IjjjJ) Le Jf(''morial des clioscs ant iques
imprimé en caractères (alphabétiques) sin-si, publié par Fndi-vara-no Masa-old. Tô-lcyau, 1871; quatre vol. in-d".
INTK(1DUCTI0N.
est une publication inoderiie et absolument factice qui ne peut servir en aucune façon (rargument pour ou contre le sujet dont je m’occupe en ce moment.
J’ai trouvé la mention d’un Nl-hon gi qui aurait été imprimé exclusivement en Aa/m, c’est-à-dire en signes syllabiques. N’ayant jamais vu cet ouvrage, je ne i)uis dire s’il contredit la remarque que j’ai faite tout-à-riieure; mais, jusqu’à i)lus ample informé, je crois qu’il est prudent de sus})ecter rautlienticité de cette édition de la Bible du Siiitauïsme.
Quant à des textes imprimés seulement en signes phonétiques man-yô ka7ia, on pourrait peut-être en découvrir quelques exemples; mais ces exemples, en tout cas, seraient tellement rares qu’on ne saurait guère les considérer que comme des exceptions n’intirmant en rien la théorie générale relative au système graphique des Japonais. Meme dans l’Anthologie des Dix-mille feuilles, qui a donné son nom à l’écriture man-yô kana, on rencontre à chaque instant des caractères chinois dont l’emploi a été fait eu égard à leur valeur idéographique et nullement en raison de leur valeur phonétique ou alphabétique.
L’existence de l’écriture sin-zi ou kan-na
repose sur une tradition recueillie avec enthousiasme par quelques savants japonais qui ont cru faire acte
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de patriotisme en attribuant à leur pays riionneur d’avoir inventé un système d’écriture différent de celui des Chinois, leurs voisins, leurs émules et leurs civilisateurs. Considérée au point de vue patriotique, la prétention des lettrés de Japon au sujet de l’invention des caractères kan-na est maladroite, parce qu’elle est absolument inadmissible. Si les caractères kan-na ont été employés dans le Nippon à une époque ancienne, ces caractères étaient de provenance étrangère, tout aussi bien que les caractères idéographiques empruntés à la Chine. A moins cependant qu’on veuille soutenir que l’origine de l’alphabet dêvanâgarî des Indiens tire son origine des îles de l’Asie orientale!! En effet, j’ai démontré ailleurs^ que les caractères coréens dérivaient des caractères sanscrits et que les caractères /raw-na ou szn-s? n’étaient rien autre chose que des caractères coi’éeiis. Je crois inutile de m’appesantir davantage sur une question qui est détiniliveirient résolue.
1. M. llall-Cluinibcrlain revendique la priorité an sujet de celte observation en laveur de M. Salow qui aurait fait la découverte dès 1884, bien avant, dit-il, que j’en aie parlé moi-même. Si le savant orieTitaliste do Tôkyau veut se convaincre de son erreur, il n’a qu’à se reporter au Journal asiatique de 18G4, oii il trouvera un article que j’ai fait paraître à une époque où l’on no connaissait encore aucun japonistc anglais, ni en Angleterre, ni au Japon. Je n’ai d’ailleurs jamais eu l’idée do présenter comme «une découverte» les e.xemples que j’ai donnés pour établir l’origine indienne dos lettres coréennes.
INTRODUCTION
Mais CO qui est boaueoui) moins bien établi, c’est la question de savoir si les lettres kan-na ou si)t-zi ont été réellement em])lo3’ées dans l’antiquité japonaise, ou si elles sont seulement l’œuvre de quelques faussaires de l’érudition moderne. Les opinions les |)lus contradictoires ont été énoncées sur ce sujet. L’absence de textes anciens et authentiques en caractères d’origine coréenne justitie le scepticisme au sujet d’un système de lettres du tout ou tout supérieur aux autres genres d’écritures dont les Japonais ont fait usage [)Our reproduire les mots de leur langue. ^lais il n’y a i)eut-étre pas là une raison suftisante iiour contester une tradition accueillie par certains savants japonais, rei)oussée par d’autres, il est vrai, et qui semble assise sur riiistoire de leurs premières relations avec le continent asiatique.
Quoi qu’il en soit l’écriture kan-na est incontestablement plus parfaite que toutes celles qui ont été employées pour écrire les livres japonais, depuis les temps les plus anciens jusqu’à nous : elle est en outre d’une étonnante simplicité et d’une clarté remarquable. Je pense donc qu’il y a plus d’avantages que d'inconvénients à s’en servir, surtout dans les travaux de philologie, pour distinguer les mots de la langue ancienne, dite langue gamato, des mots appartenant à la langue moderne.
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On sait que les Japonais ont adapté leur écriture kata-kanaàla notation des mots aïnos et loutcliouans, en inventant quelques signes nouveaux pour rendre les sons qui ne se rencontraient pas dans leur i)ro[)re langue. Je ne vois pas pourquoi on ne se servirait pas des lettres kan-na pour transcrire les mots anciens, plutôt que de les reproduire dans cette écriture aussi incertaine que conqdiquée à laquelle on a donné le nom de man-yô-kana.
Voici les lettres de l’alphabet kan-na que j’ai employées dans cet ouvrage :
Voyelles.
y a, -\e, \ i, 1 O, T U, o siq>port de voyelle.
Consonnes.
']k,ln,lt,2 r, D w, ^s, ^ h (f), I ou ÿ y, o w.
Réduit à ce petit nombre de signes élémentaires, l’alphabet kan-na est sans doute insuflisant, notamment lorsqu’il s’agit d’indiquer les consonnes dites «troublées». Dans certains cas, il est peut-être avantageux de laisser subsister dans la notation graphique les incertitudes qui existent dans l’ancien japonais surtout, lorsqu’il s’agit d’indiquer les consonnes adoucies suivant des règles insufüsamment [)récises. Dans
INTRODUCTION
d’autres cas, au (îontrairo, la luarquo do l’altération dos consoimos fortes semble désirable. IMais alors rien de plus simple que d’enrielnr l’alplialiet kan-na des lettres coréennes (pie ses inveiibairs n’ont jias jugé utile d’y insérer on, ce qui vaudrait mieux eneoi’e, de créer de nouveaux signes alin d’éviba- les eomplii'ations graphiques qui ont présidé, en Corée, à la notation de certains sons étrangers maiKpiant dans l’idiome du pays. Quant aux syllabes japonaises y a, ye, yo, yu, je crois qu’il est préférable d’adopter le signe ÿ usité en kan-na, plutôt que de faire usage des lettres en quelque sorte syllabiques des Coi'éensyya,^ye, -u yo, yu\
L’écriture syllabique du Japon ou K.^NA est à tous égards iusuftisante. Elle repose sur des principes qui ont été repoussés par toutes les nations civilisées des temps anciens et modernes, et il n’y a guère que les sauvages Tchérokais de l’Amérique du Nord qui aient imaginé quelque chose d’analogue. L’imperfee-
1. On m’assure que quelques lettrés ont l’idée d’adopter l’écriture Sinzi ou Kan-na comme écriture courante du Japon actuel. Je suis, pour ma part, convaincu que cette écriture, à laquelle on pourrait aisément assurer tous les avantages de l’écriture latine et qui aurait pour les Japonais un caractère national, vaudrait infiniment mieux que tous les essais de «romanisation» du Japon, essais qui parviendront avec grand’ peine à prendre une forme définitive et qui, en tout cas, sont jusqu’à présent aussi défectueux que possible. Le système du Rcma zi-kai notamment, est en révolte avec les principes les plus élémentaires et les plus sérieux de la philologie moderne.
tiori de cette écriture est telle que les Japonais, après l'avoir inventée, n’ont jamais pu s’en servir isolément, c’est-à-dire sans la joindre à des caractères chinois. 11 en est résulté un mélange bâtard qui entraîne toutes sortes d’inconvénients. De ces inconvénients, le plus grave est sans doute de laisser à l’élément idéographique une place tellement large dans la composition des textes qu’ils cessent le plus souvent de présenter des textes phonétiques, c’est-à-dire des textes pouvant être lus et prononcés d’une manière sûre, moyennant la connaissance d’un certain nombre de signes de son d’une valeur précise et invariable.
Les caractères chinois mêlés aux signes syllabiques ou kana doivent être lus très souvent à l’aide d’une opération mentale qui a i>our effet de les traduire eu langue japonaise. Cette opération mentale peut s’accomplir d’une façon plus ou moins parfaite suivant l’instruction ou suivant les plus ou moins bonnes dispositions de l’esprit et de la mémoire de celui (pii lit.
Un exemple fera mieux comprendre ce que je veux dire ici que de longues explications. Supposons cpie dans un texte d’une langue quelconque, où l’on mélangerait comme le font les Japonais des signes liguratifs à des signes jihonétiques, on trouve une phrase ainsi composée : ^ a trois Faudra-t-il lire : «le
INTRODUCTION
souverain a trois chevaux», ou «le roi a trois coursiers», ou «trois étalons», ou «trois cavales», ou «trois poulains»? — La couronne royale est insuftisante pour dire s'il s’agit d’un empereur, d'un roi, d’un prince, ou d'un souverain quelconque; l'image du })ctit (piadrupède, si elle permet de distinguer un cheval, ne suftit pas pour dire de quelle espèce de cheval on veut [larler.
Les textes japonais laissent à chaque [las subsister de pareilles incertitudes. Tantôt l’écrivain se lie au bon sens et à l'érudition de son lecteur pour se tirer d'affaires; tantôt, persuadé que sa manière d’écrire présentera de fâcheux embarras, il se croit obligé de noter deux fois le même mot. une fois en caractères tiguratifs ou idéographiques, une fois eu caractères [)houétiques. A côté des images représentées ci-dessus, il écrira par exemple : ceci est «une couronne d'empereur», ceci ligure «un coursier»!
11 est évident que de tels procédés graphiques sont aussi contraires que possible au progrès intellectuel des Japonais : ils finiront par être abandonnés.
L’écriture man-yô-kana, dont on rencontre les signes à profusion dans les textes anciens, et qui n’a pas cessé complètement d’être en usage au Japon, est encore plus défectueuse que l’écriture syllabique du
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kala-kana ou du Mra-kana. L’aspect est peut-être plus monumental, et son mélange avec des caractères chinois est favorable à la typographie. En revanche, cette écriture ‘prête à des confusions, — confusions qu’on peut éviter avec un peu d’habitude, je le reconnais, — mais qui n’en sont pas moins réelles. Elle a en outre l’inconvénient d’être longue à tracer (le signe par exemple, est l’équivalent de ^ mi en kata-kana) et de n’être pas bien fixée; de telle sorte que pour un même son, il est loisible d’employer des signes absolument différents.
Les caractères inan-yô-kana occupent une place considérable, non seulement dans l’anthologie intitulée Man-yô siû, mais aussi dans le livre canonique intitulé Ko-zi ki. Un éminent exégète japonais, qui a publié ce dernier ouvrage' avec un commentaire perpétuel en 44 volumes in 4“, Moio-ori Nori-naga, a consacré un chapitre des Préliminaires de son livre à l’examen des signes chinois usités comme caractères syllabiques japonais. C’est d’après ce savant guide que j’essaierai de donner rémunération suivante des caractères man-yô kana employés dans le Ko-zi ki. a. — |JnJ. — Dans le chapitre Kasi-bara-no miya
1. Sous le titre de Ko-zi ki dm. — Moto-ori, élève de Ma-buti, naquit en 1730 et mourut en 1801, avant l’achèvement de la publication de ce grand ouvrage.
INTHÜDIKTION.
(riino (MÜtioii (lu Ko -2} hi, ou trouve^ (ui oiitn» k sig’iu‘ ^ pour a; mais Moto-ori (dans son Ko-zi Jd deu, I, 30) croit (|iu^ c’c'st par suite (ruu(‘ (UTCur.
U. — Ce dernier si*2;iie [>araît avoir t‘t(3 peu
usité.
e. — Le second sio;ne se trouve notainment
dans riiistoire des amours d'ha-nayi (d d'ha-na- )ni, pour le nom du génie E-Jiime, etc.
O. — So Ce dernier signe est employé pour noter le nom de l’ile d'Oki. — On trouve également le signe pour O, dans le chapitre Taka-Ut-no partie n; mais Moto-ori pense que c’est par erreur, le meme mot étant écrit dans une autre édition.
Ka [ga] — j!nio Mo f^o Ço ^ —
Le signe Ç figure dans le nom de la province de kdi, et dans le chapitre Kara-sima-no miija.
— bien qu’employé parfois pour ka, n’est une notation exacte que du son ga.
® [9I] - -K M ^ é = s M ^ et 9i lié)-
— Le signe ^ aujourd’hui prononcé kouéim chinois, mais Cjui avait anciennement le son ki, se rencontre dans le nom du dieu Adisiki et dans les poésies. — ^ est employé dans le nom géographi-
que de Si-ki (Kawati). — ^ paraît dans le nom du pays de Ki-hi 'ff), lequel est écrit dans les poésies il(5 ^ pour gi est assez fréquent, par
exemple dans les mots sagirl «brouillard», sügi «passer, dépasser».
Ku{gu] :AoïX = ^.
ÂîP = âo To ï • — Le caractère TC, qui se rencontre avec la prononciation ge dans des mots usités communément aujourd’hui (par ex. “p ge-dyo «une servante») paraît pour la première fois dans le Ko-zi ki dans le mot kurage « méduse »\
Ko\(ju\—W^o ’i'o iS0o i = Wo fi- - ÏÜC
se trouve dans le nom du pays de Kosl, autrement écrit ^ — Le caractère -ÿ, dont l’emploi s’ex-
plique moins facilement, puisque prononcé kiu en chinois il prend en japonais le son kgo, se rencontre dans le chapitre Kasi-hara no miya. — a servi à transcrire, outn^ le nom du pays de Kosi, plusieurs noms d’hommes. — ^ est parfois remplacé })ar ^ go.
Sa \za\. — ik-o'&dAMo #1- — Lf' caractère fp a été usité })our écrire des noms de dieux, des noms d’hommes et des noms g*éogra})hiques. — nuid la syllabe sa pour le |)ays de Tosa. — Au lieu d(‘. 3fjb on a souvent éciit I||J |)ar le fait d'une uégli-
1. V03’. ma (radtict ion de V Histoire, des Di/nasties divines, p. 28.
INTRODUCTION
genee. Moto-ori fait observer que, dans les livres chinois, on lait de fréquents enqilois de ces signes run pour Tautre; et, da})ivs Gijokû-hen, le second est une forme vulgaire du premier. — Quant à ^ pour za, on le trouve dans des noms jiropres de divinités et (riiommes, et dans le mot iza.
Si - Mo Æ.c Mo feo ^o 2 l±o êl - Lo caractère Ê. Pi •onoiicé sseh en chinois moderne ‘ et aftecté du ton rentrant (joi(h-cheng), est actuellement lu syoku en sinico-ja})onais. Je n'ai pu m’expliquer comment il avait ])u être emiiloyé pour la syllabe si, car ce signe n’est jamais prononcé, que je sache, à un autre ton qu'au ton bref. 11 ne figure d’ailleurs que dans le nom propre Siko-osi-kome. — ^ entre dans la composition du nom du pays (le Tfikusi; — ^ se rencontre dans le chapitre Taka-iuno miija. C'est avec ce même signe qu’on écrit aujourd'hui le mot siha «gazon», et siha-ï «théâtre».
En dehors des signes mentionnés ci-dessus, on trouve |)our la syllabe si s. dans le chapitre Midagaki-no miija, dans le cha|)itre Karii-sima-no mi y a, et dans le chapitre Taka-tu-no miya; mais
il reste des doutes sur l'exactitude de l’emploi de ces caractères.