SOEURS SAINT-VINCENT-DE-PAUL
Pisse-Truie, qui semblait alors rougir de son nom et vouloir s'appeler rue de Rozin ou Saint-Pierre-le-Vieux. C'est cette dernière appellation qui prévalut.
Le bien accompli par l'œuvre Sainte-Françoise et par les sœurs de la Charité en explique les progrès. On faisait à l'œuvre des dons et fondations en faveur des pauvres des trois paroisses sur lesquelles elle étendait son action.
Des chanoines et autres ecclésiastiques de Saint- Just, ainsi que des personnes charitables de cette paroisse, firent profiter leurs pauvres des charités de l'œuvre Sainte-Françoise, en j fondant des portions quotidiennes de pain, bouillon et viande. De 1740 à 1790, il y eut seize portions fondées. Il fallait pour chacune un capital de 3.000 livres au moins, ou de 150 livres de revenu. Pour les 16 portions fondées en faveur de Saint-Just, le capital s'élevait à 51.800 livres et le revenvi à 2.460.
Parmi les dons faits à la société Sainte-Françoise on note, en 1687, quatre maisons situées à Saint-Ceorges. Le sieur Amable Berthon, conseiller du roi, les avait léguées à son neveu Jean Bissalard, et si celui-ci mourait sans enfants, ce qui arriva, à ses confrères les pénitents du Saint-Crucifix, appelés de Saint-Marcel, pour être par eux employés en faveur des pauvres honteux ou malades de la paroisse Saint-Georges. Les pénitents de Saint-Marcel, effrayés des charges annexées à ce legs et des procès à soutenir avec la veuve du testateur et d'autres, offrirent aux Dames de Sainte-Françoise de leur céder cet héritage, et celles-ci acceptèrent en 1687. Elles comprirent bientôt, mais trop tard, le fardeau dont elles s'étaient chargées : nombreuses rentes à payer, plusieurs procès à soutenir, réparations urgentes à faire, et pour faire face à tant d'obligations, des maisons habitées par des pauvres qui ne pouvaient payer leur loyer. L'œuvre dut faire de nombreux débours au détriment des pauvres de Sainte-Croix et de Saint-Pieri-e-le- Vieux. Le conseil de l'œuvre, auquel assistaient les trois curés des paroisses intéressées, ne trouva pas d'autre moyen de rétablir une juste compensation qu'en rendant les maisons de Saint- Georges communes à toute l'œuvre et en confondant leur revenu dans la caisse générale de l'œuvre.
En 1789, les bâtiments produisaient 1.210 livres de revenus dont voici le détail: les maisons n°' 90 et 91 : 390 livres; la maison n° 110, avec jardin: 250 livres ; enfin la maison n" 111, avec jardin: 570 livres; ajoutons cependant que les frais de réparations et autres réduisaient ce revenu de moitié.
L'œuvre était riche surtout en rentes placées ; par exemple 826 livres sur le clergé de France ; 390 sur le clergé de Lyon ; 420 sur les chapitres de Saint-Jean et de Saint-Just ; SOO sur les hôpitaux de Lyon ; 4.975 svir la ville de Lyon ; 700 sur la trésorerie de France ; 300 sur la ville de Paris ; enfin sur des particuliers. Au moment de la Révolution, elle possédait, outre la maison des sœurs, un capital d'environ 250.000 livres, et près de 10.000 livres de revenu. Un état de l'œuvre, rédigé par la supérieure des sœurs, établit de fait un revenu total de 9.470 livres, alors que les calculs de M. Rozier, faits sur les actes, le portent à 10.281 .
Le bien ne se fait pas sans difficultés : il en survint pour la maison de Saint- Pierre-le-Vieux du côté de la pharmacie. Outre les services qu'elle rendait aux pauvres.
la pharmacie était pour la maison une ressource, et fournissait l'entretien d'une ou deux sœurs. On n'y préparait que des remèdes simples et d'une efficacité éprouvée. Les sœurs avaient même la propriété de plusieurs recettes importantes qui avaient de la vogue. L'assemblée ou conseil du 5 mai accepta avec reconnaissance un remède contre la rage qui fut enseigné et offert par le commandeur-curé de Saint-Georges. Or, la vente des remèdes éveilla la susceptibilité des apothicaires de la ville, et, dès 1690, la pharmacie des sœurs fut attaquée. Les supérieurs, par crainte et par prudence, interdirent la vente des remèdes ; mais les Dames ayant fait comprendre à M. Cornier, visiteur, le préjudice que cette mesure causait à l'œuvre, celui-ci promit de plaider leur cause, dès son retour à Saint- Lazare de Paris. M'"*' Pichon, énergique malgré sa vieillesse, s'indigna de ce qu'elle appelait hésitation et faiblesse ; elle menaça de révoquer la fondation qu'elle avait faite. La supérieure générale, émue de tant de plaintes, permit alors un débit modéré des remèdes en faveur des Dames de la société et de leur famille. C'est alors, en 1698, que M'"*" Pichon fit la déclaration dont il a été question, pour rétracter ce qu'elle aurait pu faire de contraire à la fondation.
Il était cependant difficile de se renfermer dans les limites assignées ; on s'en écarta peu à peu et on finit par reprendre l'habitude de vendre des remèdes à tous indistinctement. Pendant longtemps les apothicaires semblèrent en prendre leur parti. Mais, en 1763, une plainte fut déposée contre les pharmacies des Marmites du Doyenné, de Saint-Paul et de Saint-Pierre-le-^'ieux. Elles furent défendues par les curés des paroisses intéressées, et, malgré cela, condamnées, le 7 février 1763, chaque maison à 100 livres d'amende et aux dépens. Cependant « les sœurs furent maintenues dans leur titre et qualité de sœurs de la Charité, et, en conséquence, dans le droit et faculté de composer et distribuer gratuitement aux pauvres les remèdes à eux nécessaires ». Une troisième attaque eut lieu en 1789 ; pour parer le coup qui, cette fois, aurait pu être fatal aux pharmacies, les Dames de Sainte-Françoise, chargèrent un savant théologien, M. Jacques, de rédiger un mémoire qui fut présenté à l'archevêque, Mgr de Marbœuf, et au doyen du chapitre. La Révolution qui survint rendit ces précautions inutiles.
D'autres difficultés se présentèrent du côté des hôpitaux de Lyon. Les recteurs de r Hôtel-Dieu et ceux de la Charité qu'on appelait aussi l'Aumône générale, ne voyaient pas de bon œil une œuvre qui était pour eux une rivale, et attirait à elle les ressources qui leur semblaient destinées. L'Hôtel-Dieu manifesta son mauvais vouloir et prétendit, en 1690, racheter par le paiement du capital les rentes annuelles et perpétuelles qu'il avait à servir aux Dames de Sainte-Françoise : il échoua, car les rentes n'étaient pas rachetables. Trois ans plus tard les recteurs arrêtèrent qu'ils ne recevraient plus les pauvres malades de Saint-Pierre-le-Vieux, Sainte-Croix et Saint-Georges et qu'il ne leur serait plus accordé de remède. Cette mesure cependant ne fut pas mise à exécution par crainte de l'indignation générale. Un nouveau conflit survint au sujet des quêtes. L'Hôtel-Dieu faisait quêter tous les deux ans, à la mi-carême ; les Dames de Sainte-Françoise ou sœurs de la Marmite, se permettaient d'en faire autant, à l'époque de la fête de sainte Françoise qui coïncidait parfois avec la quête de l'Hôtel-Dieu. Les recteurs obtinrent du sénéchal de
StKURS SAINT-VINCENT-DE-PAUL
Lyon que les quêtes des Dames ne pussent se faire en même temps que la leur. (Dagier, tome II, page 36.)
En 1716, une semblable difficulté s'éleva avec la Charité. Les Dames allaient s'installer pendant toule l'octave du Saint-Sacrement dans l'église de cet hôpital pour y faire leur quête. Les recteurs, trouvant le procédé trop hardi, portèrent plainte au chapitre de la Primatiale en réclamant sa bienveillante intervention. Les Dames s'adressèrent à l'archevêque et obtinrent de lui de continuer leurs quêtes annuelles à la Charité, qui cependant avait grand besoin de ressources pour faire face à ses charges. En 1743, esl-il raconté dow^V Histoire de Vhôpiial^m^ Dagier (tome II, p. 109), « des Dames dites de la Charité, ont formé le projet d'établir à Lyon un autre hôpital pour les pauvres incurables ; mais les recteurs et administrateurs s'y opposent. Dans un mémoire qu'ils présentent à sa Majesté, ils exposent le préjudice que cet établissement porterait à l'Hôtel-Dieu ; car, ajoulent-ils, pour peu que les aumônes diminuent, l'Hôtel-Dieu ne sera plus en état de subsister ».
Les écoles des Filles de la Charité étaient également en butte à de nombreuses difficultés. Il existait à Lyon un biu^eau des petites écoles, créé en 1679, par l'archevêque, pour administrer les classes de la ville, établies par Charles Déniia, fondateur des sœurs Saint-Charles. Cette administration prétendait exercer son autorité sur toutes les écoles de la ville, recevoir les dons, nommer les maîtres et maîtresses. En 1684, à l'occasion d'un legs Langlois, une ordonnance épiscopale reconnut l'indépendance de l'école des sœurs; un autre décret de 1717, rendu au sujet d'un legs Josserand, de 3.000 livres, en faveur de toutes les écoles de Lyon, obligea le bureau à remettre aux sœurs de la Marmite la seizième partie du legs, et, à l'avenir, de tous les legs qui seraient faits pour les écoles. « Le bureau essaya souvent, dit le biographe de M. Démia, de faire révoquer cette ordonnance, qu'il trouvait injuste à cause de la proportion du seizième attribuée à l'école de Saint-Pierre-le-A^ieux ». C'est sans doute pour répondre à une de ces attaques que fut rédigé un mémoire conservé aux archives de la société Sainte-Françoise. Il donne sur les classes les détails suivants: a Les sœurs sont au nombre de sept, entre lesquelles trois sont uniquement employées pour prendre soin de l'école des pauvres filles, qui sont au nombre de 200. Elles ont soin d'attirer dans ces classes toutes les pauvres filles, en privant de la portion qu'on distribue journellement aux infirmes, les pères et mères qui refusent d'envoyer leurs filles à l'école. Les sœurs ne bornent pas leurs soins à les instruire, à les mener à la messe et à confesse; elles s'appliquent encore à soulager leurs besoins en fournissant aux unes du linge et des habits, et en procurant aux autres des apprentissages aux frais des Dames. »
Nous voici arrivés aux mauvais jours de la Révolution. La communauté est alors gouvernée par sœur Thérèse, pleine d'ardeur et de dévouement. Pendant le siège de Lyon, elle ne quitta point ses pauvres ; s'étant mise à la disposition du conseil siégeant à l'Hôtel de ville, elle rendit des services signalés. Une bombe, lancée par les assiégeants, éclata sur la maison, elle ne voulut pas l'abandonner : (( un bon soldat, disait-elle, doit mourir à son poste ». Dans le feu de la persécution, elle s'éclipsa quelque temps, puis, lorsque le calme commença à se rétablir, elle revint à son œuvre chérie. Les archives de la maison
permettent de donner de plus amples détails sur la période révolutionnaire. Un décret du 18 août 1792 supprima les congrégations séculières, confréries et costumes religieux. L'article 2 ajoute : « néanmoins dans les hôpitaux et les maisons de charité, les mêmes personnes continueront comme ci-devant le service des pauvres et le soin des malades, à titre individuel, sous la surveillance des corps municipaux et administratifs », jusqu'à une organisation définitive qu'on avait en vue. Les sœurs purent rester à leur poste en prenant un costume laïque, et elles y demeurèrent environ un an. On pense Lien qu'elles n'avaient pas une entière liberté pour leurs œuvres que l'administration civile voulait diriger.
Le 21 décembre 1792, an L'" de la république, le corps municipal arrête : « 1" que les citoyennes, préposées à la manutention des Marmites sont autorisées à distribuer aux infirmes de leur arrondissement les chemises, couvertures, bouillons, portions^ cordiaux et autres secours semblables, comme aussi de faire blanchir les chemises des infirmes, le tout sous la surveillance des citoyens et citoyennes ci-devant trésoriers et trésorières de l'œuvre, et qu'à cet effet, il sera procédé à la levée des scellés apposés sur ces objets ; 2" que la distribution de pain et autres objets comestibles et de chauffage faite par l'œuvre des Marmites, demeure supprimée, attendu que la société fraternelle est chargée de fournir ces secours. Toutefois, l'œuvre des Marmites ne cessera pas de faire ces distributions avant que l'on soit assuré qu'elles seront faites parla société fraternelle, n Dix jours après, le 31 décembre 1792, la municipalité faisait écrire à la citoyenne ci-devant administratrice de l'œuvre « pour la prier de vouloir bien lui continuer ses soins » .
Cependant, en 1793, le régime de la Terreur suscita à Lyon la révolte qu'on sait. La Convention envoya une armée pour réduire la ville. Le siège dura du 8 août au 9 octobre. Puis ce furent des massacres horribles. Le procès-verbal d'une visite faite à la maison, le 21 janvier 1801, par le maire du 6" arrondissement de l'Ouest, raconte ce qui se passa au temps de la Terreur : « Cet hospice, dit-il, fut détruit, on vendit et dilapida les meubles et les effets, les sœurs furent obligées de se disperser sur différents points de la République, mais leur zèle ne se ralentit point par la persécution ; se rappelant les devoirs sacrés de leur institution, elles se réunirent et sollicitèrent, dès l'an IV (179G), leur rentrée dans cette maison. »
L'établissement avait été mis en vente, les biens confisqués et déclarés nationaux, comme, en particulier, les immeubles voisins appartenant aux religieux Trinitaires ; mais il ne trouva pas d'acquéreurs et demeura entre les mains de la municipalité.
La loi du 2 brumaire an IV (22 octobre 1795) et celle du 28 germinal suivant mirent provisoirement les hôpitaux et maisons de secours en possession de leurs immeubles ; aussi, le 23 thermidor an IV (août 1796), de nombreux citoyens signent-ils une nouvelle pétition aux administrateurs du département du Rhône pour obtenir de rentrer en possession des maisons, revenus et papiers de l'œuvre de la Marmite. Le 24 fructidor suivant (16 septembre), l'administration municipale du canton de l'Ouest, séant à la ci-devant manécanterie « lecture faite de la pétition présentée par un grand nombre de citoyens,.
SCœURS SAINT-VINCENT-DE-PAUL
tendant à ce que les biens de l'œuvre ci-devant établie rue Pisse-Truie, lui soient rendus, que les filles qui la régissaient, sous le nom de Filles de la Charité, y soient rappelées, <( estime qu'il y a lieu de faire droit à la pétition, à la réserve néanmoins que les biens ne seront aucunement remis entre les mains des Filles de la Charité, mais seront régis par des citoyens. »
Un arrêté de l'administration départementale, en date du 28 fructidor an IV (20 septembre 1796), réintégra les soeui^s dans leur ceuvre, et, depuis cette époque, dit le rapport de 1801, déjà cité, « malgré la privation des ressources qu'elles avaient anciennement, elles n'ont cessé de visiter les pauvres et les malades et de leur distribuer des remèdes, sans exiger d'eux aucune rétribution ».
En 1797, les commissions administratives des hospices avaient la surveillance des Marmites (Dagier, t. II, p. 372) ; mais une loi du i^^ frimaire an V attribua aux bureaux de bienfaisance la régie des secours à domicile et des œuvres consacrées aux indigents. C'est pour cela, sans doute, que le 23 floréal an IV (12 mai 1798), l'administration centrale du Rhône certifie et atteste que l'œuvre de la Marmite du ci-devant Saint-Pierre-le- A'ieux, appelé maintenant bureau de bienfaisance du canton de la Raison, n'a été réuni à aucun autre hospice et que, pour la régir et administrer, les citoyens Desgranges, Lamartinière et Dumont ont été nommés administrateurs, et la citoyenne veuve Goye, trésorière.
Le l^'" nivôse an 9 (décembre 1800), le ministre Chaptal rappelle la sœur Deleau, et l'installe, comme supérieure générale, rue du Vieux-Colombier, à Paris. La communauté avait alors 260 établissements rétablis, que Napoléon autorisa en l'an XI. En 1800, une pétition en faveur de la pharmacie des sœurs, menacée par une affiche du 15 prairial an 8, dit que <( les citoyennes, dites sœurs, ont toujours travaillé pour les besoins des pauvres et que les profits qu'on a pu faire ont toujours été versés dans le sein des pauvres ». Le 21 nivôse an IX (11 janvier 1801), le maire de l'arrondissement de l'Ouest visite la Marmite, par ordre du préfet, pour s'informer des revenus aliénés et de ceux qui restent à l'œuvre. Il trouve un total de 3.764 livres, composé du revenu annuel de 2.964 livres et de 800 livres que doivent les hôpitaux.
Dans ce chiffre, la maison, qui était le siège de l'œuvre, figurait pour 644 livres, ce qui suppose qu'on en avait loué une partie, peut-être parce qu'on ne faisait plus la classe et qu'il n'y avait que quatre sœurs.
Bientôt après, une note non datée porte le revenu annuel à 4.950 livres, parce que, depuis l'an IX, on reçoit de l'État 2.512 livres, résultant de la liquidation qui a été faite de ce qui était dû par la ville de Lyon et la trésorerie de France.
Le brouillon d'un rapport adressé, en 1859, par Madame de Carambert à Monseigneur l'archevêque, dit que l'association Sainte-Françoise disparut au moment de la tempête révolutionnaire de 1793, pour reparaître en 1804. « Tout d'abord, elle s'empressa de recueillir les quelques débris qui avaient échappé au naufrage et reprit le cours de ses distributions charitables aux indigents de son ancienne circonscription jusqu'en 1827 ». Les pièces officielles citées plus haut montrent que les pétitions des citoyens, le zèle des sœurs et le
Histoire des Éylises et Chapelles de Lyon, II. 10
concours de l'administration civile avaient réorganisé le service des pauvres huit ans plus tôt, en 1796.
Les sœurs avaient dû prendre des vêtements séculiers en 1 792 et n'avaient pas encore été autorisées à reprendre l'habit religieux. La circulaire de la mère Deschaux, du 2 janvier 1805, annonce que permission est accordée de reprendre l'ancien costume, le 25 mars suivant. En voyant la communauté adopter le costume noir pour plus d'uniformité et maintenir la prohibition du voile, on est autorisé à croire que, même avant la Révolution, on s'élait relâché au sujet de l'uniformité dans le costume, et qu'il y avait une tendance à s'habiller comme les religieuses. L'usage du noir dura jusqu'en 1835.
En 1805, les sœurs de Saint-Jean eurent la joie, mêlée sans doute de quelques regrets,
de savoir le cœur de saint Vincent à quelques pas de leur maison. Au moment de la dispersion des deux communautés de Paris, en 1792, et par crainte de profanation, il avait été emporté à Turin, avec l'autorisation du supérieur général, M. Coyla de la Garde et avec la promesse de le rendre aussitôt que la congrégation serait rétablie en France. Or, le l''^ janvier 1805, le cardinal Fesch, archevêque de Lyon et oncle de l'empereur, écrivait à l'archevêque de Turin : « En ma qualité de grand aumônier de l'Empire, les Missionnaires et les Filles de la Charité étant rétablis, je réclame ce dépôt et vous prie de le remettre au général de Menou qui me le fera parvenir. » Le cardinal parlait ensuite de M. courbon, vicaire général de Lyon. « rcstitutiou ». La rcstitutiou fut faite par
ceux qui étaient les dépositaires de la précieuse relique. Les prêtres de la Mission, dispersés en Italie, la concédaient à leur maisonmère que, d'après la lettre du cardinal, ils croyaient rétablie. Il n'en était rien. Mais, à défaut de la maison-mère des missionnaires, on avait celle des Filles de la charité, provisoirement installée rue du Vieux-Colombier, qui gardait déjà le corps de saint Vincent; elle aurait pu tout aussi bien garder son cœur. On ne paraît pas avoir eu cette pensée à Lyon, mais on crut que saint Vincent, ayant été curé à Châtillon-sur-Chalaronne (Ain), qui avait appartenu jusque-là au diocèse de Lyon, il était naturel de garder son cœvu' à la Primatiale, et pour cette raison, dit Mgr Lyonnet, dans sa vie du cardinal Fesch (tome II, p. 232), Napoléon fît remettre à son oncle la précieuse relique. Celui-ci, à son tour, la remit solennellement au Chapitre de l'église Primatiale, le dimanche 19 septembre 1805. [Vie de M. Duplay). Comme consolation, le vicaire général, M. Courbon, céda aux religieuses de Lyon le précieux volume (t. II de la Vie des saints, par le Père Giry), dans