Parce que cet enfant ne plut pas à ses divins parents
4. On croit qu’J,üa «écume» est une petite île située au nord-
ouest de l’île de Ava-di.
5. 1i Di ko-mo, forme ancienne de 3 u- ^ kore-mo «celle-là aussi».
YAMATO BUMI. — GENÈSE.
livres canoniques, les produits de leur union sont des produits mallicureux, et les enfants qui leur naissent tout d’abord ne leur semblent pas meme dignes de compter dans rénumération de leur progéniture. Tandisque d’apres le second de ces livres, la faute est immédiatement réparée, et l’œuvre de la création se poursuit à la satisfaction des deux dieux. Dans un cas cependant, lors de la naissance de l’îlc de Ava-di, par une réminiscence évidente de la tradition du Ko zi Jd, la divine Iza-nami n’est pas contente; mais on attribue son mécontentement à un autre motif.
Dans les citations jointes au texte principal du Syo-ki^ on trouvera des variantes qui s’ajoutent au récit primitif et le complètent. Les deux rei^ sur l’ordre des dieux supérieurs, descendent de l’empyrée par le pont suspendu du ciel, mais ils ne savent comment s’y prendre pour s’acquitter de leur mission. L’exemple de deux oiseaux qu’ils aperçoivent accouplés, vient le leur enseigner. La divine Iza-nami, dans son désir ardent d’imiter ce qu’elle vient de voir s’accomplir, oublie que la femme doit se montrer soumise et respectueuse envers l’iiommc. Elle lui demande la première de contracter des liens. Ce mépris des rites porte malheur à leur procréation. Désespérés de l’insuccès, les deux rei remontent au Ciel pour en demander la cause au Dieu suprême. Ameno kami. Celui-ci leur explique alors que l’inconvenance de Iza-nami a seul motivé le malheur dont ils ont été frap- ))és.
La version du Ku zi ki semble la })lus comj)lète, et sa supériorité meme est peut-être un nouvel argument contre son ancienneté. Comme elle résulte, en tout cas, d’une étude
flIAPITUK IV.
api)rofomlie des ciiiciciis ducinnents sintauïstes, elle mérite néaiiinoins d’étre étudiée avee attention’.
1. Voici la traduction de ce morceau du Ku zi ki. Je l’ai laite sur un exemplaire cpie j’ai j)u seulement me i)rocurer depuis que l’impression de ce livre a 6tê commencée. On no s’étonnera donc pas, si je n’y ai point fait allusion dans les pages qui précédent ;
«L’aufrustc Père des Cieu.\*, lit connaître sa volonté aux deux divinité'S ly-i-naRÎ et Iwinaïui, on leur dlsiuit : Il axLste le |>ays de Toyo Asi-cava-no Ti-i-tco aki-iio midü-ho**. Il convient <iue vous îdlicz vous y établir itoiir l’oiganiser. Puis il leur donna La Luice de jade du Ciel avec ses instructions.
Les deux dieux L«-ua}îi et liui-n:uui i-c«;urent cet ordre et se tinrent au haut du Pont tlott-int du Ciel. Us firent enseinblo cette convention. 11 y a flà-bas) <|Uel<iuo cho.se (lui ressemble iî de la Rnilssc tlothuite. N’y aurait-il jcis des i>ays au milieu? Ils priient aloi-s hi lance de jade du Ciel, et, en soiuLant, tirnivéïent la mer :izurée. ILs dirif,èrent ensuite leur lance vois le fond; comme ils l'a^âtaicnt, loisaprils Li retiièrent, des j'outtes d’eau do mer tombées do la (loiutc se coaindércut et devinrent une île apielée Ono-goro zima.
Apré-s cela, ils pbicéivnt la Lance de jade de Ciel au sonunet do Hle de üno-soro-zima, et en firent La Colonne Céleste au cenüe du ixays.
Les deux dieux lza-na$;i et Iza-nami descendirent alois du C’icl diuis cette île et éalificrent le [Kilais Ya-iro-no lo, oii ils luabitéaent eusemble.
Le divin Iza-nagi adressa cette question à la divine Iza-iuuni : «Ton coris, comment est-il fait?»
La divine Iza-u.ami lui ia'iH)udit : «Corims meum Kradatim completiun fiât, sed locus est quidmn quo non completmn est»
Le divin Iza-iiiqn lui fit cette injonctiou : « Corpas meiuii frradatim completum fuit, .sed locus est quicLam quo exuberat Itaquc cc^iito coriwris mei nimia i»aite conxaâs tui imperfectum locum jierforandoKiljstruere, ut creentur regiuies et terne. — Qu’en penses-tu?»
Elle lui réixnidit : «C’est pjufait de La sorte.»
Le divin Iza-n:ifâ lui fit cette injonction : «Moi et toi, nous allons faire le tour de la Colonne du Ciel, puis nous nous miirous.»
S’éLaut ainsi entendus, il lui dit : «Toi, du côté gauche, moi du côté droit, nous ferons le tour de la Colonne du Ciel, et de La sorte nous nous reucoutierons face à face.»
La divine Iza-nami cluuita La première, et dit : «Quelle joie de rencontrer un si joli jeune homme!»
Le iliviu Iza-nagi lui ré|x)udit à sou tour ; « Quelle joie de rencoiib'er une si jolie jeune fille!»
Le divin Iza-nagi fit alors cette injonction à la divine Iza-nami : «Moi, je suis le mâle; il est convenable que ce soit moi qui chante le pi-emier; et c’est la femme qui a chanté tout d'abord! U y a là un mauvais présage.» ILs deviniont néanmoins maia et fenuuc, et donnèrent naissance à des fils. C’est Jiinsi qu’eut lieu pour la première fois Ltmiou du principe femelle et du principe qui corrstitira le rrrariage.
* En japonais : Ame. -no mi oya. On désigne, de la sorte, le grund dicn primordial de la mythologie sintanïste , celni que nous avons vu appelé, an début du Ko zi ki, par le nom de yaka-nu»i, et qui est le même que le dieu Ame-no kami « le dieu du Ciel ». — On pourra remarquer que, dans le texte dn Ku zi ki et ailleurs, ce dieu est placé, dans des conditions tout à fait exceptionnelles, au-dessus de toutes les autres divinités dn Panthéon japonais. Tandis que les divinités secondaires se livrent à des actes essentiellement humains, partagent les faiblesses de notre espèce, vivent et meurent comme les hommes, le dieu suprême n'apparait que pour faire connaître sa volonté à ceux qu'il charge du gouvernement de l'univers, puis U disparaît, ce qui ne veut pas dire qu'il est anéanti , comme le sont les autres puissances établies par lui pour donner la vie au monde et présider à ses destinées. Il y a là un point capital de la Genèse des Japonais, sur lequel on ne sani-ait trop fixer son attention.
** Le Japon, c'est-à-dire le Pays issn du Koseau primordial, est ici donné comme existant antérieurement à la mission à'Jza-nagi et d'/2o-na»ii.
YAJMATO BUMI. — GENÈSE.
Ama-no uki-hasi signifie littéralement «le pont flottant du Ciel » . Uki-hasi est rendu par l’expression chinoise ^ ^
L’enfant qu’ils engendrèrent alors fut //ira-Æo «la Sangsue». Ils placèrent cet auguste enfant dans un bateau de joncs et l’abandonnèrent au courant
En.suite ils engendrèrent Hle Ava-no aima, qu’ils n’adinirent lias non plus dans la lignée de leurs descendants.
Les deu.x divinités Iza-nagi et Iza-nami se consultèrent et dirent : «Eu ce moment, les enbxnts que nous avons engendrés ne sont pas satisfaisants. Il faut que nous remontions au Ciel, exposer ponctuellement ce qui est arrivé.»
En conséquence, ils remontèrent ensemble au Ciel et présentèrent leur rapixxrt.
L’auguste ancêtre du Ciel% au moyen de grands sortilèges, leur tira les augures et leur fit cette injonction :
«Le fait qu’une femme ait la première pris la paiole, n’est-il pas néfaste? D faut donc que vous recommenciez voti'o tour (de la Colonne du Ciel) ». Ils redescendirent en conséquence, en choisissant le jour favorable (que le Dieu suprême avait) fixé au moyen des sorts.
Iza-nagi fit cette injonction : «Nous allons tous deux recommencer à toumer autour de cette colonne, moi par la gauche, toi par la di’oite, et lorsque nous nous rencontrerons, nous accomplirons notre union.»
L’arrangement ainsi conclu, les deux divinités Izji-nagi et Iza-nami se rencontrèrent à l’endroit même qu’ils avaient désigné en tournant autour de la Colonne Céleste.
Alors le divin Iza-nagi chanta le premier ces pmoles ; « Quelle joie de rencontrer une aussi aimable jeune fille! »
La divine Iza-nami lui réiwndit : «Quelle joie de rencontrer un aussi aimable jemie homme!»
Le divin Iza-nagi interrogea la divine Iza-nami en ces tenues ; «Coipus tuum quo modo factum e.st?»
La divine Iza-nami lui répondit ainsi ; «Corpus meum eompletum est, sed locus est quidam oiiginis femineœ quo non eompletum est.»
Le divin Iza-nagi lui fit cette injonction ; « Coiqius meum completiun est, sed exuberat origiuis masculiuæ locus quidam.»
Le divin Iza-nagi lui fit [encore] cette injonction ; «Cupio coiqxxris mei nimia iraifo oiiginis masculinæ imperfectum corporis tui locum perforando-obstniere, ut creentur legiones et tonæ. Qu’en pense.s-tu?»
La divine Iza-nami lui répondit : «C’est parfait de la sorte.»
Tune, mas et fœmina cupienrut, ineundo concubitum, creirre regioues et terras; sed non cognoscebant quo modo banc rom irgerent. Eo tenrpore, volibrndo venenint motacillæ quæ caprrt et «rudain agitabant. Drro numina asixixerunt illas, et ab eis edocta fuenrnt modum concubitrrs.
Tout d’abord ils engendrèrent Hle Ava-di-no sima qui fut le cor-don ornbilieal. Et comme ils ir’err éprouvèreirt point rie sîrtisfactiotr, ils l’appelèrent Hlo d’Ava-rli, ce qui vcirt dire «irotr'e honte» (a-gu hadi).
Puis ils engendrèrerrt Hle aux deirx nonrs à'Lyo; puis ils ertgerrdr-èreut Hle do Tükuai; puis ils engendrèrerrt Hle de 1-Jd; puis ils engerrdi'èrertt Hle de Tu-sima; puis ils orrgerrdrèrent Hle do 0-ki] puis ils engorrdrèrorrt Hle de Sa-do; puis ils orrgerrdr-èr-ent la gr-aitde île japonaise Oho-yamato Toyo-aki-lü aima *'*. Do là provient le rrotrr de Oho-ya- .vi»ifi«les huit gratrdes îles». Phts firrd, quand ils furent revorrrrs à lerrr poirrt do dépruf (à Trio do Avadï), ils errgendrèront Hlo de Kifn-no ko] puis ils engorrih-èreirt ITle Adu ki-zima; puis ils errgendrèrent nie 0/io-.»iwia; puis ils ongondrèroirt \1\a Jlime-zbna; imis ils ettgeirdrèrcirt Trie Ti-ka-tio aima; puis ils engendrèrerrt l’ilo Fula-yo-no zima «Hle jumelle».
♦ C'est-i-diro le gi-aïul Dieu Amc-no kami ou Naka-nuai.
** Il semblo y avoir ici une contradiction avec le début du texte où le Japon paraît préexister à la mission A'Iza-nagi et A' Iza-nami. 11 n'est cependant pas impossible que, par les deux dénominations du Japon , non identiques d'ailleurs, il faille entendre deux choses dift'érentes. La question sciait intére.ssantc ,i discuter, mais notre commentaire est déjii trop étendu pour que nous puissions entreprendre ici un travail d'exégése qui nous entraînerait nécessairement dans des développements d'une longueur démesurée.