DE LA RÉUNION DES ÉTATS GÉNÉRAUX. CHATEAUBRIAND ET LA PLACE D'ARMES
Les documents que nous avons retrouvés concernant les conditions dans lesquelles se firent les travaux de la salle des Étals ne sont pas très nombreux, mais ils sont surs.
Les premiers détails nous seront fournis, par les commissaires de l'Assemblée nationale chargés des attributions confiées aujourd'hui aux questeurs (ou du moins s'en rapprochant beaucoup) et que l'on nommait <r commissaires de la salle*, dans un Rapport M sur lequel nous aurons plus loin à revenir :
La première époque, y lit-on, ©si celle où le département de* Menus et celui du gardemeuble de la Couronne faisaient, sous les ordres donnés par le ministre de la Maison du roi, toutes les dépenses relatives a l'Assemblée nationale. Cette époque comprend dix-huit mois, depuis l'ouverture des ÉlaU généraux à Versailles, le 5 mai 1789,0, jusqu'au 1" octobre 1790.
La seconde époque commence au moment où le roi, en conséquence du décret de l'Assemblée nationale concernant la liste civile, a rejeté des états de sa maison tout ce qui était relatif» l'Assemblée nationale qui, des c*t instant, a dû faire sa dépense. Cette époque comprend l'espace de temps qui s'est écoulé depuis le 1" octobre 1790 jusqu'à présent.
La première époque se dmse encore en deux autres qu'il est nécessaire de noter. La première partie de la première époque comprend le lemps du séjour de l'Assemblée nationale a Versailles, depuis le mois d'avril jusqu'au mois d'octobre 1789, c'est-à-dire l'espace de six mois.
A cette époque, les seuls agents du pouvoir exécutif disposaient souverainement du local de l'Assemblée; [en note : <r (Tétait au point de lui en fermer l'entrée et de l'obliger k se réfugier au Jeu de Paume et à l'église Saint-Louis, où elle tint plusieurs séances mémorables à la fin de juin 1789.»] Us donnaicut des ordres pour les constructions, réparations, ameublements, etc.; eux seuls nommaient tous les employés, en réglaient le nombre, le service, les mémoires et en ordonnaient le pavement au trésor royal.
Pendant ce temps, un seul commissaire, l'un de nousP', fut chargé par l'Assemblée nationale de veiller a la police, a la sûreté et à la salubrité du local; il proposait ses vue», ses
11 ' Cf. (jnnptt rtndm H rapport priteuU* à PAttemblèt naiioualt par Ut ammittruet dt la mil», i ta Aïitwci! du mardi So août ijgt, an matin. Paria • 1791. in-4'. (Arch. nat. AD 1, 34.)
f* Il y a la une inexactitude de mots : les dépenses antérieures au S mai sont , comme on le verra plus loin , comprises dans ce rapport.
cine, demeurait à Paris, me Citrix -
Chanips, 55 (bileldcGcuTres); il fut élu député dn liera élat aux États généraux par la ville de Paris. Sa demeure à Versailles était rue Sainl-Hunoré. 4. lîLiillotin s'occupa particulièrement , même après l'adjonction des cinq autres coinmiasaire», de l'orjpuisation matérielle de l'Assemblée. Nous reproduisons ci-aprea (chapitre III) une note portant les
plans, ses moyens; mais il ne pouvait rien foire evéculer, même avec l'approbation do l'Assemblée, que par 1» voie de la réquisition auprès du ministre et autres agents du pouvoir exécutif qui, dans les commencements, ne s'y prélaient que 1res difficilement.
Au mois d'octobre 178g, l'Assemblée nationale transféra ses séances à Paris, et, a cette occasion, elle nomma de plus cinq autres commissaires : MM. d'Aiguillon''1, Féréquc de Rodeil1', Lepelelier de Saint-FargeauP-, La poule !'> et de Gouy<s>.
Les six commissaires furent chargé) dn faire toutes les dispositions nécessaires pour exécuter celte translation et pour régler tout ce qui pourrait avoir rapport au local.
La suite '«lu Rapport concerne les salles de l'Archevêché et du Manège; elle sera relatée ci-après.
Les mémoires des entrepreneurs, les factures, bordereaux et autres pièces justificatives, qui complétaient ce Rapport, sont conservés aux Archives nationales. Nous entrerions, croyons-nous, en des détails puérils et qui dépasseraient notre sujet , si nous analysions ces documents; il nous suffira de les signaler aux curieux *s). S'ils sont d'ailleurs d'une extrême précision pour les chiffres et les calculs, cette précision ne s'étend pas, comme on le ferait aujourd'hui, à l'indication minutieuse des locaux. On pourrait peut-être, en y employant une laborieuse patience, faire quelque reconstitution partielle de salles ou de couloirs, mais les reconstitutions de ce genre n'offrent pas à la science critique de suffisantes garanties, et il n'entre pas dans nos vue» de les utiliser.
Dans le * tableau de l'Assemblée nationale, première époque n, joint au rapport des commissaires, déjà cité, on lit : Construction de la salle à Versailles: 313,871 livres, 10 sous, 7 d.
Nous avons dit plus haut en qncl sens il faut entendre ici le mot contlrvction.
;l) Armand-Dé*iré Vignerot Duplessis Richelieu . due d'Aiguillon, pnir de France, député de Iv liobksw de la sénéchaussée (TAgen.
i'> Seignelay-Colbwt de Caslle-Hill, député du dergé des sénéchaussées réunies a Rode»; il ne recul au baptême d'autre nom que Seignelay. (Voir la noie que nous avons publiée à ce sujet dans noire Rteuril de document» , 1. 1, p. 48 «.)
1/ouis-Mirhel Upeleber de Saiol-Fargean , président A mortier au parlement de Paris, député de la noblesse de la ville do Paris.
<*' Jeaii-Denis-Loui* l-a|M>ule, avocat a Besançon, député du tiers état du bailliage de Besançon. Lonis- Marthe de Gouy d'Arsy. colonel de
sentant de Saint-Domingue.
'•• Voir en particulier : -Bordereau général de la dépense faite pour l'Assemblée nationale tant & Versailles qu'a Paris, pendont l'année 1789" et -Mémoire et toisé d'ouvrage* de peinture et décor faits pour le service des Menus-Plaisirs du roi a la saUe |x>ur rassemblée des fiais généraux tenus a Versailles le h mai 1789, par Maaiére . peintre « , etc. (Arrh. nal.. C, i3s). La plupart des pièces conservées dans ce carton sont relatives aux dépenses de l'Assemblée nationale. Les moindres mentions de déjieuses s'y retrouvent; aussi bien la noie de 3oo livres dn sieur Levi «possesseur du secret de la pile h détruire les sourie , que le reçu dn marquis de Breié a qui l'on paya 5oo livres «pour son droit d'habillement a cause de la cérémonie faite par le roi de l'ouverlnre des Étals généraux..
Les * dépenses à l'occasion des séances de l'Assemblée nationale à Versailles et des divers changements faits dans les salles du clergé et de la noblesse et addition de bureaux, etc., jusqu'au i5 octobre que l'Assemblée s'est transportée à Paris n, s'élevèrent à i09,63a«i ».K
Nous avons trouvé aux Archives municipales de Besançon, dans les papiers de Paris, une «Note relative aux travaux faits pour l'établissement de l'Assemblée nationale tant à Versailles qu'à Paris*; elle est de la main de Paris; nous en reproduirons plus loin la plus grande partie. Kn voici le début qui se rapporte à la période qui nous occupe :
Lorsque le 8' Paris, architecte du roi et dessinateur du Cabinet de Sa Majesté, eut reçu l'ordre de faire le projet de la salle oîk devoit se tenir l'Assemblée nationale, a Versailles, il eut l'honneur de présenter aux ministres plusieurs plans; des mutifs d'économie l'avoient engagé à se restreindre à l'étendue de la salle de* Notables, seul emplacement qui offrit la facilité de donner n cette salle, la commodité, la grandeur et la majesté convenables a l'auguste Assemblée qui devoit l'occuper; mais la nécessité d'y placer t.aoo députés et d'y admettre le plus grand nombre de spectateurs possible contraignit a recourir a un projet plus vaste; et, malgré l'éloignement qu'on avoit pour une grande dépense, on fut obligé de se résoudre n augmenter de beaucoup la longuenr de la salle des Notables et à construire, hors de sa largeur, des galluries et des tribunes pour le public. Celte construction fut exécutée avec uue célérité telle que le tout fut prêt pour le teins prescrit, malgré la saison rigoureuse où on était alors et qui a coûté la vie à plusieurs ouvriers qne les neiges et le verglas ont précipité des échaffauds et des combles qui en étoient couverts.
Après l'ouverture de l'Assemblée, des dispositions nouvelles ont exigé des arrangements qu'on n'avait pu prévoir, et dans ces moments où les idées n'étaient point encore arrêtées, on demandait et l'on faisait faire des choses que depuis il a fallu changer ou détruire : tels soul, par exemple, les amphithéâtres qu'on a laits dans les salles du clergé et de la noblesse qui sont devenus mutiles après la réunion, et qui n'ont même pas pu servir à composer celui que l'on a construit dans la grande salle, la hauteur et l'étendue de ces pièces n'ayant pas permis d'y admettre la graduation et la largeur qu'on a pu donner au dernier. Les bureaux qu'on avait préparés, ne se trouvant pas sufTtsans, toutes les grandes pièces ont été divisées par des cloisons, tant pour produire le nombre nécessaire do ces bureaux que pour former des comités, des secrétariats, des archives, un trésor et des corps de gardes dont la place originaire avait reçue (tic) d'autre destination; il a fallu monter beaucoup de maisons de bois, soit dans la cour ou dans l'avenue; on a été obligé de faire des canaux sous le plancher de la salle et beaucoup de nouvelle lucarnes sur les combles pour dissiper la chaleur et renouveler l'air, disposition moins nécessaire dans l'origine, ne devant servir quo rarement. Tous ces ouvrages ont été exécutés avec la plus grande célérité, et très souvent Ion a été obligé de faire travailler la nuit; enfin la session qu'on ne croyait pas devoir être aussi longue devant décidemment durer tout l'hyver, il a fallu faire dans tout l'établissement les dispositions nécessitées par cette saison, et déjà la plus grande partie des poêles étaient construits lorsque l'Assemblée a décrété qu'elle transporterait ses séances à Paris.
"> Ce détail est puisé aux bordereaux conservés dans le carton C. i3n. Dans le liapporl des commis- Mtre*, cette nomme est confondue dans un compte qui s'étend du 5 mai 1789 au 1" octobre 1790.
nm. un isirice». — 1. S
Les architectes et décorateurs eurent sans doute le soin de rendre, pour les trois ordres, l'installation aussi commode que les locaux le permettaient, mais ils étaient surtout préoccupés de l'effet à produire pour la séance d'ouverture; il fallait faire ijrand, majestueux, pour que la salle fut digne de la Cour qui devait y paraître. Les moindres détails sont, dans cette vue, minutieusement étudiés : les effets de lumière, le jeu des étoffes, la couleur générale de l'ensemble, etc. Nous en avons la preuve dans une sorte de consultation anonyme couservée dans le dossier que nous avons déjà utilisé et dont nous croyons, pour ce motif, devoir donner les parties essentielles.
Salle ilet Etat» /,'rWraiu . le ai mort ij8y.
Il csl peu do moyens, y lit-on, de couvrir tuer, des étoffes les irrégularités et le* difformités de celte construction. . . le pilireau seul peut lui donner de IVh-nduu. Le lieu offre le moyen d'une architecture régulière, un grand purlique dans le milieu, deux moindres portiques sur les cotés, l'un desquels sera l'entrée ordinaire du roi. .. Il n'est pas moins vrai que sa largeur est diminuée à droite et à gauche par un mur de cinq pieds, un enlre-rolonne de deux et une entonne de deux pieds et demi environ de diamètre, ce qui, en Inut, fait 1 9 pied» pris sur In largeur de cette face. Il reste i3 pied* entre les colonnes ut c'est l'espace destiné au placement du dais et du troue; ces ->3 pied* et les 10, pieds forment justement les 4î pieds que j'ai trouvés à ce rul-dc-lampe, mais romme la profondeur n'est que de 1 5 pieds et que sa hauteur se décrit d'une manière parfaitement incommode pour donner du jeu à des étoffes, il parait que le seul moyen à préférer est celui de lu perpective en ornement d'architecture, et quoique fou veuille faire, cela ne peut jamais être d'uue grande dépense. La salle finissait H l'assemblée des notables par une décoration de cette espèce qui, je crois, sera conservée pour les Etats. Il ne parait pas déraisonnable que le roi paraisse entrer par une porte et, quoiqu'il ne je serve que de celle qui sera latérale, le lieu demande qu'on aperçoive la représentation d'une grande porte au milieu, qui sera censée être l'entrée du roi1".
Nous arrivons, avec l'achèvement de ces préparatifs . à la séance d'ouverture du ô mai 2l, pour laquelle, comme nous l'avons vu, pries députés des trois ordres sont avertis de se rendre à la sulle des Etats, à 8 heures du malin, en passant par
'■'> Ar.li. ual., 0', :S'.Kj.
Voir la gravure de Monet : Oitrrrturf des États i>mbm\iT. que nous reproduisons. On jkttit rapprocher île cette gravure une autre porlont celle indication : rOessiné d'après nature par J. Moreou le jetiue, dessinateur <-l graveur du roi et de son Académie de |>eiulure et sculpture». (Bibl. mil.. Estampes. Moirau le jeune, EP, 53, L 1.) On y remarque une -Ijslo alptudiéliquc des nous 'le MM. les députes » l'Assemblée nationale, 17 juin 17B11-: celte prétendue liste comprend lex seuls députés du clergé el de In noblesse qui
précisément n'étaient |ui* à l'Assemblée nationale le 17 juin 1789. et ne contient aucun nom de ceux qui la formatent »lor<, c'est -a-dire les députés des communes. On voit, au musée de Versailles, un tableau de Couder montrant la /fémur»! Je* fctalt généraux, 5 mai ijSij. l.os œuvres de rc genre ne sont pour l'histoire d'aucun intérêt. — Consulter pour les détail* le Mercure de Fraiwe du iC mai «789 (p. tio etsuiv.). [<e récit de cette cérémonie est repris un peu plus loin (p. i3o) : e L'article de Versailles qui précède, lit-on à cet endroit, ne »lim*ant pas à la curiosité publique. . .
LES ÉTATS GENERAUX ET LA CONSTITUANTE À VERSAILLES. ib
l'a venue de Paris et entrant par la rue des Chantiers Cette indication, il faut le reconnaître, est fort obscure. Pourquoi celte obligation de <r passer par l'avenue de Parisn? Les autres rues étaient-elles interdites et voulait-on, par cet avis, éviter aux députés de faire un chemin inutile? On pourrait conclure de cet avis officiel que tous les députés, à quelque ordre qu'ils appartinssent, entrèrent ce jour-là dans la salle par la rue des Chantiers; cette interprétation serait, de toute évidence, erronée.
Rabaut de Saint-Ktienne écrit à ce sujet :
On avait affecté une porte particulier»! pour les députés des communes; ils devaient passer par une porte de derrière, abritée par un hangar^, où ils furent entassés pendant plusieurs heures, pendant que le roi, la cour el les députés de l'église et de la uoblesse passaient par la grande porte l3î.
Le Récit de» aéancet qui , pour cette période, tient lieu, pour les communes, de procès-verbal, nous fournit un renseignement contraire; on y lit, à lu date du 5 mai :
Ce jour, sur les 9 heures du malin, ou s'est réuni dans une galerie teuante à la salle des États; If* drpuléë det trou ordre* y entraient sucessirement à mesure qu'ils étaient appelés par le» hérauts d'amies placés dans une tribune au-dessus de la portei*1. Le maître des rérémonies indiquait à chacun la place qu'il devait oceu|>er; le clergé était ù la droite, la noblesse à la gauche, à la suite étaient les banquettes des communes parallèlement au trône. Eulre midi et demi el une heure, le roi est entré.
L'ordre d'appel fait par le héraut d'armes porterait à infirmer le récit de Rabaut de Saiut-Étienne. On trouve dans le jUcrcwre de France, à la date du 5 mai, cette note : rLc marquis de Rrczé et deux maîtres des cérémonies commencèrent à placer les députés dès 9 heures du matin; ils avaient été tous convoqués dans l'une des deux salles voisines destinées aux délibérations particulières du clergé et de la noblesse. Là, les dépntations furent appelées a tour de râle et chacun de leurs membres fut conduit à sa place par un des officiers des cérémonies. Cet arrangement employa plus de deux heures r,. Le compte rendu de cette journée dans le Monitetir, si souvent utilisé, ne fut rédigé, comme l'on sait, po„r la partie supplémentaire (mai-novembre 1789), que plusieurs années
(" «Le* demande* de place* pour la séance de l'ouverture des États généraux doivent être adressées a M. le dur. de (înirhe, a l'hôtel de Matignon, rue Sainl-Doiiùnique. l/i grand mailre de» cérémonies disposera d'un tiers des billet*. » Journal de Parti du 16 avril 1789. — Le due de Guiche était capitaine des gardes du corps en survivance. Il «agit de l'anowe conslniile sur la elisus-
sce même île la nie des Chantiers. Voir le plan de l'architecte Paris.
pi Priât <t«(onV/».r de la Rirolutiou franfaitt. Taris. 179s, a vol. in-18 (Bibl. nat., La"/ïa), t. I, p. a«p.
On voit dans le plan de l'arebitecte Paris, sous le n* i5, le » balcon' d'où le héraut a fait l'appel le jour de l'ouverture île l'Assemblée».
plus tard; nous jugeons inutile, pour ce motif, de le donner ici en entier. On y relève cependant le détail suivant :
Du û uni 1789. Conformément k la proclamation du roi, le» députés se sont rendus, en costume, * la salle de* KUU ver» 9 heures du malin. Ils ne purent néanmoins y entrer qu'à niesure. qu'ils étaient appelé* par les hérauts d'armes, et lis malin- des cérémonies indiquait à chacun la place qu'il détail occuper, suivant l'ordre auquel il appartenait et le rang de son bailliage d'après le règlement de 161/1.
Ce règlement de 161 A comportait l'appel non par ordres, mais par gouvernements1"; les députés des trois ordres devaient donc se trouver groupés, réunis, pour répondre en même temps à l'appel de leur bailliage. On voit par ces divergences combien il est difficile d'élrc exactement lixé sur les événements d'hier. Que dire par suite des temps anciens? Gaultier de Biauzal, le député d'Auvergne, nous donne dans une lettre écrite le jour même, en sortant de la séance, des détails qui sont à noter :
Nous sommes entrés dans les bâtiments appelés les Menu* entre 7 et 8 heures de re malin, el nous en sommes sortis ù U heures et demie payées. . . L'appel a été fait dans la salle où les trois ordres étaient réunis, c'est-à-dire péie-méle. On a appelé ensemble le clergé, la noblesse et le tiers état de chaque députation, et les dépulations uni été appelées sur le cahier qui servit à la visite de samedi dernier. . . On rencontrait, en passant de cette première salle dans celle appelée des États, les grand matlre, maître et aide des cérémonies, lesquels prenaient : le premier les députés ecclésiastiques, le second les députés nobles et le troisième les députés du tiers, et conduisaient chacune de ces classes aux places qui leur éuiicul destinées. . . La salle est majestueuse mais fort mal disposée pour que les députés s'y expliquent et s'y entendent, du moins autant que jo l'ai entrevu en apercevant quu les places des députés des trois ordre» sont formée* avec des banc» placés horizontalement. Je dis banc*, mais remarquez qu'ils sont rembourrés et couverts d'étoffe. Comment une assemblée de 1.300 personnes pourra-Uelle conférer d'une manière intelligible à tous, lorsqu'il fondra que In voix de celui qui parlera rase et plane sur les léles^'î Les spectateurs sont infiniment mieux placés, car ils sont dans deux rangs de loges entre des colonnes et sur des sièges en forme de gradins qui élèvent chaque rang de un 18 pouces au-dessus du précédent.
La reine était a coté du roi. Les princes, princesses, duc* et pairs et grands officiers de la Couwnnc étaient sur les cotés. Les dames de la Cour remplissaient deux balcons formés en prolongation du théâtre, n gauche et ù droite. . . Le roi a prononcé bien nettement un discours d'environ quatre minutes. . . clc.l».
'" Cf. Ordre obtenc m la convocation cl asirmilce dtx F.lutx généraux de France ... aaaée / 6 1 h , par Henri Grelin I'ioisjeh. — Paris. 1 vol. in-8*. Bibl. nst., Le,:/34.
Dominique-Joseph Garot raconte ce qui suit «Uns une IclLre adressée a Coudorret : »A peine introduit dan* ta salle qui avait été préparée aux représentants du peuple français, je m'aperçus que ma faible voix ne pouvait se faire entendre
dans cette vaste enceinte où grondaient tant de leinpétes; que la simplicité el |>eut-étre anui la tierté de mon caractère m'érartaient des comités cl des travaux que les fondateurs de» coalitions puissantes (wrtageaient entre eux et leurs dociles créatures». (Jourmtl ic Paru du jo décembre 1791.J Dominique-Joseph Garât avait été élu député aux Étals généraux par le tiers état du bailliage dTslarili. f'' Gultimi M Bmlmt, op. cit., t. Il, p. as.
Sur l'aspect général de la salle, les détails les plus complets ont été publiés dans le Mercure de France W :
Cesl une grande el belle Mille, y lit-on, de tao pieds de longueur sur £17 de largeur en dedans des colonnes; ces colonnes sont cannelées, d'ordre ionique, sans piédestaux , à la manière grecque; l'entablement est enrichi d'oves, et au-dessus s'élève un plafond percé en ovale dans le milieu. Le jour principal qui vient par cet ovale était adouci par une espèce de Imite eu lalTelas blanc. Dans les deux extrémités de la salle, on a ménagé deux jours pareils qui suivent la direction de l'entablement et la courbe du plafond. Celle manière d'éclairer la salle y répandait partout une lumière douce el parfaitement égale, qui faisait distinguer jusqu'aux moindres objets en donnant aux yeux le moins de fatigue possible. Dans les bas côtés, on avait disposé pour les spectateurs des gradins et, *. une certaine hauteur, des travées ornées de balustrades. L'extrémité de la salle, destinée à former l'e*lrade pour le roi el la Cour, était surmontée d'un dais magnilique dont les relroussis étaient attachés aux colonnes. Celle enceinte, élevée de quelques pieds, en forme do demi-cercle, était tapissée tout entière de velours violet, seule de fleurs do Ijs d'or. Au fond, sur un superbe baldaquin, garni de longues franges d'or, était placé le trône. Au coté gauche du Irène, un grand fauteuil pour la reine el des tabourets pour les princesses; au coté droit, des pliants pour les princes; au pied du Irène, à gauche, une chaise à bras pour le garde des sceaux, à droite, un pliant pour le grand-chambellan. Au bas de l'estrade était adossé un banc pour les secrétaires d'Étal, et devant eux une grande table couverte d'un tapis de velours violet. A droite el à gauche de la table, il y avait des banquettes recouvertes de velours violet, semé de fleurs de lys d'or. Celles de droite étaient destinées aux quime conseillers d'État et aux vingt maîtres des requêtes invités à la séance-, celles de la gauche, aux gouverneurs et lieutements généraux de provinces. Dans la longueur de la salle : a droite, étaient d'autres banquettes pour les députés du clergé, à gauche, pur ceux de In noblesse, et dans le fond, en face du Irène, pour ceux des communes. Tous les planchers étaient couverts des plus beaux tapis de la Savonnerie. Dès le matin, avant g heures, il n'v avait plus de gradins, plus de tribunes qui ne fussent occupés. Un ne croit pas se tromper en estimant que ces places pouvaient contenir plus de 9,000 spectateurs. Excepté l'entre-colonnc, réservé aux ministres étrangers, tous les bancs de devant avaient été gardé* pour les dames, et celte attention ne contribuait pas peu à augmenter la pompe du spectacle, par l'élégance et la richesse de leurs parures.
Le succès de la révolution annoncée, promise'*', était lié, dans une mesure que l'on ne saurait croire ai l'on n'étudiait les événements de près, a celte affaire
''' Numéro du 16 mai 1789, p. i3i du supplément intitulé Journal politique. Ce passage a été reproduit dans l7»CroAieft<»i du Mommr (IWimpr.. L 1 , p. 599 ); ou le retrouve aussi, en partie, dans la ComtfOKdmc.' littéraire , op. cil. , L X V, p. 4 5o, édition Tounteux.
'*> ^Considérant l'heureuse révolution qui se prépare el qu'on doit espérer de l'Assemblée auguste de la nation française annoncée et promise par Sa Majesté. . . ». etc. (Lettre de» ofEdem «le la prévoté de Valenciranea à Neckcr. i4 février
1 789. ) — 'Nous voilà enlin arrivés à ceile mémorable révolution. . . » , etc. (Lettre d'un P. Récollel an garde des sceaux, 18 mars 1789. Arch. nat.. B 111, 7.) — Dés 1787, le mot révolution est couramment appliqué aux résultats de» biais généraux annoncés. Dans un arrêt du parlement de Rouen du ao décembre 1787 relalif aux vingtièmes, on lit : "Attendu que les États généraux sont promis pour 1791... que d'ici à cette révolution prochaine il existe un trop court espace. . . * , elc. ( Arck. nat.. AD 1, 7.)
d'apparence vulgaire d'installation et de locaux. C'était, en effet, la réunion ou la non-réunion des ordres qui, après le Rétullat du Coiueil du 37 décembre 1788, était devenue la préoccupation de tous les esprits; dans les conseils moines du roi, la division était grande à ce sujet (on en voit la preuve dans les incertitudes voulues des règlements royaux relatifs à la convocation); la question, en somme, était si brûlante, que les agents du pouvoir royal se tenaient à cet égard dans la plus sage et prudente réserve :
On eut l'attention, écrit un témoin, de ne pas mettre en buut de la |>orle de chaque salle : Salle du clergé, Salle de la ncileue, et M. le grand mallre de» cérémonies se fit une loi de m répondre qu'arec une extrême réserve aux questions que lui firent plusieurs députes sur l'union ou la désunion des Irois ordres pour ne manifester aucun penchant, aucun parti pris par le gouvernement
Les indécisions et les embarras du pouvoir royal se remarquent encore dans l'ordre du roi publié dans la matinée du 6 mai :
De par le roi. Sa Majesté ayant fait connaître aux députés des trois ordres l'inlenliun où Elle plaît qu ils s'assemblassent des aujourd'hui, 6 mai, les députés sont avertis que le local destiné à les recevoir sera prêt à 9 heures du matin
La formule a été, de toute évidence, spécialement étudiée pour ne rien dire de précis sur la distribution des salles au point de vue des ordres. La dangereuse imprévoyance de l'administration rovale, qui ne prépara que trois salles au lieu de quatre qui étaient nécessaires, apparaîtra surtout au a3 juin, lorsque l'Assemblée nationale résolut de demeurer dans la salle commune, invoquant très justement l'absence d'une salle spéciale au troisième ordre; mais, dès le G mai, on voit le tiers état rester longtemps en séance dans la salle commune, attendant la réunion des deux autres ordres :
l>es membres des communes se rendent au lieu indiqué, lit-on au récit du Moniteur, où ils attendent vainement jusqu'à a heures et demie. I«s deux autres ordres qui n'y sont pas venus, el comme on l'a su bientôt après, étaient assemblés dans des chambres voisines, (je défaut de réunion exeilo un grand murmure dans l'assemblée des communes^). Malouel proposa ensuite «d'envoyer aux deux ordres privilégiés une dépulalion pour les imiter à se réuuir aux communes dans h' lira des assemblées générales-.
Les communes trouvaient ainsi, dans la non-préparation d'une salie spéciale pour elles, un argument en faveur de la réunion des ordres et, par suite, du vote par tête.
Dans quelques récits de ces incidculs, on voit que l'administration avait prévu les inconvénients de ces dispositions imparfaites, qu'elle voulait préparer quatre
<•> yîroléif*»«1iif«rfMe»nyi!,parl'i>bbéCo*Ti!». Arcb. nat., AD 1, 11. iu-V.
(Arch. nDl., AD 1. m. p. 1.) <»' Moniteur, réimpression, t. I, p. 47.
salles au lieu de trois, et que le refus d'un manège par «r l'administrateur des écuries ■»">, fit échouer l'arrangement. Tout cela parait bien invraisemblable. Le plan de l'architecte Paris permet, en effet, de reconnaître qu'il n'y avait pas l'emplacement d'un manège dans les dépendances de l'hôtel des Menus-Plaisirs. A que! titre l'administration des Écuries avait-elle a intervenir? Les grandes et les petites écuries étaient très loin de là, sur la place d'armes. Les Menus ne confinaient, à celte époque, à aucun autre hôtel. 11 s'agit vraisemblablement d'une de ces méprises si fréquentes qui, par défaut général d'esprit critique, ne peuvent être délogée» de l'histoire.
Sur le seul emplacement de la salle des séances de l'Assemblée nationale, les erreurs les plus singulières se relèvent chez les historiens. L'un d'eux, et des meilleurs, place cette salle ndans le château de Versailles?». Quoi de plus étrange enfin que ce qu'écrit a ce sujet un témoin célèhre, Chateaubriand?
En traversant Versailles, écrit-il, je vis des troupes essernées dans l'Orangerie, des trains d'artillerie parques dans les cours, la salle provisoire de t Assemblée nationale Slevèe sur la place du Palau cl des députés allant et venant parmi des curieux, des gens du château et des soldais
Ces lignes montrent avec quelle défiance il faut accepter les récits ou mémoires écrits plusieurs années après les événements; elles pourraient montrer aussi, s'il en était besoin, l'utilité de fixer par d'authentiques témoignages le détail des édifices qui furent le I dédire des scènes les plus célèbres de l'histoire.
APBRS LE 5 MAI. SEANCES DES 1 1 ET 1 k MAI. — EVENEMENTS DU MOIS DE JUIN.
LES COMMUNES SE DECLARENT ASSEMBLER XATIOSALK (17 JUIN). LA SEANCE DU 'JO JUIN
Al JKli DE PAUME. HISTOIRE DE LA ÎT SAINTE MASUBBt. — LA XOTiCS HISTORIQVB DR
CH. VATEI.. LE JEU DE PAUME APBES LA BRVOLliTIQN.
Entre les débuts des États généraux et les événements , si importants pour la marche de la Révolution, de la seconde quinzaine de juin 1789, les députés des Communes s'appliquèrent a ne faire aucune démarche, à ne prendre aucune
''' «Les minière* pensèrent qu'il fallait disposer quatre salles pour les États généraux : une plus vaate devinée au» séances royales et aux assemblées générales. troÏB affectées aux ordres; il fut convenu de prendre de» arrangements en conséquence. Los salles furent désignées. M. de Saint- Priest s'était occupé de ce soin: mais une de ce* salles était uu manège que l'udiniiiistrsiiou des Écuries ne voulut point céder.» (Notice sur Saint-
Priest par M. de liarante, en léte de Lettres rl instructions de Louis XVI au comte de Saint-Priest. — Paris, i8^5. in-8*. p. xiv. lies source» ne sont pas indiquées. Sur Prançois-Euunantiel Guignant . comte de SainUPriest, voir notre fleeutil de document* relatif* à In convocation des f.'tnts genèratu:, I. I. p. .I..7.
<'■ Mémoires d'oulrt-tombe , Ed. or. BW.. t. 1. p. •)(>(>.
décision qui pût faire préjuger, contre eux, la division des ordres. L'niïaire des salles séparées et de la salle commune revint donc à diverses reprises dans la discussion.
A la date du 1 1 mai, par exemple, un député d'Alsace «développa la nécessité de mieux connaître l'opinion de la pluralité* :
Un autre membre, lit-on nu Rkitdet têmttt, a pris de la occasion de remarquer que 1» disposition de In sali* était tris incommode; que les bancs étant tous de niïeau et placés 1rs uns derrière les autres, il y avait toujours une grande partie des membres de l'Assemblée qui ne pouvait ni voir ni entendre celui qui portait la parole.
En conséquence, il a demandé qu'on envoyât au grand maître des cérémonies pour lui demander que, sans aucun délai, les places fussent disposées dans une forme circulaire et amphithéàtrsilc. Celte motion a été combattue. Pour l'écarter.on u opposé que la «aile n'était celle d'aucun des ordres en particulier, mais des trois réunies; que le clergé et In noblesse y avaient aulant de droit que les communes et qu'ainsi la forme n'en devait être changée que par la volonté générale ").
Le i4 mai, nous voyons un appel direct à la réunion en commun des trois ordres :
Les députés de» communes de France, lit on au même Itkildt* tèanca, se sont, en vertu de la convocation du roi, de l'ajournement du garde des sceaux et de la publication des bérauls d'armes, rendus, le mercredi 6, dans la salle destinée à l'assemblée des Étals généraux, et ils n'y ont [«s trouvé les députés du clergé ut de la noblesse; ils ont appris avec clonnement que les députés de ces deux classes de citnyens, au lieu de s'unir avec les représentants des communes, s'étnient retirés dans des appartements particuliers; ils les ont vainement attendus pendant plusieurs heures; il en a été de même les jours suivants; enfin quelques-uns des députés des communes s'étant fait instruire du lieu on étaient les députés du clergé et de la noblesse, ont été leur représenter que, par le retardement a se rendre dan* la salle qui les appelait, ils suspendaient toutes les opérations que le peuple français attend des dépositaires de sa conGance. . . "\ etc.
Le 'iU mai cul lieu, dans le salon d'Hercule, au château, la présentation au roi irdes députés qui n'étaient pas encore arrivés le a t., et le Récit des séances rendant compte le lendemain de cette cérémonie ajoute : n\ six heures et demie, les mêmes députés ont été présentés a la reine et sont entrés sans distinction d'ordre et confondu* les uns avec les autres-.
Le *» 7 mai enfin, les communes votèrent l'appel suivant au clergé:
Messieurs les députés des communes invitent Messieurs du clergé, au nom du Dieu de paii et de l'intérêt national, a se rendre avec eux dans la salle de l'Assemblée générale pour aviser aux moyens d'opérer la concorde si nécessaire en ce moment au saint de la chose publique.
'■" Récit de. .fWr», éd. de la Société de l'histoire de la Révolution, p. M. — *> KmJ <for
LES ETATS GÉNÉRAUX ET LA CONSTITUANTE A VERSAILLES. il
I] n'entre pas dans le cadre de cet ouvrage de raconter les incidents qui amenèrent la Chambre des communes à se déclarer, le 1 7 juin, Assemblée nationale; nous renvoyons sur ce point aux recueils spéciaux. H n'en va pas de même cependant des incidents qui suivirent cette résolution décisive pour la suite de la Révolution, et il faut nous y arrêter. L'Assemblée nationale, en effet, fut amenée à quitter momentanément la Balle de l'hôtel des Menus; l'histoire de ses tmntmarchemmts, comme dira Mirabeau, a été imparfaitement connue et, pour le résultat spécial que nous poursuivons, il nous faut rappeler ces transmarchements et décrire rapidement les divers locaux ou l'Assemblée nationale dut se réfugier pendant la période si agitée comprise entre le 17 et 37 juin, jour on le roi prescrivit luimême au clergé et à la noblesse de se réunir aux communes, mais plus particulièrement encore du 19 au au: juin, puisque c'est à cette date que l'Assemblée nationale reprit possession de la salle des Menus.
Le parti aristocratique exaspéré par les décisions de la Chambre des communes, surtout par celle du 17 juin, fit de* tentatives désespérées, dans les jours qui suivirent, pour entraîner le roi à des mesures de réaction. De mystérieux complots se tramèrent alors et leur échec désespéra les contre-révolutionnaires Les historiens, ceux qui sont hostiles à la Révolution surtout, ont entrepris de faire croire que la mesure prise dans la matinée du ao juin, pour empêcher les députés de siéger, était d'une absolue nécessité, la séance royale annoncée alors pour le as juin exigeant de longs préparatifs. Une lettre écrite à Louis XVI, le 1 9 juin, par le garde des sceaux Barentin (a>, suffit pour détruire cette légende :
Sire, y lit-on, le résultat des délibération* des trois ordres fera connaître à Votre Majesté qu'il ne s'est rien passé qui contrarie ses vue*, mais leur erécution devient luttante et que (sic) l'ofr» Majesté donne de* ordre» pour qu'aucun ordre n'entre demain conformément à »n intentions, car, le clergé déparé, il y a eu des mouvements. On a voulu contraindre les curés à changer d'avis; il y avait beaucoup de monde attroupé pour les y forcer, cl il ett important de couper court h ce qui pourrait arriver . . .
»La révolution du 17 a troublé toute» le» kHc«; l'agitation où l'on voyait U Cour, Ira mouvements extraordinaires qui s'y faisaient, persuadaient au tiers état qu'elle se trouvait phnigéo dans des embarras incitrirakles et qu'il pourrait bien se faire qu'il* déterminassent le roi à une marche rétrograde. H resta donc un rayon d'espoir. . . Les réunions * multipliaient chez le comte d'Artois et chez les Polignae. . • Vais ces flatteuse* allusion* ne furent pas Je longue durée. » Mojtjoii , Histoire de la Révolution de France. — 'Le clergé s'est assemblé la nnit dernière dans l'église Notre-Datne. Toutes ses démarches «ont suspecte*. Si les troubles qui noos agitent devenaient sérteui , cet ordre serait
ont. du iniricn. — i.
le premier immolé à la fureur du |>euple.<t {Relation des événements du 6 mai nu jô juillet f]8f)> publiée par A. Bbittb dan» la Révolution française du ii décembre 189a, d'après un manuscrit des A flaires étrangères).
L<: Charles-Loais-Franeois-dc-Paule Barentin avait été pourvu de *■ l'état et charge de garde des sceaux de France» par leUrc* du 1 9 s-ptembre 1 788. (Areh. nat.. O", l98. — Voir notre Recueil ddocumenu, 1. 1, p. 3C4.)
lettre autographe de Barentin. Areh. nat.. K. 679. On peut, d'après les termes de celte lettre, reconnaître l'heure à laquelle, le 19 juin, elle fui écrite œ fut évidemment lorsque le cardinal de
11 est légitime d'admettre que celte lettre «lu garde des sceaux détermina le pouvoir royal à prendre les mesures de rigueur virtuellement arrêtées; le précédent créé en i6i4 autorisait toutes les espérances du parti autoritaire"', mais on voit par là dans quelle vue et pour quels motifs avoués, les locaux de l'hAtel des Menus furent occupés par la troupe le samedi jo juin 1789. à la première heure.
Il nous parait indispensable, en raispn de l'importance de l'événement, de donner ici la partie du procès-verbal de l'Assemblée nationale qui se rapporte a notre sujet :
A 0, heures du malin, heure indiquée pour la séance de l'Assemblée nationale, le président el le» deux secrétaires se «ont présentés h la porte de l'entrée principale; ils l'ont trouvée gardée par des soldats et ils ont tu un grand nombre de députés qui ne pouvaient entrer. M. le président a demandé l'officier de garde. M. le comte de Vassan »'?st présculé et a dit qu'il avait ordre d'empécher l'entrée de la salle, par rapport aux préparatifs qui s'y faisaient pour une séance royale M. le président lui n dit qu'il protestait contre l'empêchement mis a l'ouverture de la séance indiquée le juur d'hier à l'heure présente, et qu'il la déclarait tenante. . .
M. le comte de Vassan ayant ajouté qu'il était autorisé à laisser enlrer les officiers de l'Assemblée pour prendre les papiers dont ils pouvaient avoir besoin, M. le président et les secrétaires sont entrés et ont vu, en effet, que In plus grande partie des banni de la salle étaient enlevés et que toute* les avenue» étaient gardées par un grand nombre de soldats.
Ils ont remarqué dans la cour et à la porte extérieure plusieurs oftirhes conçues en ces termes : * filais généraux. De par le roi. I* roi avant résolu de tenir hop séance royale auv États généraux , lundi 92 juiu , les préparatifs à faire dans les trois salles qui servent aux assemblées des ordres exigent que ces assemblées soient suspendues jusqu'après la tenue de ladite séance. Sa Majesté fera connaître, par une nouvelle proclamation, l'heure à laquelle Elle se rendra lundi à l'assemblée des États. A Versailles, de l'Imprimerie royale. 17^9."
M. le président cl les deux secrétaires étant sortis, ils se sont transportés dnns le jeu de paume de la rue du Jcu-de-Paumef51, où les membres de l'Assemblée se sont successivement réunis. Signé : llnilly, président; Camus, secrétaire; Pison du Galland fils, secrétaire.
I/i Rochefoucauld, président , eut rompu lasésncc, uprès le vote irrégulier qui donnait à ta uuo-réuniun du clergé a l'Assetnbliv nationale, une voix •le majorité. D'après le liétil de l'abbé Gosier, *la minorité du clergé sciait retirée, croyant bi majorité de son côté». — Voir sur celte affaire la Trrizièmt Irllre à «w.v commettant* , de Mirabeau.
''' tEu i6iS, la Cour n'attendit pas que les trois ordre» eussent terminé leurs doléances. In malin, les représentants trouvèrent fermée ta porte du lieu où ils se réunissaient, ils se dispersèreul eu nkucr. Le 90 juin 1 780 . plus sûrs de leurs droits, plus pénétras de leurs devoirs, plus confiants dans l'appui de la nation, les députés ne se dispersèrent pas. Mounier, qni partageait alors l'indignation générale, fui le premier a leur proposer le srr-
menl par lequel ils se lièrent. Quand plus tard on leur demanda en vertu de quel litre ils prétendaient réformir la France, Mirabeau répondit : *Kn vertu 'tn^me de l'acte qui nous jeta sur le pavé de la • rue-. L'insnlle de la <>>ur avait renouvelé H Ibrtilié le mandat populaire.» l Ednic Cmneios, L'etprit de la HtvoltilioH, p. 1 1 3. )
;,; L'original de ce procès-verbal, entièrement de la main de Camus , e»t conservé aux Archives nationales (dans le registre coté C*. I, t. i); une rature à cet endroit témoigne que le rédacteur ignorait a oe moment on se trouvait exactement la salle du Jeu de Paume. Il a écrit a deux reprises : Jeu de Paume de la rue .Saint- fierre, el deux fois il a rayé rue Samt-Pierrt pbiir mettre : rne du Jeu-de-
Les députés se rendirent, à la suite de Bailly, à la salle du Jeu de Paume; là un nouveau procès-verbal fut dressé, qui commence ainsi :
Du mime jour, dix heures et demie du matin, dans la salle du Jeu de Paume, rue du Jcu- L' Assemblée s'élant formée, M. te président a rendu compte de deux lettre* qu'il a
^® -fmi/ ~£(J)<- ùu**—*Xauc*- *yày>*A~ fut'
Lrllrr Mgncr du tnarqui< 3» limé (Arcli. ml., WinéV, n* ioS5).
reçues, ce matin, de M. le marquis de Brexé, grand maître des cérémonies"! etc. L'Assem-
bleV arrêta ensuite -de prêter à l'instant le serment solennel de ne jamais se séparer et de se
01 P»«r la suite de ec procès -verbal, ainsi sujet, ont du «Ire éliminé* du prient ouvraRe. que pour les détails qui, ne tnuchanl pas à notre voir Le SrrmM rf. Je» d* Paume, fxnmili d«
rassembler partout où 1rs circonstances l'exigeront, jusqu'à ce que It constitution du royaume soit établie et a (Ter mie sur des fondements solides'" . . .
Après ia rédaction du procès- verbal, la séance, employée à recevoir en double les signatures ne fut levée qui» o heures -'.
Cette salle, d'un aspect, si modeste et si simple, qu'André. Chénier, dans son Ode sur le Jeu de Paume, appellera da sainte masure», lo «temple a jamais fameux":, et qui devait devenir si célèbre, avait été construite à la lin du xvn' siècle.
M. Ch. Vatel qui fut, pendant plusieurs années, conservateur du monument, a écrit sou histoire avec de minutieux détails; il a eu connaissance de documents intéressants et, tout en faisant nos réserves sur la méthode de cet auteur, nous croyons devoir faire un large emprunt à la notice qu'il a consacrée à cette salle > :
Vers iliSh, nous apprend M. Vatel, les fonctions de tnaislre paulmier du roi et concierge des jeux de paulme de Sa Majesté étaient confiées à un sieur Jean Bnzin, demeurant originairement ù Saint-Gerojain-en-Layc et propriétaire à titre privé du jeu de paume existaut dnu» cette ville <4'.
tejett et des signatures d'aptes U protis-rerbal manuterit eonserrè aur Archives nationales, avec me introduction rl des tables par Armand Dimi et avec un avant-propos par Edmc Cnxarios; publié par la Société de ChMoire de la névoluUnn. Pari*, 1893, in-H". — La lettre du marquis de Breié que nous reproduisons (p. 43) est la seconde de celles qui figurent au procès- verbal du ao juin ■789
|1( L'11 donhle du procès-verbal manuscrit, avic les signatures , se trouve aux archive» de la Chambre des député*. — Soir . ce sujet ce que nous disons de la réception de* signature» , dans Le Serment du Jeu de Paume, op. cit., p. 1.
(,) On lit, a la <late du ao juin dans un des Butletint du tiers, conservés aux Archive», nationales (C, -)0) : rJ'élai* avec trois on quatre cents personnes dans la rue . oii l'on entendait très distinctement ce qui se disait. J'avoue qu'il me fut impossible de résister, pendant plus de trois heures, à l'imprcs-iion terrible que fit snr moi ce cri d'une assemblée de m ce nu personnes qui , dun« l'enthousiasme d'une véritable conjuration, prononcèrent tous à la fois ces mots : "Nous le juron» î s et ensuite : erVive le roi I», cris qui fureul répétés par le peuple avec une espèce de délire et les applaudissements les plus vifs. Apres la prestation du serment, tous signèrent le profès-verhal. Un seul, et son uom doit être à jamais connu (c'est M. Martin
Dauch, avocat et député deCastcluaudary), écrivit ; 'Je m'oppose». M. de Mirabeau , même eu signant, dit : tJe signe parce que vous nie dévoneriet encore «à la haine publique; je serais roué comme je l'ai •Ht ces jours derniers a Paris, en effigie, mais je tvous déclare que ce que je signe est une vraie conjuration. » l/cs signatures ont rempli nne partie de la séauce.s — Ces Bulletin» inédits sont, croyonsnous, l'œuvre de l'ablié Co-ler, député de Verdun, auteur d'une série intitulée Bulletins du clergé, qui a été publiée sous son nom et qui est conservée nunnscrile dans le même dossier. Iji correspondance du député Legendrc, que nous avons déjà utilisée, contient, à la date du 90 juin, une intéressante lettre (Corrtspondtmet publiée par MM. Co»a« et Deioiisam, Révolution française du xh décembre ■ yoo , p. Sa 5 ) ; on y lil en particulier : 'La tenue, continuée sans interruption jusqu'il 8 heures du soir, a été levée et renvoyée à lundi, 8 heures du malin ».
Ch. Vatcl. Notice historique sur la salle du Jeu de Paume de Versailles, depuis sa fondation jusqu'à nos Jours. Versailles. i883, in-8* (Bibl. nat., Lk 7*3383).
w Des jeux de paume existaient autrefois près de la plupart des résidences royales. Nous avons parlé ( Introduction , ehap. V ) des anciens jeux de paume du Louvre. Voir aussi : Plan du jeu de pan/me, boulevard du Temple, n' 3j, sur le terrain
Il avait assuré la survivance de m charge à son fils François Bazin. Il avait marié sa fille Jeanne à Nicolas Crellé, autre pauluiier-raquctlier. Ceux-ci conçurcut la pensée d'édifier un jeu de paume à Versailles, droit qui n'appartenait qu'à eux seuls et constituait leur privilège.
Ils possédaient un terrain de concession royale situé rue de l'Hôtel-de-Ijorge. L'bAtel de l.nr;;<! était situé au coin de la rue du Vieux-Versailles, n° tnj, et de la rue du Jeu-de-Paume actuelle. Ils s'associèrent avec un sieur Davesne, garde-vaisselle du roi, pour acheter une
V\g. m. — \jt Sfnnrnl (lu Ira Ar Paumr, H'uprw la gravure de Patata el fiiniiurtT anamw à ijmavalrl. { Kslnmpe* hiMoriquc», V.)
pièce de terre rontiguë. Puis ils s'occupèrent avec ardeur de la construction. Nous possédons les devis datés de 1686 qui la précédèrent. Ils sont curieux en ce qu'ils montrent aver quel soin l'opération fut conduite cl expliquent la longue durée d'uu édifice si fragile en apparence
D'après les devis, les murs doivent avoir deux pieds et demi d'épaisseur, fondés tur le bon terrain (sic), revêtus, à l'extérieur, de pierre de taille de Meudon et, au dedans, d'assises de pierre de Saint-Leu. Le pavé sera de pierre de Caen, blanche, sans nul fil ni inolière, bien posé, droit et de niveau. La charpenterie est aussi détaillée avec un soin infini et sera reçue par M. de L'Espée, entrepreneur des bâtiments du roi, à Versailles (le père dn célèbre abbé de
de M. Charrier, patJmierde M'' U eomtt d'Artou, et m Cf. Minutes de Bruneaii, garde-nolle suivant
la gravure montrant le Jeu depuulme de Mr le comte la Cour à Versailles: étude Besnard , puis Cbesnel . d'Arloù (Bibl. nul.. Estampes. V, »63). rue de Satory, n* 17. (Nota de M. Vatel.)
L'Kspée). Le tout devait être parachevé dans quatre mois, ce qui eut lieu. Le plafond était peint en bleu et orné de fleure de lys d'or. Le» murs4l«iiiil peints en noir suivant l'usage pour qu'on vit mieux la blancheur de» balle*; un filet à hauteur de ceinture ditisait In salle en deux; de* galeries en garnissaient trois faces. Au-dessus de In porte ouvrant sur In rue de l'Htliel-del/irge , riait sculpté en ronde botse le soleil rayonnant, emblème choisi par Louis \IV .lès ititj j. Celte devise seule suffit pour indiquer que le roi devait se rendre au jeu de paume, quand
Vifi. m. — La «aile du Jeu il»; Paume. Vue (irùe en 1898.
on ne le «aurait pas d'autre part; seulement il est certain qu'il n'a pas pu l'inaugurer, puisque l'année 1686 tout entière est occupée par la maladie qui se termina le 18 novembre, n In grande opération que Ixniis XIV subit et qui le retint au lit jusqu'au 1 1 janvier 1687. Dangcnu nous apprend, dnns son Journal, que ce fui Mgr le Dauphin qui le premier honora le jeu de paume de sa présence : n Mardi, 3 décembre 1686, à Versailles, Monseigneur, dit-il, ne sortit point de tout le jour et passa l'après-dlner ù la paume-, il y a un jeu de paume ici que des particuliers ont fait balir ù leurs dépens et qui n'est achevé que depuis trois jours*. (Op. cit., I, 4a3.)
Le jeu de paume avait coûté 65.5o3 livres. M. Vatel indique ensuite que lorsque Louis XIV prit pour médecin Fagon, ce dernier rr lui conseilla la paume comme un salutaire moyen d'hygiène, et le roi suivit docilement les pres-
criptiong de son médecin r. Suivent une série d'anecdotes qui ne sont pas de notre sujet.
L'auteur reprend ainsi :
Sans nous attacher à la chronologie des différents propriétaire» du jeu de paume, nous dirons seulement que, le 5 septembre 1703, il avait été adjugé sur décret, e'esl-à-dire après saisie, moyennant 16,600 livres; mais qu'en 1787 le prix s'était relevé et qu'il était estimé, après une expertise judiciaire, par Perrier et Devienne, architectes à Versailles, A la somme de 64,076 francs. L'immeuble appartenait indivisément à divers, et notamment à Jarques-Philippe Talma, bourgeois, demeurant à Versailles, oncle du célèbre tragédien de ce nom, et à M. de Molènes de Har, i-cuyer, ancien gouverneur des pages de la Chambre du roi, père ou grandpère de M. du Molènes, qui a laissé d'honorables souvenir dans uotre ville et s'est Tait un nom comme criminalité <i;.
Le jeu de paume était loué verbalement au sieur La Taille, qui y faisait fort bien ses affaires. Nous avons retrouvé dans les archives du bailliage de Versailles le rapport de Perrier et Devienne, architectes, contenant les viihe, pritie et ettmeaioH du jeu de paume avec plusieurs plans et coupes a l'appui . . . Nous copions :
■;Le bâtiment du jeu de paume contient ifi toises, k pieds, 9 pouces de longueur sur
6 toises, 1 pied, 6 lignas de largeur, réduit dans œu»re, cl de 3 1 pieds de hauteur, du dessus du carreau quarré en pierre dure jusques sous le plancher formant le plafond du jeu de pauluie, dont les murs de face, tant sur la rue que sur le jardin, sont élevés de 17 pieds,
7 pouces de hauteur, du dessus dudit carreau jusque sur la plate-forme qui reçoit les poteaux de charpente formant le surplus de l'élévation dudit jeu de paulmo et ayant ta pieds, 9 pouces de hauteur. «
C'était, dans univrc, une aire de cent toises (vacation du t8 juillet 1787, p. toâ du rapport).
Deux portes eu chêne ouvrant sur la rue du Jcu-de-Paulme donnaient accès dans la salle; la ,>lus voisine de la rue du Vieux- Versailles, celle portant l'emblème de Louis XIV, était précédée d'un perron de trois marches en pierre. On accédait par deux autres portes de l'allée d'eutrée dans la salle du jeu de paume.
L'auteur reprend ensuite le rapport de Perricr cl Devienne :
» Au pourtour du jeu de pauhne. sur trois sens régnait une galerie de 5 pieds, 3 pouces de largeur et de 8 pieds, 9 pouces de hauteur sous la couverture en planches de sapin, disposée en appentis servant à donner l'effet au jeu de6 balles. Cette galerie est ouverte de deux baies servant d'entrée aux joueurs, lesquelles sont sans fermetures. Quatre autres baies a hauteur d'appui, servant aux spectaU-urs, étant sans fermeture, mais garnies de filets. Sur la plateforme posée sur lesdits murs, tant du côté de la rue que dn côté du jardin, sont 7 espaces ou intervalles formés par 8 poteaux avec liens formant 8 arcades. En dehors sur ledit jardin, est une galerie contenant 6a pieds de long sur 3o pieds de largeur, construite en planches posées sur des polenres de fer, scellées dans le mur dudit jeu de paulme, avec un plancher de 9 pouces de haut posé de champ à la saillie dudit balcnn, formant garde-fol et recevant le bas du filet qui retient les balles du jeu de paume. »
"' Voir la lettre de ces deux personnages que nous publions ci-après, p. 5o.
M. Vatel raconte ensuite les événements des ao— j3 juin 1789. Son récit ne présente pas le même intérêt que l'exposé qui précède, puisé à des sources qu'il a été seul à pouvoir consulter; nous ne nous y arrêterons pas.
L'anniversaire du serment fut fêté le ao juin 1790, par une cérémonie dont M. Vatel donne le compte rendu (p. 3o et suiv.) :
Gilbert Ronimo, le futur conventionnel, avait, dit M. Vatel, conçu lo projet de fonder une association sous le titre de SoeiM du Sarment du Jeu de Paume. . . Homme résolut d'en consacrer l'existence par un acte qui aurait une date historique. Il choisit le ao juin 1790. Dès la veille , les futurs associas se présentent a l'Assemblée nationale pour demander son adhésion. Ils portaient une plaque d'airain sur laquelle ils avaient fait graver la teneur du serment prêté en 1789. Elle était encadrée dans une bordure de marbre vert antique et fixée par quatre clous de broute. Ce monument, pincé sur un brancard, était orné de draperies et de banderoles aux couleurs nationales. Il était eu outre couronné de branches de chêne. Il fut porté à l'Assemblée par les membres de la dépulalion et quatre indigent* qui tenaient les banderoles entre leurs
Suit un récit de la séance du 19 juin 1790 et le texte du discours prononcé par l'orateur de la députation, fie citoyen Anaclet, ci-devant religieux de l'ordre de saint François-" :
L'Assemblée ordonna l'insertion, dans le procès-verbal, tant de l'adresse que de lu réponse, et M. Dnmourhel "', l'un des secrétaires, remit a la société un certificat constatant l'agrément donné par l'Assemblée nationale au projet qui lui avait été soumis. Le lendemain, la cérémonie projetée reçut son exécution. Dès neuf heures du matin, la société était réunie sur la route de Versailles au ueuvièine mille, c'est-à-dire, si nous comprenons bien, environ a deux lieues, par conséquent à Sèvres. Le président marchait en tétc, escorté des deux secrétaires. Le monument était porté par huit sociétaires au centre. M. LecointreC*', président du département, vint, au devant de la ville, se joindre a cet acte de piété civique. Arrivée en face de l'oncienne solle de l'Assemblée ualiouale, la marche s'arrêta pour f:iire une station religieuse devant crt "endroit cher aux amis de la Révolution-. Eu face de l'Hôtel de Ville, nouvelle station. Les officiers municipaux se joignirent au cortège. Enfin, entre onze heures et midi, houro à laquelle, un au auparavant, à pareil jour et dans le même lieu, le serment avait été prononcé, l'opération commença. Le mouumenl fut placé dans le mur, en face de l'entrée, vis-à-vis de l'endroit où était le bureau sur lequel le serment fut prononcé Pi. Il y fui scellé avec les pierres tirées de» fondations de la Bastille et apportées à cet effet de Paris par la Société.
Après de nombreux discours patriotiques, la fête se termina et la municipalité offrit de»
Jean-Baptiste Duntottcbei, recteur de l'L'ni- de la salle, comme l'indique la gravure de Prieur
versilé de Paris, député du clergé de la ville de et Berthault (voir ri-dessus, fig. 10), et non.
Pari». comme le montre Itavid , dans le *cus de la largeur.
Lauréat Leeoinlrc. qui devait être député b Berthault (Pierre-Gabriel), qui ne doit pas être
la Législative eta la Convention (t 74S-1 8o5). confondu avec Duplessi-Bertaux (17^7-1 81 8), élait
(': Cette plaque d'airain est encore placée ac- né à Saint-Maur. en 17A8; il mourut vers 181g.
tnellement au même endroit On remarquera qu'il — Voir l'intéressante notice qui lui e»t consacrée
de cette phraw que, le ao juin 1789, k< par MM. de Portau's et Beroldi {La graveurs du
installé dan* le sens de la longueur jm/i' ««fc, t. I, 167 ). **
rafraîchissements aux membres de la Société du Jeu de Paume dans la grande salle de l'Hôtel de Ville. Une (Imputation de la Société se rendit ensuite chet M. Lecoinlre pour répondre k l'honnêteté de son invitation. «On s'est embrassé, on s'est porté des santé» mutuelles et l'on s'est séparé avec le regret réciproque de quitter des amis et des frères. «
Le récit de M. Vatcl est l'analyse du Proeèt-Verbal de la Société du Serment du Jeu de Paume, dont le texte est publié m extenso, même ouvrage, p. 79-89. Ce document, avec le récit détaillé des fêtes qui curent lieu à Paris, eau Ranelagh du bois de Boulogne s, pour remercier la municipalité de Versailles de la réception faite le ao juin 1790, est trop développé pour que nous puissions le reproduire.
La salle du Jeu de Paume fut le tbédlre, dans les années qui suivirent, de diverses cérémonies cominémoratives du serment. lin octobre 1 79 1 , la Société des Amis de la Constitution, de Versailles, fit placer une plaque portant ces mots : nlls l'avaient juré, ils ont accompli leur serment *. En avril 1 79:1 , les soldais de Châteauvieux furent fôtéa dans la salle du Serment :
Les quarante martyrs de Brest, lit-on dans les Rémluliom tic Paris, arrivèrent à Versailles lu veille de PAques (7 avril), le soir. On leur donna une représentation de la tragédie de Brutus; le lendemain, les amis de la Constitution les conduisirent au Jeu de Paume. Des femmes du peuple, chargées de branches de laurier et de rhéue, ouvraient la mBrche, précédant la pique d'honneur du faubourg Saint-Antoine, portée au rcnlre d'un groupe des hommes du 1S juillet, escortée d'un détachement des vieillards et des enfants armés pour la patrie; quatre-vingts jeunes filles vêtues de blanc suivaient avec beaucoup de décence et portant dans leurs mains des chaînes figurant celles sous lesquelles gémirent trop longtemps les soldats de Châteauvieux. Nos quarante bons Suisses venaient ensuite, tenant chacun un sabre forgé avec leurs fers; une lance, au haut de laquelle était te bonnet de la liberté, les précédait; Collot d'Herbois, leur défenseur, marchait au milieu d'eux; des chasseurs fermaient ce cortège louchant.
On se rendit d'abord à la maison commune. Maigri! uu arrêté de la veille, le maire cl la plupart des officiers municipaux se mirent de la féte; on arriva enfin au Jeu de Paume, ce berceau de la liberté française, pour y répéter le serment le plus sacré, le plus solennel de tous, mais qu'on a fait prudemment d'inscrire sur le brome et la pierre, au lieu même où il fut prononcé pour la première fois, puisqu'il est déjà effacé du cu?ur de la plupart de ceux qui le jurèrent à cette même place.
De là on s'achemina vers l'hôtel des Menus-Plaisirs du roi, qui servit, comme l'on sait, de salle à l'Assemblée nationale pendant les premiers mois de ses séances. Pour y arriver, on traversa la cour du château dite de* Ministnt; par ordre du peuple, un bonnet de laine gris fut posé sur la couronne de la grille. . .
Enfin on se mil à table; elle était de 600 couvert? et servie avec économie. On n'y manqua de rien, mais il n'y eut rien de trop; aussi ne s'y commit-il aucun excès. . . On quitta la table pour se rendre au théâtre, ou Guillaume-Tell attendait les suidais de Châteauvieux. . . Le lendemain lundi, nos quarante martyrs de la Révolution prirent la route de Paris, accompagnés d'une multitude de peuple de tontes les conditions, etc. '".
HèroltiliOHi de Paris, n* îM, p. 5 but. ms tmncei. — i.
Ml
CHAPITIIK PRKMIKR.
Le troisième anniversaire du sermeiil se lie, eu 1 79a, aux (roubles précurseurs de la fin de la monarchie, r Mardi dernier. 19 juin, lit-on dans le» Révolutions de Parié, veille du jour a jumais célèbre par le serment sublime du Jeu de Paume, tandis que plusieurs patriotes allaient à Versailles pour en célébrer l'anniversaire, le directoire de Paris, pour se conformer au décret du 1 3 mai, livrait solennellement aux (lamines les archives de l'ordre du Saint-Esprit et tous ces vieux parchemins, litres de noblesse des gentilhomme» français depuis le déluge. Cet autodafé un peu tardif eut lieu place Vendôme ti, etc. Nous aurons à nous occuper du 20 juin 1795, à propos de la terrasse des Feuillants, qui devait tout d'abord être, pour la plantation d'un mai, le rendez-vous des organisateurs de la journée: iious renvoyons donc à ce qui sera dit plus loin à ce sujet.
Il ne paraît pas que les Constituants fussent bien renseignés sur le véritable propriétaire de la salle du Jeu de Paume. Bouche, dans un rapport qu'il présenta le dernier jour de la session (3o septembre 1 791), écrit :
I /Assemblée se rappelle quelle était restée sans asile à Versailles, lorsque M. La Taille, propriétaire du Jeu de Paume, eut seul !•■ courage d'offrir le local 710 lui appartenait. Depuis, nous avons dû nous étonner que ce dévouement fét resté sans récompense. Il demande qu'il lui soit donné, par forme d'indemnité, une somme de 6,000 livre*. Celle proposition fui adoptée :•>.
M. Valel nous apprend quo « le Jeu de Paume était loué verbalement au sieur La Taille , qui y faisait fort bien ses affaires n; puis il ajoute :
I/imineuble appartenait indivisément à divers et notamment 1 Jacques-Philippe Talma. bourgeois, demeurant à Versailles, oncle du célèbre tragédien de ce nom, et à M. de Molènes de Bar, éeuver, ancien gouverneur de» pages de la Chambre du roi, etc.1*».
Nous avons retrouvé d'ailleurs la lettre suivante, des propriétaires de la salle, adressée à cette époque aux membres de la Législative, et qui semble avoir été inconnue de M. Vatel :
Messieurs, les propriétaires du Jeu de Paume de la ville de Versailles se félicitent et se féliciteront toujours de ce que leur maison a été le berceau d'une Constitution qui doit faire le bonheur de la France et l'i-Mpérance du monde entier. Mais, ils ne doivent pas voua le dissimuler, ce lieu, déjà consacré a la vénération de loua les peuples et nu culte de tous les Français, ne peut plus, sans une espèce de profanation, être dévoué à l'amusement et au jeu. Le respect en éloigne ceux qui le considèrent comme le temple et le premier sanctuaire de la lilierté. Le monument qui en consacre les premiers triomphes en lient éloignés ceux qui voudraient en anéantir jusqu'aux premières traces. L'Assemblée constituante l'avait bien senti; elle avait pensé qu'il était de sa justice d'indemniser les propriétaires déchus d'un revenu assex
<" Compte rendu du Journal Art Débit, ( u" (S61 , p. fi). — Op. cit., |>. 8.
considérable et de sa dignité de marquer, pur un monument national, l'époque de la génération française. Le* grands intérêts qui ont occupé ses dernières séances ont suspendu l'effet de ce louable dessein, mais ils ont été persuadés qu'il ne tarderait pas d'être exécuté par leurs successeurs.
Si la fortune dp» suppliants répondait à leur amour pour la Constitution , il* se feraient une gloire d'offrir à la Nation un hommage aussi digne d'elle; mais leur situation ne le permet pas: elle est devenue même pénible par In privation des revenus attachés à relie propriété; ils sollicitent de votre part une décision qui ne suspende pas plus longtemps leurs espérances. Versailles, le s3 janvier 170.». [Signé :] Taux, Moiisas
La Législative ne prit aucune décision à ce sujet ; c'est aux nouvelles démarches faites par les mêmes propriétaires auprès «le la Convention que se rapporte le document qui suit :
Hcif/yort fait à la Convention nationale, au nom de tri Comités d'instruction publique rt dri domaine* .
BUT .<J tir 11 -jiitryH Lif'WJI'', iiryntr rut m j!<ii iri'i' Ml ue .jrmr— rl-iyi#c, wrvintl ('(hmhiiit, SCCVNU4 Iteeotie
de l'on n de In nipubHûut Jrttuçcù)? , rairi du décret rendu en conjenHence C.
Citoyens, les propriétaires du Jeu de Paume de Versailles, ce Jeu de Paume illustré par le sermiul des premiers mandataires du peuple, vous ont présenté, il y a plusieurs mois, une pétition dont vousavex envoyé l'examen n vos Comités d'instruction publique et des domaines^'.
La ville de Versailles, qui a prodigué les sacrifices pour la Révolution, n vu de jour en jour sa population diminuer d'une manière sensible. Parmi les habitants restés dans Versailles, ceux qui subissaient encore le joug des anciens préjugés et qui regrelleut la Cour, ont cessé de visiter une enceinte qui leur faisait des reproches amers, et les citoyens zélés, par une espèce de pudeur patriotique, ont crainl de se livrer à des jeux frivoles dans un lieu qui leur inspirait un respect religieux et qui leur paraissait rempli de la majesté nationale.
Le Jeu de Paume est maintenant fermé. Une petite maison attenante, et qui en fait partie, n'a pu être louée depuis l'époque du serment Le citoyen La Taille, locataire du Jeu de Paume, s'est vu contraint de l'abandonner, et celte propriété, devenue onéreuse par In sainteté même du lieu, ne laisse plus a ses possesseurs que la charge d'une rente de i,5oo livres hypothéquée sur le Jeu do Paume.
Les pétitionnaires terminent ces exposé» des faits par regretter de se voir hors d'état d'offrir n la nation le sacriGce entier de leur propriété.
Il vivra dans la mémoire des peuples, il est digne d'un éternel souvenir, ce jour où la première Assemblée nationale de France, dans l.-i vigueur de sa jeunesse, inaccessible aux séductions de l'avarice et de l'orgueil, inexorable pour la tvraonie qui menaçait alors et ne flattait pas, agrandie par la persécution et, pour ainsi dire, vierge encore, réfugié)' dans l'humble asile d'un
;,) Arch. nat.. AA, iô .dossier 1 348. On lit sur saille* vient demander que la Convention nationale
cette pièce : "Renvoyé aux Comités de législation achète ce bâtiment ou l'échange contre une autre
et de liquidation réunis par le Comité des pétitions, propriété nationale. La pétition est renvoyée aux
le 19 mars 179s, Tan 4" de la liberté». Comités rrunis d'instruction |HiMique et des du-
Imprimerie nationale, in-8* s. d. (Bibl. nat., mairies.» — 6 janvier 1793. La pétition émanait
Le1755i.) Rapport reproduit dans le Moniteur -du eilojru Talma». (Pnett-ttrlnmu du Comi/é
(Réimpr., t. XVIH. p. i83). diiutruclion fmWowt dt la Convention, publiés par
-Le propriétaire du Jeu de Paume de Ver- J. (imutar., t. I. p. 336.)
jeu de paume, y prononçait le serment .sacré. Depuis ce temps, le peuple a IW'cni de voir des parjures entre ces premiers mandataires, mais il est aussi de» représentants fidèle» qui ont traversé le torrent révolutionnaire «ans être souillés d'aucune fange aristocratique, et sont arrivé» purs sur le rivage; ce «ont eux qui sonnaient d'avance le tocsin du 1 4 juillet cl du 10 août; ce sont eux qai désiraient, qui appelaient la Convention nationale et décrétaient de loin la République. C'est par leurs efforts que vous êtes venus siéger sur les débris de la monarchie cl que mus laissera aux nations le plus grand spectacle qu'ail encore offert une assemblée de représentants.
Nous avons cru, citoyens, que la maison du Jeu de Paume pouvait être utilement employée dans rétablissement de l'Instruction publique, et nous vous proposerons d'en décréter le principe en attendant que vous organisiez l'éducation nationale.
Qu'il inc soit permis maintenant d'ajouter que vous pardonnera sans peine à un représentant de la nation , adopte' par le département de Seine-et-Oise, et qui est certain de vous plaire en rappelant à votre souvenir la gloire qu'a méritée la ville de Versailles. Vous savex tous à quelle buulcur s'est élevé l'arbre de la Liberté sur celte terre longtemps royale, où l'orgueilleux Louis XIV avait étendu son despotisme sur la nature; aucune rilé de la République n'a essuyé de plus grandes perles, aucune ne les a endurées avec un courage plus patriotique; aucune n'a respecté davantage la volonté du peuple et les décrets de ses mandataires; aucune enfin n'a témoigné à la ville de Paris une fraternité plus étroile et plus intime. Répétez donc, citoyens, ce que vous avez déjà déclaré ; qu'au milieu même du Jeu de Paume, sur ses murs sombres el nus, [Lires des souveuirs qu'ils rappellent, le Français et l'étranger lisent : VertaUlrt a bien mérité de la Pairie.
Voici le projet «le décret :
La Convention nationale, après avoir entendu le rapport de ses Comités d'instruction publique et des domaines sur la pétition des propriétaires du Jeu de Paume de Versailles, décrète ce qui suit :
Art. I". La maison du Jeu de Paume do Versailles, où l'Assemblée constituante a prononcé le serment le ao juin 1789, est uu domaine national.
Aht. ï. Cette maison sera employée dans rétablissement de l'Instruction publique, quand la Convention nationale en décrétera l'organisation.
A«t. 3. Le Conseil exécutif provisoire est chargé de lrailer.au nom de la nation, avec les propriétaires du Jeu de Paume, pour l'échange de celle maison contre un bien national de même valeur dans l'étendue de ce département.
Am. à. La renie de i.Soo livres hypothéquée sur le Jeu de Paume sera désormais hypothéquée sur le bien national cédé eu échange.
Art. 5. Sur les murs du Jeu de Paume seront gravés ces mots : La rille de Vtrutiliet a fcr'iw mérité de h, Pairie.
Le décret adopté le même jour, 7 brumaire an 11, 'par la Convention nationale, est identique au projet de décret. (Cf. Proeè*-mbal de la Convention, t. XXIV, p. 168.) Le 26 ventôso suivant ( 1 6 mars 1 796), la Convention rendit un nouveau décret relatif à l'estimation et au payement du Jeu de Paume de Versailles.
Toutes les difficultés, cependant, n'avaient pas été levées par ces décisions de ia Convention que nous venons de mentionner. A la (in du Directoire, on s'occupait encore, malgré la réaction régnante, de la salle du Serment. On lit au Moniteur, à la date du 1 1 pluviôse an vu :
L'Institut national, sur U demanda du ministre de l'intérieur, a donné l'inscription suivante, pour être placée sur la façade du Jeu de Paume de Versailles : "Dans ce Jeu de Paume, le so juin 1789, les députés du peuple, repoussésdu lieu ordinaire de leurs séances, jurèrent de ne point se séparer qu'ils n'eussent donné une Constitution à lu France : ils ont tenu parole*.
Il fut question, vers le même temps, d'élever a Versailles «un monument du Jeu de Paume* sur lequel les détails font défaut. Dans un Message du Directoire exécutif adressé au Conseil des Anciens, le 17 nivôse an vi, on voit qu'il «test indispensable de prendre une résolution relativement à Versailles . . . Celle masse immense de bâtiments a l'air d'une maison vacante qui attend un maître. . . Il faut considérer que si cette commune a eu la flétrissure d'être le séjour des tyrans, elle a eu l'avantage de devenir ensuite le berceau de la liberté; que c'est là qu'on doit élever le monument du Jeu de Paume*; il est utile en conséquence erde faire les réparations pressantes dont Versailles a besoin, si la liberté s'en empare, ou bien de faire procéder à la division et aux ventes par petits lots des bâtiments, fermes et parcs, s'il est reconnu qu'on 11e puisse les déroyaliser autrement qu'en les détruisant"*.
Les décrets des 7 brumaire et a 6 ventôse an u étaient demeurés lettres mortes; la réclamation des propriétaires du Jeu de Paume ne revint devant le Conseil des Cinq-Cents que le 1 A prairial an vu. Desclozeaux présenta un rapport dans lequel il proposait n d'autoriser le Directoire à donner aux propriétaires du Jeu de Paume un domaine national d'une valeur égale, à celui du Jeu de Paume, lequel deviendra domaine national* (Moniteur).
Le a3 fructidor an vu, Garât présenta au Conseil des Anciens un Rapport sur la résolution relative à l'échange du Jeu de Paume de Versailles contre un domaine national'^. Ce rapport est trop important pour être analysé ; nous en donnons les parties essentielles aux Appendices IX) ; on y trouvera des détails sur les derniers incidents qui marquèrent la réuuiou du Jeu de Paume au domaine national.
Voici le texte de l'arrêté qui régla le mode de règlement de cette affaire :
Ait. 1". Le Directoire exécutif est autorise a céder aux anciens propriétaires du Jeu de Paume de Versailles des biens nationaux pour une valeur égale : 1* a la somme de -3,âoo livres, n laquelle le Jeu de Paume a été estimé, et a* à celle de laquelle monteront les valeurs de ladite somme.
Art. 2. Il sera procédé à l'estimation des biens nationaux par deux experts.
<■> Arch. nat. , AD thi, 34. Document imprimé. — "> Paris, an Tin. in-8\ (Bih). nat., Le",'i 801 )
A la date du a vendémiaire an vin, les anciens propriétaires du Jeu de Paume firent une notification portant qu'ils demandaient la ferme de Courtebeuf, provenant de l'émigré Grimauld d'Orsay, sise commune d'Orsay ".
Une France nouvelle était née du Serment du Jeu de Paume'*!, et cm le voit invoqué, ce fameux serment, au cours de la Révolution, dans presque toutes les circonstances, quelquefois même dans celles où son rappel nous apparaît comme un outrage à la vérité et à la justice. C'est ainsi qu'on peut lire dans le discours prononcé le 19 brumaire an vin par Lucien Bonaparte: «Représentants du peuple, la liberté française est née dans le Jeu de Paume do Versailles. Depuis l'immortelle séance du Jeu de Paume, elle s'est (rainée jusqu'à vous... Si la liberté naquit dans le Jeu de Paume de Versailles, elle fut consolidée dans l'orangerie de Saiut-Cloud ».
ÉTAT ACTUEL DK LA SALLE DU JEU DE PAUME. LA RESTAI RATION DITE ARTISTli/l K DE 187a.
LE TABLEAU DE DAVID. LES Bl'STES DES SIGNATAIRES Dt SERMENT. Lt LEGENDE