‹ Histoire des ducs et des comtes de ChampagneChapitre 17 sur 95 · IM · texte numérisé non relu

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* Après avoir entendu sa réponse, j'ai cru devoir » envoyer à votre religion des personnes respecta- » bles pour vous rapporter les paroles du comte, » ses présentes observations, et d'autres encore. Je » vous prie d'en traiter avec le seigneur-roi, et de » tacher de rétablir la paix entre lui et le comte de » Blois. Car ce dernier donne pour sa défense de si » bonnes raisons, et expose avec tant d'énergie les o torts du roi et du comte de Nevers, que sa cause » me semble juste, si le contraire n'est prouvé par

* une procédure régulière et par des raisons invin- » cibles. Que votre prudence le sache, je me serais » présenté en personne pour soutenir la cause du

* comte de Blois, si ma faiblesse physique me per- » mettait d'aller à cheval et de supporter la fatigue » du voyage. Entendez-vous donc avec les évôques » et avec les juges de la violation de la Tréve-de- » Dieu, et efforcez-vous d'apaiser cette contestation » de telle sorte que l'adversaire de Thibaut ne puisse » se plaindre, et que la paix des églises et le repos » des pauvres conservent leur stabilité. En effet, le » comte de Blois dit qu'il mettra volontiers en liberté » le comte de Nevers, ou donnera caution de le faire, » si, après avoir entendu ses raisons, les juges des » violations de la Trève-de-Dieu s'accordent pour » le décider, et, sous l'inspiration de la justice, pro- » noncent ainsi. Portez-vous bien (4). »

Nous ignorons quelle réponse obtint cette lettre, mais nous savons qu'en 1119 Guillaume, environ cinq ans après son arrestation, était encore prisonnier de Thibaut.

(1) D. Bouquet, XV, 175-176.

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Yves de Chartres mourut quelques mois après la lettre que nous venons de donner. Son décès eut lieu au mois de décembre 4115 (1). Les chanoines lui élurent, pour successeur, Geoffroi de Levés. Thibaut, qui ne voulait pas de Geoffroi pour évéque, le chassa de la ville, et fît mettre au pillage les maisons des chanoines; il les tenait prisonniers dans leur cloître, et leur faisait des menaces tellement violentes, que quelques-uns d'enlre eux craignaient pour leur vie. Bernard, abbé de Tiron (2), l'un des réformateurs religieux de ce siècle, homme célèbre par ses mortifications, par des miracles, et qui, à une piété profonde, joignait un âge vénérable (3), s'efforça de faire entendre raison à Thibaut. Il avait eu précédemment avec lui des relations personnelles: un jour Henri, roi d'Angleterre, désirant voir l'abbé de Tiron, l'avait envoyé chercher à ce monastère par Thibaut et par le comte du Perche, Rotrou II.

(1) Sa mort est datée de l'année 1115 par le Chronicon Mortui Maris, ap. D. Bouquet, XII, 782 A, par YAppendix ad Sigebertum, qui se trouve dans D. Bouquet, XIII, 354 A, par la chronique de Guillaume Godel. ibid., 674 C. C'est la date exacte, quoique nous en trouvions une autre dans quelques auteurs, savoir : 1114, dans Y Appendice à Sigebert par Robert de Saint-Marien, d'Auxerre, ap. D. Bouquet, XIII, 326 D; 1116, dans Albéric, ibid.. 692D, et 1117 dans Robort du Mont, ibid., 284 C. Voir sur cette question, Gall. Christ., VIII, 113M132, et D. Bouquet, XIV, 165n, 166n; XV, 172 n.

(2) L'abbaye de Tiron avait été fondée par lui en en 1109, dans le diocèse de Chartres, a huit lieues de Chartres et à trois lieues de Nogent-le-Rotrou.

(5) Vita Bemardi abbatis de Tironio, ap. Boll. avril. Réimprimée par extrait dans D. Bouquet, XIV, 168-174.

[tue.] — 223 —

Bernard s'était rendu à cette invitation, et avait été reçu par le roi d'Angleterre avec tous les honneurs imaginables : ainsi, Henri l'avait embrassé, lui avait donné une foule de présents, entre autres une rente de quinze marcs d'argent, c'est-à-dire, de prés de quatre mille francs de nos jours; il y ajouta môme, à plusieurs reprises, divers dons, qui s'élevèrent à cinquante ou soixante marcs, c'est-à-dire de quinze à dix-huit mille francs, et il fît bâtir à ses frais le dortoir des moines (1) : Bernard était donc un des hommes dont la parole devait avoir le plus de poids auprès de Thibaut : il ne put lui faire entendre raison.

Parmi les saints qui illustraient alors le monachisme français, Bernard de Tiron était celui dont la résidence se trouvait le plus près de Chartres, voilà pourquoi on s'était adressé à lui tout d'abord; après son échec, on alla un peu plus loin, jusqu'à Fontevrault (2). Cette abbaye fameuse avait été fondée par le breton Robert d'Arbrissel, que le zèle de ses prédications, la sainteté de sa vie, des miracles môme, avaient rendu célèbre parmi ses contemporains. 11 Ta été surtout depuis par la singularité de l'ordre religieux créé par lui, où des hommes et des femmes étaient réunis, et où les femmes avaient le gouvernement (3). Quand les députés du chapitre vinrent

(t) Vita Bernardi abbatis de Tironio, ap. D. Bouquet, XIV, 173 CD.

(2) Fontevrault, diocèse de Poitiers, aujourd'hui Maine-et-Loire, arr. et cant. de Saumur. Sur cette abbaye fameuse, voir Gall. Christ. nov.,\\, 1311-1366.

(3) Voir sur Robert d'Àrbissel, un travail intéressant de M. du Pétigny, Bibl. de l'Ecole des Charles, 3« série, V, 1-30.

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trouver Robert, ce vénérable abbé était au lit, atteint de la maladie dont il devait mourir quelques mois après (1). Us lui racontèrent ce dont il s'agissait, et lui demandèrent s'il pourrait venir à Chartres : « Tout m'est possible jusqu'à la mort» répondit-il, et il partit. Thibaut ne put résister à son éloquence inspirée : il restitua aux chanoines ce qu'il leur avait pris, fit rouvrir à Geoffroi de Levés les portes de Chartres, le reconnut pour évéque, et rendit au chapitre son ancienne amitié. Robert avait trouvé à Chartres Rernard de Tiron : les deux saints moines, heureux de cette rencontre, sortirent de Chartres ensemble et se rendirent à Rlois, où ils visitèrent Guillaume, comte de Nevers, dont la plus grande partie du clergé considérait la captivité comme une injustice. « Guillaume, de Nevers, comte religieux, » dit un biographe de Robert, « était retenu en prison » parce que, pour le maintien de la paix, il soute- » nait le parti de Louis, roi de France, contre le » comte de Chartres. Guillaume était cher aux deux » abbés, et ses vertus lui en donnaient le droit. » Evidemment il joignait à sa dignité une consi- » dération bien grande, puisque ces deux colonnes » de la sainte Eglise venaient le visiter dans sa pri- » son; leur entretien lui rendit le courage : « Qui ne » se réjouirait, » disait-il, « de rester longtemps en pri- » son, pour recevoir la visite de tels hommes? » Après » avoir passé un peu de temps avec ce comte chéri » d'eux, lui avoir donné assez de force d'âme pour » oublier sa captivité, les deux saints se séparèrent

(1) Il mourut le 21 février 1117. D. Bouquet, XII , 406 n et 480 n.

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» pour ne plus se revoir en cette vie; mais ils de- » vaient bientôt être réunis pour toujours (1). » Car l'année suivante, à deux mois d'intervalle, ils moururent tous les deux (2).

Thibaut répara ses torts envers Bernard en comblant de libéralités l'abbaye de Tiron. « 11 lui donna » tant d'ornements » dit un chroniqueur « et lui fit » tant d'autres présents, que leur multitude en ren- » drait rénumération fastidieuse. » 11 fit aussi construire à ses frais l'infirmerie (3).

En lisant le récit de ces événements, et de tant d'autres analogues, dont fourmille l'histoire du xne siècle, on ne peut trop admirer l'influence qu'exerçait alors sur l'âme encore barbare des barons français, le droit personnifié dans la vie sainte de plusieurs membres du clergé, surtout du clergé régulier. Malgré la science de ses formes juridiques, l'antiquité romaine n'avait été tout entière fondée que sur la crainte de la force; la violence était presque la seule loi des conquérants germains, et, pendant des siècles, elle avait régné avec eux sur la Gaule désolée. Mais le droit, avec le clergé, et surtout les saints, pour organe, sut peu à peu imposer son empire aux flots déréglés des passions.

Le xne siècle a été signalé par des changements

(1 ) Vtta Roberti de Arbrissello, auciore Andréa, ap. D. Bouquet, XIV, 165-166.

(2) Bernard mourut le 26 avril 1117. Chronicon S. Maxentii, ap. D. Bouquet, XIV, 166 w; voir aussi sur lui Gall. Christ., VIII, 126-2-1263.

(3) Vita Bernardi abbatis de Tironio, ap. D. Bouquet, XIV, 174 A.

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considérables dans la situation politique des habitants des villes, c'était le début d'une révolution qui devait, par un long mais irrésistible travail, arracher à l'aristocratie, alors souveraine, jusqu'au dernier lambeau du pouvoir : assurément personne ne peut méconnaître l'importance d'un fait qui a produit d'aussi vastes résultats. Mais à déplacer l'autorité, où est le progrès, si l'on ne fait que changer de maître, si à l'arbitraire, à la violence de l'un succèdent l'arbitraire et la violence de l'autre, et au tyran le tyran ? Le droit règne aujourd'hui là où dominait le despotisme sans frein de la barbarie franque et féodale : nous le devons à la parole et à l'exemple des saints.

L'arrestation de Guillaume, comte de Ne vers, était de la part de Thibaut une déclaration de guerre à Louis VI. Thibaut ne pouvait soutenir cette guerre avec avantage sans le secours de son oncle Henri, roi d'Angleterre. Mais Henri était en paix avec Louis: depuis le traité conclu en mars Louis ne lui

avait donné aucun prétexte de guerre; cependant le roi d'Angleterre ne pouvait abandonner son neveu. Voulant s'aboucher avec lui, il envoya en France deux abbés bien connus dans ce pays, Gilbert de Westminster et Geoffroi, abbé de Croyland. Ces deux moines étaient nés en France, et y avaient étudié et professé longtemps. Geoffroi était môme, dit-on, le précepteur de Thibaut (1), ils étaient censés faire en France un voyage de plaisir pour visiter leurs anciens compagnons de travaux, les profes-

(1) Nous avons dit plus haut, p. i 75, combien cette assertion nous paraît conteslable. Voir à la tin du chapitre la note A.

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seurs des écoles de Paris et d'Orléans; ils étaient accompagnés d'une suite nombreuse, car Henri ne leur avait pas ménagé l'argent. Tout d'un coup ils se séparent de leur cortège et vont sans bruit trouver le comte auquel ils offrent ies services du roi anglais. Thibaut les chargea de répondre qu'il irait lui-môme s'entendre avec son oncle, en Normandie (1).

Henri, qui était en Angleterre, se rendit en Normandie à Pâques (2). Ce fut en ce moment, sans doute, que son neveu le vint trouver. Henri, après des négociations inutiles avec le monarque français (3), mit des troupes à la disposition de Thibaut, qui résista au roi de France avec succès (6). Alors Louis appela à son aide Foulques V, comte d'Anjou, et Baudouin Vil, comte de Flandre. Foulques avait déjà eu une guerre avec le roi d'Angleterre, qui l'avait forcé à lui faire hommage du Maine (5) ; pour le gagner, Louis reconnut ses prétentions à la charge de sénéchal de France, et obligea Guillaume de

(1) Continuation de l'histoire de Croyland, d'Ingulfe, ap. D. Bouquet, XIII, 284 n ; cf. Ann. Bened., VI, 24A. On peut dater cet événement de l'année 1116; mais ce n'est qu'une approximation, il est possible qu'il ait eu lieu l'année précédente.

(2) 2 avril 1116. M. Auguste Le Prévost, dans son édition d'Orderic Vital, IV, 309 n, dit 1117. Cette date est en contradiction avec les auteurs que nous allons citer dans la note 4.

(3) Willielmus Malmesburienm, De Gestis regum Ânglorum lib. Vf ap. D. Bouquet, XIII, 14 CD.

(4) Henrici Huntindoniensis historiœ lib. VIII, ap. D. Bouquet, XII, 34 D, 35 A; Chronicon Anglo-Saxonicum, ibid., 61 A; Florentii Wîgorniensis chronicorum chronicon, ibid., 71 B; Roberti de Monte appendix ad Sigebertum, ibid., 284 A.

(5) Orderic, édition Le Prévost, IV. 306; V, 199.

Garlande; investi de cette fonction, à en faire hommage à Foulques (1). Baudouin VII partageait, à l'égard de Henri, les sentiments de son père et prédécesseur Robert II, le Jérosolymitain. Robert Courte-Heuse, duc de Normandie, fils aîné de Guillaume le Conquérant, dépouillé de son duché et retenu captif par son frère Henri, avait un fils nommé Guillaume, comme son aïeul, et surnommé Cliton ; Guillaume était âgé de seize ou dix-sept ans : Louis, d'accord avec les comtes, déclara que Robert Courte- Heuse, duc légitime de Normandie, ne pouvant plus exercer cette fonction, ce duché était de droit dévolu au jeune Guillaume, et il lui en donna l'investiture. Plusieurs barons normands prirent le parti du jeune prétendant; mais Henri sut les mettre à la raison, et repousser la plupart des tentatives faites sur ses frontières par Louis et les deux comtes (2). Cependant il perdit une place importante. L'histoire de notre comte Thibaut est mêlée à celle du malheur de son oncle.

En 1112, Henri s'était emparé d'Alençon sur Robert II de Bellôme, son ennemi personnel (3). Il avait aussi réuni à son domaine les autres possessions de Robert en Normandie, c'est-à-dire à Séez et aux environs (à). Vers la fin de juillet 1118, il se rendit à

(1) Voir à la fin du chapitre la noie B. Cf. p. 237.

(2) Henrici Huntindoniensis historiœ lib.VII, ap. D. Bouquet, XIII, 35 A, et Orderic Vital, lib. XU, édition Le Prévost, IV, 315 el suivantes. Ces événements se passaient en 1117 et 1118.

(3) Orderic, édition Le Prévost, IV, 305. Cf. Art de vérifia' le$ dates, II, 879-882.

(4) L'évéché de Séez avait appartenu à Guillaume I de Bell&ne,

Àlençon ; le but de son voyage était de porter secours au château de la Motte-Gauthier (i), que le comte d'Anjou assiégeait; Henri avait convoqué ses vassaux, et comptait marcher sur la Motte-Gauthier. Mais dans Y intervalle, la place se rendit, les Angevins la rasèrent le 1er août, et la garnison, qui avait conservé sa liberté, vint trouver le roi à Alençon ; Henri se fâcha, mais les vaincus lui rappelèrent les nombreux et inutiles messages qu'ils lui avaient envoyés et lui 6rent comprendre qu'il devait imputer à sa seule lenteur la perte du château de la Motte- Gauthier.

Thibaut se trouvait alors à Alençon, Henri lui fit donation de cette ville, de celle de Séez et de tous les biens que Robert de Bellême avait possédés aux environs. Thibaut n'avait pas encore, en ce moment, donné à son frère Etienne la portion de l'hérédité paternelle qui lui revenait (2). Du consentement d'Henri, il transféra le don royal à Etienne, en

l'un des ancêtres de Robert II (Ordcric, édition Le Prévost, III, 421). Il avait été rendu à Robert de Bellême par Robert Courte- Heusc duc de Normandie, en 1103 (Orderic, édition Le Prévost, IV, 105, 162, 163, 192).

(1) Finage de Chemilli, Orne, arr. de Mortagne, cant. de Bellême.

(2) On peut supposer que c'est à cette date qu'Etienne aura atteint l'âge de vingt et un ans. On trouve cet âge en admettant qu'il serait né en 1097, c'est-à-dire quelques mois après le premier départ de son père pour la Terre-Sainte. Suivant les continuateurs de D. Bouquet, XII, 999, il aurait été fait chevalier par son oncle en 1106. Mais ce fait n'est nullement prouvé; il est même invraisemblable, puisque Thibaut, frère aîné d'Etienne, ne fut fait chevalier qu'en 1107; d'ailleurs Etienne ne joue un rôle dans tes

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échange des droits qu'Etienne avait sur la succession de son père. Cette opération eut lieu au mois d'août iii8. Des quatre fils d'Etienne-Henri, l'aîné, Guillaume, avait été éliminé comme incapable; Etienne venait de renoncer à la succession paternelle, et Henri, le dernier, qui était entré dès son en-

guerres de son frère qu'à partir de l'année 1118; il aurait à cette date été chargé quelque temps de défendre la Brie contre les entreprises de Louis VI (Suger, De Vita Ludoviei grossi régis, XXI, ap. D. Bouquet, XII, 43 C) et nous verrons, dans la suite de cette histoire, quelques autres faits d'armes où il figure la môme année. L'erreur des continuateurs de D. Bouquet tient à une fausse interprétation du passage où Orderic nous apprend que le roi d'Angleterre Henri donna au jeune prince le comté de Mortain confisqué sur Guillaume, comte de cette ville. Cette confiscation avait eu lieu immédiatement après la bataille de Tinchebrai, 1106, où Guillaume, partisan de Robert Courte-Heuse fut fait prisonnier (D. Bouquet, XII, 692 A; Le Prévost, IV.189); mais nous croyons qu'Etienne ne reçut Mortain que longtemps après la bataille de Tinchebrai. Il ne portait pas encore le titre de comte en 1110 [Gall. Christ., VIII, Instr., 313). Nous croyons même qu'il ne possédait pas encore Mortain en août 1118, quand Thibaut son frère lui donna Alençon et Séez; en effet, Orderic (édition Le Prévost, IV, 324; D. Bouquet, XII, 713 B) énumérant les possessions d'Etienne en ce moment, nomme Séez, Alençon, le Mesle-sur-Sarthe , Almenèches et la Roche-Mabille ; il ne parle pas de Mortain. L'Art de vérifier les dates, I, 801, fait mourir Etienne le 25 octobre 1154, dans la 50* année de son âge, c'est-à-dire à 49 ans ; la Biographie universelle de Michaud et la Nouvelle Biographie générale de M. Didot en concluent qu'il naquit en 1105. C'est inadmissible; en effet, Etienne -Henri, comte de Blois, partit en 1101 pour son second voyage en Palestine, dont il ne revint pas, et Etienne, comte de Mortain, dont il s'agit ici, était son avant-dernier fils. Donc Etienne, comte de Mortain, est né au plus tard en 1100 ou au commencement de l'année 1101. Dans notre opinion, il est né en 1097 et aura été majeur de 21

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fance à l'abbaye de Cluny, et qui y devint moine (4), s'en trouvait exclu par le fait. Les immenses possessions d'Etienne-Henri restaient intactes entre les mains de Thibaut.

Etienne avait à peine pris possession de ses nouveaux domaines, quand on apprit que le 3 septembre le roi de France s'était emparé de la ville de Laigle (2). Cette place avait été complètement incendiée pendant le siège. La garnison française campait sous les tentes dressées à la place des maisons

ans en l'année 1118. Son frère aîné, Thibaut, a été, suivant nous, considéré comme majeur dès l'âge de 14 ans. I) n'y a pas de contradiction entre ces deux assertions. Adèle, mère de Thibaut, aurait pu conserver le bail jusqu'à ce que ce dernier eût atteint l'Age de 21 ans; mais elle était en droit d'y renoncer plus tôt, comme elle l'a fait, et de mettre Thibaut en possession de l'hérédité paternelle dès l'âge de 14 ans. Thibaut, de son côté, avait le droit de conserver toute l'hérédité paternelle jusqu'à ce que son frère eut atteint 21 ans : il ne lui devait rien avant cet âge. On nous objectera peut-être un diplôme d'Henri Ier publié dans le Monasticum anglicanum, II, 1013 et où Etienne est qualifié de comte : Bréquigny, II, 449, date ce diplôme de 1115; mais rien ne prouve qu'il soit antérieur à 1125.

Le plus ancien document à date certaine où Etienne prenne le titre de comte est. à notre connaissance, une charte de l'année 1118 (Gall. Christ., XI, Instr., 112 B); Etienne était comte de Mortain quand cette charte fut écrite; nous supposons qu'elle est postérieure à la prise d'Àlençon par le comte d'Anjou, et qu'Etienne aura reçu Mortain en dédommagement de cette perte.

(1) Orderic, ap. D. Bouquet, XII, 692 B, et édition Le Prévost, IV, 189.

(2) Laigle, Orne, arr. de Mortagne-sur-Huino, chef- Heu de canton.

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en ruines (4). Henri marcha sur Laigle, mais au moment où il allait y arriver, une fausse alerte l'appela à Rouen. Il ne revint commencer le siège que dans la seconde semaine de novembre. Dans l'intervalle, la garnison française avait, par le pillage des environs, réuni dans la place d'abondantes munitions de bouche, et elle put lui opposer une vigoureuse résistance. Tandis que les soldats anglo-normands saccageaient la contrée, les Français faisaient des sorties qui furent souvent glorieuses. Dans Tune d'elles, Thibaut, renversé de cheval, fut fait prisonnier; mais son frère Etienne, et le roi lui-même, se précipitèrent à son secours; ils le délivrèrent après une lutte terrible. Dans la mêlée, une pierre lancée par les assiégés atteignit Henri à la tête ; toutefois, son casque d'airain arrêta le projectile, et il ne fut pas blessé. Les Français restèrent, une année durant, maîtres de Laigle (2).

Il y avait quelques jours seulement qu'Henri, Thibaut et Etienne se trouvaient sous les murs de cette ville quand il leur arriva une nouvelle : Alençon venait de tomber entre les mains du comte d'Anjou. Etienne, jeune et mal conseillé, avait abusé de son autorité sur les habitants de cette ville, et les avait accablé d'impôts et de vexations de toute sorte; voyant leur mécontentement, il les avait contraints à lui donner en otage leurs enfants, qu'il avait fait enfermer dans le donjon. Cet acte de violence, con-

(1) Ordcric, ap. D. Bouquet, 713 DE, et édition Le Prévost, IV, 325-326.

(2) Orderic, ap. D. Bouquet, XII, 713-715, et édition Le Prévost, IV, 326-331.

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forme dans de certaines limites aux usages du temps, aurait été supporté, peut-être, si les otages eussent été traités avec les égards dus à leur condition; mais ce devoir ne fut pas rempli, la fille de Payen de Chassé, chevalier fort connu dans le pays, avait été mise avec les autres dans le donjon; elle fut livrée à des débauchés (1). Son mari, furieux de cette honte, se mit à la tête d'un complot qui avait pour objet de rendre la ville à la famille des anciens seigneurs. Robert de Bellême vivait encore; mais il était captif et devait mourir dans la prison où le roi d'Angleterre Pavait fait mettre en 1112. Les conjurés s'adressèrent à Arnoul de Montgommery, frère de Robert, et Arnoul les mit en relation avec le comte d'Anjou. Foulques, accompagné de chevaliers et d'archers, arriva une nuit sous les murs d'Alençon ; les conjurés lui ouvrirent les portes, et il commença le siège du donjon, où se défendait la garnison d'Etienne; on était alors en novembre (2).

Quand le bruit de cet événement fut parvenu aux oreilles du roi Henri, il fit convoquer les chevaliers d'Angleterre, de Normandie et de Bretagne; Thibaut se joignit à lui, et dès le mois de décembre, l'armée approchait des murs d'Alençon. Elle était beaucoup plus considérable que celle de Foulques. Le projet du roi était d'envelopper Foulques, de lui couper

(1) Nous suivons le récit d'Orderic; si l'on s'en rapporte à celui du Gesta consul um Andegaveiisium (D. Bouquet, Xll , 500 A), les excès de ce genre qui auraient été commis auraient eu un caractère beaucoup plus général.

(2) Orderic, ap. D. Bouquet, XII, 15 BCD, et édition Le Prévost, IV, 331-333.

— 234 — [lits.] les vivres, et de le forcer à se rendre, après un siège qui ne pouvait être long; mais ces froids calculs ne pouvaient être compris par deux jeunes gens à la téte ardente comme Thibaut et son frère Etienne : ils marchaient en avant des troupes anglo-normandes, comptant sur leur courage pour traverser les lignes ennemies et aller ravitailler, dans le donjon, la garnison qui depuis plusieurs jours avait à soutenir les attaques combinées des Angevins et des habitants de la ville.

Foulques s'était établi avec son armée dans un camp fortifié, sous les murs d'Alençon. Apprenant l'arrivée et la supériorité numérique de l'ennemi, il jugea que sa seule chance de salut était de prévenir, par une bataille, le siège dont il était menacé; il fit sortir du camp un premier corps composé de cent chevaliers et de deux cents sergents et archers: Hugues de Malheflon (1) et Thibaut, son fils, le commandaient; mais, après quelques instants de combat, Hugues et Thibaut de Malheflon, forcés de céder devant le nombre, furent mis en fuite avec leurs hommes. Alors Foulques appela Rainaud de Châtres (2), Jacquelin de Maillé (3) et Adelelme de Sembla nçay (6) ; il leur confia encore cent chevaliers et

(1) Matheflon, Maine-et-Loire, arr. de Beaugé, cant. et com. de Seiches.

(2) Châtres, Mayenne, arr. de Laval, cant. d'Evron.

(3) Maillé, Indre-et-Loire, arr. de Chinon, cant. de Sainte- Maure.

(4) Semblançay, Indre-et-Loire, arr. de Tours, cant. de Neuillé- Pont-Pierre.

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