ce dépôt. Cet ordre paraît avoir été médiocre si l'on en juge par un fait. Thibaut IV avait, en 4223, confirmé les acquisitions opérées pendant sa minorité par l'abbaye de Cheminon (1610). Les moines perdirent la charte qui constatait cette confirmation ; ils l'avaient payée 300 livres, la chose était grave. Ils envoyèrent deux députés trouver Thibaut en Navarre, pour lui exposer la situation. Personne ne songea, que nous sachions, à vérifier si celte charte perdue avait été transcrite dans un des registres de la chancellerie. La recherche, bien faite, aurait levé toute difficulté, car cette charte existe dans le ms. latin 5992 de la Bibliothèque Impériale, mais il est probable que, faute de répertoire, on n'aurait pu la trouver. Thibaut déféra le serment aux moines et se contenta de ce moyen de preuve (2992). Aujourd'hui, grâce aux progrès de l'érudition et à l'amélioration des méthodes, le premier venu peut, à six siècles de distance, consulter les archives de Thibaut-le-Chansonnier plus facilement, et, s'il le veut, les connaître mieux que les employés de la chancellerie de ce prince.
(a) Teulet, Layettes du trésor des Chartes, t. I, p. 68.