‹ Histoire des enseignes d'hôtelleries: d'auberges et de cabaretsChapitre 10 sur 112 · PAR LE CONSEIL DE VILLE · texte numérisé non relu

PAR LE CONSEIL DE VILLE

Le compte relatif à ce défrayement, compte rendu en 1431, a été conserva, en voici la teneur :

« A Alix vefve teu Raulin Horiau, hostesse de TAsne royé, pour despense faite en son hostel par le père de Jehanne la Pucelle, qui estoit en la compagnie du Roy, quand il fut sacré, en ceste ville de Reims, ordonné estré payé des deniers communs de ladite ville, la somme de vingt-quatre livres parisis, comme il appert plus à plain par le mandement du Lieutenant, donné le 18"^* jour du mois de septembre, Tan 1429, et par quittance de ladite Alis; écrite au dos d'îceluy mandement. •

Comme le sou parisis valait au moins un franc de notre monnaie, il résulte de la note ci-dessus que la dépense des parents de l'héroKne de Vaucouleurs s'éleva à 500 francs environ.

A la fin du dix-septième siècle, un chapelier de Paris avait encore VAne Bayé pour enseigne. Le zèbre continuait d'être si peu connu i cette époque que le célèbre voyageur Dampier, dont les relations parurent en 1699, dit, en parlant du cap de Bonne-Espérance : « Il y a

d'une espèce de fort beaux ânes curieusement bigarrez de bandes égales blanches et noires. J'en ai vu deux peaux sèches et qu'on gardoit pour envoyer en Hollande comme une rareté. >

La vieille Genève possédait l'enseigne de l'AsNE et même celle de T Asne CHABaÉ ET CELUI QUI LE MÈNE^ dont l'image, malheureusement perdue, devait présenter quelque mordant brocard. Nous avons retrouvé le Mulet chabgê en 1777. L'Ane Gbib offrait une de ces pensées à double face, très-prisées dans la composition des vieilles enseignes.

Celle-ci se retrouvait en plusieurs lieux.

Une singulière historiette a immortalisé celle qui était appendue devant une auberge de Maestricht, dont l'hôte, ayant logé Joseph n, obtint de lui de prendre désormais pour enseigne la représentation équestre et le nom du souverain.

Bientôt un concurrent s'éleva sous l'enseigne dédaignée de VAne Gris et attira toute la clientèle fidèle à la vieille image. Furieux, l'ancien propriétaire, voulant rappeler son monde, fait venir un peintre : efface, lui dit-il, ce qu'il y a sous ce tableau , mais ne touche pas à la figure, elle m'a coûté cher et j'y tiens, ôte seulement : A l'Empebsue Joseph n, et mets à la place : Au vâBiTABLE Ake Gbib. Naguère encore, on voyait à Maestricht cette figure de l'empereur se pré-

lassant à cheval au-dessus de l'inscription : Au véritable Ane Oris.

Dans son Hermite en province^ Jouy raconte qu'en 1824, il fut fort bien traité dans une auberge des bords de la Gironde portant la singulière enseigne de I'Ane Cuit. — En fait d'enseignes asines ou asiniennes, bien que le mouton rouge^ le bœuf rouge et le cheval rouge se rencontrent, nous avons plus souvent trouvé I'Ane Rouas en nature qu'en peinture.

La Tête d'Ane est une enseigne vivante dont l'histoire se trouve dans toutes les collections d'ana.

L'Ane en Ghaibe, caricature satirique diversifiée de mille manières, nous montre le plus souvent Maître Bernard TArchiprêtre préchant les Oies; nos pères aimaient à taquiner les faiseurs de sermons, mainte fois ils ont représenté le Renard, en habit ecclésiastique, prêchant les Poules, les Canards, les Oies ou les Dindons ; on connaît le vitrail qui figure la huguenote Jeanne d'Albret prérorant en chaire, peinture accompagnée de l'inscription :

Mal sont les gens endoctrinés Quant par femmes sont sermonnés.

L'Ane qui vielle, c'est-à-dire, qui joue de la vielle, était une enseigne fort répandue au moyen-âge ; il en était de même de I'Ane qui habpe, de I'Ane

PINÇANT LA Lybe, de TAne soufflbub d'Obgue. On trouvait aussi le Chien qui RIT, la Pie qui boit, la Pie qui pable, le PoBC Oboaniste, le Pobo Sellé, le Singe Vebt, le Chien Rouge, le Chien Vebt, la Tbuie DâviBEUSE, la Tbuie qui file, la Tbuie Filante, comme nous avons vu que portait la vieille enseigne de Genève; la Tbuie a la Hotte, la Tbuie jouant bu Hautbois, etc.

Dans le Roman du Renart on voit les fils du Singe, du Chien et du Chat remplir les fonctions de ménestriers du roi. Nonseulement l'Ane, mais encore le Roncin sont harpef4r8j la Chèvre • sonne du tabor, > etc.

Les enseignes que nous venons de citer, dont plusieurs ont pris place dans l'imagerie sculptée des monuments religieux, sont curieuses en ce que, suivant toute probabilité,les premiers originaux étaient vivants : c'étaient des animaux travestis, dorés, coloriés, teints comme les petits roquets que la mode remit naguère en faveur, et dressés avec une patience infinie i des exercices qui paraissaient incompatibles avec leur caractère, et si opposés à leur instinct naturel que la plupart des gens y voyaient des phénomènes extraordinaires, œuvres d'enchanteurs puissants, comme celui dont parle, au treizième siècle, l'auteur du roman de Flore et Blanchefleur :

Ëncanteres cfitoit moalt rages, Les bues faiaoit en Tair voler.

Et les ABNK8 faîfloit harper.

Ce roman date du commencement du treizième siècle; Marie de France, qui écrivait i la même époque, nous a conservé le souvenir du Chat a la Chandelle, qui rappelle les enseignes du Chat qui veille, du Chat qui pêche et du Chat qui pelottb :

D*un chat d-après vous veuU dire Qai appris fù, par gnuit nudstire, A serrir et tenir chaadellle :

Moult en avoient à grant merveillo, Trestout ici qui le veaient, Li un à l'antre le diaoient ; Que moult paresi bien doactrtni's.

En employant ces animaux comme enseignes, les commerçants du vieux temps réussissaient i attirer les chalands aussi bien, et peut-être mieux qu'on ne peut le faire aujourd'hui en employant les écriteaux aux lettres gigantesques et les réclames les plus subtilement rédigées.

Cette idée de l'enseigne vivante ne s'est pas effacée sans laisser quelque trace :

naguère un restaurateur de Boston avait pour enseigne de tous les jours une tortue vivante portant gravée sur sa carapace cette savoureuse inscription : Tortue à manger en soupe, demain, à table d'hAtê.

Nous ne pouvons mieux clore cet article qu'en racontant une historiette moderne où un nouveau Ver- Vert, contrepartie de celui qu'immortalisa Gresset, vient appuyer singulièrement l'hypothèse d'animaux vivants, origine de certaines enseignes singulières; laissons la

parole à M. Steyert, qui, le premier, relate le fait : • Il y a environ soixante et dix ans, an droguiste de Lyon avait à sa porte un perroquet; l'oiseau bavard était le favori des crocheteurs du port du Temple, ses voisins. Alors les églises se rouvraient et le catholicisme inaugurait son rétablissement par les cérémonies du jubilé séculaire, forcément retardé jusquelà. Chaque jour le clergé et les fidèles passaient en procession devant le perroquet qui, tout étonné et silencieux, prétait une oreille attentive à des chants si nouveaux pour lui; il en retint quelque chose, et désormais, quand il lui arrivait d'apostropher un passant de ses épithètes favorites : Jfafon, Mathéion! accompagnées d'un juron énergique, il ne manquait pas d'ajouter d'un ton pénétré : Ora pro nobÎB. Il n'en fallut pas plus pour le rendre célèbre par toute la ville ; on s'assemblait autour de la boutique, on applaudissait^ on pérorait. Cet oiseau remuait les passions populaires avec autant de puissance que la voix d'un tribun ou les refrains émouvants d'un chant patriotique; et si de nouvelles luttes intestines avaient divisé les citoyens, ces phrases monotones seraient peut-être devenues, pour les Lyonnais, un appel aux armes et un cri de ralliement. Enfin, quand le perroquet vint à périr, son maître crut devoir à sa renommée de conserver au moins son image; il en fit une enseigne qui a résisté aux déménagements et que l'on voit sur

la place de la Préfecture : Air Pb&boquet Ve&t. Mais qui voit maintenant dans cet oiseau de bois peint un monument dés idées et des mœurs d'une époque? Qui songe à y attacher la mémoire de quelque fait important des annales lyonnaises?

Il n'est pour les passants qu'un emblème vulgaire et inexplicable. C'est peut-être là l'histoire de plusieurs enseignes dont nous ne comprenons pas le sens et qui nous paraissent absurdes. >

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