L'ANGE
JL'Ange, ce courrier céleste, généralement de bon augure, a du être promptement pris comme enseigne par les hôteliers chrétiens, appelés par état à loger les courriers des grands de la terre. Cette enseigne est encore très-répandue; à partir du quatorzième siècle, on pourrait citer une foule d'Amas, d'Amas Gab&iel, d'AnGE d'Ob, d'AnGE d'Abgent, de Deux Anges, de Tbois Anges, etc. L' Abchange, le Chébtjbin et le Sêbaphin n'ont pas été oubliés.
L'enseigne de I'Ange, à Rolle, parait remonter très-haut; en 1476, l'hôte nommé Etienne Bertrand, joua le rôle de dénonciateur dans Y épisode des peaux de tnoutouj dont le fond est uu simple délit de
contrebande, une fraude sur les droits de transit : deux marchands allemands déclarèrent conduire des peaux de mouton à Genève ; leur futaille ouverte se trouva pleine de graine de cochenille et de peaux de martre zibeline, à destination de la foire de Lyon. Cette marchandise fut confisquée et conduite au château de Beauregard par les ordres d'Âmédée de Gingins, commandant du Ghablais et du pays de Gex. De ce fait naquirent mille complications dont les détails se trouvent dans tous nos écrivains locaux.
La vieille Genève possédait plusieurs hôtelleries ayant Fâkoe pour enseigne; Tune des plus connues, parce qu'elle était fréquentée par les Suisses s'occupant des aifaires de combourgeoisie, se* trouvait au bord du Lac, près de l'Arcade du Molard, La Prétendue-Réforme effaça cette enseigne, comme elle fit disparaître TâllâELuiA, le Nom db Jésus et quelques autres images qui l'offusquaient.
Au milieu du dix-septième siècle, Fânob tenta, mais en vain, de reprendre pied i Genève. Les Registres du Consistoirey du 16 juillet 1647, nous apprennent que Pierre Vignier, dit Aubigné, ayant obtenu la permission de dresser une hôtellerie • y a fait mettre pour enseigne : A l'Auge, ce qui est non accoutumé en ceste ville et scandaleux.» Plainte fut adressée au Magistrat qui fit enlever le malencontreux tableau..
L'Akoe de Carouge est aussi ancien que la ville même, fondée en suite des Lettres-patentes du roi Victor- Amé, datées du 31 janvier 1786.
Le cabaret de l'AifaE était célèbre à Paris sous le règne de Louis XIV, il était voisin du théâtre dont Loret dit :
Séjour des moBee et des yen.
Où l'on reoognoit muu enyie, Parnd tant d'accidents divers.
Les stratagèmes de la vie; Esprits qui, par tob fictions, Noos déoonvrez nos passions.
Je n*id pas tu votre théAtre, Qn'anssitdt je ressers de là Pour on Ahgb que j'idolAtre, A cause dn bon vin qa'U a.
Nous avons souvent rencontré de ces figures à'anges de cabaret enluminées des couleurs les plus éclatantes ; l'artiste semblait les avoir exécutées sous Tinfiuence des Peintures morales du célèbre Jésuite qui, faisant l'éloge de toutes les choses rougeSf n'a pas craint de dépeindre ainsi les Esprits bienheureux assistant
devant le trône du Très-Haut :
Les Chérubins, ces glorieux Composés de tôte et de plume.
Que Dieu de son esprit allume.
Et qu'il éclaire de ses yeux Ces illustres fooes volantes Sont toigours rouges et brûlantes.
Soit du feu de Dieu, soit du leur, Et dans leurs fiammes mutuelles Font du mouvement de leurs ailes Un éventail à leur chaleur.