CHAPITRE I
Imo d’ ordinaire « une sœur cadette »; mais le sij>‘ue
^)fi sijiuitie aussi «une jeune teiuiue», et meme une épouse ( ^). Dans les temps anciens, ou se servait iudifteremmeut de imo lorsqu’il s’a»-issait de mari et femme, ou de frère et sœur, ou même vis-à-vis d’étrau‘»;ers. Lorsipi’uue femme, par exem])le, se trouvait avec un homme, celui-ci s’appelait imo. Plus tard les femmes ont fait usao-e de la meme expression eu se ])arlaut entre elles, et cliaeuuc, dans la conversation, disait imo «moi, votre cadette». Le rédacteur du Ko zi ki a fait usap,e du caractère parce qu’il n’avait ])as de correspondant plus exact du mot ü | [] J /wo, et comme les dieux, jusqu’à Omo-dam Ka.^iko-ne-no hnmi, nous sont présentés deux- à deux, un dieu mâle et un dieu femelle, on a donné aux dieux femelles le nom de imo. On aurait tort de trop s’ap|)uyer sur le sens du caractère chinois qui pourrait induire en erreur. Enfin il faut hésiter à traduire imo par « éqiouse » , car à cette épocpie le mariage n’existait pas
encore; totmji-no koto vo imada hadimarazcmitoki na-
reha, yomc-no i'i-niva arazü (Moto-ori, Ko zi ki don, livr. Ili, p. 41).
CTLT 1TÔIL1 IhDI Tmm ga'i-no kami. - ÿHT 1TÔI Li1l-DI Iku gidi-no kami^. — Tûim.^ forme ancienne de tüno.^ répond au chinois qui signifie communément «une corne», et exprime ici quelque chose qui surgit, qui vient à poindre, comme « un bourgeon » . Suivant Arata Atutané, ce mot veut dire une chose qui naît, et n’a pas cn-
1. D’après le Sen-dai Ku-zi-ki attribué à Syau-lokü Ud-si,' ces deux génies tonnent la troisième génération des dieux dn Ciel, et celle de U'i-di-Tii-no kami est considérée comme la quatrième.
core (le membres, tels que la (jueue, la tête, la main, le pied {Ko si deUy livr. ii, p. 5, et Ko zi là den^ livr. iii, p. 41). — Kii ou gui^ rendu par le chinois «une borne ag-raire'», doit être traduit, suivant le commentaire de Moto-ori, par « une chose qui commence à pousser » . Le nom de ce dieu signifie donc «le Dieu qui vient de paraître (comme le rejeton d’un roseau)». — Ihi-giii s’explique, de la même façon, par «prendre la vie et ractivité».
°i ôiCiLi [ILill-DI Oho-to-no di-no kami. °iôi [iLi è-\ LilhDI Oho-to-no he-no kami. Dans le nom de ees deux dieux, olio est une particule honorifique
^ 9 ) i orthographe phonétique du mot
oho actuellement encore en usage chez les Japonais®. to est une notation phonétique de ^ t- «lieu, endroit», en japonais moderne D ^ D tokoro. L’expression to, pour désigner «un endroit» est très fréquente dans la langue ancienne {Wa knn
sivori, livr. xviii, p. 1). To est également transcrit par^ t- «une })orte» qucraiitcur du Gon-gen tei^ donne commedevant servir à l’étymologie du mot tokoro.^ équivalent de to «lieu». Le nom du dieu qui nous occupe en ce moment est, en efi’et, écrit queh{iiefois avec le caractère i-, notamment dans le Ku zi ki, livr. i, p. 3-4. — No est la particule du génitif ( hI A ^ '71 /L J est le même
1. Arata Atutané ôcrit le mot (/ui avec le caractèie (|tii, d’après le ühonch-wm, est synonyme de [Ko si (Int, livr. Il, p. 1).
2. Arata. Atntané fait usage du caractère jionr écrire le nom du dieu Olin-lo vo (li-'iio kami (voy. Ko si dou. livr. Il, ]). 1). — Dans le A'// zi ki, ces diiMix s’aiijiellent ()ho-toma-hiko-no mikoto et Olw-loma-bo-no mikoto.
CllAl'ITKI-: I.
mot (lUc nous avons déjà rencontre (§ o) sons la forme (b\ dans le nom du dieu Jliho-cU-no hrnni; il exprime l’idée de « mâle», et a pour eorresi)ondant le mot be (pii, dans le nom de la déesse Oho-to-no he, est une ajiiiellation honorifique de «femme». Ce mot di est probablement la racine de titi « père», expliquée par ii-di dans le diction-
naire étymologique Gon-gen fei\ p. 33. Quant an mot be, qui pourrait bien n’étre qu’une transformation phonétique du mot me, le b et le m permutant fréquemment en japonais, il est considéré par l’auteur du Wa hm sivori comme une contraction de hime «princesse», dont on trouve beaucoup d’exemples dans le Ko zi ki et dans le Syo-ki.
oiDi [h]TLilFD|0»w«™-«oW ohÿhlhôl
li LHLi11-DU%«- ka.dko-ne-no knmi\ — Omo-dar?i est rendu, dans le Sgo-ki, par ^ et veut dire «ce à quoi il ne manque rien, qui est parfait» . — Aga indique «une exclamation», et kasiko «la crainte», d’où «une exclamation poussée par frayeur». — Ne est donné comme une contraction dc^. ÜL- «un aîné», expression honorifique également applicable aux hommes et aux femmes. Ces interprétations, données par les exégètes japonais, ne nous font guère comprendre d’une façon satisfaisante le sens qu’on a pu attacher à ces deux noms de divinités qui, malgré les efforts de plusieurs savants indigènes, demeurent assez obscurs ou
1. Arata Atiitané supprime le mot aya du nom de ce dieu {Ko si den,
loc. citât.). — Dans le Ku z ^ Awo-kasiki-ne-no kiimi et (livr. I, p. 3).
ki, ces dieux sont nommés
Fl
FJ
Aya-kasiki-ne-no kami
tout au moins fort incertains. L’idée que Aya-hanko, ou a voulu dire qu’à la vue de ce dieu on était saisi de terreur, ne paraît pas satisfaisante.
ÿ I $h Lh 1 1 Li 11- 0 I Iza-nagi-nokami. ÿ | °h LF D I Li
MDI Iza-nami-no kami\ La signification de ces noms est encore plus douteuse que celle des noms précédents. Il serait cependant fort intéressant d’en déterminer la valeur, car il s’agit, en ce moment, de deux des divinités les plus importantes du pantliéon japonais, de deux génies que les chrétiens du Nippon appelaient «l’Adam et Eve» de leur pays. Iza^ suivant les principaux commentateurs, signifierait «conduire, aller avec, tenter»; et, de la sorte, Izanagi serait une abréviation de Iza-nai khni « le seigneur qui conduit, qui tente » , et Iza-nami une abréviation de Izan ai-me-gimi « la dame qui conduit, qui tente » . Ces noms se rattacheraient à une légende qui se rencontre également dans le Ko zi kl et dans le Ni-hon Syo-ki, légende suivant laquelle ces deux divinités, dans le but de donner le jour aux îles du Japon et à une foule des dieux nationaux de ce pays, se seraient provoquées l’une l’autre pour s’unir par les liens du mariage et se connaître. — Iza, qu’on écrit en caractères chinois est une interjection qui se
1. M. Kiia Yosi-kazé présente Iza-nagi comme un des souverains i>rimitit's du .Japon, et à ce titre le désigne sous le nom de
Iza-nagi ten-irau, dans son édition criticpie de \’UgeCü fumi, livr. i, p. 1. — Dans le Sen-dai Ku zi k i, on donne également à Iza-nagi le nom de
I# iTiljl Ama-kudaru. o-gami, «le génie mâle descendu du Ciel», et à Iza-nami celui de ^ w- m iiiiu Ama-Icudarii me garni, « Ic génie fcincllc descendu diidel». (Vs deux noms sont comj)osés sous l’influence des idées cliinoise.s.
riIAPITKE I.
prononce dans le but d’exciter on d’encoiirager; on en a formé les verbes izandn, izanayeru f^) «conduire, encourager, causer une tentation », et aussi « pousser, solliciter, exhorter» (snsmim, süsnmeru)^ ^ sens qui conviennent assez bien aux noms des dieux qui nous occupent (voy. Kogon tei heô-syu, p. 8; Wa kun sivori, t. III, j). 8). — Na-gi est considéré par les uns comme l’équivalent de « mon seigneur », autrement écrit en signes phonétiques par les autres comme une contraction ^ ^ nandi. kimi (na-gi) «toi, seigneur»^ — Le mot mi, dans le nom de la déesse Iza-nami, a été évidemment mis en opposition avec le mot gi. On y voit une contraction de ^ me-gi « princesse». Ces deux noms ont été encore interprétés différemment. Dans le Ni-hon Syo-ki, on écrit le premier avec le caractère qui peut se traduire par « accéder, consentir», ce qui ferait allusion au moment où le dieu mâle cède à la provocation tentatrice du dieu femelle ; mais comment expliquer le caractère employé pour le second nom? Les wn-gakü-sya sont généralemeut d’accord pour considérer ce problème philologique comme très embarassant, pour ne pas dire tout-à-fait insoluble.
Iza-nagi et Iza-nami terminent la série des Génies du Ciel (Ten-zin ou Ame-no kami), en dehors de laquelle il faut placer la triade primordiale dont le Dieu suprême Xaka-nusi est la principale expression, et qui a été omise.
1. Et aussi sasô «inviter, persuader» {Ga-gen siù-i'an, livr. i, p. 52).
2. Le mot nagi se rencontre dans plusieurs noms anciens où il est orthographié de diverses manières, etc. {Ga-gen sià-ran,
livr. IX, p. 33.)
comme je l’ai dit, dans la rédaction du Ki-hon Syo-ki, tandis qu’elle figure, au contraire, en tête de celle du Ko zi ki. Les dieux de cette triade sont spécialement désignés, dans le Rapport présenté en 712 de notre ère à l’impératrice Gen-myau, par Futo-no Yasü-inaro, sous le nom de ^ jjllp san-zin «les trois Dieux (par excellence)», et les deux Génies Iza-nayi et Iza-nami sous le titre de zl ^ ni-rei «les deux principes-vitaux (des êtres)».
Au premier coup-d’œil, on est frappé par ce fait que le texte du Ni-hon Syo-ki, coutrairement à eelui du Ko zi ki, renferme, dès les premiers mots, des traces évidentes d’une influence ehinoise. Le paragraphe tout entier paraît avoir été composé sous l’inspiration des idées cosmogoniques de la Chine, idées qui étaient déjà en grande faveur au Japon à la fin du VIL et au commencement du YITL siècle, é])0qucs auxquelles remonte la ])uhlication primitive de ces deux ouvrages. Il n’est pas étonnant que Yasü-maro, aj)rès avoir résolu de refondre la i-édaction ])rimitivc du Ko zi ki de façon à en faire un livre mieux coordonné et plus conforme à l’esi)rit de son temps, ait cru utile de donner aux origines japonaises une certaine analogie avec les origines chinoises. La mention, dans la Ni-hon Syo-ki î[q.^ deux principes i)rimordiaux du dualisme de la Chine antique, ne laisse aucun doute à eet égard. Examinons doue le courant d’idées dont s’est iml)u le compilateur des annales écrites dn Japon.
«Anciennement, dit le Ni-hon Syo-ki, le ciel et la terre n’étaient pas séparés ( "ÿ ^ :Hli ^ olj ), h', principe femelle (jî^) et le j)rincii)c mâle (|^) n’étaient pas divisé.s;
('IIAITI'KE I.
lu partie pure et liimiiieiise s’éva])ora et turina le
Ciel ; la partie lourde et trouble se coagula et forma la Terre». C’est là, ideiiti([ucmeiit, ce que nous trouvons dans les récits chinois relatifs à la cosmogonie. «Lors de la séparation originaire du chaos, dit le Kou-ssc siu-f/oiien (livr. i), lorsque le Ciel et la Terre commencèrent à exister, les éléments légers et purs surnagèrent en haut et formèrent le Ciel, tandis que les éléments lourds et impurs se coagulèrent en bas et formèrent la Terre». C’est d’ailleurs la donnée que fournit le Yih-kinfj. Le grand principe i)rimordial ou taï-kih'^ a donné naissance aux deux puissances
créatrices ou ^ j|| liantj - i. Quand les deux j)uissances créatrices n’étaient pas encore séparées, leur substance se trouvait dans un état complet de confusion et avait la forme d’un œuf. \ui-kou parut, et alors la voie du Ciel
produisit la loi des deux principes Yin et Yang.
1. kîh (jap. kyoku), mot (pii joue un si grand rôle dans la cosmogonie chinoise, d’aprè's les dictionnaires indigènes les plus autorisés, siguitie : «la poutre la plus élevée d’un bâtiment» ( Chouëk-wen) ; puis «re.xtrême, le point e.xtrème, le but» ( Kany-hi-t.tse-lien) ; «épuisement,
achèvement, accomplissement», «la fin, le terme» (Tsze-icéi); et enfin c’est-à-dire «le centre, le point central et initial d’où dérivent les choses, et autour dmpiel converge tout ce qui e.viste» {Pttf., en, 258). — idi-kih, dont le sens résulte de toute une théorie philosophiipie, est explicpié par «le Ciel» (Kinff-UÏeh-tsouan-lcoH, en, 6); mais cette expression a évidemment une signification plus complexe et plus raffinée. Dans le Livre sacré des Transformations, c’est le principe unitaire et générateur des différentes forces créatrices, savoir : les deux « i, les quatre siang , et les huit koua élémentaires. C’est eu outre, TC «l’origine première». «Le Taï-kïh, en se mouvant, a produit le principe mâle Yang, et dans le repos a donné naissance au principe femelle Yin (Taï-kih tou-chouëh). — «C’est la Eaison du Ciel, de la Terre et de toutes les choses» (Tchou-lsze Yu-lôh),
Nous reviendrons, plus loin, sur ce sujet, à l’occasion des deux i, considérés comme correspondant à deux divinités du sintauïsme Japonais.
YAMATO BUMI. — GENESE.
Ut
Mo
mi
Mo
SHc
Bo
Mo
Bo
Bo
Bo
îîfe
Mo
AL
fij
mi
ni
Mo
Mo
mi
Bo
Mo
Bo
\, a. — Oü lit dans un livre :
A l’époque où le Ciel et la Terre furent séparés, il y eut une chose au milieu de l’espace. Elle avait une forme difficile à décrire. Un Génie se manifesta dans son sein : il se nomme le (ïwAwKum-no-tol^o-taü. On l’a[)pelle également le divin Kïini-soko-tati Puis ce fut le divin Kuni-)w-sa-futi, autrement appelé le divin Kum-)io sa-tafi; [)uis le divin Toyo-kmii-nusi, autrement appelé le divin Toyo-kionMio, ou le divin Toi/oka-bf/.si-no, ou ))ien le divin I ki-fu-Ho-no-Unjo-kaiy ou bien le divin Toyo-kuni-no, ou l)ien le divin Toyokui-nOy ou bien le divin Ila-ko-kuni-no, ou bien enfin le divin Mi-no.
CIIAIMTIIE I, a.
Commentaire.
1 , rt. ' ^ H arii fami-ni ivakii «on lit dans nn livre».
Cette fonnnle, (jiii est souvent rejn'odnite dans le Nl-hon Syo-ki, mérite d’appeler tout partienlièrenient l’attention. Elle nous montre qu’à l’époque on fut composé cet ouvrag-e, il existait des traditions différentes les unes des autres an sujet de l’origine, des noms et de la généalogie des divinités du panthéon sintanïstc; elle prouve, en outre, que Yasnmaro a fait une véritable œuvre d’érudition en nous donnant non senlement le récit des événements théogoniques qui lui paraissait le meilleur, mais encore les formules diverses relatives à ces événements qui se rencontraient dans les anciens livres conservés jusqu’à son époque.
11 est sans doute regrettable qu’au lieu de nous dire «on lit dans un livre», on ne nous ait pas indiqué d’une façon précise à quel livre on faisait un emprunt; mais il serait injuste de demander à l’antiquité japonaise le système si perfectionné des citations qn’on ne rencontre c[ue fort rarement dans des ouvrages antérieurs à ce siècle.
Les savants japonais de notre époque ont compris comme nous combien il était fâcheux de ne pas trouver en tête des fragments d’auteurs anciens cités par Yasu-maro la mention des livres auxquels il avait eu l’avantage de pouvoir faire des emprunts; et ils ont essayé, avec un zèle des plus méritoires, d’établir le bilan bibliographique du siècle où a été rédigé le Ni-hon Syo-ki. L’un d’eux, M. ^
Kira Yosi-kaze, auquel on doit la publication d’un livre intitulé ±9 IE: Uy e-tü fmnij livre dont l’authenticité, par
YAMATO BUMl. — GENESE.
parciitlièse, ne paraît pas établie, a cru pouvoir former une liste d’écrits auxquels avait recouru Yasu-maro, liste dont voici la reproduction :
^ ^ ^ ^ ^ ^ ^ Taka-ti-ho-no oho-
miya tükasa-no den-syo'\
ï® ^ Il ± TC ^ # S Taka-ti-ho-no
kokü-siu Moto o-ga den-syo^]
3” # H H ff '7ê B S œ S ^ SE m-tali-no
kuni Nii-vari kôri Tomi-ta soregasi-ga ka-kP",
(Ces trois ouvrages sont appelés 2j$ «les sources».) 4'tliSH5ʱia;SE Idü-mo-no kokü-zau zyaa-sel ki ' ;
-tati-no kuni Ka-sima-no
kuni zau-hun^'^
Idu-no Karno Mi-sima-
no den-syo^']
T ^ ^ iÛ Ovari-no Naka-simasaka-deki'’ ]
1. Histoire du clict' du gnind palais de Taka-tilio. Tuka-li-ho est situé dans la province de Iliu-ya, département de ^ Miya-saki (voy. Syo yen-zi kau, édit, lith., )). 71).