SAINT-LOUIS. — - LEUR HISTOIRE
Les Étals généraux réunis à Versailles en 1780, après des incidents et des vicissitudes dont l'histoire ne nous appartient pas, avaient été, à la fin de 1787, promis par Louis XVI rpour 1791 au plus tarduC. UArrét du Conteil, daté du 5 juillet 1788, ^concernant la convocation des États généraux du royaume»'').
m r. Messieurs, le roi apporte lui-mlms aujourd'hui 1 son parlement un édil qui ordonne l'ouverture des emprunte successifs destines, pendant la durée de ciai] ans , à correspondre à ces engagements. . . Avant qiw celte période de la régénération des finances soit résolue, le roi se propose de cofumnniqner a la nation attmUte tout ce qu'il aura fait pour son bonheur. . . . (Discours du garde de* sceaux a la séance du roi au Parlement, in novembre 1 787. ) ta roi, ayant mandé a Versailles la grande députalion du l'arlctncnl, le s 1 novembre, parle des ^supplications pour hlter la tenue des États généraux* et ajoute : rj'ai dil que je les convoquerai avnnl 17g-». c'esl-à-dire au plus lard
en 1791, ma parole est sacrée». Au cours du xviji* siècle, la demanda des Étal» généraux est faite dans (ouïes les périodes de crise, et elles furent nombreuses. Il est donc puéril de rechercher, comme l'ont fait quelques auteurs, à quelle date l'idée des Liais généraux fut jetée dans l'opinion. Cf. Inlroduroion du Moniteur, rliapilre : "Des vains effort* faits sous les règnes de Louis XIV et de I^ouis XV. |K>ur obtenir la convocation des Étais généraux* (p. 8a et suiv.); voir aussi noire Rtcneil de doru~ itunt* r -latijt à la convocation de» Etats ginrravx de t-j8n, L I, p. cv.
' Nous e:i avons publié le texte dans noire Hcueil de document* , l. I , p. 1 y.
rappelle que le roi «ayant Tait connaître au mois de novembre dernier son intention de convoquer les Etala généraux du royaume , Sa Majesté a ordonné aussitôt toutes les recherches qui peuvent en rendre la convocation régulière et utile à ses peuples ». Cet arrêt, cependant, ne fixe aucune date.
L'Arrêt du (Àmseil du 8 août 1 788. «qui suspend le rétablissement de la Cour plénièrc», est plus précis; il porte, en effet, que <?la tenue des États généraux aura lieu le 1" mai prochain»'11; ce n'était là d'ailleurs qu'une indication (comme on le peut voir dans l'arrêt d'enregistrement du Parlement) qui engageait moralement le pouvoir royal , mais qui n'avait, au point de vue de la convocation effective, d'autre valeur que celle d'une promesse.
La Déclaration du roi du o3 septembre 1 788, «qui ordonne que les officiers des cours reprendront l'exercice de leurs fonctions*'*1, prescrit «que l'assemblée des Etats généraux aura lieu dans le courant de janvier 1789*. Le mot assemblée a ici un sens indécis, qui permet de concilier les deux dates promises, ha convocation, en effet, était alors un acte de l'autorité judiciaire; ce qui constituait réellement la mise en mouvement légale de la convocation, c'était l'expédition des lettres royale* de convocation à tous les grands baillis ou sénéchaux d'épée (ou officiers île justice assimilés) par l'intermédiaire des gouverneurs généraux militaires des provinces. L'envoi des premières Lettres royale* eut bien lieu en janvier 1 789 {ï\ mais les États n'étaient convoqués a Versailles que pour le 27 avril 1780,. Cette date ne fut modifiée qu'à la dernière heure par un ordre du roi non daté (nous y reviendrons plus loin), mais que l'on sait être du 26 avril : «Sa Majesté, y lit-on. a pris la résolution de différer jusqu'au lundi h mai l'ouverture des États généraux».
Les indécisions du pouvoir royal au point de vue de la date de la réunion des États (le mot réunion avait, en 1789, un sens étroit et tout différent de celui de convocation) apparaissent dans les actes publics; sur le lieu même de cette réunion il n'en va pas de même, et la trace des incertitudes se trouve seulement dans des pièces d'archives.
Les villes sur lesquelles portaient les hésitations étaient : Paris. Versailles. Sainl- Germain, Compiègne, Soissons, Fontainebleau. Sens, Reims et Tours:»1. On pensa même à Saint-Denis 3l.
<(i Cf. Hrruril, op. ciL, I. I, p. i3.
■•*> Cf. Heeutit, op.eiL, t I, p. Î.Ï.
m Voir lettre et rrglentent royal du *4 jimrier 1789, flecwil cité, I. 1, p. 64 et suiv.
l'' Voir Appendim, n* I : • lléflewon» sur le lieu Ir plu» coumiaU* pour la ternie des Étal» generau». lAirh. nat., ()'. 354). A consulter : 'Observations sur le logement «le» Ûtts genc>oiu a Sainl-Geminin- (Areh. nnl., k. 679. n* tio).
Il; Le Mtlxltlcgui' de Saiiil-lViii* annonce a l'Intendant (lettre non datwï cjn'il est ail** a Saint- Denis »ponr y prendre connaisaunre des logement* liounêV-s que cette ville pourrait fourmi--. On lui a recommandé «île prendre ces erlairriaeemifil* avec toute la discrétion possible . . . Lors de la dernière revue des garde* du corps du roi. trois eoir.pognics y ont successivement logé, ces cotn|Miguie* ftnnt eoinpoWes de chacune environ 3oo inoilm. . .
Il parait bien que c'est en considération «les moindre» dépenses nécessitées pour la réunion à Versailles, que cette ville fut définitivement choisie. D'après un mémoire officiel sur cette affaire, que nous donnons aux Appendice»^, trio nombre des personnes qui suivent ia Cour dans les voyages est de i5 à 1 6,000 n, et la difficulté prévue de faire vivre et de loger une telle foule, pendant plusieurs mois, en dehors de son centre ordinaire, fut la raison déterminante du choix fait de Versailles.
Les bruits les plus étranges coururent alors au sujet de ce choix. On prétendit que ce qui avait fait préférer Versailles à Paris, c'est qu'on » voulait prendre les députés par ennui et famine n'4'. Le mot célèbre prêté à Louis XVI : nCe ne peut être que Versailles à cause des chasses *, a bien pu être dit, il est très vraisemblable'9', mais de la pièce que nous publions il résulte que des motifs d'un ordre plus pratique furent justement rappelés*').
Lorsque la résolution de réunir les États à Versailles fut arrêtée, la question du logement des députés préoccupa le Ministère et le Comité municipal de Versailles'*'. Le Résultat du Conseil du 37 décembre ij88 avait annoncé que les <r députés [aux prochains États généraux seront au moins un nombre de mille-"; ce chiffre fut dépassé de près d'un cinquième. Le nombre des sièges accordés par les seuls règlements royaux peut être lixé exactement à i,ig6l6). Le prince de Poix ir gouverneur et capitaine des chasses des ville, château et parcs de Versailles, Mariy et dépendances, et intendant desdits domaines -n. écrit le 8 février 1789, à Thierri de Ville-d'Avrai W, que, it calcul fait, on pouvait compter sur 1,1 5o membres »'*>. Les officiers municipaux s'occupèrent activement, Rur cette base, d'ob-
à quoi il est bon d'ajouter qu'il y a 9 paroisses qui environnent Suint-Denis et qai n'en «ont que bien peu éloignée», qui aont en état de fournir «le» secours très considérable*. Ces paroisses aont : La Chapelle Saint-Dents, AuberviJIiers, La Courneuve, Slains. PierrefUte, Villetaneuse , Épinay- Saint-Deni*. l'Iule et Sainl-Ouon. . . ce qui pourrait fournir au moins cent bon» logements avec de» «aines en proportion » . et*. ( Arch. nal. , <)', 354 , lia*»e 6).
■•> Cf. Appendice», n' I.
(tl Cf. Journal de Duquetnoy, l. I, p. a. Pour les réserves i» faire sur cet ouvrage, voir ci-»pro« , p. 1 1 . noie 1 .
* Cf. Journal de Uuit XVI, publié par M. Lmii» Mcolardnt. (Pari», 1873, iii-u; Bibl. nal., Lb'7no77.)
1,1 Cf. Histoire de h Rhotulnm franemet depuis l'Assemblée des notables jusqu'au i3 rrndémiaire a» ir, par .\ecmr. (Paris, 1831, 4 vol. in-i»; Bibl. nat., LV757; chapitre intitulé- : »Choix rie
Versailles pour la lenne de» Etais t, 1. 1, p. i3o.)
w Un intéressant dossier relatif aux actes d> « officier» municipaux de Versailles en 1789 et 1790 est conservé aux Archives nationale», sou* la cote O', 354, liasse 7. (Voir aussi Appendice», n* 11.)
<*' Voir Retapitulaiùm du ntmlire Jet it)tutti, dan» noire Recueil Jt document», op. cit., t. Il, p. 555.
(;| Mare-Antoine Thierri de Ville-d'Avrai. commissaire général de la maison du roi , avait dans son ressort l'installation des État» généraux, an litre dïrilcadant général du Garde-Meuble. Il demeurait à Pans à l'hôtel du Carde-Meuble, rue Saint-Florrcliu. Voir la notice qui lui est consacrée dan* {'Histoire de Versailles , de J.-A. I^e Roi , t. I . p. 4 o 1 . Il signait Thierri de Ville d' A vrai. Le roi avait érigé ponr lui en baronnie sa terre de Ville-d'Avray.Stir les incidents auxquels il fut mêlé au cours de la Révolution, voir le Répertoire de M. Tutit, t. II, n" 819, 9198, 0419, 9»»o.
Arch.nat.,0'. 354, Lasse 4.
tenir des propriétaires de Versailles des offres et soumissions pour le logement des députés. Le prix ne devait pas dépasser 3oo livres par an. Ce chiffre de 1,1 5o députés, exact en principe, ne le fut point cependant dans la réalité. Des obstacles de genres divers empêchèrent un certain nombre d'élus de se rendre à Versailles; des députations entières firent défaut, celle de la noblesse de Bretagne en particulier; mais ce qui surtout bouleversa les prévisions, c'est le parti pris par un grand nombre de députés de se réunir, entre élus d'un même bailliage, pour habiter en commun un seul appartement. La commodité et l'économie trouvaient leur compte à cet arrangement Le retour à Paris, en octobre, aggrava encore la situation, et la liquidation des engagements pris donna lieu à de nombreuses diflïcultésl''.
Confiants dans la date portée aux lettres royales de convocation, les députés se trouvèrent donc en grand nombre à Versailles à la fin d'avril 1 789C. Dès ce moment ils nous appartiennent; aussi, avant d'entrer avec eux, le 5 mai, à l'hôtel des Menus-Plaisirs du roi, devons-nous nous arrêter aux préparatifs de cette grande solennité.
Trois cérémonies distinctes marquèrent cette période préparatoire : la proclamation des Etats généraux, la réception des députés par le roi, la procession solennelle du h mai.
La proclamation fut ordonnée par une lettre du roi au prince de Lambesc, grand écuyer de France, datée du a6 avril 1789, et ainsi conçue :
Mon cousin, mon intention étant que la proclamation des Étals généraux que j'ai ordonné être assemblés dans la ville de Versailles, y soit faite avec la pompe et la solennité que cette cérémonie exige, je vous fais celte lettre pour vous dire de faire trouver à cet effet, demain matin, dans ladite ville, le roi« et quatre héraulls d'armes en habits de cérémonie, avec les trompettes et les autres instruments de mes écuries, suivant et ainsi que le grand maître ou le maître des cérémonies vous expliquera de ma part. Je désire, en même temps, que vous donniez ordre ouxdils roi et héraulls d'armes, ainsi qu'aux trompettes et autres instruments de mes écuries, de se tenir prêts à remplir, pendant la prochaine tenue des États généraux de mon royaume, les fonctions de leurs charges toutes les fois que le grand maître ou le maître des cérémonies les demandera de ma part. Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait, mon cousin, en sa sainte et digne garde. Écrit à Versailles lu a6 avril 1780^.
('< Voir dossier déjà rité, 0', USA , liasse 4.
'*> «l'rés de 800 députés s'étaient rendus iri, le «7, pour assister à l'ouverture de* États. 1U oui été grandement surpris, eu arrivant, de voir le roi partir |»ur la chasse. On avait attendu le dernier moment pour annoncer la remise de la solennité t (1" mai 1789). ComtpomdaïKt ttcrilt inédile . ■ publiée par M. de Lcscuro, t. II, p. 35o.
<*i Le roi d'arme» de France était en 1789,
d'après VAlmanach royal 1 M. Bronod de La Have, chevalier, pourra de cette charge depuis 1760 (op. cit., p. isft).
'*' Arch. nsL, 0', 161, p. 98; minutes non «ignées. Dans une lettre de Legendre, député de Brest, datée de Versailles le 98 avril, ou lit : »A 1 1 heures, hier, l'entrre des Étals généraux et la procession solennelle du & ont été proclamées dsns toutes les rues et carrefours de Versailles. La
L'ordre du roi «différant au û mai l'ouverture des États généraux», dont nous avons déjà parlé, indique les premières formalités à remplir en vue de la présentation des députés. H est ainsi conçu :
De par le roi. Le roi étant informé que plusieurs des députés aux États généraux ne sont point encore rendus à Versailles, qu'il y a même quelque» élections, notamment celles de sa bonne ville de Paris qui ne sont point consommées. Sa Majesté a pris la résolution de différer jusqu'au lundi h mai l'ouverture des Étals généraux, et Elle a déterminé qu'il serait célébré une messe solennelle , précédée d'une procession générale pour implorer l'assistance divine dans une si grande et si importante circonstance.
Sa Majesté voulant admettre, dans l'intervalle, ceux des députés qui se trouvent réunis a Versailles, à l'honneur do lui être présentés, lesdils députés sont avertis de. remettre, chex M. le marquis de Rrexé, grand maître des cérémonies de France, dans les journées des 97, 98 et 39, une note contenant leurs noms, qualités et demeures à Versailles; tous les députes des mêmes bailliages, sénéchaussées ou pays, arrivés à Versailles seront inscrits ensemble sur la même note, qui sera signée de l'un d'eux; il en sera formé une liste générale, qui sera mise immédiatement sous les yeux de Sa Majesté, et le grand maître des cérémonies de Franco leur fera connaître le jour et l'heure auxquels ils seront présentés au roi.
Noïh. L'appartement du grand maître des cérémonies de France est au château, cour du Puits, rue de la Surintendance, vis-à-vis l'hôtel des Affaires étrangères'".
Des difficultés d'étiquette retardèrent la présentation. Les deux premiers ordres craignaient qu'en cette première rencontre leurs droits de préséance ne fussent méconnus. Le i" mai parut un b ordre du roi relatif a la réception des députés des trois ordres v ainsi conçu :
De par te roi. Le roi, avant de faire l'ouverture des États généraux, désirant connaître les députés qui se trouvent rassemblés auprès de sa personne et les admettre à l'honneur de lui être présentés. Sa Majesté a fixé la journée du samedi » mai pour celle cérémonie, mais le grand nombre des députés ne lui permettant pas de les recevoir tous au mémo instant, Elle a ordonné que les députés de l'ordre du clergé se rassembleraient à onxe heures du matin, dans le salon d'Hercule; que ceux de l'ordre de la noblesse se rassembleraient dans le même endroit à uue heure après midi, et que les députés de l'ordre du tiers étal s'y rendraient à quatre heures après midi. Sa Majesté a ordonné que, pour cette visite, tous les députés seraient en habit de cérémonie*. On se rendra dans le salon d'Hercule, en passant par l'escalier tournant de la chapelle, du coté droite.
marche de cette proclamation était composée d'un p. 665), avec la date du 16 avril 17%, qui parait détachement des cent-Miiaoes, de» officiers et bé-
raulls de la prévôt, su|Krbctneot monléx par cm- « Le . costume de MM. les députes de* trois
prunt des chevaux de la Cour, grande symphonie. ordres • était réglé par une note du grand maître
plusieurs trompettes, tambours, etc.* (Arrh.mu- des céréntonica qui a été souvent reproduite. Voir,
nicipalcs de Brest. Corrrtfumdana , publiée par en particulier, \'Introd»eùe>\ iu Moniteur {p. 610)1
MM. Coaaa et Duodmu.). le Réeit Jet téauett Jet dipulù Jet aimmma (p. 1
<"> Arch. nal. , C, sG. dossier 176, pièce im- de l'édition de la Société* de l'histoire de la Kévo-
primee, non datée; reproduite dans la Archives lotion), etc. Nous jugeons inutile de la donner ici.
parlementaim (t. I, p. 6n<() et dan* la Colketiem l'> Areli. nal.. G, s6, dossier »»», pièce im- «r.tt...d«Dlîva»oiE«(t.XXVIll,
Louis XVI ne dédaigna pas, en de si graves conjonctures, de s'occuper de cet habit de cérémonie. On lit dans le Journal de Sillery à la date du 3o avril : <fSa Majesté a changé le costume du tiers état et a substitué un manteau court au manteau ouvert par les côtés [et le chapeau à trois cornes sans boutons à la toque de velours si".
Voici comment un des députés du tiers état raconta, sur l'heure même, la présentation au roi :
Le clergé a été présenté au roi ce malin, à 11 heures. La noblesse a fait la même cérémonie h a heures el le tiers état sur les 7 heures. Chacun des trois ordres a été classé par MM. de Breié »). de Nantouiliel et Watronville '•»', grand maître, maître et aide des cérémonies. On a suivi l'ordre des bailliages d'après un cahier sur lequel on a fait les trois appels.
Le tiers état a attendu pendant trois mortelles heures dans la salle d'Hercule, près la chapelle du roi, pour être appelé et classé pour défiler. Nous avons ainsi fait la procession en une seule ligne ou rang, comme l'avaient fait 1rs deux autres ordres. Nous avons parcouru, dans cette marche, toutes les salles, depuis celle d'Hercule jusqu'à celle du Lever, en par la galerie et par la chambre du Conseil. Parvenus à la salle dn Lever, nous faisions < un demi-tour a droite et une inclination au roi , qui riait debout entre ses deux frères et au milieu de tous les hauts dignitaires et grands officiers de la Cour. Les daines de la Cour étaient toutes dans la galerie, oit elles nous ont passés en revue a leur aise, car nous marchions lentement dans une allée de 7^» 8 pieds de large, tenue libre par une balustrade que l'on avait placée à cet effet dans chaque salle et dans la galerie. Nous étions cependant forcés de nous arrêter souvent, parce que chacun interrompait sa marche pendant quelques instants pour saluer le roi, ce qui communiquait des retards réitérés dans toute la (ilc. . . '*\
Après la réception des députés, les préparatifs de la procession dite des Étals généraux occupèrent de nombreux ouvriers. Le 29 avril 1789, le roi adressait à l'archevêque de Paris la lettre suivante :
Mon cousin, ayant délibéré de recourir à Dieu pour lui demander l'assistance de ses faveurs célestes en celte grande et notable assemblée des États généraux de mon royaume, j'ai résolu qu'il soit fait, en la ville de Versailles, une procession générale ou Moi et la Reine, mon épouse et compagne, serons en personne, assistés des princes de ma famille royale, de ceux de mon sang, des grands officiers de ma couronne et des seigneurs qui sont auprès de moi; je vous Tais cette lettre pour vous dire que mon intention est que vous ordonniez qu'il soit fait une procession générale du très saint sacrement dans ladite ville de Versailles, au jour el à l'heure que le grand maître ou le maître des cérémonies vous dira de ma part. Sur ce, je prie Dieu
<>! Areh. nul., KK, 64 1. Document inédit. de* cérémonies : 17&6. M. de NantouilleC —
1,1 Henri-Erard île Dreux, marquis de Breié.nc' 1780, M. de Nantmiillet «on pfre.en survivance.
à Paris le 6 mars 1766, mort le A jauvier 18*9, — 1767. M. Urbain de Watronville. aide des 1 avait été pourvu de la «barge de grand maître des monies. (op. eiî., p. ta6). cérémonies a la mort de son père. Joarhira de '*> Lettre de (latillier de Biauxal, datée de Ver-
Dreux , lieutenant général de» armées du roi, le «ailles, le a mai 1789, 7 heure» du soir. {Cors 4 septembre 1781. ntpmdance publiée par M. Fr. Mtac , op. et». , t. 1 1 ,
l'i L Almmaeh royal de 1 789 indique : - Maîtres p. a t . )
qu'il vous ait, mon cousin, en sa sainte et digne garde. Écrit à Versailles, le sg arril 1789 <»>.
L'ordre définitif ne fut donné que le 3 mai.
On y voit que s Sa Majesté a fixé au lundi U mai la procession générale », et que «les députés du clergé se réuniront à 7 heures du matin, dans la maison de la mission, dans laquelle ils entreront par la place Notre-Dame. Les députés de la noblesse se rendront à la même heure à l'église Notre-Dame et se rassembleront dans le bas côté droit de l'église. Les députés du tiers état se rassembleront aussi à 7 heures à l'église Notre-Dame, dans le bas côté gauche1*'".
La cérémonie fut très longue. Le roi ne quitta le château qu'à to heures et la procession ne se mit en marche qae vers 1 1 heures :
Le clergé de la paroisse Saint-Louis marchait a la tète de la procession, écrit l'abbé' Vallet; Messieurs du tiers état dans leur costume, habit noir et manteau court, suivaient à double rang, de chaqae côté; venait ensuite l'ordre de la noblesse, pareillement sur deux doubles lignes, avec des manteaux dont les devants étaient de drap d'or; ils avaient tons des chapeaux îi la Henri IV, garnis de plumets blancs. Le clergé- de second ordre, en soutane, manteau long et bonne! carré', procédant nosseigneurs les évdques, archevêques et cardinal, tous en rochet cl uiosettes . . . Venait ensuite le clergé de Notre-Dame et M*' l'archevêque de Paris qui portait le très saint sacrement . . . "'.
On trouvera quelques détails sur cette cérémonie dans la légende qui accompgne la gravure intitulée (d'Accomplissement du vœu de la nation n, que nous reproduisons W ci-contre.
L'église Notre-Dame, qui fut le premier des édifices où pour la première fois tous les députés de la nation se trouvèrent réunis, avait été bâtio par l'architecte Jules-Hardouin Mansart, à la fin du xm' siècle. Louis XIV en avait posé la première pierre le 10 mars t68A; elle fut consacrée le 3o octobre 1686 5). Le roi, qui donne sur cette église d'intéressants détails, noie en particulier que «rie désir
!'1 Arch. naL, O1, 161, p. 101; minute nuo particulièrement pour les séance* des ioet »3 juin lignée. '7%. de relever d'autres fantaisies de ce genre.
m Cf. Ordre du M r*MJ i la pn>c*»,ion rfss qui étaient dans le goût du I Ètota gminrnx , Areh. nat. , C , a6 , dossier 1 7O. <*J Cf. Ditcourt s«r I» céréimmie de h conticrahm Récit de» principaux fuit» , rte. , pur M. Valut, de dglite royal* de (a paroiut de V maillet, procuré de Saint-Louis, député du clergé de (Sien, rmieé le trentième d'otiobre 1C86, par Messies
p- 4. France» si (liTuuica. Paria, t686, m-1*.
Cette gravure, sans nom d'auteur, est tirée nat., Lk'/toSso. — Cf. l'abbé Lsbeuf (op. eit
de la collection Hennin, vol. 1 17, p. 36. Quelques- I. III. p. 198). Cet auteur note que 'le pavé y est
nnes des tue* de cette procession publiées elor* fort régulier, parce rpj'on n'y rnterre jamais per-
sont singulières. C'est ainsi qn'on peut voir à Car- sonne*. Voir aussi aux Archives nationales : Cueil-
navalet (Estampes historiques, carton V) une «Vue leretdes cens de la paroisse Notre-Dame. XVIII* s. .
de la procession .. . à Paris, chez Basset* ;ls scène 0, n8o5, et les documents de la commission i passa dans nne vaste plaine, avec une colline* établie en 1717, réorganisée en 1788. pour l'iu-
droile et un bois b gauche. Nous aurons l'occasion. IreUen dea édifices religieux (0. 669Ï.
toujours manifesté par Louis XIV qu'aucun bâtiment ne vînt obstruer la vue de son palais, a dû être pour beaucoup dans le peu d'élévation que Mansart a donnée à toutes les parties de cet édilice(l>*. En 1789, l'église Notre-Dame était depuis longtemps dirigée par les missionnaires de l'ordre des Lazaristes. Le supérieur était curé de la paroisse.
L'église Saint-Louis où se rendit la procession était do construction plus récente. On avait fait élever, vers 1726, sur remplacement actuel de l'évèché, une chapelle dédiée à saint Louis; c'était une succursale de la paroisse desservie, comme elle, par les prêtres de la mission de Saint-Lazare. Inaugurée le 27 mai 1737, elle fut érigée en paroisse le 4 juin 1780; mais elle devint bientôt trop petite en raison de l'extension prise |wr le quartier du parc aux cerfs, et Jacques- Hardouin Mansart de SagonneW fut chargé de construire l'église actuelle. Commencée en 176a, elle ne fut terminée qu'en 175a11'.
Divers incidents marquèrent la dernière partie de la procession. Voici ce que raconte Gaultier de Biauzat dans une lettre datée du k mai, 5 heures du soir :
Nous somme* sortis à 7 heures de chei nous et nous y sommes rentrés à 4 hcurt's un quart. . . tas trois ordres ont défilé [à Notre-Dame] par la porte du chœur, saluant d'abord le roi et ensuite la reine qui étaient aui deux chevets. . . Rendu à l'église en attendant le roi, je voyais approcher avec peine le moment de f appel des bailliages et sénéchaussées qui se faisait, pour la noblesse, & voix qui retentissait dans la partie opposée à celle où nous étions. J'ai suggéré à quelques-uns de mes confrères du tiers état de marcher sans distinction de bailliages et sénéchaussées; cela a pris fort bien, et de suite nous avons résolu, dans le groupe où j'étais, de communiquer notre idée de banc en banc, frétait fort facile, car nous occupions le côté latéral gauche de l'église et les bancs étaient séparés par une allée. Je suis allé dans le 1ms. Un des autres a parcouru le haut. Tout le monde a adopté ce plan, et "lorsque M. de Hreié, grand maître des cérémonies, est venu vers nous avec un héraut d'armes pour faire l'appel, nous lui
•'> Op. cit., 1. 1, p. ao8.
,,; Jules-ilardouin Mansart (i646 1708), peliineveu, par sa mire, de François Mausart. (iây8- 1666), avait été fait comte de Sagonoe, en Iterry, par Unis XIV. Son fils. conseiller au Parlement, eut deux Gis architecte* : Ilenri-Hardouin Mansart de Jouy, né en 1 706 , et Jacques-ltardouio Mansart de Sagonne, né en 1709, mort en 177G. C'est ce dernier qui bAtit l'église Saint-Louis. Voir «or Mansart de Sagonne une note très intéressante de M. de Boislille dans U place de* Victoire* et la place ïemUmc. (Mémoire* d* la Société dt l'kiitoire de Parit, L XV, p. 7.)
Cf. La K01 (op. cit., l. Il, p. 309); Smut-Louude Vertaille*. par M. tiaisr (Ver-
sailles. 1890, io-8*; BJM. »»t.. U7B0681}; /.- («aUVitre général des richetu* d'art de la France. /VnMMe , monument* religieux, j l'Ion , 1 880 , in-4\ Bibl. nat.. 4* V, lii.io. t. I, p. t35.) — Voirausai l'abbé Lebeuf (op. rit., t. III. p. 199). Cet auteur estime que la chapi'lle Sainl-Uui* fut bfilie parce que -l'on comptait, vent l'an 17*5, jusqu'à io.ouo communiants à Versailles". — A consulter aux Archives nationales : Cueillcret des «os de la paroisse Saint-Louis, WIII* s. (Papiers de la Chambre des compte»}: O. 1480G, et Arrêt du Pirrlement du 4 décembre 1 7 M , portant règlement pour ta reddition de* compte» de t't/rlue royale et pcroiuinle de Snint-Loui* dt Vervnllet. (Paris, 1761 . in-V. Al) t. XVI, i.t.)
nvons dit que nous préférions tous de marcher sans distinction. Ce n'était pas parfaitement exact. Mais le mot tout ici «eut dire majorité. M. de Breié a observé que In noblesse irait sonllerl l'appel. Nous avons insisté fort honnêtement. Il a été «n parler au roi au rhiteau, et
Kig. i. — L'«g)i«? Sainl-LouM, i Vemille». Vue priât «u 1898.
quelque temps après le héraut d'armes est venu dire, en parcourant les bancs : rll n'y aura point d'appel, le roi l'ordonne-. Cette mauvaise expression a fatigué d'abord parce qu'elle a été entendue en sens contraire, le héraut s'appesantissant fort sur ordonnt. Mais, questionné, il a parlé plus nettement et j'ai été content pour ce moment. Nous verrons demain'".^
"> Op. cit., U 11. p. *6.
■tir. »tt iairictt. — 1. 1
D'attirés récils confirment celui de Gaultier de Biauzat; c'est ainsi que dans une correspondance du député Legendre, récemment publiée, on lit, à la date du 5 mai :
Hier s'est faite la procession solennelle pour laquelle le grand maître des cérémonies nous avait assemblé* à Notre-Dame, à 7 heures. Il avait pour objet de faire l'appel du tiers étal pour l'ordre de la marche. Nous uoos y sommes refusés de cu?ur et sans accord prévu, en observant que le tiers de toutes les provinces ne faisait qu'un et que nous prendrions rang dans la procession pêle-mêle, ainsi que le hasard présenterait l'ordre de la sortie, ce qui a été très bien exécuté, el cet arle imprévu d'union a singulièrement plu à Sa Majesté. Le grand maître a, pour la forme et uniquement pour la conservation des droit» de sa place, rapporté un acte de refus, etc.1".
Ces incidents, démesurément grossis ou dénaturés, donnèrent lieu aux récits les plus singuliers. Cest ainsi que dans de prétendus Mémoires, publiés cependant peu de temps après les événements, on peut lire les lignes suivantes :
A peine entrés dans l'église, ils [les députés du tiers] se placèrent sur les premiers bancs qui étaient réservés au clergé; le grand maître des cérémonies, M. de Breaé, eut beau les inviter, les prier de potttr au troisième rang qui leur était destiné, ie tetond étant pour la nohtestc, ils ne répondirent À ses instances polies que par des insolences; ils s'obstinèrent opiniâtrement a rester, en disant que «les députés étaient tous égaux et qu'il ne devait y avoir parmi eux aucune distinction». M. de Brexé, pour réparer autant qu'il était en lui leur manque d'égards et de convenances, jff adroitement transporter le sreond rang et le troùnème en mont, de manière que le tiers étnt se trouva, malgré lui, à la seule place qui lui convint dans une pareille assemblée w.
Aux fantaisies d'un historien qui n'avait aucune idée du nombre des députés aux États généraux, on pourrait ajouter celles des prétendus annalistes qui ont confondu très nettement le* journées des A et 5 mai 1 789. réunissant en un seul jour les deux cérémonies de la procession et de l'ouverture de l'assemblée v :
Les États généraux s'ouvriront avec beaucoup de pompe le 5 mai 1789, lit-on dans les Mmunm de Weber. Je fus encore témoin de cette auguste cérémonie. Je suivis la procession qui eut lieu avant le service divin; j'entendis le sermon touchant que prononça M" l'évéque de ISancy; j'assistai le «w'r à la fameuse séance d'ouverture de cette assemblée, etr.
1,1 Cvrrf*jMiniltnitf de Legendre, publiée par MM. A. Coaaa el Du.01 tKiL. Révolution fraataite du 16 décembre 1900, p. Si g.
l,) Mémoire* pour tenir à Fkittoire de la pertéeultou française, recueillis par les ordres de N.T.S. P. le pape Pie VI, et dédiés a S. S. par M. l'abbé n'IlxsHivr b'Airiicm , archidiacre et vicaire de Digne. (Rome. 179a. 1 vol. iu-8'. Bibl. nat. , Ld'/i65.)
« "Le 5 mai 1780, le roi et la notion s'eu allaient cependant a l'église Notre-Dame, a Versailles,
appeler sur leur union désormais consacrée les bénédictions de Dieu . - ( .Mémoire» du eomit de Vtrieu , (Mibliés sous le titre de Honum d'un royalinte, par M. Cosv» dï BE«cai!o»ai>. Paris. 180s. » vol. in-8'. Bibl. nat., I,n"/So657.)
Op. cit. , 1. 1 , p. 3*6. Les trois premiers chapitres de ces Mémoirrt furent, comme l'on sait, rédigés , pour cette partie . par LaUj-ToUendal , qui s'en reconnut l'auteur an cours d'un procès provoqué par la réimpressiou de ces Mémoire». (Cf. Qi uua», France littéraire, 1. IV. p. 466.)
Tel autre raconte que les députés s'étaient réunis non pas à Notre-Dame, mais à Saint-Louis, et que la procession, par suite, s'est faite en sens inverse W.
La Rcvcllière-Lepeaux a placé l'incident raconté par Gaultier de Biauzat, non pas a l'église Notre-Dame, mais'à Saint-Louis, où, par l'ordre des préséances, le tiers état arriva le premier. Le député d'Anjou s'était assis sur les bancs destinés à la noblesse et refusait de les quitter. <?Arrive en même temps, nous dit-il, un beau jeune homme, grand, bien fait, avec un manteau tout brillant d'or et de pierreries, les doigts couverts de diamants, et la tète empanachée de plumes d'une éclatante blancheur. Un bâton d'ébènc garni d'une poignée d'ivoire qu'il tenait avec grâce, était la marque de ses hautes fonctions. Il jetait un éclat merveilleux au milieu de ce nuage épais que formait la masse des députés avec son noir costume. Ce bel astre était M. le marquis de Breié, grand maître des cérémonies. b Qu'est-ce donc, Messieurs? » nous dit le superbe courtisan. « Sont-ce là vos places ; Retirez-vous de là, Messieurs! d Je ne lui laissai pas le temps de continuer, et piqué de ce ton hautain : «Qui étes-vous, Monsieur, lui répondis-je, pour le prendre sur un pareil ton avec les députés de la nation française? — Je suis, répliqua M. de Brezé, en haussant les épulcs et eu élevant la voix, le grand maître des cérémonies, n La Rcveltiére rapporte la longue réponse qu'il fit alors. itMais, Monsieur, reprend le grand 1118111%, j'ai fait mes dispositions. — Ce sont des dispositions impertinentes. Allez, Monsieur, donner vos ordres ailleurs; vous n'en avez pas à donner ici s!. r> Cette apostrophe à la Mirabeau aurait un prix singulier si elle avait été transcrite sur l'heure même et si, par suite, nous pouvions y ajouter foi entière, mais on peut voir par les exemple* qui précèdent qu'en n'usant même que des témoignages contemporains, il est fort difficile de connaître l'exacte vérité.
Le sermon prononcé par l'évèque de Nancy provoqua, parait-il, une vive émotion. Il ne fut pas imprimé et, malheureusement, le texte authentique n'a pas été retrouvé <3'. L'église Saint-Louis fut, le n juin, le théâtre d'un acte décisif
(<> «L'heure du retwlei-vons était à sept heure* à Saint- Lo«i*. On a été cimj quarts d'heure pour aller de Saint- Louis à Sotrt-l)ame. Arrivât là, le» députés oui trouvé des sièges, mais personne pour leur dire où se placer. » Journal d'Adri'u Duquemoy. publié pour la Société d'histoire contemporaine pr Robert de CcàTECotci. (Paris, 189^. !i vol. iu-S", U I, p. 5.) On trouve dans ce Journal quelque* lettres de Duqueanoy, mais l'attribution glulialc dite par l'éditeur n'est pas suffisamment prouvée.
(,) Mémoires de La ReveUitrt-Lepraux. (Paris, l8^3. 3 vol. in-8', Ribl. nat, [V/165. réserve.)
^ On lit dans le Journal de Pari* du 1 3 mai 1 , sous la «gnalure d'un abonni : »Ces jours-
ci j'ai acheté cotmii" serniou de M. lYvéqoe de * .Nancy, un ouvrage intitulé! : Ditemirt prouoncé à riJuvtrturt de* klal* gtncrtiux par M. l'erf^ue ***. La forme et le fond de ce discours m'ont, sur le champ, tire d'erreur, et j'ai su le jour même, et de ta manière la plus positive, quo le sermon de IVveque de Nancy n'était point imprimé. Ainsi, jusqu'à présent, le publie n'a pu tirer que trois ou quatre prétendues phrases de ce sermon, citées dans un journal dont l'e«islenee n'a duré qu'un moment; encore m'a-t-il été assuré, par des auditeurs que leur mémoire, disent-ils, n'a jamais trompés , que ces plumes étaient essentiellement altérée* dans leur «en* et dans leur diction t.
pour l'avenir de la Révolution : la réunion de la majorité du clergé à l'Assemblée nationale. Nous aurons donc l'occasion d'y revenir.
Les dépenses de la procession du h mai , mises au compte de l'Assemblée nationale, s'élevèrent exactement à ao,o,&5 livres U s. 5 d.; elles se rapportent aux mémoires fournis par les maçons, menuisiers, cirierB, musiciens, etc.'11. La dépense fut de toute évidence beaucoup plus considérable, les indemnités dues au clergé des deux paroisses n'étant pas comprises dans les mémoires cités.
L'HÔTEL DES MEM.S-PLAISIRS DU ROI \ VERSAILLES. — LES ANCIBNS BATIMENTS. COMPA- RAISON KVTRE LES TLANS UE L'ARCHITECTE PARIS ET L'ETAT ACTUEL. LES PROCÈS-TERDAUX
DES ASSEMBLEES DE XOTABLES DE 1 787 ET DE I 788. PLANS JOINTS À CES DOCU- MENTS. DÉTAILS SIB LA SALLE ET SES ABORDS. L'AFFAIRE DU DAIS. LES M ÉMOI H US
SECHSTS.
Le h mai 1789, au matin, fut proclamé l'ordre suivant :
De par le roi. Le roi ayant lixé au mardi â mai l'ouverture de* États généraux, les député» de» trois ordres sont avertis de se rendre à la «aile des États, à 8 heure» du malin, en passant par l'avenue de Paris et entrant par la rue des Chantiers. Les députes sont invités à se réunir par bailliages, sénéchaussée* et pays, dans le même ordre qu'ils ont été appelés pour la procession, afin de faciliter l'appel qui sera fait pour les introduire et les placer dans la salle des États.
>Vofa. MM. les députés voudront bien apporter le litre de leur députation <*>.
L'hôtel des Menus, dont quelques parties demeurent encore et qui s'étend à Versailles entre l'avenue de Paris, la rue de l'Assemblée nationale (autrefois rue Saint-Martin) et la rue des Chantiers, apparaissait, en 17B9, comme formé de deux parties tout à fait distinctes : l'une composée de constructions solides et durables, entourant une vaste cour donnant sur l'avenue de Paris, l'autre ne comprenant qu'un hangar transformé en salle close, construit en matériaux légers, et couvrant la plus grande partie du jardin qui fait actuellement l'angle des rues de l'Assemblée nationale et des Chantiers.
La partie durable de cet ensemble de bâtiments, c'est-à-dire celle qui, sur deux côtés, subsiste encore aujourd'hui (caserne des Menus-Plaisirs, entrée avenue de Paris, n° 16.), aurait été, d'après M. Le Roi, bâtie vers 1750. pour y placer les divers ateliers et magasins des Menus-Plaisirs du roi1".
V oir »ftéMJirié «les dépense* de l'Assemblée uationjilp drptn's son établissement*. (Arcli. nal., I-c* mémoire* détaillé* <e chaque compte sool portés sur ce document.
"> Exemplaire du format in-h; lmp. royale, s. d. Areh. liât., AD l, 1 1.
l'< »Kn 1750. \p roi Louis XV fil élever ce bfltimanl pour ) placer bu divers ateliers et les nia-
L'architecte Paris^ dressa, en 17CÎ0,, les plans de l'hôtel des Menus et de ses dépendances avec les dispositions faites pour la tenue des États généraux. Ce sont des plans descriptifs, fixant une sorte d'étal des lieux, et non des plans destinés
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Pis;, t. — l'Un tiré <lc l'.lffa» nalra* iei Jmmmn de fa (,'ow-onm (|H>5).
à cire utilisés par des entrepreneurs en vue d'un travail à exécuter. Dans quelle vue, en quelle circonstance, ces plans lurent-ils dressés? Il est assez difficile de le
g»»in* des Mcnus-I'lajsirs. Aulrefoiii, les plaisirs du roi étaient composés Àe» granit ptaitirt, rompreliant le* di»er*e» ruasses , et des menu ptaitirt .dans lesquels se trouvaient les différent* jeux et e»errirrs du corps : paume*, raquettes . etc., les concert» de
la chambre et les spectacles. C'était dune pour loger tout ce qui avait rapport a celle partie des plaisirs du roi que l'on mail construit le badinent de ce
nom. » ( Op. rit. , 1. 1, p. 4 1 â.)
•'' Voir, pour la biographie de ParU. Introduction.
savoir exactement. On pourrait croire, par la date (5 mai) laissée en blanc, qu'ils furent commencés avant l'ouverture des Etats généraux; on remarquera, d'autre part, dans les légendes, ces mots : <r Après la réunion des ordres* . . «Comité des recherches n , qui indiquent positivement que les parties qu'ils visent n'ont pu être décrites et fixées qu'au mois de juillet 1 789, au plus tAt.
Pig. 3. — Ll rour- d« l'Mlal dea Meniu-PUùuiL Vue fuite il« l'amiue de Pnrii(i B98 ).
Ces plans furent peut-être établis, comme ceux de la salle du manège dont il sera question au chapitre m, en vue de servir de justification et de développement aux mémoires de travaux vérifiés par les architectes et inspecteurs qui se trouvaient, de fait, sous les ordres des commissaires de la salle, les questeurs du tcmpB. Peut-être aussi Paris voulut-il laisser une trace positive des locaux occupés par la première des assemblées parlementaires. Quoi qu'il en soit, ces plans, parfaitement conservés, sont actuellement aux Archives nationales (série N, Seine, atlas n° 6 A). La reproduction que nous en donnons ci-contre permettra dorénavant de suivre les députés de la nation dans les premiers locaux occupés par eux. En rapprochant ces plans des parties actuellement existantes, nous pouvons voir tout d'abord les modifications subies depuis un siècle.
La partie droite de la cour actuelle do la caserne était, en 1789, couverte de bâtiments qui ont été détruits à une date que nous ne pouvons fixer, mais qui est
ccrtainetnent postérieure à i8u5; on les voit encore sur un pian des Domaines de la couronne que nous reproduisons !'' (fig. a). Il n'y a plus aujourd'hui, sur cette partie, qu'une construction neuve, sans élévation, destinée au service de la caserne. (Voir fig. 3.) Au moment où les Etat» généraux étaient réunis, ces bâtiments de l'aile droite étaient consacrés aux salles à manger du traiteur et au service du secrétariat. A l'extrémité se trouvait un grand vestibule et un escalier
inM
Vig. 4. — La cour do l"bA*ol dm Mvnm-Plunn. Vue prit» de l'avenue de Pari» (1898).
communiquant avec les pièces du premier étage, et permettant eu particulier à la noblesse de se rendre dans la salle qui lui était réservée.
Les bâtiments dé l'aile gauche sont demeurés très sensiblement, dans l'ensemble, ce qu'ils étaient alors. En rapprochant le plan de l'architecte Paris de la gravure montrant l'état actuel (iig. 6), on remarque que le nombre et l'emplacement des portes et des fenêtres n'ont pas changé. Au rez-de-chaussée se trou-
'' Allai motrice des domaine» de la r/™j par M. de Motion, ingénieur de» domaine» de la Couronne, i8a5. Le titre de départ porte, en inscription manuscrite : Man des dépendances du chAteau et (le la ville de Versailles , dressé confor-
mément ii l'article 3 de la loi du 8 nuveinlire 1 8 1 4, par le chevalier V. ix Mor.Éos, ingénieur rn chef des domaines de la Couronne. Paris, le -jâ décembre i8*S. (Arrh. nat.. M\ Seine et-Oiae, atlas U, t 17.)