Chapitre IL — Commentaire
Les divinités mentionnées dans le chapitre I du Ni-hon Syo-ki étaient, comme on l’a vu, des divinités absolument mâles (;^). Si l’on rapproche cette donnée de celle qui caractérise le début du Ko zi ki, on est meme porté à croire que, dans la pensée sintauïste originaire, il s’agissait de divinités dépourvues de tout sexe. C’est en suivant cette ligne d’idée, que j’ai été amené à me demander si ces divinités primordiales n’étaient pas des divinités incorporelles. L’hypothèse que j’ai émise à cet égard repose, d’une part, sur le sens fort obscur, il faut l’avouer, des expressions employées dans le texte, et d’autre part sur l’opinion des savants japonais avec lesquels j’ai eu l’occasion de discuter cette question en 1862. L’idée de divinités qui apparaissent au début de la cosmogonie pour disparaître aussitôt (ce sens résulte de la ti’aduction des mots japonais kakusi tamdiki, abstractions faites des signes idéographiques chinois), leur semblait tout à fait inadmissible, et ils m’ont assuré qu’elle était repoussée par un grand nombre de sintauïstes.
1. Je n’.ni pas crn devoir rédiger de glose chinoise ponr ce chapitre, parcequ’clle ent été à peu de chose près la même que celle dont j’ai donné le texte à la suite du § 4 du Ko zi ki (ci-dessus, p. 4.3).
YAMATO BUMI. — GENÈSE.
En tout cas, dès le chapitre II, le caractère des divinités japonaises ne laisse plus de doute : il s’agit de divinités douées de sexes, de couples nous présentant chacun un dieu et une déesse. Cependant, au dire de certains sintauïstes, à cette époque infiniment reculée, les lois du mariage n’existaient pas encore, et les divinités mentionnées dans ce chapitre, tout en formant une seule lignée (ce fait ne résulte pas du texte où l’on pourrait voir une série de groupes distincts sans descendance les uns des autres, et partant sans parenté), n’onf pas été engendrées par les procédés qui n’apparurent que plus tard, à l’époque iï Iza-nagi ç,i Iza-nami, alors que l’essence supérieure des génies célestes commença à s’altérer; les dieux ne connaissaient alors leur éj)0use que par une sorte de contemplation idéale, dont les hommes ne peuvent plus avoir idée dans les siècles de corruption où ils vivent depuis longtemps. C’est pour cela que leur épouse est qualifiée du titre de imo «sœur» (voyez cependant ce que nous avons dit plus haut, ]). 47, relativement au sens du mot imo).
La signification des noms de divinités mentionnées dans ce ehapitre a été discutée })lus haut (j). 45 et suiv.) à })ropos du passage correspondant du Ko zi Ici. Il faut faire observer seulement que, dans ce dernier livre, deux divinités, Tünu- (jui et Iku-gui ont été ajoutées après la déesse Sii i-di-ni. Enfin le Ko zi Ici distingue les déesses j)ar l’expression ^ imo, qui ne figure i)oint dans le Ni-hon tiyo-ki.
Quelques courtes notices, jointes au texte de ce dernier ouvrage, nous font connaître plusieurs variantes des noms de divinités citées dans ce chaj)itre :