‹ Histoire des églises et chapelles de LyonChapitre 9 sur 174 · SOEURS SAINÏ-VINCENT-DE-PAUL · texte numérisé non relu

SOEURS SAINÏ-VINCENT-DE-PAUL

l'intérieur duquel on avait enfermé la relique et le reliquaire lui-même. On leur en donna une attestation portant la signature des trois vicaires généraux et la date du 5 octobre 1805. Elles ont fidèlement gardé l'attestation avec le volume, respecté comme une relique.

C'est en mars 1806 que mourut la vaillante supérieure Thérèse Bonard; elle fut remplacée par sa compagne, sœur Jonard.

L'œuvre continuait modestement et semblait même faire quelques progrès. Les rentes et loyers du 1'"' août 1807 au 2 août 1808, atteignirent 5.505 livres. Un déci^et impérial, daté du camp de Friedland, 15 janvier 1807, restitua « aux sœurs de la Charité, formant l'association connue sous le nom de la Marmite de Saint-Pierre-le- Vieux, la petite maison située à Lyon, rue Dorée, et provenant du chapitre de Saint-Jean ». C'est là même que les sœurs habitaient depuis la fondation de l'œuvre, en 1679 ; la maison leur avait été rendue en 1796, mais le décret l'attribue par erreur au chapitre. L'occasion de ce décret qui confirmait la propriété des sœurs, semble indiquée par les paroles suivantes « sauf à donner un autre lieu d'une égale valeur à la caisse d'amortissement, à laquelle cette maison avait été cédée en exécution de notre décret impérial du 8 mars 1806 ». En 1806, on aurait donc disposé par erreur de cette maison comme si elle n'avait pas été depuis dix ans restituée aux sœurs. L'Empire ne fut pas pour les œuvres de charité une époque de

liberté. Le préfet avait défendu aux Marmites la distribution des légumes secs. Il y eut quelque contravention à cette défense. De là, le 5 juin 1812, une lettre de rappel à l'ordre et de reproches.

De 1809 à 1815, les sœurs furent soumises à une pénible épreuve. Napoléon, qui voulait tout réglementer, plaça, en février 1809, les congrégations hospitalières de femmes sous la protection de madame Mère. Il voulut aussi soustraire les Filles de la Chanté à la direction du supérieur de la Mission et les soumettre à l'administration des évêques. La mère Deschaux, légitime supérieure, étant morte le 17 avril 1809, Félection de sa remplaçante fut annoncée le jour même par une circulaire de l'assistante, comme devant se faire le lundi de la Pentecôte. Elle ne put avoir lieu à cette date à cause du

Mgr Lyonnet,

prêtre du diocèse de Lyon, puis évèque de Valence (1857) enfin archevêque d'Albi (1865-1875),

conflit soulevé par le gouvernement. M. Hanon qui gouvernait la famille de Saint-Vincent, par ordre du pape Pie VII, avec le titre de vicaire général, s'opposa aux prétentions de l'empereur, et, comme conséquence, un décret impérial du 27 septembre 1809, supprima la congrégation de la Mission. L'élection de la sœur Mousterot put se faire le 10 décembre 1809. Elle fut reconnue comme supérieure générale, légitimement élue, mais obligée bientôt après, par le gouvernement, de se démettre, elle fut renvoyée de la communauté.

Le 15 mai 1810, la sœur Durgueilh, nommée à sa place par l'influence du gouvernement et de l'archevêque de Paris, se présenta à la compagnie comme légitime supérieure depuis la démission de sœur Mousterot, par la raison qu'elle avait été proposée avec elle à la dernière élection. Malgré cette raison, la légitimité de sœur Durgueilh fut refusée par un grand nombre de maisons. On ne trouve, par exemple, aucune de ses circulaires à Saint-Jean, ni à Saint-Paul, ni à la Marmite, de 1809 à 1815; les archives de Saint-Paul ont conservé l'ordre venu de la préfecture « pour les sœurs de la Charité desservant différentes œuvres de la Marmite, de partir dans les vingt-quatre heures pour le lieu de leur naissance, monseigneur le cardinal ayant promis d'envoyer d'autres sœurs pour ce service ». La raison de ce brusque renvoi était le refus de « reconnaître la supérieure de leur ordre ». Le renvoi fut signifié aux sœurs de Saint-Paul, le 10 avril 1812; elles partirent le 1 1 au soir et le lendemain matin elles étaient remplacées provisoirement par trois sœurs Saint-Charles. A la Marmite d'Ainay, aujourd'hui paroisse Sainte-Croix, rue Auguste-Comte, les sœurs furent aussi renvoyées, mais non remplacées, car le 12 avril, les Dames, dans leur délibération, demandent l'aulorisalion de remplacer, par des filles laïques, les respectables sœurs que M. le préfet, par ordre du ministre, a obligées de se retirer.

A Saint-Jean, on ne trouve rien sur cette affaire, si ce n'est l'absence des circulaires de 1809 à 1815 ; dans celle de M. Hanon, du 24 février de cette année, est écrite en post-scriptum la permission pour les sœurs Jonard, Perrin et Bauzin, de reprendre l'habit religieux, ce qui indique qu'elles avaient dû quitter la maison et l'habit.

L'expulsion des sœurs de Lyon, en 1812, fut fatale à une maison fondé en 1806, sur la paroisse Saint-Nizier, rue des Quatre-Chapeaux, et mentionnée dans les almanachs de Lyon sous la rubrique : Sœurs dites des incurables ; ceux-ci ne pouvant être reçus dans les hôpitaux de la ville, devaient être soignés à domicile. Comme les sœurs de Saint- Paul, celles de Saint-Nizier furent remplacées par des sœurs Saint-Charles; ces dernières y sont demeurées depuis, et tiennent la pharmacie des Quatre-Chapeaux. De nos jours, les sœurs Saint-Charles remplacent également à l'hôpital de Trévoux, les Filles de la Charité expulsées, sous Napoléon P"", pour le même motif. La maison d'Ainay ne paraît pas avoir souffert de cette crise, car on trouve dans ses archives les circulaires de 1809 à 1815, ce qui semble prouver qu'elle ne fut point fermée.

Cette épreuve fut terrible pour la communauté, et faillit la perdre. Voici ce qu'en disait à la Chambre, en 1830, le député baron de L'Epine : il s'agissait aussi de la suppression des Lazaristes et autres missionnaires : « Rappelez-vous, Messieurs, ce décret de colère

SœURS SAINT-VINCENT-DE-PAUL

qui, en 1809, fut lancé sur les Lazaristes. Quel en fut l'effet immédiat sur les sœurs de la Charité? Ce fut une désorganisation complète qui dépeupla leurs maisons et faillit anéantir leur congrégation. » {Vie de M. Etienne, p. 50). La pacification de la communauté ne se fit pas sans difficulté. M. Hanoii, arrêté en 18H et renfermé dans la forteresse de Fenestrelle en Piémont, où était aussi détenu le cardinal Pacca, fut remis en liberté le 13 avril 1814. Arrivé à Paris le l*^'' juin, il exigea que la sœur Durgueilh se démît, et restitua la sœur Mousterot, régulièrement élue en 1809. Sœur Durgueilh s'y refusa, porta TafTaire à Rome, où elle se sentait appuyée par le cardinal Mattei, dont elle se réclama dans sa circulaire du 1^'' janvier 1815. La réponse de Rome fut un bref adressé, le 24 février 1815, à M. d'Astros, vicaire général de Paris, le chargeant de signifier à la communauté, qu'une nouvelle élection, qu'il présiderait en qualité de visiteur apostolique, se ferait en présence de M. Hanon et dans laquelle toutes les prérogatives de celui-ci seraient respectées. L'élection eut lieu le 12 mars, et la sœur Raudet fut élue.

Dès le 1®"" janvier 1815, M. Hanon avait invité toutes les sœurs sorties, à rentrer, soit dans leur ancienne maison, soit dans toute autre de la communauté, dont la supérieure voudrait les accepter provisoirement. Permission était donnée de reprendre l'habit à toutes celles qui seraient au moins deux ensemble, dans un établissement de charité quelconque ; permission aussi de renouveler les vœux à celles qui le demanderaient. M. Hanon mourut le 24 avril 1816, sans avoir pu achever la réconciliation. Il restait dans quelques maisons des divergences entre les restées et les rentrées. Pour en finir, il fallut un nouvel -appel à la concorde et à l'observation des règles, par une circulaire du l^r juillet 1816. En mai 1818, sœur Jonard était remplacée par sa compagne sœur Perrin, qui l'était ellemême, en 1828, par sœuv Rauzin ; c'étaient les trois sœurs que M. Hanon avait autorisées, en février 1815, à reprendre l'habit et à renouveler leurs vœux. Elles se succédèrent dans la conduite de la maison. Mais la dernière, sœur Rauzin, affaiblie par l'âge, dut, en 1832, avoir une assistante, sœur Merle, qui lui succéda.

L'œuvre de la Marmite ou Sainte-Françoise avait repris ses distributions aux pauvres dans tout le territoire qu'elle avait avant la Révolution. La paroisse Saint-Just en faisait partie depuis que, par ses fondations successives de 1740 à 1790, elle avait droit à seize portions. En 1827, le curé de Saint-Just et celui de Saint-Irénée, ne remettant plus à l'œuvre que le tiers de leurs quêtes et retenant leurs Dames dans leurs paroisses, tendaient par là même à une séparation. L'œuvre accepta en ne donnant plus à leurs pauvres que les portions auxquelles ces paroisses avaient droit en proportion des revenus sauvés du

Mgr do Pins, administrateur apostolique de Lyon (1824-1850)

niSTOIKE DES ÉGLISES ET CHAPELLES DE LYON

naufrage de la Révolution , soit huil pour Saint-Just et six pour Saint-Irénée. Pour les mêmes motifs, une mesure semblable fut prise, en iS'M , pour la paroisse Saint-Georges et dès lors, à côté de l'œuvre générale qui n'eut plus pour objet que la distribution des portions, on trouve l'œuvre particulière de Saint-Jean qui fit bénéficier ses pauvres des 5.000 francs de quêtes et des annuités des Dames.

Nous voici à l'époque où, sous l'épiscopat de Mgr de Pins, on voit l'œuvre s'accroître rapidement. Le .5 août 1839, M. Charpentier, demeurant quai Saint-Clair, 5, fit une donation de 32.000 francs aux Filles de la Charité de Saint-Jean pour fonder une Providence en faveur de six jeunes filles orphelines de Saint-Jean et de Saint-Georges. La donation ne pouvait être autorisée parce que les sœurs n'avaient point d'existence légale. La demande en fut faite, paraît-il, et n'aboutit pas, par suite de l'opposition de la communauté, dit une lettre de M. Gilardin, président du Bureau de bienfaisance du 6" arrondissement. M. Charpentier disposa alors de la somme de 32.000 francs pour sa providence en faveur du cardinal de Bonald. La maison Lagneau, rue Saint-Pierre-le- Vieux, 9, fut achetée en son nom, le 10 novembre 18i2, au prix de 20.000 francs. Les 12.000 francs restants devaient produire un revenu pour l'œuvre. La maison des sœurs ayant reçu l'autorisation légale, le 30 mai 1855, le cardinal lui fit cession de la maison Lagneau, le 22 octobre suivant.

Un important accord fut conclu, le 16 août 1842, entre la ville de Lyon et le bureau de bienfaisance du 6" arrondissement, représentant les sœurs et l'œuvre, au sujet du percement de la rue du Doyenné. La ville, est-il dit dans l'acte, a depuis longtemps conçu le projet de faire communiquer la place Saint-Jean avec celle Saint-Georges par l'ouverture de cette rue. Ce projet avait même reçu un commencement d'exécution depuis l'archevêché jusqu'à la rue Saint-Pierre-le-A'ieux ; là, on fut arrêté par la difficulté de trouver un local pour loger les sœurs en attendant la reconstruction de leur maison qui arrivait jusqu'à la rue Dorée et qui était condamnée à être démolie pour faire place à la nouvelle rue. Une intéressante lettre de M. Gilardin à M. Terme, maire de Lyon, en date du 17 avril 1841, révèle une autre difficulté. La municipalité avait la prétention de disposer de cette maison comme de son bien propre, par la raison que le bureau de bienfaisance en était le propriétaire légal. M. Gilardin montre, en faisant l'historique de l'œuvre, que la maison est la propriété indivise des sœurs et de l'œuvre Sainte-Françoise, et que c'est parce que ni l'une ni l'autre n'a d'autorisation légale que le bureau en est le représentant légal. Un mémoire, daté d'avril 1840, faisait remarquer à la municipalité que si un propriétaire peut céder de son droit, les mandataires des pauvres ne sauraient consentir au plus léger sacrifice qui compromettrait leurs intérêts. Enfin la ville s'étant fait autoriser, le 3 mai 1841, à recourir à l'expropriation, on traita de gré à gré. Elle donna 70.000 francs pour la démolition de la maison et la cession d'une bande de 8 mètres ; on ajoutait 3.000 francs d'indemnité pour le déplacement des sœurs. Outre le logement des sœurs et le local pour le service des pauvres, la maison qu'on allait démolir comprenait des parties louées dont on retirait un revenu annuel de 736 francs ; peut-être s'agit-il du local où on faisait des classes avant la Révolution.

SœURS SAINT-VINCENT-DE-PAUL

Pour avoir, dans la maison qu'elles allaient construire, aulanl de logemenl que dans l'ancienne, les sœurs durent acheter à leur voisin M. Mory un terrain de 16 mètres de long qui lui restait sur la nouvelle rue. L'acte fut signé en mars 1844; le terrain coûtait 10.230 francs, à raison de 100 francs le mètre de superficie. Il fallut aussi surélever la maison Lagneau, afin de gagner en hauteur ce qu'on perdait en surface. Les constructions se firent en 1843 et 1844; la faillite de l'entrepreneur Lenoir donna beaucoup de tracas et nécessita de nombreuses formalités de paiements. Pour élargir la rue Saint- Pierre-le-Vieux, la viile exigea qu'on bâtit en reculement. Le terrain qu'on lui cédait ainsi, joint à celui qu'on lui avait abandonné entre la rue Dorée et la nouvelle rue du Doyenné, formait un total dont le prix, à 100 francs le mètre, fut estimé 17.381 francs par

Le bienheureux J.-A. Bonnard, prêtre du diocèse de Lyon, niartyi-isé, peinture annamite, au grand séminaire de Lyon.

acte du 10 avril 1846 ; une partie fut payée en 1849 et le reste ne fut réglé qu'en octobre 1861, après beaucoup de démarches et de difficultés surmontées par la sœur Callamand.

Le 7 janvier 1847, M. Aladet, représenté par sœur Joséphine Merle, achetait au sieur Mory trois maisons situées à l'angle des rues du Doyenné et Bellièvre, portant les numéros 12, 14 et 16. Elles provenaient des anciens religieux Trinilaires et touchaient |)ar le nord et l'ouest à la propriété de la Marmite. Elles étaient en mauvais état et sans locataires : aussi, jusqu'à leur démolition, les sœurs demandèrent-elles d'être déchargées d'impositions. La contenance totale était de 598 mètres et le prix de 34.000 francs. Sœur Callamand, installée à Saint-Jean le 21 janvier 1850, fit élever en 1851 et 1852, sur une partie de l'emplacement de ces maisons le bâtiment afTecté à l'orphelinat. Le prix de cette construction s'éleva à 67.000 francs. Elle donna occasion à quelques différends avec les

voisins, à propos de jours fermés et d'autres servitudes : une transaction fut signée à ce sujet entre M. Aladet et les époux Thévei^ut. La maison achevée, on l'orna, et à côté du portrait des anciennes supérieures de la communauté, on plaça ceux de Mgr Fransoni, archevêque de Turin qui, exilé, vécut dans celte maison plusieurs années, des bienheureux Clet et Perboyre, prêtres de la Mission, martyrisés dans des contrées inhospitalières, dignes émules de notre bienheureux Bonnard, élevé à Lyon, et qui lui aussi donna sa vie pour sa foi.

En 1852, à l'occasion d'un legs de 6.000 francs on sollicita l'autorisation légale, qui fut accordée le 30 mai 1855. L'article l*"' du décret est ainsi conçu : « La congrégation des sœurs de la Charité de Saint- Vincent de Paul, existant à Paris, en vertu d'un décret impérial du 8 novembre 1809, est autorisée à fonder à Lyon (Rhône), rue du Doyenné, 4^ un établissement de sœurs de son ordre, à la charge pour les membres de cet établissement de se conformer exactement aux statuts approuvés pour la maison-mère par le décret précité. »

La maison de Saint-Jean voyait se multiplier à Lyon les établissements de la communauté. En 1823, avait été fondée une maison de charité sur la paroisse Notre-Dame Saint- Louis, aujourd'hui Notre-Dame Saint-Vincent. Un ouvroir fut ouvert, en 1846, pour le tirage de la soie. Montée du Chemin-Neuf, 49, là où quelques années plus tard devaient habiter les missionnaires. Mais cette maison fut fermée en 1848 à la suite du pillage et de l'incendie des ateliers par les Voraces ou insurgés de la Croix-Rousse. En 1847, ce fut la fondation de la maison de charité de Saint-Bonaventure ; en mars 1848, la maison de santé de la route de Vienne. Les désordres de 1848 ralentirent cet élan qui reprit en 1855 par la fondation de l'asile des garçons incurables de Saint-Alban. En 1857, s'ouvrirent la providence et les écoles de la nouvelle paroisse de la Rédemption ; la pharmacie des ouvriers en soie à Saint-Polycarpe ; l'hôpital militaire et les écoles de la paroisse Saint- Vincent- de-Paul, ces deux dernières fondations destinées à disparaître en 1904 et 1906. Une note de M'"" veuve de Corombert, dit que le 14 décembre 1858, M. le curé Rozier donna lecture à l'assemblée de fragments d'un ouvrage composé par lui sur la fondation et la marche de l'œuvre de Sainte-Françoise ; il s'agit de la nolice malheureusement inachevée et résumée dans notre travail. M. Rozier mourut le 30 mai 1859, et le 22 juin l'assemblée faisait l'éloge de celui « qui pendant dix-sept ans avait prodigué à l'œuvre son zèle et ses lumières ».

De décembre 1856 à 1860, il est plusieurs fois question dans les registres de l'œuvre de Saint-Jean d'une nouvelle répartition ou séparation des intérêts de Saint-Jean et de Saint-Georges. Le brouillon d'un mémoire adressé à Mgr l'archevêque et communiqué par M. Rozier à M™*" Corombert, le 31 mars 1859, rappelle la destination des portions qui fut faite, en 1827, avec Saint-Just et en 1831 avec Saint-Georges. A cette paroisse, il avait été attribué trente-cinq portions et soixante-quinze à Saint-Jean. D'après le mémoire, c'est M. le Curé de Saint-Georges qui demande une nouvelle répartition, et on propose de lui donner un peu moins, c'est-à-dire un tiers, vu que Saint-Jean représente les deux anciennes paroisses de Saint-Pierre-le-Vieux et de Sainte-Croix. Le mémoire est accom-

SœURS SAINT-VINCENT-DE-PAUL

pagné d'un tableau des ressources de l'œuvre qui peut se résumer ainsi. L'œuvre générale possède un revenu total de 4.832 francs ; le revenu des loyers est de 900 francs, soit un total de 5.732 francs. L'œuvre particulière de Saint-Jean possède un revenu annuel de 5.251 francs. Les quêtes produisent 5.000 francs et les annuités de 130 dames 3.120 francs, soit un total de 13.371 francs.

Le différend avec Saint-Georges se termina aux assemblées de juillet 1860 et janvier 1861. L'œuvre cédait à Saint-Georges les deux maisons estimées 18.000 francs, sur lesquelles il n'avait droit qu'à un tiers et en échange Saint-Georges offrit 600 francs de la rente annuelle qui lui était due. Saint-Jean gagnait à ce traité de n'avoir plus la charge de la réparation des deux maisons portant les n°* 78 et 82.

Le 6 mars 1860, sœur Callamand écrivait au président du 10" comité de bienfaisance pour le prier de s'adresser au comité central et d'obtenir de la ville, le paiement d'une somme de 17.000 francs encore due pour la cession de terrains qu'on lui avait faite en 1843. Cette lettre importante fait l'historique de la maison et montre la propriété commune des sœurs et de l'œuvre Sainte-Françoise sur tout l'immeuble. Outre la question de justice, sœur Callamand invoquait le besoin de ressources pour réparer le mur lézardé du nouveau bâtiment, payer les dettes et construire une salle pour les pauvres.

Une œuvre fondée en 1860 par sœur Callamand fut celle des Bonnes [Mères ou petit hospice pour les vieilles femmes. Le registre des Dames, du 13 mars 1860, appelle cette œuvre une providence de vieilles femmes créée chez les sœurs, et il ajoute « qu'elles pourront recevoir les portions de la marmite ».

Le 9 novembre 1861, M. Etienne, supérieur général de la congrégation delà Mission et des Filles de la Charité, installait à Lyon, montée Saint-Barthélemy, 34, deux de ses missionnaires et un frère. Ce retour à Lyon, des fils de Saint- Vincent, soixante-neuf ans après que la révolution les en avait chassés, fut une grande consolation pour sœur Callamand qui avait beaucoup travaillé à obtenir ce résultat, avec le concours de M. Brac de La Perrière, président des conférences de Saint- Vincent de Lyon. Le premier emploi des missionnaires fut l'aumônerie de deux réunions de la Sainte-Famille qui se faisaient l'une dans la crypte de l'Immaculée-Conception, l'autre dans [la chapelle du pensionnat des Frères des Écoles chrétiennes établi dans l'ancienne maison des Lazaristes et qui en porte encore le nom. Les missionnaires étant mal logés, ils s'installèrent en août 1862, montée du Chemin-Neuf, 49, et le 14, M. Etienne bénissait lui-même la chapelle et la Maison. Les sœurs eurent cette même année la consolation de voir s'installer à Lyon l'œuvre des Pauvres malades que M. Etienne avait rétablie à Paris en 1840. Le bureau de l'œuvre Sainte-Françoise fît bon accueil à cette œuvre-sœur, et le 10 mars 1863, comme témoignage de sympathie, mais sans engagement pour l'avenir, elle donna 300 francs à l'œuvre de la visite des malades pauvres.

Le 11 avril 1862, le registre des Dames signale le désir du bureau de faire nommer par le 10" comité de secours un architecte qui serait adjoint à celui de sœur Callamand, en vue de vérifier les travaux à faire rue du Doyenné, 4, c'est-à-dire pour la construction de la chapelle des enfants de Marie, avec au-dessous, une salle pour recevoir les pauvres.

Histoire des Églises et Chapelles de Lyon, II. '1

niSlOIRE DES ÉGLISES ET CHAPELLES DE LYON

La maison de Sainl-Jean ne faisait pas seulement des constructions, elle obtenait aussi des merveilles. Un fait extraordinaire que plusieurs qualifièrent de miraculeux se produisit grâce à Fintercession du bienheureux Yianney, curé d'Ars, décédé depuis trois ans et pour lequel on avait dans la maison un vrai culte. Une enfant de la providence, Adélaïde Joly, âgée de neuf ans, s'élant heurtée contre un mur en tombant, fut atteinte d'une tumeur blanche au bras gauche. Les médecins désespéraient de la guérison ; un lacet des souliers du vénérable serviteur de Dieu, fut appliqué sur le bras de la patiente pendant une neuvaine de prières. La guérison survint de suite, et fut tellement complète que bientôt il ne subsista plus aucune trace de la maladie. Ce récit est l'extrait textuel du décret de la Congrégation des Rites, du 18 février 1904, déclarant l'authenticité de ce miracle en vue de la béatification du vénérable serviteur de Dieu. Une seconde grâce fut obtenue en 1864, en faveur de sœur Callamand. A la suite d'un rhumatisme à la tête, qui avait commencé le jour même de ses vœux, le 15 octobre 1840, elle avait perdu l'œnl droit. Une neuvaine faite à saint Jean Népomucène, lui avait obtenu la guérison du rhumatisme, mais son œil resta dans le même état. Il demeura privé de la vue pendant vingt ans. En 1863, sœ^ur Callamand fut menacée de perdre l'œil gauche; malgré les traitements des médecins, son état empirait, et elle finit par être obligée de cesser tout travail; elle ne reconnaissait pas une personne à deux pas. En 1864, M. Etienne, de passage à Lyon l'autorisa, pour obtenir sa guérison, à faire une neuvaine et à aller assister à Dax, à l'inauguration du monument érigé au lieu de la naissance de saint Vincent. La neuvaine devait se terminer le 24 avril, jour de l'inauguration. Beaucoup de personnes, surtout à Lyon et à Alger, s'unirent à cette neuvaine, et en particulier les 200 enfants de Marie de Saint-Jean. Elles priaient avec tant de ferveur, qu'elles se tenaient pour sûres d'être exaucées ; au moment même où la procession se faisait au bureau de saint Vincent, elles montaient au Chemin-Neuf à la chapelle des missionnaires portant chacune un cierge et un chandelier auprès de la relique du saint fondateur pour le remercier d'avance de la guérison obtenue par son intercession. Au Bureau, cependant, la journée se passait sans modification et sœur Callamand se résignait à reprendre le chemin de Dax avec son infirmité, lorsqu'elle eut la pensée de demander sa guérison, non pkis pour elle-même, mais pour récompenser la foi de tant de jeunes cœurs. Elle repartit, et sur la route de Dax, bordée de peupliers, elle commença à voir. Line seconde neuvaine fut commencée pendant laquelle elle allait deux fois par jour au monument de saint Vincent, et son œil alla de mieux en mieux. Elle persévéra dans la prière et à la fin de la cinquième neuvaine, l'œil était parfaitement guéri. Depuis, elle put reprendre son travail et le continuer sans éprouver la moindre fatigue. Tel est le résumé de la relation qu'elle en fit elle-même et que M. Etienne inséra dans sa circulaire du 4 août 1864, où il raconta huit autres miracles obtenus par l'intercession de saint Vincent.

Aujourd'hui les œuvres dirigées par les Filles de la Charité sont plus nombreuses et plus prospères que jamais. Après la guerre surtout, et sous la ferme impulsion de Mgr Ginoulhiac, la maison du Doyenné s'est agrandi et décoré. Le matériel n'a pourtant pas diminué le spirituel et le lecteur ne constatera pas sans émotion que ces religieuses,

Page 1