CHAPITRE III
Eudes, fils putatif de Hugues, devint seigneur de Charaplitte en Franche-Comté (1); il tint ce fief ou du chef de sa mère Elisabeth, petite fille de Guillaume-le-Grand, comte de Bourgogne (2), ou de la libéralité de son oncle Renaud III, aussi comte de , Bourgogne (3). A cette seigneurie, il joignit d'abord
(1) Albéric, an. 1125, ap. Leibnitz, I, 250-251, etD. Bouquet, XIII, 696 A, et une charte de l'empereur Frédéric Barberousse, 1166, ap. Chifflet, S. Bernardi genus illustre assertum. p. 533.
(2) Guillaume I** dît le Grand, comte de Bourgogne, était petit— fils d'Otto-Guillaume, que nous avons vu dans notre précédent volume disputer avec l'aide du comte de Chartres, Eudes II, depuis comte de Champagne, la possession du duché de Bourgogne au roi de France Henri I,r. L'un des fils de Guillaume l,r fut Etienne, comte de Màcon et de Varais, père d'Elisabeth. Le Varais était un petit pays de Franche-Comté ; son nom est encore conservé par le village de Scey-en-Varais, Doubs, arr. de Besançon, eant. d'Ornans. (Guérard, Provinces et pays de la France, dans Y Annuaire de la Société de l'Histoire de France, année 1837, p. 143). Peutêtre croira-t-on quo Champlitte (Haute-Saône, arr. de Gray) était trop éloigné du comté de MAcon et du Varais pour avoir appartenu à Etienne et par conséquent à la fille d'Etienne.
(3) Renaud III, fils d'Etienne et frère d'Elisabeth, devint comte de Bourgogne en 1127 ; il possédait presque toute la Franche- Comté à la réserve du Scodingue (les environs de Salins, Jura), qui appartint à son frère Guillaume IV, comte de Mâcon. Sur Guil-
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celles de Port-sur-Saône (1), et d'une localité située près de Dôle et appelée alors Campus Pagani; ce serait sans doute aujourd'hui Sampans ou Champvans (2). En HUS 9 son oncle Renaud III, étant mort (S), le comté de Bourgogne échut à Béatrix, fille de Renaud, qui, huit ans plus tard, épousa l'empereur Frédéric Barberousse. Frédéric se trouva ainsi cousin-germain d'Eudes; il lui accorda l'usufruit de trois fiefs provenant de la succession de Renaud, savoir : Quingey (4), Isle-sur-le-Doubs (5), et Loye (6). Nous avons .encore une charte où Eudes, se trouvant dans le cloître du prieuré de Loye, confirme une donation faite à ce prieuré par le comte Renaud ; Pérard, qui l'a fait imprimer, y a joint le des-
laume Iw, Etienne, Renaud III et Guillaume IV, voir Y Art de vérifier les dates, II, 487489 et 498-501.
(1) Port-sur-Saône, Haute-Saône, arr. de Veaoul, chef-lieu de canton. Voir la charte de Frédéric Barberousse, déjà citée.
(2) Sampans et Champvans, Jura, arr. et cant. de Dole. Voir la charte de Frédéric Barberousse, déjà cilée.
(3) La parenté d'Eudes avec les fils d'Etienne, comte de Varais et de Mâcon, n'est pas seulement établie par le texte d'Albéric que nous avons plusieurs fois cité, et qui fait Elisabeth comtesse de Champagne, sœur de Renaud III, comte de Bourgogne, et de Guillaume IV, comte de Mâcon. Chifflet, S. Bernardi genus illustre assertum, p. 530-532, a publié deux chartes où Eudes est qualifié de neveu du comte Guillaume. Pour plus de clarté, dans l'une de ces chartes Guillaume est dit comte de Mâcon.
(4) Quingey, Doubs, arr. de Besançon, chef-lieu de canton.
(5) Isle-sur-le-Doubs, Doubs, arr. de Baume-les-Daraes, chef-lieu de canton.
(6) Loye, Jura, arr. de Dole, cant. de Montbarrey. Voir la charte de Frédéric Barberousse, déjà citée.
[xii- siècle.] — 145 —
sin du sceau dont Eudes faisait usage : Eudes est représenté à cheval en costume de guerre, la lance à la main ; autour on lit : Sigillum Odonis Campani ensis (1). Eudes portait ce surnom en mémoire de sa naissance et des prétentions qu'il ne cessa d'avoir au comté de Champagne. Ces prétentions semblèrent un instant sur le point de se réaliser en 1163. Louis VII, en guerre avec Thibaut, comte de Champagne, s'empara de Vitry, et mit Eudes en possession de cette ville. Il avait sans doute le projet d'enlever à Thibaut et de donner au fils d'Elisabeth le comté de Champagne tout entier; mais la paix qui se fit bientôt trompa les espérances d'Eudes : Eudes fut même contraint de rendre Vitry (2).
Eudes était marié dés Tannée 1137 (3), sa femme s'appelait Sibylle (4), elle était nièce de Josbert II de Laferté, vicomte de Dijon, et probablement petite-fille de Josbert l,r, sénéchal de notre comte
(2) Nous parlerons ailleurs plus en détail de ces événements, sur lesquels on peut consulter plusieurs textes. D. Bouquet, XII, 473 E, 474 A, XIII, 331 D, 678 n.
(3) Chifflet, S. Bcrnardi genus illustre assertum, p. 572, a publié l'extrait d'une charte par laquelle Humbert, archevêque de Besançon, constate une donation de Hugues le Champenois et de Sibylle sa femme, à l'abbaye d'Acey, en 1137. Si nous admettons, ce qui paraît vraisemblable, qu'Eudes était né en 1122 et avait deux ans en 1124, il en aura eu quinze en 1137. On sait qu'au moyen-ôge, comme dans l'antiquité, on se mariait beaucoup plus tôt qu'aujourd'hui.
(4) Voir la note précédente. Suivant Anselme, Histoire généalogique. II, 867, le nom de la femme d'Eudes serait inconnu. Ce lapsus doit étonner.
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Hugues (1). Eudes approuva de concert avec sa femme, une donation faite par Josbert II à l'abbaye de Clairvaui (2). Ce mariage devait plus tard Caire entrer la vicomté de Dijon dans la maison de Champlitte.
La date de la mort d'Eudes ne nous est pas connue ; nous voyons un certain Odo Campanienm figurer, en 1178, dans l'acte d'hommage d'un comte de Bar-sur-Seine (3). En 1179, nous trouvons le môme témoin dans une charte du comte de Champagne, Henri le Libéral (à). En 1493, il est au nombre des grands seigneurs Bourguignons auxquels le duc Eudes adresse un mandement destiné à sanctionner l'existence de la commune de Dijon (5) ; mais nous ignorons si dans ces documents, surtout dans le dernier, il est question d'Eudes Ier, dont nous nous occupons en ce moment, ou de son fils, de môme nom que lui.
Eudes I" eut deux fils, Eudes II, dont nous venons de parler, et Guillaume Itf (6).
(1) Ce fait semble résulter d'une charte de Gautier, évôque de Langres, 1164, Cartul. de Clairvaux, Beilusmotis.V, et Campigni, X. Voir plus bas, cbap. iv de ce livre, des détails sur Josbert I" et Josbert II.
(2) Cartul. de Clairvaux, Grangia abbatie. XIII, 1139-1163. Voir aussi la charte citée dans la noto précédente et Chifflet, S. Bernardi genus illustre asserlum, p. 681.
(3) Pérard, p. 253.
(4) Pérard, p. 254; Martène, Anecdota, I, 592, et Brussel, p. 778n.o.
(5) Pérard, p. 541, et Duchesne, Histoire de la maison de Vergy* preuv., p. 150.
(6) Duchesne, Histoire de la maison de Guines, preuv., p. 680,
[isir lièdt.] — 147 —
Eudes II fut en 1200 témoin d'une charte de Marguerite, comtesse de Bourgogne (i). Le 44 septembre 1201, il se croisa avec son frère dans une assemblée de barons qui se tenait au chapitre de Cîteaux (2). En 1202, étant sur le point de partir, il fît une donation à l'église Saint-Etienne de Besançon (S); il se mit en route la môme année, son frère raccompagnait (à). Ils furent tous deux au nombre des croisés qui assiégèrent et prirent Zara ; la lettre adressée au pape Innocent III, pour détourner la sentence d'excommunication qui menaçait alors l'armée croisée, est écrite au nom des comtes de Flandre, de Blois et de Saint-Pol, et en quatrième lieu, des deux frères Eudes et Guillaume (5). Arrivé à Gonstantinople, Eudes se distingua dans deux batailles (6). 11 y mourut en 1204, et fut enterré solen-
a publié une enquête de l'année 1231. Dans cette enquête, un témoin affirme l'existence d'un fait contemporain d'Eudes le Champenois, père d'Eude3 et de Guillaume, tous deux décédés dans la terre de Gonstantinople. Dans une charte de l'année 1187, ap. Pérard, p. 327. Willermus filius Odonis Campaniensis est témoin. L'Art de vérifier les dates, II, 616, donne à Eudes Ier un autre fils nommé Louis, qui se placerait par ordre de naissance entre Eudes II et Guillaume ; nons ignorons sur quelle autorité.
(1) Chifflet, S. Bernardi genus illustre assertum, p. 535.
(2) Villehardouin, ap. D. Bouquet, XVIII, 438.
(3) La charte se trouve dans Chifflet, S. Bernardi genus illustre assertum, 535-536.
(4) Albéric, édition Leibnitz, II, 425. D. Bouquet, XVIII, 765 A.
(5) D. Bouquet, XIX, 432 B.
(6) Villehardouin, 71, 118,119, ap. D. Bouquet, XVI1I.448D et 458 D.
— — [xui* siècle.}
nellement dans l'église des Sain Is- Apôtres (1); on le surnommait, comme son père, Champenois deChamplitte. Il laissait une fille nommée comme lui, Eude, qui épousa Hugues Ier, châtelain de Gand, et qui vendit la moitié de la seigneurie de Ghamplitte à Guillaume de Vergy, en 1228 (2).
Guillaume I", frère d'Eudes II, apparaît pour la première fois en 1187, dans une charte où il est témoin (5). Au mois de janvier 1201, nous lui voyons avec Hervé, comte d'Auxerre et de Nevers, une contestation dont l'objet ne nous est pas connu (6). 11 se croisa avec son frère la même année, prit part aux exploits de ce dernier sous les murs de Constan tinople, et eut le bras cassé dans une rencontre (5). Après l'établissement de l'Empire Français, il alla avec Geoffroi de Yillehardouin faire la conquête de la Morée. Il n'entre pas dans notre plan de raconter ses exploits dans cette presqu'île, d'autres ont traité cette matière ex professo (6). Le petit état fondé par lui devait survivre longtemps à la plupart de ceux
(1) Villehardouin, 138, ap. D. Bouquet, XVIII, 464 B.
(2) Duchesne, Histoire de la maison de Vergy. p. 136-137.
(3) Pérard, p. 337.
(4) Blondel, De formula régnante Christo, p. 351, el Delisle, Catalogue des actes de Philippe- Auguste, p. 152, n°656.
(5) Villehardouin, 87, ap. D. Bouquet, XVIII, 451 E.
(6) Livre de la conquête, publié en grec et en français, par Buchon. Villehardouin, 174, 175, 176, ap. D. Bouquet, XVIII, 471 DE, 472 A. Buchon, Recherches el matériaux pour servir à une histoire de la domination française en Orient, p. 74-86. Histoire des conquêtes et de F établissement des Français dans les Etats île l'ancienne Grèce, p. 35-97.
[xiip fiécle.] — « "— '
que les croisades créèrent en Orient; mais ce ne fut pas au profit de ses descendants : il mourut en 1210, et Geoflroi de Villehardouin, compagnon de ses victoires, en profita pour s'emparer de la principauté de Morée. Guillaume est le dernier qui, en mémoire de la naissance d'Eudes Ier, son père, ait porté le surnom de Champenois (1). Il avait épousé Elisabeth de Mont-Saint-Jean (2). 11 eut deux fils, Guillaume II, qui ne parlait pas encore en 1202 (3) et Eudes III, auxquels il laissa la vicomté de Dijon et ses autres fiefs en Bourgogne ; le principal de ces fiefs était Pontailler (6).
La vicomté de Dijon et Pontailler appartinrent à Guillaume II. Eudes III eut la seigneurie de la Marche (5). Le seul fait de la vie de ce dernier qui nous soit connu est la vente qu'il fit du village d'Ouges (6) à l'abbaye de Citeaux (7); nous ne lui
(1) Voir une lettre du pape lonocentlll, du 18 septembre 1210, ap. Epist. Innocenta papœ , II, 481.
(2) Duchesne, Histoire de la maison de Vergy, p. 123. — Mont-Saint-Jean, Côte-d'Or, arr. de Beaune, cant. de Pouilly-en- Montagne.
(3) Chronique de Morée, p. 33, n°l. Recherches et matériaux pour servir à une histoire de la domination française en Orient. p. 74, n° 1. Anselme, Histoire généalogique, 11, 868, est encore ici fort incomplet.
(4) Pontailler-sur-Saône, Côte-d'Or, arr. de Dijon, chef-lieu do canton.
(5) La Marche-sur-Saône, Côte-d'Or, arr. de Dijon, cant. de Pontailler.
(6) Ouges, Côte-d'Or, arr. et cant. de Dijon.
(7) Charte datée de l'Epiphanie 1226, v.st., par laquelle l'évôque «le Langres, la duchesse de Bourgogne et Guillaume de Vergy ap-
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connaissons aucune postérité (1), et nous pensons qu'il mourut vers 1250 (2). Au mois de mars 1251, h. st. , Guillaume II, son frère, devenu son héritier, reçut du duc de Bourgogne, en accroissement de fief, la Marche et les dépendances (8). En avril 1257, il donna une charte d'affranchissement aux habitants de Pontailler (4). 11 avait épousé Eléonore de Grancey (5). Il paraît avoir eu une seconde femme, car il est sans doute le même que Guillaume de Champlitte, vicomte de Dijon, qui, en novembre 1260, fit, du consentement de ses fils, pour le salut de son âme et de sa femme Catherine, une donation au prieuré de Notre-Dame de Pontailler (6).
Guillaume III, son fils, n'était point encore chevalier en février 1238. A cette date, il vendit un bien à l'évôque de Langres; cette vente fut approuvée par Ameline sa femme, et par Simonnette sa fille (7).
prouvent cette vente. (Duchesne, Histoire de la maison deVergy, preuv., p. 182.)
(1) Anselme, Histoire généalogique, II, 868 CD, lui donne cependant un fils nommé Etienne ; mais nous ne savons si la filiation est bien établie.
(2) Suivant le P. Anselme, Histoire généalogique* 11,868, Eudes serait le père de Guillaume II de Champlitte, vicomte de Dijon. Suivant nous, il en était le frère.
(3) Pérard, p. 471.
(4) Pérard, p. 486.
(5) Courtépée, * édition, t. Il, p. 25.
(6) Fyot , Histoire de Véglise de Saint-Etienne de Dijon. preuv., p. 282.
(7) Duchesne, Histoire de la maison de Vergy. preuv. , p. 186.
[un* siècle.] — 151 —
Ameline élant morte, il épousa Marguerite, fille de Hugues, sire de Rans (1). En 1257, il était chevalier, et approuva l'affranchissement des habitants de Poulailler, par son père; en 1264, il avait succédé à son père comme vicomte de Dijon et seigneur de Poulailler, et donna, au duc de Bourgogne, aveu et dénombrement (2); en 1269, il changea des alleux en fiefs, et les reprit du duc de Bourgogne avec le consentement de son fils Guillaume IV (S); il était mort en 1276 (4).
Il eut plusieurs enfants, notamment Guillaume IV, qui épousa Alix de Maillé, et qui aliéna, en 1276, la vicomtéde Dijon (5) ; Perrenot de Pontailler,écuyer, Gui de Pontailler, seigneur de Talant,et Alix de Pontailler (6) : son dernier descendant certain est Guil-
(1) Rans, Jura, arr. de Dole, cant. de Dampierre. Voir, au sujet de ce mariage, une charte de Hugues de [tans, dans Pérard, p. 411, et l'analyse donnée par Plancher, 11,59, d'une autre charte où figure Marguerite de Rans, veuve de Guillaume de Pontailler,
(2) Pérard, p. 505. Cf. Plancher, II, 27.
(3) Pérard, p. 517-518. Plancher, 11,27.
(4) Plancher, II, 59, donne l'analyse d'un acte de cette date, où sa femme, Ahrgucrite de Rans, est qualifiée de veuve. C'est donc à tort qu'Anselme, Histoire généalogique, II, 867, le fait vivre jusqu'en 1280. On remarquera en outre qu'Anselme a fait un seul homme de Guillaume II et de Guillaume III.
(5) Sur cette aliénation, voir Plancher, II, 275, 534, 76, 77, 85; Courtépée. 2» édition, II, 25; Art de vérifier les dates. II,
(6) Anselme, Histoire généalogique, II, 868 E, 869 A. Plancher, II, 68, analyse une charte de Guillaume IV, datée d'août 1277 ; 11, 96, il nous apprend qu'Alix épousa Aymon, comte de Maimont, sire
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laume V, neveu de Gui. Guillaume V est mentionné dans une charte de Tannée 1292 (1).
Au xiv* siècle, dans le courant du xv* et du xvi% on retrouve des seigneurs de Pon tailler; mais il n'est point parfaitement établi qu'ils descendent delà maison de Ghamplitte (2).
de Sombernon (Analyse d une charte de l'année 1288) ; II, 117 et pr., p. lxiii, lxiv, lxxx, lxxxi, il nous apprend qu'Agnès, sœur de Guillaume IV, épousa Gui de Maligny (charte des années 1285 et 1292); enfin, II, 117, il nous parle de Simon, chanoine d'Autun, et de Pierre, clerc, vivants en 1302, et qui étaient frères de Guillaume IV.
(1) Anselme, Histoire généalogique, II, 869 A B. Pérard , p. 567. Cf. Plancher, II, 117, et Pr., p. lxxx-lxxxi.
(2) Anselme H, 869 et suivantes. Voir cependant, Aride vérifier les dates, II, 616.
[1083-HSS.] — 1 53 —