‹ Histoire des ducs et des comtes de ChampagneChapitre 11 sur 95 · MOI · texte numérisé non relu

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aux moines la pèche de PAubedans tout le finage de Bar, avec le droit d'y empêcher rétablissement d'aucuns moulins à blé ou à drap. La comtesse, Erard, comte de Brienne, et Milon II, comte de Bar-sur- Seine, son frère, se trouvaient alors à Bar-sur-Aube : ces deux derniers étaient sans doute venus faire leur cour à Hugues, leur suzerain. Ils furent au nombre des témoins de l'acte dressé pour conserver le souvenir des libéralités de Hugues (1).

A quelque temps de là, Hugues se rendit avec Constance, sa femme, à Epernay, pour faire visite à la comtesse Adèle, sa belle-sœur ; Geoffroy, son sénéchal, raccompagnait. Il trouva Adèle en compagnie de ses trois- fils, Guillaume, Thibaut et Etienne. Le comte Étienne-Henri manquait à cette réunion de famille; il était retourné en Palestine, il n'en devait pas revenir; peut-être même avait-il déjà succombé sous les flèches des infidèles. Un des sujets de la conversation fut la libéralité de Hugues envers l'abbaye de Molesme; Adèle en félicita son beaufrère. Précisément le même jour un visiteur arriva au château d'Epernay, c'était l'illustre abbé de Molesme, Robert, un des plus vénérés et des plus célèbres réformateurs monastiques de son temps; l'Eglise, qui lui a conféré le nom de saint, n'a fait que confirmer le témoignage de ses contemporains. Robert, accompagné de trois moines de son abbaye, se présenta à la comtesse Adèle, il avait à lui parler d'affaires. Hugues profita de la circonstance pour

(1) Cette charte a été imprimée parChifflet, S. Bernardi genus illustre aster tum, p. 537-558, et Blampignon, Histoire de sainte Germaine, 201-202. Cf. Bolland, septembre, VIII, 734.

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renouveler la donation précédemment faîte de la seigneurie de Rumilly-les-Vaudes, sous réserve de l'usufruit de moitié. La petite cour de la comtesse de Blois se transporta presqu'immédiatement à Coulommiers, et Adèle y ratifia et cette donation de Hugues et celle qu'il avait faite précédemment des droits sur la vente du sel. Deux actes en furent dressés ; Adèle traça une croix au bas, et ses trois fils qui étaient encore enfants l'imitèrent (!).

Bientôt nous trouvons Hugues à Reims ; sa femme, son beau-frère Louis, déjà associé au trône (2), et

(1) Archives de la Côte-d'Or, premier Cartulaire de Molesme, p. 15, 16 et 19. Ces pièces ne sont pas datées; elles sont évidemment postérieures au jour de Pâques de l'année 1101, puisque la donation de Rumilly à l'abbaye de Molesme fut faite à cette date. 11 y a cependant tout lieu de penser qu elles ont dû être rédigées peu de temps après.

(2) Suivant Y Art de vérifier les dates et M. de Wailly, Eléments de Paléographie, I, 554, Louis VI aurait été associé au trône en 1098 ou en 1099. Il paraît qu'il ne l'était pas encore au commencement de l'année 1098, car il ne reçoit pas ce titre dans la lettre par laquelle Gui, comte de Ponthieu, qui allait l'armer chevalier (23 mai 1098), invite à cette cérémonie Lambert, évêque d'Arras (D. Bouquet, XV, 187 BC). Il l'était certainement à Noël, 1101, où nous trouvons à Londres: Louis, roi élu des Francs (Simeon Dunelmensis, Rogerius Hovedenius, ap. 0. Bouquet, XIII, 71 n). Deux diplômes, l'un de l'année 1100 et l'autre de 1101 (Bréquigny, II, 527, 558), datés du règne de Louis, peuvent faire conclure qu'il aurait été investi de la dignité royale en 1100, au plus tard. Mais on est souvent en droit de se défier de la date des diplômes dont on n'a pas vu les originaux, et on aurait d'autant plus le droit de se défier de la date de ceux-là, qu'à côté de la mention du règne de Louis VI on ne trouve pas la mention, évidemment beaucoup plus importante, du règne de son père, mort seulement en 1108.

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qui devait l'occuper seul six ans plus tard, s'y rencontrent avec lui. L'abbaye de M oies me reçoit de lui une nouvelle preuve de générosité. D'accord avec Constance et Louis, il donne aux moines la chapelle de Saint-Vauxbourg ; cette chapelle faisait partie du fief d'Attigny, c'est-à-dire de la dot que Constance avait reçue de son père. Or, cette donation suscita une difficulté : il y avait dans cette chapelle un chapitre, les chanoines ne voulaient pas abandonner leurs prébendes ; mais le comte et la comtesse, intervenant, donnèrent sans doute à ces chanoines une indemnité pécuniaire, et les chanoines se désistèrent de leurs prétentions (1). Cette donation eut lieu en 1102. L'année suivante, nous voyons Hugues, de concert avec sa femme Constance, donner à l'abbaye de Saint-Pierre-le-Vif de Sens une serve qu'il avait à Saint-Pouange (2), le fils et la belle-fille de cette serve et une rente de cinq septiers de sel à prendre sur les produits du droit de pesage de Troyes (3). La même année, il donna trente sous de rente à l'abbaye de Saint-Remy de Reims (4).

(1) Archives de la Côte-d'Or, premier Cartulaire de Molesme, p. 18 ; deuxième Cartulaire, F» 101 v°; Marlot, Sédition, II, 229- 230; 2e édition, III, 723-724; cf. GalL Christ, nov., IV, 732 B. La charte imprimée par D. Marlot diffère beaucoup de celle qui se trouve dans le premier Cartulaire de Molesme. On trouve dans le deuxième Cartulaire de Molesme f9 102 r°, la confirmation de celte donation par Louis.

(2) Saint-Pouange, Aube, arr. de Troyes, cant. de Bouilly.

(3) Labbe, Alliance chronologique, II, 585; ChroniconS. Pétri vivi, ap. D Achery, Sjncilège, in-4*, IV, 750; cf. Gall. Christ., XII, 138 D, et Archives de la ville de Troyes, layette 10.

(4) Marlot, f édition, II, 75; cf. 2« édition, III, 14.

Vers la fin de cette année, ou au commencement de la suivante, Hugues fut blessé d une manière très-grave, soit dans une bataille, soit par accident. On a supposé qu'il aurait pris part à une expédition que l'empereur Henri IV fit contre Robert II, comte de Flandres (i). Ce qu'il y a de certain, c'est que son état sembla presque désespéré, et quand enfin la guérison se fit, Hugues crut devoir la rapporter moins aux talents de son médecin qu'à l'action immédiate de Dieu. Pour témoigner sa reconnaissance, il multiplia plus que jamais les donations envers les établissements religieux; il déclara le cloître de l'abbaye de Saint-Loup de Troyes exempt de sa justice et de toute charge féodale, faisant défense à ses officiers d'y pénétrer môme pour arrêter un voleur, même pour saisir une fausse mesure, déclarant que les domestiques des chanoines, mangeant chez leurs maîtres, ne paieraient au comte aucun droit, quand même ils seraient marchands et conduiraient avec eux des marchandises. Ce dernier privilège était exorbitant; un des principaux revenus des barons

(1) Art de vérifier les dates, II, 615, col. 1. Sur l'expédition d'Henri IV contre Robert il, voir Chronicon Turonense, ap. D. Bouquet, XII, 467 E; Sigebertut Gemblacensis, ap. D. Bouquet, XIII, 263 A; Genealog ta comitumFlandriœ, ibid., 411 B; Chronicon Elnonense S. Atnandi, ibid., 453 D; Chronicon Sithiensc, ibid., 460 G; Chronique de Catnbray, ibid., 486 D; Balderià chronicon continuât um, ibid., 536 G; Chronicon Lobiense, ibid., 581 D; Chronicon Leodiense, ibid., 604 A; Chronicon Saxonicum. ibid., 717 G. Dans aucun de ces documents nous n'avons trouvé le nom de Hugnes. D'ailleurs, cette expédition eut lieu en 1102, et c'est de l'année 1104 que datent les pièces où il est question des blessures de notre comte.

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féodaux consistait dans les droits indirects, notamment dans les péages dont le commerce était grevé, et la plupart des exemptions de droits de péage accordées à cette époque, le sont avec cette réserve que les commerçants ne profiteront point de ces exemptions ; mais Hugues voulait donner une preuve signalée de sa reconnaissance envers Dieu : « Moi, Hugues, » dit-il, « comte de Troyes par la grâce de » Dieu, j'avais été affligé de blessures dont la gué- » rison était bien difficile, et Dieu a été le médecin » qui m'a sauvé ; alors j'ai réfléchi que beaucoup de » mes actes avaient blessé la bonté divine, que ces » blessures avaient été un châtiment mérité et rendu » pour ainsi dire nécessaire par mes péchés, et que » j'étais digne d'une punition bien plus rigoureuse, » que cependant le Seigneur m'avait accordé un » grand bienfait puisqu'il m'avait rendu la santé : » pour lui en témoigner ma reconnaissance, j'ai ré- » solu d'accorder à mon tour des bienfaits à quelques » églises (1). » Les mêmes considérants se trouvent reproduits en tête d'une charte où Hugues accorde

(1) L'original de cette charte existe aux archives de l'Aube. Cette pièce a été imprimée incomplètement dans Camuzat, Promphmrium, f* 302 r* et v°, et dans Chifllet, S. Bernardi genus illustre aaertum, p. 569-570. Voir aussi Desguerrois, SaincUté chrétienne, P» 266 v°, 267 r*. Cette charte est du 2 avril 1104. Si elle est datée de l'année 11 03, c'est que le rédacteur a commencé l'année à Pâques. 11 est assez singulier que nous ayons deux autres chartes du même Hugues, écrites le même jour, et dans lesquelles le rédacteur semble avoir commencé l'année au premier janvier, puisqu'il les date de l'année 1104. Ce sont les chartes de Hugues dont il va être immédiatement question, l'une en faveur du chapitre de Troyes, l'autre en faveur de l'abbaye de Molesme. Ce qui, prouve

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les mômes privilèges au chapitre de la cathédrale de Troyes (4). Ces deux donations eurent lieu le 2 avril HOU. Le même jour, Hugues renouvela toutes celles qu'il avait faites jusque-là à l'abbaye de Molesme (2).

La même année, et probablement aussi le môme jour, Hugues donna à l'église cathédrale de Chalonssur-Marne la nue propriété de tout ce qu'il avait à Saint-Amand (3).

Ces quatre chartes en faveur des abbayes de Saint- Loup et de Molesme, des églises cathédrales de Troyes et de Chàlons-sur-Marne, furent données à Troyes, dans la cathédrale, pendant la tenue d'un

que la charte de l'abbaye de Saint-Loup est de la même année que ces deux dernières, c'est que toutes trois ont été données au même concile; ce concile est celui qui fut tenu, dans la ville de Troyes, par Richard évêque d'Albano.

(1) L'original existe aux archives de l'Aube. Celte charte a été imprimée dans Camuzat, Promptuarium, 1*121 v°-122 v°; dans Labbe, Concil., X, 739-740, et dans le Gall. Christ., XII, InsL, 255; cf. Gall. Christ., XII, 497 C; Desguerrois, Saincteté chrétienne, P> 268 r°.

(2) Archives de la Côte-d'Or, premier Cartulaire de Molesme, p. 16. Une rédaction un peu différente, celle du second Cartulaire, f" 36 et 37, a été imprimée dans D'Achery, Spicilège, in-4°, IV, 239, et dans Chifflet, S. Bernardi genus illustre assertum, p. 507. Voir aussi Labbe, Concil. , X, 740; D. Bouquet, XII, 280 n, et Gall. Christ., XII, 554 D.

(3) Bibliothèque impériale, ancien fonds latin, 5211 A, Cartul. episc. Catal., f* 73 r*. Cette donation fut confirmée par le pape Pascal II, en 1107, E. de Barthélémy, Cartulaire de l'évêché et du chapitre de Chàlons-sur-Marne. p. 101 . Le village de Saint-Amand, dont il est question dans cette pièce, est sans doute celui qui est situé dans le département de la Marne, arr. et cant. de Vitry-le- François.

concile, et en présence des évêques qui le composaient. Le président était Richard, évêque d'Albano, légat du Saint:Siége, envoyé en France par le pape Victor II, pour relever, sous certaines conditions, le roi adultère Philippe, de l'excommunication portée contre lui. On y comptait trois archevêques : Daimbert, de Sens; Raoul, de Tours, et Manassès, de Reims. Les évêques étaient : Yves, de Chartres; Humbaud, d'Auxerre; Hervé, de Nevers; Marbode, de Rennes; Robert, de Langres; Norgaud, d'Autun; Hugues, de Chàlons-sur-Marne; Philippe, de Troyes; Manassés, deSoissons; Jean, d'Orléans. Il y avait aussi plusieurs abbés : Robert, de Molesme ; Helgaud, de Marmoutier; Lambert, de Pothières; Raoul, de Montier-la-Celle; Otton, de Montiéramey. Enfin, un certain nombre de laïcs étaient venus à Troyes à cette occasion. Tels étaient Milon II, comte de Bar-sur-Seine; Milon, seigneur de Ghacenay ; Gui, seigneur de Vignory; Rainier de Chàtillon; André, comte de Ramerupt; André, seigneur de Baudement ; Geoffroi, sénéchal du comte Hugues (1). On s'attendait sans doute à voir le concile prendre quelques décisions graves, mais la curiosité des assistants fut trompée, et l'absolution du roi renvoyée à un concile ultérieur. Tout ce que le concile de Troyes fît d'important fut d'absoudre Hubert, évêque de

(1) Les noms darchevêquesv évêques, abbés et laïcs qui viennent d'être énoncés se trouvent dans les chartes de Saint-Loup, de Molesme et de la cathédrale de Troyes, dont il vient d'être question.

Senlis, accusé de simonie (1), et de confirmer l'élection d'un évôqae d'Amiens (2).

De Troyes, Robert, évêque de Langres, retourna dans son diocèse, où il alla faire le siège du château de Nogent-le-Roi, dit alors Nogent en Bassigny (8). Hugues l'accompagna. Nogent-le-Roi, qui plus tard fit partie du domaine des comtes de Champagne, appartenait alors à un seigneur particulier, vassal probablement du comte de Champagne, qui sans doute reportait cet hommage à Pévêque de Langres. Hugues et Robert se trouvaient ensemble sous les murs de Nogent, le 2 mai 1104, c'est-à-dire, peu de jours après la clôture du concile. Avec eux, se trouvait un autre Hugues, chapelain de Jarenton, abbé de Saint-Bénigne de Dijon. L'abbaye de Saint-Bé nigne était une des plus renommées du voisinage; son église abbatiale, à présent cathédrale de Dijon, un des beaux monuments religieux de France, atteste encore aujourd'hui combien furent abondantes les richesses accumulées au sein de ce monastère par la pieuse libéralité des fidèles. Robert voulut lui donner l'église de Nogent. Constater cette volonté par écrit ne suffisait pas alors comme aujourd'hui pour transférer la propriété : la formalité de la tradition était indispensable; il fallait que l'évéque remît au

(1) Yvonis Carnotensis epistola 258, ap. D. Bouquet, XV, 165 E, 166 A B.

(2) Vita S. Gaudefridi Ambianetisis episcopi, ap. D. Bouquet, XIV, 175 D, 176 A. Voir aussi, sur ce concile, Labbe, X, 758-

(3) Haute-Marne, arr. de Chaumont en Bassigny, chef-lieu de canton.

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chapelain un objet quelconque, à transmettre à l'abbé comme symbole du droit concédé. Le chapelain attendait la remise de l'objet; l'évéque n'avait sans doute rien de convenable sous la main; le comte, voyant son embarras, lui offrit un denier de Troyes ; l'évéque l'accepta et le donna au chapelain, en le priant de le porter à l'abbé Jarenton. Le chapelain reçut en môme temps la charte où cette donation était consignée; et, pour être sûr que le denier ne s'égarât pas, une des personnes présentes, perçant un trou dans cette pièce de monnaie, l'attacha par une ficelle au bas de la feuille de parchemin. Nous avons encore vu la charte et le denier aux archives de la Haute-Marne (1).

Peu après, Hugues fit pour la troisième fois le voyage de Molesme, il s'y était donné rendez-vous avec Hugues II, duc de Bourgogne; Guillaume II, comte d'Auxerre, de Nevers et de Tonnerre, qui re-

(1) Cette pièce a été publiée par M. Pistolet de Saint-Ferjeux , dans sa notice historique sur Nogent-lc-Roi, ap. Mémoires de la Société historique et archéologique de Langres, n« 2, p. 26-27. En voici un extrait : Et quiaDominus Hugo, cornes Trecasinus. présent aderat. quum hanc donationem feci, dédit mihi idem cornes in testimonium hujus donationis nummum qui hic dependet. ut per ipsum donationem facerem et ecclesie Divionensi transmit-

terem Itaque nummum de manu comitis accipiens, domno

Hugoni.capellanodominiJarentonisabbatisDivionensis,tradidit et per eum Divionensi ecclesie donum de capella prefata et de ecclesia et ceteris ad eam pertinentibus transmisi. Et iu testimonium hujus donationis nummus iste huie carte appensus est. et per ipsum donatio ipsa facta est, laudantibus archidiaconis La pièce de monnaie suspendue à l'original, aux archives de la Haute-Marne, est un denier anonyme de Troyes, avec la légende Petrus epi$copus. Cf. Jolibois, 1a Haute-Marne, p. 407.

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venait de Terre-Sainte ; Hugues, comte de Reynel; Erard, comte de Brienne; André, comte de Rameropt; Milon I", comte de Bar-sur-Seine; Jeoffroi, seigneur de Chaumont en Rassigny ; Roger, de Joinville, et Ponce, de Traîne]. Thibaut, neveu de notre comte et encore enfant, l'accompagnait. Les moines, apprenant que ces nobles visiteurs approchaient, sortirent, vêtus d'aubes, en procession pour leur faire honneur, et les conduisirent solennellement à l'église. Hugues, touché de cette réception, s'avança jusqu'à l'autel , et tirant du doigt son anneau l'y déposa ; « c'est, » dit-il, « le signe de l'abandon que je fais à l'abbaye de mon droit d'usufruit sur la moitié de la seigneurie de Rumilly-les-Vaudes (t). »

La même année, Hugues se rendit à Dijon. Il y alla faire visite à l'abbé Jarenton. Il se trouva un jour dans la chambre de cette abbé avec Hugues, duc de Bourgogne, qui y fit une donation à l'abbaye de Saint-Marcel, de Chalon-sur-Saône. Plusieurs autres personnages importants étaient présents, notamment l'évêque de Langres, celui de Chalonsur-Saône, l'abbé de Saint-Germain d'Auxerre, le sénéchal et le connétable du duc, Gui, et Rainaud de Grancey (2) et Guillaume de Fouvent (3).

(1) Ce fait se trouve rapporté à la suite de la charte déjà citée, qui fut donnée par Hugues à l'abbaye de Molesuac, au concile de Troyes, en 1104. Dachery, Spiâlège, in-4°, IV, 241 et 243.

(2) Grancey-le-Château , ou Grancey-en-Montagnef Côte-dOr, arr. de Dijon, chef-lieu de canton.

(3) Fouvent forme aujourd'hui deux communes, Fouvent-le-Haut et FouvenUe-Bas, Haute-Saône, arr. de Gray, cant. de Champlitte. La charte est imprimée dans le Gall. Chrxtt. nw., IV, Inst., 236-237.

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La même année encore, Hugues se rendit au monastère de Saint-Germain d'Auxerre, où depuis quatre ans des moines de Gluny avaient introduit la réforme. Il désirait voir ces illustres représentants de l'institut monastique. Il fut reçu par les moines assemblés dans la salle du chapitre, et, séance tenante, leur donna la part qu'il avait dans la seigneurie de Bercenay-en-Othe. En reconnaissance de ce bienfait, l'abbé déclara aussitôt que, tous les ans, les moines célébreraient l'anniversaire de la comtesse Alix ; et qu'une fois Hugues mort, ils lui feraient un service au bout de trente jours, ils célébreraient tous les ans son anniversaire, et le même jour, recevraient au réfectoire un supplément de nourriture abondant. Un des chevaliers qui accompagnait le comte avait aussi une part de la seigneurie de Bercenay. Il se nommait Hugues Brise-Loup. Sur le conseil de son seigneur, il abandonna aussi cette part à l'abbaye. « Mes héritiers, » ajouta-t-il, « ne pourront attaquer » cette disposition, car le bien que je cède a été » acheté par mon père (1). »

Puis l'assemblée se rendit à l'église, et, pour donner à ce double acte la solennité requise, les deux donateurs déposèrent sur le grand autel un livre couvert d'ivoire et d'argent. Par ordre du comte, une charte fut rédigée pour conserver le souvenir de ces faits, et on écrivit au bas les noms de ceux

(1) Le retrait lignager ne pouvait être exercé que par les descendants de celui qui avait le premier introduit le bien dans la famille.

de ses hommes qui étaient présents. Il y en avait neuf, entr'autres, Geoffroi, son sénéchal (1).

Hugues avait mené jusqu'ici une vie bien tranquille, le temps des soucis était arrivé. Il avait épousé la fille du roi. C'était un mariage brillant pour un si petit personnage, mais Constance était sa cousine au huitième degré, suivant notre manière de compter, ou au quatrième en suivant le calcul adopté par les canonistes. En effet, Hugues était, par son père Thibaut I,r, comte de Champagne, petit-fils d'Ermengarde d'Auvergne (2). Ermengarde d'Auvergne était nièce de Constance, femme du roi Robert ; elle était, par conséquent, cousine germaine du roi Henri I", grand-père de Constance, qu'avait épousé Hugues. Un tel mariage était alors radicalement nul. Depuis l'invasion des barbares, l'église avait considérablement étendu le nombre des empêchements au mariage motivés sur la parenté. Elle avait ainsi concouru pour une part immense à l'accomplissement de l'un des plus grands phénomènes de notre histoire, à cette fusion de la race conquérante et de la race conquise, qui, si rapidement, apprirent à ne former qu'une seule nation. Au lieu de l'en remercier, aujourd'hui on lui en fait

(1) Quantin, Cart. de l'Yonne, II, 42-44; Gall. Christ., XII, 580 B; Gesta abbatum S. Germani Autissiodorensis, ap. D. Bouquet, XII, 306 C; cf. Courtaion, Topographie ecclésiastique de la ville et du diocèse de Troues, III, 143-144. On y voit qu'au xvur siècle l'abbaye de Saint-Germain d'Auxerre conservait les droits donnés par le comte Hugues en 1104. — Bercenay-en-Othe, Aube, arr. de Troyes, cant. d'Estissac.

(2) Ermcngarde d'Auvergne avait épousé Eudes Ier, comte de Champagne. Voir notre t. Ier, p. 208.

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un reproche sous le prétexte qu'elle aurait dépassé la limite de ses droits. L'église a toujours cru qu'il était de son droit de servir les intérêts du genre humain, même en faisant des ingrats. Dans la période judaïque, le nombre des empêchements au mariage était fort limité, et même les mariages entre parents encouragés; le but de la loi était de maintenir la distinction des races, gage de la conservation d'une foi qui n'était qu'un privilège ; mais sous l'empire du christianisme, aucune limite ne devait arrêter le développement de la famille humaine comme de l'enseignement sacré (1).

Toutefois, à l'époque où nous sommes arrivés, l'application législative de cette théorie avait beaucoup moins d'utilité pratique qu'autrefois, et ses avantages commençaient peut-être à ne plus balancer les inconvénients. Son utilité était moindre : il n'était plus question en France de Romains, ni de Francs; si les souvenirs de la conquête ne s'étaient point effacés partout, il était partout impossible de distinguer les petits-fils des vainqueurs des petitsfils des vaincus. Quant aux inconvénients, ils étaient graves : en l'absence d'actes de l'état civil, comment dresser une généalogie certaine, surtout quand il s'agissait de remontera des unions trop anciennes pour que la mémoire des hommes en eût conservé une trace précise? Aussi le nombre des mariages nuls ou douteux était-il considérable, et souvent ces unions avaient été formées de bonne foi; souvent, au con-

(t) Voir à ce sujet saint Augustin, De civitate Dei, XV, 16, et Gratien, Décret, seconde partie, cause 30, question 1 , où ce passage est inséré.

traire, des parties de mauvaise foi contractaient un mariage nul dans l'espérance de le dissoudre plus tard à leur convenance. En conséquence l'Eglise devait, au commencement du siècle suivant, changer sur ce point sa législation. Quant à présent, celte législation subsistait intacte, et le respect général pour les régies du droit canonique avait souvent dans Pintérieur des familles un pénible contre-coup.

L'évéque de Chartres était alors le célèbre Yves, digne successeur du grand Fulbert; sa correspondance, qui est un des principaux monuments historiques de l'époque, nous le montre comme son prédécesseur mêlé à toutes les grandes affaires de son temps; il était surtout remarquable comme canoniste : nous avons encore de lui deux traités qui témoignent de sa science en cette matière (i). Les alliances contraires au droit canonique devaient nécessairement le choquer et provoquer spécialement son intervention.

Le mariage de Hugues et de Constance était encore tout récent, que déjà la question de sa validité avait été agitée ; elle s'était présentée naturellement au concile de Clermont, quand le pape excommunia le roi Philippe, à cause de ses relations avec Bertrade de Montfort, femme de Foulques Réchin, comte d'Anjou. Une circonstance qui aggravait la position du roi, c'était sa parenté avec Foulques Réchin (2).

(1) Ces deux traités sont connus sous le nom de Décret et de Pannormie.

(2) Bertrade ayant cohabité avec Foulques Réchin. comte d'Anjou, parent du roi, il y avait affinité entre elle et le roi ; cette affinité rendait incestueuse l'union formée entre Bertrade et Phi-

Cette parenté avait pour raison d'être le mariage de Constance de Toulouse avec le roi Robert, ce mariage précisément d'où résultait la parenté de Hugues avec Constance de France (1). Toutefois le concile ne parait pas s'être arrêté à cette affaire nouvelle (2), ce fut seulement dix ans après qu'Yves

lippe. De plus, les relations de Bertrade avec le roi furent adultérines depuis l'année 1092, date de l'enlèvement de Bertrade, jusqu'à l'année 1094, date de la mort de la reine Berte ; et, à partir de cette date, il y eut au mariage de Bertrade et du roi un empêchement nouveau, résultat des relations adultérines qui avaient eu lieu antérieurement. Le droit romain faisait de la complicité d'adultère un empêchement dirimant, Dig.t lib. 48, tit. 5, 1.11, § 11 et l. 40; Nov. 134, cap. 12. L'Eglise adopta d'abord cette maxime dans toute sa rigueur, comme on peut le voir par deux décisions des années 895 et 916. insérées par Gratien dans son Décret, seconde partie, cause 31*, quest. 1, canons 1 et 3. Gratien résume ces décisions dans la formule suivante : Âdulterio polluta prohibetur duci in conjugium. Les décrétâtes adoucirent cette sévérité, qui, même avant Gratien, n'était pas universellement admise, mais elles maintinrent l'impossibilité de valider, par une seconde célébration, le mariage contracté du vivant d'une femme légitime : Décrétai. Gregori IX, lib. ixt t. 7, c. 4 et 5. La validité du mariage de Bertrade et de Foulques Réchin n'a pas été bien prouvée par Brial dans sa dissertation intitulée : De repudiata a rege Philippo Berta et de iuperducta Bertrada andegavensi, en tête du XVI» vol. de D. Bouquet. Brial s'y fonde sur une erreur de droit canonique bien singulière. Il paraît croire, p. xliii, que l'affinité résultant d'un commerce illégitime ne pouvait pas produire d'empêchement au mariage.

(1) Ivonis Camotensis epistola 211 ', ap. 0. Bouquet, XV, 150; cf. Epistola 158, ibid., 135 C.

(2) Le mariage de Hugues avec Constance est antérieur au concile de Clermont, puisque ce concile se tint au mois de décembre 1095, et que, dès le 28 octobre de cette année, Constance était la femme de Hugues, comme nous l'avons montré plus haut.

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de Chartres la remit sur le tapis. On nous a conservé la lettre suivante écrite par Yves à cette occasion :

o A Hugues par la grâce de Dieu, évéque de » l'église primatiale de Lyon, Yves, humble mio nistre de l'église de Chartres, salut et service.

)> Avec la permission de Dieu, nous nous sommes » efforcés de faire voir d'un mauvais œil au roi de » France et à son fils, roi désigné, l'union incestueuse » qui existe entre Constance, fille de ce roi, et le comte » de Troyes. Nous étions soutenus par l'autorité des » lois et l'appui des gens de bien. Maintenant ceà o deux princes désirent hâter la dissolution de ce » mariage : il faut profiter de l'ardeur avec laquelle » ils ont pris cette décision. De leur avis, je donne à » votre paternité le conseil et je la prie d'envoyer » aux archevêques et aux évôques des lettres d'invi- » tation à l'assemblée solennelle qui se tiendra à » Noël, dans la ville de Soissons; le roi leur expo- » sera lui-même la généalogie et le compte des de- » grés de parenté; il est prêt, dit-il, à confirmer sa » parole par un serment; de plus, il amènera des » témoins. Comme ces degrés de parenté ont été » comptés plusieurs fois devant vous au concile de » Clermont, le roi et son fils vous prient instamment » de consigner l'énonciation de ces degrés dans des » lettres-patentes que vous adresserez par le por- »> teur aux évêques présents à l'assemblée ; le témoi- » gnage de vos lettres rendra plus évidente la vérité » du fait. Il est honteux qu'un sang de si grande no- » blesse soit plus longtemps souillé par un inceste » aussi public. C'est un exemple fatal qui excite à » l'imitation la volonté des hommes charnels. Je

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» vous parle en fils et en ami. Vous qui devriez in- » sister, au risque de paraître importun, vous êtes » appelé. Faites donc tous vos efforts, et ne tardez » pas à venir mettre le remède sur la blessure. Por- » tez-vous bien (i). »

Yves ne dit pas pourquoi le roi Philippe, si peu soumis à l'Eglise, quand il s'agissait de Bertrade, accepte si facilement les' prescriptions canoniques lorsqu'il s'agit de sa fille ; la cause se devine facilelement. Constance désirait cette séparation. L'Europe toute entière retentissait du bruit des croisades, on n'entendait parler que de conquêtes et d'exploits merveilleux; Constance était honteuse de l'obscurité où semblait se plaire son incapable époux, trop honnête homme d'ailleurs pour chercher une compensation et pour s'agrandir en France, comme tant d'autres, au préjudice des absents. Hugues, suivant Constance, n'était pas digne d'être le mari d'une femme comme elle. À cette occasion, Suger a dit un mot qui mérite d'être remarqué. On sait que Suger a vécu dans l'intimité de la maison royale de France; ce qu'on trouve» dans son livre, ce sont souvent les traditions de famille, les récits du roi Louis VI ou du roi Louis VU. Or, Suger paraît rougir d'admettre que Hugues ait pu être l'époux de Constance, a Cons- » tance, » nous dit-il, « dédaigna Hugues, comte de » Troyes, son prétendant (2). »

Pour être dans le vrai, il aurait dû dire que Cons-

(1) Ivonis Carnotensu ephlola 158, ap. D. Bouquet, XV, 235; Duchesne, IV, 234.

(2) Suger, Vtla Ludovià Grosti régit, cap. X, ap. D. Bouquet. XII, 18 B.

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tance et Hugues furent séparés après dix ans de mariage ou environ (i).

La fille de Philippe trouva bientôt un époux à la hauteur de ses prétentions, ce fut Boémond, prince d'Antioche,issu de cette famille normande, d'abord si obscure, qui, pendant le siècle précédent, avait, d'une manière merveilleuse et sans autre ressource que de l'audace et de l'habileté, jeté les fondements des royaumes de N a pies et de Sicile. Boémond avait été, sur les traces de ses oncles et de son père, créer un nouvel état sur des rivages plus éloignés. Il devait à ses exploits le titre de prince d'Antioche, dont la première croisade l'avait décoré. A cette gloire, il joi-

(1) Nous n'avons pas d'autres détails sur la manière dont fut prononcée la dissolution du mariage de Hugues et de Constance, nous n'en savons même pas la date. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'en 1103 Constance était encore qualifiée de femme de Hugues, Chronicon S. Pétri Vivi, ap. Spicilège, in-4°, IV, 7550. On lui donne aussi ce titre dans un acte du 2 avril 1104; mais comme dans le passage on se réfère à une charte de l'année 1102, nous ne pourrions peut être pas en tirer une conclusion rigoureuse : Chifllet, S. Bemardi gentts illustre assertum, p. 507 et suivantes, Spicilège, in-4°, IV, 239-241. Au commencement de l'année 1106, le mariage était dissous, car Constance se remaria dans l'intervalle qui sépara la féte de Pâques, 25 mars 1106, du concile de Poitiers, 26 mai de la môme année. La date du mariage de Boémond avec Constance est établie par lo Chronicon Barense, qui nous apprend que Boémond partit pour l'Occident au mois de septembre 1105, ap. D. Bouquet, XV, 3B; par le livre XI d'Orderic Vital, qui nous dit que son mariage eût lieu après Pâques de l'année 1106, ap. D. Bouquet, XII, 697 A B, et enfin par Suger, Ludovici Grossi vita, ap. D. Bouquet, XII, 18C, qui place après ce mariage le concile de Poitiers, et par le Chronicon Malleacense , qui nous donne la date du concile de Poitiers, ap. D. Bouquet, XII, 405 A.

gnait l'attrait que donne quelquefois le malheur. Fait prisonnier par les ennemis de la foi, il avait passé deux ans dans la captivité; ses fers étaient à peine brisés, qu'il arriva en France, voulant, dit-il, exécuter un vœu fait à saint Léonard de Limoges. Il venait aussi chercher des secours. Il parcourut pendant le carême les principales villes, racontant partout aux peuples assemblés les événements prodigieux auxquels il avait pris part : l'admiration était générale. On voit, par le récit de Suger, combien la famille royale fut flattée de l'alliance qu'elle forma avec cet illustre parvenu. Mais ce qu'il y eut d'extraordinaire, c'est que la célébration du mariage eut lieu à Chartres, c'est-à-dire, chez Adèle, belle-sœur de notre infortuné comte Hugues. Ce rot Adèle qui fit les frais du festin de noces où se trouvait une nombreuse assistance d'évôques, de barons et même un légat du pape. On ne pouvait trop bien fêter Boémond, le héros, comme on l'appelait; et Hugues, malheureux, était oublié même de ses parents (I ).

(1) Suger, Vita Ludovici Grossi, ap. D. Bouquet, XII, 18 BC, et Orderic Vidal, ibid., 610E, 611 A, 697 A. Le nombre considérable des chroniques qui parlent du mariage de Constance et de Boémond nous montre combien ce mariage eut plus de retentissement que celui de Constance avec Hugues; nous allons citer les principales : Historiœ Francicœ fragmentnm, ap.D. Bouquet, XII, 6 B; Chronicon Hugonis de Sancta Maria, ibid., 8C; Abbreviatio gestorumFranciœ regum, \b\à., 67 B; Anonymi Historia Francorum, ibid., 115 C; Anonymi Chronicon, ibid., 118 E ; Grandes Chroniques de France, ibid., 145 B; Chronica regum Francorum, ibid., 209 A; Historia regum Francorum, ibid., 217 D; Abrégé de l'Histoire de France, ibid., 222 A ; Chronique de France, ibid.,

Huguesétait probablement alors absent de France : fuyant un pays où il n'avait trouvé que la honte, il avait pris la route qui avait conduit tant d'autres à la gloire, il était parti pour la Terre-Sainte ; mais il n'y eut pas plus de bonheur, et il revint sans avoir fait un seul exploit dont l'histoire ait conservé le souvenir (1). De son expédition, il n'y a que deux faits

227 D; Annales Genuenses, ibid., 555 A; Chronicon Richardi Pirtaviensis, ibid., 412 D; Chronicon Turonenset ibid., 465 C ; Chronicon S. Albini Andegavensis, ibid., 485 B et 486 A; Chronicon Alberici, ap. D. Bouquet, XIII, 689 B; Chronicon Romnaldi Salermitani, ibid. , 728 B ; Chronicon Barense, ibid., 728 C. Total, en comptant Suger et Orderic, dix-neuf chroniques; sur le nombre, cinq seulement prennent la peine de nous averlir que Constance avait été précédemment mariée à Hugues, ce sont : Orderic, le Chronicon Hugonis de Sancta Maria , YAbbrevialio gestorum Franciœ regum, YHistoria Francorum et Albéric. Encore, sur le nombre, Orderic nous dit-il qu'il ne sait pas pourquoi le mariage de Hugues avec Constance a été dissous. Notons enfin qu'à l'imitation de Suger, comme on devait s'y attendre, le rédacteur des Grandes Chroniques de France fait de notre comte un prétendant éconduit.

(1) Nous ignorons la date exacte du départ de Hugues, ainsi que celle de son retour. Tout ce que nous savons d'une manière certaine, c'est qu'au mois de mai H 04 il était encore en France : la charte de l'évéque Bobert, de Langres, pour l'abbaye de Sainte- Bénigne, le prouve : c'est ensuite qu'il était do retour en 1108. Ce dernier (ait est établi par une charte qu'il donna cette année à Châtillon-sur-Scine, et qu'ont publié Chifflet, S. Bernardi genus illustre assertum, 511, et D'Achery, Spicilège, in-4°, IV, 243. On peut aupposer que Hugues sera parti liés l'année 1104, que ses séjours à Auxerre et à Dijon , cette année-la , auront été les premières étapes de son grand voyage, qu'il sera revenu en 1108 et que Châtillon-sur-Seine aura été sa dernière étape avant de rentrer dans ses états. Ce qui donne à ces hypothèses une certaine apparence de probabilité, c'est que, pendant les années 1105, 11 06 et 1 107, nous

dont nous retrouvions la trace. Lors de son départ, il se rendit à Molesme pour prier, et laissa en souvenir aux moines une nouvelle donation. Elle eut pour objet tous les serfs et serves, originaires de Rumilly-

n'avons aucun diplôme qui émane de lui, et dans le récit ou la mention que tant de chroniques nous donnent des événements qui ont eu lieu en France et surtout en Champagne pendant ces trois années, il n'est nulle part question de la présence du comte Hugues. Nous signalerons principalement le concile tenu à Troyes, au mois de mai 1107, par le pape Pascal II. Ce concile surtout fut important : les règlements sur la Trêve de Dieu y furent renouvelés, une élection à l'archevêché de Reims cassée, le mariage de Louis VI avec Lucienne de Rochefort annulé, les censures déjà prononcées contre les prêtres concubinaires et contre les ecclésiastiques qui recevaient l'investiture de la main des laïcs, rappelées ; et le pape accorda, par une brille, sa protection à l'abbaye de Saint-Amandde-Tournay, dont il confirmait en même temps les privilèges. On peut consulter sur ce concile un nombre de documents considérable, et on n'y verra nulle part le nom du comte Hugues, dans la capitale de qui ce concile se tenait : Suger, ap. D. Bouquet, XII, 20 D; Chroniques de France, ibid., 148B; Chronicon S. Pétri Vtvi, ibid. , 281 A ; Chronicon Besuense, ibid. , 309 D; Chronicon S. Benigni, ibid., 310D; Chronicon Vizeliacense, ibid., 344 C; Chronicon S. Maxentii, ibid., 405 A; Anon. Kemperleg., ibid., 562 B; Chronicon Elnonense S. Amandi, ap. D. Bouquet, XIII, 453 D ; Chronique de Cambray, ibid., 490 C ; Hist. episc. Virdun., ibid., 632 D; Chronicon Willelmi Godelli, ibid., 674 A; Aiberici chronicon, ibid., 689 C; Chronicon Saxonicum, ibid , 718 D; Notitia deecclesiaFtilgeriarnm, ap. D. Bouquet, XIV, 146C ; Chronicon S. Pétri Vivi, ibid., 157 A; Vita Eldemari Eremitet ibid., 1 58 D ; Epistolœ Paschalis papœ, ap. D. Bouquet, XV, 37 D, 38 E ; Epistolœ Ivonis Camotensis , ibid., 140 A; Epistolœ Lamberti Atrebatensis, ibid., 206 E. — Ainsi, suivant nous, dans la grande charte de Hugues pour l'abbaye de Molesme, D'Achery, Spicilège, in-4°, IV, 239-243, l'avant-dernier alinéa , qui comprend les trois dernières lignes de la page 241 et les 21e premières de la page 242, bien qu'écrit en 1108, se rapporte à deux faits qui eurent

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