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les Vaudes, qui habitaient Troyes (1). A son retour, il se trouva dans la ville de Chàtillon-sur- Seine à une assemblée de barons dont faisaient partieGuillaumell, comte de Nevers ; Milon II, comte de Bar-sur-Seine; Roger de Joinville, Geoffroy de Chaumont, et Ponce de Traînel . II y renouvela sa concession précédente à l'abbaye de Molesme; il renonça de plus au droit de sauvement, c'est-à-dire, sans doute d'une poule par ménage, qu'il s'était réservé à Rumilly-les- Vaudes (2).
Hugues marchait de mésaventures en mésaventures, il espéra renouer, quoique d'une manière moins directe, les liens qui l'avaient uni à la maison royale de France. Le jeune roi Louis VI n'était point encore marié, et Hugues avait une cousine, fille de Boniface Ier, marquis de Monferrat (3) ; il imagina de la faire épouser à Louis. Ce projet plut d'abord au prince, qui môme s'engagea par serment ; mais il
lieu à deux dates différentes. La première phrase, qui se termine ^ au milieu de la première ligne de la page 242, et dans laquelle les verbes sont au prétérit, concerne une donation faite par Hugues lors de son départ pour la Terre-Sainte. Le reste de cet alinéa, où les verbes sont au présent, constate qu'à son retour de la Terre-Sainte, au moment de la rédaction de l'acte, Hugues a renouvelé la première donation en y ajoutant d'autres avantages.
(1) D'Achery, Spicilège, in-4<>, IV, 241-242, et Chifflet, S. Bernardi genus illustre assertum, 511.
(2) D'Achery, Spicilège, in-4<\ IV, 242-243; Chifflet, 5. Bernardi genus illustre assertum, 51 1 .
(3) Nous ignorons quelle était la cause de cette parenté. Les auteurs de Y Art de vérifier les dates, III, 630, ne parlent même pas de cette fille de Boniface I", et ils ne savent pas à quelle famille appartenait la première femme de Boniface Ier, laquelle était peut-être la mère de cette jeune fille ; cf. D. Bouquet, XV, 149 n.
[Moe.] — 101 —
rencontra dans l'épiscopat et le baronage une vive opposition. Yves de Chartres s'en fît l'organe auprès de Hugues, il lui écrivit la lettre suivante :
« Yves, par la grâce de Dieu, ministre de l'église » de Chartres, à Hugues, comte magnifique des * Troyens, salut et service.
» Je veux donner un avertissseroent à ton altesse : » la discussion qui doit s'agiter à l'octave de la Pen- » tecôte, dans la ville de Sens, au sujet du mariage » du roi et de ta cousine, fille du marquis Boniface, » ne sera ni honorable, ni utile à la jeune fille du » mariage de laquelle il s'agit. Elle ne sera pas utile, » parce que les évôques et les grands s'accorderont » pour faire annuler l'engagement qui a été con- » tracté; elle ne sera pas honorable, parce qu'elle » fera divulguer au loin la naissance honteuse de » cette jeune fille qui n'est pas issue d'un mariage » légitime. Personne qui ait juré fidélité au roi n'o- » sera donner un conseil contraire à son serment et » propre à diminuer la majesté du royaume. Quand » on est lié à quelqu'un par le serment de fidélité, » on doit avant tout respecter son intérêt et son hon- » neur, et on les violerait en décidant qu'une femme »> née d'un mariage incestueux devrait être unie à » une personne royale. Oéjà se font entendre les » murmures des ducs et des marquis, ils délibèrent » et se demandent s'il ne devront pas se séparer » d'un roi qui leur fournirait un motif aussi plau- » sible. Ainsi, vous qui êtes le promoteur de ce raa- » riage, vous pouvez rendre un grand service aux o deux parties, éviter au roi un parjure, et à votre » cousine un honteux refus; vous le pouvez d'au- » tant plus que le roi ignorait cette tache, et que s'il
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»> a juré c'est sur les renseignements fournis par vous". » il l'affirme lui-môme. Aussi, absent je vous écris » ce que présent je vous dirais : respectant à la fois » mon serment de fidélité envers le roi et l'honneur » de votre noblesse, je compte sur votre discrétion » et votre prudence pour arranger cette affaire, et d prévenir par de salutaires conseils tous les incon- »> vénients qui peuvent résulter du contrat. Le plus » sage me semble d'empêcher la réunion de l'as- » semblée convoquée; on évitera ainsi à cette affaire » une publicité plus grande qui l'aggraverait (1). »
Hugues suivit sans doute les conseils de l'évêque de Chartres, nous ne voyons nulle part que l'assemblée projetée ait eu lieu. Ce qu'il y a de certain, c'est que Louis VI épousa une autre femme (2).
(1) Ivonis Carnotensis epistolœ, ap. D. Bouquet, XV, 149 BC Cette lettre est datée, par D. Bouquet, de l'année 1109. C'est une date approximative.
(2) Si l'on examine la lettre d'Yves au point de vue du droit canon, il y a deux choses évidentes : l'une, c'est qu'à l'époque où elle a été écrite le mariage de Louis VI avec la fille de Bonifoce n'était pas consommé, car cette fille est qualifiée de vierge, virgo ; l'autre, c'est que la cause de nullité invoquée était l'erreur sur l'état de la personne. Aujourd'hui, l'erreur sur l'identité de la personne est seule, en fait de mariage, cause de nullité ; mais le droit canon admettait la demande en nullité motivée par l'erreur sur l'état de la personne (Concil. Vermer., an. 757, ap. Gratien, Décret, 2e partie, cause 29,c. 4). Ce que certaines personnes pourront considérer comme douteux, c'est si le roi Louis s'était engagé par une simple promesse, c'est-à-dire par paroles de futur, verba de futuro, suivant le style du temps, ou s'il s'était lié, comme on disait, par paroles de présent, verba de prœsenti. Mais le texte d'Yves de Chartres, Foedus illud quod de ipso conjugio initum est, nous semble devoir s'entendre d'une simple promesse. D'ailleurs, s'il y avait eu épou-
• mo.] — 103 —
Ce fut vers ce temps que Hugues fonda l'abbaye de Cherainon (4). Le zèle des premiers fondateurs de Tordre de Cîteaux et de Tordre de Prémontré, avait rendu à la vie monastique sa ferveur primitive, et lui avait donné, malgré Taustérité de leurs réformes, un attrait qui pour une foule d'àmes était irrésistible. De toutes parts, au fond des forêts et dans les solitudes incultes, on voyait s'élever comme par enchantement des monastères, où, sous notre sévère climat, des hommes, élevés souvent dans le luxe et avec tous les avantages d'une vie aristocratique et riche, renouvelaient aux yeux étonnés de leurs anciens compagnons de plaisir les rigides exemples donnés aux Romains du Bas-Empire par les solitaires de la Thébaïde. Gheminon fut fondé au milieu des bois, dans un terrain qui dépendait du comté de Vitry, et qui faisait partie du domaine de Hugues. Hugues fit présent de ce terrain aux moines, et peu après joignit quelques donations à celle-là (2).
sailles par paroles de présent, il aurait fallu un jugement pour annuler ces épousailles, par conséquent, le scandale qu'Yves désirait prévenir aurait été inévitable; tandis qu'après des épousailles par paroles de futur, non suivies de la consommation du mariage, le mutuel consentement de l'homme et de la femme suffisait pour leur donner à tous deux le droit de contracter un autre mariage, leur premier engagement eût-il été formé sous la foi du serment, Décrétai. Innocenta III, ap. Décrétai. Greg. IX, lib. 4, tit. 1, c. 2.
(1) Gheminon, Marne, cant. de Vitry-le-François , arr. deThiéblemont.
(2) L'original de la charte existe aux archives de la Marne; il est scellé d'un sceau de cire brune pendant par une courroie; c'est le seul s:eau pendant de Hugues que nous connaissions. Elle a été imprimée dans le Gall. Christ. vet.t IV, 258-239, et dans le Gall. Christ.
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Bientôt le nom de Hugues se trouve mêlé à des événements plus graves que ceux au milieu desquels il nous a conduits jusqu'ici; malheureusement, il n'y paraît qu'en second ordre. Depuis que les ducs de Normandie étaient devenus rois d'Angleterre, on avait vu commencer entre eux et les rois de France cette longue rivalité qui plus tard changea de caractère, qui de personnelle se transforma en nationale, et qui, dans la suite de l'histoire, fut la source de tant d'événements désastreux. De la chute de l'empire romain à Guillaume le Conquérant, la France et l'Angleterre avaient été presque sans relations, et la Manche semblait une barrière plus haute que ne serait aujourd'hui le grand Océan. Guilfoume fit tomber cette barrière, et aussitôt des rapports continus s'établirent ; mais, à part de rares intervalles, ce ne fut presque jamais une main fraternelle que durant le moyen-âge, les deux peuples se tendirent des deux côtés du détroit. Le rapproche-
nov., X, Inst.% 159-160; cf. Brusse), p. 661. On remarquera que celte charte a été rédigée quelque temps après la première donation ; elle rappelle cette donation, et elle a pour objet de constater les autres. Elle est datée de l'année 1110 et de l'indiction quatre; elle est, par conséquent, de la fin de l'année 1110 ou du commencement de l'année 1111, du 24 septembre 1110 au plus tôt, et du 1er avril 1111 an plus tard. Le premier terme est le commencement de l'indiction quatre, le second est la veille de Pâques 1111. — Cheminon, fondé comme Troisfontaincs dans la forêt de Luiz , dut son origine à un petit monastère bâti dans un autre endroit de la môme forêt, au plus tard en 1100, avec l'autorisation d'Adélaïde et de ses deux fils, Hugues, comte de Champagne, et Philippe. Gall. Christ., IX, 964 CD; X, Jnst., 159 A, 162 B. Chemino» fut agrégé à l'ordre de Cileaux quelques années après la charte de Hugues.
[un.] — 105 —
ment des races est un des grands moyens dont la Providence se sert pour les civiliser; pourquoi fautil que d'ordinaire que ces rapprochements, surtout quand ils doivent marquer dans l'histoire générale du développement humain, ne se fassent que dans le sang et par des guerres d'extermination ?
Thibaut, comte de Blois,fils d'Adèle d'Angleterre, était neveu d'Henri Ier, roi d'Angleterre et duc de Normandie ; il était donc par sa naissance l'ennemi du roi de France Louis VI. Thibaut, aussitôt armé chevalier, avait débuté en s'armant contre ce prince. En iiil il reprit les armes, et, battu prés de Lagny (4), il appela à son aide ceux de ses vassaux qui ne s'étaient pas encore joints à lui, entre autres, Hugues son oncle; mais cette guerre fut sans résultat important. Nous ne voyons pas que Hugues s'y soit plus distingué que dans les événements précédents de sa vie (2).
Deux ans après, il songea à retourner en Terre- Sainte (3). Pour attirer la bénédiction de Dieu sur ce projet, il fit plusieurs donations à des établissements religieux ; on nous a conservé les chartes qui constatent plusieurs de ces donations.
(1) Nous énonçons simplement le fait de ces guerres dont nous donnerons les détails quand nous nous occuperons de l'histoire de Thibaut, qui joignit au comté de Blois celui de Champagne, et fut, à ce dernier titre, le deuxième de son nom.
(2) Suger, Vita Ludovici Grossi, ap. D. Bouquet, XII, 36 C; cf. Grandes Chroniques de France, ibid., 167 B. Cette guerre eut lieu en 1111.
(3) Suivant les auteurs de l'^rf de vérifier les dates. Il , 615, col. 1 , ce voyage en Palestine serait le premier qu'aurait fait Hugues. Nous avons prouvé qu'il en avait fait un précédemment.
La première est datée de Tannée 1113, elle commence ainsi : « Sachent tous les fidèles du Christ » présens et avenir que le mémorable Hugues, » comte de Troyes, devant par une pieuse dévotion » se rendre au sépulcre du Seigneur, ajouta de nou- » veaux bienfaits aux bienfaits si nombreux et si » grands qu'il avait accordés à l'église de Montiéra- » mey. » Il s'agit dans cette pièce de droits de justice aux environs de Daudes (1) ; Hugues en fit présent à l'abbaye ; au moment de cette donation, il était à Troyes, dans son tribunal, siégeant entre ses barons, entre autres, Milon II, comte de Bar-sur- Seine, et Erard, comte de Brienne (2). Les autres chartes sont de l'année 1116. Dans une seule nous trouvons indiqués le jour et le mois, elle est datée du 3 mai, elle concerne l'abbaye de Montiérender; Hugues, suivant les traces de son père Thibaut, y prend les intérêts de l'abbaye contre Erard, comte de Brienne; il supprime les droits d'avouerie que certains seigneurs secondaires exerçaient à Brauxle-Comte (3), et se charge lui-même de protéger les habitants de ce lieu moyennant une rente de douze deniers, soit environ un franc, au pouvoir de cinq ou six, par an (6). Viennent ensuite cinq chartes, l'une encore en faveur de l'abbaye de Montiérender, les autres pour celles de Montier-la-Celle, près de
(1) Daudes, Aube, arr. de Troyes, cant. de Lusigny, cora. de Montaulin.
(2) Chifflet, S. Bernardi genus illustre assertum, p. 516.
(3) Braux-le-Comte, Aube, arr. d'Arcis, cant. de Chavanges.
(4) Archives de la Haute-Marne, premier Cartulaire de Montiérender, f°10i r*-103r°.
Troyes; de Saint-Remi de Reims; de Saint-Germain d'Auxerre; et pour un prêtre nommé Pierre. Hugues donnait à l'abbaye de Montiérender le produit de l'impôt indirect qui se levait aux foires de Bar-sur-Aube, sur les ventes des chevaux, taureaux, bœufs, vaches et mulets, c'est-à-dire, de cette catégorie d'animaux domestiques qu'on appelait au moyen-âge bêtes armailles (1). Il accorda à l'abbaye de Monlier-la-Celle le môme droit sur la vente des petits animaux domestiques qu'on appelait pecus dans le latin du moyen-âge, c'est-à-dire des porcs, des boucs, des chèvres, des béliers, des brebis, des moutons, qui se vendraient à l'avenir aux foires de Troyes, sauf la réserve de la dîme de ce droit déjà donné au prieuré du Saint-Sépulcre (2), et de la redevance due sur les ventes d'ânes, qui n'appartenait pas non plus au comte (3) Il y joignit plusieurs autres privilèges, entre autres, quinze sous de rente payables par le receveur des droits sur les cuirs aux foires de Troyes ; ces quinze sous équivalant à environ 76 francs de notre monnaie (4). Au profit de l'abbaye de Saint-Remi de Reims, Hugues renonça au
(1) Archives do la Haute-Marne, premier Carlulaire de Montiérender, f* 103 v°.
(2) Villacerf, Aube, arr. et l*p canton de Troyes.
(3) 11 semble résulter de là que les ânes n'auraient pas été compris parmi les bête» armailles. Voir, cependant, Du Cange, Glossaire, édition Henschel, au mot animalia, 1, 259, col. 2.
(4) En fixant à cinq le pouvoir de l'argent. Cette charte n'existe pas en original aux archives de l'Aube, les copies les plus anciennes qui s'y trouvent ne datent que du xvir9 siècle; elles n'avaient été faites elles-mêmes que sur une copie dont la date nous est in-
- 108 — fllu.]
droit dé sauvement qui lui était dû par les habitants de deux villages dépendant de ce monastère, l'un de ces villages est l'importante commune de Courtisols (4). 11 abandonna aussi toutes les redevances qu'il percevait à Louve m ont (2). L'abbaye de Saint- Germain d'Auxerre obtint de Hugues la confirmation d'une donation faite par son vassal Hugues Briseloup. Cette donation avait pour objet des biens situés à Bercenay-en-Othe (3). Hugues autorisa le prêtre Pierre à établir un monastère au lieu dit Mous reguli (4).
connue. Philippe, évêque de Chàlons-sur-Marne, y figurant parmi les témoins, cette circonstance pourrait donner lieu de suspecter l'authenticité de la pièce; mais, cette charte n'étant attaquable que sous ce point, nous préférons croire à une interpolation. Voir, Archives de l'Aube, fonds de Montier-la-Celle, les pièces cotées Montier-la- Celle, n° 2 ; cf. Desguerrois, Saincteté chrétienne, P 273 r°.
(1) Courtisols, Marne, arr. de Châlons- sur- Marne, cant. de Marson.
(2) Louvemont, Haute -Marne, arr. et cant. de Vassy. Cette charte se trouve au deuxième Cartulaire de Saint-Remi de Reims, f* 63 r° (bibliothèque de la ville de Reims), et dans Marlot, \" édition, II, 231 ; 2« édition, III, 728-729. Cf. Marlot, 1™ édition, II, 75; Varin, Archives administratives de la ville de Reims, I, 269. Pour faire concorder entre elles les notes chronologiques de cette charte, il faut admettre qu'elle a été donnée le 2 août 1114. En effet, elle est datée, non-seulement de l'année 1114, mais aussi : l°de la sixième année du roi Louis VI, 3 août 1113-2 août 1114; 2° de la septième année de l'archevêque de Reims Raoul, 2 août 1114lw août 1115. Le 2 août est le seul jour commun à ces deux années.
(3) GalL Christ., XII, 380 C. Cette charte, étant datée de l indiction sept, est antérieure au 24 septembre 1114.
(4) Marlot, première édition, tome II, page 280. Cf. Gallia Christ., IX, 211. Les notes chronologiques de cette pièce se con-
[in*.] — 109 -
Ce fut encore la même année que, sur le conseil de Hugues, Clarembaut, seigneur de Chappes, vendit aux moines de Saint-Loup le droit qu'il avait héré ditairement d'être abbé de ce monastère (4).
Dans trois de ces documents, Hugues parle du projet qu'il avait de partir pour la Terre-Sainte, ce sont les chartes pour les abbayes de Montiéramey, Montier-la-Celle et Saint-Remi de Reims. Ce que ce projet avait de singulier, c'est que Hugues était alors remarié, et, à ce qu'il semble, depuis peu. Il avait épousé une femme toute jeune, Elisabeth, fille d'Etienne le Hardi, comte de Varais et de Mâcon, et de Béatrix de Lorraine. Etienne le Hardi avait quelque temps administré le comté de Bourgogne pendant l'absence de son frère, l'un des croisés de la première croisade, et pendant la minorité de son neveu Guillaume II, aussi lui donne-t-on quelquefois le titre de comte de Bourgogne. Albéric dit qu'Elisabeth était sœur du comte Rainaud de Bourgogne et du comte Guillaume d'Outre-Saône; en effet, ses frères Rainaud et Guillaume, fils comme elle d'Etienne le Hardi, devinrent plus tard, l'un, comte de Bour-
tredisent : elle est datée de l'an seize du pape Pascal II, 14 août 1114-13 aoûtlUS; de l'an six du roi Louis VI, 3 août 1113- 2 août 1114; de la sixième année de l'archevôque Raoul, 2 août 1113-1 août 1114, et de l'indiction six, 24 septembre 1112-23 septembre 1113.
(1) La charte de Clarembaud est imprimée dansCamuzat, Promptuarium, î° 308 r° et v°. Le même fait se trouve rappelé dans une charte de Guiter, abbé de Saint-Loup, Prompluarium, f° 2*J6 v°, et D. Boulet, XIV, m E.
gogne, troisième du nom, l'autre, comte de Màcon, quatrième du nom (1).
Hugues était dégoûté d'elle, non-seulement il allait partir pour un voyage qui devait durer au moins une année, mais il annonçait un projet plus grave, il songeait à rester toute sa vie dans ces contrées éloignées, et à s'agréger à la milice naissante de Saint-Jean-de-Jérusalem (2). L'ordre de Saint-Jeande-Jérusalem avait eu pour berceau un hôpital fondé à Jérusalem, par des négociants d' A m al fi (3). Ils y avaient bâti une église sous l'invocation de saint Jean l'Aumônier, patriarche d'Alexandrie. Cet établissement existait déjà lors de la conquête de Jérusalem par les chrétiens en 1099. Peu à peu il se développa, et les religieux, non-contents de fournir aux pèlerins le logement, la nourriture et leurs soins, prirent les armes pour les protéger, et devinrent avec les Templiers la base des armées chrétiennes en Orient (4). Les chevaliers de Saint-
(1) Albéric, édition Leibnitz, II, 250, 251, et D. Bouquet, XIII, 696 A ; cf. Art de vérifier les dates, II, 487-488 et 499-500. Ce qui nous fait croire qu'Elisabeth devait être fort jeune lors de son mariage, c'est qu'elle l'était beaucoup plus que son mari qui, en 1125, pensait que sa femme le trouvait beaucoup trop vieux. D'après les calculs énoncés plus haut, Hugues, vers l'année 1110, époque approximative de son mariage, aurait eu 33 ans environ. Sa femme en avait probablement moins de 20.
(2) Hugues entra plus tard dans l'ordre du Temple; mais cet ordre n'existait point encore; il fut fondé seulement en 1118, comme nous l'apprend Guillaume de Tyr, lib. xii, chap. 7, ap. Bongatsî I, 819; cf. Jacques de Vitry, chap. 65; ibid. 1083.
(3) Ville du royaume de Naples, dans la Principauté Gitérieure.
(4) Voir sur les origines de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem,
[1114.] — Ht
Jean-de-Jérusalem étaient liés par les trois vœux de chasteté, de pauvreté et d'obéissance comme les membres des ordres religieux ordinaires. Par son agrégation à cette pieuse association, Hugues devait se trouver séparé de sa femme pour jamais.
A l'époque mérovingienne et môme depuis, l'entrée en religion avait été un moyen souvent employé pour dissoudre les mariages. Celui des conjoints qui devenait religieux était considéré comme mort, et l'autre conjoint devenait libre. Tel était l'usage, et beaucoup de membres du clergé s'en faisaient les complices, malgré les protestations de la papauté. « Il y en a, » dit saint Grégoire le Grand, « qui préo tendent que si l'un des époux entre en religion, le » mariage est dissout; mais on doit savoir que, si » la loi humaine l'accorde, la loi divine le défend ; » car la Vérité elle-même l'a dit : Que l'homme ne » sépare pas ce que Dieu a uni ! La môme bouche » nous apprend qu'il n'est pas permis d'abandonner » sa femme, excepté pour cause de fornication ; qui » donc osera contredire le législateur céleste (1)? » L'Eglise permettait sans doute à une personne mariée d'entrer dans un couvent, mais c'était à condition que l'autre conjoint y consentit et fît vœu de chasteté, « car si l'autre conjoint, » dit saint Basile, « se remarie du vivant du premier, l'adultère sera » patent, et Dieu n'accueillera pas la conversion qui
Guillaume de Tyr, liv. XVIII, chap. 5, ap. Bongars, 1. 1, p. 934- 935, et Jacques de Vitry, ch. 64, ibid., p. 1082-1083.
(t) Gregorii May. Epi st. lib. IX , 39, ap. Gratien, Défret, 2* l>artic, cause 27, question 2, canon 19.
— 112 — rui4.]
» aura eu pour conséquence la profanation du lien » conjugal (1).
Aussi, pour que le projet de Hugues fût canoniquement admissible, il fallait qu'Elisabeth donnât son consentement et prît l'engagement de garder la continence le reste de sa vie; or, elle n'en voulait rien faire. Cependant Hugues s'opiniàtrait , il ne voulait entendre aucune raison ; sa femme fut obligée de recourir à Yves de Chartres, la grande autorité canonique du temps. Se rendant aux prières d'Elisabeth, Yves écrivit à Hugues la lettre qui suit :
o Yves, par la grâce de Dieu, ministre de l'église » de Chartres, à Hugues, comte magnifique et res- » pectable des Troyens, souhaite que sur la route il » combatte de manière à pouvoir régner dans la part trie.
» Nous avons entendu dire et nous savons que » devant partir pour Jérusalem tu as fait vœu d'en- » trer dans la milice du Christ, tu veux t'engager * dans cette milice évangélique où avec dix mille » hommes on combat sans crainte celui qui s'avance » avec vingt mille pour nous attaquer. C'est la cha- » rité, mon cher ami, qui m'a donné la hardiesse de » t' écrire cette lettre pour te conseiller de réfléchir » à ce projet, et de faire en sorte qu'il ne paraisse pas » seulement louable aux yeux des hommes, mais » qu'il soit aussi agréable aux yeux de Dieu, et que » l'accomplissement d'un vœu arbitraire ne te fasse » pas oublier un engagement consacré par la loi di- » vine. Tu t'es uni à une femme par un lien que la
(1) Gratien, ibid., canon 22.
» loi de la nature a créé, et qu'ensuite la loi de PE- » vangile et des apôtres a confirmé, car l'Ancien Tes- » tament s'exprime ainsi : Pour celle cause, l'homme » abandonnera son père et sa mère, et s' attacher a à sa » femme, et ils seront deux en une seule chair ; l'Evan- » gile ajoute : Que ï homme ne sépare pas ce que Dieu a » uni; et V apôtre : Que chacun ait sa femme de crainte »> de la fornication. Que Vhommc fasse son devoir envers » sa femme, et la femme envers son mari, à moins que » peut-être d'un commun consentement vous ne vaquiez, » pour un temps, à la prière; de peur que Satan ne vous *> tente à cause de votre incontinence. Mais ce consen- » tement dont parle saint Paul doit être volontaire, » obtenu sans violence, réel et non fictif; autre- » ment, et si tu gardes la continence sans le consen- » tement de ta femme, quand même tu le ferais pour » Dieu, tu n'observes pas tes engagements conjugaux, o et tu offres en sacrifice le bien d'autrui au lieu du » tien propre, car, dit l'apôtre : ce n'est pas V homme » qui a puissance sur son corps, c'est la femme ; ce n'est » pas la femme qui a puissance sur son corps, c'est » l'homme. Les vœux qui ont pour objet le bien d'au- » trui ne plaisent pas au Très-Haut. Tu devras donc, » en exécutant ton projet, l'arranger de manière à » ce que l'accomplissement de ton vœu puisse se » concilier avec le respect dû à une institution qui » est de droit naturel et de droit positif (1). »
(1) honis, Carnotensis episcopi, epist. 245 1 ap. D. Bouquet, XV, 162*165. 11 est évident que cette lettre est antérieure au voyage que Hugues fil en Terre -Sainte postérieurement à celui dont il s'agit ici : Yves de Chartres mourut en 1115, c'est-à-dire avant ce troisième voyage : mais rien ne prouve qu'elle ne s applique
— 114 — [«14.3 Hugues écouta les conseils de son vénérable correspondant, il se contenta de faire à Jérusalem un court pèlerinage. Il partit en 1114, au plus tôt au mois d'août (1) ; il devait être de retour vers la fin de Tannée suivante; il fit partie d'une nombreuse caravane de pèlerins où se trouvait aussi Richard
pas au premier voyage de Hugues en Terre-Sainte, à celui qui, suivant nous, se termina en 1108; seulement, cette dernière hypothèse serait moralement peu probable. Dans le cas où, contrairement à notre opinion, Hugues aurait été remarié a la date de ce premier voyage, il serait peu probable qu'il eût immédiatement voulu quitter sa nouvelle épouse. — Suivant Brial (ap. D. Bouquet, XV, 162 C et note D), la milice du Christ, la milice évangélique dont il est question dans celte lettre, n'est autre chose que l'ordre du Temple, militia Templi. Mais, en 1114, l'ordre du Temple n'était point établi ; il le fut seulement en 1118 (Guillaume deTyr, liv. 12, chap. 7, ap. Bongars, I, 819). L'ordre de Saint-Jcan-de- Jérusalcm était le seul ordre de chevalerie qui existât alors. Si donc il s'agit ici d'un ordre de chevalerie, c'est de l'ordre de Saint-Jeande-Jérusalem qu'il est question. Toutefois , nous ne cacherons pas que nous éprouvons là-dessus un certain doute ; par milice du Christ, milice, de l'évangile, on pourrait peut-être entendre simplement un service momentané dans l'armée des Croisés, ce qui s'accorderait avec le texte cité de saint Paul : nisi forte ex consensu ao