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en linguistique, il ftindrait les critiquer sévèrement et en discuter les principes : un tel travail serait déplacé dans le présent ouvrage. Je me liornerai à ajouter que les philologues japonais dont j’ai pu lire les écrits, ont eu le tort, parmi bien d’autres procédés défectueux, de ne pas tenir compte en maintes circonstances de l’origine étrangère des mots introduits dans leur langue, et de vouloir expliquer par exemple des expressions chinoises ou indiennes à l’aide de racines japonaises, ou même de racines chinoises dont les métamorphoses n’ont pas été établies scientifiquement : êjjj si «maître», tiré de ^ si «savoir»; — ^ fû «vent», tiré de fu «exciter, attaquer avec impétuosité»; — ^ haii-si «le maître de la loi-bouddhique», tiré de has-sin «qui ouvre le cœur»; — h'ijara «bois d’aloès», tiré de ^ ki «air, odeur» et de § yera «bon, agréable».
Quelque soit le peu de valeur d’un grand nombre d’étymologies présentées par les philologues du Japon, il n’en est pas moins certain que ce sera seulement par la recherche des éléments originaux et constitutifs des mots de la langue japonaise qu’on parviendra à faire entrer cette langue dans le domaine de la linguistique comparée où jusqu’à présent on a fait de vains efforts pour la faire pénétrer.
LTV
YAMATO BUMI.
L’histoire de l’écriture au Japon, de ses origines et de ses transformations se rattache de la façon la plus intime à celle de ses origines ethniques et i-eligieuses. Il y a là malheureusement un problème qui est encore loin d’être résolu, et malgré les etforts des orientalistes la question qui se pose tout d’abord, — celle de savoir depuis quelle époque les Japonais ont fait usage de l’écriture, — est loin d’être sortie de l’obscurité. Il est même fort à craindre que, malgré les plus patientes recherches de l’éruditiou, nous ne sachions jamais bien clairement à quoi nous en tenir sur ce sujet; et cela par une excellente raison, c’est qu’il s’agit d’un fait qui remonte selon toute apparence à une période antérieure aux époques vraiment historiques des annales de l’Extrême Orient.
Souvent consulté sur l’opiiiiou que je professe au sujet du caractère plus ou moins authentique des règnes des premiers mikados, j’ai toujours réj)ondu que, dans ma pensée, le personnage de Zin-mu^ fondateur de la monarchie dans les îles de l’Asie orientale, répondait à un événement réel de l’évolution ethni(|ue du Japon, mais que je ii’accordais pas la
INTKODUCTION.
même confiance aux récits qn’on rattache aux règnes de ses successenrs, et (gie c’est à peine si je considère les temps où l’on rej)orte l’apparition du Ko-zi /»■/ et du Ni-hon gi comme absolument étrangers au domaine de la mythologie héroï(jue, dont ces livres nous ont conservé la tradition.
11 est certain qu’en pareille matière on est souvent aussi embarrassé de justifier la confiance (jue l’on prête aux récits des vieilles chroniques (jiie le scepticisme avec lequel on en repousse le contenu. Parfois même il semble que le mieux est de recueillir les faits, d’indiquer leur source, le crédit dont ils jouissent près des savants les plus autorisés du pays, de les classer de façon à en faire comprendre aussi bien que possible le caractère et la portée, sauf à laisser ensuite à chacun le soin de les apprécier et d’en tirer telle conséquence qu’il jugera à propos.
J’ai signalé ailleurs' les raisons qui permettent de croire que les Japonais avaient connu l’existence de l’écriture chinoise à une époque antérieure à notre ère. Les annales les plus authentiques du Nippon nous mentionnent, en effet, une ambassade envoyée l’an 33 avant J.-C. au mikado Sui-zin, par le roi
1. Dans ma Cimlisation japonaise (t. XXXVI de la Bibliothèque orientale elzévirienne d’Ernest Leroux), p. 60.
YAMATO BUMI.
d’ Aman a, lun des états constitués alors dans la péninsule de Corée. Si cet événement n’est pas contesté — et s’il l’était, il faudrait effacer d’un seul trait toute l’histoire ancienne du Japon qui ne repose guère sur de meilleures assises, — il me paraît hors de doute que les envoyés d’Amana ont fait usage de l’écriture chinoise qui avait été pratiquée chez les Coréens dès les temps le plus reculés. Si ces ambassadeurs ont fait usage de l’écriture chinoise, il est bien peu probable que les Japonais ne s’en soient pas aperçus. Si les Japonais se sont aperçus que les étrangers qui venaient de s’établir^ dans leur pays possédaient un art aussi utile que l’écriture, ils ont dû nécessairement chercher à en apprendre les principes, eux qui de tout temps, — de nos jours comme dans les siècles anciens, — se sont sans cesse montrés curieux du savoir étranger et qui ont toujours fait les plus remarquables efforts pour se l’assimiler. Donc les Japonais ont dû connaître l’écriture dès le moment où l’ambassade d’Amana est venu s’établir dans leur pays*. 11 me
1. Cette ambassade demeura l’i.us de trois ans au Japon, suivant Klaproth, dans son édition des Annales des Empereurs, traduites par Isaae Titsing, p. H n.
2. Une certaine école de savants du Japon fait de grands eft’orts pour prouver que l’écriture était connue dans ce pays dès les temps antérieurs à l’crc chrétienne. Nous avons certainement lieu de nous méfier des arguments qu’ils apportent en faveur d’une thèse imaginée bien plus dans
INTRODUCTION
scinlile (jii’on no saurait faire que liien })eu fî’oliji'ctious à CO raisouueiuout, et qu’il eu résulte ({ue l’art (l’écrire a du se ré|)audi*e dans les îles de l’Extrême Orient à une époque antérieure au ivgne de l’empereur Wau-zin auquel on fait remonter d’habitude les origines de cet art chez les Japonais.
On peut dire toutefois que les historiens indigènes sont, à cette date, muets au sujet de rintrodiiction de l’écriture qu’ils mentionnent au contraire avec soin quelques centaines d’années plus tard. Cet argument n’est pas sans valeur, je le reconnais; mais nous savons que les anciennes chroniques du Japon ont été perdues, et que lorsqu’on a cherché à les reconstituer d’après quelques traditions orales, on s’est trouvé en présence de graves lacunes et de fréquentes incertitudes. Le souvenir de l’ambassade du roi d’Amana a pu se conserver par le seul fait des présents qu’elle avait apportés à la cour. Un objet d’art quelconque suffit pour
un intérêt chauviniste que dan.s un intérêt scientifique. Nous savons notamment que la prétention de cette école au sujet de l’invention des lettres coréennes au Japon est absolument insoutenable. Mais ce serait peut-être tomber d’un extrême dans un autre que de nier la possibilité que l’écriture coréenne ait été employée à une époque ancienne dans les îles de l’Extrême Orient. Suivant une publication officielle faite en anglais par le gouvernement du mikado actuel (An outline History of Japanese Education), on prétend que les Coréens sont venus au Japon en 157 avant J.-C. «Certains auteurs, dit M. Metebnikoff, parlent d’un livre en deux volumes composé par un Coréen nommé Hi-jin qui vint s’établir au Japon dans le premier siècle de notre ère» {IJempire Japonais, p. 284).
transmettre d’âge en âge la mémoire d’un événement de ce genre; tandis que des faits bien autrement considérables ont pu fort bien avoir été oubliés à la suite des temps et des révolutions. L’arrivée de la mission du roi d’Amana est peut-être la seule donnée vraiment historique qu’on soit en droit d’enregistrer sous le règne du mikado Sui-zin, et c’est peut-être aussi à cette mission que ce mikado doit riionneur d'avoir transmis son nom à la postérité.
La fameuse expédition de l’impératrice Zin-gu{201 à 269 de notre ère) contre la Corée a donné lieu de croire qu’à cette époque les Japonais ont eu connaissance des lettres de la Chine. Malheureusement cette expédition appartient dans une large mesure au domaine de la légende et ce que nous disent à son sujet les historiens du Japon ne mérite que peu de contiance. Ils prétendent que l’épouse de Tiii-ai, celle que les Chinois a])pellent Pi-mi-liou et que les Européens ont surnommée la Sémiramis de l’Extrême Orient, recueillit dans ses conquêtes sur le continent asiatique diverses sortes d’oiqets précieux et notamment des livres. Sous le règne de l’empco’eur Wauzin, fils et successeur de ceth^ princesse, un lettré du ])ays de Priik-ts(\ (mi Coré(‘, appelé Uu-n/V
INTRODUCTION
porta à son tour dos ouvrages cdiinois à la cour du mikado. Or. parmi les livres qu'il cite, il eu est un, le Tsieu-tseiren on «Livre des Mille mots», (lui ne fut eonqiosé qu’entre les années 502 à 549 de notre ère, sous le règne de l’empereur Wou-li, de la dynastie des e’est-à-dire plus de deux siècles après
l’é})oque où il aurait été connu au Jajioii. Cette falsification liistoriipie, il faut It' dire, ligure dans le Ko-zi /t7 “, mais ou ne la reiicoiitn' pas dans le texte corresjiondant du Ni-hon S!fo-Jxi\ Toujours est-il que les Japonais considèrent ce Wa-ni comme l'iiitroducteur des lettres chinoises dans leur j)ays\ de n’ai pas à réunir ici les doniiées que l’on possède sur l'inveution di^s différentes éia'itures usitées chez les Japonais. J 'ai eu l’occasion de publier ailleurs
1. Suivant l’encyclopédie Taï-ping kouang-ld, citée par Stanislas Julien, Le Livre des Mille mots, Avant-propos.
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X — ^ + — #o ft Ain M ^ ^roto-ori.
Ko-zi Ici den, t. XXXIII, p. ID.) — Dans l’ancien ouvrage intitulé San-dai sitü-rokü, on parle également du Tsien-tse-iven, mais cette fois il s’agit d’une époque postérieure à sa publication en Chine, de sorte que la donnée n’est plus nécessairement apocryphe : «La 17® année de l’ère Tei-kwan (875 de notre ère), en été, le 4® mois, 13® jour, le prince impérial commença à lire le Livre des Mille caractères».