‹ Histoire des embaumements et de la préparation des pièces d'anatomie normale, d'anatomie pathologique et d'histoire naturelle, suivie de procédés nouveauxChapitre 20 sur 21 · AU · texte numérisé non relu

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5° Que le chlorure d’aluminium offre les mêmes avantages;

4° Que, pour la conservation des parties de cadavres qui n’ont pas été injectées, il est nécessaire de les immerger dans un mélange d’eau et d’acétate ou de chlorure marquant 5 à 6 degrés.

Mais cette partie du travail est renvoyée aux expériences qui vont être entreprises sur la conservation des pièces d’anatomie pathologique.

Messieurs , telle est la suite des expériences faites par M. Gannal, depuis le premier rapport provisoire qui vous fut présenté.

La commission a suivi avec attention les nouvelles expériences; les résultats obtenus lui ont démontré qu’on peut, au moyen des procédés indiqués par M. Gannal, conserver les cadavres destinés à la dissection , et prolonger leur conservation bien au-delà du terme que pourrait exiger le travail le plus minutieux.

Comme nous l’avons indiqué, les sels solubles à base d’alumine offrent ce moyen conservateur sans aucun danger dans leur emploi; on peut aussi se les procurer à bas prix.

Leur propriété anti-septique est fondée sur leur action chimique, qui modifie les subs tan-

ces animales, soit en leur enlevant l’eau de composition qui en détermine la putréfaction, soit en s’opposant à son action immédiate.

C’est donc une justice à rendre à M. Cannai quede considérer son travail comme un service important rendu à la science, à l’humanité, et qui pourra être d’une grande utilité pour les explorations anatomiques de ia médecine légale.

En conséquence , votre commission a l’honneur de vous proposer l’envoi du présent rapport : i°au ministre de l’instruction publique, comme objet de perfectionnement pour les travaux anatomiques, et pour réclamer la continuation de ses bonnes dispositions à donner de la suite aux expériences de conservation des pièces d’anatomie pathologique;

2° Au ministre du commerce et des travaux publics, comme objet de salubrité publique.

Sur la demande d’un membre de l’Académie, le renvoi du présent rapport à la commission de publication est décidé à l’unanimité.

Ont signé : MM. Guéneau de Müssy, Sanson, Breschet, Roux, Dut, rapporteur.

Certifié conforme . Le secrétaire perpétuel de l’Académie de Médecine. Signé , Pariset.

Réflexions. Le mélange de sulfate acide d’aiumino et de potasse, de nitrate de potasse et de chlorure de sodium m’avait fourni d’abord quelques bons résultats. Mais lorsque de nouvelles expériences furent tentées à une température au-dessus de io° centigrades, ce liquide, que je n’employais qu’en bain, ne répondit pas à mon attente. Alors j’essayai d’injecter avec cette dissolution concentrée les cadavres plongés ensuite dans un bain de même nature. La conservation fut ainsi rendue plus durable ; mais elle ne put encore balancer les influences d’une atmosphère très-chaude et très-humide, long-temps prolongées.

J’observai qn’après vingt-quatre heures d’immersion des cadavres dans le bain , toute l’alumine avait été absorbée : ce fait, bien constaté , fut pour moi un trait de lumière.

Puisque la conservation s’opère par la combinaison de la géline avec l’alumine, me dis-je alors, et que l’alumine fournie par le sulfate acide ne donne pas assez de 1 élément conservateur, recourons a des sels d'alun plus riches en alumine et plus solubles dans l’eau,

Voici les données dans lesquelles je merenfermui : Trouver un sel d’alumine qui conserve

bien les cadavres , et qui puisse , par la modicité de son prix, être employé en grand dans les amphithéâtres. J’abandonnai mes essais sur le nitrate d’alumine, parce qu’il sortait de mes données par son prix élevé. Le chlorure d’aluminium, que j’expérimentai, dut être abandonné de même : i° parce que , eu égard à son excessive affinité pour l’eau , il dessèche instantanément la membrane interne des artères , y produit ainsi une oblitération , et rend impossible la fîu de l’injection ; 2° parce que , si l’on est parvenu à pratiquer l’injection, en la faisant précéder d’un peu d’essence de térébenthine , l’acide hydrochiorique contenu dans les chairs altère les instruments et empêche la dissection. D’ailleurs le chlorure d’aluminium, comme tous les chlorures solubles, est un mauvais agent de dessiccation; car il est hygrométrique.

L’acétate d’alumine conserve bien les matières animales, comme on a pu le voir dans l’observation que j’ai citée à la lin du chapitre précédent. Mais il coûte cher, et pour ce motif il ne peut être employé dans les amphithéâtres.

J’ai donc dû rechercher un moyen plus éco-

nomique; je l’ai trouvé dans le sulfate simple d’alumine. Ce sel peu connu, auquel personne ne pensait avant moi , est d’une préparation simple et d’un prix modique.

Un kilogramme de ce sel coûtant un franc au plus, dissous dans deux litres d’eau, suffit en hiver pour conserver par injection un cadavre frais pendant trois mois. Il n’est même pas nécessaire, pour conserver un cadavre pendant lin mois ou six semaines, de faire pénétrer l’injection par les systèmes artériel ou veineux ; un lavement d’un litre par l’anus, un autre par la bouche, suffisent pour cette conservation limitée. Ce procédé est appliqué à Clamart pour la totalité des cadavres destinés à la dissection. La puissance conservatrice de ce sel sera facile à comprendre , si l’on rapproche son analyse de celle du sulfate double donnée précédemment :

î oo parties de sulfate simple d’alumine sont formées d’alumine 3o , cl ’ acide sulfurique yo. Ce sel bien préparé , exempt de fer, contient ordinairement de 56 à 4o pour 100 d’eau.

Yoici une table des différentes densités de ce sel, selon la quantité d’eau dans laquelle il est mis en dissolution.

In kilogramme dissous dans 5oo grammes

d’eau donne un li Ire de liquide qui marque 5a° à l’aréomètre de Baumé.

Cette même quantité dans un litre d’eau marque 20°.

Dans deux litres 1 70.

Dans trois litres 1 i°.

Dans quatre litres 8°.

Dans cinq litres 6°.

Cette table est importante , parce quelle donne la composition de différents liquides dont nous verrons l’application.

Le liquide d’injection, dont nous avons indiqué la préparation et la quantité , est suffisant pour l’hiver et les températures moyennes ; mais lorsque la chaleur dépassé au0, elle doit être plus abondante ou la solution plus concentrée.

H est aussi nécessaire, lorsqu’il s’agit de conserver un cadavre pendant un temps plus long, de neutraliser l’acide sulfurique; 011 l’enlève par une addition d’acétate de plomb. 260 grammes de ce sel pour un kilogramme de sulfate sec produisent l’elfet désiré. — Si la conservation devait être indéliniment prolongée , l’emploi de l’acétate de plomb finirait , à la longue, par teindre l’épiderme en noir. Lu

Gffot ’ COmme n est impossible de faire disparaître la totalité du plomb , la faible quantité

G Ce sel restée dans le liquide se trouve alors décomposée par l’acide hydrosulfurique que c egage le cadavre, ou même par le soufre qu’il contient, et le sel de plomb est changé en un

sulfure, poudre noire, insoluble, donnant aux cadavres tout l’aspect extérieur des nègres.

Je conserve dans ma collection un enfant traite d après cette méthode: sa peau, après un an, s’est noircie, non de cette couleur qu on observe sur les matières animales en dessiccation , mais de la plus belle couleur de negre qu’il soit possible de voir.

Je m’arrête à ces détails ; car les faits de conservation prolongée dont nous venons de parler sortent déjà des besoins de l’anatomiste ; et, avant de passer à d’autres considérations’, il est bon d’épuiser tout ce que nous avons à faire connaître sur mes procédés de conservation appliqués dans les amphithéâtres aux sujets qui doivent être disséqués : la conservation de ces sujets , on le sait , serait prolongée sans aucun avantage au-delà de deux à trois mois dans toutes les saisons.

Je terminerai donc ce qui est relatif à cette

première partie de mon travail, par le rapport de la eommission des membres de l’Institut.

Us ont jugé que le résultat de mes recherches était de haute utilité, et qu’il méritait l’encouragement du grand prix Monthyon, fondé pour la découverte qui porterait remède à l’insalubrité d’un art ou d’une profession.

Yoici ce rapport.

Sur lu conservation des cadavres , par M. Gannae.

L’Académie sait fort bien, car elle a voulu qu’un encouragement fût accordé à l’auteur, que M. Gannal a fait de nombreux essais pour la conservation dès cadavres, soit dans le but d’assainir les amphithéâtres de dissection, soit dans celui d’obtenir un moyen d’embaumement à la fois économique et assuré.

En ce qui concerne l’embaumement des cadavres , chacun conçoit qu’avant d’émel^rc un avis, ii serait indispensable de prolonger les épreuves pendant plusieurs années , ce qui n’a pas encore eu lieu pour le procédé dont il s’agit. D’ailleurs, comme cette industrie demeurerait en dehors des attributions de votre commission des arts insalubres, lors même quelle serait parvenue à se perfectionner, nous n’a-

nous voulu 1 examiner qu’à tilrede renseignement. Le jugement que nous allons porter doit donc être considéré comme s’appliquant exclusivement aux procédés concernant les amphithéâtres de dissection.

ÏXans ce dernier cas, les expériences étant bien moins longues , on a pu les varier et les multiplier suffisamment pour qu’il soit bien démontré que l’on possède actuellement un procède capable de conserver les cadavres pendant tout le temps que les dissections les plus minutieuses peuvent exiger.

te procédé est d’une exécution facile; il est économique; il repose sur l’emploi de matières qui n’ont rien de vénéneux. En effet, après divers essais et tâtonnements, l’auteur s’est arrêté cà la méthode suivante: il injecte un sel alumineux, dissous dans l’eau, par lune des carotides; quelques litres de liqueur suffisent , et le cadavre abandonné cà l’air libre s’y conserve longtemps sans putréfaction; quelquefois même il finirait par s’y dessécher et par s’y momifier.

L’auteur s’cst servi d’acétate d’alumine préparé par l’acétate de plomb et le sulfate d’alumine et de potasse. Cet acétate d’alumine, employé au litre de i8« de l’aréomètre de Baume,

cl à la dose de cinq à six litres, suffît pour conserver un cadavre pendant cinq à six mois.

11 a fait également usage de sulfate simple d’alumine pour se procurer l’acétate de cette base. Avec 1 kilogramme de sulfate simple d’alumine en masse , afio grains d’acétate de plomb et 2 litres d’eau, on obtient la dose de mélange nécessaire pour conserver un cadavre pendant quatre mois.

L’auteur indique même l’emploi du sulfate simple d’alumine tout si ul, qui, à la dose d’un kilogramme de sel concret pour quatre litres d’eau, suffirait pour conserver un cadavre pendant deux mois.

Par l’emploi de ces procédés, on peut compter que les cadavres se conserveront sans odeur pendant vingt jours, un mois , six semaines , plus ou moins, sejon les circonstances de température, l’état du cadavre, et la quantité de liqueur que l’injection a réellement fait pénétrer dans les vaisseaux.

Votre commission s’en est assurée par ellemême en examinant des cadavres préparés par M. Ganual ; mais elle n’a pas voulu s’en rapporter à sa propre expérience, et, alin d’obtenir une pleine conviction sur l’utilité pratique du

]u océcîé , elle a voulu consulter les personnes «pii s occupent habituellement de dissection, heur opinion a été unanime.

Parmi les expériences ou les applications dont le procédé de M. Gannal a été l’objet, nous placerons au premier rang la série défaits observés par notre honorableconfrèreM. Serres. ^ oici les détails qu il nous a transmis cà ce sujet:

« Au mois de juin i856 , on a injecté dans » 1 amphithéâtre des hôpitaux le cadavre d’un » homme âgé de vingt-deux ans. Abandonné â » 1 air libre dans un cabinet exposé au midi , et » sur une table de bois, il s’est conservé jus- » qu’au mois de septembre , et il a fini par se » momifier.

» Au mois de juillet , on a injecté huit cadavres qui ont pu servir aux dissections, chacun «pendant quinze jours.

» Aux mois d’aout et de septembre , on a in- »jocté soixante cadavres, qui, l’un dans l’au- » tre, se sont conservés pendant vingt jours.

* De ces expériences, ajoute M. Serres, il ré- » suite que le liquide fourni par M. Gannal con- » serve les cadavres de manière :

» 1 A permettre leur dissection pendant » 1 été , chose que Ion n avait pu faire jusqu’à

» présent à l’Ecole anatomique des hôpitaux;

» 2° A permettre de donner à renseignement » de la médecine opératoire un développement «que jusqu’alors elle n’avait eu nulle part; «car, au mois d’août et de septembre, nous «avons pu conserver, comme au milieu de l’hi- » ver, trente cadavres à la fois sur les tables , et «faire répéter à soixante-dix élèves toutes les «opérations , en suivant une marche régulière «et jusqu’alors impossible. »

A celte série d’observations déjà si décisives, nous ajouterons les renseignements qui nous ont été fournis par divers anatomistes bien connus dans la science.

Ainsi, M. Dubreuil, l’honorable doyen delà faculté de médecine de Montpellier , s’est empressé, dans l’intérêt des études anatomiques, de faire les essais convenables pour s’assurer de l’eflicaci té du procédé dont il s’agit. Au printemps de l’année dernière , le premier cadavre sur lequel il a opéré s’est conservé pendant quarante et un jours, et l’on a mis fin à l’essai sans que rien annonçât la putréfaction. Sur un second cadavre , le résultat fut le même , bien qu’on l’eût choisi dans les conditions les plus défavorables.

M. Bourgery, qui s’occupe , comme on sait, de la publication d’un grand ouvrage d’anatomie, déclare que ce procédé a fort bien réussi entre ses mains, et qu’il lui a été fort utile. En été il a injecté deux cadavres, qui se sont conservés pendant trois semaines; en hiver , il en a injecté un troisième , et celui-ci , bien qu’il fût placé dans un cabinet chauffé à i5 degrés, s y est conservé durant sept semaines.

M. Auzoux, qui a formé loin de Paris un établissement pour l’exécution de ses pièces d’anatomie artificielle , employé le procédé de M. Gannal pour mettre sous les yeux de ses ouvriers les préparations qu’ils doivent reproduire. Ce procédé lui a rendu de grands services.

MM. Velpeau, Amussat, qui ont eu l’occasion de le mettre à l’épreuve, s’en sont également bien trouvés.

A otre commission était éclairée d’ailleurs par un rapport fait à l’Académie de Médecine , qui renferme des détails circonstanciés sur les essais successifs par lesquels M. Gannal a dû passer avant d’arriver à la méthode simple et facile qu’il employé aujourd’hui.

D après l’ensemble des renseignements qu elle

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a recueillis , votre commission se croit fondée à dire que le procédé de M. Gannal, tel qu’il est, peut rendre de très-grands services aux études anatomiques ; qu’il les dépouille , en grande partie, de ce qu’elles ont de renoussant , et qu’il leur ôte presque entièrement , peut-être, ce qu’elles peuvent avoir d’insalubre.

On vient de voir que M. Bourgery , M. Auzoux , et en général les personnes qui se livrent à des recherches suivies d’anatomie , employent ce procédé, et qu’elles s’en trouvent bien. Nous aurions désiré qu’il eût été adopté dans quelque grand amphithéâtre d’anatomie, et que son emploi y eût subi toutes les chances d’une grande pratique. II paraît que la dépense nouvelle que son application occasionnerait s’est opposée jusqu’ici à son adoption dans ce genre d’établissement.

Cependant il est incontestable que l’emploi des injections de M. Gannal dépouille les cadavres de toute odeur putride, et l’on peut espérer qu’il diminuerait ou ferait cesser les accidents funestes qui surviennent assez souvent aux anatomistes qui ont le malheur de se blesser en disséquant. Ceci n’est encore qu’une

présomption ; une expérience en grand peut seule prononcer.

Aotre commission pense donc qu’il y a lieu de recommander l’adoption de ce procédé dans les amphithéâtres de dissection, encore bien qu'il doive occasionner un *rès-léger accroissement de dépense. Combien cette considération est faible, quand il s’agit, en effet, de rendre les études anatomiques plus faciles, plus saines; quand il s’agit de les rendre plus fructueuses, puisque chaque cadavre pourra servir à un bien plus grand nombre d’élèves, et que ceux-ci, travaillant sans dégoût ni répugnance, conserveront bien mieux le libre exercice de leurs facultés !

Tout bien compté, la dépense, déjà trèsfaible, et qui le deviendra bien plus encore par la suite, cette dépense se convertit doncenune véritable économie, si l’on veut calculer, par exemple, ce que coûte l’éducation anatomique d’un élève. A l’aide du nouveau procédé, il faudra moins de sujets pour le même nombre d’élèves, ou bien, avec le même nombre de cadavres, on fera l’éducation d’un beaucoup plus grand nombre d’élèves.

Ces considérations ont frappé votre commis-

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sion; elle a pensé que le procédé qui nous occupe était suffisamment éprouvé; qu’il pouvait être mis, des à présent, en pratique d’une manière habituelle dans les amphithéâtres de dissection; que, s’il n’en est pas déjà ainsi, cela tient évidemment à des circonstances administratives.

En conséquence, elle a l’honneur de vous proposer d’accorder à M. Gannal un prix de 8,000 francs.

Les membres de la commission avaient pensé qu’il convenait de recommander mon procédé dans les amphithéâtres de dissection : leur vœu est en partie accompli, puisque, par décision de l’administration centrale des hospices, les cadavres seront désormais soumis, dans les vastes salles de Clamai t, à l'une des injections dont j ai donné la composition.

Cette décision n’étonnera point ceux de nos lecteurs qui savent que M. Serres çst chargé de la direction des travaux anatomiques à Clamarl: çe savant, en eff et, auquel ses travaux assm rent un rang si distingué, e?t depuis long-temps connu par le zèle et le noble désintéressement qu’il met à propager toute découverte utile.

§ 2. Conservation des pièces d’ anatomie normale,

d'anatomie pathologique et d'histoire naturelle.

Gomme j’ai l’intention de publier ultérieurement un travail complet sur la conservation des pièces d’anatomie pathologique, et des objets d’histoire naturelle; que d’ailleurs les détails dans lesquels je pourrais entrer m’entraîneraient au-delà des limites qu’il me convient de donner à mon travail, je me contenterai de consigner ici quelques résultats obtenus depuis sept ans, et la composition des liquides qui les ont donnés.

i°. En i855, je pris la cuisse et tous les organes contenus daus la cavité abdominale d’un enfant venu à terme; je les traitai d’après les indications qui vont suivre, et aujourd’hui, mars 18/ji, je conserve ces pièces dans deux bocaux. On peut s’assurer qu’elles n’ont subi aucune altération, et qu’elles sont aussi propres à l’étude que lors de leur séparation du sujet.

20. En i85j, M. le docteur Béniquet avait à faire des travaux sur le cerveau; il se servit de mon liquide pour conserveries tètes entières, dont il avait besoin. Ses expériences finies, il me remit une tête qui lui restait; je la con-

serve dans mon cabinet. Il est impossible d’y reconnaître la trace la plus légère de décomposition putride, ni aucune altération produite par l’action de mon liquide.

5°. J’ai conservé intacte pendant trois mois une tête de barre ( poisson du genre silure ) pesant plusieurs livres ; celte tête a été livrée à la dissection.

4°. J’ai conservé des sangsues et d’autres vers pendant plusieurs années, sans m’apercevoir qu’ils eussent rien perdu des propriétés que le naturaliste a besoin de connaître.

5°. Même observation sur les différents organes des oiseaux et des mammifères : des têtes de faisans, plongées avec leurs plumes dans la liqueur conservatrice, après quinze jours de macération dans ce liquide présentent la couleur rouge qui environne l’œil , d’une nuance aussi vive qu’à l’instant de l’immersion.

Je pourrais multiplier ces exemples et reproduire ici plusieurs centaines d’essais aussi concluants, tentés dans le cours de mes expériences ; mais, connue il n’en pourrait résulter aucun avantage pour le lecteur, je m’arrête. D’ailleurs, l’emploi que le capitaine Dm ville fait de ma liqueur dans son voyage seientilique,

et les mille épreuves auxquelles elle se trouve chaque jour soumise de la part des hommes que l’élude des sciences naturelles porte à y recourir, seront la confirmation la plus fidèle et la plus sûre.

Enfin, je serai toujours heureux de recevoir les observations, les remarques et les critiques des personnes qui, dans un intérêt sientifique, auraient à me signaler une des circonstances qui peuvent modifier les applications. Plusieurs sans doute me sont échappées, et comme je désire par-dessus toute amener mes procédés au plus haut degré de perfection, je serais reconnaissant des secours qui pourraient me lairc atteindre le but. Voici la composition des liquides que j’employe pour la conservation des différentes pièces d’anatomie normale, d’anatomie pathologique etd’histoire naturelle.

i°. Une solution de sulfate simple d’alumine à fi degrés, c’est-à-dire la dissolution d'un kilogramme de ce sel dans six litres d’eau.

2°. La dissolution du sulfate simple dans de l’eau saturée d’acide arsénieux : — 5oo grammes d’arsenic pour [\o litres d’eau ; — 6 litres de celte dissolution pour un kilogramme de sulfate simple.

3°. De l’acétate d’alumine à 5 degrés saturé d’acide arsénieux (î ).

Il est inutile que je revienne ici sur la préparation des pièces sèches, j’en ai donné un exemple dans le chapitre septième; cependant,

(1) Usage. Je fais dégorger pendant quinze jours les pièces dans le piemier liquide ; au bout de ce temps, je les extrais pour les mettre dans un bain du second liquide. Elles peuvent y rester de trois à cinq mois ; enfin, retirées, elles sont placées dans le troisième liquide. C’est ainsi que je conserve . depuis trois ou quatre ans , des pièces que tout le monde peut venir visiter.

Dans l’origine, je conservais ainsi les pièces; mais ce liquide m’a présenté quelques inconvénients :

1°. 11 était ou devenait bientôt jaune et même brun ;

2°. Il se maintenait toujours à la surface,

3°. Il était susceptible de se geler pendant l’hiver, et de casser, par son expansion, les vases qui contiennent les préparations.

Après de nombreux essais, je me suis arrêté au mélange suivant, qui, je pense, oilYe tous les avantages qu’on peut désirer ; car le liquide est parfaitement incolore, il ne se noircit pas, et ne peut se geler;

1". J’injecte le cadavre avec le sulfate simple ou l’acétdte.

2°. Je lave bien la pièce dans de l’eau ordinaire, puis je Ja place dans le liquide à G degrés, et je la laisse pendant huit jours.

5". Au bout de ce temps, je relire la pièce , je la lave bien, puis je la plonge dans une solution de 100 grains de chlorure de sodium, 10 grammes de per-chlorure de mercure et 500 grammes d’eau.

Pour décolorer ce liquide, il suffit d’y verser un peu de noir animal lavé, puis de filtrer.

J’ai des préparations conservées de cette manière. Je les ai depuis quatre ans, et les pièces sont aussi fraîches, le liquide aussi blanc que le premier jour.

comme je n ai indiqué alors que l’injection d’acclale d alumine, sans ajouter aucune observation, un des résultats que j’ai obtenus par le sulfate simple, rapporté maintenant, sera une confirmation utile des préceptes que j’ai donnes plus haut. Des savants distingués ont fait 1 examen des vaisseaux et des grands viscères e un sujet injecté depuis six mois, et nous verrons combien était satisfaisant l’état des organes après un temps si long.

M. le professeur Dumas, traitant de l’acétate d’alumine dans le cours qu’il fait à l’École Poix U conique, fut amène a parler de l’application que j’avais tentée avec succès, de ce sel à la conservation des cadavres : il me pria de lui confier quelques pièces qu’il pût montrer aux élèves de l’École. Je m’empressai de lui en remettre plusieurs ; j’y ajoutai le premier cadavre que j’eusse injecté avec la dissolution de sulfate simple à 3o degrés; c était le corps d’un fœtus qui n’avait vécu que quinze jours. Injecté depuis six mois et abandonné cà l’air dans mon laboratoire, ce cadavre avait perdu envi-

ion la moitié de son eau de combinaison;

les pieds, les mains, les oreilles, étaient dessé-

chés ; — la face était couverte de byssus (il, niais aucune trace de décomposition ne faisait croire à une dissolution prochaine des organes.

Le lendemain du cours, M. le docteur Cazalis me demanda dans quel état devaient être les vaisseaux à cette époque de la conservation. — Le sujet, lui dis-je, est à votre disposition, et vous pouvez vous en assurer vous-même. — Alors il fit l’ouverture de la poitrine, plaça le siphon dans l’aorte, et une injection grasse d’environ 3oo grammes fut poussée dans le système artériel.

L’injection refroidie, le sujet fut ouvert; les intestins étaient dans un état de conservation remarquable, et l’injection les avait pénétrés, ainsi que le cerveau, qui fut trouvé à l’état normal. Enfin, l’artère brachiale, suivie dans ses divisions et ses subdivisions jusqu’à la paume de la main , a été vue injectée. Depuis cette époque, j’ai souvent montré ce sujet aux per-

(1) Ces productions à la surface des pièces sèches non recouvertes d’un vernis, n’amènent pas, il est vrai, la décomposition putride; mais elles les altèrent, et tendent à les détruire. J’avais senti toute la gravité de ce fait pour les embaumements; après de nombreux essais, je suis enfin parvenu à trouver le moyen d’en empêcher le développement.

sonnes qui visitent mon laboratoire ; il es: plongé dans le liquide conservateur, et je puis le soumettre à l’examen des anatomistes, pour lesquels les faits seuls ont de l’importance.

Des observations de la nature de celle-ci prouvent que j’ai donné aux anatomistes des moyens de conservation qui répondent largement à tous les besoins de la science ; et de plus , on doit remarquer que j’ai fait mes expériences dans les circonstances les moins favorables. En effet, pour l’essai de tous les moyens que je supposais doués de propriétés préservatrices , j’ai choisi , comme dans le cas précédent , des fœtus , sujets les plus disposés à tomber en dissolution, puisque chez eux la matière animale n’est pas encore entièrement formée , qu’ils renferment une quantité considérable d’eau de combi liaison , beaucoup de géline et fort peu de chair musculaire. Cette manière de procéder m’a dispensé d’une foule de tâtonnements et m’a mis à l’abri de toute déception. L’aspect des fœtus et la constitution intime de leurs tissus varie peu de l’un à l’autre ; mais la différence, bien faible pour ces sujets , est immense pour les hommes d’un âge avancé: le tempérament , l’idiosyncrasie,

qui se dessinent plus tard, établissent mille degrés, mille nuances dans la tendance à la décomposition, et le sujet dont les tissus cèdent le plus rapidement aux causes dissolvantes est à peine sur la ligne des enfants nouveau-nés. — Cette opinion , que je pourrais établir sur des faits si elle était contestée, me donne la conviction, indépendamment de mes expériences , que tout moyen propre à conserver les fœtus peut, à priori , être jugé un excellent procédé pour la conservation de tous les cadavres.

J’ai dans mon cabinet une douzaine de fœtus injectés à différentes époques avec l’acétate d’alumine ou le sulfate simple , les uns conservés dans le liquide , les autres abandonnés à l’air : on peut voir sur ces pièces les différentes phases , les transformations variées que le temps et les agents chimiques font subir aux matières animales. Quelques-uns de ces sujets , préparés depuis plusieurs années, sont aussi favorables aux études anatomiques que le lendemain de leur mort ; d’autres, soumis à l’action de l’air, se sont desséchés et offrent l’aspect de la momie des sables.

§ 3. Embaumements.

J’ai présenté une histoire des embaumements 00l»Pl‘te que j'ai pu; historien , j'ai recherche les sources les plus dignes de foi , je me su.s entouré de tous les documents ,1e quelque intérêt, je les ai fait entrer dans mon cadre selon les besoins du récit ; les observaitons, les cnttques sont venues à leur place, ou pour eclatrer ou pour redresser les connaissances et les opinions admises ; j'ai surtout fait tous mes efforts pour ne pas sortir de la donnée scientifique. Depuis la momie des sables jusqu à celle obtenue par le deuto-chlorurc de mercure, ces deux points extrêmes de ma tâche, c’est là l'idée qui a dirigé, qui a dominé exposition de mon sujet. Je ne m'en départirai pas pour faire connaître mon œmre; je lu abstiendrai de toute conjecture sur la durée des corps embaumés par mes procédés : ici encore |e n'aurai recours qu'aux faits et aux dé- ( notions qui s’en peuvent tirer naturellement.

e renvoie à la fin du sixième chapitre pour appréciation des avantages qui ressortent de mon procédé comparé à tous les autres, et je

reprends les faits où je les ai laissés dans le chapitre précédent.

L’acétate d’alumine et le sulfate simple doivent être choisis de préférence à toutes les substances éprouvées pour opérer la conservation des cadavres, et ces deux sels peuvent rendre aux anatomistes tous les services désirables ; mais i’étude de leur action doit être poussée plus loin pour le besoin de l’embaumeur.

Qu’arrive-t-il donc lorsque des corps ont été injectés avec l’un de ces deux sels? Ils restent exposés aux variations thermométriques et hygrométriques de l’air, et doivent subir une des transformations suivantes : ou bien, soumis à l’action d’un air sec et vif, ils se dessèchent rapidement, ou bien, conservés dans un endroit clos cl humide, ils s'affaissent, se noircissent et se couvrent de moisissure, sans d’ailleurs éprouver de fermentation putride; ils se décomposent. comme il arrive aux peaux et au cuir tanné renfermés dans un lieu humide ou sous la terre. Les transformations éprouvées parles cadavres ainsi préparés étaient un obstacle à l’application de mon procédé dans les embaumements.

11 me restait donc une dernière série cî’opé-

ra lions à leu lcr pour prévenir ces résultats fâcheux.

Il fallait trouver le moyen de conserver des cadavres toujours frais, avec l'apparence du sommeil, dans l'clat oit ils se trouvent immédiatement après ta mort.

Il fallait que la conservation fût indéfiniment prolongée j c'est-à-dire que /’ embaumement fût tel f/u il permît de conserver un mort dans toute son intégrité, sans mutilation , sans incisions, et autopsiable à volonté , à toutes les époques poss ib les.

Ai-je rempli ces conditions? Consultons les faits pour répondre.

Première observation. Au mois de février i856, sur la demande de M. le docteur Petitgard, j’ai embaumé le fils de Al. Dupré , arcîiilccle , demeurant rue de la Cerisaie, n° 1 5.

Cet enfant, âgé d’une douzaine d’années, fut enterré au cimetière du Père Lachaise. Durant la construction du monument que le père faisait élever, quelques amis lui inspirèrent des doutes sur l’elTicacité de mes moyens de conservation. Blessé dans scs affections, Al. Dupré conçut des soupçons; il en fit part à Al. le docteur Petitgard, en lui témoignant le désir cl’ob-

tenir l’exhumation du corps, pour s’assurer par ses propres yeux de l’état du cadavre. 11 me lit prévenir, mais de nombreuses occupations m’ayant empêché de me rendre immédiatement à sou invitation , il attribua mon retard à de l’hésitation, à la crainte que j’avais de voir démenties les promesses que j’avais laites aux parents, et même, il me l’a avoué depuis , il s’emporta , et s’exprima avec peu de réserve sur mon compte.

Enfin l’ouverture du cercueil ne fut faite qu’au mois de juillet 1807. Alors ce malheureux père , sentant toute sa douleur renaître à *■ la vue de son fils, qu’il retrouvait exactement

dans l’état où il était à l’instant de l’inhumation , fâché d’ailleurs de m’avoir méconnu, m’embrassa avec ell’usion et me donna tous les témoignages d’une vive reconnaissance.

Votre hésitation, me dit-il, m’avait fait craindre d’avoir été trompé ; dans cette persuasion, je suis certain de vous avoir nui dans l’esprit de plusieurs personnes; mais je réparerai le mal en disant la vérité! Voilà un premier fait qui sans doute paraîtra de quelque valeur. Celui qui suit n’est pas moins confluant.

M. le docteur Oudet, chirurgien-dentiste, décédé à Paris, rue Dauphine, fut embaumé le 6 mars 1 807 , d’après mon procédé ; son corps fut déposé dans un cercueil de chêne, sans garniture de plomb, et placé, ainsi renfermé, dans un terrain argileux et humide; trois mois après, l’exhumation fut faite en présence de M. Prunier, commissaire de police du quartier de l’Observatoire , et de M. le docteur Petit. Le corps fut trouvé dans un état si parfait de conservation , qu’il fut un sujet d’étonnement pour une vingtaine de personnes présentes à l’exhumation; toutes avouèrent que l’aspect du défunt était exactement celui d’un homme endormi. Procès-verbal fut dressé sur le lieu pour constater l’état du corps. Voici la copie de ce procès-verbal :

« Je soussigné , docteur en médecine de la Faculté de Paris, certifie que le 6 mars 1807, M. Gannal a embaumé , par son procédé , le corps de M. le docteur en médecine Oudet père, qui demeurait rue Dauphine , n° 24. Cette opération a été faite en ma présence, 11’a exigé d’autre ouverture que celle de l’artère carotide, et a été terminée en moins d’une demi-heure.

» Le 28 mai suivant, 1 exhumation du cadavre été faite en ma présence , celle de M. Prunier , commissaire de police du quartier du Luxembourg, des employés du cimetière et de quelques curieux. Le cadavre, qui avait séjourné trois mois dans la terre et dans une bière non garnie de plomb , était dans un état si parfait de conservation , que toutes les personnes présentes ont dit que l’on pouvait croire qu’il dormait.

» Signé, IïiproLYTE Petit. »

Troisième observation. Lecom lcd’Qrgonowski, embaumé par moi , fut expédié par le Havre pour Saint-Pétersbourg, puis par terre transporté à Moscou. Le corps, neuf mois après la mort, fut retiré du cercueil et exposé à l’église, où on lit les cérémonies funèbres comme si la mort l’avait frappé depuis vingt-quatre heures.

Parmi les nombreux embaumements faits depuis cette époque , il en est quelques-uns dont nous devons parler encore :

Le fils Peters, après avoir été enterré au cimetière du Sud, où il resta pendant trois mois, fut exhumé et expédié par mer à Bordeaux. A son arrivée , la caisse fut ouverte , et le cadavre excita l’admiration de tout le monde. Il en fut

do meme pour le fils dcM. le docteur Darisle, également expédié pour Bordeaux.

Un condamné, mort à Londres, a été embaumé par moi , et reste exposé aux regards du public depuis plus de deux ans; il conserve toute sa fraîcheur.

L’embaumement de monseigneur l’archevêque de Paris, celui de l’enfant de La Yilletle ; cent huit embaumements pratiqués en 184.0, et trente-huit dans les deux premiers mois de 1 84.1 , sont des preuves plus décisives que toutes les déclamations du monde.

La cession de mon brevet pour lin grand nombre de départements, pour Londres, l’empire russe, pour l’île Maurice, pour la Nouvelle-Orléans, l’îlc de Cuba, pour Nice et Constantinople, m’ont fait voir combien était apprécié partout le sentiment qui m’avait dirigé dans mes dernières recherches.

Je m’abstiendrai de mentionner plusieurs observations d’exhumation que j’ai demandées moi-même, parce qu’elles n’ont point le caractère d’authenticité nécessaire aux faits dont on veut tirer des conséquences scientifiques. D’ailleurs, il sera toujours facile, lorsqu’un corps savant ou l’autorité voudront s’assurer

de l'efficacité du moyen que j'employe, d’obtenir une exhumation et de constater letat des sujets ainsi préparés.

Je conserve dans mon cabinet le corps d’un enfant de dix ans, embaumé depuis plusieurs années; la figure de ce sujet, qui reste à découvert, n’a subi aucune altération; ses yeux ouverts donnent à sa physionomie l’expression de letonnement qu’on observe souvent au réveil.

Si de tels résultats peuvent offrir quelques consolations aux familles qui gémissent d’une perte douloureuse, j’aurai reçu ma récompense.

Paris, le 4 mai 1839.

Monsieur,

Ayant présidé à l’exhumation de madame Yanhove, mère de madame la comtesse de Chalot, veuve de notre illustre Talma, je crois, dans l’intérêt de la science, devoir vous en faire connaître les résultats. Cette exhumation, qui a été faite dimanche 14 avril 1^39, en présence de M. le comte de Chalot, de M Prunier-Quatiemère/commissairede police, de M. le docteur Désirabode le fils, et de plus de vingt autres personnes, parents, amis ou curieux, etc., a présenté les circonstances suivantes :

Le cadavre, qui n’exhalait aucune odeur, était étendu dans un simple cercueil de bois de chêne, dont le couvercle était écrasé par la terre ; la face, comme celle des momies égyptiennes, avait pris une couleur brun foncé; la bouche était entr’ouverte et imbibée d’un liquide onctueux et noirâtre ; le nez était un peu déformé à sa base, le front était couvert de moisissures qui étaient produites par l’humidité, puisqu’on les remarquait également sur les parois internes de la bière ; enfin la poitrine, le ventre et les membres, qui se trouvaient protégés par un linceul , des bandelettes de taffetas gommé et une épaisse couche de poudre de tan, non-seulement nous ont paru dans un état parfait de conservation, mais même avaient encore l’aspect, la couleur et la forme qu’ils offraient le jour de l’embaumement, c’est-a-dire un an avant l’exhumation.

Quoique je connusse déjà depuis long-temps la bonté de vos moyens conservateurs, je dois vous dire que j’ai été surpris du résultat que vous avez obtenu dans des circonstances aussi défavorables. En effet, au lieu d’être placé dans un caveau et dans un cercueil de plomb, comme cela se pratique après les embaumements, le cadavre avait été mis dans une bière de bois qui se trouvait en rapport immédiat avec la terre, et qui était par conséquent perméable de tous côtés àl’humidilé. Je me rappelle aussi que M . le comte de Chalot m’a dit que pour

l'embaumement de sa belle-mère, vous n'aviez employé que voire procède à minimâ, le plus simple et le moins coûteux.

Si, pour la médecine légale, l’anatomie pathologique et l’histoire naturelle, vos moyens conservateurs sont d’une utilité immense et incontestable, je crois qu’ils sont également très-précieux pour les familles qui veulent faire embaumer les cadavres des personnes qui leur sont chères.

Vous pouvez, monsieur, faire de ma lettre l’usage qu’il vous plaira ; je me trouverais heureux si sa publication contribuait à faire apprécier vos travaux comme ils le méritent, et à généraliser l’emploi de votre méthode d’embaumement , qui , sans contredit, est aujourd’hui la meilleure, la plus prompte et surtout la plus économique.

Agréez, monsieur, l’assurance de ma parfaite considération,

Votre trés-dévoué serviteur,

CGLOMBA.T, de l’Isère,

Docteur en médecine et Médecin fondateur et directeur de l’Institut Orthophonique de Paris, pour le traitement du bégaiement et de tous les vices de la parole. Itue du Cherche-Midi, 91.

Versailles, le 19 octobre 1839.

Monsieur,

Je crois devoir vous communiquer un fait qui démontre toute la bonté de vos procédés d’embaumement. Vous vous rappelez que le 29 mai 1838 vous procédâtes, devant moi et M. le docteur INoble, à l’embaumement de madame la marquise de ***. Le corps, qui avait été placé dans un simple cercueil en chêne, fut ainsi déposé en pleine terre dans le cimetière de la paroisse Saint-Louis de Versailles. Mais les enfants de cette dame, désirant renfermer ses restes dans un monument qui avait été construit depuis cette époque, le 27 mai 1S39, c’est-à-dire un an ai rès, on procéda à l’exhumation ; la terre dans laquelle se trou-

vait le corps était un mélange de sable et de terre végétale ; le cercueil était intact à la partie supérieure, mais sur les côtés et à la partie inférieure, il était en partie détruit ; l’intérieur était parfaitement intact, et le corps était si bien conservé qu’il excita la surprise de toutes les personnes qui assistaient à cette exhumation. 11 fut ensuite replacé dans un autre cercueil en chêne, dont l’intérieur était garni en plomb, et déposé dans le caveau en pierre qui lui avait été préparé.

11 me semble qu’il est impossible, après un fait aussi remarquable, de ne pas croire à la supériorité de vos procédés sur ceux employés jusqu’à ce jour.

Recevez, mon cher monsieur Gànnal, l’assurance de ma parfaite considération.

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