‹ Histoire des embaumements et de la préparation des pièces d'anatomie normale, d'anatomie pathologique et d'histoire naturelle, suivie de procédés nouveaux (volume 2)Chapitre 23 sur 24 · Vernis mastic · texte numérisé non relu

Vernis mastic

Prenez : mastic en poudre, 4 onces; mettez dans une pinte d’esprit de térébenthine.

Agilez tous les jours jusqu’à Ce que le mastic soit dissout.

3°. V ernis jaune.

Faites infuser une once de gomme-gutte en poudre dans 8 onces d’esprit de térébenthine pendant quinze jours; puis, avec parties égales de cette liqueur tirée à clair, de baume de Canada et de vernis mastic, on forme le vernis jaune.

4°. Peinture blanche.

Trois onces de peinture blanche et une once d’esprit de térébenthne servent à la former.

5°. Peinture pour les muscles .

Elle se fait de laque, de bleu de Prusse et de vernis blanc, auquel on ajoute un quart de vernis de térébenthine.

6°. Injection rouge.

% Cire, 4 °uces.

Vernis copal, once.

Plomb rouge, 4-once.

Vermillon , 2 gros.

Faites fondre ensemble.

7". Injection verte.

% Cire, 4 onces

Cendre bleue, ~ once.

Vernis copal , once.

8”. Injection bleue.

Pour la former, il suffit d’ajouter à l’injection verte un demi-gros de bleu de Prusse en poudre.

Les avantages tle telles préparations ne répondent en aucune façon aux promesses du titre ; les pièces artificielles de M. Auzoux sont de beaucoup préférables , puisque ses cartons donnent la forme que les pièces anatomiques de Swan ont perdue par la dessiccation.

§ Ier. Généralités sur les opérations qui précèdent la conservation.

La dessiccation et l’immersion dans des liquides sont les seuls moyens de conservation.

Le choix des sujets qui doivent servir à ces préparations , dit M. le docteur Pâtissier, n’est pas une chose indifférente. Les jeunes sujets et les femmes maigres sont préférables pour les pièces de névrologie et d’angéiologie ; lesadultes et les vieillards grêles et secs, pour la préparation des os qu’on veut articuler, et qu’on désire avoir à leur plus haut degré de développement; les individus d’une constitution athlétique, pour la préparation des muscles.

( ^oG )

Les temps favorables à la préparation et à la conservation des pièces anatomiques sont en général un hiver froid et sec, ou la chaleur ardente de l’été; plus l’évaporation de l’humidité des matières animales est rapide , plus leur conservation est assurée.

Les moyens de conservation doivent être précédés de quelques opérations , telles que la dissection, la macération, Y injection , les lavages, les corrosions, la ligature des vaisseaux, la séparation et la distension des parties.

(a) Dissection. Elle consiste à dépouiller la partie que l’on veut conserver des tissus et des organes qui lui sont étrangers : si elle a pour objet une préparation de muscles, par exemple, ces organes sont laissés seuls avec leurs insertions aux os, ou bien les vaisseaux, injectés auparavant , conservent leurs rapports avec les muscles et les os.

Toutefois, dans la dissection des parties dures , soit qu’on se propose de suivre des branches de vaisseaux et de nerfs qui pénètrent ou se distribuent dans leur substance, soit qu’on veuille développer et rendre plus apparente leur organisation , il est moins convenable de recourir aux instruments qu’aux ré-

actifs chimiques qui mettent en évidence les parties qu’on désire connaître. Lorsqu’on a pour objet la préparation seule des os , l’opération se compose de deux temps, Vcxcarnation et la déalbation, dont les détails seront présentés à l’article sur le tissu osseux.

(b) Macérations et corrosions. Ces opérations sont fréquemment mises en usage par le naturaliste : l’eau , les acides, les alcalis, les huiles volatiles , etc. , servent à produire des effets variés pour la préparation des différents tissus. La macération des différentes pièces du squelette s’opère à l’eau. L’emploi des autres liqueurs a pour objet , en attaquant plusieurs parties qu’elles dissolvent, d’en ménager d’autres qu’on cherche à mettre à nu.

Ainsi , pour absorber les graisses qui suintent des squelettes de certains poissons ou d’os dont la macération n’a pu bien s’établir, il est utile de tremper la pièce dans une pâte d’alumine marneuse, qu’on met alternativement sécher au soleil et ramollir, afin de faire absorber par l’argile les huiles fétides dont les os sont imprégnés.

Pour dissoudre les graisses dont certaines parties se couvrent quelque temps après leur

préparation , comme cela arrive à quelques squelettes naturels, il faut souvent faire tremper la pièce dans une liqueur alcaline, ou bien la laisser macérer pendant quelques semaines dans une huile volatile très-pénétrante. Ce n’est qu’à l’aide de ces procédés qu’on parvient à suivre les nerfs de l’encéphale dans plusieurs cétacés, quoique ces parties présentent chez ces animaux des dispositions extrêmement singulières.

C’est dans le même but qu’on doit faire macérer, soit dans l’eau élevée à un certain degré de température, soit dans des liqueurs acides, les tissus durs dans l’intérieur desquels on se propose de mettre à nu certaines parties. Ainsi les nerfs et les vaisseaux de la racine des ongles, des cornes, de la peau, ne peuvent être bien mis à découvert que par ce procédé. Les canaux qui traversent certains os ne peuvent, comme nous l’avons déjà indiqué, être suivis avec facilité qu’autant que la pièce a séjourné dans une liqueur acide pendant un temps plus ou moins considérable.

Les macérations dans les liqueurs alcalines et éthérées sont encore du plus grand secours, ainsi que l’ont prouvé les recherches si heu-

rcusement conçues et exécutées par Bichat.

Enfin , les corrosions sont indispensables pour nettoyer les pièces injectées dont on veut enlever le parenchyme, et dont on ne désire conserver, pour ainsi dire , que la matrice formée par le canevas intérieur du tissu vasculaire.

Voici quels soins elles exigent :

La partie injectée est abandonnée pendant deux ou trois jours dans un vase rempli d’eau pure, qu’on a l’attention de renouveler, afin de la faire mieux dégorger du sang qu’elle peut contenir. On la place ensuite solidement sur un morceau de cire fixé au fond d’un vase de porcelaine, percé latéralement à son fond, afin de pouvoir décanter la liqueur qu’on doit y verser sans déranger les pièces de leur position. Cette liqueur corrosive est de l’acide muriatique ou esprit de sel ; on peut aussi employer, pour le même usage, l’eau-forte des graveurs ou l’acide nitrique.

La première fois, on laisse la pièce deux ou trois heures dans cet acide. On décante ensuite et on fait passer à sa place une même quantité d’eau qu’on laisse couler en filet. On laisse cette eau cinq à huit jours, selon la saison.

jusqu’au moment où l’eau est couverte d’écume et que la pièce commence à devenir cotonneuse à sa surface; on décante une seconde fois et on place le pot sous le robinet d’une fontaine dont on laisse échapper un petit filet d’eau qui emporte lentement et sans secousse les parties qui se sont détachées. Lorsqu’on remarque que le lavage n’emporte plus de matière animale, on verse de l’acide dans le pot , dont on a rebouché la canelle avec un bouchon de verre ou de porcelaine chauffé et enduit de cire. On répète ce procédé tous les quatre à huit jours , jusqu’à ce que les tuniques des vaisseaux soient tout-à-fait détruites, et que la matière de l’injection se montre à nu de toute part (1).

(c) Injections. Elles sont évacuativcs , réplétives, anïi-septiques , ou conservatrices. Les premières ont pour objet, comme leur nom l’indique , de débarrasser les vaisseaux ou les organes creux des matières et des fluides qui les

(i) Ces détails sur la macération et les corrosions sont extraits d’un travail plein d intérêt de M. le professeur Duméril : Essai sur les moyens de perfectionner et d’ étendre fart de l’ anatomiste. — (Paris, i8o5).

remplissent ; elles sont faites avec l'eau, avec les acides très-aflaiblis , avec l’alcool étendu, e»c. Ainsi , il est bon de pousser de l’eau ou de l’alcool dans les vaisseaux sanguins pour les préparer à recevoir l’injection réplélive ou l’injection conservatrice. J. es secondes sont ou définitives ou temporaires.

Les substances qu’on emploie dans ces injections sont des véhicules ou des matières colorantes. La nature des véhicules détermine celle des couleurs, qui doivent être, autant que possible, analogues à celles des humeurs que contenaient les vaisseaux dans l’état de vie.

On emploie rarement pour véhicules les fluides qui restent toujours tels; car les pièces ainsi injectées ne peuvent être disséquées , et elles laissent, en outre, déposer à la longue les matières colorantes qu’elles tenaient en suspension.

Les liquides chargés de colle ou de gélatine, dont on se sert dans les injections ordinaires, ont l’inconvénient de ne point être également solidifiables aux divers degrés de température, ou de se prendre trop rapidement en gelée par le refroidissement. Elles sont faites avec les colles du commerce, soit simples, soit mélan-

gèes avec des matières gommeuses ou sucrées ; on fait usage ordinairement de celle dite de Flandre, quoiqu’on la fabrique à Paris, et de celle qu’on appelle colle à bouche , qui n’en diffère que parce quelle contient un peu de gomme et de matière sucrée.

Celle qui réussit le mieux, parce qu’elle se fond à la chaleur de la main et que cependant elle se coagule à une température de 25 ou 26 degrés du thermomètre de Réaumur , qui est un des plus forts points auquel s’élève notre atmosphère, est faite avec les membranes de poissons ou l’icthyocolle. On en fait fondre une once au bain-marie dans le double de son poids d’eau, et on l’étend ensuite dans deux onces d’alcopl qu’on a fait tiédir auparavant.

Dans ces sortes d’injections gélatineuses on a beaucoup de choix pour les matières colorantes. Toutes celles qui sont broyées à la gomme, et dont on se sert dans la peinture en miniature et à la gouache, peuvent être employées ; elles y restent très-bien suspendues.

On peut user alors avec avantage, pour les artères , des bâtons de carmin de Dclafosse et des laques carminées de Hubert ; pour les vei-

ncs, du bleu de Prusse broyé au vinaigre, et du blanc de zinc d’Antheaume ou de celui d’écailles d’huîtres bien porphyrisé , car la couleur des oxides métalliques est sujette à changer dans les matières animales; elles ont, en outre, l’inconvénient de se précipiter par le repos avant que le véhicule soit refroidi, et elles obstruent ainsi les plus petits vaisseaux.

Les liqueurs qui peuvent devenir solides par reflet de certains réactifs offrent aussi quelque avantage. C’est ainsi qu’il est bon de faire tremper un jour ou deux dans la dissolution de noix de galle ou de tannin , les pièces injectées avec la gélatine, quand on veut les conserver desséchées. Dans les injections partielles de vaisseaux lymphatiques et particulièrement des chylifères, on peut se servir du lait détaché ou de chèvre. Lorsqu’après avoir lié le canal thoracique on a fait pénétrer le lait par tous les vaisseaux dans lesquels on a pu introduire le bec d’une seringue de verre ou de celle qui sert à l’injection des points lacrymaux, on verse sur la surface de la partie injectée du vinaigre fort ou un acide affaibli qui fait concréter la partie caséeuse du lait, de manière qu’alors les vaisseaux chylifères se trouvent

remplis par un solide blanc, mais flexible (1).

Les injections les plus ordinaires, les plus solides et les plus commodes , se font avec des matières grasses et résineuses. On emploie principalement les huiles volatiles, les baumes, les résines dissoutes dans l’alcool, les graisses, la cire et les huiles fixes le plus ordinairement. On combine ces diverses substances , on en varie la composition suivant la nature des injections qu’on veut préparer, et surtout selon la manière dont on se propose de les conserver.

La nature et la préparation des matières colorantes doivent aussi varier selon l’espèce de véhicule gras dont on fait usage.

Les huiles volatiles étant à peu près aussi pénétrantes les unes que les autres, on emploie le plus généralement celle de térébenthine, qui coûte moins cher. Cependant, pour les petites pièces , on préfère, à cause de l’odeur, celle de citron, ou celle d’une sorte de lavande (aspic des boutiques), qui ne sont pas non plus très-

(i) On peut voir dans la collection d’anatomie com-

parée du Muséum d’Hisloirc Naturelle quelques pièces préparées par ce procédé.

dispendieuses. Quand on veut injecter uniquement avec l’une de ces huiles, ce qui fait une matière liquide extrêmement pénétrante, après avoir dissous une matière colorante préalablement broyée à l’huile fixe , on fait chauffer légèrement le mélange. On emploie ordinairement cette liqueur pour rendre sensibles les petits vaisseaux des membranes qu’on ne doit point disséquer, mais bien conserver dans leur intégrité. Si l’on voulait injecter le gros tronc vasculaire qui fournit à ces membranes, on pousserait , sur la fin de l’opération , un peu de vernis à l’essence qu’on aurait chargé de beaucoup de résine, et, avant de faire sécher la pièce, on la mettrait tremper un jour ou deux dans une dissolution aqueuse de muriate suroxigéné de mercure ( deuto-chlorure de mercure ) , d’après le procédé de Chaussier.

Les matières avec lesquelles on peut colorer les huiles volatiles doivent être auparavant broyées avec, le plus grand soin. 11 est facile de se procurer de celles qui sont préparées à l’huile de noix et qu’on vend dans de petites vessies pour être employées sur les palettes. Les couleurs ainsi préparées et amalgamées intimement avec les huiles fixes, restent beau-

( ai6 )

coup mieux suspendues ; les oxides les plus pesants, même ceux de plomb et de mercure, ne sont point sujets alors à faire de dépôts.

Les résines dissoutes dans l’esprit-de-vin se vendent aussi à la pinte et toutes préparées, sous le nom de vernis, qui en général sont peu coûteux. Ceux que l’anatomiste peut détourner de l'usage des arts ordinaires au profit du sien sont employés principalement dans les pièces qu’on veut conserver desséchées. On réussit parfaitement avec les vernis qu’on nomme dans les boutiques gras , roux-à-bois , à la copale , et avec quelques autres qui restent longtemps flexibles. Ces liqueurs sont difficiles à colorer; il faut, pour lapremière, faire broyer la substance colorante avec l’essence , et pour les autres avec de l’alcool, et les incorporer de suite aux vernis après les avoir fait légèrement cliaulFer. Les laques carminées, ainsi suspendues dans le vernis gras, font absolument l’effet du sang artériel : celte couleur se conserve trèsbien , et avec de semblables injections il est absolument inutile de peindre la surface des artères.

Le mélange de graisse de mouton ou de suif, de cire blanche ou jaune, et d’huiles fixes d’o-

livcs, de noix ou de lin, font la matière des injections les plus ordinaires, même de celles qui sont destinées aux corrosions. Les différents degrés de solidité ou de mollesse sont déterminés par les proportions calculées de la cire et de l’huile , et pur l’amalgame des matières résineuses et colorantes.

En général, dans ces sortes d’injections, on introduit auparavant, avec beaucoup de succès , une petite quantité d’huile volatile étendue dans la matière grasse qui doit servir à remplir les vaisseaux; par ce procédé préliminaire on chasse en avant et dans les plus petites ramifications une liqueur plus fluide, plus pénétrante , plus colorée , et susceptible de se refroidir beaucoup plus lentement.

Je transcrirais bien ici plusieurs recettes propres à indiquer la proportion des matières grasses entre elles ; mais la saison dans laquelle on prépare les pièces, la nature des ingrédients qu’on emploie, font varier les quantités proportionnelles, de manière à ne pouvoir donner que des aperçus pour obtenir une matière qu’on rend plus solide ou plus fluide après l’avoir essayée par quelques gouttes qu’on fait refroidir à part. Voici cependant une de ces recettes;

% De suif en branche, 5 parties.

De poix de Bourgogne, 2.

D’huile d'olives ou de noix, 2.

De térébenthine liquide et de matière colorante dissoute dans l’huile volatile, 1.

On ne doit mêler cette dernièîe partie que lorsque la liqueur est bien fondue et prête à mettre dans la seringue ; car la chaleur fait volatiliser les huiles volatiles, qui se dégagent sous forme de gaz, et font occuper à la masse un très-grand volume.

On peutaussi employer, comme matière d’injection , le caout-chouc ou gomme élastique dissous , mais susceptible de se prendre en gelée en perdant un peu de son véhicule par la dessiccation. Après avoir laissé cette matière dans un lieu humide, et l’avoir bien lavée pour la débarrasser de la matière argileuse qui l’imprègne ordinairement, on la dissout dans les huiles volatiles en la faisant chauffer au bainmarie, et sur un feu très-doux dans un malras à long col. On ajoute petit à petit la quantité d’huile nécessaire pour donnera la masse beaucoup de fluidité , et on y incorpore les matières colorantes , mais que l’on a broyées d’avance avec une huile volatile. O11 pourrait aussi dis-

soutire la gomme élastique clans l’éther : mais ce procédé est trop dispendieux; et comme matière d’injection, cette liqueur n’est point préférable à l’autre. Les injections élastiques ne sont avantageuses cpie dans la préparation de parties sur lesquelles on ne doit pas porter d’instruments tranchants , et auxquelles on désire faire conserver une certaine souplesse, comme dans l’injection des cotylédons ou du placenta dans la femme. Cette liqueur, il faut l’avouer, a le grand inconvénient de porter long-temps de l’odeur, de reprendre très-difficilement de la solidité , et de rendre les pièces poissantes et rebelles au vernis , qu’elles font charger de poussière.

Il est certains organes qu’on peut injecter avec des matières solides , pour obtenir en un relief résistant, mais grossier, les formes des cavités intérieures. Telle est l’injection avec la matière qui forme la pâle des stucs ou du plâtre fin délayé dans une eau gélatineuse , qui donne à ce sel une plus grande solidité quand il a pris sa consistance. On emploie avec avantage cette matière grossière pour rendre plus solides les membranes de certaines cavités dans l’épaisseur desquelles on veut rechercher les nerfs. La cire

pure ne présente pas le même avantage, parce quelle exige plus de chaleur, et qu’elle éprouve un plus grand retrait par le refroidissement, quoiqu’elle convienne davantage dans le cas où l’on se propose de faire corroder par les acides toutes les parties charnues ou osseuses, afin de connaître la véritable forme de leur capacité intérieure; enfin l’alliage fusible de Darcet est employé dans des circonstances différentes, mais il n’est pas plus utile (1).

Les injections conservatrices dont on peut aussi faire l’application aux vaisseaux et aux organes creux se composent des matières auxquelles on suppose des propriétés propres à conserver les tissus : telles sont les solutions salines mercurielles, arsénicales, ferrugineuses, etc., et différentes liqueurs aromatiques et spiritueuses.

(d) Lavages. Ils varient selon le but qu’on se propose : acides , ils servent à donner de la blancheur à certains tissus et de la résistance à d’autres; alcalins, ils nettoient les pièces, leur enlèvent le mucilage et les débarrassent de la graisse diflluente qui les recouvre. En un

(i) M. Duméril (ouvrage cite).

mot, l’action des liquides aqueux, huileux, alcalins, salins, acides, alcooliques, est nécessaire, avant la dissection comme après, pour conserver des pièces.

Lorsqu’on laisse ces pièces plus ou moins long-temps dans de l’eau, elles subissent ce qu’on appelle le dégorgement : le bain doit être renouvelé jusqu’à ce qu’il ne se charge plus d’aucune matière colorante.

Le dégraissage rentre dans la dissection, dans la macération et le lavage.

(e) Ligature des vaisseaux. Elle se pratique avec une soie plate ou très -peu tordue, pendant la dissection ou immédiatement après , à l’extrémité des vaisseaux qui contiennent l’injection : elle est nécessaire pour empêcher la matière injectée de sortir des vaisseaux.

(f) Séparation et distension des parties. Elles offrent toutes les faces des pièces préparées aux agents de conservation qui doivent leur être appliqués, elles les soutiennent et les préservent de toute déformation. D’ailleurs on sent bien que les moyens de séparation et de distension doivent varier selon la forme des organes; l’air atmosphérique insufflé suffit pour les organes creux et peu épais, l’estomac, les intestins , la

vessie, etc. Dans d’autres circonstances la laine, le crin, le coton, le plâtre, etc. , conviennent mieux.

§ II. Moyens de conservation.

Les moyens de conservation peuvent se ranger sous deux chefs principaux, comme nous l’avons dit, suivant que l’anatomiste veut abandonner à l’air libre les pièces préparées , ou selon qu’il veut les préserver des insectes et les rendre plus transparentes à l’aide de certaines liqueurs dans lesquelles il les tient continuellement plongées.

Conservation par la dessiccation. Lorsqu’elle s’applique aux parties molles, elle n’est utile que pour l’anatomie proprement dite et l’histoire naturelle ; car elle ne peut être employée pour les pièces d’anatomie pathologique.

La dessiccation est précédée d’une immersion plus ou moins prolongée , selon l’épaisseur des organes, dans des dissolutions acides ou salines , etc. ; celle qui présente le plus d’avantages pour les nerfs , selon M. Duméril, est l’acide nitrique étendu :

«Les sels, qu’on emploie ordinairement,

présentent quelques inconvénients. Le muriate sur-oxigéné de mercure (sublimé corrosif) racornit Iroj), et fait resserrer les parties sur elles-mêmes ; le sulfate d’alumine triple (l’alun) se cristallise souvent dans la dessiccation , et produit dans l’intérieur de la pièce, qui devrait être pellucide, des végétations salines, qui nonseulement soulèvent les lames organiques et rendent souvent sa surface comme tuberculeuse , mais encore qui privent la partie de la transparence nécessaire pour en faire voir la texture; le muriate de soude (sel de cuisine blanc) attire l’humidité de l’air, et fait ainsi écailler le vernis, qui ne peut avoir de prise sur la pièce. L’acide nitrique ( eau-forte ) étendu d’eau , dont on lave les j)arties , ne les expose point à ces inconvénients : la pièce conserve à la vérité un certain état de souplesse ; elle jaunit un peu, mais elle n’est jamais humide.

Les nombreux moyens dont on use pour disposer les pièces à la dessiccation peuvent être rapportés à quatre séries :

L’alcool rectifié , si l’on n’a pas égard à la dépense , est préférable à tous les autres ; son affinité pour l’eau lui donne la propriété d’absorber l’humidité des pièces d’anatomie.

( sa4 )

Le deuto-chlorure de mercure, le proto-nitrate de la même base, les dissolutions d’acétate de plomb et de proto-nitrate méritent la préférence parmi les substances métalliques.

Le sel marin cl l’alun sont à peu près les seuls parmi les sels terreux qui aient été employés pour cet objet. M. Breschet veut que, selon la méthode suivie par les hongroyeurs, on fasse séjourner la pièce pendant plusieurs jours dans le sel marin en poudre, pour l’immerger ensuite dans une forte dissolution d’alun, où elle demeure une quinzaine de jours : on l’en extrait pour la faire sécher.

Enfin le tannage est encore un moyen préparatoire pour la dessiccation.

Dessiccation. On peut, dit M. le docteur Pâtissier, dessécher les pièces à l’air libre, dans line étuve, dans le vide, et en employant des substances très-avides d’eau , et dans un bain de sable ou de poudres absorbantes ; mais la dessiccation au moyen de l’étuve est le meilleur procédé. La chaleur de l’étuve ne doit être ni trop faible ni trop forte : la température convenable est celle de 45° à 55° centigrades.

Lorsque les pièces ont été desséchées par l’un des procédés que nous venons de faire

connaître, si elles étaient abandonnées à ellesmêmes , elles seraient altérées en peu de temps par l’humidité et les insectes. — 11 reste donc un soin à prendre avant de les déposer dans la collection, c’est de les laver avec un liquide qui contienne. une préparation arsénicale ou du sublimé, ou mieux de leur appliquer un vernis renfermant l’une ou l’autre de ces substances. Nous ne reviendrons pas ici sur la composition des vernis; nous en avons donné plusieurs formules en parlant de la méthode de Swan, et nous aurons occasion d’en parler de nouveau enpassanten revue les différents modes cîepréparation des naturalistes.

Conservation dans les liquides. On conserve aussi, et avec beaucoup plusd’avantage, les pièces d’anatomie dans les liquides. Nous allons considérer ici les acides ou les eaux acidulées, les alcalis, les’sels, les huiles et les liqueurs spi— ri tueuses ou alcooliques; nous exposerons leurs avantages dans certaines circonstances, leurs inconvénients dans d’autres.

Quand on emploie les acides pour conserver les pièces d’anatomie dans leur état naturel de souplesse, on a la précaution de les étendre dans une assez grande quantité d’eau , afin

qu’ils ne puissent pas corroder les parties ni les racornir. En général , il est avantageux de les faire séjourner dans un acide très-faible pendant les premiers jours, et de ne les placer dans la liqueur préparée que lorsqu’elles ne font plus de dépôt. Les inconvénients de l’acide muriatique sont de rendre la surface des pièces comme gélatineuse, gluante et transparente; de l’acide nitrique, clc les jaunir et de les resserrer ; de l’acide sulfurique, de lesblanchir. Tous ces acides décomposent les parties lorsqu’ils ne sont pas assez étendus d’eau ; ils laissent pourrir ou laissent geler la liqueur, et font casser les vases quand ils sont trop faibles. Les proportions sont dictées par l’expérience, et dépendent de la nature de la pièce qu’on se propose de conserver. Ce sont particulièrement les pièces qui sont chargées de graisse qui se conservent le mieux dans les liqueurs acides.

On fait, en général, peu d’usage des liqueurs qui tiennent les alcalis en dissolution : on préfère les carbonates du commerce, et on s’en sert avec avantage dans les circonstances où l’on est forcé de conserver encore plusieurs jours, avant de les disséquer, des parties animales qui commencent à se corrompre.

Les sels qui proviennent de la combinaison des acides avec les terres, les alcalis ou les métaux , peuvent être employés comme les acides purs étendus d’eau. Ils ne sont pas sujets aux mêmes inconvénients. Le nitrate de potasse, le muriate d’ammoniaque, ceux de chaux et de soude , sont-très propres à conserver des pièces de myologie; ils semblent même relever la couleur rouge des muscles, lorsque les dissolutions de ces sels sont très-saturées : mais alors elles sont sujettes, les unes, à se liquéfier, les autres, à s’ellleurir ou à se cristalliser sur les parois des bocaux et à la surface même des parties; ce qui est un grand inconvénient pour les pièces que l’on veut mettre en exposition.

La dissolution de sulfate d’alumine triple ( alun du commerce) est employée avec les mêmes avantages; elle est cependant, il faut l’avouer, plus propre à la conservation des parties membraneuses qu’on a eu d’abord l’attention de faire long-temps macérer. En général, cette liqueur décolore les parties et laisse déposer, à la longue, sur les parois des bocaux et à la surface des pièces quelle blanchit, la matière terreuse blanche dont elle est chargée; ce qui est un grand inconvénient cl ce qui

cxigo beaucoup de soin dans les temps où 1 atmosphère se refroidit lout-à-coup.

Chaussier a proposé , dans ces derniers temps, la dissolution du muriate suroxigéné de mercure (deuto-chlorure de mercure) dans l’eau distillée. Celte liqueur est très-avantageuse . mais elle blanchit la surface des pièces, surtout les muscles ; elle les racornit et attaque les instruments qu’on y plonge lorsqu’on veut faire de nouvelles recherches sur des parties déjà préparées. Celte découverte est cependant très-précieuse pour obtenir des momifications de certaines parties qu’on veut conserver ensuite à l’air libre. Pour obtenir une solution toujours également saturée, Chaussier (1) a conseillé de tenir au fond de la liqueur deux ou trois nouets (le linge fin qui contiennent une certaine quantité de ce sel métallique, afin que la saturation soit toujours complète.

En général, nous le répétons, ces liqueurs conservatrices ont le grand inconvénient de laisser suspendues , après les gelées , les matières albumineuses que le refroidissement a fait

(1) Voyez Bulletin des Sciences, par la Société PhilornatliifjMe, tmn. III, sixième année, n° 5.

précipiter; de sorte que le fluide du vase qui contient les préparations devient trouble et ne laisse plus apercevoir les objets. En outre, la liqueur se gèle et fait casser les bocaux lorsque la température est très-basse.

Les huiles volatiles, quel que soit le végétai dont on les ait extraites, sont très-propres à conserver les pièces d’anatomie. Elles perdent à la longue, il est vrai , leur transparence ; elles s’épaississent , laissent tomber au fond du vase qui les contient les fluides animaux qui suintent des pièces, ce qui les expose à se corrompre. Mais tous ces changements sont sensibles à l’œil, et le défaut est facile à réparer lorsqu’on s’en aperçoit à temps pour renouveler la liqueur, qu’on peut ensuite faire distiller de nouveau.

11 ne faut jamais employer ces liquides pour conserver les parties chargées de graisse, car elles les dissolvent à la longue et les pénètrent entièrementen changeant leur forme, leur couleur.

On emploie les hui les volatiles, et surtout celle de térébenthine, qui esta meilleur compte, pour conserver avec le plus grand succès certaines injections dont les véhicules seraient solubles

dans l’alcool , et toutes les pièces dont les vaisseaux ont été pénétrés par une gélatine colorée; enfin, on se sert de ces huiles dans tous les cas où l’on veut conserver la transparence de certaines membranes qu’on a fait dessécher auparavant.

Les liqueurs alcooliques sont celles qu’on emploie le plus ordinairement dans la conservation des substances animales. Si elles coûtent davantage, elles sont sujettes à de moindres inconvénients. Lcscaux-dc-vie, le rhum, le tafia, sont colorés par une partie résineuse qui trouble leur transparence, et qui est sujette à former des dépôts. On préfère aujourd’hui l’alcool de cerises, de grain , de cidre ou de vin , qu’on se procure bien rectifié et transparent , et qu’on affaiblit ensuite en l’allongeant avec de l’eau distillée , de manière à obtenir de l’alcool bien limpide, marquant de vingt-deux à trente degrés à l’aréomètre de Baumé.

On employait encore, il y a quelques années, de l’alcool dans lequel on avait fait dissoudre certaines résines transparentes ou incolores , comme le camphre; mais on a reconnu depuis que les substances animales qui ont séjourné dans ccs liqueurs y ont contracté une odeur si

désagréable et si nauséabonde, qu’il est trèspénible de les tenir long- temps à nu pour les travailler : c’est pourquoi on préfère l’alcool pur.

Cependant, quand on veut conserver des préparations de nerfs, il est bon de verser quelques gouttes d’acide muriatique dans le bocal qui renferme l’esprit-de-vin. Ce mélange blanchit et rend beaucoup plus sensibles les fibres nerveuses sur lesquelles l’acide semble agir plus spécialement. On a réussi aussi quelquefois à enlever la teinte jaune que les pièces prennent à la longue dans l’alcool , en versant quelques gouttes d’acide muriatique dans le bocal qui les contient. Cette précaution change quelquefois tout-à-fait l’aspect des pièces.

Nous avons choisi ce passage de la brochure de M. Duméril , parce qu’il donne assez exactement tous les liquides employés par les préparateurs, et qu’il signale line partie des inconvénients que nous leur avons reconnus.

Nous verrons jusqu’à quel point les additions plus récentes faites à l’alcool du sublimé, de l’hydrochlorate de soude (chlorure de sodium) , del’hydrochloratc d’ammoniaque, du muriate et du nitrate d’alumine, peuvent satisfaire aux

besoins du collecteur de pièces d’anatomie pathologique.

Avant de nous livrer à cct examen critique, il nous reste à faire connaître les procédés employés par les naturalistes pour la conservation des différentes espèces d’animaux. L’excellent manuel de M. Boitard , si utile pour les préparateurs, nous les fournira.

Moyens de préservation et (le conservation pratiqués par les naturalistes. Le savon de Bécœur jouit auprès des naturalistes d’une grande réputation comme préservatif. C’est donc ce préservatif que nous devons recommander comme le plus éprouvé par l’expérience : en voici la recette :

Arsenic pulvérisé, a livres.

Sel de tartre , 1 a onces.

Camphre, 5 onces.

Savon blanc, a livres.

Chaux en poudre, 8 onces.

Dans l’origine on indiquait quatre onces de chaux, et nous avons conseillé cette dose dans notre première édition; mais on a reconnu depuis qu’en la doublant, le préservatif était moins pâteux et moins difficile à employer, plus abondant et tout aussi bon.

M. Simon compose ainsi le préservatif, mais il y ajoute une certaine quantité de sublimé corrosif et de camphre dissous dans de l'espritde-vin. Le camphre ainsi incorporé au préservatif ne se volatilise pas aussi aisément que lorsqu’on l’y met en poudre.

Lorsqu’on veut s’en servir, on en met la quantité suffisante dans un petit vase, et, à l’aide d’un pinceau de crin, on le délaie dans l’eau; puis , avec le même pinceau, on l’étend sur la partie que l’on veut préserver.

Quelques naturalistes, effrayés du danger que présente l’usage journalier de l’arsenic, ont essayé de remplacer ce préservatif par une autre composition , mais ils n’ont jamais pu réussir à en obtenir un résultat aussi avantageux; cependant, pour rendre notre ouvrage aussi complet que nous l’avons promis, et pour faciliter de nouvelles recherches , nous croyons devoir indiquer ici les différents procédés qu’ils ont imaginés tour-à-tour.

Dans mon Cabinet d’Histoire naturelle, j’indique , sous le nom de pommade savonneuse , la composition suivante :

Savon blanc, i livre.

Potasse, -j livre.

Alun en poudre, 4 onces.

Eau commune, 2 livres.

Huile de pétrole, 4 onces.

Camphre, 4 onces.

M. Mouton de Fontenillc propose une liqueur tannante composée ainsi qu’il suit :

Quinquina, 1 once.

Ecorce de grenade, 1 once.

Écorce de chêne, 1 once.

Racine de gentiane, 1 once.

Absinthe, 1 once.

Tabac, 1 once.

Alun en poudre, 1 once.

Eau commune, 2 livres.

On fait bouillir le tout, excepté l’alun , que l’on 11e met dans la liqueur que lorsqu’on la relire de dessus le feu ; on la met dans une bouteille que I on bouche bien, et l’on s’en sert au besoin.

Voici la manière dont M. Mouton se sert de sa liqueur : lorsqu’un animal est écorché . on dégraisse sa peau le mieux possible, puis, avec un pinceau, on l’humecte à l’intérieur avec la liqueur tannante jusqu’à ce qu’elle en soit parfaitement imbibée ; si c’est une peau sèche, on

l’humecte de la meme manière j usqu a ce qu clic soit ramollie.

Un auteur a recommandé, sous le nom de poudre antiseptique , une poudre composée comme il suit :

Arsenic, 1 livre.

Alun calciné, 1 livre Sel marin purifié, ~ livre.

le tout réduit en poudre fine et bien mélangé.

Nous ne conseillons jamais de se servir d’arsCnic en poudre , parce qu’en se volatilisant il peut pénétrer dans les poumons et y causer des ravages mortels.

Le préparateur Nicolas recommande, dans de certains cas, une composition que nous croyons devoir mentionner, non pas pour conseiller d’en faire usage, mais au contraire pour la signaler comme devant être rejetée , par la raison que, loin d’éloigner les insectes, elle doit les attirer ; il la nomme pâte gommeuse.

Coloquinte, 2 onces.

Gomme arabique, 4 onces.

Amidon , 6 onces.

Coton haché menu , 1 once.

D’aulrcs préparateurs, sans passer aucun préservatif sur la peau , se contentaient de la saupoudrer avec une poudre ainsi préparée:

Alun calciné, 3 onces.

Fleur de soufre, i cncc.

Poivre noir, ~ once.

Tabac en poudre , -j- once.

Sabine en poudre, -£■ once.

Camphre en poudre, 5 gros.

le tout pulvérisé très-fin, cl parfaitement mélangé.

Quelques amateurs se sont contentés de passer, sur l’intérieur des peaux qu’ils voulaient conserver, une bonne couche de suif fondu et mélangé à une petite quantité de sublimé corrosif; il paraît qu’ils en ont obtenu des résultats assez avantageux, qui devraient déterminer à faire quelques nouvelles expériences. On a sans doute remarqué que le suif n’est jamais attaqué par les insectes; peut-être que, si on le combinait avec quelque matière minérale moins dangereuse que le sublimé , on en obtiendrait un résultat aussi satisfaisant que du savon arsénical de M. bécœur.

Tels sont les préservatifs qui ont été employés en France . mais qui n’ont pas , à beaucoup près,

l’ofiîeacité du savon arsenical de Bécœur. Il paraît que les Allemands en emploient d’autres auxquels ils attribuent les mêmes qualités, ec qui nous paraît fort douteux. Dans tous les cas, nous allons les mentionner.

Naumann, d’abord, donne line méthode qui nous paraît vicieuse, quoiqu’il invoque en sa faveur sa propre expérience. Après avoir dit que le meilleur moyen de conservation est de renfermer hermétiquement les animaux empaillés dans des boîtes , il ajoute : « Je ne fais, pour toutes les peaux qui doivent voyag er dans des caisses, autre chose que de les saupoudrer avec la composition suivante :

2 parties tic chaux décomposée à l’air et tamisée fui;

1 partie de tabac de Saxe aussi tamisé. »

Hoffmann approuve et conseille la poudre suivante :

Sel amoniac, 1 once.

Alun calciné , 4 once.

Tabac de Saxe, 3 onces.

Aloés , î drachn e.

Le bibliothécaire de Jéna , M. Théodore Thon, propose la poudre suivante comme

meilleure pour préserver les animaux à l’air.

Cobalt, 1 once.

Alun, 2 onces.

On pulvérise ces deux matières et on les mêle bien. Avant d’employer cette poudre, on donne une couche d’huile de pin (essence de térébenthine) , afin qu elle prenne mieux sur l’intérieur des peaux. Si ces dernières sont trèsgrasses, o n ajoute à la poudre une once et demie de chaux décomposée au grand air et tamisée.

Parmi les préservatifs que ce naturaliste a cherchés , s’en trouve un fort simple, et qu’il dit très -bon pour les mammifères. En voici la composition :

Cobalt en poudre très-fine, 4 onces.

Alun , 4 onces.

Le même naturaliste enseigne une autre composition qu’il donne aussi pour fort bonne, et dont je crois qu’il serait utile de faire l’essai pour les grands animaux qui exigent une grande dépense en savon arsénical. On fait fondre du bitume, le plus gras possible, dans une forte solution d’eau et de savon, jusqu’à ce que le t oui forme une sorte de bouillon clair. On en-

duit l’intérieur des peaux de ce mélange qui coûte très-peu.

Des préservatifs en liqueurs.

Les liqueurs s’emploient en bains, en lavage, en friction, en injection, et enfin en bain permanent dans lequel de certains objets doivent toujours rester, Nous allons traiter de ces quatre méthodes de conservation.

Du bain.

Dans beaucoup d’animaux, et particulièrement dans les mammifères, la peau a une telle épaisseur, un tel degré de densité, que le savon arsénical ne pourrait la pénétrer assez pour la préserver parfaitement; c’est alors que le bain devient une opération indispensable. En pénétrant la peau qu’on y laisse macérer plus ou moins long-temps, il introduit dans tous ses pores les molécules de préservatif dont il est saturé, et la garantit pour toujours de l’attaque des insectes.

Voici la composition du bain employé par les naturalistes-préparateurs de Paris :

Eau commune, 5 pinte*.

Alun, 1 livre.

Sel marin , — livre.

On fait bouillir ce mélange jusqu’à ce que tout soil entièrement dissous, et, lorsque la liqueur est refroidie, on y plonge les peaux. Celles de la grandeur d’un lièvre , ou à peu près, n’ont besoin d’y séjourner que vingtquatre heures; celles des grands animaux y macéreront plus ou moins long-temps , selon leur grosseur : huit ou quinze jours ne seraient pas trop pour un bu file ou un zèbre.

Au Muséum d’IIistoire naturelle de Paris, on se sert très-rarement de cette composition ; on se contente de faire macérer les peaux dans de l’esprit-de-vin que l’on conserve dans des tonneaux faits exprès. Sans chercher à critiquer cette méthode, qui peut avoir ses avantages, nous pensons que l’on pourrait peut-être, sous ce rapport, imiter les préparateurs anglais , et ajouter, comme eux, une petite quantité de sublimé corrosif en dissolution dans l’espritde-vin.

Cependant, comme nous devons faire preuve d’impartialité, nous pensons que nous devons montrer ici le danger qu’offre l’emploi de ce

terrible minéral, lant vanté par sir Smith, président de la Société Linnéenne de Londres. Lorsque l’on veut remonter une pièce préparée au sublimé, soit qu’il ait clé employé en poudre ou en dissolution, en débourrant l’animal il s’élève une poussière qui pénètre dans les narines, et peut causer des accidents graves. L’arsenic, quoique beaucoup moins énergique, n’est pas même à l’abri de cet inconvénient. Aussi n’est-ce jamais qu’avec beaucoup de précaution que les préparateurs doivent débourrer les objets en peaux qu’ils reçoivent des pays étrangers, et dont ils ignorent la préparation.

Passons maintenant aux autres préservatifs en liqueur, moins généralement employés aujourd’hui, quoique cependant quelques-uns pourraient être fort utiles. Voici la liqueur tannante que j’ai proposée dans le Cabinet d’Ilistoire naturelle :

Tan ou écorce de chêne, 1 livre.

Alun en poudre, 4 onces.

Eau commune, 20 livres.

Un ancien auteur, l’abbé Manesse, composait le bain de cette manière :

Alun, 1 livre.

Sel marin, 2 onces.

Crème de tartre , 1 once.

Eau commune, 4 livres.

Des liqueurs employées en lavage à l'extérieur.

Lorsqu’un animal quelconque est monté, si on craignait que les insectes ne l’attaquassent, on l’en préserverait en imbibant ses plumes , ses poils ou sa peau nue avec une des liqueurs que nous allons indiquer. Les animaux exposés à l’air libre ont surtout besoin d’être ainsi traités , et cependant , par une négligence que nous ne pouvons concevoir, beaucoup d’amateurs laissent dévorer leurs collections , faute d’employer ce moyen aussi simple que facile.

i°. L 'essence de serpolet est depuis peu trèsavantageusemsnt employée. Pour s’en servir, on soulève de distance en distance les poils ou les plumes d’un animal , au moyen d’une longue aiguille; avec un pinceau, on dépose, toutà-fail à leur naissance , c’est-à-dire sur la peau , une goutte ou deux d’essence, et, lorsqu’elle est bien imbibée, on laisse retomber les poils ou les plumes; leur extrémité, ne se trouvant jamais en contact avec la liqueur, ne peut être ternie.

2°. L’essence de térébenthine a été préconisée par presque tous les auteurs, et cependant, lorsqu’on veut s’en servir, on s’aperçoit avec étonnement que de son usage résultent de grands inconvénients ; elle ne sèche jamais bien sur les plumes , quelle graisse et salit malgré toutes les précautions, en s’imbibant et élargissant ses taches à la manière de l’huile : outre cela, elle forme une espèce de glu qui arrête et fixe la poussière de manière à ne plus pouvoir l’enlever par la suite.

5®. La liqueur de sir Smith. Cet habile naturaliste anglais, présidentde laSociétéLinnéenne de Londres, ayant tourné ses vues du côté de la conservation des objets préparés et déjà classés dans les collections, a pensé qu’on ne pouvait employer un moyen plus efficace que la liqueur suivante :

Sublimé corrosif, 2 gros.

Camphre, 2 gros.

Esprit-de-vin, î pinte.

Sur les grands animaux , on l’emploie au moyen d’une éponge qui en est imbibée, et que l’on passe à différentes reprises sur toutes les parties extérieures de l’animal jusqu’à ce

qu’elles en soient parfaitement imprégnées et que la liqueur ait pénétré jusque sur la peau. Pour les petits animaux, on se sert d’un pinceau plus ou mois gros , et l’on agit de la même manière. Soit que l’individu soumis à cette pratique sorte à l’instant d’être préparé et monté, soit qu’il ait déjà séjourné depuis long-temps dans une collection , on le laisse bien sécher avant de le placer dans une armoire.

En France, on remplace cette composition dangereuse par du préservatif délayé en trèspetite quantité dans de l’eau.

4°. La liqueur spiritueuse amère, recommandée par d’autres auteurs , se compose ainsi qu’il suit :

Savon blanc, 1 once.

Camphre, 2 onces.

Coloquinte, 2 onces.

Esprit-de-vin, 2 livres.

Le tout se fait infuser à froid et pendant quelques jours dans un vase hermétiquement bouché; on la remue souvent pendant cet intervalle , et on la passe dans un papier gris sans colle; quand on pense que l’infusion est faite, on la met dans des bouteilles bouchées de me-

me . et on l’emploie de la même manière que la précédente.

5°. Le vernis ne s’emploie que sur la peau nue des reptiles et des poissons, à laquelle il restitue une partie de son éclat ; il faut qu’il soit absolument sans couleur et d’une transparence parfaite. Pour l’obtenir ainsi , on le prépare en faisant dissoudre dans l'esprit-de-vin de la térébenthine fine et nouvelle, qui ait elle-mcme les qualités que nous venons d’indiquer. On l’applique avec un pinceau de poils d’écureuil ou de martre, et on laisse l’objet exposé à l’air, mais à l’abri de la poussière , si l’on veut hâter sa dessiccation.

Des liqueurs employées en injections.

Le plus grand emploi des injections se fait pour la préparation des œufs d’oiseaux auxquels on veut assurer une longue conservation : cependant, par une très-mauvaise méthode, on s’en est aussi servi pour dessécher de trèspelits animaux.

Pour décomposer les chairs d’un fœtus qui se trouverait déjà formé dans un œuf, on emploiera une forte dissolution d’alcali fixe de soude ou tartre, ou de l’éther.

Des liqueurs dans lesquelles on conserve les objets qui ne peuvent se dessécher.

Les qualités que doit avoir une liqueur dans laquelle on plonge les objets d’histoire naturelle sont, indépendamment de celle de les préserver de la décomposition : i° detre sans couleur, afin de n’en pas communiquer à l’objet qu’elle baigne; 2° de ne pas attaquer par son mordant les propres couleurs de l’objet; 3° cl’être parfaitement transparente, afin de le laisser apercevoir à travers le vase qui le renferme; 4° de pouvoir résister à la gelée, afin de ne pas briser les bocaux dans lesquels on la mettra.

i°. L’esprit-de-vin , de i4 à 18 degrés de l’aréomètre de Baumé, paraît être la liqueur qui remplit le mieux toutes ces conditions; les autres alcools , tels que ceux de pomme de terre, de grains, de sucre, etc., ont les mêmes qualités; mais un inconvénient grave, c’est que tous sont d’un prix assez élevé , et cette raison seule a pu déterminer à chercher d’autres liqueurs composées, capables de les remplacer avec plus ou moins cl’avanlagcs.

2°. Nicolas recommande la composition sui~ vante :

Eau très-pure, i pintes.

Alcool, 1 pinte.

Sulfate d’alumine , 6 onces.

5°. Le naturaliste anglais, Georges Graves, dans un ouvrage publié à Londres il y a sept ans, indique une liqueur qui a beaucoup d’analogie avec la précédente :

Alun , S onces.

Eau commune, i pinte.

Alcool , -j- de pinte.

Voici comment on prépare ce mélange : on pulvérise l’alun et on le met dans un vase capable de résister à la chaleur; on fait chauffer l’eau, et, lorsqu’elle est en ébullition, on la verse sur l’alun ; on laisse refroidir, et on passe dans un filtre de papier gris, après quoi on mêle l’alcool.

Le même auteur recommande encore une autre liqueur composée ainsi qu’il suit , mais dont le mélange se fait à froid :

Eau commune, î pinte.

Alcool, 1 pinte.

Alun , 1 2 onces.

4°. d’abbé Manesse, après plusieurs tentatives plus ou moins heureuses, a publié le résultat de scs expériences; il indique comme la meilleure liqueur celle ainsi composée :

Alun, i livre.

Nitrc , i livre.

Sel marin , î livre.

Eau commune, 4 pinte?.

Alcool, î pinte.

L’eau dont on se servira doit être distillée, afin de ne contenir aucune matière étrangère. L’alun sera le plus transparent que l’on pourra trouver, et on purifiera le sel avant de l’employer. Le mélange peut so faire à froid, mais il vaudra toujours mieux le faire bouillir , avec la précaution de n’y mettre l’esprit-de-vin que lorsque le tout sera refroidi.

Toutes ces liqueurs sont inférieures à l’esprit-de-vin, parla facilité plus ou moins grande qu’elles ont à geler. »

Après avoir fait ce long inventaire des moyens de conservation connus , où nous nous sommes appliqué à présenter en leur entier les dires de chacun des auteurs, il nous reste à les ju-

ger, à déterminer leur mérite et le degré de confiance qui doit leur être accordé , sous le triple point de vue de la conservation des pièces d’anatomie normale, d'anatomie pathologique et d’histoire naturelle.

i°. Procédés de dessiccation. Ils 11e peuvent être d’aucune utilité pour l’anatomie pathologique , car ils changeraient entièrement l’aspect et la texture des parties , et, dans la plupart des cas, ils ne laisseraient exister aucune trace des altérations qu’il importe de connaître. Pour l’anatomie normale, ces pièces sont et seront toujours, par le fait seul de la dessiccation, d’un faible secours, et réellement de beaucoup inférieures aux sujets artificiels de M. Auzoux; car cette préparation ingénieuse, si elle a plusieurs des défauts de l’anatomie sèche , n’offre pas au moins la déformation qui rend les organes méconnaissables. — De plus, chacune des préparations qui tendent à amener la dessiccation a des inconvénients particuliers : ainsi ceux du deuto-chlorure sont nombreux, comme nous l’avons vu dans le chapitre précédent, et comme l’ont fait remarquer dans celui-ci les auteurs que nous avons cités. Ajoutons que les sels de mercure, de cuivre et de

plomb, qui , en se combinant avec la geline’, forment, il est vrai, un composé inaltérable, ont une grande affinité pour l’acide hydrosulfurique, et qu’il résulte de cette affinité une détérioration nécessaire des pièces, la coloration en noir. — Le sel marin n’a pas de propriétés conservatrices durables , et même son affinité pour l’eau facilite la décomposition des pièces sèches qui en contiennent. — • L’alcool rectifié est un bon moyen , sans doute ; mais il doit être plusieurs fois renouvelé, jusqu’à ce que, par son affinité pour l’humidité , il se soit emparé de toute celle que contiennent les organes ; mais 1 alcool coûte 2 francs le litre et perd toujours par l'évaporation. D’ailleurs , les pièces préparées de la sorte ne sont pas moins déformées que les autres pièces sèches lorsqu’elles ont subi la dessiccation.

Le naturaliste trouve dans le savon de Bécceur, dans d’autres préparations où entrent l’arsenic, le deuto-chlorure de mercure, l’alun , etc., d’assez bons moyens de tanner ou de dessécher la peau et d’autres tissus des animaux. Mais , comme nous l’a fait remarquer M. Boitard, ces préparations ne sont pas sans inconvénients.

Qu’ai-jc à offrir à l’anatomiste qui croit à l’utilité des pièces desséchées , au naturaliste qu’un besoin réel force souvent d’y recourir? Mon liquide, employé en bain ou en injection , sans aucun danger, sans aucun inconvénient, et du prix de 10 à 20 centimes le litre.

Je donnerai ici un exemple d’injection : un cadavre est injecté par la carotide avec cinq à sept litres d’acétate d’alumine à 20% et contenant en dissolution cinquante grammes d’acide arsénique. Quatre jours après cette injection, si l’on veut préparer l’angéiologie fine et grosse, on injecte par l’aorte un demi-litre d’un mélange, à parties égales, d’essence de térébenthine et de vernis à l’essence ; enfin on pratique d’un seul jet une injection chaude d’un mélange de suif et de galipot, à parties égales, coloré par le cinabre pour les artères, par une couleur noire ou bleue pour les veines. Alors le cadavre , ou la partie du cadavre que l’on veut conserver, est préparée et disséquée à loisir, selon le vœu de l’opérateur.

Lorsque le cadavre a été injecté, comme nous Yenons de le dire, la préparation qui en est faite se dessèche facilement à l’air libre depuis le mois de mai jusqu’au mois d’octobre; pen-

dant l’hiver, il faut qu’elle soit déposée dans une étuve ou dans une chambre chaude. — Lorsque la dessiccation est lente, que l’humidité est grande, il peut se développer des byssus à la surface de la pièce ; mais un lavage l’en débarrasse et une couche de vernis la préserve de nouvelles végétations. Celte pièce sera certainement supérieure à toutes celles que renferment les cabinets d’anatomie.

A l’appui de celle assertion , je citerai un fait authentique , celui de la femme dont le corps fut soumis à l’examen des commissaires de l’Institut et de l’Académie royale de Médecine, nommés pour constater la valeur de mon procédé.

Le 10 mai i854, une femme mourut dans le service de M. Magendie, à l’Hôtel-Dicu ; son corps fut injecté le lendemain avec l’acétate d’alumine ; à la suite de cette opération, il resta frais jusqu’au i5 janvier 1 855 , puis il se dessécha, sans offrir aucune alération. Les commissaires des deux académies firent des expériences sur ce corps , à différentes reprises. Le i5 janvier 1 856 , M. Guéncau dcMussy, pour s’assurer cîc l’état dans lequel était la substance cérébrale , demanda que la tête fût ouverte. Je

profitai do celle occasion pour enlever le cuir chevelu. Le même jour, M. Breschct, désirant savoir ce qui résulterait de l'exposition de ce cadavre à l’air libre, on le fit suspendre sous la remise à l’école pratique. Dix mois après, au mois de novembre de la même année, il n’avait subi aucune altération. A celle époque, M. Gaucherant , inspecteur surveillant de l’École pratique, voulut que, les expériences finies , le corps fût enlevé pour être porté au cimetière. La main et l’ avant-bras droits, seules parties restées intactes après les travaux de MM. les commissaires , furent amputés par moi.

Je conserve cette pièce, ainsi que le cuir chevelu ; je puis les montrer aux anatomistes et les mettre en comparaison avec toutes les préparations obtenues par d’autres procédés ; aucune, j’en suis convaincu , ne sera jugée comparable aux miennes. Les cheveux restent adhérents à la peau qui recouvrait la tête, sans qu’une traction forte puisse les en détacher. Je me suis assuré que l’injection avait pénétré jusque dans les tubes capillaires de ces organes : mes expériences sur des chats , des chiens et des oiseaux m’ont démontré la pénétration de mon liquide dans les organes cornés, poils

ou plumes, qui revêtent la peau de ces animaux. Ces faits mettent à même de comprendre tous les services qu’il doit rendre au naturaliste. Enfin, aucun procédé de tannage ne peut donner à la partie interne de la peau un aspect plus satisfaisant que celui qu'offrent d’autres pièces déposées dans mon cabinet.

2°. Conservation dans les liquides. Les différents liquides conservateurs usités produisent des résultats bien autres que les procédés de dessiccation ; pourtant tous ceux employés jusqu’à ce jour ont de graves inconvénients, comme on a pu s’en convaincre en lisant les pa: sages si recommandables que nous avons extraits de la brochure de M. Duméril. Pvous en signalerons quelques autres qu’il a omis.

(a) L'acide nitrique , le seul de tous les acides qui puisse être de quelque utilité pour l’anatomiste , conserve bien , il est vrai , les préparations des nerfs, dont il durcit la structure et dont il augmente la couleur d’un beau blanc nacré; mais il détériore tous les autres tissus, il dissout la géline , ramollit les muscles , et enlève aux os leurs sels calcaires. — 11 ne pourrait que nuire aux pièces d’anatomie pathologique et d’histoire naturelle.

(b) L ’ alcool convient mieux qu’aucun des autres liquides en usage, mais son prix élevé rend son emploi à peu près impossible pour les pièces d’anatomie normale ; il racornit et altère sensiblement les pièces d’anatomie pathologique : et ces altérations, quelque légères quelles soient , sans importance pour l’anatomie normale , sont graves pour le médecin qui ne peut se faire une idée trop exacte des progrès de la désorganisation dans les tissus vivants. Si l’alcool est éminemment utile pour l’histoire naturelle, sa cherté empêche d’en étendre l’emploi autant que l’exigerait l’intérêt de la science.

(c) L'alcool affaibli , auquel on ajoutele deutochlorure de mercure, est une liqueur d’un prix moins élevé , qui conserve assez exactement les travaux du naturaliste et de l’anatomiste; mais elle n’est pas assez fidèle pour l’anatomie pathologique. — Mêmes réflexions sur l’hydrochlorate de soude, l’hydrochlorate d’ammoniaque, le muriate et le nitrate d’alumine ajoutés à l’alcool.

(d) L’alun j que nous avons vu figurer dans plusieurs des formules adoptées, est pourtant un moyen de conservation impuissant. Très-

répandu dans le commerce et employé de temps immémorial pour la teinture, il a fixé, dans ces derniers temps seulement, l’attention des préparateurs. Ce sel, auquel la nouvelle nomenclature chimique a assigné successivement les noms de sulfate double , sulfate triple, sulfate acide d’alumine et de potasse, a été expérimenté par moi et n’a pas répondu à mes espérances. J’ai recherché la cause de ce mécompte, et je crois l’avoir trouvée; j’ai fait l’analyse de ce composé, et pour cent parties j’ai obtenu :

Sulfate d’alumine. . . 36 — 85.

Sulfate de potasse. . . 18 — i5.

Eau 45 — » .

100 parties de ce sel contiennent 10,86 d’alumine. — A la température de 120 centigrades, 5oo grammes d’eau dissolvent 5o grammes de sel , d’où il résulte qu’une livre d’eau ne tient en dissolution que 18 grains d’alumine. — Dès lors j’ai soupçonné que le peu d’efficacité de l’alun pour la conservation des matières animales dépendait de la quantité trop faible d’alumine dans la dissolution. — Un fait m’a prouvé que j’avais raison : vingt-quatre heures

après l'immersion des cadavres dans le bain qui contenait du sulfate acide d’alumine, j’ai observé que toute l’alumine avait été absorbée par la matière animale. Enfin , les expériences que j’ai tentées avec des sels d’alun plus riches en alumine et plus solubles dans l’eau, et les heureux résultats que j’en ai obtenus me permettent de dire : L’alun est un mauvais moyen de conservation , parce qu’il est trop peu soluble et qu’il ne contient pas assez (l'alumine.

Le lecteur sera naturellement ramené sur ce fait, lorsque viendra l’exposition de mes recherches.

§ 5. Moyens de conservation appliqués à chaque

tissu.

Dans notre premier paragraphe, nous avons passé en revue les différentes préparations qui doivent précéder l’application des moyens de conservation ; dans le second , nous avons vu ces moyens nombreux, et nous nous sommes efforcé de porter un jugement impartial. Il nous reste à faire connaître ici comment les anatomistes les ont appliqués aux tissus pris isolément. Nous nous abstiendrons de relater

les préparations qui précèdent l’application des moyens de conservation, parce quelles sont étrangères au sujet qui nous occupe et qu’elles prolongeraient inutilement une discussion bien longue déjà.

i°. Tissu fibreux. — Articulations 3 aponévroses , tendons et ligaments. Le procédé généralement approuvé est dû à M. J. Cloquet ; en suivant à peu près les méthodes employées par l’hongroyeur, il est parvenu à conserver la souplesse à ces tissus.

«Voici, dit-il, le procédé auquel je me suis arrêté.

» Faites dissoudre quatre livres de muriate de soude et une livre d’alun dans dix pintes d’eau ; laissez macérer pendant quinze à vingt jours dans cette lessive l’articulation que vous avez disséquée avec soin ; ayez l’attention de la mouvoir souvent dans la dissolution , de presser ses ligaments, de les tordre, et surtout de les frapper légèrement avec une petite masse de bois léger. Ces manœuvres sont destinées à les assouplir , à écarter leurs fibres , qui se laissent pénétrer plus facilement par les sels. Retirez l’articulation de la dissolution saline ; faites-la sécher pendant quatre ou cinq jours, en ayant

soin de la mouvoir clc temps à autre et de la frapper encore avec la petite masse ; plongez alors votre articulation dans une dissolution très-concentrée de savon (une livre pour trois pintes d’eau) , remuez, frappez-la de nouveau pendant sept à huit jours, temps nécessaire pour la dessaler et permettre au savon de pénétrer entre les fibres ligamenteuses, de prendre la place des sels. Au bout de ce temps, c’est-àdire trente-six à quarante jours après le commencement de l’opération, lavez l’articulation dans une lessive peu concentrée de carbonate de soude (une once pour deux livres d’eau), après quoi vous la faites sécher.

» Par ce procédé , que l’on peut modifier de plusieurs manières , on obtient des ligaments parfaitement souples, d’une couleur terne, grisâtre, assez semblables à de la peau chamoisée, très-résistants et permettant de faire exécuter aux articulations leurs mouvements or« dinaires.

»J’ai préparé de cette manière les articulations de 1 épaulé, du genou, des doigts, de la colonne vertébrale. J’ai repris mes expériences, dans l’intention d’obtenir un procédé plus expéditif.

* On peut encore conserver les articulations parfaitement souples, en les tenant plongées dans un mélange de parties égales d’huile d’olive cl d’essence de térébenthine.

» 2°. Tissu osseux. Les dillérentes préparations qu’on fait subir aux os pour les conserver sont la macération ou l’ébullition, puis le blanchiment.

» Macération. Lorsqu’on veut obtenir des os bien blancs, il faut choisir, autant que possible, un cadavre maigre ou infiltré, provenant d’un individu de trente à quarante- cinq ans, ou environ, mort d’une maladie chronique qui n’a point altéré la structure des os. Les cadavres des phthisiques sont les plus propres à ce genre de préparation. Le sujet étant choisi, on le décharné grossièrement en prenant garde d’enlever le périoste; on détache le sternum en coupant les cartilages de prolongement des côtes, précisément à l’endroit où ils s’insèrent à ces os ; on sépare les membres du tronc, afin que ces diverses parties puissent «être placées plus commodément dans un grand baquet qu’on remplit d’eau de fontaine, et qu’on dispose dans un lieu où les émanations putrides qui doivent s’échapper 11e puissent

avoir aucun inconvénient; il faut avoir soin de tenir les os constamment immergés; changer l’eau tous les quatre ou cinq jours dans le commencement, et à des intervalles plus éloignés vers la fin de la macération.

» L’anatomiste doit surveiller ses macérations; et ce n’est qu’à l’époque où toutes les parties fibreuses se séparent facilement des os, où les fibro-carlilages inter-vertébraux, les ligaments jaunes, s’isolent aisément des vertèbres, qu’il doit retirer le squelette du baquet et le nettoyer. Pour cela, il rassemble avec soin toutes les pièces et les met dans de l’eau propre ; il les nettoie en enlevant avec un fort scalpel les parties fibreuses qui peuvent encore y adhérer, et en les frottant sous l’eau avec une brosse trèsrude, il les place sur une grosse toile pour les faire sécher.

» Ebullition. Assez souvent l’on fait usage de l’eau bouillante pour préparer les os du squelette. Après les avoir grossièrement séparés des parties molles , on les place dans une chaudière remplie d’eau , et on les soumet à l’ébullition pendant six ou dix heures, suivant les sujets. On active l’action de l’eau et on dépouille plus exactement les os de leurs parties fibreuses

et de leur graisse, en mettant dans la chaudière, une heure avant la fin de l’opération, de la potasse ou de la soude du commerce (souscarbonate de polasse et de soude) , une livre pour quatre-vingts à cent pintes de liquide. Après avoir enlevé avec soin la graisse qui nage à la surface de l’eau, on retire les os, on les plonge dans une nouvelle lessive alcaline, tiède et très-légère ; on les nettoie avec soin, comme dans le cas précédent ; on sépare exactement des surfaces articulaires les cartilages gonflés et ramollis qui leur restent assez adhérents : les os étant propres , on les lave à plusieurs eaux avant de les faire sécher.

» En employant l’ébullition, on a l’avantage de préparer plus promptement les os, et d’une manière moins insalubre que par la macération. Cependant ce mode de préparation a des inconvénients : i° les os qui ont bouilli deviennent en général moins blancs que ceux qui ont macéré ; le sang coagulé dans leurs pores leur laisse une teinte brune qu’il est souvent impossible de faire disparaître ; a0 ils retiennent ordinairement une plus grande quantité de suc médullaire, qui ne tarde pas à leur donner, en rancissant, une couleur jaune et une odeur

fort désagréable; 5° l’ébullition n’est point applicable aux os des jeunes sujets , dont les épiphyses ne sont point encore soudées; elle agit sur leur tissu gélatineux, et dépouille en partie les os courts et les extrémités des os longs de la lame compacte qui les envelopper. Ce dernier inconvénient se manifeste même sur les os des adultes.

a De la déalbation ou blanchiment des os. Pour obtenir parfaitement blancs des os qu’on a fait macérer, on peut employer plusieurs procédés : i° le meilleur consiste à les soumettre sur un pré à l’action réunie de l’air, du soleil et de la rosée, comme cela se pratique pour la déalbation de la toile , de la cire , etc. ; on a soin de les retourner tous les quinze jours , afin qu’ils blanchissent d’une manière égale; deux ou trois mois d’une semblable exposition suffisent, surtout au printemps , pour leur donner une blancheur éclatante ; 2° on expose les os à l’action du chlore, soit liquide, soit gazeux. Dans le premier cas , on les plonge deux ou trois fois par jour dans une lessive qui tient du chlore en dissolution , et on répète ces manœuvres pendant dix ou douze jours; dans le second, il faut les tremper dans l’eau, les placer sur

mie claie, et les couvrir avec une toile serrée ou du taffetas gommé; on les expose alors audessus d’une terrine dans laquelle on a mis, en proportions convenables , du muriatede soude, de l’oxyde de manganèse et de l’acide sulfurique : on chauffe légèrement ce mélange de temps à autre; 5° au lieu du chlore gazeux, on peut employer avec avantage l’acide sulfureux en vapeur, comme on le fait dans les arts pour le blanchiment de la laine, de la soie, etc. ; on fait brûler lentement du soufre au-dessous de la claie, sur laquelle on a placé les os humectés; 4° h' s lessives alcalines peuvent encore être mises en usage pour la déalbation des os; cependant elles ne m’ont pas paru aussi avantageuses que les moyens précédents. »

3°. Tissu cutané. Dépouillé de la graisse , du tissu cellulaire sous-jacent et exposé à l’air, ce tissu tend à se dessécher. La peau humaine peut se préparer à l’aide de plusieurs procédés qui ont de l’analogie avec ceux des tanneurs et des hongroyeurs. On recommande donc une lessive composée de deux livres de sel commun , de quatre onces de sulfate de fer et de huit onces d’alun fondues dans trois pintes d’eau . presque bouillante ; la peau , dépouillée

de sa graisse, est plongée dans cette dissolution, agitée pendant une demi-heure et macérée pendant un jour ou deux dans ce liquide; on renouvelle plusieurs fois la lessive , puis la peau est retirée du bain et séchée à l’ombre.

» 4°. Tissu cellulaire. Les auteurs ont employé successivement la dessiccation , l’insufflation , les liqueurs tannantes et l’alcool pour préparer le tissu cellulaire ; cependant la méthode donnée par eux comme préférable est la conservation dans une solution aqueuse de nitrate d’alumine, dans laquelle on ajoute une petite quantité d’esprit-de-vin.

5°. Tissu synovial et tissu séreux . Le premier est d’une conservation beaucoup plus facile que l’autre; une dissection exacte, l’expulsion de la liqueur synoviale, le tamponnement et la dessiccation sont les moyens usités ; l’opération se termine par l’application d’un vernis conservateur. La même pratique est appliquée au tissu séreux , mais avec moins de succès : son voisinage d’organes éminemment putrescibles, tels que le cerveau, les poumons, le foie, rendent pour lui la dissolution plus imminente , plus difficile à prévenir.

6°, Encéphale , moelle épinière , nerfs, Nous

avons déjà parlé de la propriété que possède l’acide nitrique de donner de la consistance aux nerfs , sans leur faire rien perdre de leur blancheur nacrée. Les anatomistes se servent ordinairement, pour la conservation de tout le système nerveux, d’une solution alcoolique de sublimé corrosif. Après vingt ou trente jours d’immersion dans le bain , ces organes sont retirés et mis à sécher. On vante encore , comme donnant une densité remarquable à la masse encéphalique , une dissolution de sucre dans l’eau-de-vie: c’est une méthode recommandée par Lobstein , chef des travaux anatomiques à la Faculté de Strasbourg.

70. Vaisseaux artériels, veineux et lymphatiques. Les détails si intéressants que nous a fournis la brochure de M. Duméril à l’occasion des injections, nous dispensent d’entrer ici dans de grands développements; les vaisseaux préparés et injectés , comme nous l’avons vu, sont desséchés ou conservés dans des liqueurs alcooliques.

Lorsqu’il s’agit de préparer les vaisseaux des os , il est quelques soins que l’on doit prendre pour rendre leur trajet visible à travers la trame osseuse. Après avoir rempli les vaisseaux d’une

( ri? )

injection colorée, on plonge la pièce clans lin acide minéral affaibli , qui , en dissolvant le phosphate calcaire , laisse les vaisseaux en position et facilement visibles à travers la partie gélatineuse cle l’os.

En faisant dessécher lentement et à l’ombre ce corps muqueux, il acquerra la transparence nécessaire pour manifester dans ses tranches imbibées d’huile volatile et vernies, la distribution des vaisseaux qui les pénètrent. On peut conserver ces pièces dans une collection , soit à l’air libre , après les avoir plongées dans une dissolution alcoolique d’un savon arséniqueux qui sèche promptement sans blanchir, et sur lequel le vernis à l’essence prend très-bien ; ou, si la pièce est d’un petit volume, on la suspend dans une huile volatile que contient un bocal qu’on lute avec soin : dans ce dernier cas, il faut que l’injection ait été faite avec la gélatine, et non avec des corps gras.

8°. T issu musculaire. Le procédé de Swan, ou mieux les découvertes de Chaussicr , donnent le moyen de conserver les muscles par la dessiccation. Cependant il est un autre moyen consigné dans les auteurs ; après avoir préparé les vaisseaux et les muscles, on plonge la pièce

dans un mélange d’alcool, de lavande et d’essence de térébenthine; on le laisse pendant plusieurs jours dans celte liqueur, puis on l’expose à l’air sec et chaud. Lorsque la dessiccation est opérée, une couche de vernis est appliquée sur la pièce.

90. La conservation d’organes particuliers, tels que le cœur , le poumon , Y œil , etc. , diffère peu de celle des organes dont nous venons de faire mention; toujours ils sont ou desséchés, ou déposés dans un bain d’alcool. Les voies lacrymales , dit M. Breschet dans son excellente thèse sur la conservation des pièces anatomiques (Paris, 1819) , les voies lacrymales sont moins aisées à conserver; cependant le sac lacrymal , le canal nasal , les points et les conduits lacrymaux offrent plus de difficulté dans leur préparation que dans leur conservation , qui peut se faire dans des liqueurs, ou par la dessiccation. La glande lacrymale et ses canaux excréteurs ne peuvent être vus que sur des pièces plongées dans l’esprit-de-vin. Voici, pour terminer, quelques passages du même travail, sur les moyens de conserver l’embryon et les enveloppes (lu f'œlus.

H est utile de conserver des embryons et des

fœtus aux diverses époques de la gestation, pour étudier le développement successif de chaque organe.

L’œuf, considéré aux diverses époques de la grossesse, ne peut être conservé que dans l’alcool peu concentré, alin qu’il ne racornisse pas les membranes. Un kirsch wasser, dans lequel on fait dissoudre du nitrate d’alumine, forme une liqueur limpide , dans laquelle l’œuf se conserve sans aucune altération. On peut, pour démontrer le développement des organes, injecter plusieurs parties ; ainsi , dans les premiers temps, le pédicule de la vésicule ombilicale admet le mercure, qu’on y porte avec une petite seringue de verre, dont le tube est filé à lalampe : cette injection doit être faite du côté de la vésicule , et quelquefois on voit le métal passer jusque dans l’intestin.

Les vaisseaux omplialo-mésentériques doivent aussi être injectés. L’ouraque sera ouvert, et l’on démontrera sa communication avec la vessie, d’unepart, et avec l’allantoïde, de l’autre. Toutes ces parties seront tenues écartées les unes des autres , et attachées avec de petites épingles sur un plateau de cire.

Dans le fœtus, près du terme de la gestation,

on injecte les vaisseaux par lesquels il setablit une communication entre lui et la mère.

Les os d’embryon , après avoir été injectés , seront plongés dans de l’huile de térébenthine, sans qu’il soit nécessaire de les mettre auparavant dans un acide affaibli.

Quantaux enveloppes du fœtus et au placenta qu’on veut conserver après un accouchement à terme , on pousse d’abord une injection colorée différemment dans les artères ombilicales et dans la veine du même nom. Cette injection ne doit pas être trop délicate , ou poussée avec beaucoup de force, car alors elle passe de l’un des vaisseaux dans l’autre. On laisse tremper pendant quelque temps ces deux parties dans une eau alumineuse , ou mieux dans une solution alcoolique de sublimé, puis on place une vessie de cochon dans la cavité des membranes ; on insuffle la vessie , et les parties ainsi disposées sont exposées à l’air pour obtenir la dessiccation : alors la vessie est retirée. On peut conserver de la sorte des membranes avec le placenta, en plaçant la face utérine de celui-ci tantôt en dedans , tantôt en dehors de la cavité des membranes. Ces mêmes parties peuvent être conservées dans des li-

queurs; enfin quelques personnes se servent de la méthode de corrosion pour préparer et conserver le placenta.

Il est inutile de placer ici de nouvelles observations ; celles qui ont été présentées à l’occasion des moyens de conservation considérés en général , conviennent à leur application. On verra dans le chapitre suivant les moyens que nous proposons de leur substituer, comme méritant la préférence.

w%vwwvwvvwWv\\uv\vuvwvw\uvw;vA\MW)vv\v\\vuvwvwu\wvwuvwvwvWkvwmvww)

Page 1