CHAPITRE III
Affaires ecclésiastiques.
Section dre. — Relations avec les Papes.
Les papes eurent presque toujours avec nos comtes des rapports empreints d'une extrême bienveillance. On n'a pas oublié l'appui qu'ils donnèrent à Blanche de Navarre et à Thibaut IV contre Erard de Brienne, Alix, reine de Chypre, les barons champenois révoltés et l'évêque de Pampelune. Ils accordèrent à Blanche, à son fils et à leurs successeurs, de nombreux et importants privilèges. Une bulle d'Innocent III fit défense à tout juge ecclésiastique de prononcer contre Blanche de Navarre aucune sentence d'excommunication , ni de frapper ses Etats d'interdit sans monition préalable, et ajouta que, lorsque Blanche aurait interjeté appel au Saint- Siège, les sentences d'excommunication ou d'interdit ultérieurement prononcées resteraient sans effet (556). Honorius III (1025, 1026) et Grégoire IX (1776, 1785) renouvelèrent cette faveur en l'étendant à Thibaut IV. Innocent IV alla plus loin, et, en 1266, accorda à Thibaut IV le privilège pour sa personne de ne pouvoir être excommunié, pour son comté de ne pouvoir être frappé d'interdit sans mandat spécial du siège apostolique; mais cette
bulle ne devait produire d'effet que pendant trois ans (2745). En 4250, Thibaut obtint du même pape une bulle semblable, avec la même clause restriclive (2977). Un privilège analogue, conféré par Innocent IV aux enfants de notre comte, avait encore une durée limitée (2851, 2852). Ces restrictions furent supprimées par Alexandre IV, qui, par une bulle du 13 octobre 1257, réserva au Saint-Siège seul le droit d'excommunier ou de frapper d'interdit le comte de Champagne, sa femme ou sa terre (3118); cette décision fut confirmée par Urbain IV (3271) et par Grégoire X (3778) (a). Nous avons encore une pièce relative à l'exécution de la bulle d'Innocent iV. C'est une lettre par laquelle ce pape déclare nulle une excommunication prononcée contreThibaut IV, contrairement aux prescriptions de cette bulle (2850).
Un autre privilège, qui est comme le corollaire du précédent, était l'exemption personnelle de l'interdit dans les pays régulièrement frappés de cette censure. Alexandre IV autorisa Thibaut V à se faire dire la messe dans les lieux interdits, pourvu qu'elle fût
(a) Sur les faveurs semblables obtenues des souverains pontifes par les rois de Fiance dans le même siècle, voir Adolphe et Jules Tardif, Privilèges accordés à la couronne de France par le Saint- Siège, 2, m; 3, iv; 4. v; 5, vu, vm ; 12, xv; 13, xvn, xvm; 15, xxi; 35, xliii ; 36, xliv; 46, nv; 49, lvii; 51, lx; 52,lxii; 67,lxx!x; 69, lxxxi; 77, xc; 93, cvn. Parmi ces documents, on remarquera une bulle d'Alexandre IV qui défend d'interdire les terres du roi de France sans l'autorisation spéciale du Saint-Siège, 1256; saint Louis ne paraît pas s'être fait accorder le privilège personnel qu'obtinrent nos comtes, mais Philippe le Hardi se le lit donner par Clément IV en 1266, l'obtint pour sa femme en 1281, et Philippe le Bel se le fit conférer comme son père en 1288.
célébrée à voix basse et sans sonner de cloches, que les portes restassent fermées et qu'on n'admît pas dans la chapelle les habitants du pays ni les excommuniés (3417, 3153); celte exemption fut confirmée par Urbain IV (3288), et accordée à Henri 111 par Grégoire X (3717) (a).
D'autres bulles concernent les confesseurs de nos comtes. On sait qu'en 1215 un canon du quatrième concile général de Lalran avait décidé que l'absolution, pour être valable, devait être donnée par le curé, à moins que ce dernier n'eût autorisé son paroissien à s'adresser à un autre prêtre (6). Nos comtes se firent dispenser de l'observation de ce canon. L'abbé de Jouy, choisi pour confesseur par Thibaut IV, reçut directement d'Innocent IV le pouvoir d'absoudre ce prince, 1244 (2692). Béatrix, fille de Thibaut IV, et depuis duchesse de Bourgogne, obtint du même pape l'autorisation de se choisir tel confesseur qu'elle voudrait, 1254 (3062). Thibaut V (3270) et Henri III (3714) se firent donner, par Urbain IV et Grégoire X, le même privilège (c).
(a) Sur les faveurs semblables obtenues des souverains pontifes par les rois de France au xme siècle, voir Adolphe et Jules Tardif, Privilèges accordés à la couronne de France par le Saint-Siège, 1, i; 15, xx; 22, xxix; 41, xlix; 52, lxi; 73, lxxxvi; 86, xcix. Le premier privilège de ce genre , obtenu par les rois de France, remonte à Louis VIII et à l'année 1224; il est par conséquent antérieur de trente-trois ans au premier qu'aient obtenu nos comtes.
(6) Décrétales de Grégoire IX, livre V, titre xxxvm, chap. 12. (c) Ce fut seulement en 1256 que saint Louis obtint du pape l'autorisation de choisir son confesseur (Adolphe et Jules Tardif,
Alexandre IV et Urbain IV décidèrent que lorsque Thibaut V ou Isabelle, sa femme, assisteraient à un sermon, le prédicateur pourrait donner aux assistants 100 jours d'indulgence (3156, 3289). Urbain IV consentit même à ce que cette indulgence fût acquise de plein droit et sans que le prédicateur eût à déclarer qu'il l'accordait (3256) (a).
Urbain IV accorda encore une indulgence de 100 jours à Thibaut V pour toutes les fois que ce prince assisterait à la dédicace d'une église : comme dans le cas précédent, cette indulgence devait être gagnée par tous les assistants (3252). Quelques jours après, sa durée fut étendue à un an et un jour (3253) (6).
Une bulle du même pape donne une indulgence de 10 jours à tous ceux qui prieront pour Thibaut V et Isabelle, sa femme (3248) (c).
Près de dix ans avant la mort de Thibaut V et
Privilèges accordés à la couronne de France par le Saint-Siège , 14, xix) : ce privilège fut confirmé à Philippe le Hardi (ibid., 39, xlvii; 60, lxxi; 64, lxxv), et à Philippe le Bel (ibid., 78, xci).
(a) Saint Louis, Philippe le Hardi et Philippe le Bel , obtinrent le même privilège (Adolphe et Jules Tardif, Privilèges accordés à la couronne de France par le Saint-Siège, 8, xi ; 24, xxxi; 71, lxxxiv; 87, c).
{b) Sur le privilège analogue obtenu par saint Louis et par Philippe le Hardi, voir Adolphe et Jules Tardif, Privilèges accordés à la couronne de France par le Saint-Siège, 25, xxxn ; 65, lxxvi.
(c) Saint Louis et Philippe le Bel obtinrent d'Alexandre IV et de Nicolas IV la même faveur (Adolphe et Jules Tardif, Privilèges accordés à la couronne de France par le Saint-Siège, 12, xvi; 91, cv).
d'Isabelle, sa femme, Urbain IV invita les archevêques de France et d'Espagne, tous les abbés des ordres de Cluny, de Prémontré et de Cîteaux , en France, à faire célébrer un service solennel pour le repos de l'âme de ce prince et de cette princesse dès qu'ils recevraient la nouvelle de leur décès (3243- 3247).
Nous avons déjà parlé des privilèges accordés aux religieux et aux clercs qui faisaient partie de la maison de nos comtes (a). Nous avons déjà dit que ces derniers furent autorisés par les souverains pontifes à toucher, sans résider, les revenus de leurs prébendes.
En effet , nos comtes ne reçurent pas seulement de la cour de Rome des faveurs spirituelles. Ce fut à elle qu'ils s'adressèrent quand ils voulurent, en dépit des résistances locales, contraindre les clercs mariés qui faisaient le commerce à payer les diverses redevances auxquelles était assujettie la population roturière, et dont le clergé comme la noblesse étaient exempts. La lutte fut longue ; Thibaut IV, Thibaut V et Henri III successivement la soutinrent avec l'appui d'Innocent IV (2746, 2974), d'Alexandre IV (3126), d'Urbain IV (3282), de Grégroire X (3712, 3713), qui enjoignirent aux prélats champenois d'avoir à respecter les droits de nos comtes.
Dans les conflits qui surgissaient alors si fréquemment entre la juridiction ecclésiastique et la juridiction civile, on vit souvent intervenir les papes pour empêcher en Champagne les usurpations tentées par
(c) Voir plus haut, pages 530, 552.
les représentants de la première. Innocent III et Honorius III ne restèrent pas sourds aux plaintes de Blanche de Navarre contre les évêques des provinces de Reims et de Sens, et instituèrent des tribunaux ecclésiastiques pour la proléger contre les envahissement de ces prélats (a).
Grégoire X, sur la demande d'Henri III, rendit une bulle pour défendre de porter devant la justice ecclésiastique les procès agités entre séculiers au sujet de biens féodaux qui ne relevaient pas de seigneurs ecclésiastiques (3718) (6).
Innocent III invita plusieurs évêques de Champagne à lancer moins légèrement des sentences d'excommunication contre les sujets de Blanche de Navarre, des sentences d'interdit contre les villes et les villages de ses Etats (753).
Honorius III cassa une sentence d'excommunication prononcée contre Blanche de Navarre, par l'abbé de Saint-Denis (117J). Innocent III et Honorius écoutèrent les réclamations de Blanche contre l'abus des privilèges accordés aux croisés, qui, placés en conséquence de leur vœu sous la protection de l'Eglise, demandaient aux tribunaux ecclésiastiques la réparation des injustices, vraies ou supposées, dont ils prétendaient avoir à se plaindre. Ces papes
(a) Catalogue, nos 880, 884, 1057, 1180.
(b) Voir dans les Décrétales de Grégoire IX, livre II, titre il, chap. 6, une décision analogue d'Alexandre III, rendue au sujet d'un procès féodal dont la décision appartenait au seigneur de Chappes, et que l'évêque de Troyes prétendait juger; voir aussi la bulle d'Innocent III, cataloguée sous le n° 901.
déléguèrent à divers prélats le soin de faire respecter les droits violés de la comtesse (825, 4041, 1202).
Quand Pierre Goin, chambrier de Thibaut IV, s'élant approprié les fonds que ce prince lui avait confiés, se retira à Clairvaux avec une partie de cet argent, Grégoire IX, sur la plainte de notre comte, envoya aux moines de l'abbaye cistercienne l'ordre de restituer au vrai propriétaire la somme qui était arrivée entre leurs mains d'une manière si peu régulière (2262).
Plus tard, Innocent IV vint en aide au même prince dans une circonstance où il s'agissait d'un intérêt civil, et où Thibaut IV, malgré l'évidence de son droit, fut obligé de recourir à la juridiction ecclésiastique. Thibaut avait accordé à un grand nombre de ses sujets roturiers l'exemption personnelle de la plupart des charges auxquelles ils étaient soumis, telles que la taille et le service militaire,, et y avait mis pour condition le paiement d'une redevance annuelle (a), plus quelquefois l'obligation de faire certains services. Mais pour échapper à ces charges nouvelles, quelques-uns de ceux qui en étaient grevés allèrent s'établir hors de Champagne, dans des seigneuries dont les propriétaires leur imposèrent des charges moindres et refusèrent d'accorder à notre comte leur extradition ; Thibaut s'adressa au pape, prétextant que ces hommes avaient juré de lui payer la redevance qui était l'objet du litige (2770). Innocent IV écouta favorablement cette réclamation, et chargea l'abbé de Moiremont
(a) Voir notre Catalogue, n°s 1519, 1596, 1599.
de contraindre, par l'emploi des censures ecclésiastiques, les fugitifs à exécuter leur serment (2854).
Ces services multipliés autorisèrent les papes à en demander à leur tour.
Grégoire IX, Innocent IV, Urbain IV, Clément IV envoyèrent à nos comtes des lettres de recommandation pour diverses personnes, telles que le fameux légat Romain de Saint-Ange (1841) ; un négociant romain qui venait commercer en France (2277) ; le sous-diacreVivien (2431), chantre deToulouse(2387), celui sans doute qui devint plus tard évêquedeCalahorra (a) ; l'évêque de Maroc (2437); les marchands de Florence, qui faisaient le commerce en Champagne (2440) ; le procureur envoyé dans ce pays par un prévôt de Chablis, qui était chapelain d'Innocent IV (2754); le cardinal Pierre de Saint-Georges in Velabro (2779) (6); Félice, parent d'Urbain IV et nommé par ce pape à l'abbaye de Montier-la-Celle (3272); Andenagogue, chapelain de Clément IV et élevé par ce dernier à l'évêché de Pampelune (3472).
Nous avons encore plusieurs bulles adressées aux comtes de Champagne pour les prier de prendre les intérêts de divers établissements religieux ou corporations, comme l'ordre du Temple (1806), le prieuré de Gaye (1968), l'abbaye de Vézelay (2270), l'abbaye de Sainte-Grâce de Pampelune (2388, 2761), les Franciscains de Navarre (2763), le chapitre de Saint-Urbain de Troyes (3376) .
(a) Voir plus haut, pages 528-529.
(6) Pierre avait été fait cardinal par Honorius 111 en 1216.
On sera étonné de trouver parmi les personnes recommandées à nos comtes par les papes les juifs de Champagne qui, ayant fait parvenir leurs doléances jusqu'au trône du successeur de saint Pierre, obtinrent une bulle adressée à Thibaut IV pour l'inviter à faire payer par les chrétiens les sommes dues aux juifs, et à empêcher les chrétiens de donner aux juifs des coups au lieu d'argent, 1247 (2799). Une bulle de l'année précédente avait eu pour objet d'appeler la sollicitude de Thibaut sur les intérêts des juifs de Navarre, et l'avait prié d'intervenir pour empêcher qu'on ne baptisât de force leurs enfants (2762). Rappelons, toutefois, qu'Innocent III avait écrit à Blanche de Navarre pour l'inviter à réprimer l'insolence des juifs (620). Cette lettre et une lettre semblable adressée en même temps à Philippe-Auguste ont peut-être provoqué la fameuse ordonnance qui défendit aux juifs de prendre plus de deux deniers par livre d'intérêt hebdomadaire, c'est-à-dire plus de 43 fr. 45 c. pour 1 00 d'intérêt annuel.
L'autorité pontificale était le pouvoir suprême auquel recouraient dans le monde chrétien tous ceux qui avaient à se plaindre d'une injustice, et qui avaient fait inutilement appel, dans leur pays, à l'équité du pouvoir. En Navarre, un musulman converti avait été jeté en prison et dépouillé de ses biens : on l'accusait d'être retourné à sa première erreur. Ayant recouvré sa liberté, il se rendit à Rome avec trois de ses fils, et y mourut après avoir imploré la miséricorde du pape. Celui-ci invita Thibaut V à faire rendre les biens confisqués (3391). Ce fut aussi au pape et non au roi que le comte de Rethel demanda justice d'un abus de pouvoir com-
mis par Jean de Thourotte, gouverneur de Champagne, lieutenant de Thibaut IV. Jean de Thourotte, gendre du comte de Rethel, mais brouillé avec lui et voulant se séparer de sa femme, avait profité de la haute position qu'il devait à la faveur de Thibaut pour enlever à son beau-père le château de Beaufort; et le comte de Rethel, n'osant compter sur l'impartialité de Thibaut, pria Innocent IV d'intervenir auprès de ce prince, ce qu'il obtint (2887).
C'était alors, en effet, une bien grande puissance que celle de la papauté : puissance terrible en même temps que miséricordieuse; elle poursuivait à outrance les Albigeois, dirigeait contre eux des armées; et pour empêcher la contagion de l'hérésie, Grégoire IX enjoignait à Thibaut IV de les exclure des foires de Champagne (1803). Peu de temps après, ému de la rigueur exagérée des peines édictées par saint Louis contre les blasphémateurs, un autre pape priait Thibaut V de se faire, près du monarque français, l'avocat de la clémence (3490).
Les papes, dans leur correspondance avec nos comtes, prirent plus d'une fois le ton d'un maître. Ainsi Honorius III, sur la réclamation de l'évêque de Troyes Hervé, invita Blanche de Navarre et Thibaut IV à témoigner plus de respect à ce prélat (1235). A la demande des Templiers, il fit enjoindre à Blanche de Navarre d'exiger la soumission de son prévôt de Chaumont, qui, excommunié pour sa résistance aux ordres de l'Eglise, persistait à rester dans cet état de révolte contre la puissance religieuse (1322). Il menaça la même comtesse de la faire excommunier elle-même si elle ne remboursait pas une somme prêtée par un banquier romain au
comte de Brienne, qu'elle avait cautionné (1438).
En 1233 Thibaut IV, en lutte avec Alix, reine de Chypre, avait besoin d'argent. Il en avait emprunté à trois banquiers romains, les frères Pierre, Ange et B., fils de Jean Ilperini, qui, malgré des réclamations réitérées, appuyées d'instantes recommandations de Grégoire IX, ne purent obtenir leur remboursement. Mécontent de cette insistance, Thibaut profita d'un moment où B. se trouvait en Champagne : au lieu de le payer il le fît jeter en prison, lié de chaînes de fer, et, en le menaçant de le faire pendre, lui arracha 4,200 livres, dont il donna 200 à ses conseillers et dont il garda 1,000 pour lui. Grégoire, sur la plainte de Pierre et d'Ange, ordonna au comte de restituer ces 4,200 livres et de se libérer de sa dette antérieure; il lui annonça qu'en cas de résistance il le ferait excommunier, et que la publication de cette excommunication aurait lieu les dimanches et les jours de fête, les cierges allumés et au son des cloches (2289). Alors Thibaut effrayé fit mine de se soumettre, et reconnut sa dette par lettres patentes en prenant un délai; mais une fois le terme arrivé, il refusa de nouveau l'argent qu'on lui demandait, et trouva dans des chicanes de procédure le moyen de gagner du temps. Grégoire IX irrité, lui déclara que si la somme due n'était pas au plus tôt remboursée, Provins et Bar-sur-Aube seraient frappées d'interdit (2424). Cependant, comme le prince champenois, alors croisé, avait droit à des ménagements, le pape se laissa toucher, et, dans de nouvelles dépêches, il se contenta de faire appel à la bonne foi du comte (2425, 2443).
Section 2«. — Relations avec l'Episcopat champenois.
Nos comtes eurent souvent avec l'épiscopat des rapports beaucoup moins courtois qu'avec le Saint- Siège. Nous avons déjà parlé de la sentence d'ex^ communication lancée contre Thibaut IV par l'évêque de Pampelune (a). Nous nous bornerons à indiquer la menace d'excommunication adressée à Thibaut V par les évêques de la province d'Auch pendant la guerre de Bigorre (3393); mais nous donnerons quelques détails sur les relations de Blanche de Navarre et de Thibaut IV avec les évêques dont relevaient spirituellement diverses parties de la Champagne.
On se rappelle la résistance d'Hervé, évêque de Troyes, aux ordres du pape dans la lutte de Blanche de Navarre contre Erard de Brienne (6). Hervé se plaignit au Saint-Siège des privilèges conférés à Blanche, qui, disait-il, se croyait permis de mépriser l'épiscopat (1235). Vers la fin de l'année 1219 ou le commencement de l'année 1220, mécontent de saisies faites sur ses hommes par ordre de la comtesse, il mit la ville de Troyes en interdit. Le cardinal-légat Conrad, évêque de Porto et de Sainte-Rufine, qui passait à Troyes, offrit sa médiation; mais l'évêque ne consentit à lever l'interdit qu'après la restitution des objets saisis (1256). Hervé était alors
(a) Voir plus haut, p. 330.
(b) Voir plus haut, p. 146.
ou venait d'être en procès avec Blanche au sujet des droits seigneuriaux que le comte de Champagne et les évêques de Troyes possédaient concurremment à Méry-sur-Seine (1236, 1237, 4243). Plus tard une maison à Troyes fut l'objet d'une contestation entre Thibaut IV et Robert, successeur d'Hervé (1811) ; mais cette contestation ne paraît pas avoir produit des résultats aussi violents.
A Meaux comme à Troyes, le comte de Champagne était seigneur, et son autorité n'y était pas plus redoutée du clergé qu'à Troyes. On y vit une affaire semblable à la principale de celles que nous venons d'indiquer. Une difficulté entre Blanche et le chapitre de Meaux eut pour conséquence une saisie opérée sur les hommes du chapitre. Cette saisie provoqua une sentence d'interdit. La médiation de Févêque de Noyon amena la levée de l'interdit; mais la comtesse dut préalablement, comme à Troyes, faire restituer les objets saisis (905). Quelques années après, un autre évêque de Meaux, dont quelques hommes avaient été incarcérés par ordre des officiers de Blanche, invita le chapitre à faire cesser dans la cathédrale le son de l'orgue, suspendu dans les autres églises de la ville, en attendant l'arrivée de la comtesse dont il espérait justice (1350). Un troisième évêque de Meaux voulant contraindre Thibaut IV à reconnaître les hommes de Févêché et du clergé du diocèse exempts d'un droit de péage, lança en 1231 une sentence d'interdit contre ce prince et contre les hommes de ce prince (2129), et il la renouvela en 1235 (2358). Le comte de Champagne et l'évêque de Meaux avaient des rapports continuels. Ils étaient, par exemple, associés pour la fa-
brication de la monnaie (695, 862, 1639), et ils eurent entre eux des procès sans fin (a) que nous passerons sous silence pour ne parler que d'affaires plus importantes.
Sous la régence de Blanche de Navarre, un évêque d'Auxerre voulut contraindre le comte de cette ville à lui faire hommage de deux châteaux qui, jusque-là, avaient été tenus des comtes de Champagne. 11 lança contre lui une sentence d'excommunication, et le comte d'Auxerre, pour se taire relever de cette censure dut faire hommage à l'évêque (882).
Un évêque d'Autun frappa d'interdit trois bourgs que le comte de Nevers tenait de Blanche de Navarre, et dont cet évêque prétendait exiger l'hommage (912).
Nous connaissons donc sept sentences d'excommunication ou d'interdit lancées par des évêques de Champagne ou des provinces voisines, soit contre Blanche de Navarre, soit contre Thibaut IV, soit contre certains de leurs vassaux ou de leurs fiefs, à cause de contestations où Blanche et Thibaut étaient parties.
Le pape Innocent III n'approuvait pas l'emploi si fréquent de peines aussi graves dans des questions souvent douteuses, et, en tout cas, d'importance secondaire. Il notifia son blâme à la plupart des évêques dont la Champagne relevait spirituellement, et il les menaça eux-mêmes des censures ecclésiastiques s'ils continuaient à commettre de pareils abus
(a) Catalogue, nos 1189, 1321, 1565, 1641. 1754-1756, 3221, 3232, 3258, 3281, 3291, 3346, 3347, 3426.
d'autorité (753, 884). Enfin ses successeurs, comme nous l'avons vu, décidèrent que personne ne pourrait, sans mandat spécial du siège apostolique, lancer l'excommunication contre la personne de nos comtes, ni l'interdit contre leurs terres. La cour de Rome, plus prudente que les juridictions ecclésiastiques secondaires, réservait les grands moyens pour les grandes causes. Nous ne trouvons dans notre histoire qu'une sentence d'excommunication prononcée directement par elle, c'est celledont elle frappa Erard de Brienne et ses partisans ; mais le principe de l'indissolubilité du mariage était mis en question parles prétentions d'Erard de Brienne, et ce principe est la base même de la société chrétienne (a).
Section 3«. — Libéralités des Comtes de Champagne envers des établissements religieux.
Les successeurs d'Henri Ier n'eurent pas le même zèle que ce prince pour la fondation de chapitres séculiers. Cependant Henri II accorda son concours à l'établissement de la collégiale que le zèle de quelques clercs fit ériger dans la chapelle de son château de Vertus (368 ter). Marie de France et Blanche de Navarre donnèrent une coopération analogue à l'érection des chapitres de Notre-Dame-du-Val de Provins(&45) et de Notre-Dame de Vitry (801) (6).
(a) L'interdit levé en 1258, et dont il est question dans Bourquelot, l'Italie aux foires de Champagne, p. 15, n'émanait pas immédiatement du pape, mais déjuges délégués.
(6) Le chapitre de Saint-Nicolas-du-Martroy, établi en 1218 à
Blanche et ses successeurs fondèrent : un prieuré de femmes de Tordre de Saint-Benoît, le Meix, près d'Allibaudières (Aube), 1235-1236 (a); l'abbaye de femmes d'Argensolles, 1221-1224 (6), ordre de Cîteaux; le monastère delà Trinité de Troyes, ordre de la Rédemption des captifs, 1260(3187) ; le prieuré du Val-Dieu, près de Lachy, ordre du Val-des-Choux, 1269 (3546); le prieuré des ermites de Vassy, ordre du Val-des-Ecoliers, 1216(975); deux monastères de Dominicains, Jacobins ou Frères-Prêcheurs, l'un à Troyes, 1232 (2198) (c), l'autre à Provins, 1270 (d); un de Franciscains ou Cordeliers, à Troyes, 1259 (e); deux de Cordelières, l'un à Provins, 1248 (2849) (/), l'autre près de Troyes, à la Chapelle -Saint -Luc,
Provins, avec le consentement de la comtesse Blanche, ne peut être considéré comme une fondation de cette princesse; Bourquelot, Hist. de Provins, I, 161-162.
(a) Catalogue, nos 2400, 2404, 2415, 2423.
(b) Catalogue, n°s 1337, 1650, 1667, 1668.
(c) Voir Courtalon, Topographie historique de la ville et du diocèse de Troyes, II, 184.
(d) Catalogue, nos 3598, 3610, 3658. Suivant M. Bourquelot, Hist. de Provins, I, 367, ce monastère date de l'année 1269.
(<?) Catalogue, nos 3164, 5172,3187, 3323. Les Franciscains avaient une maison à Troyes avant les dates que nous indiquons. Il est question de cette maison dès l'année 1236 (2416), mais cette résidence présentait des inconvénients qui la leur fit abandonner, et ils durent à la libéralité de Thibaut V un monastère plus commode, placé au centre de la ville, et qu'ils ont conservé jusqu'à la Révolution. Suivant Desguerrois, Saincteté chrestieîine , f° 553 r°, et Courtalon, II, 249, la première maison occupée à Troyes par les Franciscains leur aurait été donnée par Thibaut IV.
(/) Bourquelot, Hist. de Provins, tome I, pages 369 et suiv.
1270 (3656) : ce qui donne un total de dix fondations. Sur le nombre, deux seulement ont été faites dans l'intérêt d'ordres créés avant le commencement de la période où nous sommes circonscrits, c'est-à-dire avant l'année 1181, ce sont le prieuré bénédictin du Meix et l'abbaye cistercienne d'Argensolles, et les huit autres ont eu pour objet le développement d'ordres nouveaux, ceux du Val-des- Choux, institué entre les années 1192 et 1195 (a), de la Trinité, qui date de 1198 (6), du Val-des-Ecoliers, qui ne remonte qu'à 1201 (c), et les ordres de Saint-Dominique et de Saint-François, qui sont encore plus récents.
Un genre de fondations que nos comtes multiplièrent aussi, ce furent les chapellenies, c'est-à-dire les messes quotidiennes à perpétuité. Ils en établirent à Nojre-Dame de Paris, en 1186 (363); à Saint-Quiriace de Provins (412) et à Saint-Etienne de Troyes (615), en 1190; à Notre-Dame-aux-Nonnains de Troyes, vers la même date (505) ; à Foicy, en 1198 (477); à l'abbaye de Ligueux, vers 1201 (562); à Boulancourt,en 1202 (569); à l'Hôtel-Dieu-lé-Comte de Troyes (714), à Saint-Etienne pour la seconde fois (715), et à la cathédrale de Troyes (715 bis), en 1209; à Saint-Jean de Vertus, 1218 (d); à Saint- Georges de Crécy, en 1219 (1227, cf. 1753); à l'abbaye de Molesme, en 1233 (2304, 2305); à l'abbaye
(a) Gall. Christ, nov., IV, 742 B.
(b) Du Plessis, Hist. de l'église de Meaux, I, 172-179.
(c) Gall. Christ, nov., IV, 777 A B.
(d) E. de Barthélémy, Dioc. anc. de Châlons, 1, 120-121.
de la Barre, en 1263 (3301); à celle de Prully, en 1268 (3510, 3528); à Cerfroid, chef-lieu de l'ordre de la Trinité, en 1269 (a); à l'abbaye de Vaux-la- Douce (3578-3580), et à celle de Clairvaux (36/i6), en 1270: aux abbayes de Scellières (3765), d'Ignyl'Abbaye (3767) et de La Charmoye (3768), en 1273. Si l'on tient compte de ce que les fondations faites à Cerfroid, 1269, et à Clairvaux en 1270 étaient triples, et celle de Saint-Jean de Vertus, 1218, double, on trouve un total de vingt-six messes par jour, et nous ne parlons ici que des messes quotidiennes instituées dans des établissements religieux précédemment existants (6).
En 1272, Henri III fonda trois messes par semaiae à l'abbaye de Saint-Jean-des- Vignes de Soissons (3766).
D'autres fondations eurent pour objet l'institution de chapellenies indépendantes de tout établissement religieux créé précédemment : telles furent la chapelle de Vavray, due à Thibaut IV (1870), et celles que Blanche de Navarre installa dans ses châteaux du Montaimé (1257) et de Sézanne (1853).
Nous n'avons recueilli que des renseignements très-incomplets sur le nombre des chapelles caslrales de nos comtes, sur la date de la fondation de chacune d'elles et sur la manière dont la plupart étaient desservies.
(a) Bibl. Imp., Lat. 5993 A, fos 416 r°-417v°.
(6) On remarquera que jusqu'en 1209 nos comtes, en fondan* des chapellenies, les dotèrent de dix livres de rente. A partir de 1219, toutes les chapellenies qu'ils créèrent furent dotées par eux d'au moins quinze livres de revenu.
Dans quelques-unes, le service religieux se célébrait avec une grande solennité ; telles étaient les chapelles des palais de Troyes et de Provins et celles des châteaux de Bar-sur-Aube et de Vitry-en-Perthois, qui, toutes quatre, étaient desservies par des chapitres de chanoines séculiers (a). Mais un acte relatif ^ la chapelle de Montaimé nous apprend que Blanche de Navarre n'avait pas le droit d'entretenir plus de deux chapelains, et nos comtes ne paraissent pas en avoir eu plus d'un à Sézanne (1853) et à Payns (3529). A Vertus, la chapelle, quelque temps desservie par un chapitre (368 ter), en fut séparée, et à partir de l'année 1273 on n'y disait plus la messe que trois fois par semaine, à moins que le comte, sa femme ou un de ses enfants ne se trouvât à Vertus; en ce cas la messe y était célébrée tous les jours (3777).
Dans la chapelle d'Igny-le-Jard, on avait pourvu aux besoins du culte d'une manière toute exceptionnelle. Il était confié à cinq chanoines réguliers de l'ordre de Saint-Augustin , qui constituaient un prieuré dépendant de l'abbaye d'Epernay. Thibaut V leur fit bâtir, à ïgny, une nouvelle chapelle. Un compte, rendu le 30 novembre 1258, mentionne une indemnité de 18 livres donnée au propriétaire ] d'une maison sur l'emplacement de laquelle cette chapelle venait de se construire. Le pignon de ce monument était achevé et l'édifice orné de peintures j dues au pinceau de maître Bernard; les autels et le
(a) Voir notre tome III, pages 177-178, et plus haut, p. 604.
bois destiné aux sièges avaient coûté 24 livres 18 sous (a).
La dédicace paraît avoir eu lieu en 1260. Cette année> l'archevêque de Reims (3194), les évêques de Soissons (3191), de Paris (3195) et de Senlis (3196) accordèrent des indulgences aux fidèles qui visiteraient celte chapelle le jour de la cérémonie ou pendant l'octave, et môme le jour de l'anniversaire. Le prieur de Pruliy promit de dire ou faire dire cinquante messes et quarante psautiers pour les mêmes fidèles; l'abbesse et le couvent de Saint-Antoine, près de Paris, leur promirent deux psautiers; le prieur, l'abbesse et le couvent leur assurèrent en outre la participation à tous les biens spirituels de leurs maisons (3192, 3197). Enfin, l'évêque de Soissons autorisa Thibaut V à faire consacrer, par tel évêque qu'il voudrait, le nouvel édifice religieux (3191). En 1263, notre comte transféra dans cette chapelle le prieuré qui avait jusque-là desservi l'ancienne, et il augmenta la dotation des chanoines réguliers en se réservant la faculté d'élever leur nombre de cinq à huit (3305).
D'autres fondations faites parle même prince eurent pour objet l'institution d'une dévotion nouvelle en l'honneur de la mère de Jésus-Christ.
En effet, Thibaut V introduisit, à Saint-Etienne de Troyes, le chant des antiennes à la Vierge après complies : en 1262 il donna 26 livres de rente au chapitre de cette église, à condition que l'office
(a) Bourquelot, Fragments de comptes du XIIIe siècle, dans la Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, 5e série, IV, 73-74.
canonial serait chaque jour terminé par une de ces antiennes, que le Salve Regina serait chanté solennellement et à haute voix dans la nef tous les samedis à la même heure, et qu'une somme de
10 sous serait alors répartie entre les chanoines et clercs présents (3283). En 1270, tandis qu'à Aix en Provence il attendait le moment de s'embarquer,
11 fit une fondation analogue à Saint-Quiriace de Provins, où ce pieux usage existait peut-être déjà (3657).
D'autres actes de libérale piété que nos comtes multiplièrent furent des fondations d'anniversaires. Nous n'avons pas la prétention de faire une énumération complète; mais nous citerons ceux qu'établirent : Henri II à la cathédrale de Sens (378 bis); Marie de France à la cathédrale de Meaux (420) ; Thibaut III à Saint-Quiriace de Provins (446), à la cathédrale de Meaux (449) et au prieuré de Foicy (450); Blanche de Navarre à Haulvilliers (561), à Ligueux (562), à Boulancourt (569) et à la cathédrale de Soissons (1396, 1397); Thibaut IV à Fontevrault (1985); Thibaut V à la Chapelle-aux-Planches (3110), à l'hôpital de Notre-Dame de Reims (3199), à la cathédrale de cette ville (3203, 3231), à Saint-Paul de Sens (3273), à Saint-Etienne de Troyes (3359, 3409, 3498, 3499), dans tous les prieurés de l'ordre du Val-des-Choux (3361), à la cathédrale de Châlons-sur-Marne (3404), à Saint- Quiriace de Provins (3408, 3657), à S'-Symphorien de Reims (3446), à la Grâce-Dieu (3539), à N.-Dameaux-Nonnains (3638), et aux Antonins de Troyes (3664); Henri 111 à S'-Jean-des-Vignes de Soissons (3746), aux Sœurs-Mineures de Provins (3766), à
N.-Dame-des-Prés (3769) et à Saint-Jean-de-Vertus (3777). Quand une fondation de ce genre était instituée par nos comtes dans un couvent, ordinairement une certaine somme était donnée par eux pour être employée à l'achat d'une pitance, c'est-à-dire d'un plat de supplément pour les religieux ou les religieuses le jour delà célébration. Lorsque le fondateur était le prince pour le repos de l'âme duquel on devait prier, l'acte stipulait habituellement qu'en attendant sa mort il serait dit tous les ans pour lui une messe du Saint-Esprit. Les fondations de chapellenies peuvent donner lieu à une observation analogue.
Les libéralités de nos comtes n'eurent pas toujours pour but des créations nouvelles, un grand nombre furent destinées seulement à améliorer la situation financière d'établissements et d'institutions ecclésiastiques précédemment existants. Des donations de ce genre furent reçues, des successeurs d'Henri le Libéral, par l'évêché de Langres (1696), par le chapitre de la cathédrale de Langres (320); par les collégiales de la chapelle du château de Provins (3557) et de Saint-Etienne de Troyes (540, 62/*); par la chapelle de Saint-Médard, près de Beaulieu, non loin de Sainle-Menehould (1595); par les abbayes bénédictines d'hommes de Chezy (749), de Moiremont (1612, 1932), de Montiéramey (671, C27, 3525), d'Orbais (3626), de Saint-Faron de Meaux (3512, 3596), de Saint-Germain d'Auxerre (407), de Saint-Michel de Tonnerre (524), de Saint- Remy de Reims (529); parles prieurés bénédictins d'hommes de Goincy (3480) et de Sainl-Jean-en- Chàtel de Troyes (389); par les abbayes bénédictines
de femmes d'Avenay (3605), de Champ-Benoît (467, 474, 568, 1662, 1842) et du Paraclet (425, 858, 3619); par les abbayes augustines d'hommes d'Essommes (374) et de Saint-Loup de ïroyes (363), et par le prieuré d'hommes de ïréfols, dépendant du même ordre (452) ; par l'abbaye augusline de femmes de La Barre (3301, 3600); par le prieuré de Margerie, ordre de Cluny (1574, 1611); par le chapitre général de Cîteaux (973); parles abbayes cisterciennes d'hommes de Cheminon (405, 436), de Clairvaux (393, 678, 1064, 1482, 1635 bis, 1734, 1821, 1822, 2127, 2197), d'Igny (462), de Longpont (1609), de Mores (816, 1608), de Pontigny (406, 414), de Prully (751), de Quincy (652, 1598) et de Scellières (401); par les abbayes cisterciennes de femmes d'Argensolles (1427, 1960), du Charme (1580), de Notre-Dame-de-Jardin (2365), de Nolre- Dame-des Prés (3640), de Saint-Jacques de Vitry (2418, 3091), du Val-des-Vignes (3312); par les deux prieurés de femmes de Fontaines (333, 418, 472) et de Foicy (370, 390), ordre de Fontevrault; par le prieuré des bonshommes de Tourvoye (382), ordre de Grandmont; par les Antonins de Troyes (3536, 3643) ; par l'ordre de la Trinité pour la rédemption des captifs (2315); par le prieuré de Cerfroid, chef de cet ordre (3537), et par les ministreries du même ordre élablies à Meaux (3623), à Troyes (3186, 3205, 3335) et à Vilry-en-Perthois (2554) ; par le prieuré d'hommes de Clairlieu, ordre du Val-des-Choux (1495); par le prieuré d'hommes, chef-lieu de Tordre du Val-des-Ecoliers (3352), et par le prieuré d'hommes de Notre-Dame-en-l'lsle de Troyes, dépendant du même ordre (2101); par les
Franciscains ou Cordeliers de Provins (2565, 3343, 3615); par les Cordelières de la même ville (2950, 3039, 3160,3224 bis, 3265, 3318, 3389, 3390,3434, 3518); par les Dominicains ou Frères Prêcheurs de Provins (3609) ; par les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem (3378, 3526), et par les Templiers (1042, 1509).
De tous ces établissements, celui que nos comtes paraissent avoir traité le plus libéralement est le couvent des Cordelières de Provins, auquel Thibaut V assura d'abord, en 1261, quatre cents livres de rente (3224 bis), puis, en 1267, un supplément de deux cents livres de rente (3434). Nous ignorons quelles circonstances motivèrent ces actes de générosité exceptionnelle, mais nous savons que lorsque le môme prince donna cent livres de rente à l'abbaye de La Barre, les religieuses de ce monastère étaient réduites à un tel dénuement que pour trouver moyen de vivre elles étaient contraintes à la mendicité (3301).
Les libéralités dont rénumération précède étaient la plupart faites dans l'espérance d'obtenir pour les donateurs et pour leurs familles les prières des donataires , mais ordinairement les actes gardent le silence à ce sujet, ou ne donnent à cet égard rien de déterminé ni de précis. Nous avons recueilli cependant quelques documents qui font exception.
Au commencement de la régence de Blanche de Navarre, dame Guiborde de Montander se présenta, au nom de cette princesse, à l'abbaye de Ligueux (Dordogne) ; introduite dans la salle du chapitre où les religieuses étaient assemblées, elle se mit à genoux et les supplia d'admettre parmi leurs sœurs,
corporellement et spirituellement, la comtesse de Champagne et d'instituer des prières pour cette princesse, pour le fils et le mari de cette princesse. Nous avons déjà parlé de la chapellenie et de l'anniversaire fondés en conséquence; mais les religieuses de Ligueux ne se contentèrent pas de cette double institution; elles déclarèrent qu'elles recevaient Blanche de Navarre comme dame et sœur, qu'elles lui accordaient participation à tous les biens spirituels de leur abbaye et des prieurés conventuels qui en dépendaient, que tous les jours elles chanteraient pour Thibaut IV trois psaumes : d'abord Deus nosler refugium devant le grand autel, ensuite Miserere met, Bcus, au chapitre; quant au troisième psaume, qui était à leur choix, il devait être chanté par toute la communauté réunie au dortoir, à genoux devant l'autel. Elles ajoutèrent que, dans chacun des deux cents psautiers qu'elles récitaient par semaine, il y aurait un psaume et une oraison pour Thibaut IV. Les mêmes prières devaient être faites dans les soixante prieurés conventuels qui dépendaient de l'abbaye de Ligueux (562).
En 4205, Blanche de Navarre fut admise comme sœur dans l'ordre de Cluny, et les religieux de celte abbaye lui accordèrent participation à tous leurs mérites et à ceux des religieux de leurs prieurés; ils lui promirent de célébrer pour elle, après sa mort, un service solennel et une messe par jour pendant trente jours, d'inscrire son nom dans le rouleau des morts qui, transporté successivement dans tous les prieurés de l'ordre, tenait alors lieu de lettres de faire part, et dans l'obiluaire qui, rédigé en forme de calendrier, rappelait chaque jour aux moines réunis en