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CHAPITRE X

Thibaut, deuxième du nom comme comte ;de Cbainpogne. quatrième du nom comme comte de H loin. — Cinquième partie t depuis la ratification du traité de «ulnt-DcnU par le pape Jusqu'à la mort de Thibaut.

On peut rapporter à Tannée 1144, ou environ, la guerre de Thibaut contre Sulpice II, seigneur d'Amboise, qui tenait de lui Chaumont-sur-Loire. Sulpice lui avait fait beaucoup d'insultes, dit Fauteur des Gestes des seigneurs d'Amboise. On peut supposer que Sulpice avait voulu profiter des embarras causés à Thibaut par sa guerre avec le roi. Geoffroi-Plantagenet, comte d'Anjou, qui avait aussi à se plaindre de Sulpice, opéra de concert avec le comte de Blois, et vint s'établir à Tours avec une armée : en môme temps Thibaut prenait et brûlait Gangy (i), et, campé sur les ruines de ce château, entreprenait de construire une forteresse aux Montils, entre Blois et Amboise, pour tenir Sulpice en respect. Alors Sulpice, effrayé, demanda la paix; Thibaut, l'accordant, abandonna les travaux commencés, et s'engagea, sous la foi du serment, à ne bâtir aucune forteresse entre Blois et Amboise (2).

(1) Cangy, Indre-et-Loire, an*, de Tours, cant. d'Amboise.

(2) Gesta Ambasiensium dominorum, ap. D. Bouquet, XII, 513 E, et Machegay, Chroniques d'Anjou, I, 213.

Cependant Louis VII, toujours vivement ému du désastre de Vitry, voulait décharger sa conscience par une grande expiation; et, le jour de Pâques, 31 mars 1166, il prit la croix des mains de saint Bernard. Les préparatifs devaient l'occuper plus d'un an. A la Septuagésime de l'année suivante, 16 février 1167, voyant l'époque de son départ approcher, il réunit en une assemblée solennelle, à Etampes, les principaux barons de son royaume. On y remarquait Thibaut ; Geoffroi-Plantagenet, comte d'Anjou; Thierri d'Alsace, comte de Flandre; Guillaume II, comte de Nevers. Cette assemblée dura trois jours : on s'y occupa de l'organisation définitive de la croisade et du choix des régents qui devaient gouverner en l'absence du roi. Cette fonction fut confiée à Suger, abbé de Saint-Denis, et à Raoul, comte de Vermandois(l),qui était encore excommunié à cette date, mais qui peu après fut relevé de cette redoutable censure. Louis VII se mit en route immédiatement après la Pentecôte, 8 juin. Henri le Libéral, fils ainé de Thibaut, l'accompagnait. Louis ne revint qu'en 1169, et, autant qu'il parait, dans les derniers mois de l'année. La régence dura donc au moins deux ans. La correspondance de Suger contient des détails intéressants sur l'administration du royaume pendant cette période, et on y voit plusieurs fois intervenir Thibaut. Vers la fin de l'année 1167, notre comte écrit au célèbre ministre pour lui donner un rendez-vous :

(1) Chronicon Mauriniacense, D. Bouquet, XII, 88 D ; Eudes de Deuil, ibid.. 93 E; Brève chronicon S. Dyonisii, ibid., 216 A.

« A Suger, par la grâce de Dieu, abbé de Saînt- » Denis, son très-cher ami Thibaut, comte de Rlois, o salut et bénédiction. »

« Je veux vous faire savoir que je vais partir pour » le pays de Chartres. En conséquence, je vous prie » d'envoyer au-devant de moi, à Rosoy, le jour du » nouvel an (4), Baudouin de Corbeil, qui m'accom- » pagnera. Le lendemain vendredi, je coucherai à » Corbeil. Je vous prie de venir à Corbeil au-devant » de moi, le susdit vendredi, pour que je vous y voie » et que je m'entretienne avec vous. Portez-vous » bien (2). »

A quelque temps de là, il adresse à Suger une plainte contre le vicomte de Sens, dont le fils, de connivence avec son père sans doute, avait arrêté des négociants qui se rendaient aux foires de Champagne.

« A Suger, par la grâce de Dieu, abbé de Saint- » Denis, son cher ami Thibaut, comte de Blois, sa- » lut et assurance d'affection. »>

« Je vous informe que, par une honteuse injure au » roi, et à vous gardien de la terre du roi, Salon, vi- » comte deSens, m'a fait un tort matériel et une insulte » égale à la vôtre. Garin, fils de Salon, a fait arrêter » sur un chemin du seigneur-roi, entre Sens et Bray, » des changeurs de Vézelay qui venaient à mes pro- » chaines foires de Provins, et auxquels Salon et le » prévôt du roi à Sens avaient, sous la foi du ser- » ment, garanti, au nom du roi, la sécurité de la

(1) 1« janvier 1448.

(2) Duchesne, IV, 496 A; D. Bouquet, XV, 490 B.

[lus.] — 3*7 —

» rouie. Ce que Garin leur a pris vaut, disent-ils, » plus de sept cents livres. Je vous mande et vous » prie de témoigner votre mécontentement de ce » crime commis sur un chemin royal, et d'inviter i> énergiquement Salon à rendre ou faire rendre, » sans retard et sans prétexter aucune excuse, ce qui à a été pris à ces changeurs. Car Salon est en votre pou- » voir, et ne peut vous résister plus que le moindre a écuyer, si vous avez une volonté bien décidée. » Veuillez par le retour du porteur m'instruire de d ce que vous aurez fait. Je ne puis souffrir que cette » insulte reste impunie, car elle tend à la destruction » de mes foires. »

« Du reste, vous m'avez, vous le savez, demandé » un entretien. Je vous ai proposé le lundi avant » la Pentecôte, à Lagny, en vous priant de me faire » connaître si le jour et le lieu vous convenaient : » vous ne m'avez pas donné de réponse. Veuillez » me faire savoir, par le messager que je vous en- » voie, si vous viendrez à Lagny au jour indiqué; » car si vous comptez y venir, je m'y rendrai au- » devant de vous (1). »

Nous avons également le texte de la plainte adressée par lui à Suger contre Rainaud de Courtenay, coupable d'un méfait semblable à celui que Garin avait commis.

« A Suger, par la grâce de Dieu, abbé de Saint- » Denis, son ami très-cher Thibaut, comte de fllois, » salut et assurance d'amitié. »

« Je vous préviens que Rainaud de Courtenay a

(1) Duchesne, V, 531-532. D Bouquet, XV, 503 BC, a daté cette lettre de l'année 1148.

» grièvement insulté et le roi et vous qui êtes gar- ■ » dien de sa terre, car il a fait prisonniers et dé- » pouillé des marchands placés sous la sauvegarde » du roi, qui avaient payé les droits de péage à » Orléans et à Sens, qui avaient acquitté toutes les re- » devances sur la terre du roi. Veuillez donc, au nom » du roi et en votre propre nom, l'inviter à mettre » ces marchands en liberté, à leur rendre ce qu'il » leur a pris. S'il ne veut pas le faire, et si vous le » voulez châtier et marcher contre lui avec une ar- » mée, mandez-le moi, je vous serai en aide pour » tirer de lui vengeance (1). »

Cet réclamation paraît n'avoir pas été inutile, comme le prouve la dépêche suivante :

« À Suger, par la grâce de Dieu, abbé de Saint- » Denis, son ami très-cher Thibaut, comte de Blois, » salut. »

« Rainaud de Courtenay m'a mandé qu'il avait » réparé ses torts au sujet de l'argent des mar- » chands, et cela conformément à voire volonté et » à votre bon plaisir. S'il est vrai qu'il vous ait fait » réparation, daignez m'en informer par une lettre » que vous remettrez au porteur de celle-ci (2). »

Le bon accord que ces documents nous montrent entre Thibaut et Suger paraît avoir été un instant troublé. La cause en fut la question de savoir à qui revenait la régale de l'évêché de Chartres, vacant en 1169, par la mort de Geoffroi de Levés. La régale de

(1) Duchesne, IV, 530. D. Bouquet, XV, 511 B, date cette lettre de 1149.

(2) Duchesne, 1, 530; D. Bouquet, XV, 511 C.

l'évêché de Chartres appartenait incontestablement à Thibaut (4). Suger se crut cependant en droit de choisir les administrateurs de cette régale (2), opération qui n'eut pas de suite à cause de la courte durée de la vacance; mais, ce qui fut plus grave, c'est que lui et Raoul de Vermandois prétendirent nommer à un bénéfice en vertu de ce droit de régale qu'ils s'attribuaient au nom du roi. Thibaut protesta : « A Suger, par la grâce de Dieu, abbé de Saint- *> Denis, et au comte Raoul, ses amis : Thibaut, comte » de Blois, salut et assurance d'attachement. »

« Suivant le rapport qu'on nous a fait, vous exi- » gez que le nouvel évéque de Chartres vous laisse » la disposition de la chévecerie de l'église de Char- » très. Le droit de nommer à ce bénéfice fait, pré- »> tendez-vous, partie de la régale, parce que ce bé- » néfice,qui est à la nomination de l'évôque, se trou- » vait vacant au décès de Geoffroi, de bonne mé- » moire, dernier évôque (3). Mais je veux vous faire » savoir que la régale de l'évêché de Chartres est » au nombre des fiefs que je tiens du roi, en sorte » qu'au décès d'un évéque la régale de l'évêché » m'appartient jusqu'à ce qu'un nouvel évôque soit » substitué au défunt. Veuillez donc no pas exiger » que l'évéque abandonne la disposition de la ché- » vecerie sous prétexte d'une régale qui est à moi :

(1) Voir plus haut, p. 305.

(2) Lettre de Suger, dans Duchesne, IV, 496-497 ; D. Fîouquet, XV, 507 A B.

(3) Notre traduction de cette phrase est plus développée que le texte; autrement elle n'aurait pas été intelligible.

» mais si la demande que vous lui avez adressée » avait le caractère d'une simple prière, je ne m'en» » mêle pas. Portez- vous bien (1). »

Nous ne savons quelle suite fut donnée à cette affaire.

Vers le même temps, notre comte reçut de Louis VII une lettre très-gracieuse :

o Louis, par la grâce de Dieu, roi des Francs, sa- » lue son très-cher Thibaut, comte, et l'assure de » son vif attachement. »

» L'intime amitié que, du fond de nos entrailles) » nous portons à votre cher fils Henri, nous a fait » dans ces contrées lointaines un besoin d'écrire » pour la gloire de son nom à votre fidélité. Le dé- » vouement qu'il nous a toujours montré, et ses » gracieux services, lui ont mérité de plus en plus » nos bonnes grâces, et ont accru la tendresse de » notre amour pour lui. Voulant en faire à votre » dilection de sincères remerciements, nous vous » signalons ces faits pour exciter davantage envers » lui l'affection de votre cœur. *

« Sache aussi votre dilection que notre désir et » notre volonté seraient de revenir immédiatement » en France avec nos princes. Mais les besoins de » l'Eglise d'Orient nous forceront à rester jusqu'à » Pâques (2). Et, comme c'est surtout votre fidélité » que regarde l'honneur de notre couronne et la » sûreté de notre royaume, nous conjurons par une » prière toute spéciale votre courage de veiller avec

(1) Duchcsne, IV, 504; D. Bouquet. XII, 507-508.

(2) 3 avril 1149.

» une attention diligente à la garde de nos états » pour empêcher que, dans l'intervalle, la malignité » des méchants ne machine rien contre eux. Quant » à nous, soyez-en sûr, avec l'aide de Dieu, aussitôt » après Pâques, nous aurons soin de passer la mer » et de revenir à la défense de notre royaume (4). »

Un des derniers actes de la vie politique de Thibaut fut d'armer chevalier Geoffroi, second fils de Geoffroi Plantagenet. comte d'Anjou et duc de Normandie (2). Ce jeune prince devint plus tard comte de Nantes.

Ce fut surtout à des actes religieux que Thibaut consacra ses dernières années. C'est principalement avec le clergé et les moines que nous le trouvons alors en relation.

En 11/15, il constate par une charte qu'Elise , veuve de Gui de Baudement, seigneur de Braisne, a donné à l'abbaye de Prémontré des cens à Braisne et à Brenelle (3). 11 met son sceau à une charte d'Anselme de Traînel, pour l'abbaye de Saint-Loup de Troyes (4). Il approuve une donation faite à l'abbaye

(1) Duchesne, IV, 519; D. Bouquet, XV, 502 BC. Cotte lettre fut écrite à la fin de l'année 1148 ou au commencement de l'année 1U9.

(2) Ce fait est daté de 1149 par Raoul de Dicet, De imaginibus historiarum, ap. D. Bouquet, XIII, 184 A; de 1150 par le De origine comitum Andegavcns'mm. ap. D. Bouquet, XII, 536 A ; de 1151, par Robert-du-Mont, ap. D. Bouquet, XIII, 292 C.

|3) Brenelle, Aisne, arr. de Soissons, cant. de Braisne. Duchesne, Hist. de la maison de Dreux, pr , p. 233.

(4) Cart. de Saint- fjoup, appartenants M. Delaporte de Bérulle, f* 4t .

de Clairvaux, par Josbert de la Ferté (i). Il reçoit une lettre du pape Eugène III, qui lui recommande l'abbaye de Vézelay, en but à une foule de vexations de la. part de Guillaume II , comte de Nevers : en môme temps Eugène écrivait dans le même sens au roi, au duc de Bourgogne et au sire de Bourbon (2).

En 1166, Thibaut conhYme les donations faites au Pa racle t, parMilon, seigneur de Nogent-sur-Seine(3), il donne au prieuré de Ramerupt, dépendant de Marmoutier, une charte destinée à conserver la mémoire de diverses acquisitions à titre gratuit (6). Il fait lui-même une donation à la léproserie de Beaulieu, près de Chartres (5). Il va plusieurs fois visiter Rainier, abbé de Saint-Marien d'Auxerre, retenu par une maladie mortelle à Provins, au retour d'un voyage à Prémontré. Rainier mourut à Provins, et fut enterré à l'hôpital Saint-Jacques, qu'Henri le Libéral érigea en abbaye en 1159 (6).

En 1467, quelques jours avant l'assemblée qui se tint à Etampes, le 16 février, saint Bernard, se trouvant à Montereau avec Thibaut, fait trois miracles

(1) Cart. de Clairvaux, Comitum campante, v".

(2) D. Bouquet, XV, 431 C - 432 D.

(3) Cart, du Paraclcl, n° 141, Bibl. de Troyes, mss., n»2284. Cf. Duchesne, Pétri Abœlardi opéra, p. 1185.

(4) Original, Arch. de l'Aube, fonds de Ramerupt.

(5) Labbe, AIL Chronologique, II. 610.

(6) Chron. S. Marian. Autissiod., ap. D. Bouquet. XII. 294 A B. et Gall. Christ., XII. 205 D, Instr., 43-44; Bourquelot, Hist. de Provins, I, 105; Ann. Prœmonstr.. II, 226-227.

en présence du comte et d'une foule d'autres personnes, tant nobles que roturières. Il rend l'ouïe à une femme, la vue d'un œil à une autre. Une troisième, qui était paralytique, avait été portée à l'église sur son lit; Bernard fait le signe de la croix sur elle, lui ordonne de se lever : elle se lève guérie, et retourne sur ses jambes au logis (1). Peut-être pourrait-on rapporter à cette époque le trait suivant de la vie de saint Bernard, raconté par Herbert, dans son traité des Miracles :

« Un jour, le serviteur de Dieu alla pour affaire »> trouver le comte Thibaut. Il approchait de la ville » où se trouvait ce prince, quand il rencontre une » grande foule qui, sur l'ordre du comte, traînait au » supplice un brigand célèbre par ses crimes. Com- » prenant de quoi il s'agissait, le saint abbé est tou- » ché de compassion, saisit la corde dont lemalheu » reux était lié : « Confiez-moi cet assassin, » dit-il » aux bourreaux, «je veux le pendre de mes propres » mains. » Le comte, apprenant l'arrivée de l'homme » de Dieu, accourt au-devant de lui en toute hâte ; » car il se signala toujours par le dévouement et » l'affection dont il l'honora. Quand il lui voit en » main la corde, et qu'il aperçoit le brigand qui sui- » vait, il frissonne : « Hélas, vénérable père, » dit-il, » quelle a été votre intention ? Pourquoi avez-vous » rappelé des portes de l'enfer ce gibier de potence, » un homme digne de mille condamnations? Pou- » vez-vous obtenir le salut du démon personnifié?

(1) S. Bernardi vita prima, lib. VI, pars III, auctore Gaufrido, § 49, ap. Mabillon, S. Bernardi opp., éd. 1690, vol. 11, col. 1188.

» Il n'y a plus à espérer qu'il se corrige ; la seule » bonne action qu'il puisse faire, c'est de mourir. » Laissez donc aller à sa perte cet homme de perdi- » tion, dont la vie empestée met en danger la vie » d'un grand nombre. » L'illustre abbé répondit : » Je sais bien, » ô le meilleur des hommes, « je sais » bien que c'est le plus scélérat des brigands, et qu'il » mérite les tourments les plus rigoureux. Mais ne o croyez pas que je veuille laisser un si grand pécheur » sans châtiment : loin de là, mon projet est de le » livrer aux bourreaux, et de lui faire subir une peine

» assez longue pour être digne de ses crimes

» Vous vouliez que, suspendu à la potence, son ca- » davre restât un ou plusieurs jours attaché à l'ins- » trument de son supplice; moi, je l'attacherai à la » Croix, et, sans cesser de vivre, il subira son chàti- » ment pendant des années. »

Aussitôt Bernard, ôtant sa robe, en revêtit le prisonnier; il lui coupa les cheveux, « l'associa au bercail du Seigneur, de loup en fit un agneau, ode brigand un religieux, qui, venant avec lui à Clairvaux, ne cessa d'obéir jusqu'à sa mort, c'est-à-dire pendant plus de trente ans (I).

La même année, Thibaut se trouve à Paris, à la fête de Pâques, avec le pape Eugène III, Louis VII et Âdalbéron, archevêque de Trêves, à qui il fait des présents (2). Il sert d'arbitre entre Gervais, abbé de Saint-Germain d'Auxerre,etRahier, vicomte deSainl-

(1> Herbert, De Miraculis, II, 15, ap. Chifflet, 276-277.

(2) Vita Âdalbéron is Trevirenxis archiepiscopi a Baldricô domestico ejus conscripta. ap. D. Bouquet, XIV, 357 D.

Florentin (1). Il met son sceau à un diplôme de Hugues, évêque d'Auxerre, qui constate une transaction entre le chapitre de Saint-Loup de Troyes,et le seigneur de Colaverdey, aujourd'hui Charmont, Aube (2). Sur la demande de Foucher, abbé de Pontlevoy, il accorde une charte à un prieuré dépendant de cette abbaye (3). La même année, au plus tard, il donne à l'abbaye du Paraclet une rente d'un muid de froment, et le droit de pèche dans ses moulins de Pont-sur-Seine (6).

En 1168, Humbert II, archevêque* de Lyon, consacre Péglise des Chartreux de Portes, en Bugey, qui, détruite par un tremblement de terre, avait été rebâtie par Thibaut (5). Thibaut constate par des chartes une donation faite en sa présence au prieuré de Saint-Ayoul de Provins (6), la fondation du monastère de Sainte Gemme (7). Il transige avec Robert, abbé de Vendôme (8). Il confirme à l'abbaye de la Madeleine de Chàteaudun un privilège que ses prédécesseurs avaient accordé à ce mdhastère, c'é-

(1) Quantin, Cari, de l'Yonne, I, 433.

(2) Une traduction de cette charte se trouve dans le cabinet de M. Cartcron-Cortier, a Troyes.

(3) Gall. Christ., mil 1382 C.

(4) Bulle pancartedu pape Eugène III. 1er novembre 1147. Pétri Abœlardi opp., p. 349.

(5) Gall. Christ, nov., IV, 220 C.

(6) Inv. de Montier-la- Celle, P>48r°et v°.

(7) Sainte-Gemme, Loir-et-Cher, arr. de Vendôme, cant. de Solemmes, Gall. Christ., VIII, Instr., 331 C D.

(8» Gall. Christ, VIII, 1370 E.

tait de fournir la châsse sur laquelle juraient les plaideurs renvoyés au jugement de Dieu par le prévôt du comte à Chàteaudun, ou par le comte luimôme, quand ce dernier tenait son tribunal à Chàteaudun (4). Il était de règle, en effet, que les parties qui acceptaient le duel, l'épreuve du fer chaud ou de l'eau chaude, prêtaient sur des reliques un serment à partir duquel elles étaient obligées, par une sorte de contrat, soit à se battre en duel, soit à subir l'épreuve fixée.

En 1149, Thibaut exempte de tout péage dans ses états les moines de Pontigny, pourvu qu'ils ne fassent pas le commerce (2).

Vers l'année U50, il rebâtit l'église, le cloître, le dortoir et les autres lieux réguliers de celte abbaye. Cette libéralité l'a fait considérer par certains auteurs comme le véritable fondateur de Pontigny, dont l'établissement remonte à l'année 1114, et eut pour auteur un prêtre nommé Ansius (3). La même année, Thibaut donne aux chanoines réguliers de l'abbaye de Notre-Dame de Bourgmoyen de Blois, la chapelle de son château de celte ville. Cette chapelle était dédiée à saint Carilelphe (4).

En 1151, il joint ses prières et celles de sa femme aux prières de Louis VII et de l'archevêque de Sens, pour décider Henri, évèque de Troyes, à faire

(1) GalL Christ., VIII, Instr., 330-531.

(2) Martène, Anecd.t t. III, col. 1230. Cart. de V Yonne, \t 447. Cf. GalL Christs XII, 442 B.

(3) Martène, Anecd., t. III, col. 1221-1224 ; Gall. Christ., XII, 439 440.

|4) Bernier, Hist. de Blois, pr., p. xi.

une donation à l'abbaye de Dillo (4). Pour éviter que le voisinage des séculiers ne trouble les pieux exercices des moines du Val-Secret, il décide qu'on ne pourra construire ni maison ni grange à une certaine distance de leur abbaye (2). Il scelle une charte par laquelle Milon, comte de Bar- sur-Seine, donne une rente de blé à l'abbaye de Larivour (3); il constate une donation à la léproserie de Troyes (6), et confirme toutes les donations précédemment faites à l'abbaye de Clairvaux, tant par lui-même que par le comte Hugues, son oncle (5).

Les localités où nous le rencontrons dans cette période, sont :

En 4 145, la Ferté sur- Aube (6).

En 1146, Isle Aumont, Chappes (7), Chartres (8), Provins (9).

Enl467,Montereau(10),Etampes(ll), Paris(i2),

(1) Cart.de l'Yonne, 1,487.

(2) Ann. Prœmonstr., II, pr., coi. 644. Cf. II, 1035.

(3) Cari, de Larivour, Arch. de l'Aube.

(4) Mémoires de la Société d'Agric. de l'Aube, 2- série, I,

(5) Car t. de Clairvaux. Comitum Campaniœ.

(6) Cart. de Clairvaux, Comitum Campaniœ, v".

(7) Charte originale de Thibaut, Arch. de l'Aube, fonds du prieuré de Ramerupt.

(8) Labbe, AU. Chron., 11,610.

(9) Chron. S. Mariant Autissiod., ap D. Bouquet, Xli, 294.

(10) Voir plus haut, p. 392.

(11) Voir plus haut, p. 385.

(12) Voir plus haut, p. 394.

Saint-JFlorenti» (4), Troyes (2), Jouy4e-Chatel (3).

Eo 1468, voulant se rendre à Chartres, il doit se trouver à Rosoy le 4,r janvier, à Corbeil le 2 (à). Nous le voyons, la même année, dans un lieu appelé Villa Berfodi (5), à Jouy-le-Chàtel (6), et à M eaux, dans sa chapelle, où une vente se conclut en sa présence (7).

Nous le rencontrons encore :

En *4/ï9, à Saint-Florentin (8).

En 4151, dans la même ville (9), à Troyes (40) et à Igny (44).

Il mourut en 4452, au commencement de janvier, probablement le 40 de ce mois, à Lagny (42), et il

(1) Le 18 août.Quantin, Cart. de V Yonne, I, 455.

(2) Transaction entre le chapitre de Saint-Loup et le seigneur lie Golaverdey, citée plus haut, p. 395.

(3) Charte originale de Thibaut, Arch. de l'empire, fonds des Templiers.

(4) Voir plus haut, p. 386.

(5) Gall. Christ., VIII, Instr., 351 CD.

(6) Inv. de Montier-la-Celie. f°48r°.

(7) Bibl. de la ville de Meaux, Cart. de l'église de Mtas\x. I, 63, II, 12.

(8) Cart. de l'Yonne, 1, 447.

(9) Cart. de Clairvaux, Fenis, 111; Mém. de la Soc. <f Agr.de VAube, 2- série, 1. 1, p. 520.

(10) Cart. de Larivour.

(U) Bibl. imp., Cartulaires, n° 106, Cart. S. Medardi Suessionensis, De Darnery XXXVIII.

(12) Suivant les continuateurs de D. Bouquet, XII, 129n,XIII, 333 n, et Y Art de vérifier les dates, II, 618, il est mort le 8 janvier. Mais cette date n'est pas rigoureusement certaine : les conti-

[lut.] — 3919 —

fut enterré dans l'église abbatiale de celte ville (4). Plus tard, on raconta que, prévenu par une rêvé-

nuateurs de D. Bouquet circonviennent (XII., 294» et XIII, 878). Deux auteurs font. mourir Thibaut hors du mois de janvier, ce sont Lambert de Waterlo (D. Bouquet, XIII, 506 D), suivant lequel il serait mort à Noël, et le Menologium Cisterciense (I, 332), qui met son décès au 2 octobre. Les autres auteurs s'accordent avec les nécrologes pour nous dire que ce décès eut lieu en janvier, mais ils ne sont pas unanimes sur le jour, comme le prouve l'état suivant :

8 janvier. Elinand, cité par le Gall. Christ., VII, 491 B, et par

Mabillon, S. Bernardi opp., note sur la lettre 37; éd. Gaume, 1839, 1, 839.

— — Albéric, ap. D. Bouquet, XIII, 703 A.

9 — Néerologe de Saint-Claude, ap. D. Chifflet, S. Bernardi

genus, p. 540.

10 — Nécrologe de Faremontier, ap. T. du Plessis, Hist. de l'église de Meaux, II, 465. On peut aussi consulter le manuscrit original dans la bibliothèque du séminaire de Meaux. Nous nous sommes assuré que l'article qui concerne Thibaut appartient à la première rédaction, c'est à dire aux toutes premières années du xur3 siècle.

— — Nécrologe d'Epernay, ap. D. Bouquet, XIII, 738 A.

— — Simon de Capra Aurea, ap. D. Bouquet, XII, 294 »,

et plus bas, p. 401.

— - Nécrologe de Saint-Etienne de Troyes, Bibliothèque de

Troyes, dis. n° 1079.

— — Néerologe du Paraclet, Bibliothèque de Troyes, ras.

sans numéro.

15 — Nécrologe du chapitre de Meaux, Bibl. imp. , anc. fonds latin, 5185 G; T. du Plessis, Hist. de l'église de Meaux, 11, 455.

Nous ne, parlons pas du nécrologe de l'abbaye de Ghaage, qui met

son anniversaire au 7 de février (T. du Plessis, Hist. de l'église de

Meaux, 11,458).

(1) Nous ne savons par quelle méprise les auteurs du Gallia Chrittiana, XII, 190 DE, affirment qu'il fut enterré à la Peame-

lation divine de l'approche du moment fatal, il avait, un peu avant son heure dernière, demandé à faire profession dans Tordre de Cîteaux; que les moines, déférant à son vœu, l'avaient revêtu de la coule, et qu'alors il avait remercié Dieu de lui donner une mort conforme à ses désirs. On ajouta qu'après avoir reçu les sacrements de l'église, il avait rendu l'àme avec des circonstances qui rendaient évidentes son entrée en paradis. On parla même de miracles qui auraient suivi sa mort (4).

Nous n'avons pas de détails sur ces prodiges posthumes. Mais voici un fait légendaire dont un écrivain du xui* siècle embellit la vie de notre comte :

En face d'un des châteaux de Thibaud, nous dit Césaire, se trouvait la cabane d'un lépreux, et le pieux baron ne passait jamais devant sans descendre de cheval, y entrer, laver les pieds de cet infortuné malade, et lui laisser une aumône. Bientôt ce lépreux mourut, et fut enterré. Le comte, qui n'en savait rien, vint à repasser devant la chaumière; il descendit de cheval : « 11 faut » dit-il « que je visite mon père. » 11 entra, et trouva, non le lépreux, mais Dieu même, sous l'apparence elle vêtement d'un lépreux. 11 lui rendit les soins accoutumés, et sortit tout satisfait. « Je suis charmé d'avoir vu mon lépreux, »

raye. Le lieu de la sépulture de Thibaut nous est indiqué par le Chron. Turonense, ap. D. Bouquet, XII, 474B, par Albéric, ap. D. Bouquet, XIII, 703A, par Joinville, éd. Francisque Michel et Didot, p. 29, et par une charte d'Henri le Libéral, 1152, ap. Toussaints du Plessis. Hist. de Végl. de Meaux, II, 41.

(1) Bernardus Brito, apud Henriquez, Menologium Cisterciense, I, 333.

dit-il à ses officiers, o Seigneur, » lui répondit-on, « il est mort depuis longtemps, tenez-le pour certain : il est enterré dans tel endroit. » Thibaut comprit le miracle, et sa joie n'eut pas de borne (1).

Les contemporains ne lui épargnèrent pas les éloges. On nous en a conservé deux en vers. L'un consiste en un seul distyque :

Te bonitas notum dédit omnibus, optitne consul; Nunc modo fa ma manens hoc operatur idem (2).

« Ta bonté t'a fait connaître de tout le monde, ô » comte excellent, maintenant une renommée dura- » ble produit le môme résultat. »

En voici un autre en huit distyques :

Transiit ille cornes TheobcUdus clams ubique,

Ecclesia ma tris flius, immo pater, Magnus honore, potens armis, spectabilis or tu,

Mente sagax, verbis lucidus, ore decens. Exiguis parvus, tumidis férus, asper iniquis,

Simplicibus simplex, omnibus omnis erat.

Lœtus pauperibus, monachis œgrisque par a bat

Incessanter opem, munera, templa domos.

Hujus erat serra re bonos, punire nocentes :

Hujus erat juste vivere,justa loqui.

Omnes virtutes in eo lue ère videres

Certabantque si mut mirificare virum.

Gallia nostra gemens, tanto viduata patrono,

Sicut eo stabat stante, jacente jacet.

Ergo dies decimusjani fuit ultimus illi,

Cui Deus est melior millibus una dies.

« 11 est trépassé, ce comte Thibaut, célèbre par- » tout, fils, ou pour mieux dire, père de l'Eglise

(1) Cœsarii Dialogii miraculorum, Dist. VIII, cap. 31, ap. Bibl. patrum Ciiterciensium, II, 236.

(2) Willelmi Godelli Chronicon, ap. D. Bouquet, XIII, 676 AB.

» notre mère, grand par l'honneur, puissant par les »> armes, illustre par la naissance, sage d'esprit, clair » en paroles, beau de visage. Petit avec les petits, *> fier avec les superbes, dur pour les méchants, » simple avec les simples, avec tous il était ce qu'il » devait être. Joie des pauvres, il préparait sans cesse » aux moines et aux malades des secours, des pré- » sents,des églises, des maisons. C'était lui qui savait » assurer le salut des bons, punir les coupables, vi- » vre et parler avec justice. On voyait briller en lui » toutes les vertus : et toutes à l'envie elles concourt raient à le faire admirer. Gémissante et dépouillée » d'un si grand patronage, la Gaule, qui, appuyée » sur lui, se tenait debout, git maintenant à terre » où il est tombé (1) »

Les modernes l'ont beaucoup moins bien traité. La plupart du temps on a jugé ses guerres contre Louis VI d'après les régies du droit politique moderne, et non d'après celles du droit féodal primitif. C'est le cas de dire, pour sa défense, qu'en bonne justice les meilleures lois n'ont pas d'effet rétroactif : mais il n'est malheureusement pas de maxime d'équité que les historiens appliquent plus rarement. Quant à la lutte que Thibaut soutint contre Louis VU, il n'y eut pas les torts de l'agression, et la cause qu'il défendit fut celle du progrès et de l'avenir; car le sang des victimes de Vitry n'a pas coulé en vain : la victoire a couronné leur martyre;

(1) Ces vers furent composés, pour servir d'épitaphe à Thibaut, par Simon de Capra Aurea, chanoine de Saint-Victor de Paris, sur la demanded'Henri ie Libéral, fils de Thibaut(D. Bouquet, Xll,294n).

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les saintes lois du mariage, pour l'honneur desquelles ces infortunés ont péri, sont ma in tenant sanctionnées par nos mœurs, écrites dans nos codes ; et Raoul de Vermandois, qui alors s'élevait au-dessus d'elles, avec le prétexte d'une apparente légalité, ne trouverait plus, s'il revenait à la vie, des tribunaux et des évêques assez vils pour jeter sur sa honte le manteau profané de la justice et de la religion.

Thibaut avait eu dix enfants légitimes et un fils naturel.

Parlons d'abord des premiers : les garçons étaient au nombre de quatre : Henri, dit depuis le Libéral; Thibaut, dit le Bon, comte de Blois et de Chartres; Etienne, comte de Sancerre ; Guillaume aux Blanches-Mains, évêque de Chartres et archevêque de Sens, puis archevêque de Reims ; il fut aussi cardinal. Ensuite venaient six filles : 1° Marie, femme d'Eudes II, duc de Bourgogne; 2* Agnès, femme de Renaud II, comte de Bar-le-Duc; 3° Elisabeth, femme de Roger 11, duc de Pouille, puis de Guillaume Gouet, seigneur de Montmirail et du Perche- Gouet ; 6° Mahaut, femme de Rotrou III, comte du Perche; 5° Marguerite, religieuse de Fontevrault; 6° Alix ou Adèle, troisième femme de Louis VU (1).

Henri, en qualité d'aîné, eut dans l'héritage paternel les comtés de Troyes et de Meaux avec leurs dépendances, et la suzeraineté du reste; il figure

(1) Voir sur les enfants de Thibaut : Gesta Ambasiensium dominorum, ap. D. Bouquet, XII, 514 D; Robert du Mont, ap. D. Bouquet, XIII, 293C, 308BC; Gisleberti Montensit Chronicon, ibid., 548C; Albéric, ibid., 703AB; Genealogia regum Francorum tertiœ ttirpis, ap. D. Bouquet, XIV, 3 B C.

après son père dans la liste des comtes de Champagne.

Thibaut, comte de Blois et de Chartres, fat le cinquième du nom ; sa postérité mâle lui succéda pendant deux générations dans la personne de Louis, comte de Blois, de Chartres et de Clermont, 1191- 1205, et de Thibaut VI, 1205-1208, qui eut ses sœurs pour héritières.

Etienne, qui obtint pour sa part le comté de Sancerre, eut une postérité masculine qui subsista pendant six générations jusqu'en 1603, et qui conserva le comté de Sancerre durant tout cet espace de temps (1).

Guillaume fut dès l'enfance destiné à l'état ecclésiastique. Thibaut qui, dans l'établissement de ses enfants, n'avait pas la piété pour seul mobile, écrivit à saint Bernard pour le prier de protéger Guillaume, encore tout jeune, et sur la tête duquel on voulait déjà réunir plusieurs bénéfices. Voici la réponse de l'illustre abbé :

« Vous savez que je vous aime, mais Dieu connaît » mieux que vous la mesure de cet amour. Je ne » doute pas que vous ne m'aimiez aussi, mais en vue » de Dieu ; et, si je l'offensais, vous devriez cesser de a m'aimer, car Dieu ne pourrait plus être la raison de o votre amour. Qui suis-je, en effet, pour qu'un si » grand prince s'occupe de moi? Le seul motif est » votre croyance que Dieu est en moi. Je dois donc, » même à cause de vous, éviter de l'offenser. Or, je » l'offense sans aucun doute si je fais ce que vous de-

(t) Art de vérifier les dates, II, 407-409.

» mandez, car je n'ignore pas que les dignités ec- » clésiastiques sont duesà ceux qui veulent et peuvent » les remplir dignement et selon Dieu.

» Employer, vous et moi, la prière pour les faire » donner à un petit enfant comme votre fils, serait » une injustice de votre part, et une imprudence de o la mienne. Un homme fait ne peut réunir plusieurs » bénéfices sans dispense, et cette dispense doit avoir » pour cause les besoins de l'Eglise et les services » qu'on attend de la personne. »

« Si ce que je vous dis vous parait dur, et si vous » persistez dans votre projet, pardonnez-moi ce lan- » gage. Vous avez, si je ne me trompe, assez d'in- » fluence, par vous-même et par vos amis, pour ob- » tenir sans moi ce que vous souhaitez. Ainsi votre » volonté s'accomplira, et je ne commettrai pas de » péché. »

« Certes, je désire en toutes choses le bonheur de » notre cher petit Guillaume, mais Dieu avant tout. » Je ne veux pas qu'il obtienne rien contre Dieu, car » alors je craindrais qu'il n'obtînt pas Dieu. Si cette » manière de voir n'est pas la sienne, je ne veux pas » accorder à son entreprise un concours qui pour- » rait me faire, à moi aussi, perdre Dieu. Dés qu'il » se présentera une fonction qu'il puisse remplir » selon Dieu, je lui donnerai la preuve de mon ami- » tié , je ne lui refuserai pas mes services s'il en a » besoin. »

« Vous aimez la justice, c'est la justice que je dé- » fends, je n'ai donc pas de grands efforts à faire » pour gagner ma cause. »

« Soyez mon interprète auprès de la comtesse, et

» puissent les raisons que je vous donne me servir »> d'excuse près d'elle (4)! »

Les conseils de saint Bernard ne furent pas écoutés. Guillaume, encore tout jeune, réunit sur sa téte un grand nombre de dignités ecclésiastiques ; il fut à la fois chanoine de Cambrai et de Meaux, prévôt des chapitres de Saint-Quiriace de Provins, des cathédrales de Soissons et de Troyes (2). Quand on le nomma évéque de Chartres, 1164, il n'était pas encore diacre (3).

Il mourut en 1202, le 7 septembre.

Agnès reçut en dot la chàtellenie de Ligny en Barrois. De Renaud II, comte de Bar-le-duc, son mari, mort en 1170, elle eut Henri I* et Thibaut I*, successivement comtes de Bar; Hugues, et Renaud, élu évéque de Chartres en 1182 (4).

Marie, épousée par le duc de Bourgogne Eudes II en 1162 au plus tard, eut trois enfants : Hugues III, duc de Bourgogne; Mahaut, femme de Robert III, comte d'Auvergne ; Alix, femme d'Archambaut VIII, sire de Bourbon. Eudes II, étant mort en 1162, Marie fut tutrice de son fils, puis elle entra à Fontevraud, où elle devint abbesse (5).

(1) S. Bemardi epist. 27i, ap. D. Bouquet, XV, 617 ABC.

(2) Gall. Christ. ,\\\\t 1145.

(3) Gall. Christ., XII, 50; cf. IX, 95-101.

(4) Benoit Picart, Hist. eccl. et polit, de la ville et du diocèse de Toul, p. 89; D. Calmet, Hist. de Lorraine, édit., II, 461 ; Notice de la Lorraine, f édit., col. 650; Art de vérifier les dates, III, 44-45; Gall. Christ. VIII, 1152 A B.

(5) Art de vérifier les dates, II, 502 ; Gall. Christ, nov., II,

Roger If, duc de Pouille, mari d'Elisabeth, était fils de Roger Ier, roi de Sicile, mort en 1156. Son mariage eut lieu en 1139 ou en 1160. Une lettre de saint Bernard nous parle de vaisseaux du roi de Sicile qui allèrent chercher la fiancée à Montpellier, dans l'octave de l'Assomption (1). A l'occasion de ce mariage, le roi de Sicile donna à Thibaut un fort beau vase, dont notre comte fit présent à Suger, abbé de Saint-Denis (2). Roger ,'duc de Pouille, mourut en 1169 (3). Ce fut alors qu'Elisabeth épousa en secondes noces Guillaume, seigneur du Perche-Gouet.

Mahaut eut de Rotrou III, comte du Perche, mort en 1 19! , cinq enfants : Geoffroi III, comte du Perche; Rotrou et Guillaume, successivement évôques de Chàlons-sur- Marne; Etienne, duc de Philadelphie en Orient; et Béatrix, qui aurait épousé Renaud III, seigneur de Chàteau-Gonthier (6).

Alix. Malhildela portait dans son sein, quand, diton, elle alla voir le bienheureux Pierre de Jully. Pierre jeta les yeux sur la comtesse : « Vous mettrez au monde une fille, » lui dit-il, « et elle deviendra reine de France (5). » Alix épousa Louis VII, et fut mére de Philippe-Auguste .

Le fils naturel de Thibaut paraît être né avant le

(1) Epistola s. n., ap. D. Bouquet, XV, 574 D.

(2) Suger, De rébus in administration sua gestis. ap. D. Bouquet, XII, 102 A.

(3) Art de vérifier les dates, 111, 812.

(4) Arldevérifier\esdatetA\,m\ Gall.Chrisl., IX, 883-886.

(5) Vita B. Pétri Juliacensis, ap. D. Bouquet, XIV, 301 A.

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mariage de ce prince. 11 fut d'abord moine de Tiron. Etienne, roi d'Angleterre, le protégea et lui fît avoir successivement deux abbayes en Angleterre. En dernier lieu, Hugues devint abbé de Lagny (I).

(1) Robertus de Monte, ap. D. Bouquet, XIII, 308BC ; Gall. Chritt., VII, 497-498.

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