‹ Histoire des enseignes d'hôtelleries: d'auberges et de cabaretsChapitre 108 sur 112 · HISTOIRE D£8 ENSEIGNES · texte numérisé non relu

HISTOIRE D£8 ENSEIGNES

Le moyen-âge D*a pas eu seolement les maisons publiques : les éttwes^ ou maisons de bain, étaient des lieux de plaisir d'autant plus à craindre que les bourgeoises pouvaient s'y rendre sous un prétexte honnête. Des filles publiques se trouvaient dans les bains des hommes, et ceux des femmes servaient de rendezvous aux amants favorisés. Maillard, le prédicateur que nous avons déjà cité, dit quelque part : • Mesdames, n'allez-vous pas aux étuves, et n'y faites- vous pas ce que vous savez ? •

On allait aux étuves en famille. Dans les petites villes, la débauche était donc moins à craindre, chacun se connaissant; mais les immigrations amenèrent des désordres que favorisaient au reste les per* sonnes préposées au service, lesquelles jouaient le rôle d'entremetteurs. Â Genève, une ordonnance de 1428 porte que les filles ne pourront aller aux étuves qu'une fois par semaine, le samedi. Dans la plupart des villes de Suisse, les étuves avaient un développement dont on pourrait encore se faire une idée, de nos jours, par les bains garnis de certains quartiers de la ville de Berne.

U faut également mentionner ici, à titre de document pour les mœurs de l'époque les villes d'eaux où se rendaient déjà au quinzième siècle les chercheurs et chercheuses d'aventures, tous les gens

en quête d'amours et de voluptés. Montaigne en parle dans ses voyages, et»

avant lui, Pogge, secrétaire apostolique et rédacteur des brefs auprès du pape Jean XXIII, nous a donné un curieux récit de ce qu'étaient alors nos bains de Baden, en Argovie. U nous apprend que dans les piscines banales s'entassaient pêle-mêle hommes et femmes, ces dernières entièrement nues, et montrant i tout le monde leurs hanches, leurs reins et le reste, c Dans plusieurs des bains particuliers, dit-il, le passage qui mène i l'eau est commun aux deux sexes, de sorte qu'il arrive très-fréquenunent qu'une femme dévêtue se heurte à un homme dans le même état de costume, et réciproquement. > Les fenmies galantes et les prostituées de haut parage devaient naturellement abonder dans de tels lieux. • On voit, dit Pogge, d'innomc brables beautés, aux formes opulentes, c au corps sain et superbe^ qui abon- « dent à Bade, sans maris ni parents, c n'ayant qu'un laquais, une ou deux c servantes, ou simplement accompac gnées de quelque vieille voisine plus c facile à tromper qu'à rassasier. > Nous regrettons de n'avoir pu trouver aucun document relatif auxdits bains : nous savons cependant que l'entrée de certaines piscines était interdite aux prostituées.

D'HOTELLERIES^ D'JWUBBBGES ET DE CABARETS

Nous voici parvenus plus spécialement à l'enseigne, et sur ce point nous avons deux choses à examiner : 1^ L'enseigne comme indication de châtiment ; 2^ l'enseigne comme indication de maison.

Au moyen-âge généralement, un écriteau placé sur la tête du condamné indiquait le genre de crime qu'il avait commis. Les filles publiques ne firent point exception à la règle. Agnès Piedeleu, maquerelle publique, pour se venger du prévôt de Paris, Hugues Aubriot, qui lui avait enjoint de déloger, l'avait accusé de plusieurs crimes et produisit, à l'appui de son accusation, de faux témoins reconnus pour tels. Le 28 février 1375, le Parlement statua ainsi sur l'appel de la sentence rendue contre elle au Châtelet :

• Suprâ quamdam quadrigam ligatam, c capite nudo, habentem, desuper suum

• caput, unam coronam pergaminif in

• quâ erit in ejus circumferentiâ, â parte c exteriori, scriptum in pluribus locis, i grosfiâ litterâ, in gallico hoc verbum :

c Faulasaire, per lictorem seubourellum, c Parisiis ad pillorium, in hallis nostris c situatum et idem ponendum et per spa- « tium duarum horarum remanendum, c causam suœ punitionis per dictum bouc rellum corâm populo, altâ voce dic cendo et declarando per suum arrestum

• oondempnat, et unâ cum hoC| eamdem

c Agnetem â regno bannivit atque ban- € nit • (1).

Une sentence de 1391 porte : c Les

< prisonniers seront mis en l'eschielle, • mitrez chacun d'une mitre de papier c oÎL il sera escript en grosses lettres :

< Faulssaire. >

Les registres du moyen-âge font souvent mention de sommes payées à tel ou tel peintre pour avoir mis sur une mitre de condamné les inscriptions et ornementations qui devaient y figurer. Nous trouvons dans un registre du 25 juin 1400 au sujet des frais d'une procédure contre un individu qui avait volé des volailles : > Au peintre, pour avoir fait la

< dicte mitre en laquelle avait plusieurs c poucins portraits et aultre volaille et

< aussi grande foison d'escripture lac quelle fût assise sur la tête du dit Mic chon^ fixée à XV deniers tournois. >

On le voit, l'usage des mitres de criminels fut général jusqu'à une certaine époque, qu'on peut fixer, suivant les pays, à la fin du XVI« ou du XVII» siècle. Elles ne portaient pas toujours des figures-: le plus souvent de simples inscriptions y étaient tracées. Ainsi, on lisait sur celle dont Jeanne d'Arc fut coiffée : Séré' tique^ Relapse^ Apostate^ Idolâtre.

Ces mitres avaient généralement la forme d'un bonnet rond pyramidal et étaient ou en toile ou en papier. Les

(i) Registre criminel du Châtelet de Paris X, 83&i-

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victimes de rinquisition en avaient qui étaient parsemées de figures diaboliques et de flammes dont la pointe était renversée ou non, suivant que le feu devait ou non dévorer le coupable.

Ce n'est pas le lieu ici d'entrer dans tous les détails des supplices au moyenâge. Nous citerons seulement quelques faits qui se rapportent plus particulièrement à notre sujet. Dans l'Espagne, en Catalogne et en Navarre, la femme adultère était, de la tête aux pieds, enduite de pftte, et, dans cette pftte, on implantait une grande quantité de plumes. En France, pour la bigamie ou polygamie on attachait aux hommes autant de quenouilles qu'ils avaient de femmes vivantes.

Les registres du Conseil de Genève nous apprennent qu'en 1640, un calomniateur fut condamné à porter une torche au poing par la ville, en chemise, ayant une mitre sur la tète, avec le dictum de son crime.

On sait qu'à Genève la réforme abolit officiellement les maisons des filles communes. Cela explique pourquoi nous assistons de nos jours à toute une campagne dirigée par les protestants dans le même but. Faute de vivres, le 10 décembre 1535, le Conseil chassa de la ville les femmes des fugitifs et les putains des bordels. Le 7 mars 1536, le Conseil arrête que les putains renoncent à leur métier ou qu'elles quittent la ville, soua

peine de ftmBt. Un arrêté rendu en 154& condamne les paillards six jours an pain et à l'eau et à soixante florins d'amende.

En 1558, un bigame fut condamné au fouet, publiquement, avec la milire sur la tête. En 1560, un coupable fut condamné à mort pour adultère.

Les mitres que nous reproduisons, et qui, après avoir été aux archives de Genève, se trouvent aujourd'hui au muséed'histoire et 4'&rchéologie, datent du milieu du seizième siècle, et offirent quatre tableaux d'un véritable intérêt au point de vue de l'histoire du costume. Ce sont des mitres de maquereaux. Au sqjet de ce mot, que Littré fait dériver du wallonmaca et du flamand makeloar^ nous avons trouvé dans le Passavawtj de Théodorede Bèze, pamphlet du seizième siècle, une phrase qui, comme le fait fort bien remarquer le traducteur, M. Isidore Liseux,.

nous donne la vraie étymologie de ce mot, jadis très-employé : Sed vemt (empua quo vestra meretrix pertbit eum suis mercatar%biM\ soit, le temps viendra oit votre prostituée périra avec ses moT' chands (ses maquereaux). Dans Tsoffet II on lit :

Fortune la gnnt maqueretse

et le diminutif maeroHn se rencontre souvent dans les ouvrages du moyenftge.

L'édit de 1546, que nous avons déjà cité, sur les crimes, paillardise et adul-^

ao3

tare, porte, au sujet des maqtAereaux et

maquereUea :

c Le maquereau ou celle qui aura proc curé une simple paillardise seront mitres « et fouettés publiquement et bannis per- « pétuellement à peine de la vie. Et si

• c'estait le père, mère, frère, sœur, onc cle, tante, tuteur ou curateur qui eust

• ainsi liuré sa fille, parente ou mineure, c ou que le maquerellage fust pour con- -* duire à adultère, tel ou telle sera puni c à mort > (1).

Partout et toujours les instigateurs et auxiliaires de la débauche ont été frappés sévèrement. En Espagne, au seizième fiiècle, les ruffians étaient condamnés aux galères.

Des deux mitres que nous reproduisons.

Tune était destinée aux maquereaux, l'autre aux maquerelles : ceci se voit de reste aux détails du dessin. La planche qui représente un maquereau, une bourse à la main, est particulièrement intéressante : le costume est plus riche que dans les autres et doit être de la première moitié du seizième siècle.

Nous terminerons par un détail assez curieux emprunté aux registres du Conseil (année 1664 ou 1666, le dernier <;hiffre étant illisible). Une femme avait été condamnée et devait le lendemain

porter la mitre; mais, le lendemain aussi, révêque d'Annecy devait officier dans la

(1) Extrait des ^dits et Ordonnances de la Cité de Genève sur les crimes et paillardise et adultère faits et passer: par nos très honorez Seir jfneurs Syndiquas petit et grand conseil des deuoo cens et général, — Genève. Fr. Perrin. ~ . il. D. LXVI.

chapelle de Pesay. Pour qu'il ne vit pas dans la mitre des criminels une dérision de la mitre épiscopale, on décida que, pour cette fois, une bande de carton portant en gros caractères le mot maqwrelie remplacerait la coiffure d'usage.

A la fin du seizième siècle, les prostituées étaient amenées devant l'hôtel de ville : là, le bourreau leur faisait chevaucher le cheval de bois et leur rasait les sourcils.

Dans d'autres villes, on les promenait montées à rebours sur un âne et on les faisait fustiger par la main du bourreau.

Quoique ce qui soit parvenu jusqu'à nous des enseignes de bordeaux soit bien peu de chose, nous savons cependant que la plupart en possédaient, comme les cabarets et autres maisons publiques.

D'abord, le moyen-âge, si amateur de la couleur et de l'excentricité n'eût pu se priver d'une telle joyetdseU dans ses rues moult rigoleuses; et puis, il nous en reste des preuves palpables.

Ces enseignes reproduisant des sujets appropriés à la chose plus ou moins énergiques, suivant les dispositions du propriétaire; on y voyait des fleurs et des fruits emblématiques, tout comme des personnages bien réellement mitres. Le grand fiuZeu, à Paris, un des plus connus du moyen-âge en avait une devant laquelle ^esclafaient les passants.

mSTOIRB DES ENSEIGNES

des personnages bien réellement mitres.

Les deux que nous reproduisons sont une preuve de cette diversité dee sujets :

elles sont toutes deux du seizième siècle et leurs dates prouvent que si la Réforme avait aboli les maisons de prostitutioui elle était loin de les avoir fait disparaître.

Quelle amère dérision que celle qui porte pour titre : Mulier honesta et représente en effet une femme honestemml vêtue selon la mode de la seconde moitié du seizième siècle, tandis qu'un paon est à ses côtés et que la vigne s'enlace autour d'un pieu. C'est évidemment la fille publique qui se pare des plumes du paon, soit de la femme honnête, et une allusion sans doute à la façon dont les lois somp-^ tuaires étaient appliquées.

L'autre enseigne porte pour devise :

lAêpa eqiritam 1579

C'est une fille publique (Ziipa, louve) chevauchant sur un cheval richement harnaché.

Parmi les enseignes que nous avons eu occasion de voir, il en est une qui représente le poisson et SainUMartinj d'où l'on peut conclure que le double sens du poisson , dans le cas particulier, existait déjà au moyen-âge. A la grant àbbesse, A la telle flle^ étaient des enseignes communes^ en ce sens qu'elles se rencontraient souvent.

D'après certains auteurs du moyeu-

âge, il est permis de croire qu« dans les villes où les bordels formaient en quelque sorte un camp fortifié, la porte principale portait une enseigne sculptée, sorte d'armoirie, et que devant chacune des maisons se trouvait un tableau indiquant, comme pour les saltimbanques aiûourdliui, les merveifles de l'intérieur. On a des exemples aussi de véritables bordels ambulants qui venaient s'établir avec les foires. Enfin, tant que les armées eurent pour habitude de traîner après elles des femmes, ces dernières formaient un camp à part, et c'est là, quant aux enseignes^ que le moyen-flge avait trouvé moyen de s'épanouir dans toute sa drôlerie.

Comme les autres, ce vestige a dispani, plus entièrement même que les autres; et, à la place des enseignes drôliutiques s'api^qnant à ce genre de maiaoïiSt QOtve époque ne conniUt plus pour signe distiActif que des gros numéros ou des lanternes de ooaleiir,

Nous ne possédons aucun document qui permette de fixer d'une manière certaine la date de cette réglementation comme pour les auberges ; mais, d'après divers arrêtés, on peut la placer «ux premières années de notre siècle, ou i la fin du dix-huitième.

On a trouvé dans plusieurs villes des restes de décorations lubriques fui ne laissent sncun doute sur Texistenee de peintures dans certaines de ces saisons.

D'HOTELLÇPflES, P'AUB^RÇES. ÇT PB CABARETS

li^s peiQti^Q9 et çjQuIpture? erotiques 89 rencoutrei^t souy^ixt sur les anciens iplAfonds, 1} en a ét^ trouvé de semblables 4 Genève, mais san^ qu'on puisse établir d*aXM^ façon bien certaine leur origine. Au r93t9, c'est 9urtout dans le Midi et dans les grandes villes que la présence de telles décorations a été constatée. Disons cependant que sur ce point on n'a jamais été aussi loin que l'ancienne Rome, oii les lupanars abondaient, comme on sait.

Gqux qu'on a retrouvés à Pompei nous donnent une idée exacte de la façon dont ils étaient disposés. Au-dessus de chacune des portes se trouvait une peinture obscène, et sur la porte de chaque chambre un écriteau portant le nom de la fille, ses qualités et le prix qu'on lui payait.

C'est également aux Romains qu'il nous faut remonter pour trouver l'origine d'un costume spécial attribué aux prostituées et de certains commerces, cachant sous de faux dehors la prostitution clandestine. A Rome, en effet, tout était devenu lupanar : les bains, les cabarets, les boutiques de barbiers et jusqu'aux boulangeries. C'est ainsi que de nos jours, certains débits de liqueurs fines ne sont qu'un prétexte pour avoir une arrièreboutique, qui forme un petit sérail ; même chose pour le débit de tabac, qui, principalement dans les villes allemandes, montre à l'intérieur une portière rouge.

Ce sont là, quoique dans un autre genre, de véritables enseignes qui n'ont pu être

atteintes par aucune législation, mais qui n'en ont pas moiuQ leur signification particulière,

C'est pap leur entremise que la prostitution tend dQ plus en plus à sortir de ses cantonnements et à se répo^ndre dans toutes les parties de nos villes.

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