‹ Histoire des édifices où ont siégé les assemblées parlementires de la révolution française et de la première républiqueChapitre 12 sur 59 · ET L'HISTOIRE · texte numérisé non relu

ET L'HISTOIRE

Après avoir montré ce qu'était la célèbre salle dans le passé, il nous faut, en raison même de l'importance du sujet, dire quelques mots de son état actuel.

Le long parallélogramme qu'elle forme, en bordure de la rue du Jcu-de-Paume, est demeuré, sauf quelques modifications de détail, ce qu'il était au mois de juin 1789. Après les jours consacrés à la glorification et à l'apothéose, impressions si ardentes et si vives que, sans les textes, on peut difficilement se les représenter des années s'écoulèrent sans que l'on songeât seulement à réparer les dommages du temps. Marat avait traité la scène du ao juin de pantalonnade; les journalistes ultras de la Restauration se rencontrèrent, avec l'auteur de l'Ami

<•> V*wi, op. cit., p. 57. Le» date* indiquée» années de date . Peiwlenee d'une France nouvelle, par cet auteur ne peuvent être utilisées sans cmi- CetteFranceéUiluéeduSermentdu Jeu de Paume.* Urolc; c'est ainsi que la loi du i3 fructidor au vil, Edme Champion. relatée ci-dessu», est donnée par lui comme -un !| 'Il y a peu de temps, raconte l'aube' Gre- *rrtlé du conseil des Cinq-Cents, du i3 fructidor goire. que voulu la revoir cette salle du Jeu an viu«.Or, a cette date, il n'y avait plus de Cinq- de Paume où ae «ont accumule» de» souvenir* de Cent*. Réserves août pareillement faites pour la date courage et de gloire ; attendri à cet aspect et d^dc la notification : a vend&niaire an vm; elle n'a chirépar celui de» euuLraslcsqurpril*cu(cntdesévépn être coutroléc. nemenl» postérieurs, j'y ai versedeslarmes brillantes

1,1 -On sait le mot de Goethe sur le champ de el de joie et de desespoir ; si jamais mon liorreur

! de Valmy : «Ici et en ce moment commence dn despotisme pouvait, je ne dis pas s'éteindre

«une ère nouvelle» . . . Pour peu que l'on y ré- mai» s'affaiblir, pour la rallumer je tournerai» me» re-

Ûechissc. on verra qu'à Valmy le grand prôte n'a garda vers ce coin de terre à jamais mémorable*,

fait que constater ce que le monde entier sobsli- (i/rWre* publie'» par 11. C»«not. Paris, 18&0.

nait à méconnaître . mais ce qui avait pins de trois s vol. in-8* KM. naL. Ij"/65 , t. Il , p. 38o.)

LES ÉTATS GÉNÉRAUX ET LA CONSTITUANTE A VERSAILLES. î»5

du peuple, dans une imprévue communion de doctrines. Le gouvernement de Juillet fut ingrat, le Second Empire hostile, et, en 1871, on voyait tomber en mine la « Sainte Masure-.

En 1872, le voisinage de 1'Assembléo nationale attira sur elle l'attention, et une restauration, dite artistique, fut résolue.

Que fut cette restauration ? Nous ne pouvons entreprendre ici de le dire. On décida, par exemple, une inscription murale des noms des signataires du serment, mais, faite en négation de tout esprit critique, cette inscription donna lieu aux méprises les plus singulières : un grand nombre de noms furent omis, un plus grand nombre encore furent inexactement inscrits ; une qualification de seigneurie t'tait devenue, au gré de» interprélatcurs, le nom d'un député de la noblesse ou d'un cliauoiue prémontré'", comme on voit, dans une publication officielle, le nom d'un bailliage pris pour celui d'un député suppléant121, etc., etc.

A la suite des critiques soulevées par cet état de choses, des modifications y furent apportées au cours des années 1 8g5 et 189(1 ; ces modilications ne furent pas toutes heureuses; nous ne retiendrons toutefois, de l'état actuel, que deux points pour montrer a quels graves inconvénients ou s'expose lorsque, en dehors des règles de la critique historique, on confie aux seuls artistes le soin d'instruire le peuple. Le tableau de David et la série des bustes qui décorent la salle nous permettront cette démonstration.

Pour compléter les cérémonieset les fêtes qui avaient marqué l'anniversaire du Serment de 1790, la Société des Jacobins forma le projet de faire exécuter un grand tableau représentant la scène fumeuse. C'est Dul>ois-Crancéi3) qui en fit la proposition, le 98 octobre 1890 :

Oublions, dit-il *!, les tyrans et les victimes et que la France régénéré* date du 90 juin 1 789. Cette époque 4 jamais célèbre. Messieurs, e&t celle où les représentants «le »5 millions

(,) Il s uffit du nom de de Lmaoy. L'n député du lier» état de Venuandob «voit signé an «muent du Jeu do Paume : Leclerca de Lmuwy; il était en eflet f propriétaire de la seigneurie de Lannoyi. Les précédents commentateurs, qui n'avaient pas eu sous les yeux le texte autographe du procèsverbal du ao juin, avaient attribué ce nom tanlAl au comte do Lannoy, député de la noblesse de Mie. lantAl à Delaunay, député du clergé de Bretagne.

''■ Les bailliages de Vesonl el de Lons-le-Sounier *e distinguaient tous les noms de bailliage d'Amont el de bailliage d'Aval , et Pourtier deLamaud, l'un des dépntés snppléants de ce dernier bailliage, avait ajouté à son nom , an procca-verbal du ao juin : «du bailliage d'Aval.. On lit a la Table de* Ar-

dépulé suppléant de la Franche-Comte, signe le serment du Jeu de Paume». (Op. cit., L WXIII. p. i55.)

''' Le discoure de Dubois-Crancé a été imprimé dans Prmptctta rl'uue sweriptirm cinq** propwr aux Ami» de U Coiutitulmu pour t exécution d'un iMeam dt 80 pied* tur 10 repriteuianl le etrmrut fait à VtnaiUtt daut un jeu de paume pur let député» dt* cvmmMnm, le ao juin fî8y. (Pari», i7<»o, in-8\) Il a été reproduit dans la Sodili dt» jacobine, recueil de documents publié par M. Amas. Paris, 1889, in-«-, t. I, p. 33o et suiv.

m Edmond-Louis-Alexi» Dubois de f.roncé signa le aerment du Jeu de Paume au titre de député du tiers état des bailliage* réunis a Vitry-le-Françoi*. (Voir le (ac^tinilé que uous avons publié dan» le .SVruirnl du Jeu de Pauu*. idanrhe IX. )

50' CHAPITRR PREMIKR.

d'hommes, appelés par un bon roi, opprimé par les courtisans, chassés de la salle des États, errant dans le» nus de Versailles, se sont réfugiés dans un jeu de paume et la, lo bras tendu vers l'Éternel, ils ont fait serment de mourir plutôt que de se reposer avant que la Fronce fût libre. . . Mille fois plus fameux dans sa simplicité que ces pyramides dont les ruines immenses attestent l'antiquité du despotisme, les voyageurs viendront y admirer sa destruction , se reposer sur sa tombe, et c'est là qu'ils prendront la plus grande leçon qu'ait jamais offerte un monument. . . ie propose qu'il soit fait, par celte société, une adresse à l'Assemble* nationale pour l'engager à mettre sous sa sauvegarde le Jeu de Paume de Versailles; à ordonner que le moDumeDt sera toujours entretenu en l'étal où il se trouve, et même rebâti tel qu'il est, lorsque le temps en aura commencé la destruction. . . Ces murs nus et noircis, images d'une prison; ces planches servant de sièges; cette table à pliant sur laquelle Goo députés, moins un, ont souscrit leur immortel serment. . . ce peuple immense, obstruant les rues, attentif, silencieux, comme s'il eût pu les entendre à travers les murs; quel spcctarle! Le souvenir de cet appareil austère, contrastant mec le luxe asiatique qui avoisinait ce temple auguste, rend encore à mou cu-ur toute la chaleur du moment.

Kli bien, Messieurs, que le plus énergique pinceau, que le burin le plus savant transmette à nos nrrière-neveux ce qu'après dix siècles d'oppression la France a fait pour eux ! . . . Nous avons choisi, pour animer notre pensée sur la toile, ce Français patriote, l'auteur de Brûlot et des Horaerty dont le génie a devancé la Résolution; nous ferons ensuite graver ce tableau pr le» meilleurs artistes français. . .

L'orateur expose ensuite les moyens d'exécution. Une fouscriplion publique élait résolue. Trois mille billets de a.'i livres cliacuu, formant au total uue somme de 75,000 livres, devaient être émis. Une commission de ta membres était chargée d'assurer le fonctionnement de l'entreprise. Sur les 7:1.000 livras, 36. 000 étaient destinées au peintre, 3o,ooo à la gravure et 6,000 à la bordure. Les souscripteurs devaient avoir seuls tries estampes à leur disposition* et la plunclie devait être brisée lorsque le graveur e aurait fourni le nombre d'estampes convenu?.

La députatiou annoncée à l'Assemblée nationale se présenta à la barre le 6 novembre 1790 ; le discours de l'orateur de la députalion, dans le style déclamatoire de l'époque, ne permet pas l'analyse; on y retrouve d'ailleurs les mêmes arguments et presque le texte même du discours prononcé par Dubois- Crancé, aux Jacobins, le 98 octobre :

Si l'on vous disait que les représentants d'un grand peuple, envoyés auprès du tronc pour faire une Constitution. . . ont été forcés tout à coup de chercher un autre asile. . . si l'on ajoutait que. . . rependant ce premier temple où la liberté prit naissance reste sans honneur, ne seriez-vous pua frappés d'une si étrange indifférence?. . . Il existe, et la main du Temps le détruit, lorsque sa durée doit atteindre la stabilité, l'éternité de nos lois. . . L'histoire peindra cet instant où les députés, errant dans les rues de Versailles, ne cherchaient qu'à se rencontrer pour se réunir; où le peuple consterné demandait : ffOù est l' Assemblée, nationale?- et ne la trouvait plus; où le despotisme qui croyait triompher expirait sous les derniers coups qu'il venait de se porter n lui-même. . . L'n tel tableau échapperait à l'histoire! c'est à l'immortel pinceau, c'est à- l'impérissable forme à le retracer. . . O premiers législateurs des Français. . .

couronnez nos vtcux en agréant l'hommage du tableau qui représentera votre héroïque serment. Il fera éternel. . . si, placé dans la «aile même de vo* assemblées, il a sans cesse pour spectateurs des hommes capables d'imiter le patriotisme dont il retrouvera l'image.

L'Assemblée ordonna l'impression de ce discours et de la réponse du président, Barnave, et le renvoi de la pétition au Comité des rapports"'; notons enfin ce détail , que le duc de Chartres , qui devait être quarante ans plus tard roi des Français sous le nom de Louis-Philippe I", avait été désigné pat' le club des Jacobins pour accompagner la députation 1 .

David (s) se mit à l'œuvre immédiatement. La rareté de l'argent menaçait cependant la souscription d'un échec complet; aussi Barère, dans une des dernières séances de la Constituante, le a 8 septembre, déposa-t-il une proposition ainsi conçue : cr L'Assemblée, considérant que le aojuin 1789 est l'époque quiaassuré à la France une Constitution libre, décrète que le tableau représentant le Serment prêté à Versailles, le ao juin 1789, au Jeu de Paume, commencé par Jacques- Louis David, peintre, sera fait aux frais du Trésor public et qu'il sera placé dans le lieu destiné aux séances de l'Assemblée nationales. La motion de Barère fut votée, mais aucune solution financière n'était prise pour en assurer l'exécution. La Législative qui survint fut absorbée dans des difficultés qui la détournèrent des projets primitifs, et le vote du a 8 septembre demeura lettre morte.

D'une lettre que David adressa, le 7 frimaire an x, aux souscripteurs de son tableau, il résulte qu'après avoir travaillé pendant quinze mois et «avoir payé chaque jour un nouveau modèle pour dessiner le nu des personnages -n, il ne reçut que 6,6a4 livres. Encore cette somme lui iutrelle remise en assignais qui, «demeurés sous scellés pendant sa longue arrestation, éprouvèrent l'effet d'une rapide dépréciation ». Le peintre ajoute qu'il a s dépensé le triple de ce qu'il a reçu , mais il fait de bon cœur le sacrifice de ses pertes à la Liberté W

Ce fameux tableau, dont quatre figures seulement sont achevées, celles de Mirabeau, de Barnave, de Diibois-Crancc et du père Gérard, est une ébauche au crayon et à l'huile, qui resta dans l'atelier de Gros pendant l'exil de David et jusqu'à sa mort. Elle fut adjugée an musée du Louvre pour a,fioo francs, à la vente du 1 1 mars i835. On la peut voir actuellement dons la salle des dessins de l'École française W.

Ce discours figure ao procès-verbal de l'Assemblée constituante; il a été reproduit m trteiuo dans le savant ouvrage de M. Aruaa, La Soevftf lie* JaeobilU , L I , p. 364. — Voir aussi le Moniteur

(Réimpr., t. VI, p. 319).

m -J'ai appris aussi que f avais été nommé de la dépulalion chargée de porter a l'Assemblée le projet rdsUf au serment du Jeu de Panme.» lettre

du duc de Chartres publiée par M. Aouao, op. «'/. t. l,p. 867.

,T> Cf. Le poutre Lotit Datât (17&8-1815). par Jules Dattb, son petit-fils. Paris, 188», in-fol. (Bibl.nat,. Ln"/3i763.)

•> Cf. Moniteur du 7 frimaire an 1.

Celte toile a 4 mètres de hauleursur 6 w. Co ■le largeur. Dans un mémoire adressé au ministre

:»H CHAPITRE PHKMIKH.

Dnvid avail certainement projeté de faire du tableau du Serment un ensemble de portraits. I^es quatre figures achevées en témoigneraient, à défaut d'autres preuves. Dans une note publiée dans les journaux, il avait rprié les députés qui s'étaient trouvés à la séance et dont il n'avait pu peindra la ligure, de lui envoyer leurs gravures, à moins qu'ils ne fissent un voyage à Paris dans l'espace de temps qu'il serait à faire son tableau qu'il supposait être de deux ans, et alors ils auraient la bonté de le venir trouver à son atelier des Feuillants '!, nu j| le, peindrait d'après natures Les intéressants portraits ou éludes qu'il fit en vue du tableau du serment se rattachent, de toute évidence, a cette période préparatoire'-', mais, dans la pensée du peintre, ce souci de la ressemblance s'appliquait uniquement à sou grand tableau. Le dessin à la plume et au bislre qu'il exposa au Salon de 1 791 figure au livret avec cette mention : * L'auteur n'a pas eu l'intention de donner la ressemblance aux membres de l'Assemblée-. Celle note est intéressante à relever, parce que c'est précisément ce dessin, dans lequel on a voulu malgré tout voir des portraits, qui est en voie de passer a la postérité comme un document historique.

Or tout démontre, dans l'œuvre de David, que le souci de l'effet scénique primait chez lui toutes les préoccupations. Les dispositions qu'il adopta pour grouper ses personnages est contre toute vraisemblance. Bail ly aurait eu, dans cette hypothèse, tous ses collègues derrière lui, et c'est au mur méridional de la salle, au pied duquel il se fut trouvé, qu'il eût adressé son discours. Il est de toute é\iilence que les tables — tables à pliants, établis de menuisier ou planches »|»puvées sur des tonneaux qui, le ao juin, servirent de bureau, étaient placées dans le sens de la longueur de la salle et que Bailly se trouvait à la place même que l'on a attribuée depuis à sa statue. (Voir la gravure ci-contre.) La plupart des gravures du temps représentent ainsi le groupement de l'Assemblée nationale an Jeu de Paume. (Voirfig. 1 o.)La conception de David sacrifiait à la vérité, mais elle

de l'Intérieur en 1790. David dit a son sujet : «\\ -1 mars 1791. Peu cl* temps après, le poète et le but que vous sachiez que c'est le plu» grand nu- peintre se brouillèrent. Au sujet de l«

vrifle que jamais peintre ait osé entreprendre. Le 10 août 1793. organisée par David, Chénier

tableau comprend à peu prè* mille à douze cent» écrivit :

penwnhoffr? clin» le» altitudes le» plu» énergique*. . . Art* . . . digm* di> Taira* uenieoce

|jitoiteromp«itp3apiedsïuii»....(toi.i» frrrW. »'"pid* Da.id quaulrefoi» j»i chante, etc.

»p. cit., p. 'ikh.\ l'! David avait mu atelier dan» l'élise des

Nouii reviendrons plus loin sur c< mémoire. Il y Feuillants de la rue Saint-llonoré. près de la salle

» lien de remarquer que. de la comparaison de» du Manège, où siégeait alora b Constituante. —

mesures indiquées, il résulte que b toile actuelle Voir notre ouvrage sur le Serment du Jn <

n'est qu'un fraptnent île celle sur laquelle David yop. cil., p. ïutii. note), travaillait en 1797. Le célèbre poème d'André ": Les détails les plus complets sur ces portrait»

Chénier fut écrit -a l'occasion du célèbre tableau se trouvent dan» [jmi* David (op. eit. . p. 638 et

de David-. c'e*l-»-dire au commencement de 1791 ; »>56V, la plupart ont été reproduits dans le volume

11 est dédié à David. On connaît une lettre d'envoi complémentaire d'eaui-fortcs publiées par le peu't-

de ce poème a Lebrun, «btée. par l'auteur, du lilt du iwimre.

LES ÉTATS GÉNÉRAUX ET LA CONSTITUANTE A VERSAILLES. ii'J

donnait a la scène plus de profondeur; elle permettait de mettre en pleine lumière la foule enthousiaste des tribunes, elle permettait surtout de montrer, par les fenêtres de gauche, la foudre céleste éclatant sur le château. Cette foudre — (jiii le croirait? - - passionna l'opinion, et c'est à son sujet que M"* de Gcnlis se brouilla avec le peintre.

On voit dans la partie gauche du dessin trois curés assemblés; ce sout, paraît-il, les trois fameux curés de Poitou — Jallel<1', Lecesve * et Ballard M — qui, les premiers, se réunirent aux communes, le i3 juin. Or Ballard n'était pus le 30 juin au Jeu de Paume; le procès-verbal constate son * empêchement insurmontable *; il constate aussi qu'il ne signa le serment que le aa juin.

L'attitude prêtée par David à Martin Dauch n'est pas moins contraire à la vérité et à la justice. A ce moment de la scène, Bailly est monté sur le bureau improvisé et il lit à l'Assemblée la formule du serment; or, à cette heure, Martin Dauch n'appartient pas a l'histoire. Il est perdu dans la foule, c'est un député quelconque, c'est un inconnu. Pourquoi le montrer environné de ses collègues menaçants? Ils le connaissent à peine; il ne peut, en tout cas, avoir aucun titre à leur colère. Les procès-verbaux et comptes rendus constatent que c'est seulement lorsque toutes les signatures furent apposées, c'est-ù-dire plusieurs heures après la lecture du serment par Bailly, que le mot «opposant*, signalé par Camus, provoqua un cri général d'indignation. Mais, alors même, l'attitude de Martin Dauch fut toute différente de celle que lui prête David. Il soutint son opinion avec la pins grande énergie, ayant en face de lui six cents collègues exaspérés W et la foule des tribunes qui le huait. Le peintre nous le montre, dans la partie droite du tableau, assis, les bras croisés, succombant en quelque sorte sous le poids de la honte, comme un criminel qui ne trouve rien à répondre à ses accusateurs. C'est le contraire qui est la vérité, r Un seul protesta, écrit à ce sujet Louis Blanc, et ajouta ainsi à la grandeur du spectacle, car, à braver seul l'indignation d'une assemblée entière cl à défendre contre un enthousiasme aussi puissant ses croyances désespérées, il ne saurait y avoir un médiocre courage.* David savait pertinemment toutes ces choses, mais il n'aurait pu, à cette époque, montrer Martin Dauch sous son véritable aspect sans soulever le plus vif mécontentement. C'était un félon, un aristocrate; la foule, dans le tableau fameux,

'" Jacques Jollct, curé de Cheriftn<i, députe' du clrrfjé dm bniiliflfw réunis à Poitiers; décAlé If» 1 3 août 1 7«j i .

' René Le Cesve, curé" de Sninle-TrUii* de Poitiers; cltt dc1p«W |»r le rlerjpi de* tnillingr» réunis il Poitiers.

' David-Pierre Ballard . curé' de Poiré-sur- Vrluize, député du rlerjp* des mêmes bailliaffr*. Ix eomle île Pimetier. députe" de U noblesse

du pays de CouseraiM , non* apprend , daim son (xrmpte rttuhi à ut eommULmti , que Martin l)aucli '•évita avec peine le poignard qu'on voulait lui plonger dans le sein au milieu de l'Assemblée*. Bailly raeonlc duo» «es .Mémoire» d'un thnuin oV /d Révolution (t. I. p. i«3) que, "pour soustraire Martiu Dauch au mécontentement de la foule, il dut le faire sortir par une porte de derrière».

voulait voir le traître de mélodrame quelle avait imaginé, conspué comme il convient; David le lui donnai.

Lu autre détail du tableau que l'on voit actuellement dans la salle du Jeu de Paume n'est pas moins singulier. Au premier plan, trois personnages sont groupés se serrant la main, epour montrer, disent les commentateurs, l'uniformité des pensées des différents cultes et clergés * '-\ Ce sont : le curé Grégoire, Rabaut-Saint-Etienne, ministre protestant, et le chartreux dom Gerle. Dom Christophe-Anselme Gerle, prieur de la chartreuse du Port-Sainte-iMarie, avait été élu député suppléant par le clergé des bailliages réunis à Riom, mais il ne se rendit à l'Assemblée nationale qu'au mois de décembre «789, lorsqu'il fut appelé à remplacer le député titulaire, Guillaume de La Bastide, curé de Paulhaguct, démissionnaire. 11 déclara lui-même, quelques semaines plus tard, qu'il n'assistait pas à la séance du Jeu de Paume'3'. Le procès-verbal du 20 juin constate qu'aucun religieux n'adhéra au serment. Rien cependant ne prévaudra contre la légende créée parla théâtrale fantaisie de David, et le nom de dom Gerle restera inséparable de la scène à laquelle il n'a pas assisté.

Tel est dans son ensemble le fameux tableau que Ton a confié à un grand artiste, M. Luc-Olivier Merson, le soin de reprendre et d'achever et que l'on a placé, en 1889, clans la salle du Serment. Le respect de la vérité historique, le souci de ne pas donner au peuple, que l'on veut instruire, de fausses et mensongères indications, n'existaient pas, il faut bien l'entendre, pour David et pour ceux de son école. L'art, suivant eux, ne devait pas s'abaisser à ces considérations secoudaires. L'incident suivant permettra de connaître jusqu'à quel point ce mépris de la vérité pouvait être poussé. Au commencement de 1797, David adresse au Ministre de l'intérieur un Mémoire dans lequel il expose que ses amis attacheraient un grand prix a l'achèvement du tableau du Serment du Jeu de Paume; il estime à trois années le temps qu'il devra consacrer à cet achèvement et il demande 1 5o,ooo livres pour ce travail, puis il ajoute : <r A présent que je n'ai plus sous les yeux les personnages qui composaient le corps législatif d'alors, et que la plupart sont fort insignifiants pour la postérité, soit dit entre nous, mon intention est d'y substituer ceux qui depuis se sont illustrés et qui pour cette raison intéressent bien plus nos neveux r.

Dans cette bizarre conception. Bonaparte et Barras eussent été, comme bien l'on pense, au premier rang.

l'' Nom avuus repris , à peu près leiluellenient, vrii'r 1750, dom Gerle dit : ▼ IVse<pér<i de ne

dm» les pages précédentes rdnlives nu tableau de tuVlre pas trouve" n l'Assemblée le *o juin, jour

David, le» arguments que nous avons développas nuejuel vous avez pWIté le seraient de ne voussepa-

dans des éïudes déjà publiées. rer qu'âpre* avoir termine' la Constitution , je viens

M Cf. HUtoire ir* ftintrtt, par Charles Blasï. jurer de ne roc séparer du vous qu'après avoir ler-

Chapilrc coiisaeré a Louis David. miné cet important ouvrage-* . (Version du Mmittur,

".('pondant .1 une motion de Cmalès , le 17 fé- n" date' du 19 février 1790.)

LES ÉTATS GÉNÉRAUX ET LA CONSTITUANTS À VERSAILLES, fil

La question se pose de savoir si le grandiose et superbe mensonge qu'est le tableau de David est bien à sa place dans la salle du Serment où la vérité doit, avant tout, être respectée. L'œuvre de David n'affecterait pas, en tout autre lieu, le caractère d'offense qu'elle prend dans la et Sainte Masure?. Et l'on peut se demander, par suite, si elle ne devrait pas décorer la salle du Congrès à Versailles, ou même celle de la Chambre des députés. On rendrait en même temps un juste hommage aux volontés dernières de la Constituante qui, par son décret du a 8 septembre 1791, avait décidé, comme nous l'avons vu, que de tableau de David serait placé dans la salle des séances de l'Assemblée nationale

Au dire de M. Valcl, dont nous avons déjà cité et utilisé l'ouvrage, c'est à l'époque de restauration projetée en 187a que remonte le projet d'ériger, dans la salle même du Serment, une série de bustes aux plus illustres signataires du serment. Cette idée d'ériger des bustes, et par suite de faire un choix, est, il faut le dire, absolument singulière; c'est une véritable hérésie historique contre laquelle eussent du protester alors tous les amis de la vérité. Les contemporains concevaient dans un tout autre esprit la conservation du Jeu de Paume. L'orateur de la Société des Amis de la Constitution de Paris dit à l'Assemblée nationale le 6 novembre 1790. dans un discours déjà cité : r Conservez, représentants des Français, conservez ce précieux monument; qu'il reste dans son inculte et religieuse simplicité, mais qu'il échappe au torrent des années par des soins capables de l'éterniser, sans le changer ni {embellir. . . r , etc.

Le serment du ao juin fut avaut tout un acte d'union entière, sans réserves.

Pour faire face au danger commun, on s'est groupé, oubliant, dans un élan sublime, les divergences de vues et d'opinions. N'est-ce pas offenser un tel souvenir que de tenter seulement une sélection entre ces hommes qui avaient voulu eutre eux une égalité absolue? Lu leçon était donnée par Builly lui-même : «On m'offrit un fauteuil, raconte-t-il , je le rejetai; je ne devais pas être assis devant l'Assemblée debout; je restai ainsi toute cette journée pénible !'>». Pour que cette idée de bustes fût excusable, il eut fallu qu'on pût nous donner six cents bustes avec garantie d'exactitude et de vérité; elle ne peut résister à un examen attentif des circonstances et des faits.

Quand on considère, d'autre part, l'application qui en a été faite, on comprend moins encore. Lue sélection de personnages étant décidée, on devait consulter, pour le choix à faire, les procès-verbaux authentiques du serment. Il n'en fut rien. Le seul document pris, en négation, de tout esprit de critique, pour un texte authentique, estime lùplication de* figures, jointe nar Quelques éditeurs au

111 Mémoirtt d'un limoi» it ta Rtvoiulitw , t. I, |i. 188.

dessin fie David et qui contient, au titre iejcplicatùm, les plus singulière» fantaisies<'>.

Le fait ressort indéniable de cette constatation : sur les vingt bustes qui, il y a dix ans, décoraient, si l'on peut dire, la salle du Serment, dix-huit avaient été empruntés, pour le choix du personnage, à cette Explication de» figura qui ne contient qu'un nombre très restreint de noms, alors que, si l'on avait consulté le procès-verbal, le choix pouvait s'étendre sur six cents noms. On vil ainsi, pendant de longs mois , les bustes de deux hommes qui n'avaient pas pris part à la séance du ao juiu : Troncbet, qui ne donna son adhésion au serment que le aa juin, et dom Gerle qui, nous l'avons dit, ne vint a l'Assemblée nationale que six mois après le serment.

L'Administration des beaux-arts a fait enlever cesdeux bustes, a la suite des études que nous avons publiées sur cette matière, mais le principe est demeuré. (Voir, p. 58, État actuel de la salle.) On doit regretter que le souci de douner aux beauxarts une part prépondérante dans la décoration de la salle ait ainsi faussé la vérité historique dans un domaine où elle devrait être particulièrement respectée.

APRES LE îto m*. LES TttAXSmHCneMSXTS DE L'ASSEMBLÉE NATIONALE T>\\S LA MATINÉE

DU 3 3 Jl'IN. RETOUR AU JEU DE PALME. L'ÉGLISE DES RÉCOLLETS. — LA CHAPBLLE

DIS CHARNIERS. RÉUNION W CLBBOÉ À L'ASSEMBLÉE NATIONALE. LA SEANCE Dt

2 3 JUIN À L'BGLtSB 8AIHT-L0UI8.

Revenons maintenant aux événements qui marquèrent, à Versailles, les débuts de l'Assemblée nationale.

Le ao juin i 789 était un samedi. L'Assemblée ne teuant pas séance le lendemain 31 juin, la journée, malgré l'agitation des esprits, se passa à Versailles dans le plus grand calme, ou du moins il n'est demeuré aucune trace d'incidents notables. Un doute singulier'*' — tant sont divers les dires des contemporains — était jusqu'ici demeuré sur ce qu'avait fait l'Assemblée nationale dans la matinée du 39 juin.

Ferrières, dont les Mémoire» sont souvent consultés, bien qu'ils n'aient été composés que plusieurs années après les événements , a contribué plus que tout autre aux fâcheuses erreurs répandues.

■"> On remarque eu particulier, dans celle A'.rp/ï- d'ailleurs, ite fut «lu députe" par la ville de MeU

cation dtt figurtt, le nom de Laurent, cure' d'Huil- que le s6 octobre 1789.

Inm , député du clergé des builli.ifjfs réunis a Mou- :>) Nous reprenons ici les arguments développés

lin*, et de Raederer. qui. le» procès-verbaux le dans nos étndn précédentes. particulièrement dans

prouvent, ne signèrent pas le serment. Rœderer. celle» relative» à la.W* royrtir du i3 juim.

Il fallait, écrit-il, retarder la séance royale, te manager de» ressources; Nceker y réussit. Ce relard fit ehercher ud moyen d'empêcher Messieurs du tiers de s'assembler. On crut qu'il suturait de leur fermer l'entrée du Jeu de Paume de la rue Saint-François^. Le comte d'Artois envoya dire au maître du Jeu qu'il jouerait a la paume le lendemain; cet homme, intimidé et à qui l'on avait reproche' sa condescendance, prévint Messieurs du tiers qu'il ne pouvait leur prêter sa salle pour la séance*". . ,

Voilà la légende que tous les abrégés d'histoire reproduiront longtemps encore. Or ce qui est vrai, c'est que, dans la matinée du as juin, l'Assemblée nationale (car, depuis le 17 juin, il n'y avait plus de Chambre des communes) tint séance dans la salle du Jeu de Paume; c'est le garde des sceaux Barentin qui va nous l'apprendre.

Rappelons que le procès-verbal du ao juin se terminait ainsi : «La séance a été continuée au lundi a a de ce mois en la salle et à l'heure ordinaire". L'Assemblée tenait alors pour certain que la séance royale aurait lieu le a*j juin'3'; elle n'avait donc pas à décider si elle se réunirait de nouveau au Jeu de Paume.

Les ordres et contre-ordres de l'autorité royale furent cause des tranmarehemenl* de l'Assemblée nationale, qui, le a a juin au matin, trouvant closes de nouveau les portes de l'hôtel des Menus, dut, comme l'avant-veille, se mettre à la recherche d'un asile.

Voici tout d'abord en quels termes le procès-verbal de l'Assemblée nationale rend compte de la partie qui nous occupe :

Du lundi au juin «789, dix heures du matin. L'entrée de la salle nationale étant toujours interdite par des gardes, l'Assemblée s'est formée dans l'église paroissiale de Saint-Louis de Versailles.

M. le président a ouvert la séance et fait lecture d'uue lettre de M. de Breié, grand maître des cérémonies, dont la teneur suit :

«J'ai l'honneur de vous envoyer, Monsieur, une lettre que le roi m'a ordonné de vous faire Unir. Je vous prie de vouloir bien m'en accuser réception. Je suis avec respect, Monsieur le président, votre très humble et très obéissant serviteur. Signé : le marquis es Baicié. Versailles, ce 91 juin 1 789, à minuit.»

M. le président a fait lecture de la lettre du roi que M. de Breié lui a fait tenir. Elle est de la leneur suivante :

* Je vous préviens, Monsieur, que la séance que j'avais indiquée pour demain lundi n'aura lieu que mardi, a 10 heures du matin, et que la salle ue sera ouverte que pour ce moment, •ji juin 1789. Signé : Louis. Je charge le grand maître des cérémonies de vous faire tenir ma lettre.!.

Au dos est écrit :

*A M. Railly, président de l'ordre du tiers état. -

M. le président a ajouté qu'il avait accusé la réception de cette lettre à M. de Breté.

l'! La sali*- «lu Jeu île Panroe était voisine de la 11 Le billet dn roi, annonçant la remise de la

rue Saini-Franrois. (Vuirplande Versailles.) «eaiieerovaleau iZ juin, est daté du si juin 1789.

w Vautii de Ferrières , t. I . p. «5 { Voir ri-Ile*™». )

Plusieurs membres Je l'Assemblée, absents de la séance du 90 de ce soir, par maladie ou par d'autres empêchement* insurmontables, ont demandé à prêter actuellement le serinent délibéré et prêté dans relie séance. L'Assemblée l'ayant approuvé, il a été fait lecture de l'arrêté qui y avait été pris.

d« Lou» XVI. (Arch. iul., c. »7.)

Les divers comptes rendus qui, à défaut de procès-verbal, nous racontent les séances du clergé, sont aussi brefs que le procès-verbal de l'Assemblée nationale:

Les membres du clergé qui étaient d'avis de faire la vérification en commun, raconte l'abbé Vallet.w «ont rendus cbci M*' l'archevêque de Bordeaux pour se rendre ensuite, à t heure, dans l'église paroissiale de Saint-Louis, où Messieurs des communes étaient assemblés pour vérifier les pouvoirs, ih-j membres du clergé s'y sont trouvé»*':. . .

Le Journal de* plus explicite.

du clergé par Thibault, curé de Souppcs, n'est pas

1 ' ' Récit du principaux faiu avi tt tant pasté* dans M utile de l'ardre du clergé depuie le comuiriicsmeitt dt$ ÊtaUgénhmux, U i m*iij8</, jutau'à I* réunion de» trot, ordre* dau la utile commun de rAuemblét m,tiom,l,, par M. Vau.it. curé de Saint-Louis [.le

Gienj, député. — Impr. nat., 1790, in-8*. (BikL nat., Ln"fl; p. 81.)

<*> Arch. nat., en transcription C, 1. s; nue copie manuscrite est conservée C,*6. Thibault était d<<puté du clergé du bailliage de Nemours.

Nous croyons, en raison de l'importance de celte séance, devoir reproduire le compte rendu du Point dujour^, le seul journal quotidien qui donnait, à ce moment, le récit des séances, et qui était publié par un constituant, Barère :

Du mardi a3 juin 1789. . . Hier vers les 8 heure*, les hérauts d'armes ont proclamé en k forme ordinaire le renvoi de la séance royale à aujourd'hui; l'affiche est ainsi conçu* :

«États généraux. De par le roi. Sa Majesté ayant filé à demain, mardi 93 juin, 10 heures du matin, la séance qu'elle arail indiquée pour aujourd'hui lundi, MM. les députés aux États généraux sont invités à se trouver ledit jour mardi, à 9 heures du matin, a l'hôtel des États.*

D'après cette proclamation, l'Assemblée nationale, qui avait déjà illustré la salle du Jeu de Paume par une séance aussi imprévue que mémorable, s'est rendue vers les 9 heures d'abord aux Réeollels, ensuite dans l'église S.iinl-Louis; il était, en effet, plus digne de cette assemblée de tenir ses séances dans un temple; il était plus dij;ne des Français de se rallier dans le lien consacré sous l'invocation du plus juste des rois; enlin il était plus digne des représentant* de la première nation de l'Europe d'aller attendre dans un lieu sacré la réunion des ministres de la religion, défendeurs de la cause publique.

L'Assemblée ayant été formée vers les 1 1 heures, dans la nef, M. Bailli a dit qu'un héraut d'ormes lui avait apporté, à s heures après minuit, une lettre du roi. . .

Ce qui suit est la reproduction de la suite du procès-verbal dont nous donnons plus haut le début :

Vers midi et demi, poursuit le rédacteur, M. Bailli a annoncé qu'il venait d'être prévenu que la majorité du clergé devait se rendre à l'Assemblée a 1 heure; que Messieurs les ecclésiastiques qui s'y trouvaient étaient priés de se rendre chez l'archevêque de Bordeaux ; aussitôt les membres de l'Assemblée nationale, qui occupaient les sièges vers le haut de la nef, près du sanctuaire, se sont empressés de céder leur place comme la plus distinguée. . .

Vers les a heures, le clergé s'est assemblé il a us le chœur de l'église Saint-Louis, pour faire, k haute voix, l'appel des 1*19 députés du clergé qui ont signé jusqu'à ce moment la délibération du vendredi 19 juin pour la vérification commune. . . L'appel fini, la porte du sanctuaire s'est ouverte el une députatiou du clergé s'est avancée vers le milieu de l'Assemblée. . . Uu moment après, M. l'archevêque de Vienne est entré, suivi de trois autres prélats, et tous les ecclésiastiques formant la majorité sont venus prendre les places qui leur étaient destinées. Le silence auguste qui régnHit lorsque les portes du sanctuaire se sont ouvertes a été bientôt interrompu par des acclamations et des applaudissements universels; des larmes coulaient de tous les yeux. Au milieu de ccUe scène attendrissante, M. l'archevêque de Vienne a pris la paroleW. . .

l'! Le Point du jour m Résultat de et qui l'est patte la veille à CUtembUt nationale. Le n' 1 porte la date du «vendredi 19 juin 1789*. Les trente premiers nnméros de ce journal font partie de noire collection. Noos ne Ira avons pas trouvés a la Bibliothèque nationale, où l'on communique la collection portant un titre a peu près semblable (117 vol. in-8*, Lc'/lia), main qui est une réimpression.

msf. an Laine». - 1.

avec partie complémentaire faite en 1790. Cf. Bibtioffî'apkie de tHisiotre de Parie prndant la /ïéfolitioH française , par M. Tôt K^mt, t. 11, p. 5o6. n* 10*17. — Bertrand Barère de Yieuxac avait été élu député aux Étals généraux par le tiers état du comté de Bigorre.

"I Le Point dm jour, n' V, daté dn -mardi q3 juin 1789*.

Le reste de la séance fut consacré à l'inscription des signatures des retardataires du serment, à la réception de la majorité du clergé et des deux premiers nobles, le comte d'Agoult1' et le marquis de Blacons'1', qui vinrent se joindre à l'Assemblée nationale. Quelle que soit l'importance de ces événement*, ils ne rentrent pas plus dans notre cadre que tous ceux étrangers à l'installation matérielle de la Constituante; nous n'avons donc pas qualité pour en parler. Mais les incidents de la matinée nous appartiennent. Le procès-verbal, comme on vient de le voir, s'ouvre à Saint-Louis, à 10 heures du malin. Si l'on s'en tenait aux termes de ce procès-verbal, les choses se fussent passées très simplement : l'Assemblée nationale trouvant closes et gardées par la troupe les jwrtcs de l'hôtel des Menus se rendit à Saint-Louis et y prit séance. Or, comme au 90 juin, l'Assemblée nationale dut encore se mettre en quèle d'un asile, et ce ne fut pas sans quelque peine, malgré la sympathie du peuple151, qu'elle parvint à trouver un asile digne d'elle et des vues d'union avec les autres ordres qu'en ce jour môme elle poursuivait.

Le bulletin du garde des sceaux à Louis XVI, daté du aa juin 1 789, est, pour notre sujet, d'une importance capitale, parce qu'il indique irréfutablement les divers locaux dans lesquels siégea l'Assemblée nationale en celle journée décisive pour la Révolution; le voici en son entier :

Du Jeu de Paume où Messieurs des communes n'ont pas cru convenable de rester, ils se sonl rendus aux Recollets, mais les Révérends Pères ont refusé de les iuce»oir snns ordre supérieur. De là une partie, mais faible, «ut retournée au Jeu de Paume où elle est encore. Une autre est allée à la salle des Menus qu'on leur avait dit libre et où ils ont trouvé des gardes qui les ont empêchés d'entrer. D'autres se sont dispersés dans la ville. Les morguillier» de Saintl^iuis ont été »ii-devant de ceux-ci*'1 et leur ont proposé un endroit aliénant la

Pl René Antoine, comte d'A|çoult. colonel de cavalerie, sous-lieutenant des punies du corps do roi, élu députe* aux Klats généraux, nu litre de In noblesse, |iar lis btats (la Dauphiné.

<"> Henri-Franrois-Luercu'us d'Armand de Forent, marquis de Blaeons. député du Dsupbiné au même litre que le comte d'Agouti.

«On ne saurait croire, écrit un écrivain royaliste, combien ces allées et venues, combien le spectacle de ces députés errant de rue en me. comme s'ils étaient repoussés He tous la lieu* où ils se présentaient , comme s'ils ne savaient où poursuivre leurs délibérations, achevèrent de les reiwlre intéressants au peuple et d'aijrrir les esprits contre la Cour.» Mwtiovi. //«toi'nr it la irnofcfto» <i* Frmtt, p. 78.

Ce détail est important a relever. La plupart des historien» indiquent , en eue

nationale obtint difficilement l'autorisation de siéger « Saint-Louis. Un lit, par exemple, dans le» Sirirtoirtt de Fcrrières (ou. cit. ,1.1, p. 55 ) : * Messieurs du tiers demandèrent l'église Saint-Louis. Le curé Jacob, quoique attaché à i» Cnur, n'osa la refuser*. C'est, no le voit, la thèse renversée : la démarche des margnitliers montre dans quels milieu « l'Assemblée trouvait li ce moment des appuis. I<e troisième curé de Saint-l-ouis, nommé en « 777, se nommait Apbrodise-André Jacob; en i785. il céda son litre et ses pouvoirs a son frère Jean-André- Marie Jacob, qui était en fonctions en juin 1789. A la procession du h mai , » les sienrs Jacob l'aine , curé de la paroisse Notre-Dame, et Jacob le jeune, curé de la paroisse Saint-Loni*. marchaient devant le dais, en étole et en chappe». (-Mes loisir» ou Joumnl d'événements...», par Hardv. Bibl. nat. . . fonds fr., 8 vol. in-fol.. 668o-66fl7.)

pelé tes Chantier*, où se fait le catéchisme des enfants ; ils s'y sont rendus. Ceux <|ui «ont lui Jeu de Paume «oui s'y rendre; mais, l'endroit étant à peine assez vaste pour contenir les députât, on n'y laisse point entrer les curieux, et deui sentinelle* sont à la porte pour les écarter. Un ecclésiastique tient d'avertir plusieurs de ces Messieurs de se presser de former leur assemblée, parce «jue cent cinquante ecclésiastiques allaient s'y rendre I".

Voici d'autre part, sur les événements de celle journée, ce que l'on trouve dans le bulletin daté du aa juin, conservé aux Archives nationales et que nous croyons être de l'abbé Gosier * :

La séance royale devait avoir lieu aujourd'hui, mais, dans uu conseil qui a élé tenu hier cher le roi, depuis sii heures jusqu'à onze heures et demie, et qui avait attiré une foule prodigieuse de persunaei de tout rang et de tout sexe, on dérida de le remettre au mardi suivant. En conséquence de ce délai, les députés du lier* ont été aux Menus-Plaisirs pour y tenir leur séance. Les gardes leur ayant refusé l'entrée, M. Bailly dressa procès-vcrbnl de ce refus el mrendit au* Kécollels, suivi d'une multitude considérable de personnes venues exprès de Paris pour la séance royale. Les Récoltais refusèrent une salle, ce qui détermina les députés à renoncer à leur dessein de s'assembler dans le couvent el à aller dans le Jeu de Paume. Comme la majorité du clergé, qui n'était déclarée pour se réunir au tiers, était dans l'intention d'effectuer cette réunion, on ne jugea pas convenable de rester dans le Jeu de Paume. On se rendit une deuxième fois aux RérollcU Nouveau refus de la part des religieux ; on se décide à rester dans l'église, niais comme elle est petite et qu'elle était déjà remplie par les curieux, M. Ilailly proposa d'aller a Saint-Louis, ce qui fut accepté. Le clergé s'est rendu dans le chœur. L'appel a été fait. Ils ont fait demander par une députation l'entrée. Elle a élé autorisée avec empressement. Le clergé a été introduit el reçu avec les plus vifs applaudissements.

Les documents authentiques que nous venons d'analyser fixent ainsi, sauf quelques points secondaires, les recherches de local faites par l'Assemblée nationale dans la matinée du 93 juin : à l'hôtel des Menus, les portes sont closes; au Jeu de Paume**1 et à l'église des Récollets, tentatives d'installation qui, pour diverses causes, n'aboutissent pas; l'Assemblée nationale prend séance d'abord dans la chapelle annexe de Saint-Louis dite de* Cluvnierg, puis la réunion du clergé à l'Assemblée nationale s'opère, et la plus grande partie de la séance du ut» juin se tient dans la nef de l'église Saint-Louis.

Arcli. nal. , K , 67g.

"> Areb. nal.. C, a6. 46' séance du lundi 99 juin. Il s'agit, dans les réserves que nous faisons ici , des bulletins du tiers état et de ceux de ta noblesse. Pour les bolleu'osdu clergé, il ne peut y avoir aucun doute, puisqu'ils ont élé publiés sou* le nom de labW Coder.

:>) Sur ce séjour de l'Assemblée aux Réeoliels, voir ce que raconte Arthur Voung. (Ci-après, Appendice, n* Mil.)

<l; Une lettre du député l^gendre. datée du >3 juin 1 7»çi , confirme ce délai! : "Hier an malin ,

le* affiches nous apprirent que la séance royale était renvoyée an 93, et, comme la salle était occupée par les préparatifs, nous nous rendîmes à celle du Jeu de Paume , rue Saint-François. Nous v fume < instruits de la résolution de la majorité dn dergé de se réunir a nous, el, cet aorroisn«ment de l'Assemblée esigeaot «n local plus vaste. M. le président la transféra dans l'église paroissiale de Saint- I jouis. Nous y avons attendu longtemps la réunion du clergé ».etc. \ Correspondance publiée par M M. Cou* el IWt ansi dans la liéeolitkn francam du 1 h décembre 1900. p. 5s6.)

Le séjour de l'Assemblée nationale dans la chapelle des Charniers ne fui pas, de toute évidence, de longue durée; l'exiguïté du local ferait même douter que l'Assemblée y ait pu tenir séance, au sens propre du mot, si l'on ne savait que le nombre des membres présents ne devait pas à ce moment être bien considérable; l'annonce officielle de la réunion du clergé, la nécessité enfin de donner à celte solennité un cadre digne d'elle amenèrent l'Assemblée à s'installer dans l'église même.

Un second bulletin du garde des sceaux (Arch. nal., k, 679), daté comme le précédent du as juin, niais manifestement postérieur de plusieurs heures, dit très nettement que «la séance du tiers s'est établie dans la nefr.

Lu doute subsiste sur la question de savoir si l'Assemblée nationale siégea aux Charniers pendant que le clergé tenait séance dans la nef, ou si le clergé vint directement se réunir à l'Assemblée alors que celle-ci était déjà établie dans l'église même. Il semblerait même, d'après certains récils, que le clergé et l'Assemblée nationale Tinrent séance concurremment, l'un dans le chœur, l'autre dans la nef, que les portes ou grilles de séparation furent écartées et que la réunion fut ainsi opérée. L'obscurité des comptes rendus sur ces détails d'ordre secondaire oblige sur ces divers points à des réserves.

Des quatre locaux dans lesquels l'Assemblée nationale siégea plus ou moins longtemps dans celte journée du a a juin, il en est un, la salle du Jeu de Paume, sur lequel nous nous sommes arrêté assez longuement pour ne pas avoir à y revenir; sur les trois autres, l'église des Récollets, la chapelle des Charniers, l'église Saint-Louis, il nous faut donner quelques détails.

Les R. P. Récollets, qui avaient été appelés à Versailles par Louis XIV l'î et qui furent pendant longtemps les seuls religieux établis dans cette ville, occupaient en 1789 un vaste terrain compris entre les rues Saint-François , du Vieux-Versailles, des Récollets et de la Chancellerie. Leurs jardins s'étendaient ainsi jusque dans le voisinage du Jeu de Paume; une porte de sortie, dont on voit encore les traces, permettait de communiquer directement avec la rue du Jcu-dc-Paume.

:'> -Loraqu'rn 1670, Louis XIV cul commencé le* grand* travaux de Versailles et trace1 le plan rie la nouvelle tille, il (il venir, pour desservir les différentes chapelles de sa maison, des Kécollels anxqud» il douna le litre d'aumôniers de» cnmps et des armées du roi. L'année suivante , il leur fit construire un fournil et une église. Le couvent occupait tout le terrain de la petite place el des nies environnât)!». La principal*) entrée liait du côté de la rue de la Pompe, dans la direction de

la rue de Madame. Il avait une autre issue daiin la rue des Bon*-Eufanls par un couloir dont la rue des Poteaux (Sainte-Anne) indique encore la trace. • L* pose de la première pierre de ce couvent fut Caile par Louis XIV, le 39 décembre 1O7». »Le» Recollrts restèrent dans ce couvent jusqu'en 1 684. Le roi leur en lit alors construire un autre dans le quartier du vieux Versailles « (Le Roi, Uittoin <U Vrruntk*, rfe te» rwes, ptoeu cl avtn«*. Versailles. 1861, in-8', p. 70.)

Ces circonstances expliquent les o 1 1 ^es cl venues de l'Assemblée nationale, dans la matinée du 39 juin.

Portail du l'cgliic des Rrroltaa, servant actuellement «V |»rtc d'entrée do la cateme. Vue prise en iSg8.

L'église des Récollets, que l'on peut voir en sa plus grande parlie dans le plan de Versailles que nous publions (|) (page suivante), était située en face la rue Saint-

La date do plan dédié au duc d'Antiu, dout non* reproduisons une parU'e, parce que nous n'avons retrouve' que là une vue d'ensemble de l'église des Rérolleis, ne peut itre exactement live. Les nom* des deux artistes Coquard et Dumas ne figurent pas dans les recueils spéciaux. I/Ouis- Antoine de Pardaillan, de Gondrin, duc d'Antiu, marquis de Montespan, etc., le seul fils

légitime de Madame de Montcspau , fut directeur des bâtiments à In mort de Mansart en 1 708. Lorsqu'il fut nommé président du conseil du dedans du royaume, en 1715, il abandonna pendant quelque temps ce* fonctions, mais il les reprit bientôt soit sous le titre de Surintendant des bâtiment* qui avait été abandonné à la mort de Mansart . soit sous celui de Directeur général. Les lettres

Julien l1'. La porte d'entrée de la caserne, qui occupe l'ancien couvent, c»t celle même de l'église, et, lorsque l'on est entré dans la cour delà caserne, on peut voir, à gauche, les restes du mur de clôture du chœur. Elle avait été construite en 1686W, lorsque, pour des motifs imparfaitement connus, mais qui se lient vraisemblablement à la création de l'église et de la paroisse Notre-Dame, Louis XIV décida le transfert des Récollets dans le voisinage du château :

L'église de» Récoltais, dit M. Le Roi, était d'une grande simplicité. Il n'y avait flans le principe que trois chapelles placée» du côté gauche. En 1786, l'architecte Huvé'3>, père de celui qui construisit la Madeleine è Pari», en ajouta trois autres en face et profita de ces travaux pour orner l'église. Od v voyait plusieurs tableaux de mai Ire», entre autres Je Centenier et Lt Résurrection du fit de la veuve de \aîm, par Jouvenet, placé aujourd'hui a la Cathédrale; taint Lmtit, par Michel Corneille, etc. Elle servait de paroisse aux habitants du vieux Versailles. La dédicace de cette église n'eut lieu que le 11 septembre i-.'!o. . . La loi du i3 février t~<|0 ayant aboli les ordres monastiques, les Récollels de Versailles abandonnèrent leur maison. . . En 17^3, on eu lit une prison pour les détenus politiques. Eu l'an iv, on cul le prujet de faire une place devant le Jeu de Paume et d'établir une rue venant directement y aboulir, en parlant de In rue Saint-Julien. On abattit alors l'église des llérollels; mais le projet ayant été abandonné, l'emplacement servit a augmenter la cour de l'ancien cloître. En l'an vui, le bâtiment des Récolleta servit d'iuilrnierio aux Invalides; depuis il a été transformé en une caserne d'infanterie 1".

d'érection du marquisat d'Anlin en duché-pairie son! de mai 1711. (Cf. Anselme, t. V, p. 167.1 Si l'on s'en rapporte aux qualification» qui figurent sur le plan, 011 ne pent donc fixer, pour l'exériition de « plan, que la périple de 1711 a 1736, date de la mort du duc d'Anlin.

'' Voir pour preuve le plan dédié au dur d'Anlin (ci-contre) i-t relui de Contant de La Motte, daté de 178^, dont nous a» on» reproduit ri-de**u»

11 '\*. 9 mars 1 684, le P. Hyacinthe, provincial des Récollels, vint personnellement planter une croix sur le lieu où devait élre élevée leur nouvelle éjrlwe. Le lendemain, le roi. après la cérémonie de la pose de la première pierre de l'église de Notre-Daruc. vint aussi pour celle de l'église des KécolleU. I* couvent et l'église bâti» sur les dessins de Maosart ( Julcs-Hurdouin Mansart. 1648-1708. voir ci-dessus, p. 8. note a {s'élevèrent en six mois. Le 4 novembre .684, l'abbé de La Motte, archidiacre de l'art*, vint en faire la bénédiction», etc. (Ls Roi, op. cit., t. I, p. 1 g S . ) On trouverait sans doute des détail» complets sur cet édifice dans la brochure intitulée : Aeni aVt

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millet pour la conttrudim fie l'èglite aue k roi détire

y /aire bâtir pour let Pèret llceollett , canformémen au plan , ilètalion et profl oui ea ont rtf fttitt fur Maniant. — S. I. n. d., in-fol.. Bibl. nat, Lk '/1 0,119. Cet ouvrage a dispam des collection» do la Bibliothèque nationale.

lluvé (Jean-Jacqncs) était né a Boinvilliers, près Nantes, en juin 174*; il fut nommi'en «776 inspecteur de» travaux du château de Versailles; il mourut le *4 mai 1808. Huvé (Jean-Jacques- Marie)son fils était nés Versailles le » 7 avril i783, »Eu 1808, écrit M. Lance, à qui nous empruntons le. délads qui précèdent, lorsqu'il s'agit de transformer en Temple de la Gloire le monument commence1 pour être l'église de la Madeleine, il fut altacbé à ces travaux en qualité de conducteur, pui» •le sous-impecteur. On sait que le* événement* politiques em|<échèrent la réalisation de ce projet. Eu 1817. Louis \\ III ayant rendu l'édifice à ta ilestinatiou première, lluvé fut nomme1 architecte en clief des travaux, fonction* qu'il conserva jusqu'à la mort île Vignon en 1818. époque h larpielle il devint architecte en chef des travaux ... il inounil il Paris le i« novembre 1 85a. " (Lxxu, Dictionnaire iet Arehileclet françait. Pari». 1878, * vol. in-8'. Bibl. n*t..Ln",n8.)

''' Hi*toircdelert«UUs.,. par L» Roi, ul, p.4oi.

Tel est l'édifice dans lequel, ainsi que le prouve ia lettre du garde des sceaux Barentin, les membres de l'Assemblée nationale tinrent séance quelques instants dans la matinée du aa juin 1 789.

La même lettre du garde des sceaux nous apprend encore que, dans cette matinée, l'Assemblée nationale tint séance «dans un endroit attenant la paroisse appelé les Charniers, où se fait le catéchisme des enfants *. La chapelle dite de* Charnier», qui est encore dans le même état qu'en 1789, semble d'une dimension tellement exiguë, qu'il est difficile d'admettre que les 600 députés signataires du serment aient pu siéger, au sens propre du mot, dans ce local: tout porto à croire qu'ils s'y étaient réunis en grand nombre, soit pour attendre que la nef de l'église Saint-Louis fut préparée, soit même pour laisser au clergé le temps de prendre possession de l'église à son gré. Le garde des sceaux ajoute d'ailleurs : <r l'endroit étant à peine assez vaste pour contenir les députés*, etc. Il ne peut y avoir aucun doute en tout cas sur le local lui-même; c'est bien la chapelle qui se trouve à gauche de Saint-Louis, avec entrée particulière sur la place, et, si éphémère que l'on suppose le séjour de l'Assemblée nationale, il est certain, d'après la lettre du garde des sceaux, qu'elle y est demeurée quelques instants.

L'église Saint-Louis, nous l'avons vu, ne fut achevée qu'en 17^^; M. Le Roi, après avoir indiqué que l'évêché actuel, destiné d'abord à la mission de Saint- Lazare, fut bati en 1760, ajoute : <r Quelques années plus lard, en 1764"', ou éleva de l'autre coté de l'église, sur les dessins de Trouard:'J>, un petit bâtiment destiné aux catéchismes. Il est composé de deux galeries répondant à une chapelle centrale dont la coupole carrée, éclairée par le haut, est portée par douze colonnes ioniques-".

«La chapelle de la Providence, lit-on dans un autre ouvrage, située place Saint-Louis, destinée aux catéchismes, s'amorce à angle droit sur le flanc gauche de l'église. C'est un rez-de-chaussée percé d'une porte et de cinq fenêtres. - [Suit le détail des bas reliefs.] Puis en note : <t Cette chapelle est connue vulgairement sous le nom de Charnier. Au siècle dernier, dès qu'un habitant du château était mort, son corps était transporté dans cette salle, où il était exposé jusqu'au moment de l'inhumation <3U.

(,) »(*l(c annexe de l'<'|^isc fui nmsIniiCi! en / . immédiatement npre* la amilrvtlum de l'érrcké actuel. ' — Soial-Loiiu de VtrmiUn. suetunale, jnroùse et cathédrale, 1797-1730-1804, par I* chanoine Giu.it (Versailles, I. il. . in-8\ Bibl. onl. . Lk'/3o68i|. La date donner par M. I* Roi nous parait seule otade. On trouvera les Mails de la décoration de» Charnier» dan» l'ourrage cite ri- .le.su» (p. 78 et n9) et dans Invalairt général

de* riekauet d'an de la France. — Provint*, inonmteuf religieux <t. I, p. 1.161. Pion. 188G, in 4'. Bibl. liât.. 4*. V-tn5u.

'" Troua rd (l^ouis-Krançnis) tait né à Pari* en i7««j. (Voir la nuiir* <pii lui est conaarrè* dan* le Dteùomatre de* Architecte* jrantau, de M. Lixcc

(': Inventaire général de* riekeur* d'art. Dp. cil. , |>. i36.

Sur l'histoire proprement dite de l'église Saint-Loui», nous n'avons rien à ajouter à ce que nous en avons dit ci-dessus à propos de la journée du U mai.

Il fut question de cette église à la Chambre des communes le i a mai 1789 :

M. le doyen, lit-on au Récit dei tianett, a Annoncé. . . qu'un allait célébrer dans l'église de Saint-Louis le service annuel pour le feu roi; que le clergé et la noblesse avaient arrêté d'y envoyer chacun douze de leurs membres; il a prié l'Assemblée de faire connaître ses intentions a cet égard. Il lui a été répondu que les principe* développe» dans les précédentes séances ne permettaient pan aux communes de faire une dépulalion régulière, mais que plusieurs membres se rendraient à Saint-Louis et eu assez grand nombre pour exclure toute apparence de députation; ce qui a été fait.

La réunion définitive des deux premiers ordres à l'Assemblée nationale, le a 7 juin, nécessita des modifications dans l'installation matérielle de la salle; on peut suivre ces modifications dans les plans de Paris que nous publions. Le a o juillet, l'Assemblée nationale décide « qu'attendu les réparations à faire dans la salle, les bureaux s'assembleront demain et se réuniront ensuite a l'église de Saint-Louis s. (Moniteur.) Le lendemain a 1 juillet, en effet, l'Assemblée prit séance dans l'église Saint-Louis. Exceptionnellement, le sa juillet (mercredi), elle ne siégea pas, manifestement en vue de permettre la continuation des travaux à la salle des Menus, où elle reprit ses séances le a3 juillet au malin.

En 1791, la Société de* Amis de la Constitution, de Versailles, eut l'idée de joindre au souvenir du serment du au juin celui de la séance du aa, qui en fut le complément. Voici, en effet, ce qu'on lit aux registres de cette société, à la date du 16 mai 1 791 :

Un membre fait la motion de célébrer une féte patriotique dans l'église Saint-Louis, pour l'anniversaire du 9a juin 178g. jour où l'Assemblée nationale a été recueillie dans ce temple, ne trouvant aucun autre asile, et où s'csl opérée la réunion do la majorité du clergé. A celle motion a été joint l'amendement qu'il fut député par ta Société auprès de l'Assemblée nationale, du club des Amis de la Constitution a Paris et de tous les autres clubs du département, pour les inviter i assister par députation a celle cérémonie. La motion et l'amendement mis aux voix ont été adoptés'1!.

Aucune suite ne semble avoir été donnée à cette résolution.

Le 18 janvier 1796 et jours suivants se réunit à Saint-Louis rie synode des curés du diocèse de Seine-et-Oise, le siège vacant à Versailles*; un arrêté du Directoire du 1 5 ventose an iv ordonna la fermeture de l'église.

On trouvera, dans les divers ouvrages cités plus haut, les incidents relatifs à l'histoire générale, qui ne peuvent prendre place ici.

•'i Texte doi.n<i par M. CL. Vi-tel («p. «V. . p. &f>).

LA S^kXCe BOYALK Dt 23 JUIN 1 7^«). RETOUR OE L'ASSEMBLEE NATIONALE À L'HÔTEL

DES MENUS. L'INCIDENT MIRABEAU— DnBUX—BRBZK. MESURES PRISBS CONTRE L'ASSEM- BLÉE. LES POBTBS MUBKKS. DEFECTUEUSE INSTALLATION DE L'ASSEMBLEE -NATIONALE.

Le >i'i juin uu matin, l'Assemblée nationale reprit ses séances à I'hôlcl des Menus.

Voici comment Bailly raconte dans ses Mémoire» les débuts de celle journée fomeiise :

"•Mardi a3 juin. Ce jour est un de ceux qui furent marqué* à l'Assemblée nationale pour faire un pat de plus et pour s'agrandir encore. On nous avait fait provenir que les deux premiers ordres entreraient parla porte de l'avenue, les communes par une porte opposée donnant sur la rue des Chantier», et qu'elles se réuniraient dans une galerie de bois qui servait de vestibule à cette porte'1', et où il y avait ordinairement un café. Il n'y avait pas à délibérer sur cette inconvenance, mais on la sentait?1. On s'y réunit dune. J'y arrivai de bonne heure. On y attendit très longtemps. Les murmures commencèrent. Celte galerie était trop petite pour contenir tous les députés, auxquels, n la vérité', s'étaient joints un nombre de curieux en petits manteaux, imitant le costume des députés. Beaucoup de députés étaient dehors et & la pluie. Le murmure redouble. Je fus frapper à la porte ; les gardes du corps du poste m'ouvrirent et me dirent qu'on allait bientôt entrer. Cependant les esprits s'échauffaient. On parlait de se retirer. Je refrappai et je demandai Monsieur le grand maître des cérémonies : On me répondit qu'on ne savait pas où il était. J'étais 1res inquiet; je voyais qu'il était possible et môme naturel que les communes blessées se retirassent Etalon quelle inconséquence an Ministère d'exposer le roi ou à tenir la séance en leur absence, ou à la rompre par le défaut de leur présence! Bientôt l'intention de la retraite fut manifestée à grands cris. Le soin de la dignité reposait en moi. Je refrappai de nouveau; je demandai l'officier commandant. Le capitaine des gardes, M. le duc de Guiehc, parut. Je lui dis : « Monsieur, vous pouvei circuler dans l'intérieur; je vous prie de joindre M. de llrexé et de le prévenir que les représentants de la nation ne peuvent pas rester où ils sont; qu'ils n'attendront pas plus longtemps, et que si on n'entre pas dans finstaut, ils vont se retirer». Un moment après, on ouvrit la porte : M. de Brexé vint nous prendre, et nous entrâmes. Je précédais, marchant entre le grand maître et le maître des cérémonies, et suivi de tous les membres de l'Assemblée nationale, deux à deux, et dans le plus profond silence. Je lis sentir en chemin à M. de Brcxé toute l'inconsidération et le danger des mesures qu'il avait prises. . . Eu entrant, nous trouvâmes les deux autres ordres en place, et j'ai toujours été persuadé qu'on nous avait fait attendre ainsi pour leur laisser le temps de prendre leur rang, dans la crainte que les communes, constituées en Assemblée nationale, ne voulussent prendre les premières places Jl

t'1 Voir, potir l'exactitude d-\s détails donné» ici, le plan de l'archilecle Paris, p. iti

:' On pourrait déduire de cette phrase que, loi1» de la séance d'ouverture du 5 nui, l'entrée des députés des trois ordres fut réglée autrement: mais

U j a heu de remarquer que, a cette date, Bailly n'était pas à Versailles, mais à l'assemblée des électeur» de Paris.

Mémoire, op. cit. , L I, p. 107. Le manuscrit autographe de res mémoires est conservé à la

Cette journée, qui commençait par ces nies4jiiine8 taquineries, se continua par d'imprudentes provocations de la part du pouvoir royal; elle fut d'une importance capitale pour le cours de lu Révolution. L'Assemblée, toutefois, est revenue au lieu habituel de ses séances; nous n'avons donc pas à nous y arrêter, ni à la raconter plus longuement que toute autre séance. Rappelons cependant deux incidents qui se rapportent à notre sujet.

Le roi, comme on le sait, lut, dans la séance royale du 9 3 juin, trois discours et fit lire deux déclaration» portant notification d'ordres absolus, positifs. C'est particulièrement dans le troisième discours du roi que se relèvent les paroles les plus menaçantes :

Si, par une fatalité loin de nia pensée, dit-il, von» m'abandonnez dans une telle entrepris*, seul je ferai le liien He mes peuples, seul je me considérerai comme leur véritable représenlaii I. . . C'est moi qui, jusqu'à présent, fais tout le bonheur de me* peuple». . .

Il terminait ainsi :

Je tous ordonne. Messieurs, de tous séparer tout de suite el de mus rendre demain uialiu chacun dans les chambres affalées à Mitre ordre pour y reprendre vn» séances. J'ordonne, en conséquence, au grand mailre de» cérémonie* de l'aire piv'parer les salles.

Et le roi se retira.

C'est à cette heure même que se place l'incident entre Mirabeau et le imirquis de Rrezé, inexactement connu actuellement, parce qu'il a été faussé par Mirabeau lui-même "l 11 y aurait intérêt, pour l'honneur de la vérité, à le raconter d'après les textes authentiques, mais nous ne pouvons entrer ici dans ce débat; l'installation matérielle de l'Assemblée se lie intimement d'autre part aux événements eux-mêmes; il nous faut donc montrer les conséquences des imprévoyants arrangements pris par le pouvoir royal.

Quatre salles étaient à prévoir pour les Étals généraux, nous l'avons vu plus haut à propos d'un mot prêté par M. de Barante au comte de Saint-Priest : salle

bibliothèque de U Chambre de» députés. — Voir, a titre complémentaire, l'extrait que nous donnons aux ApitriuUre» (n* VIII) de< VoygrM en Fnrnct, d'Arthur lots*.

[" l>nns le récit que Mirabeau publia de l'ineidenl.dans sa Trttzihmt ttUrt à met cQwm*UntU* , il se substitua entièreiiHiit à Bail ), qui avait seul qualité pour répondre au marquis de Brené. et qui, le procès-verbal le prouve, ne manqua pas à ce devoir. Bailly a vivement protesté dans ses Mnnoim contre la légende qui le plaçait ainsi faussement au second rang. Mais la superbe ajiostniplie

1111e Mirabeau prononça, «ras quitter m yUut, eut une action immédiate sur* la résolution de ses cullë)rt(e*, el comme son récit a été adopté par le* réd acteurs de la partie complémentaire du .Vcwrear, il est devenu ainsi lui-même l'auteur de» inexartitudesquinnl cours sur son rôle réel en cette fameuse séance. Nous nous permettons de renvoyer, pour les développement» que nous ne pouvons donner ici , aux articles sur la Simet rayait dui3 juin 1 7*0 , que nous avons publiés dans la RètohUton frtmttnu, dans les numéros île janvier, mai et juillet iHn».

d'assemblée générale, salie du clergé, salle de la noblesse, salle du tiers état ":. Cette mesure prévue en tGiA s'imposait absolument en 1789. Depuis de longs mois, l'agitation se faisait dans le pays sur la réunion ou la non-réunion des ordres et, dans ce Versailles, où tant d'inutiles et fastueuses dépenses avaient été prodiguées, on n'avait pu trouver une salle supplémentaire à mettre, dès l'ouverture des Etats, à la disposition des communes! Si, le a3 juin, alors même qu'elles étaient constituées en Assemblée nationale, elles avaient eu leur salle spéciale, elles se fussent retirées comme le clergé et la noblesse. Dreux-Brezé n'eût pas eu l'occasion d'intervenir pour faire enlever les banquettes, l'histoire n'eût pas eu à enregistrer le fameux appel aux baïonnettes qui retentit comme un cri d'alarme; le décret portant inviolabilité des députés n'eût pas eu de raison d'être, et l'on ne peut savoir dès lors quelle eût été la marche de la Révolution.

L'Assemblée nationale avait décidé, la veille, qu'elle tiendrait séance après le départ du roi; Bailly ne pouvait pas, en conséquence, agir autrement qu'il ne fit, maison remarquera que, celte dérision de la veille existant, l'Assemblée aurait été obligée de recommencer la recherche d'un local convenable, connue elle l'avait fait dans les journées des 20 et sa juin. Aux grands effets les petites causes. On ne peut pas sans doute écrire l'histoire avec des hypothèses, mais l'imprévovance de l'administration royale apparaît ici en telle évidence, que nous devions en signaler les conséquences.

Le second incident auquel nous avons fait allusion plus haut, se rattache aux mesures prises à l'intérieur de l'hôtel des Menus.

Pendant les agitations qui marquèrent à Versailles la soirée du a 3 juin, le parti de la Cour, reprenant le système de puériles eutraves par lequel il avait empêché vainement, le ao juin, la réunion du clergé aux communes, employait des ouvriers à l'hôtel des Menus non seulement pour préparer les salles, comme l'avait ordonné le roi, ou plus exactement les remettre en leur premier état, mais encore on songea très sérieusement à couper, d'une manière effective, toute communication entre la graude salle réservée à l'Assemblée nationale (la Cour disait encore le tiers état ) et les salles des deux autres ordres.

Le a 3 au soir, le garde des sceaux Barentin écrivit à Bailly pour le prévenir que les députés du tiers n'auraient dorénavant accès dans la graude salle que par la rue des Chantiers, l'entrée de l'hôtel par l'avenue de Paris étant réservée aux deux premiers ordres (s). Cette lettre fut lue à la séance du a&. Elle montre quo

:'' Arthur Yoong crut qu'il y avait quatre nalU"<. — Voir ci-aurèa. Appendice*, n" VIII : -k> lier» «e rendit iUn* \» «II»- nrtyM-n pour lui», oie.

<■> Elirait du bulletin d« li.renti» à U>< XVI. datrf du «4 juin ; -Jo joins in fr Lullelin de ,v qui

s est |inw k la Ciianinre du lier». La lettre de moi . qui y est annarn-À», «si fflle par laquelle, d'après In ordre* de Votre Majnie , j'ai tcritkier a M. linilfy de /jmrmr .V.V. let dcp<,tè< d'arrirtr pur h ru du (Jvwttcn-. 1.WI1. liât,, k. 071.1.'*

7 fi CHAPITRE PKKMIKK.

l'intermédiaire du grand maître des cérémonies n'était pas de rigueur; un pourrait même voir dans ce déluil le désaveu de su conduite envers l'Assemblée nationale.

Quoi qu'il en soit, la communication entre l'Assemblée nationale et les deux autres ordres fut coupée non seulement par des factionnaires, mais, de divers témoignages contemporains, il résulte que les portes avaient été murées. n L'Assemblée, lit-on dans une série de bulletins déjà citée, s'est formée dans la grande salle, le* portes des galeries élttnt bouchées et bâtie* 'K -

D'après un autre récit, une partie seulement des portes de communication avaient été murées :

Nous vîmes bien, dès le lendemain de la séance rojate, raconte un Député patriott, que la Cour avait cédé et non consenti. Notre salin était entourée de barricades et de soldats; son entrée était interdit'^ au public-, on avait même poussé l'attention (et c'est sans douta an des chefsd'œuvre du grand maître des cérémonies) jutifu'i murer la porte Je notre utllr du côté do l'avenue de Paris, et aboutissant aux emplacements destinés à la noblesse et au clergé, de sorte que le tiers état ne pouvait arriver que par la rue des Chantiers, la noblesse et le rlcrgé par l'avenue de Paris, et il était défendu aux soldats de nous permettre aucune communication par l'intérieur. Cette combinaison si prudente lut encore renversée, parce quels majorité du clergé, qui avait délibéré de se réunir, trouva une fausse porte qui communiquait par deB souterrains à notre salle, et vint nous joindre*5!.

Il est aisé de voir, en jetant les yeux sur le plan de l'architecte Paris (p. ifi) que le fossé perpendiculaire à la rue Saint-Martin rendait facile l'interdiction des communications entre l'Assemblée nationale et les deux autres ordres. Mais il existait certainement des passages souterrains permettant une communication entre les deux parties de l'hôtel des Menus; une visite à ce qui demeure du monument permet de le constater, lin passage établi sur le fossé déjà nommé, au lieu marqué sur le plan par les mots : Place du service du ni, permettait de communiquer de la cour des Menus à la grande salle. Lorsque, actuellement encore, on descend nu fond de ce fossé, on se trouve de fait au niveau du sol de la grande cour et l'on remarque un étroit couloir passant sous les pièces marquées au plan : Logement du gardien et vestibule, et aboutissant de plain-picd dans cette cour. Il est donc, fort possible d'admettre que plusieurs membres du clergé, au lieu de faire le tour par la rue Suint-Martin, aient pris cette route souterraine qui, par un escalier (que l'on voit sur ce plan de Paris, mais qui n'existe plus aujourd'hui), les conduisait directement au lieu de réunion.

On s'expliquerait difficilement les humiliantes conditions dans lesquelles se trouvait alors l'Assemblée nationale au point de vue de son installation niaté-

"' Arrb. nat., C. afi. dossier 170.— Tiers état lAutmblee mlmutJe ikpmù h 37 eeril i-j8(jjtu- !iH' séance. qu'au 1 J sert/ ijgo, par m député patriote « te*

''• IloHtrt-poison ou Compte rendu de* travaux dt tommttta*tt.S.\.n.A. in-8\ (ilibl.nal.. Lb";3a67

rielle, si l'on ne se rappelait qu'à celte époque, d'avril à octobre i 78g . <r les seuls agents du pouvoir exécutif disposaient souverainement du local de ^'Assemblée ; ils donnaient des ordres pour les constructions, réparations, ameublements, etc. Eux seuls nommaient tous les employés, en réfilaient le nombre, le service, les appointements, les mémoires et en ordonnaient le payement au trésor royal. Pendant ce temps, un seul commissaire, l'un de nous*1', fut chargé par l'Assemblée nationale de veiller à la police, la sûreté et la salubrité du local. . . mais il ne pouvait rien faire exécuter, même avec l'approbation de l'Assemblée, que par la voie de la réquisition auprès des ministres et autres agents du pouvoir exécutif, qui, dans les commencements, ne s'y prêtaient que très difficilement t. Ces lignes sont extraites du Compte rendu et rapport prétenté* à TAttemblée nationale par let ammittairet de la salle, pièce datée du 3o août 1791 W. Ce fut seulement a partir du iw octobre 1 790 que les commissaires de la salle réglèrent euxmêmes les dépenses de l'Assemblée; la liste civile avait bien été établie le 1" juillet 1 790, mais «des circonstances ont déterminé les ordonnateurs des Menus et du Garde-Meuble à continuer leurs services jusqu'au i" octobre*. (Même Compte rendu.)

Les graves événements qui marquèrent le mois de juin 1789 pourraient appeler d'autres observations, puisqu'ils eurent pour théâtre les salles mêmes que nous devons décrire, mais nous craindrions de rentrer, par cette voie, dans l'histoire générale qui uous est interdite; le lecteur trouvera dans le Procèt-verbal de la Constituante, dans les comptes rendus et récits publiés par les députés, particulièrement dans le Point du jour, les détails qui ne peuvent trouver place ici.

APBES LK 'j3 JUN 1789. RÉUNION DES OHD1IK9. — MODIFICATIONS APPORTEES À L'IN- STALLATION DE L'*SSBMI1LKK NATIONALE. — SB*NCE TENtiE À SAINT-LOIIS LE M JUILLET.

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